Un air d’enfance en formation au coaching clinique : ma formation, mon enfance

Je m’étais inscrite parce que je ne savais pas que cela s’adressait tout particulièrement aux professionnels de l’enfance de nos jours. Je pensais à l’entreprise qui est mon champ de bataille. Et aux enfants qui se révèlent aux adultes que j’accompagne.

L’enfant qui a peur.

L’enfant qui mord, qui tape, qui casse.

L’enfant meurtri, humilié.

Ce sont les trois conférences pour apprendre du champs psychanalytique la vive essence, auxquelles j’ai aimé prendre part en ce début de mois de mars aux Séminaires Psychanalytiques de Paris.

Salle comble. Des professionnels de l’enfance venus de toute la France. Directeurs d’établissements scolaires et maternels, personnels du soin et de la santé, journalistes et enquêteurs. Hormis André de Châteauvieux et moi, coaches cliniciens, pas un seul coach. Puisqu’ils se pressent aux événements du même type autour du masculin-féminin et ricaner du sexuel assumé, j’aurais aimé les trouver parmi ces enfants que nous étions tous. La clinique est l’art de l’intervention unique, singulière au cas présent. La clinique est la seule transmission qui apporte le cas vivant en même temps qu’elle soulève le cas d’antan. Celui que nous-mêmes nous demeurons. Un cas insoluble, susceptible d’être représenté, symbolisé, en communauté.

Je m’étais inscrite parce que j’aime beaucoup. Je m’étais inscrite parce que j’aime beaucoup apprendre sur moi. Je l’assume. Je m’étais inscrite aussi parce que je ne savais pas que cela s’adressait tout particulièrement aux professionnels de l’enfance de nos jours. Je pensais à l’entreprise qui est mon champ de bataille. Et aux enfants qui se révèlent aux adultes que j’accompagne.

Je m’étais inscrite il y a plus d’un mois, et l’intervention qui avait eu lieu depuis à la chaire de philosophie de l’Hôtel-Dieu tenue par Cynthia Fleury autour de « La clinique de l’avant », de l’avant-poste, à même le champ de bataille, la clinique traumatique et post-traumatique, des attentats, des lieux de conflit, depuis 14-18 et encore aujourd’hui partout où l’homme social combat l’homme sauvage et viceversa, m’avait conforté dans mon choix.

La clinique de l’avant est avant tout celle de l’enfance, celle de la violence intra-familiale. Comme en temps et sur le sol de la guerre il n’est possible que d’apporter une écoute qui humanise le vécu inhumain et de se retirer pour laisser l’enfant, le guerrier, retourner parmi les siens, en temps et sur le territoire de l’économie partagée qui nous fait vivre et crever il n’est possible que d’écouter le manager, l’expert, le fondé de valeur, et le laisser retourner là où sa valeur est relative voire anéantie par les impératifs productifs et financiers. Et même celui à son compte, consultant ou ingénieur, est pris dans les rets de la perte et du gain.

Alors c’est toujours étonnant d’oublier les contenus, la plainte ou le triomphe, le cas particulier de l’enfant ou du RH dépassé, et d’entendre les processus. C’est cela que l’analyste, le clinicien accompagne, pas tant parce qu’il est cynique ou insensible comme souvent on le prétend, non drappé de sa posture de coach ou de thérapeute, autant incapable que l’est l’analysant de sortir d’une vie qui est la sienne.

Le psychanalyste est psychanalyste car, psychanalysant, il a compris qu’il n’a pas d’autre choix que de psychanalyser pour vivre. Comme il le fait depuis bébé. Le sens n’est jamais trouvé et par là jamais figé. C’est sa quête qui est vivante, et qui apporte à sa descendance.

Et ces trois conférences, dans l’ordre que j’ai repris, parcourent bien le vécu de prime enfance, qui se perpétue à jamais lorsqu’il quitte l’inconscient pour la vie qui peut se déployer.

Car, premier enseignement : vous avez été laissé à votre peur, à votre colère, à votre tristesse, ce n’est pas cela qui est LE problème. Le problème est que vous ou la personne que vous accompagnez, souvent excellente rencontre pour votre contre-transfert, y soit restée fixée.

Autrefois j’aurais tenté de me reconnaître, et me serais trouvée sans hésitation, tellement la légende familiale me l’a rappelé et me le rappelle sans équivoque : je suis l’enfant qui tape.

Aujourd’hui je me reconnais dans l’enfant qui a peur, puis, l’enfant qui mord celui qui tape, celui qui casse, et enfin depuis peu, l’enfant meurtri, l’enfant qui a besoin d’apprendre à pleurer, pour quitter son meurtre, qui accepte l’humiliation et qui a peur surtout des plus forts que lui. La détresse originaire lui revient à l’esprit. Seulement, je ne suis plus un enfant, j’ai peur de vous et alors ? Je ne suis pas livrée à vous, à vos soins, à votre intérêt, à votre regard, à vos mots qui me donnent corps ou pas. Je suis libre à moi.

A suivre.

Car j’ai aussi touché, atteint par moments du bout des doigts ma visée de me former et de vous accompagner dans le champs entrepreneurial, vous que j’accompagne et va.

Illustration de couverture Kate T. Parker Photography

Un Manager témoigne des bienfaits du coaching en entreprise, le coaching-analyse

imageJe sais bien que ça ne se fait pas mais, pendant que je l’accompagnais, je ne pouvais pas m’empêcher d’écrire. Irrésistiblement. Un, deux et trois billets. À la fois sur lui et sur moi, sur des histoires d’avant et d’aujourd’hui, sur le sale et le lait, sur le grognon et ce qui pue, sur la cruauté de l’enfance et les tondeuses à gazon…
Parce que ce n’est pas une excuse mais les jeux de transfert, ça entremêle toujours beaucoup de soi et de l’autre. Sur le coup. Alors je ne pouvais pas m’empêcher d’écrire. Et c’est souvent dans l’après-coup que ça se comprend.

J’ai caché les trois billets au fond de mon blog mais, un beau jour, il les a découverts.
– Vous écrivez sur moi, il m’a dit.
– Oui, c’est à vous d’écrire votre vie si vous voulez, j’ai répondu sans trop me démonter. Et il m’a raconté que sa mère aussi écrivait pour lui quand il était petit d’homme. Chaque dimanche soir, il lui demandait de faire ses rédactions. Alors il m’a pris au mot. Oui, il a essayé de changer un peu le sens de l’histoire.

Un, deux, trois. Trois premiers billets de son cru, comme un journal intime et sur le fil des associations libres. Et puis d’autres encore, au fil de nos séances. Et puis après aussi. Et tout ça aujourd’hui c’est devenu un livre. Ça s’appelle « Un manager à nu ». C’est publié chez Kawa et avec un pseudo parce que c’est intime toujours. Je n’ai jamais lu ça ailleurs.
Et depuis, j’ai arrêté d’écrire sur lui. Enfin juste quelques lignes, pour la préface.

Eva a aussi rencontré Yvon, c’était à un atelier de campagne, et alors elle a aussi écrit une page pour son livre. C’est là sur son blog : « Manager analysant »

Et ici, ce sera un large extrait du livre d’Yvon parce que c’est vraiment bien ce livre-là.

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« Dans le coaching-projet traditionnel, le patient (il est malade ?) a un mois pour travailler et digérer entre chaque séance et rapporter au coach ce qu’il s’est passé pendant ce mois.
André, lui, il préconise une autre méthode avec des séances en continu, toutes les semaines, une heure à chaque fois, vingt séances pour moi. Il paraît que ça bouscule plus, je veux bien le croire, j’ai testé. C’est court une heure, mais on part avec des devoirs pour l’inconscient. Moi, je réfléchis pendant ma semaine, plus ou moins consciemment et je fais mes devoirs au dernier moment sur ma moto quand je viens voir André, et puis aussi en gravissant les cent marches (oui, oui, cent tout rond) qui mènent à André, à son loft… et à mon inconscient.
Et puis il y a les associations libres, le voyage entre présent et passé, souvent dans l’enfance, le tissage des fils comme il dit, mais pas que. L’histoire, la construction de soi, c’est permanent. Il y a des grands voyages et des plus petits. Et donc il y a de l’inconscient, puisque tout y est classé, et des liens dans tout cela, entre tout cela. Et je crois bien que c’est ça qui est politiquement incorrect… que le coaching titille l’inconscient, donc pas d’états d’âmes, allons-y ! »

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« J’ai commencé un Coaching… enfin plutôt un accompagnement. Coaching ça renvoie au sport et si je dis psycho…, je vois déjà certains demander ce qui ne va pas dans ma tête, si je suis malade de la tête…
Et pourtant…
Pendant toutes mes études et même beaucoup plus tard, je n’aurais jamais imaginé cela. Peut-être le fait d’avoir vécu toute ma jeunesse à côté d’un hôpital psychiatrique ? Moi, pas besoin de ça, je suis normal.
Depuis quelques temps, c’est comme une évidence. L’approche des 50 ans peut être ? Oui, j’avais besoin d’un accompagnement, oui je le sentais depuis quelques temps que j’avais besoin de ce miroir pour m’aider à cheminer dans ma vie, oui je me rends compte que ça me fait du bien. Regarder derrière pour avancer… Quel chemin parcouru : j’avais banni de mon vocabulaire tout ce qui commence par psy ou psycho ou encore analyse ou dérivés. Je crois même me souvenir que je faisais un détour pour passer loin de la fac de psycho (ils sont quand même bizarre les psy, non ?), c’est tout dire ! Et maintenant, je vois André, l’homme qui m’aide à parler avec mon inconscient et qui me fait voyager dans ma jeunesse. […] »

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PSYCHO-VELO

Presque tous les Dimanches matin, je fais du vélo avec deux copains, en général 80 km en partant de la ville vers la campagne. C’est important ça, inconsciemment pour moi, de partir de la ville vers la campagne. Et comme je suis trop fatigué pour m’en rendre compte, on en profite pour revenir au point de départ, la ville.

On croise beaucoup de vélos, probablement un certain nombre de cadres stressés qui ont besoin de se détendre, beaucoup d’autres aussi.
Et puis il y a les automobilistes stressés, soit parce qu’ils vont déjeuner chez leur belle-mère, ou peut-être ont-ils raté la messe, qui sait ? Ils partent plus ou moins tôt, ce qui fait qu’ils sont présents sur presque tout le parcours, rendant dangereux notre plaisir dominical. Enfin, ce sont nos hypothèses, ça doit être important car ils préféreraient écraser un cycliste plutôt que de perdre quelques secondes à profiter de la vie. Et en plus c’est Dimanche, incompréhensible… Ils devraient plutôt se mettre au sport…

Un de mes compagnons de route est chirurgien. Dimanche dernier, il m’explique être allé voir un confrère en Alsace pour parler de chirurgie ambulatoire. Il m’explique face à mon air interrogatif (même en vélo, mes expressions se lisent sur mon visage…) que la chirurgie ambulatoire est un mode de prise en charge permettant de raccourcir votre hospitalisation pour une intervention chirurgicale à une seule journée. Vous rentrez donc le matin pour être opéré le jour même et ressortir le soir. La durée de séjour à l’hôpital est de quelques heures à moins de 12 heures.

C’est une tendance, ça existe déjà. Mais là, c’est pour une prothèse totale du genou. Âmes sensibles, sautez le paragraphe ! Il s’agit de couper les os en haut et en bas du genou et on remplace tout entre les deux : articulation, rotule, ligaments, tout ! Et le patient entre le matin à l’hôpital et sort après l’opération, un genou neuf en moins d’une journée. Incroyable. Et c’est possible, et d’ailleurs ça existe déjà.

Ma curiosité est tout excitée. Comment se fait-il qu’un chirurgien de Strasbourg le fasse et pas toi ? A la réflexion, c’est un peu direct comme question, mais bon, il faut gérer le souffle, l’effort de pédalage et le positionnement côte à côté, alors ça excuse les phrases courtes et concises.
Et là, il fait un parallèle avec les grandes entreprises et la motivation des équipes. Il m’explique que pour réussir cet exploit, il faut que toute l’équipe soit focalisée sur l’objectif, de l’amont à l’aval. Ça commence par les visites préliminaires où le chirurgien explique en détail au patient comment l’opération va se passer, avant, pendant et après, en détail. C’est une espèce de conditionnement, l’idée étant que l’inconscient du patient (et des opérateurs) intègre le processus. Très important me dit-il, il faut que toutes les équipes soient focalisées sur l’objectif, qu’elles aient tout anticipé, tout prévu, dans le sens de la rapidité et de l’efficacité, à tous les niveaux : anesthésie, infirmières, attelle réfrigérée… Il faut que tous les intervenants aient intégré que le patient doit et va sortir après l’opération. Il enfile ses vêtements, met ses chaussures et sort de l’hôpital. Certains se risquent à conduire pour rentrer chez eux !

Donc pour ce chirurgien, l’organisation, le partage de l’objectif et la motivation des équipes sont des valeurs de l’entreprise qu’il va rechercher pour mener à bien son projet. Intéressant !
Saviez-vous que le risque d’attraper des maladies en milieu hospitalier, en particulier des infections est proportionnel à la durée de séjour. Moins on y reste, moins il y a de risques.

Tiens au fait, moins on y reste, moins il y a de risques, ça s’applique aussi aux carriéristes. Vous avez remarqué que les high pot (hauts potentiels, prononcez « aïe pote »), restent assez peu longtemps dans les postes successifs, un an et demi à deux ans… Le temps de semer, mais pas forcément de récolter, partis avant la récolte, action (ou pas) et pas de réaction, et peu de risques de se planter. A l’inverse, celui qui occupe un poste dans la durée, il doit assumer les conséquences de ses décisions et de ses actions. Poète et Paysan, enfin, surtout Poète… pouet pouet !
Chez nous, on appelle la gestion des carrières le « Talent Development ». Les RH sont des « Talent Managers », même des « Talent Acquisition Director ». Dis si tu ne progresses pas, c’est que tu n’as pas de talent alors ? Et ça s’achète le talent… ? Mais dis-moi, c’est quoi le talent… ?

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UN MANAGER À NU – Les bienfaits du coaching en entreprise – Yvon ALAMER – Editions KAWA – Octobre 2016

Une psychanalyse empathique

Fragments d'une psychanalyse empathique par Serge Tisseron« L’efficacité d’un travail analytique consiste en une bonne part dans l’apparition et le déroulement d’expériences psychiques totalement nouvelles qui permettent la transformation d’habitudes mentales et relationnelles. Et parmi ces expériences, celle de se sentir accompagné est essentielle. »
« Aucune reconstruction, en analyse, n’a donc pour prétention d’être absolument objective. L’important est qu’à un moment donné, une mémoire se fixe dans un récit qui devient l’occasion d’une rencontre réussie. Celle-ci fabrique l’événement tel qu’il est supposé avoir été vécu. C’est à travers lui qu’il « s’incarne ». Et cette incarnation, parce qu’elle est partagée, nous assure d’avoir été compris et constitue l’occasion d’un nouveau départ. »
« Nos expériences passées y sont remises sur le métier et nous nous familiarisons peu à peu avec une nouvelle façon de les envisager.
Au contraire, l’interprétation qui rabat l’expérience individuelle sur les invariants de l’inconscient tue la part de séduction et de jeu présente en toute relation. »

Fragments (choisis) d’une Psychanalyse Empathique
Par Serge Tisseron

Premiers dépliages à l’école de la supervision

Nous sommes à la première séance au complet de la Compagnie des Superviseurs, cette proposition, qu’André et moi même, faisons ensemble de se former en groupe de pairs, comme les psychanalystes le font, au commentaire impossible des cas absents. Là où « la profession » du coaching a tendance actuellement à légiférer, contraindre, définir et maîtriser l’élan d’accompagner ceux qu’accompagnent, la force vitale qui pousse des accompagnateurs à accompagner leurs semblables et toujours différents.

Il a été déjà question, lors des rencontres individuelles la précédant, d’un questionnement d’accès à travers la supervision à la position de père, ou même de mère, supérieure. C’est notre position d’enfant, qui est revenue à la place : « à l’écart de mes parents, tout seul, comme l’est le superviseur, ni par dessus ni en dessous, mais dans une autre pièce à côté » ; ou « dans l’obligation d’assumer une responsabilité sur la fratrie, ou une médiation, qu’eux ils oblitèrent » ; ou bien « vraiment toute seule, puisque si je devais me rapprocher de quelqu’un ce serait de mon seul frère et lui jamais il ne l’a cherché ».

En cette assemblée de décembre, revient le thème du rejet, du spin off et du spin up, c’est selon. Et c’est tout à la fois.

Ainsi, Florence, qui a eu récemment le cas d’un des coachs qu’elle accompagne et qui souhaitait mettre fin à l’accompagnement de son client. Elle n’a pas su comment l’aider, dit-elle, puisque cela l’a replongée dans un rejet qu’elle a, elle-même agi, il y a quelque temps de cela. Elle a repoussé, à son goût trop violemment, une demande de sophrologie, à l’issue d’un parcours de coaching dont cette demande se voulait complémentaire.

– J’accompagne en médiation, en coaching, en supervision et en thérapie. Mais je choisis qui dans quoi j’accepte. Et quand est-ce que cela se finit !

Cela questionne beaucoup le groupe ce sujet, fort débutant en apparence, des limites d’une pratique à l’autre. Et cela embarque André dans un ici et maintenant et lui dans le champs :
– Regarde Florence comment ici tu nous aspires tous dans ton questionnement sans frontières de nos expériences personnelles et de nos pratiques professionnelles. Ce n’est pas le rejet que tu cherches mais la fusion des multiples contraires !

Pour ma part, comme la fin n’est pas une question – quoi qu’il arrive elle arrive de sa belle mort -, je replace la question aux origines de la relation, et j’avoue ma répulsion :
– Ma tendance naturelle est de n’avoir aucune envie de démarrer un accompagnement avec un inconnu, une inconnue, quelle qu’en soit la demande, l’application ou la diversion. « Qu’est ce qu’il vient encore m’emmerder celui là » est mon seul questionnement massif, jusque là je pense inconscient, mais à force de superviser et de supervision, désormais tellement présent ! Alors je crois bien que c’est pour cela qu’eux où elles s’accrochent à moi malgré moi !

Léon prend la parole sans transition : – Je me retrouve dans ce que tu dis mais mon élan est plus actif : « je ne veux pas de toi et j’irai te chercher dès la première séance ».

– Tiens ! Moi je ne m’étais pas posé la question d’un refus possible de l’autre ! Il faut dire nous sommes des coachs internes, et les cas nous sont assignés par une main invisible. – Ajoute Celia.

Karine boucle la boucle de son cheminement personnel : – J’ai détesté avoir une sœur, et j’ai même failli la tuer. C’est peut être cela que je m’interdis de faire.

Je vais alors jusqu’au bout de l’origine de mon propre élan séparateur : – J’ai fait de même avec mon frère. Mais je reconnais que c’est sur la tête des parents que pesait mon avis de recherche, morts ou vifs, alors que c’est lui dont je secouais la tête contre les murs de la maison.

N’est, et naît, peut être superviseur que celui qui s’y connaît en recherche des limites, qui excelle à les poser, les siennes, au dehors. Avec moins de casse progressivement. C’est son chemin personnel de se rassembler en dedans. Moins de conflits intérieurs, et des conflits extérieurs poussés à bout par la parole, et sublimées en collaborations. Jamais parfaites. Jamais allant jusqu’à la fusion. Ou plutôt oscillant entre celle-ci et la tout aussi brutale séparation totale.

Là où le mère s’avance du double bind, les deux faces d’un seul lien originel, le lien multiple du groupe a fait reliure de possibles.

À suivre

La soutenance d’accréditation au coaching clinique psychanalytique sur un cas d’accompagnement de l’innovation

– Conjuguez-moi le verbe « innover dans l’entreprise » a la troisième forme qu’est la psychanalyse.

C’est ce que cet autre accompagnateur, du premier type lui même attitré – le cognitivisme du consultant chevronné -, semble me demander :

– Et comment animez-vous très concrètement un groupe de cadres dirigeants, comme celui cité en référence de votre dossier de candidature, sur le thème de l’innovation ? La leur et celle qu’ils ont à promouvoir pour la pérennité et le développement de leur société. Comment faites vous – je ne puis pas le concevoir -, sans leur apporter de conseil éprouvé, sans outils de formation, sans la régression infantile des techniques créatives, ni même la méthodologie « dépassée », dites-vous, de la dynamique de groupe ? Par la « psychanalyse de groupes restreints »? Puisque c’est comme cela que vous définissez les seuls soubassements de votre pratique de coach…

Je suis en soutenance d’accréditation et cette question touche juste, elle touche au plus indicible de ce que ma pratique permet. Et le propre d’une soutenance est de savoir y apporter des réponses. Et dans ce cadre, face à des examinateurs, le silence peut être perçu comme une incapacité à raisonner, à produire, à coopérer.

Je ne peux pas questionner le jury sur ma présence à l’instant devant eux, qui les chamboule, les fait « innover ». Il en est, cela se voit, qui ne se hasardent pas a me rencontrer. De peur d’être psychanalysés malgré eux ? Cela n’existe pas. Mais l’obscurantisme des coaches à propos des origines de leur pratique, lorsque la psychanalyse migra d’Orient en Occident, et donna par réaction la systèmique, la gestalt, les TCC bien plus maîtrisables en apparence ! Je ne peux pas me permettre de leur faire élaborer leurs propres réponses aux questions qu’ils se posent et que mon existence même dans le paysage du métier fait surgir, jusqu’ici soigneusement refoulées.

Alors, je traverse le miroir ; comme si j’étais face à un groupe-analyste et que moi j’étais psychanalysant – eux sont supposés savoir et moi je me cherche dans les affects que cela suscite en moi -, j’évoque librement ce qui me vient. Comme je fais de toute façon avec un client qui n’a pas trouvé encore le plaisir de symboliser. Qui vient, avant d’être analysant, dans l’espoir d’être analysé. Qui demande ma tutelle pour bien pouvoir la combattre, la nier, la détourner, s’en emparer sans aucune responsabilité propre. Et ce faisant il agit ce qui le bouleverse. Et moi ensuite j’interprète. Et lui il accède enfin à sa place, et moi je reprends la mienne : simple témoin lucide de l’étranger que je découvre dès que je ne sais plus pour lui.

Alors, je suis face à eux, et je prends donc la parole, je tisse ensemble des pensées et leurs censures associées, qui libèrent encore davantage la pensée à les nommer ; j’avoue la venue des affects, et leur apaisement par la parole donnée ; et je risque l’aventure d’être coach-analyste avec eux, de mon propre cas, du cas qu’ils me font et moi à eux

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– D’abord, je ne suis jamais seule, nous sommes toujours deux coach-analystes. Ensuite, les participants s’engagent sur un fil de séances. C’est dans l’absence des autres et de nous deux que chacun contactera ses propres manques, ou bien projettera des pertes, des vols, des véritables castrations de la part de l’un ou l’autre ou de nous tous, sur sa propre personne ou celle d’un tiers par lui choisi comme étant un objet partiel d’elle ou de lui.

Si chacun des participants revient – il en est toujours un ou deux qui font preuve d’une grande créativité pour s’y soustraire, et prennent ainsi leur leçon d’innover « au premier degré » -, pour ceux qui « malgré tout » reviennent, « poussés par la curiosité » disent-ils, suivant peut-être la pulsion infantile de regarder des scènes interdites, dont celle qui les aura enfantés, pour ceux qui reviennent alors, il devient de plus en plus juste de prendre et reprendre la parole, de séance en séance, sans aucune interruption de notre part, juste ponctuer peu à peu ce qui pour chacun d’eux se répète comme une identité brandie, et qui semble faire symptôme. C’est la forme toute personnelle qui préside à la constitution de leurs pensées, de leurs actes ou non-agir, et des non-sentiments souvent associés. Des sensations sans plus d’affect en apparence, inachevées. Qui se déversent dans la colère ou la bouderie de leurs journées d’écoliers…

Dans tout symptôme un désir inconscient se frotte à une défense, tout aussi inconsciente, qui se dresse à la hauteur de la puissance désirante, d’où ces actes, ces volontés, ces affects si présents et à la fois si confisqués : « – Par la boîte ! – clament-ils. – Cela vient des injonctions paradoxales de prises de risques et, à la fois, d’absolu respect des consignes historiques du métier, de la culture des hommes qui l’ont fait, et auxquelles viennent s’y ajouter désormais toutes celles du durable, de l’éthique, du social, et même de l’économique ! Nous qui étions conquérants, grassement financés par l’Etat et par les fortunes des riches et aventureux.

Leurs désirs ne sont pas tant que ça retenus dans une boîte, ils sont retenus dans leur propre psyché. Il est temps de l’explorer et la conquérir davantage qu’un marché :  » – Vous faites le choix d’une boîte, vous y faites carrière pour la plupart de vous longeve, pour d’autres c’est un passage assumé et vous revendre ailleurs… Vous faites le choix d’une boîte comme d’une matrice nouvelle. Comme d’une famille nucléaire qui se trouve avoir des oncles et des tantes partout dans le monde.
Comment avez vous, chacun de vous, quitté le ventre de la mère ? Comment vous êtes vous échappés par le jeu et la rêverie, puis par des choix de carrière osée, de votre famille aussi étendue soit-elle ? »  »

Et l’un évoque sa naissance à l’autre bout de la terre. Son goût des déplacements comme des renaissances certaines. Et l’autre ces inventions d’enfant, de trois bricoles dans sa chambre il en faisait un de ces premiers robots du transhumanisme qui nous hante. Et l’autre me glisse en aparté, femme haut responsable de la qualité :  » – moi, c’est enfermée dans les WC que j’échappais à la confusion familiale et je faisais mes devoirs sans ciller. Comme aujourd’hui, dans ma tour de verre et sur toutes ces filiales qui bruissent de leurs erreurs.  »

Alors, je ne sais pas comment font ils ensuite pour innover. Je ne sais pas comment avons-nous pu animer sur un thème imposé. Après des séances d’une telle liberté. Le goût qu’elles nous laissent, nous, à André et à moi à ses côtés – même si dans leur « retour de satisfaction » aux RH ils se disent « déroutés », et surtout grâce à ce résultat « mitigé » – c’est que le métier d’innover commence a rentrer, que le métier d’homme s’épanouit, que le goût des autres nous l’avons nous encore développé un pas plus loin avec elles et avec eux. Qu’ils le partagent davantage sans trop l’avoir remarqué. Qu’ils le vivent avec celles et ceux qu’ils retrouvent désormais, Et tant que nous serons ensemble, et non chacun à « se protéger », nous inventerons sans le savoir « autre que soi » et l’autre en soi. Innover est un verbe sans objet.

– Nous ne pratiquons pas le même accompagnement. Je suis moi même consultant en conduite de projets innovants. – me confie à ce point de mon déroulé au naturel ce président de jury d’un soir, et il ajoute -, je ne sais ni pourquoi ni comment mais je vois bien et je vis en mes interventions tout ce dont vous parlez. Bienvenue parmi les professionnels de l’accompagnement dont la pratique singulière peut être réfléchie, ressentie et partagée en groupe de pairs, et c’est cela pour nous d’être accrédité.

Innover est un verbe qui n’a qu’une forme. Et c’est celle avec sujet.

Université d’été du coaching clinique psychanalytique 5/5

Le déroulé conceptuel de présentation du symptôme qui articule la psyché du sujet normalement névrosé, qu’il apparente à son identité, a fait l’objet de cette Université d’été pour un coaching clinique psychanalytique non aveuglé par les objectifs institutionnels, ou conventionnels auxquels chacun peut prétendre et son désir dérober. Il est issu, librement inspiré, du Séminaire Psychanalytique de Paris du 18 juin 2015. Sur mes notes de la conférence de Monsieur Pasani.

Cette dernière partie que j’y adjoins s’efforce d’y apporter le retour expérientiel de ma propre pratique d’instrument psychique « good enough » au service de mes accompagnements individuels ; du tissu contre-transférentiel offert à partir du duo que je forme avec André de Châteauvieux en animation de groupes restreints, d’accompagnateurs, de consultants, de RH et de cadres dirigeants. De tous ceux qui en viennent à y songer : qu’il n’y a pas de prêt-à-penser l’entreprise, aussi libérée qu’on la pense. Que tout se dérobe autour et qu’il ne tient qu’à soi même de reconnaître sa propre expérience psychique, de lien symptomatique au monde.

Dès l’appel téléphonique de prise de rendez-vous, comme un premier cri de nouveau né dit de lui sa vigueur, l’analyste peut entendre le symptôme. Dès le premier mail ou SMS échangé, le coach analyste lit entre les lignes des formules toutes faites d’autres lignes de faille et buissonnières. Celles qui vont le retenir auprès d’un autre, un temps contraint. Autant en faire le matériau vivant de son accompagnement, par delà la « commande » formelle ou même ouverte, trop ouverte.

Le symptôme s’exprime dans la relation à l’autre, dès qu’elle s’ébauche, et surtout à l’état d’ébauche ! Dans le langage courant nous disons de nous fier à la première impression. Elle ne peut porter en elle l’être entier. Mais elle porte bien en elle, dans cette sensation d’irréel qu’est la rencontre, comme un rêve éveillé, la radicalité du symptôme. Sauf que, attention, la première rencontre radicalise l’analyste autant que l’analysant qui y postule. La meilleure attitude à avoir n’est pas un rituel de l’accueil bien maîtrisé, inconditionnel, « neutre et bienveillant ». L’analyste sonnerait faux… Hein André ? Il en est qui nous quittent aussitôt tellement derrière cet écran de mire ils décèlent un « bruit de fond ».

L’accueil au naturel est celui du contre-transfert.

Le contre-transfert de l’accompagnant précède celui de l’accompagné. Celui qui choisit le métier d’accompagner possède, grâce à son propre travail sur lui auprès d’un tiers, une malléabilité psychique accrue, et une confiance dans sa capacité à se rassembler quel que soit le fil d’associations libres qui se présente spontanément dans sa psyché en présence de l’autre. Le « jadis familier », dépassé si sans histoire, refoule si l’impensable s’en ai mêlé, et qu’il se repense par bribes et qu’il s’agit de façon répété, ce familier d’enfance, l’inquiétante étrangeté des êtres chers, les propres pulsions violentes et sexuelles surtout et envers eux, c’est le contre-transfert qui trouve en chaque accompagné un nouveau droit de cité. Un devoir, professionnel.

C’est bien pour cela que la spontanéité de l’analyste combinée à son éthique lui offre une certaine lucidité au moins sur « la place où l’autre le met ». C’est l’ombre qui donne le relief. Une part aveugle doit être supportée.

Seule l’angoisse ressentie procure le ciment qui sature et relie l’espace de la séance. Et ce de séance en séance.

L’analyste, qui ne se protège pas assez de ses propres résistances, aide ainsi tout simplement à faire émerger quelque chose du symptôme de l’analysant pour lui-même. Cette question qu’il pose au monde. L’analyste lui-même questionne, soit dans les moindres détails de ce qui se donnerait à dire et à voir comme un tableau original, soit s’il est plus difficile d’accès en allant sur son versant d’angoisse justement : à quel moment est-ce difficile pour vous ? ou bien, vous semblez surpris du tour que prennent les choses, qu’est ce qui vous étonne ? Et il est d’autant légitime qu’il fait son propre examen de conscience, en recul clinique en séance, en supervision continue en inter-séance.

Rappelez vous toujours de la réclame : le symptome, ça t’étonne ! Qui devient vite : c’est tout moi, ça ! Entre la satisfaction narcissique et la culpabilité œdipienne chacun de nous se débat, ou en joue sa joie. C’est tout le travail d’analyse qui est fluide si entre le symptôme et l’angoisse il est possible de tenir ensemble.

Nous reparlons ici et de symptôme, et de refoule, et de trauma et d’angoisse, comme il fut question dans le chapitre précédent. Il est temps d’introduire la part de l’inhibition. Les plombs qui sautent ce ne sera pas tant un acte commis malgré soi, qu’une sécurité interne mais o combien pour rassurante contraire au risque de vivre et à ses joies

Mais prenons pour commencer le cas béni de ce patient qui, en effet, aime son symptôme. Qui n’a pas mis entre l’angoisse et lui l’inhibition, le renoncement. Le tact, l’élégance, la gouaille, l’humour de l’analyste selon son caractère, et sans jamais se prendre au sérieux, sont les meilleurs alliés. La clinique n’est pas la distance froide du professionnel mais bel et bien son implication affective et responsabilisante.

Ceci est tout simplement possible parce que le symptome n’est toujours qu’un déplacement du trauma, du refoulé, de l’angoisse, sur quelque chose d’acceptable, le compromis trouvé entre soi et soi, et la formation qui en résulte, une condensation de diverses forces en réseau. C’est pourquoi que d’ouvrir les réseaux associatifs par la curiosité, l’étonnement, la précaution, le sourire entendu, voire la franche rigolade partagée, cela libère toute la complexité que le symptôme tenait jusque là en « réduction », mais sans jamais se fermer complètement sur lui même, sans jamais en faire une construction qui se suffirait. La relation à l’autre et l’ouverture à ses apports, attendus dans le transfert, est prépondérante par rapport à la répétition pure et simple, passive, du transfert originel, parental ou de toute autre figure jadis d’autorité.

– Pour le névrosé obsessionnel il s’agirait ainsi de pouvoir revenir à un moment de la pensée à l’affect. Les pensées obsédantes ont pris toute la place, déplacé l’affect d’origine. Il pourrait être recontacte avec à la fois la distance d’aujourd’hui et tout sa force qui peut en toute confiance face à l’accompagnant se déployer.

– Pour l’hystérique c’est la condensation qui domine, et il est nécessaire de déplier toutes les subtilités des idées et des sentiments pris au « piège ».

– Avec le phobique enfin, le névrosé qui a déplacé et concentré son angoisse sur l’existence d’un objet extérieur, ce qui lui permet de vivre assez bien hors de la présence de cet objet, il s’agit de déplier affect par affect. Car un affect cache un autre, ce qui lui permet de délimiter l’espace de ses affects et d’en venir au surgissement de l’angoisse, tempérée par le cadre analytique, par la progression de la cure selon la chaîne associative du patient.

La phobie est une hystérie de l’angoisse selon Freud, comme une alternative à l’hystérie de conversion, de conversion du trouble psychique en trouble physique, de la tête vers le corps.

Et la névrose obsessionnelle, elle, se tapit en gigogne derrière la phobie qui enrobe l’hystérie. Tout ceci n’est qu’une question d’où le symptôme se place : à l’extérieur, dans le corps, dans la tête qui ne peut cesser de penser, à tout sauf à l’impensable encore une fois sexuel.

En tout dernier ressort, et au plus difficile de la cure bien avancée, il s’agirait de toucher le lien entre le symptôme et le fantasme qu’il masque. C’est pourquoi l’approche progressive et raisonnée de la pensée n’est pas adaptée. C’est une approche par l’affect, par la recherche aléatoire, chaotique, et par la surprise.

Et l’inhibition, l’absence de symptôme face à l’angoisse, en constitue l’écueil. Elle est alors renoncement, mécanisme d’évitement (par exemple l’enfant sait lire mais la lecture à voix haute lui est impossible) alors que le symptôme est une formation de compromis qui n’empêche pas la réalisation d’une fonction mais la modifie (l’enfant apprend à lire mais inverse les lettres, les confond, etc.). Dans le cas d’une phobie scolaire, l’inhibition provoque des absences, de corps ou d’esprit, des oublis, des manquements, des étourderies. Rien n’y fait. Rien d’autre que de manquer à l’obligation scolaire sans s’y opposer vraiment.

L’inhibition concerne les potentialités d’action d’un sujet, le symptôme traverse l’acte du sujet qui reste capable d’agir.

L’inhibition est une formation défensive du moi alors que le symptôme est une formation de l’inconscient, une construction d’ordre métaphorique qui s’articule au fantasme et suppose un savoir inconscient, donc déchiffrable. Le symptôme est et a une signification.

En situation d’inhibition, en entreprise souvent de par le cantonnement de l’humain a sa fonction de « ressource », nulle chaîne associative ne se libère, elle se contient bien au contraire. – A quoi pensez vous : à rien. Et ce rien est riche de vie tout en retenue.

Les salariés ont choisi de répéter la vie en famille plutôt qu’en indépendants. De ne pas avoir de désir avec la remise en cause constante que cela signifie. La vie inconsciente n’y a pas de place. Les processus primaires irrationnels et inconscients s’inhibent complètement.

L’inhibition là contient et retient le désir même qu’elle empêche, tendant à annihiler le sujet désirant. Ce qui donne toujours au sujet inhibé une tonalité dépressive. Une activité ne peut avoir lieu, l’inhibition est rétention de l’action car elle introduit « dans une fonction un autre désir que celui que la fonction satisfait habituellement […] il y a occultation du désir derrière l’inhibition.  »

Dans le cas de la phobie scolaire comme du signalement RPS, le seul but est de ne pas agir le désir du sujet bien trop porteur d’altérité !

Comment recréer un va et vient entre les processus psychique primaires et secondaires, inconscients et conscients, irrationnels et sensés ? En groupe secure et dynamique et par la mobilité psychique que procure à nouveau le jeu, un jeu encore plus riche que dans le tête à tête analysant-analyste. Ce sont les processus tertiaires promus par André Green et toute l’école française de la psychanalyse contemporaine (Pontalis, Anzieu, Kaes) jusqu’au cybernétique Serge Tisseron aujourd’hui.

Mais attention, puisque « le nous est une résistance du sujet », puisque le couple, la famille, l’entreprise nuisent à l’être désirant, et tel est le point de départ de cette école avec Jacques Lacan, des conditions doivent être réunies, et c’est le rôle des animateurs en duo de ces groupes dont je suis, avec André de Châteauvieux. Pour que l’inhibition des uns ou la toute-puissance des autres ; les jeux personnels de pouvoir, de séduction, de paralysie du tout, de fuite en avant, de ceux qui s’y retrouvent trop ; les fantasmes de morcellement, d’éclatement, de liquéfaction, d’effondrement de ceux qui ne s’y retrouvent pas, dans le groupe qui les reflétera, ne prennent pas toute la place. Que la place soit aux fondements de tout « ça ». Au questionnement des animateurs qui ponctuent les mini séquences de la séance de groupe autour de l’un de ses sujets… Qu’est-ce qui te fait dire ça ? Qu’est-ce qui te fait t’opposer à l’autre ? Qu’est ce que tu ressens lorsque tu t’effaces de cette séquence ? Etc etc Toujours en animateurs engagés, et à la fois capables de se décaler : par le rire, par l’audace, par la retenue, le respect, par le silence aussi.

Le silence de l’analyste, si pesant dans un tête à tête. Le silence a une place de choix dans le groupe dont la dynamique si bien décrite par Kurt Lewin est stérile sans ça. Sans le doute, sans l’éventail des possibles qu’ouvre de ne pas S’en tenir aux communications explicites, aux interactions manifestes. Et que le groupe évolue d’être une fin en soi, un idéal partagé, à être un espace transitionnel, imparfait, good enough, pour chacun, d’où chacun peut retirer des enseignements et des frustrations qui lui restent personnelles, et cela lui est respecté, et ensemble, en même temps, envers et contre tout, créer : le métier d’homme du moins.

Et ici conclure à la jonction, au cap horn, du coaching et l’analyse ; du symptôme qui est formation de compromis entre le désir et la défense, et l’œuvre qui est transgression autant qu’universel apport ; de la nature humaine et de la culture pas si malaisée, good enough again, en la assez bonne compagnie de l’humaniste : Carl Rogers.

 » La cause première de la créativité semble être cette même tendance que nous découvrons comme force curative en psychothérapie – la tendance de l’homme à s’actualiser et à devenir ce qui est potentiel en lui. Je veux parler de la tendance propre à toute vie humaine de s’étendre, de grandir, de se développer, de mûrir ; je veux parler du besoin de s’exprimer et d’actualiser ses capacités propres. Cette tendance peut être profondément enfouie dans la personne ; elle peut se cacher derrière des façades compliquées qui nient son existence ; je crois pourtant qu’elle existe en chaque individu et n’attend que l’occasion de se manifester. C’est cette tendance qui est la cause première de la créativité quand – dans son effort pour être pleinement lui-même – l’organisme entre dans de nouveaux rapports avec son entourage . « 

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imageII. La structure de la névrose selon Freud

L’articulation du symptôme fournit une structure a la névrose des sujets qui sont dans la « normalité ». Ni pervers ni psychotiques. Cette articulation s’effectue en psychanalyse sur trois axes conceptuels, qui restent relatifs : le trauma, le refoulement, l’angoisse. La clinique, chaque cas singulier, se dérobe à la théorie, fait appel à la relation vivante.

A ) Le rapport du symptôme et du trauma

En termes d’économie psychique Freud décrit le trauma comme étant un afflux d excitation. Le sujet débordé par un tel afflux n’a pas la ressource psychique pour élaborer, se représenter ce qu’il vit. Le trauma c’est le sexuel qui ne peut pas s’intégrer à la vie psychique. Le sexuel déborde le registre de la sexualité. Le sexuel est l’effraction, l’intrusion qui a été conservée de l’impensable et cet impensable fait trauma. C’est le cas de la séduction sexuelle précoce de l’homme sur la petite fille. Cette séduction n’a pas pu être intégrée. L’expérience ne peut s’inscrire dans un réseau de représentations. Ses restes demeurent enkystés. L’abus sexuel est irréconciliable avec la vie psychique.

Enkyste. Protégé. L’impact traumatique ne s’opérera que dans l’après-coup.

Il s’agit d’un moment de séduction avant la maturité sexuelle. Ce premier temps n’est pas un trauma. C’est possiblement un événement vécu mais il ne provoque pas de symptôme. Le trauma ne peut exister que dans l’après, avec la survenue d’un second événement post pubertaire venant réveiller le premier événement (Lacan)

La jeune fille rentre dans une boutique. Les vendeurs sont moqueurs, blagueurs, grimaçants. C’est ce rictus grimaçant qui va réveiller le souvenir d’attouchements sexuels par un adulte lui même défiguré dans sa jouissance, dans son étrangeté vis à vis de la fillette qui en est l’objet.

Le trauma n’est donc pas l’événement lui-même mais la reconstruction de l événement. Le souvenir agit plus fort que l événement lui-même. C est le souvenir qui devient traumatique.

« L’hystérique souffre de réminiscences. » – conclut Sigmund Freud.

Le trauma trouvera son expression dans le symptôme. Le traumatisme présente un paradoxe ponctue J.D. Nasio. Il se situe aux limites du transfert. Il n’est pas transférable sur la personne de l’accompagnant. C’est le fantasme de séduction qui s’opère et non plus la scène, effective, ou pas. Ce fantasme est le fantasme de l’hystérique. C’est « la faute » de l’obsessionnel qui ressasse avoir été lui-même actif, agissant le fantasme et non pas le subissant comme l’hystérique s’en défend.

B ) Le refoulement

Lieu de séparation entre le conscient et l’inconscient. C’est le refoulement originel qui crée l’inconscient.

Le symptôme est lié au refoulement car il marque le retour du refoulé. Le symptôme ne correspond pas exactement au refoulement. Il marque son échec partiel. Il défend contre le refoulement. Le symptôme est la manifestation intempestive du désir qui marque l’échec partiel et déforme du refoulement. C’est la définition du bénéfice primaire du symptôme. Les conditions d’origine du symptôme. Le symptôme apaise les tensions en les satisfaisants partiellement.

Mais pourquoi une satisfaction libidinale comporterait-elle une souffrance ?

L’excitation sexuelle crée un déplaisir. Elle suscite un besoin de régulation. Mais pour Freud l’explication quantitative, de l’excès d’excitation ne suffit pas. Ce sont les forces refoulantes – la pesanteur morale, les codes sociaux rigides, la religion culpabilisante, – ce sont ces forces refoulantes même qui constituent des remparts trop faibles face à la puissance de la libido, de la force vitale.

Il doit se trouver d’après lui alors, dans la sexualité même, une source indépendante de déplaisir qui donnerait dans un second temps seulement toute sa force a une supériorité morale, éthique, spirituelle. Ceci est l’expérience même de l’obsessionnel. Il fabrique une opposition solide à ses désirs.

L’obsessionnel, le maître de la pensée, même pour lui le sexuel reste impensable, impossible d’élaborer. La limite doit donc venir du desir lui-même plutôt que d’instances extérieures, sociales. Dans le travail sur l’Oedipe le désir est associé à la peur de castration.

Le symptôme est la marque de l’embarras sans cesse reconduit de la sexualité, du mouvement vivant qui pousse l’homme à s’exposer. Le refoulement correspond au maintien à l écart de cette sexualité encombrante. Une sexualité perverse polymorphe de l’enfance.

Le symptôme est ici une formation de compromis entre le refoulement et le retour du refoulé.
Il vise à maintenir ensemble des forces opposées.

Il s’exprime dans le rêve le rêve : avec le relâchement défensif on assiste à un monde transposé du désir. Le rêve garde la marque du processus primaire, celui de l’inconscient. Il condense et déplacé seulement ses représentations.

C ) Symptôme et angoisse

Dans « Inhibition, symptôme et angoisse » qu’il publie en 1926, après sa deuxième topique surmoi-moi-ça, Freud tempère l’optimisme des premiers temps de la psychanalyse qui prévoyait que par la seule parole libre les symptômes viendraient à disparaître ou du moins à se réduire notablement. Il constate que dans la talking cure il existe des butées et qui relèvent notamment de ce passé, l’enfance, qui s’invite au présent dans ses réminiscences.
Le sujet créé lui-même les conditions pour revivre une souffrance ancienne au présent, pour répéter des modes relationnels et d’action.

Ce n’est plus qu’une logique d’après-coup. D’une répétition de la scène traumatique, ayant fait effraction dans le psychisme de l’enfant que ce soit par l’imagination ou par l’abus consommé, qu’il suffirait de relier à ce fantasme originel. Il y a un point dur, un noyau que la psychanalyse ne parvient pas à lever. Il s’agit d’une butée indépassable qui correspond à un « Au delà du principe de plaisir », que Freud publie de suite aussi. Ceci correspondra ensuite à toute la théorisation de la jouissance déployée par Lacan. Il n’y aurait ainsi plus de mauvaises rencontres à identifier et que l’on pourrait « corriger » et « éviter » mais une tendance humaine irréductible.

Le symptôme, dans ces circonstances, protège de l’angoisse qui est inexorablement associée à l’inconvénient d’être né et à un avenir qui est de mourir. Et entre les deux « moi » jamais irrésolu.
La où le trauma représente dans son ignorance de soi, l’intrusion, quelque chose d’extérieur qui s’impose à moi, l’angoisse c’est l’affect intime qui surgit lorsque je n arrive pas élaborer, a avoir la pensée de ce qui me dépasse.

L’affect dans sa radicalité c’est l’angoisse. Un affect désarrimé. Sans violence, sans tristesse sans rien de connu. Le signal d angoisse permet tout juste d’enclencher le symptôme.

L’affect angoisse sera lié pour Freud à la menace. Et une figure de menace est la castration pour Freud, le manque pour Lacan. On fait porter l’empêchement sur l’autre alors que c’est soi même qui se met sous la menace de la castration.

Le symptôme est ainsi le système défensif qui caractérise la névrose, la « normalité » psychique.
La forclusion ou déni, le clivage et le rejet sont les mécanismes anti-relationnels de la psychose.

L’attachement que le sujet porte à son symptôme est un attachement narcissique. Toucher au délire privé de l’individu révèle son identité singulière. Le névrosé tient au symptôme. Un remaniement est difficile. L’individu s’en arrange de la souffrance associée. L’aménagement relationnel qui en découle est son bénéfice secondaire.

Le bénéfice secondaire est celui qui n’est plus associé au symptôme lui même, mais lié aux conséquences du symptôme. Il constitue la Néoréalite qui enferme et protège le sujet.

Le bénéfice primaire permet de trouver du plaisir là où quelque chose est refusé. L’aboutissement du désir est impensable et c’est cela qui est réussi, de par le symptôme. Le symptôme c’est moi et ma continuité d’exister en dépend..

La bascule de Freud se fait autour du champ sexuel du symptôme. Dans la bascule de Lacan l’inconscient est un langage. Le symptôme apparait comme la métaphore de cette effraction du sexuel qui ne rentre pas dans le registre du langage. Pour Lacan c’est parce qu’il y a langage qu’il y a trauma. Il faut créer un champ d’appartenance pour repérer ce qui ne rentre pas dans le champ. C’est au croisement des champs réel, symbolique et imaginaire que se depose le symptôme, étant à la fois le signe, le signifiant et le signifié.

Symptôme et imaginaire

Ce que le symptôme donne à voir. Projection imaginaire de ce que l’autre y voit, entend de ce donne à voir à entendre. L hystérique cherche une définition d’elle même au regard d’un autre. Il existe ainsi une fuite d’images pour l’hystérique. L’imaginaire lui permet de s’accrocher par moments à certaines de ces images.

Le sujet s’accroche à son symptôme comme une définition de lui-même.

Le symptôme en même temps qu’il fait tache, étonne, fait image. Il permet de maintenir une satisfaction narcissique.

La dimension aveuglante du symptôme pour ne pas laisser voir et ne pas voir ce qui rentre dans l’image narcissique est sa réussite quant au désir.

Symptôme et symbolique

Pour désigner le plus intime de soi il est nécessaire d’avoir accès au plus autre. La langue même maternelle reste étrangère, toujours insuffisante.

Symptôme et réel

Le réel est la part irrépressible du symptôme. La réminiscence. La répétition. Ce qui ne rentre pas dans le registre du langage continue de se réaliser. La douleur du symptôme est aussi une façon de jouir, sans fin.

De ce symptôme qui s’impose et qui se refuse nous ferons une cinquième partie de cette université d’été du coaching clinique psychanalytique. En lui offrant la matrice reposante et dynamisante d’un appareil psychique groupal. Celui qui relie le patient – client à son analyste – coach, ou celui qui se déploie en groupe restreint de patients – clients autour de deux analystes comme cela a été théorisé en souplesse par Anzieu et Kaes.

Puisque la névrose est la maladie d’amour, et ses symptômes issus du trauma originel, du retour du refoulé, de l’angoisse qu’ils parent – s’en protègent et l’habillent du même tour de main – , seule la relation l’entretient, sans rémission définitive ni échéance fatale non plus.

Ici, ce dernier exposé conceptuel et aride du symptôme dans son rôle d’articulation de la vie psychique et de structuration névrotique est issu intégralement du Séminaire Psychanalytique de Paris du 18 juin 2015. Sur mes notes de la conférence de Pasani.

À suivre, à l’occasion de l’été indien de la rentrée, le retour expérientiel et alors amoureux de ma propre pratique d’instrument psychique au service de mes accompagnements individuels ; de tissu contre-transférentiel offert à partir du duo que je forme avec André de Châteauvieux en animation de groupes restreints, d’autres accompagnateurs, de consultants, de RH et de cadres dirigeants.
Très bel été !

Ah, et voici ici dévoilée l’armature qui sous-tend l’œuvre en mousse de latex plus vraie que nature du commencement. Et son créateur en signature. Et la photo, oeuvre de moi à l’occasion de son exposition à l’octroi de Villeneuve sur Yonne.

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I. Le symptôme psychique d’après Freud

Les présentations de Charcot à la Salpetriere développent une clinique du regard sur les symptômes de la main d’un praticien lui-même hystérique pris dans son propre symptôme de captation d’images voire de fascination.

Freud s’intéresse à cette nouvelle approche du symptôme, de ce que le symptôme donne à voir, en lieu et place d’un savoir du clinicien SUR le symptôme. Ce que le symptôme sait de celui qui le porte attire aussi son regard. Mais étant lui même de structure psychique obsessionnelle, et non hystérique comme c’était le cas de Charcot, il va développer très vite une autre clinique : ce que le symptôme donne à voir ne serait qu’un substitut de pensée et de parole, l’expression d’une force, d’une puissance à se dire, avec le support du corps pour s’y proférer.

Freud constate notamment dans l’hystérie de conversion, « la belle indifférence » de l’hystérique. Alors qu’elle souffre dans son corps, la mimique du sujet féminin reste sous contrôle. Freud constate que lorsqu’on touche à l’expression organique du symptôme il advient même une mimique de satisfaction, et non de douleur. Ce décalage constaté exprime un manquement quant à l’acte – la douleur n’entraîne pas une réaction de douleur -, et en même temps le triomphe du désir inconscient. Le symptôme est ici une forme de satisfaction libidinale. La localisation douloureuse sera à considérer comme une zone érogène. Trouver les liens entre ce désir et le symptôme développé est le programme dense de tout travail d’analyse.

Ainsi, dans le cas de cette belle indifférente, Elizabeth, c’est par une longue et patiente écoute, par une remémoration active, en lieu et place d’une hypnose passive et fulgurante, par des correspondances de sens, par la libération des affects bloqués (abréaction), qu’il va être possible d’aboutir à la scène qui condense l’origine du « mal », et du bien. Ce mal à la cuisse droite, point de contact avec la jambe du père posée sur elle pendant le travail de soin, de pansement, du géniteur âgé et malade, ce point de contact est chargé d’excitation.

Ce symptôme est le résultat d’un conflit : le désir érotique de la fille pour le père, interdit, et la charge protectrice et respectueuse du père en même temps assumée par la fille, légitime.

Quoiqu’il en soit, la signification d’un symptôme n’est jamais univoque. Il s’agit toujours d’un complexe en réseau. Le registre de la cause en psychanalyse n’est jamais saturé ; le désir sera déterminé plusieurs fois pendant l’accompagnement et lors d’une séance même. L’expression manifeste du symptôme marque le point de croisement de plusieurs lignes, de pensée, d’existence du sujet.

La constitution du symptôme échappe à la maîtrise consciente du sujet. Le symptôme c’est lui, sujet, il le définit et d’autant plus qu’il n’en a pas la maîtrise. C’est une formation de compromis entre son désir et ses défenses, réunion de deux forces contraires venant singulièrement se rejoindre et le rendant sujet.

Il produit la psychonévrose de défense qui caractérise tous ceux d’entre nous qui sommes rentrés, par l’Oedipe, par la frustration, mais par la force vitale aussi, dans la structure de la normalité : névrotique, hystérique pour le féminin, obsessionnelle dans son pôle masculin.

Le symptôme est en somme, une façon, la meilleure que chacun ait trouvé, de se défendre, de lutter, contre la représentation érotique qui est à notre origine même, et qui préfigure la fin, à partir de notre « absence » au moment d’être conçus. D’être déjà nous. Déjà plus.

Nous n’en tirerons pas, jamais, l’expression d’une satisfaction sexuelle pleine puisque nous nous en défendons tout autant. Le sujet arbore son symptôme comme ce qu’il a trouvé de mieux pour se défendre de son propre désir tout en le réalisant partiellement. Désirer c’est vivre alors.

À suivre le développé de la structure de la névrose, ou l’articulation du symptôme en trauma, angoisse ou refoulement.

II. La structure de la névrose selon Freud, dans le séminaire psychanalytique de Paris du 18 juin par Monsieur Pasani.

L’articulation du symptôme s’effectue en psychanalyse en effet sur trois axes conceptuels, qui restent relatifs : le trauma, le refoulement, l’angoisse. La clinique, chaque cas singulier, se dérobe toujours à la théorie. Le désir court toujours… C’est la vie.

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Comment apprivoiser ses symptômes ?

Le terme « symptôme » est issu de la médecine. La psychanalyse le redéfinit pour mieux l’approcher et en faire son miel.

Car le symptôme est un point d interrogation, il se vit comme une souffrance, comme une formation interne qui veut gêner la vie du sujet. Sauf à être apprivoisé…

C’est un énigme pour le psy et il fait énigme pour l’analysant lui même. Il fait figure d’une division, d’une cassure, et il est à la fois la meilleure tentative d’en réduire les proportions. La protection que nous fabriquons est à la hauteur de la faille que nous redoutons. Il est en effet, de cire et de miel.

Le mot « symptôme » s’étend ainsi du champ médical vers tout ce qui donne indice de l’existence d’une plaie, d’un déséquilibre, d’une maladie. Sous l’œil et l’analyse du seul médecin les liens qui relient les indices et qui créent le syndrome deviennent signe. Dans le champ médical le diagnostic est un savoir externe. Les symptômes trouvent , sinon une solution, une inscription par leur désignatio dans le savoir médical. La médecine est ainsi un savoir SUR les symptômes.

L’idée obsédante est ainsi, par exemple, en médecine pur signe de dégénérescence. Il n’y a pas de recherche de sens pour le patient mais le signe est trouvé de la maladie dont il subit. Le symptôme semble être hors sens, bien à part de la logique saine.

La bascule freudienne serait de penser que ce symptôme qui nous échappe aurait un sens, une signification cachée qui concerne le sujet lui même et qui trouve tout son sens en ce qui le concerne lui. Il n’y a plus de savoir SUR le symptôme, préalable à l’exploration de la singularité du patient, mais il s’agit de reconnaître le savoir DU symptôme, de lui faire confiance pour atteindre le sujet qui ne le subit plus, mais le brandit.

Le symptôme serait la part cachée de nous mêmes qui donne cohérence à des actes a priori insensés par les représentations qu’il camoufle tout en les donnant à voir.

La deuxième bascule de la psychanalyse est que si le symptôme a un sens, ce sens est sexuel. Puisque tout nous ramène à l’acte et aux êtres dont nous sommes issus. A l’impensable « avant nous ». A l’après nous, sans nous, notre disparition… A comment nous nous en accommodons.

L’accès au sens singulier du symptôme permettrait d’atténuer voire de faire disparaître les symptômes les plus encombrants. La psychanalyse est le cadre favorable à l émergence du sens du symptôme, l’émergence de l’inconscient. Un cadre qui ne nomme pas le symptôme, qui ne l’inscrit pas comme la médecine dans une désignation. Puisque le symptôme est une question particulière. Inaliénable.

La psychanalyse s’intéresse ainsi plutôt à la « technique » pour trouver le sens des symptômes. Cette technique est faite d’écoute singulière de la demande particulière du patient. C’est une clinique de la relation.

Le sujet lui même bute sur sa demande. La question qu’il se pose et qu’il nous pose est impossible. Elle n’entre pas dans l’image, la définition de lui même.

« Le symptôme ça t’étonne » ,- c’est l’aide mémoire de Pasani, en Séminaire psychanalytique de Paris du 18 juin, qui m’a inspiré ces séquences de l’accompagnateur psychanalyste et symptôme lui même, pour ne pas s’illusionner de coach saint homme, et que je livre à tous

Se laisser étonner de soi et de l’autre tout le long du processus d’accompagnement est ainsi la seule boussole et le seul indice que la traversée à lieu.

De plus, « quoi qu’il en soit une découverte se fait toujours plusieurs fois » ,- nous dit Freud. Et Freud lui-même accorde la paternité de la découverte du symptôme à Breuer, son maître.

Que les actuels maîtres en innovation se le disent : le nouveau n’est que rendre compte de l’ancien pour se l’approprier et en faire le nouveau que cela n’a pas pu être par le passé. L’Humanité recommence toujours pour ne jamais avoir à toucher son but, atteindre sa fin,. Nous sommes toujours pris dans le même, au fond ; les formes varient, oui, le désir du mieux perdure.

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Les symptômes n’échappent pas à cette répétition. Ils se forment inexorablement, d’un individu à l’autre, de génération en génération. Et ils s’articulent, ils structurent la névrose du sujet, qui devient identifiable sous trois axes théoriques : l’angoisse, le trauma et le refoulement.

Ce sont les deux chapitres d’approfondissement de l’approche du symptôme, sa formation et son articulation, que Pasani propose en Séminaire Psychanalytique de Paris le 18 juin 2015 et que je partagerai lors des deux séquences à venir, sur cette série de cinq, en Université d’été du coaching clinique psychanalytique. A suivre si vous aimez.

I ) Les figures du symptôme d’après Freud
II ) L’articulation des symptômes en névrose selon Freud

Et enfin, l’appareil psychique groupal, un voyage dans la psyché d’avant L.S. (L.S. le symptôme désir et défense), une traversée ensemble – par chacun « rassemblé » -, du big bang même de la formation du symptôme, de la structuration de la névrose. Et de la perte encourue alors… Un dernier chapitre expérientiel, issu de mon expérience et confrontée aux sources conceptuelles d’Anzieu et Kaes, reconnaissable par chacun dans les groupes humains de son appartenance.

L’Université d’été du coaching clinique psychanalytique 1/5

Tous des névrosés ! (Sauf quelques pervers)
Pourquoi présentons-nous des symptômes psychiques ? Quel est leur rôle ?

Le symptôme névrotique se présente sous forme de question ; c’est une question qui s’adresse à l’autre. C’est le lien même à l’autre.

Le psychanalyste est porteur de son propre symptôme.

Psychanalysants et psychanalysés, la névrose nous réunit. Cette « maladie » de la normalité n’est pas à distance de nous. La névrose c’est nous. C’est notre manière de vivre, de faire, de sentir, de penser. Le symptôme est notre style. Il ne suffit pas toutefois à rendre la radicalité du style. Seul le fantasme rend la radicalité du style. Le fantasme est plus difficile à approcher. La relation amoureuse et la relation autour du divan sont les deux formes majeures d’approche. Approcher ne veut pas dire passer à l’acte. Se laisser déborder par son symptôme d’aider ou de savoir faire.

L’objet de l’analyse est ainsi de remettre les symptômes débordants à leur juste place.

Pour prendre en compte le symptôme névrotique, le psychanalyste, névrosé lui même, doit être a l’écoute de ses propres « écarts ». Il est souhaitable d’éviter la posture défensive, qu’elle consiste à se raccrocher à un « supposé savoir », ou à se limiter à une écoute réparatrice et objectivante du symptôme.

Le « pas de côté » vis à vis de soi même est nécessaire pour pouvoir le susciter chez l’autre. Le contre-transfert est préalable au transfert. Son interprétation aussi.

L’analysant transfère des affects « anciens », ceux dirigés aux figures de référence de son enfance, sur l’analyste qu’il a choisi. L’analyste fait de même, et en premier. Il est choisi. Ceci est un processus inconscient, inévitable. C’est par l’interprétation, l’élaboration par la parole partagée, du transfert que ces processus inconscients, massifs, sont mis à jour et apaisés. Pour ce qui est du contre-transfert c’est dans la relation de supervision et non directement avec l’analysant que ces affects seront dégrossis. Ils peuvent ainsi ensuite être mis au service de la relation d’accompagnement. Comme un vaccin. Dépourvus de leur virulence initiale,

Les symptômes psychiques correspondent ainsi au fonctionnement psychique normal. Ils nous mettent en relation les uns aux autres, dans la difficulté ou dans l’enrichissement mutuel, et les deux à la fois ; dans l’expérience vivante de la relation qui nous ouvre autant au monde, incontrôlable et incommensurable, qu’a l’insondable et irréductible en nous-mêmes.

À suivre.

*En tout, quatre modules sur le symptôme objet ultime et premier de l’accompagnement, au singulier, et un module dédié a l’appareil psychique groupal

**Pour decouvrir le coaching clinique psychanalytique vient de sortir l’ouvrage de référence du meme nom co-écrit par Roland Brunner avec qui nous co-animons lors du DU Executive Coaching de l’Université de Cergy Pontoise : l’approche psychanalytique du coaching d’entreprise, ses équipes et ses dirigeants.

Le coaching clinique psychanalytique
Le coaching clinique psychanalytique

Extrait de la quatrième de couv

« Le coach n’est qu’un facilitateur, mais comment pourrait-il faciliter quoi que ce soit s’il ne connaît pas la nature humaine, sa psychologie, son fonctionnement, son métabolisme, son « temps » psychique qui n’est pas celui de l’organisation ? Comment pourrait-il aider ce client à accoucher de lui-même, s’il le traite comme n’importe qui ? C’est-à-dire s’il ne possède aucune connaissance en termes de structures psychiques, par exemple. Comment nous font-elles fonctionner ? S’il n’a aucune idée de la question du désir, s’il le confond avec le besoin […] «