En groupe-analyse de Direction, la chute 4/4

Sur cette belle lancée – un Codir qui se raconte, qui fait le récit de ses liens, entre ses membres et dans chacun, un fil singulier de pensées et sans doute d’affects -, sur cette lancée en devenir, pour devenir Sponsors, propulseurs et protecteurs, il y a la résistance, comme un désir confisqué, formation de compromis. Le symptôme de chacun, et le patient désigné.

La résistance, elle apparaît à l’entre-séance, et ce sera le Directeur Général l’adulenfant symptôme, en reférence aux thérapies familiales où un patient désigné, un enfant symptôme, agit en lui, en apparence de lui seul, le malaise de tout un foyer. Empêché dans sa souffrance, enfermé dans sa censure terrible d’être un autre, empêtré dans sa jouissance puérile d’être les autres, toute-puissance bien fragile.

Il ne souhaite plus continuer tous ces « jeux de rôles » entre pairs. Personne NE le souhaite ! Que chacun, tout simplement, en tant que « parrain » se penche sur les nouvelles familles qui sont en train de se recomposer dans leur société. Qu’il s’impose de sa seule parole, déliée, non reliée, sans l’épreuve du collectif, sans le surgissement d’un doute, dans les rangs qui écoutent et parlent d’eux mêmes, dans le for intérieur, lorsque la groupe-analyse opère.

« Feedback is a gift » – C’est son seul levier. – Donnons du feedback aux initiateurs ! Chacun le sien.

Pourtant, combien de ces cadeaux avons nous tous longtemps reçu, se sont imposés à nous, qui n’étaient que l’héritage familial et qui empêchaient à l’enfant libre et nouveau d’en faire l’acceptation sous bénéfice d’inventaire. Rien à voir avec notre désir naissant et avec nos contradictions fécondes, notre compléxité matricielle. Enfants d’un village entier, de plus en plus planétaire. Et pas du seul, père, mère ou parrain qui gâte et pourrit les idées dans l’oeuf. Incestuel.

Nous devions en cette nouvelle session dessiner, ensemble et chacun, les nouveaux liens entre les membres du Board et ceux de la relève qui gronde, faire d’anciens décideurs les alter catalyseurs d’initiatives du terrain, sans la pompe. Faire la part des choses entre celui ou celle qui agit librement et en temps réel, au plus juste de ce qui est, et celui qui n’agit pas, qui le permet, le Directeur : il permet des passerelles dans l’Organisation, il dégage des ressources, il protège les avancées, encore fragiles, des reculades solides de la structure toute entière. Il fait alors, autrement, et il est aussi pour beaucoup, mais ce n’est plus régalien. Au plus près aussi de son protégé propulsé.

Point de jeux de rôles alors. Censurés de se mettre dans la peau d’un autre, l’autre ailleurs autant que l’autre en soi.

Mais nous n’accepterons pas, ni Vincent ni moi-même, de supprimer l’espace-temps de travail, d’oblitérer ce qui se déplie déjà. La séance, même si dernière, aura bien lieu, comme un feedback de nous, un acte posé pour dépasser la résistance, bien que nous n’en sachions rien. Ce sera en présence et en lien. Rendez vous partagé. Comme celui qui attend chacun d’eux avec les initiateurs dont ils deviennent les parrains, libres et nouveaux.
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Foulkes, le Fondateur de la groupe-analyse – par delà le travail individuel en groupe répandu par le Balint et le Codev, vrai travail de groupe, institutionnel -, pose aussi ses limites, issues de son essence même, collective. Les réseaux internes, intrapsychiques, que le groupe donne à voir, se dérobent du fait même que le groupe existe. Il relève ainsi l’existence de mécanismes typiquement groupaux :

* la résistance au changement, plus forte encore que dans les individus, la foule court à sa perte, seuls les sujets qui se défendent à leur tour du groupe en tient progrès pour eux, et la collectivité !

* la fabrication de représentations et d’émotions indifférenciées, ce que nous avons tenté de limiter par l’appel à singularité de témoignage et diversité de jeux, mais qui s’est recomposé en bloc à l’inter-séance,

* le passage à l’acte, comme ici, à l’encontre des animateurs, sortis, visant à préserver l’homéostasie du groupe, l’éclatement in extremis du groupe : ils redeviennent citrouille et codir à la fin du temps imparti.

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Les rendez vous avec leurs nouveaux pairs, les initiateurs, ont, cela oui, été pris. Un nouveau groupe de Direction de l’entreprise voit peut être le jour.

L’accompagnement du monstre

« A la confluence de la misère et de la détresse, d’une idéologie malade et sans scrupule promettant une improbable divinité pour remplacer le parent, l’absent, le vide à supporter; dans le lit d’un système machinique qui doit tenir, quitte à broyer l’égalité, l’espoir et la pensée; là où les mots pour le dire s’effacent, désincarnés; là où l’affect n’est pas même une sensation, un vestige d’altérité; nulle parole aimante pour ranimer la vie, cicatriser l’abîmé. C’est là que naissent et vivent les monstres. C’est là qu’ils meurent aussi. »

Samuel Dock dans Huffington Post
Psychanalyste

Samuel Dock travaille au plus pres des jeunes en desherance, de sa présence et de sa capacité d’accueil de la parole, d’enseignement de la parole, à ceux qui n’ont pas appris à parler. En respectant les distances je trouve mon travaill proche du sien en ce que ceux qui font carrière en Entreprise apprennent à communiquer, et perdent ‘l’usage de la parole si tant est qu’ils l’aient eu un jour. Souvent, leur milieu d’enfance, fait de détresse mais point de misère, de transmission narcissique et toujours sans tendresse, préfigurait l’entreprise d’emprise, davantage que de conquête. Conquête individuelle avant d’être collective. Parole subjective avant d’être la clameur d’une foule inquiète. Inquiète selon l’acception de Cynthia Fleury. Engagée vers le progrès de la différence pérenne. Pour qu’ainsi naissent et meurent des hommes sans plus. Ou presque.

J’aime penser que dans chacune de mes séances je meurs un peu pour que d’autres vivent, et que le monstre que j’aurais pu être, sans être accompagnée et sans embrasser ce métier pour d’autres, ne dort que d’un oeil. Car c’est lui ma différence première et qui engendre celle des autres à partir de leur monstre même.

Je ne vous comprends pas, l’étrangeté

(C) Bill Gekas
(C) Bill Gekas
 
[Je ne vous comprends pas]

Chez elle chaque mot se fait manger par le suivant, et sur deux phrases trois idées font leur balade, chaque séance en matinée, sans se connaître ni se saluer. Et moi j’aime l’accompagner.

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D’abord j’ai cru l’exaspérer, comme le faisait mon père quand trop brillante je me montrais. Aujourd’hui j’avoue que je ne le connais de rien, et que j’ai hâte que nous soyons présentés. Par nos inconscients respectifs qui eux s’entendent si bien.

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Lorsque j’anime en duo avec André c’est la plainte qui revient : – Eva, je ne la comprends pas je crains. 

Et des fois par le truchement d’André, il ou elle dit comprendre mieux. Et si je n’étais pour eux qu’inquiétude étrange* et alors bienvenue sur la durée ?

Qu’est-ce d’autre que la peur mal connue du familier qui nous empêche d’être nous et d’être avec ?

En référence à « l’inquiétante étrangeté » : Sigmund Freud.

 

 

 

 

Se tenir calme en enfer

(C) Lu Jian Jun
(C) Lu Jian Jun

Se tenir calme en enfer C’est ce qu’elle dit apprendre. par la cure par la parole avec moi, autant que par le silence, en méditation de pleine conscience. * Autour de lui, en son rêve, des fragments de terre. Comme des météorites frôlant son intégrité physique. Mais c’est de sa psyché que ces grains de sable surgissent… ** À l’issue de la séance, où il a tenté cette fois ci, en supervision de moi coach, pas tant d’éclaircir des cas mais d’en laver en moi l’affront, il s’enquiert : – Avez-vous senti le bénéfice de la machine à laver vos couleurs ? C’était l’image choisie par lui pour accompagner mon recentrage et lâcher. – C’était plutôt une bétonnière… L’enfer c’est les autres ? Je le doute bien.

L’autre en soi

 » En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas. Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu’il nous voit bien différents de ce que nous croyons être. « 

Carl Gustav Jung

Cecelia Webber
Cecelia Webber

La nuit passée mes rêves entraînent en leur danse un bras mort, en lisière de mon lit qui est rivière, puis piscine de natation ; et reviennent mes cours d’enfant, et ce « crawl » qui bat l’eau que jamais je n’apprends ; je me cogne la tête aux parois du bassin et je disparais. Réapparaît, une femme nue, extrêmement belle, en sucre on dirait son corps. Je lèche ces deux sucettes que m’offrent ses mamelons. Son visage devient celui de l’amant. Et il me prend.

Je me réveille et je l’entreprends. En lisière de mon lit qui est rivière, il me tient ferme et doucement, par dessous les bras, sans rien savoir de mon naufrage d’avant. Je n’ai plus peur. Puis, j’ai joie.

La nuit en mes rêves, de plus en plus souvent, je suis être que le jour j’apprivoise en douceur.

Libre interprétation

Quand Freud, simple homme au fond, allonge l’Autre – la femme hystérique, l’homme aux loups -, sur son divan, il part autant dans des contrées sauvages que les colons, de part et d’autre de l’océan. C’est pourquoi, s’il n’avait pas été neurologue il aurait fait de psychanalyse, moins une médecine, davantage un truchement. Entre vivants.

 
Deux découvertes en mes lectures et cinémas d’été :
 
– Rouge Brésil, Goncourt 2001 pour Jean Christophe Rufin. Je sais, je suis en retard de phase, mais pour moi, Le Poche est format de vacances, et Les Indes, évasion tant aimée.
 
– Jimmy P. ou « la psychothérapie d’un indien des plaines », de l’ouvrage fondateur, de l’ethnopsychiatrie par Georges Devereux, fidèlement inspiré. 
 
Jimmy P.  Avec Georges Devereux en son rêve
Jimmy P.
Avec Georges Devereux en son rêve
 
Je découvre que c’est dans l’Autre que nous nous libérons le mieux. Sa présumée différence nous protège d’être les mêmes. Sa lecture, notre page blanche elle hèle.
 
Rouge Brésil : criant de vérité sur le conquistador français de l’Histoire oublié, Villegagnon, l’est aussi sur ces primitifs qui retiennent leurs ennemis en leur compagnie, puis les mangent, et retenir à jamais leur esprit. Cette force opposée qui doit donc être un manque…
 
Jimmy P. : blessé de guerre en apparence, blessé de la vie ordinaire en profondeur. Le scientifique à l’identité tronquée a bien plus de ressemblances avec lui, prétendu sauvage, qu’avec lui-même, Docteur présumé.
 
L’un et l’autre, Devereux et Jean Christophe Rufin, re-interprètent l’âme humaine qui se dérobe à jamais. 
 
 
 

Un été sans miroir

Un été sans fard, et à l’été indien, reprendre les tisons.
Couleurs de la guerre, de la fête ou du clan.

Il en est parmi mes amis FB – j’ai vu, j’ai aimé – qui se sont lancé des défis d’été : décrocher d’Internet, du JT, de l’alcool. Pour ma part, un été sans miroir était le silencieux espoir.
 
Décrocher le miroir serait-il dépasser un stade d’enfant ? 
 
Je n’ai pas vu, j’ai aimé, m’épanouir chaque matin, chaque nuit plisser ma peau. Comme elle se plissera sur les restes et les os.
 
Je me suis vue – toujours au présent, et encore plus souvent que dans le miroir du temps -, en chaque regard d’autrui. 
 
En œillades des inconnus, comme des fleurs ou des pierres de l’instant, et dans le vert perpétuel de l’amant. 
 
Un été sans fard, et a l’été indien reprendre les tisons. 
 
Face au miroir poser sur ma peau, à nouveau, les couleurs de la guerre, de la fête ou du clan. 
 
Sans me voir désormais. Sans chercher à m’aimer. Laisser à chacun, de l’un et de l’autre – reconnaître et approcher -, la liberté.
 
Et moi dont le métier est d’être miroir ? Me laisser décrocher, et être, auprès d’Autre, Eva.