What else ?

« Aujourd’hui, dans ce monde dit hypermoderne, où l’on s’accorde si rarement de revenir à soi, la cure analytique demeure un des derniers espaces de promotion du langage et de l’imaginaire le plus secret. Un lieu à l’abri du vacarme et de l’urgence, un refuge où, sans aucun gadget « prothétique », sans autre support que la présence si particulière de l’analyste, un analysant est amené à revivre son histoire intime, les revers comme les grâces qui la jalonnent pour se les réapproprier et comprendre comment il est devenu, au gré de ses rencontres et de ses expériences, des moins dicibles aux plus belles, un être singulier, unique dans son identité, ses affects et sa pensée.

Au fil des séances, la parole si ténue, si fébrile au départ gagne en aplomb et en densité, elle traverse le dérisoire, tous ces détails anodins qui importent tout compte fait, elle file vers ces blessures que l’on n’osait même pas se rappeler, elle se débarrasse de ce fatras de bizarrerie et de haine, l’abandonne dans cette oreille, attentive et sereine, un écrin, elle y puise la lumière pour éclairer chacune de ses ombres que nous sommes aussi. Le patient se redresse, se libère des aliénations qui asphyxient son désir, peut-être même apprivoise-t-il cette souffrance qui l’avait conduit à consulter la première fois, jusqu’à ce que peu à peu elle ne lui serve plus à rien, qu’il s’en défasse enfin. Je vous parle d’un « patient » abstrait pour illustrer mon propos, d’un patient indéfini, mais ce patient, je le fus. »

Eloge indocile de la psychanalyse, Samuel Dock, édition du Kindle 2019

Travailler en groupe d’analyse de pratiques d’accompagnement de pratiques de transformation

Appréhender la transformation c’est d’abord appréhender sa propre transformation en lien avec les autres. Le groupe de pratiques de transformation d’entreprise s’adresse à tout professionnel, interne à l’entreprise ou en tant que consultant externe, souhaitant prendre l’envergure que l’entreprise et plus largement aujourd’hui l’éco-système requiert.

Il y a peu de formations pratiques pour le coaching d’organisation, les projets de transformation ou la conduite de démarches d’innovation. Mais il y a un groupe de développement et d’analyse de pratiques animé par deux analystes et dédié aux professionnels de différents métiers : directeurs de la transformation, de l’innovation, consultants, coaches, responsables RH. Si vous en êtes c’est le moment du renouveau.

André de Châteauvieux et moi aimons à la fois intervenir en duo au cœur du changement institutionnel et former tous les acteurs, les initier à la complexité de la nature humaine et à ses ressources naturelles. Nous sommes chargés d’enseignement à l’université dans ces domaines : D.U. Executive Coaching à Cergy, Master Coaching à Paris 2, HEC Executive Education Coaching d’organisation.

Cela fait une année que nous formons des coaches et des consultants à constituer et animer des équipes intervenantes plus à propos pour ces interventions d’essence collective, et nous supervisons aujourd’hui les équipes qu’ils ont su constituer.

Nous sommes ainsi heureux d’ouvrir un groupe dédié au développement et à la supervision de tout professionnel, interne à l’entreprise ou en tant que consultant externe, souhaitant prendre l’envergure que l’entreprise et plus largement aujourd’hui l’éco-système requiert de nous, les acteurs de l’humain à la fois singulier et socialement engagé.

 

« Quel est le meilleur gouvernement ? Celui qui nous enseigne à nous gouverner nous-mêmes. »

Goethe

 

GROUPE D’ANALYSE DE PRATIQUES DE TRANSFORMATION D’ENTREPRISE Eva Matesanz & André de Châteauvieux

 

Pourquoi rejoindre un groupe d’analyse des pratiques de la transformation en entreprise ?

Plusieurs métiers sont concernés par l’accompagnement du développement solide et durable des organisations :

– Ceux qui font partie de la structure comme la fonction ressources humaines en tant que partenaire stratégique, les responsables et les directeurs de l’organisation, de l’innovation, de la transformation et, plus récemment, du “change”.

– Ceux qui font partie d’un éco-système, qui assument les fonctions de soutien des fonctions clés de l’excellence opérationnelle, du recrutement et de développement des talents, des « relations publics », sur les réseaux et en plateformes d’usagers et clients, véritables accélérateurs d’une transformation plus vaste.

– Ceux missionnés pour une exploration de terrain, les sociologues, les coaches et conseils en organisation, formés aux modèles scientifiques ou libérés, dont les interventions peuvent s’étendre de l’accompagnement de direction, de la restructuration, du plan social strict aux démarches participatives ; de plus en plus souvent sollicités pour accompagner une transformation suivie, rayonnante, en lien avec les acteurs internes et les partenaires naturels.

Si vous faites partie de l’un ou l’autre de ces collectifs d’appartenance au premier degré et que vous avez saisi l’enjeu de la collaboration, vous conviendrez de l’opportunité de rejoindre un groupe de partage de pratiques de transformation comme référent naturel.

 

Qui sommes-nous et pourquoi sommes-nous à l’initiative de ce groupe ?

Eva Matesanz et André de Châteauvieux, nous sommes à la fois analystes institutionnels, analystes de groupe et coaches de dirigeants et de leurs équipes. Nous sommes enseignants à l’Université et à HEC, en formation continue d’accompagnateurs professionnels issus des différents niveaux d’intervention cités. Nous avons ainsi, aussi bien une pratique de terrain, en constante évolution, des références épistémologiques en activité également – celles de la socio-analyse et de la psychanalyse contemporaines – et une pédagogie éprouvée, une capacité de transmission mais surtout, d’animation du savoir contenu et échangé au sein d’un groupe de professionnels : un savoir-faire et un savoir être intimément reliés puisqu’amenés à être pensés et incarnés, ce qui est le propre de l’analyse.

Nous publions régulièrement sur les avancées constatées et les recherches qui suscitent des vocations partagées. La pensée managériale et celle de son accompagnement nous semblent être bien pauvres si nous la laissons aux gourous d’un autre temps, comme le soulignent bien de penseurs que nous suivons et qui se renouvellent actuellement dans la pensée du sujet intimément relié à la pensée du social : François Dupuy, Vincent de Gaulejac, Roland Gori, Serge Tisseron et Elsa Godart.

 

Pour quels objectifs ?

  • Appréhender dans vos élaborations et vos comportements actualisés, vos “réflexes”, – souvent défensifs -, face à un collectif dans des situations sensibles pour vous.
  • Mieux comprendre pourquoi et comment vos outils d’intervention répondent ou non aux besoins du groupe en présence et aux besoins de l’institution.
  • Travailler avec les scénarios de base à l’œuvre dans chaque groupe et avec les ressorts des institués et de l’instituant à l’échelle de l’organisation ou de l’éco-système.

 

Selon quelles modalités ?

  • Travail expérientiel à partir des situations apportées par chacun ou suscitées par la dynamique de groupe.
  • Eclairages et apports théoriques centrés sur ces situations et à partir du travail d’analyse du groupe (pour mettre en évidence la compétence du groupe, favoriser d’autres modalités plus créatives).
  • Un parcours dans la durée et des sessions courtes (10 * 2 heures annuelles) et pour accentuer la prise de recul et la réflexivité (poursuite du travail sur soi entre les séances).

Le calendrier

  • 10 séances de 2 heures, d’avril 2018 à avril 2019 : 27 avril, 25 mai, 6 juillet, 14 septembre, 19 octobre, 23 novembre, 11 janvier, 15 février, 15 mars et 12 avril.
  • Horaires : 10h30 à 12h30

L’investissement et les modalités de paiement

  • Forfait annuel: 2 000 € TTC
  • Inscription sur règlement effectif. Places limitées. Travail en groupe restreint.

Le lieu

  • L’Atelier de l’Art de Changer – 5 bis, rue Chaptal – 75009 Paris.

Les références détaillées des intervenants

Ce cursus est animé en duo par André de Châteauvieux et Eva Matesanz. Tous deux accompagnent ceux qui dirigent, qui forment et qui soignent, les « métiers impossibles » selon l’expression consacrée. Leurs sources sont l’analyse institutionnelle et la systémique originelle, familiale. Ils enseignent à l’université pour des formations clés auprès des accompagnateurs et prescripteurs de coaching : Master 2 coaching et développement personnel à Paris 2, DU Executive coaching, individuel et d’équipes, à Cergy et HEC Executive Education CESA coaching d’entreprise.

Ils créent et animent en duo des cursus singuliers pour accompagner plus « au naturel » : « érotiser votre entreprise » ou la place des pulsions, des fantasmes et des interdits dans l’accompagnement professionnel via une supervision au plus personnel, telle qu’elle a été présentée lors de l’interview paru dans Psychologies magazine, Dossier « Coaching et psy », février 2018. Ils partagent enfin sur leurs travaux et leurs pratiques par l’écriture en continu d’ouvrages didactiques et de contributions à des ouvrages collectifs :

  • Dans l’intimité du coaching(Démos 2008), Le grand livre de la supervision (Eyrolles 2010), Le livre d’or du coaching (Eyrolles, 2013) par André de Châteauvieux.
  • Cent secrets des managers qui réussissent(Kawa 2013), L’art du lien (Kawa 2014), La psychologie du collaboratif (L’Harmattan 2017) par Eva Matesanz.
  • Erotiser l’entreprise, pour des rapports professionnels sans complexes(L’Harmattan 2018) par Eva Matesanz et André de Châteauvieux.

ART DE CHANGER                                                 L’ESPRIT LIBRE

André de Châteauvieux                                                Eva Matesanz

5 bis, rue Chaptal                                                          21, bd Haussmann

75009 PARIS                                                                 75009 PARIS

www.art-de-changer.com                                           www.ever-mind.fr

adechateauvieux@art-de-changer.com                   evamatesanz@ever-mind.fr

La chaîne humaine du changement individuel

image

Au bord de l’aliénation pour chacun, surgissent, en chaîne humaine, des nouveaux liens salvateurs : en groupe d’accompagnement analytique assumé. Le seul qui pour construire le changement touche aux fondations même de l’être, comme un archéologue le fait : en douceur. En psychodrame analytique parfois : un peu plus chahuté, mais une belle traversée des glaces de chacun !

– Ce n’est pas vrai que je ne veux pas l’admettre ! Tu m’as ôté le mot de la bouche, et ceci me blesse par deux fois : de ta méfiance et de ta prise de pouvoir. Ma mère n’aurait rien à t’envier…
– Toi, c’est mon souffle que tu confisques à me faire taire ce que j’avais à dire à celui dont la mort m’a privée trop tôt : mon père.
– Oui. C’est une querelle entre maman et papa qu’il nous a été donné à voir. Et je vous remercie de nous laisser en marge. Je n’y prendrai plus part…

Ils sont coaches ou superviseurs de managers et ils vivent ainsi, ici et maintenant, en dynamique libre de groupe de supervision de pratiques professionnelles, leurs aliénations singulières :

– Fille de sa mère elle resterait sinon, lorsque ses clients accompagnés qui ont trop souvent le premier et le dernier mot ?
– Responsable de ses équipes, et coupable des moindres erreurs de chacun des équipiers, et de ses propres managers ?
– Fin observateur figé, à l’arrêt dans l’entre-deux ?

Un temps pour chacun ensuite, et après le psychodrame : l’analyse.

– L’une explore sa vraie nature par libre association d’idées, bien plus posée ;
– L’autre trouve en elle-même son meilleur protecteur, père intériorisé, et qu’elle a aussi tout intérêt à ne pas trop écouter ;
– Et lui, enfin, il découvre, du passage, de l’entre-deux, sa propre place au cœur.

En coaching individuel en groupe et en duo d’animateurs : Eva & André.

 

 

 

Le Turquetto, un étranger en empathie

Sami Soriano, par Élie
Sami Soriano, par Élie

 » Le soir Zeytine aimait raconter sa journée. Une fois ce fut la discussion qu’il avait eue le matin même avec Halis :

– Je te disais il y a longtemps que les gens ne savent pas regarder, tu t’en souviens ? Que ce qu’ils veulent, c’est qu’on les regarde, eux ?

Il éclata de rire :

– Eh bien, je me suis trompé, mon Raton ! Les gens ne sont pas plus bêtes que toi ou moi. Au contraire, ils sont astucieux, et même plus qu’ils ne le pensent. Ils sentent que regarder, je veux dire : regarder vraiment, risque de leur apporter de la douleur… Ils constateront que tout change ! Leurs amis, leurs femmes, leur travail, tout ! Et tu sais quoi, Raton ? S’ils admettent que le monde change, ils devront changer, eux aussi… Et c’est ce qu’ils détestent le plus.  »

 

Ce sont les derniers instants d’un voyage auprès du  » Turquetto « , peintre de génie et combattu sous prétexte de troubler les convictions religieuses de l’époque, de Venise jusqu’en ses terres d’origine en Constantinople. Il y retrouve son mentor, un estropié de la campagne d’Arabie, faisant œuvre et campagne désormais auprès des hommes du bazar. Auprès du jeune Élie aussi. Puis, auprès de lui-même revenu, vieilli, faussaire de sa vie, auteur de toiles vraies, et brûlées. Sauf une :  » L’homme au gant « , sous la signature de son maître en l’art, Titien, sauvée.

L’homme au gant. Portrait du père.

Il l’a longuement regardé, son père, Élie / Turquetto, comme il a longuement regardé autour de lui et produit des portraits saisissants de  » design » et de  » colorito ». Salué, toute à la fois, pour la rigueur du dessin et la puissance des ambiances et sentiments encrées.

Les a-t-il vous changer ? A-t-il figé l’instant pour cesser les variations, les contradictions que chacun de nous enferme, les trahisons quotidiennes, les déceptions durables ?

Élie rejoint son mentor et le regarde sans jamais retoucher aux pinceaux, jusqu’à sa mort. Élie réapprend à vivre sur la toile d’une âme transparente. Des seuls pinceaux de sa voix blanche.

Le lendemain de l’inhumation de Zeytine, il prend sa place au bazar et il peint, « pour la pile » qui était le lieu de son imagination inaliénable depuis l’enfance, le portrait de son père sans le couvert du noble qu’il avait jadis posé sur lui.

 » Il l’avait représenté en pauvre bougre qu’il était. Au coin supérieur droit de la feuille, sa main avait écrit ces mots :

Sami Soriano, employé d’un marchand d’esclaves à Constantinople.  »
Pour que l’homme vienne à la vie, la mère l’accouche, mais surtout, pour qu’il marche debout, le père doit être dit. Ainsi soit-il…
imageVariations toutes personnelles sur l’ouvrage que je referme à l’instant :

Le Turquetto
Metin Arditi
Actes Sud, 2011

Ne en Turquie, familier de l’Italie comme de la Grèce, Metin Arditi est à la confluence de plusieurs langues, traditions et sources d’inspiration. Sa rencontre avec le Turquetto ne doit rien au hasard, ni al l’histoire de l’art.

Car pour incarner ce peintre d’exception, il fallait d’abord toute l’empathie – et le regard – d’un romancier à sa mesure.

Metin Arditi habite la Suisse, où il enseigne à l’Ecole polytechnique et présidé l’Orchestre de la Suisse romande. Toute son œuvre romanesque est publiée chez Actes Sud.

Entre deux portes

imageElle est venue au monde sans traverser la mère. Et elle traverse la vie en se laissant porter. De l’homme qui l’a choisie, de l’employeur du moment en sa spécialité, et désormais de moi coach.

Et c’est à moi enfin qu’elle commence à en vouloir d’autant d’immobilité. Après avoir envisagé de rompre l’amour, de contrat casser, elle se prend à notre pacte d’accompagnement sur la durée.

Je n’ai rien de plus à vous dire. Coach pour changer ? Depuis que je vous fréquente je vois encore moins comment je le pourrai !

– …

– Et puis il fait trop beau dehors ! Après tout, cela peut attendre, mes doutes et souffrances, le retour de l’hiver…

– Avec le temps qu’il fait, tous mes clients et clientes me disent aller bien.

Drôle d’aveu en son sens, et pourtant, elle continue de se dire telle qu’elle est.

J’en suis à comprendre que c’est pour moi inconcevable de me détacher de lui : que c’est un effort surhumain de ma carrière infléchir. Je suis scotchée et je ne vois pas comment en sortir, mais je ne vois surtout pas pourquoi je le suis.

– Cette porte enfoncée – dont vous parliez à la précédente séance, que vous dites avoir oubliée tellement elle ne vous sert à rien -, cette porte que vous m’accusiez de forcer, c’est la porte de votre naissance, par césarienne pratiquée, mais aussi, quelle autre porte, ou quelle somme de portes tout au long de votre vie, n’auraient pas été respectées ?

Lui revient l’adolescence et ses tâtonnements amoureux, lui revient l’enfance aisance en belle maison de poupées, bien gardée. Et dans le flou de l’écoute flottante, de l’imaginaire préconscient que je projette en sa présence,  j’aperçois d’autres lieux bien plus secrets, bien plus enfouis, dans le corps et dans le temps, impensables, interdits, immémoriaux : l’origine de la mère  est cette porte de paradis qu’elle n’aura pas pu pousser. La porte première naturelle. Différente de cette autre, de secours et de chirurgie. La toute première porte lui a été refusée.

L’accompagnement prendra le temps cette fois-ci de le lui laisser, le temps. La séance sera l’espace de son cheminement tout personnel. Et la porte dernière au plus loin.

 

Ne changez rien…

– Toujours ces réveils intempestifs dans la nuit.
Cela ne change pas… Cela ne change rien…

Abattue elle. Silencieuse moi coach. Et le réveil et le rêve se tissent ici même entre deux fauteuils et mon regard divan.

– Si. Ce qui est nouveau est qu’auparavant, je me réveillais tôt, et que désormais, je réussis toujours mon réveil de la nuit, mais je rate volontiers mon réveil matinal. Et je m’épuise alors… de courir et courir et courir, du lit au bureau, vers le Car et en retour.

Et puis cette semaine, sa présence est requise, non plus « au bureau » en banlieue forestière mais au sein d’une Convention inter-Entreprises. Nul besoin de courir, ni de Car, ni de fuite, ni de planque .

Elle va pouvoir se rendre, « à pied » de son tout petit nid sous les toits de Paris à la scène du monde.

– Mais je calcule mal et je cours et je cours encore et encore !

Face à ses répétitions symptôme d’un jadis, je hasarde un classique de l’accompagnement : le voyage express en enfance. Puisque moi-même j’y suis.

– C’était comment, vous, petite fille entre l’école et la maison ? Ou tout autre déplacement… En vacances, en famille, chez des amis… Qu’est-ce que cela vous évoque ?

– Le souvenir qui me vient est la première hospitalisation de ma mère…

Inconscient ne répond pas sur commande. Il s’invite en écume passée des jours présents. Entre mes doigts je tente de la retenir un instant et en faire peut être la dentelle d’un autre lendemain.

– Vous inquiétiez-vous pour elle ?

– Pas vraiment. J’étais même plutôt heureuse que cela cesse. J’en avais un peu assez de leurs querelles… À chaque fois un objet à la main – peu importe : un fusil, un couteau, une bricole qui traine dans le salon -, papa se prenait à elle et moi j’accourais protéger, de mon corps de petite fille vive, son corps de femme soumise, et lui éviter peut être le pire.

– N’aviez-vous pas peur pour vous non plus ?

– Non.

– En étiez vous complice ?

– Pardon ?

J’entends alors l’énormité que j’ai dite : complice du bourreau. Ces lapsus involontaires, de l’accompagnateur lui-même, tissent toujours la dentelle sur les vagues de l’inconscient. Mais une fois que c’est dit, je peux le dire autrement, et faire tirages papier glacé du négatif (cf. L’inconscient de l’analyste comme le négatif de la vie psychique du client – André Green).

– Avait-il de la complicité entre votre père et vous ? Vos relations père-fille semblent avoir été sympathiques, pour que vous puissiez « alchimiser » sa colère en bienveillance envers vous-même.

– Je suis la benjamine. Maman nous a souvent raconté que  » papa n’a pas toujours été comme ça ». Je pense que ce sont les bons souvenirs qu’en gardent mes aînés.
Moi je n’ai pas connu ça, mais en même temps, étant très petite quand  » papa a dérapé « , j’ai sans doute pu tisser avec lui les liens affectueux d’un bébé grand à un bébé vrai.

Et elle poursuit vaillamment la libre association de ses affects et pensées tels qu’ils affleurent à son préconscient :

– C’est qu’ils devaient tous deux traverser ma chambre d’enfant pour se rendre en leur chambre de parents. Et alors que je dormais j’entendais  » pan-pan-pan « . C’était les pas de mon père avant ou après son forfait, je n’en savais rien, mais je distinguais sa silhouette toujours son truc à la main.

– Les coups, les foulées, le « fort fait » originel, l’objet, ou même le truc, à la main. C’est une formidable condensation, comme un rêve éveillé qu’ici vous contactez, et qu’en votre vie d’aujourd’hui vous répétez.

– Je contacte surtout que je suis moi-même devenue – en famille, en amour, au boulot -, attaquante, rejetante, fugitive, impitoyable, hypersensible !?

Elle a déjà fait  » le retour vers le futur  » que conclut toute analyse. Ce ne sont plus aujourd’hui nos parents responsables de nos bêtises… Ne reste plus qu’à poursuivre de séance en séance le travail inconscient et l’intelligence de la relation.

– Nous allons nous arrêter là pour aujourd’hui. Mais vous voyez bien que vous n’avez pas tant besoin de changer vos rêves et vos courses, vos coups rates et réussis, à présent comme hier. Bien au contraire. Le temps psychique est rétif au volontaire : il est inconscient. Laissons lui faire son travail. Vous vous y retrouverez. Et surtout telle que vous êtes, ne changez rien.

(C) Caras Ionut
(C) Caras Ionut

Égrener les raisins de son enfance, est-ce pour femme dirigeant ? Inconscient.

 
Du temps s’est écoulé depuis la séance précédente. – Exceptionnellement je sauterai un rendez-vous pour convenance personnelle ! – Puis – Le temps m’a paru long… – dit-elle.

Elle a perdu le fil de la libre association. Elle essaye de me convaincre de ses réussites et de ses efforts, et elle conclue ce manège, duquel je descends, par : – Tout cela m’apprend à quel point cela est lourd, pour moi, le changement !

Elle me regarde enfin. Elle vacille comme elle croit que je vacille de son sort. Mais non, pas du tout, « sabre laser » dirait celui avec qui j’anime en duo, mais là je suis seule :

Quel changement ? – Mépris absolu de son raisonnement.

Elle rit. De bon cœur elle rit. – Comment vous êtes ! Quel changement ?!

S’ensuit un bredouillis. Ses yeux qui rient. Ses yeux qui pleurent. – Bon ! Ce que cela m’évoque est que j’ai tendance à jeter le bébé avec l’eau du bain…

Et elle se lance à nouveau en moult épisodes de sa vie professionnelle. – Cela est plus clair pour vous ? – Aurait-elle aimé oser à mon égard. Mais ce qui lui vient est – Cela est flou pour moi… Mais peut être que pour vous… ? « Amour d’un savoir est le transfert » dixit Lacan.

Et moi je ne sais rien. Analyste malgré moi. Coach du hasard.

Je ris. De bon cœur je ris. Et je lui dis merci : – J’allais justement vous dire que je ne vous vois plus !

?!

A aucun moment, en vos savantes analyses je n’ai vu paraître la toute petite fille…

– Ah! Papamamantoutça ?!

Elle a l’air excédée aujourd’hui de ces liens là.

– …

Mais si. Le businessman, le commercial, l’enjôleur, l’abyssal c’est papa. Puis, RAS… c’est maman. Et moi avec tout ça… Comment joindre les deux bouts, aussi éloignés qu’ils soient ? Tiens ! Vous ai-je déjà raconté la petite histoire de la bassine et le raisin ?! J’ai du vous la raconter celle-là ! C’est tout moi !

Et elle rit le cœur sur la main, et sa main tendue vers moi.

Je ne la connais pas je crois. Celle-là.

– Pas possible ! J’ai du vous la raconter ! Remarque, c’est ma petite sœur qui la raconte si bien. Moi, je m’en rappelle à peine. Mais j’aime tant l’entendre dire !

Je fais silence, et laisse toute sa place à cette petite Victoire qui s’avance. Par la bouche d’elle, elle chante :

Il est dimanche et nous déjeunons en famille. Rien n’est laissé au hasard, vous imaginez ! La place de chacun. Le décorum. Les manières. L’agape. Puis, soudain, ma maman me confie la responsabilité d’aller en cuisine chercher « le raisin ». Et j’y vais, et j’y viens. Je n’oublierai ça jamais, la colère de mon père à la vue de mon forfait.

Je me dis en-dedans : – A nouveau balafrée ? – Et je me tais.

Le raisin était dans la bassine, par ma douce mère mis à tremper. Et moi, ni une ni deux, je place, sur la table familiale, et la bassine et le raisin. A la vue de la bassine, mon père… Comme égorgé !

– Et vous dites, quand vous changez, avoir tendance à jeter… le bébé ? – La grimace davantage, que sourire, elle fait – Et vous aviez quel âge ? – Je ne lâche rien…

Oh… ! Étions nous si enfants les filles d’antan à 12-13 ans… Rien à voir avec à présent.

Nous allons nous arrêter là – Car peut être bien que l’enfantin de sa soeur y paraît.

Mais pour elle qui s’oublie il ne peut pas être anodin qu’à l’âge du premier sang papa jette l’eau…

Et le bébé !

Œdipe sous nos yeux en processus inconscient se parfait. L’entre-séance est temps psychique nécessaire, fil de l’eau qui s’écoule en douceur. Puis, de séance en séance, de parole en parole, pas tant « changer » qu’exister.

Tout simplement, à cinq-uante ans, être enfin.

Martine Haew Photographie
Martine Haew Photographie

 

Retour à soi

« Le moi n’est pas maître en sa propre maison », Sigmund Freud
Il est seulement pré-conscient. L’inconscient s’y dispute à la conscience, jamais pleine.

 

Retourner en ces murs d’habitude après l’été. Et ressentir : que les mètres de vie habitable se sont réduits.
 
Sentir aussi prestement que tout changement sera factice : de décor, de dialogues ou de distribution. 
 
Reste à se changer soi. En ce qui est déjà là. 
 
De ses mots à elle, qui sont justes de ce qu’en accompagnement elle vit :
 
 » – J’ai entassé dans ma tête et en mon coeur, par dessus de celle que j’étais, des strates de celle que je ne serai jamais. Perdre des centimètres m’ira bien. « 

 image