A l’heure du collectif en entreprise : la Groupe-analyse de Direction 1/4

McKinsey, Gartner group, Bain conseil sont passés par là. Ils ont fait leur diagnostic de la valeur ; ils ont avancé leurs préconisations stratégiques ; ils pilotent « le Change ». Il est appréciable de constater que, dans certaines organisations, pour passer à l’action, pour relier les hommes et les femmes dans une nouvelle orientation, les consultants de la macro-économie sont priés de repartir, et c’est à l’échelle des individus, singuliers, complexes, indivisibles, incapables d’autre chose que de leur être et conscience que cela se réalise. Ou pas. A partir de la valeur chaque jour ajoutée par chacun, des choix incarnés, des possibles métamorphoses au naturel.

Ci et là ce sont des jeunes diplômés ou des jeunes cadres qui s’y attellent, un « Shadow Board » composé des représentants volontaires et spontanés des « nouvelles générations », ou tout simplement des volontaires sans appartenance évidente. Sans âge et sans étiquette, jusque là anonymes dans l’organisation.

Des « Capitaines », se sont-ils donnés le nom, car en lieu et place du grand groupe multinational qui les embarque ils voudraient des caravelles et galions. Prêts aux longues traversées, ne nous trompons pas, ces forces vives ont de l’ambition collective. Universelle. Comme jadis ils réinventent Les manœuvres autour du gréement de telle manière que chaque navire puisse être conduit par une seule fraction de l’équipage en alternance et toujours vaillant. Que l’un ou l’autre ne soit indispensable. Et que chacun soit irremplaçable également.

Ailleurs ce sont des « Ambassadeurs » qui parcourent l’organisation, qui en sont issus, qui quittent le centre un temps comme dans un voyage du héros, qui se forgent à d’autres interactions que celles hiérarchiques ou métier, qui se forment au vide et au différent, à l’autre et à son absence, et qui reviennent au sein de l’entreprise pour y prendre place autrement, reliés entre eux, mais chacun aussi relié à des équipes et des décideurs inconnus d’avant. Ils y exercent en ambassadeurs d’un Ailleurs, d’eux seuls connu et inconnu, une influence diffuse. Ils représentent un nouvel équilibre des forces. Souterraines. Prêtes à des rééquilibrages des forces de l’organisation elle-même. Des transformations humaines.

Mais ce sont aussi, et c’est plus rare et précieux, des organes de direction institutionnels, que nous avons rencontré, courageux. Comme ici, il fait l’objet du récit détaillé un « vieux » Codir éprouvé, qui ne s’approuve pas pour autant les yeux fermés. Il souhaite être « relevé » de sa fiabilité de groupe centenaire, décennale pour chacun des membres actuels, à l’exception de leur « jeune » IT Director. Cinq ans seulement qu’il foule les réseaux humains de l’organisation et qu’il en connecte du mieux les supports des métiers.

– Depuis que l’équipe pionnière a créé ce Board, de génération en génération de Dirigeants nous avons donné une continuité à leur esprit, rationnel, pragmatique, résolutoire, décideur du moindre détail.

Le Président, lui, vient d’autres industries. Il est nommé par le principal actionnaire depuis deux années. Et la prestation de Conseil Stratégique s’est déroulée sous sa responsabilité. Le constat a été sans surprises : il est temps de lâcher prise, et céder pour une bonne partie le pouvoir d’initiative et de décision au Shop Floor Management. Celui qui dans une société de services et un marché dématérialisé est en première ligne.

La Finance, les Ressources Humaines, les Opérations, le Commercial, le Juridique, la Qualité, toutes ces Directions de noble souche deviennent Cuisines et Dépendances d’une activité qui passe au Salon.

– Ce sont nos N-1 qui occupent le terrain. Et leurs décisions sont naturelles au contact avec la réalité des publics qu’ils adressent. Et nous ? Comment les aider ? Comment ne pas déjà de par nos habitudes, nos propres pratiques de décision au sommet, ni meilleures ni à jeter, ne pas constituer un frein à une dynamique qu’il s’agit d’éprouver ?

C’est leur question de départ en cette séance d’accompagnement de Dirigeants Sponsors, en groupe et en duo d’animateurs, avec Vincent Lambert, d’un Codir, qui souhaite ne plus rester dans l’entre-soi, dans l’ordre du jour qu’il déploie impunément hors de tout autre regard.

À suivre

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Un changement de personnalité s’opère, « limité bien que considérable » soulignait Balint, l’un des pères de l’analyse du travail individuel en groupe de travailleurs. Le coach en est. Un travailleur de l’entreprise devenu travailleur pour des travailleurs d’autres entreprises. Et rien que pour, en analyste, faire des autres travailleurs des analysants naturels. Pour le reste l’entreprise il s’y connaît, les modèles en pointe il a le temps de s’en imprégner, en toute liberté, mais c’est pour mieux s’en défaire tant de son expérience préalable que de sa veille prudente, lorsqu’il écoute le cas singulier, au présent, irréductible, qu’un des participants partage chargé de ses émotions, de toute son histoire. Et des résonances de ses co-participants…

Et c’est cela qui est à suivre dans cette animation d’un groupe particulier : analyse de dirigeants entre eux.

Contretransfert & Interprétations, en groupe et quatrième

L'atelier des jardiniers à Sens
L’atelier des jardiniers à Sens

Nous devions nous réunir en cette journée séminaire psychanalytique pour coachs, du 28 mars à Sens, autour de Jean Marie Von Kaenel, animateur de groupes de supervision comme nous, psychanalyste bien sûr, de ceux rares ayant traversé l’épreuve de l’analyse quatrième. Et nous l’avons fait avec force riches apprentissages autour du thème, du contre-transfert de l’accompagnateur et de ses interprétations :

– Le contretransfert de l’accompagnateur lui-même est préalable au transfert.

Il est composé de tout ce qui se dégage de nous malgré nous-mêmes, et que nous « déplaçons » en premier dans la relation, le client n’étant que réactionnel. En tant que coachs nous nous surprenons à découvrir que tout ce qui pour nous fait partie du cadre que nous créons soi-disant en toute objectivité et de nos apprentissages légitimé, n’est que transfert de nos affects « sur la porte » entre le client et nous. Jean Marie faisait référence à la porte évoquée par Balint et son épouse pour expliquer comme la rage d’un couple finit par claquer la porte et s’y déplace de fait.

Nos choix de durée de séance, la fréquence, les outils mis en pratique, tout ceci est déjà interprétation du besoin du client issue de notre contre-transfert lancinant.

– Le contre-transfert de l’accompagnateur ne prend sens que dans l’après-coup.

Il est impossible à prévoir en session de préparation même en supervision, il est impossible à déceler et soi-disant mettre de côté sur le moment, il est impossible à saisir en toute sa subtilité même une fois le client parti et en supervision à nouveau. Le contre-transfert est inconscient. Jean-Marie utilise volontiers en abordant un cas récent le terme « j’en suis encore encombré ». Nous ne percevons que ses effets. Une déstabilisation. Une étranger été. Le contre-transfert relève de tout ce en quoi le client nous est étranger et surtout nous sommes étrangers à nous mêmes. Bien loin du communément admis « d’en quoi le client me met et que je connais si bien et dont je ne veux pas avec lui ! « 

– Les interprétations sont alors tout ce qui m’échappe malgré moi en présence du client, et surtout ce en quoi je ne me reconnais pas ! Jean Marie aborde le cas de ce client qu’il n’a pas attendu comme à son habitude le temps de la séance. Il l’a donc croisé aux abords du Cabinet et lui a dit de venir le lendemain, et ainsi de suite : puisque la séance n’était pas respectée il aurait d’eux rendez-vous à chaque fois à la place d’un seul. Le lendemain son client était bien là et à l’heure et à pu lui parler longuement de son frère jumeau et de oh combien il lui manquait…

À une autre cliente j’ai moi-même avoué un jour qu’avec elle « j’avais peur de faire des bêtises. » À mon superviseur je suis ensuite allée avouer ce dérapage certain. D’inspiration psychanalytique intégrative en sa pratique de coach lui-même, il m’a au contraire encouragée à partager, avec soin, ce qui d’étranger en la séance apparaît. En la séance même, ou comme le rajoutait Jean Marie avec encore plus de soin, laisser l’après-coup se faire, et ne pas hésiter plus tard à utiliser cette connaissance rétrospective pour une prospective… Certaine !

Ma client en effet à depuis bien bénéficié de mon aveu : dans un premier temps toutes ses « bêtises » d’enfant sont remontées. Puis des zones moins connues comme son intransigeance actuelle et ses peurs à elle se detricotent en douceur. Jusqu’à mes limites à moi, d’accompagnatrices surtout.

Car c’est cela le grand enseignement de cette journée séminaire : comment il restera malgré tout, et surtout dû au contre-transfert de l’accompagnateur même, qu’elle que soit la hardiesse de ses interprétations, des angles morts, des résidus transférentiels à détricoter éventuellement en Groupe Quatrième ! Surtout ceux qui accompagnons.

 » Ainsi est-iil apparu que le travail de l’analyse quatrième réactualisait, remettait en cause et en chantier le transfert de l’analyste, et incluait donc nécessairement —quoique évidemment in absentia — l’analyste de l’analyste. »

C’est en quoi il est quatrième : il remonte de l’accompagnateur (un) qui le rejoint et son client « rapporté » (deux), puis de l’analyse en groupe qui fait tiers, à une quatrième échelle : l’évocation de l’analyste premier et en quoi il est encore présent et empêcheur !

Avec André, nous qui vous accompagnons aussi en groupe et en superviseurs, nous sommes vigilants à votre relation à votre thérapeute, qui a précédé votre vocation de coach ou qui est encore agissant. Ici nous le rendons explicite et peut être pourrons nous le travailler davantage après cet atelier apprenant :

Transfert & Contretransfert, Interprétations & Identifications

Pour en savoir encore davantage et à la source voici un texte issu du Quatrième Groupe d’Analystes auquel il est fait référence et dont Jean Marie fait partie. Nous rejoindre en prochain séminaire du 13 juin est se former avec lui puis pratiquer avec nous, le duo de superviseurs est possible aussi. Vous serez les bienvenus.

« Le concept d’analyse quatrième, qui est passé dans l’usage et le langage courants au sein de notre groupe correspond à une façon nouvelle d’envisager le travail de formation analytique classiquement défini et admis, dans l’ensemble des Sociétés freudiennes du monde entier, sous le nom de contrôle ou d’analyse supervisée.

L’analyse quatrième est donc, d’abord, une théorie du contrôle, de la situation de supervision — théorie jamais esquissée jusque-là — et prenant en compte l’ensemble complet des figures et personnes qui y interviennent, ainsi que leurs interactions visibles ou cachées.

La reconsidération ainsi faite de cette partie essentielle de la formation, entraîne des modifications et des recentrages à la fois théoriques et pratiques, visant à mieux cerner la matière analytique elle-même, et surtout à prévenir son échappée potentielle à garantir autant qu’il se peut contre son éviction involontaire.

Le concept de processus, d’abord, c’est-à-dire de déroulement selon le temps (voisin des notions freudiennes de « travail » et d’ »élaboration », s’est progressivement avéré et continue d’être l’un des plus utilisés dans les apports de notre groupe aux problèmes de la formation, de l’habilitation, et jusqu’à ceux des relations de l’analyse et des analystes avec les institutions, à commencer par celles de leurs propres Sociétés.

La notion de processus, en effet, s’applique tout autant à l’analyse (celle du candidat en ce cas) ; à l’analyse quatrième ; aux cures psychanalytiques ou psychothérapiques concernées ; aux sessions inter-analytique ; à habilitation enfin. L’analyse quatrième repose essentiellement sur le repérage, puis le maniement : intervention, abstention suspensive, interprétation des données transférées c’est-à-dire du transfert non moins que de son homologue croisé, le contre-transfert. C’est pourquoi a été posé et défini le concept double de transfert-contre-transfert.

L’expérience montre que la totalité du processus d’une analyse, et les aléas de ses réussites comme de ses blocages, limites ou échecs, est sous la dépendance des appréhensions et des interférences—manifestes et plus encore latentes — d’expressions et de déguisements émanant d’un fonds transféro-contre-transférentiel permanent, c’est-à-dire présent dès avant le début de l’entreprise analytique et se maintenant jusqu’à son terme, et même au-delà. Ceci rend compte de la nature processuelle du phénomène.

Quant à la donnée plus spécifiquement contre-transférentielle celle-ci conditionne les capacités d’écoute et d’entendement non moins que leur contrepartie limites et surdités, écoute de soi-même (narcissique) et non plus d’autrui. L’inter-subjectivité, qui est aussi inter-objectivité et inter—objectalité définit le cadre optimum (setting) du processus analytique.

Or le versant contre-transférentiel renvoie toujours avec évidence —mais souvent aussi dans la méconnaissance — aux données analytiques propres de l’analyste, C’est-à-dire à l’analyse de l’analyste; et, parmi ces données. aux moins bien résolues d’entre elles, Ainsi est-il apparu que le travail de l’analyse quatrième réactualisait, remettait en cause et en chantier le transfert de l’analyste, et incluait donc nécessairement —quoique évidemment in absentia — l’analyste de l’analyste.

Il en résulte que faute d’un quantum suffisant d’appréhension de ces données, dimensions et voies régrèdientes, une part essentielle —puisqu’inconsciente — de la matière analytique se trouve tacitement évacuée, évitée ou hors d’atteinte.

Le but de l’analyse quatrième se définit de lui-même par cette approche théorico-clinique et tbéorico-technique du processus engagé. Il est de permettre, par voie de signalisation — plutôt que d’interprétation au sens spécifique du mot — la mise en lumière relative des données brièvement rappelées ci-dessus notamment selon les effets transféro-contre-transférentiels croisés et interférents, qui enferment des zones très aisément et fréquemment inaperçues, hors-limites, repoussées ou ignorées, lesquelles sont néanmoins des éléments constitutifs, agissants d’une analyse et doivent par conséquent, dans la mesure du possible, lui être réintégrées.

Ces notations expliquent aussi pourquoi un tel travail ne peut s’accomplir seul. L’auto-analyse ne saurait y suffire.

Il exige l’exposé et la discussion en présence d’un analyste qui occupe une position — non seulement tierce comme c’est le cas dans la situation analytique idéale — mais quatrième d’où le nom donné à ces sessions formatrices.

Ainsi menée, l’analyse quatrième, par la discussion et l’élaboration théorico-clinique contradictoire, et par le principe du pluralisme formateur qui la fonde permet de surcroît, d’atteindre deux résultats d’importance considérable :

A — Elle fait apparaître la pluralité des sens et des stratifications de la matière analytique. Elle éclaire les problèmes complexes du choix— délibéré ou, plus encore aveugle — choix du matériel et choix de l’interprétation. Elle aide à la formulation d’hypothèses interprétatives heuristiques, par la découverte des interprétations latentes. Elle en permet enfin la confirmation ou la réfutation, par le recours à une critériologie de recoupements et convergences.

B — Formation et communications pluralistes permettent de parer aux effets les plus aliénants de l’identification—non pas secondaire mais tertiaire — à analyste. Identification dont certains esprits égarés sont allés jusqu’à soutenir qu’elle était la fin idéale de l’ » analyse didactique » ; mais dont l’expérience montre qu’elle est au contraire stérilisante et aberrante. « 

QUATRIÈME GROUPE
FORMATION ET HABILITATION (1983)
Extrait prépare en collaboration par Piera Aulagnier, Nathalie Zaltzman et Jean-Paul Valabrega , lequel a assuré en outre la rédaction du texte. Le texte entier comprenant :

* Avertissement
* Quelques conditions minimales à l’entreprise de la formation
* Analyse Quatrième et la session inter-analytique
* Le processus d’Habilitation