En flagrant désir

Je te dévisage et t’envisage là, au bout d’un rayon de soleil du matin. Tu portes ta veste de bergère à même ta peau. Peau de velours. Tu as sauté du lit comme ça dans ton auto tamponneuse. Toi qui à ta naissance as voulu casser la gueule d’un ange, tu aimes encore casser les repères aujourd’hui : garder tes dessous pour faire l’amour et partir au petit matin sans dessus ni dessous chez Angelina, la vendeuse de croissants. 
– Tu as le regard d’un loup ce matin, me lances-tu comme si tu m’avais attrapé là, en flagrant désir.

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Dans le lit des rivières

 

– Se balader au bord du fleuve et ne pas se baigner, ce serait comme dormir ensemble et ne pas faire l’amour.

Et elle se déshabille là, au bout du jour, et puis elle se jette à l’eau.

 

– Allons plutôt là-bas au bout du chemin de halage, savourer une bière, je lui avais dit l’instant d’avant.

Mais maintenant j’ai envie de la suivre entre les algues et les nénuphars. Mais c’est toujours sur la pointe des pieds que moi j’entre dans le lit des rivières. Et alors ça prend un temps fou. Le soleil joue à cache-cache avec les tilleuls sur l’autre rive. J’ai de l’eau à peine jusqu’aux chevilles. Le chien vagabond qui nous suivait sur le chemin a plongé aussi et là, il fait des galipettes au milieu des nénuphars, comme pour me montrer le passage.

Et elle, elle revient sur la rive, elle s’approche et puis, d’un coup d’un seul, elle tire le drap de l’eau jusqu’à moi.

 

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