La maison de famille

– Quand je vois Eva et que je lui parle et qu’elle me parle je ne te vois plus toi André. Et les fois où c’est au contraire toi que je vois, je l’ignore elle, et comment !
– C’est ce qui s’est passé lors de nos dernières séances…
– Oui. C’est ça.
– Et aujourd’hui je suis venue retrouver le Lilian d’avant.
– Comment ça ?
– Celui d’il y a deux ans. Celui qui parlait sans savoir ce qu’il allait dire. Celui qui quittait la Banque, mais pour quoi… Ce n’était pas une question. Celui qui retrouvait le terrain vague de son enfance, et de sa punition ensuite, à rester enfermé un bon moment ! Serait-ce ta répétition ?
– Je ne veux plus retourner et me retrouver comme il y a deux ans.
– André n’existait pas à tes yeux alors.
– Peut-être est ce mon défenseur aujourd’hui comme alors.
– Peut-être suis-je la tentation.

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– J’ai fait un black out. À la séance d’avant. Je ne sais pas où nous en étions dans mon échange avec André. Il ne m’en reste que la douleur au ventre et le vide au cerveau.
– Moi c’est mon fonctionnement. J’ai effacé des pans entier de mon histoire. Je n’ai par exemple aucun souvenir de mon temps d’enfant unique, avant l’arrivée de mon frère pour mes six ans.

Un coup dans le ventre de la mère assurément…

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– Et toi tu es l’aînée alors ! Moi je suis un entre-deux. Devant moi mon grand frère et derrière moi une petite mère, ma sœur je veux dire alors.
– Moi – ajoute le tiers pas absent -, je ne veux rien savoir de tous ceux qui arrivent après moi, pas qu’une sœur mais des cousins tous abimés d’étranges mots : l’alcoolisme, la violence, la démence, l’abandon…

Et ici c’est en fratrie qu’ils s’entendent à merveille sur le thème des « défenses naturelles » et de l’identité remarquable qu’ils partagent.

– Dites, pourquoi ne feriez-vous pas un Atelier de campagne en hiver ?
– Sur quel thème ?
– Peu importe. Pourvu qu’il y ait le feu à la cheminée…

Mieux que les défenses naturelles, l’étincelle de la vie ils nous ont appris.

Merci Sidonie, Victor et Lilian. Et à bientôt alors. Et d’autres comme vous.

Bienvenue dans « la maison de famille » que deviennent peu à peu cette longère et son verger dans lesquels nous vous accueillons, Andre de Chateauvieux et Eva Matesanz, à Sens. A un court rail de Paris. Loin devant sur le chemin de l’accompagnement. Au naturel. Vivement.

Il faut aussi être inconscient pour accompagner les dirigeants

magritte-inconscient-la-grande-guerre« Je me suis souvent senti plus petit parmi mes pairs. Mais au fond ma modestie m’a bien servi ici ! Et j’ai eu une belle progression dans le management… même si ça n’a pas toujours été choisi. »
Il est assis là, tout droit, au fond de son fauteuil ; il dirige une grosse équipe dans un business en développement et il déroule son histoire au coach :
– J’aimerais à présent prendre une Direction Générale sans plus me minorer. J’ai déjà des premières propositions. Mais j’ai peur de prendre le pouvoir. Et c’est là que j’ai besoin de vous… Mais déjà vous me faites un peu peur aussi…
Le coach, en écoute nomade, moitié ici, moitié ailleurs, sans autre outil que l’attention ultime à ses propres pulsions en présence du dirigeant. Et là, c’est un double élan qui l’anime : un désir de protection et, en même temps, de l’agressivité. Alors il aime questionner cette ambivalence :
– Vous m’avez dit tout à l’heure que votre mère était la secrétaire de votre père durant toute sa vie de patron et qu’alors il la malmenait sous vos yeux d’enfant.
– Oui… Et alors !?
– Et vous-même, aujourd’hui, vous devez avoir une secrétaire ?
– Oui ! Mais dans cette relation-là pas de répétition du passé ! Et il s’en étouffe un peu pourtant.
Il reprend sa respiration et poursuit  :
– Et cette femme-là est handicapée… Mais c’est vrai que je dois m’en séparer actuellement !
Et il y a alors sur ses lèvres tout à la fois l’esquisse d’un sourire et une grimace.

 

Lapsus ou pulsions qui affleurent, passages à l’acte ou évitements… C’est l’inconscient qui s’invite en séance ; et c’est cette matière-là, précieuse, indicible, vivante, qu’il s’agit d’oser nommer, pétrir, patiemment, doucement, avec chaque client.
Ainsi ce dirigeant-là a aimé progresser jusqu’alors en empruntant plutôt un rôle de soumission ; comme sa mère. Et s’il va plus ouvertement aujourd’hui vers son désir, s’il « prend le pouvoir », alors il a peur de devenir comme son père.
Mais au fond il est peut-être déjà l’un et l’autre !

 

Si vous êtes coachs expérimentés, superviseurs ou thérapeutes, alors Eva et moi on aime vous inviter à un atelier inédit et de rentrée :

 

L’inconscient, outil inné pour accompagner

Ce sera le vendredi 20 septembre à l’Atelier de l’Art de Changer à Paris 9.
Une journée ni clinique ni chamanique, dans un lieu propice au retour à soi, et animée sur le mode singulier de la supervision en groupe de pairs et en duo, pour prendre soin de ce que nos confrères psychanalystes nomment « l’inconscient instrumental ».

 

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Photo : L’inconscient selon Magritte, et ici « La grande guerre », 1964