Le transfert en coaching ou l’approche psychodynamique de toute forme d’accompagnement humain, individuel et collectif

Longue vie à la promotion 9 du Diplôme Universitaire Executive Coaching de Paris Cergy auprès de laquelle j’ai mené l’enseignement ici résumé d’une approche psychodynamique incontournable.

Psychogėnèse du transfert d’affect,
génèse des transferts d’affects

« Le bébé, tel que Kohut le voit, est un être fort – jamais faible – qui naît dans une matrice psychologique d’objets-soi qui répondent aux besoins. Il existe simultanément à l’intérieur et à l’extérieur des objets-soi, tout comme l’oxygène qu’il respire existe simultanément à l’intérieur et à l’extérieur de son corps. Réfléchi dans les objets-soi (effet de miroir), capable de fusionner avec leur sérénité et avec leur puissance (idéalisation), ressentant la présence silencieuse de leur similitude (gémellité), le bébé est fort, sain et vigoureux. »

Reflets en miroir, facteur thérapeutique en groupe analyse, Malcolm Pines, psychanalyste de la Tavistock Clinic, présidentde l’Association Internationale de Psychothérapie de Groupe, 1983

Et le petit d’homme croît et la séparation s’organise entre le dedans et le dehors, entre le mauvais et le bon. Il devient « le sujet divisé » dont il nie la division, bien enfouie dans l’inconscient mais qui lui revient par en dessous et bien au-dessus de lui, dans ses rapports avec autrui.

La petite d’homme grandit aussi. Mais elle crie de tout son corps, de tout l’amour qui la traverse, le conflit qui l’habite. L’« hystérie » féminine a éclairé notre inconscient.

« Une femme possède deux images d’elle-même. Il y a la personne magique perçue ou rappelée par ceux qui l’aiment et dont les qualités suprêmes sont la chair et l’esprit éclairé. Elle connaît elle-même ce soit idéal ; elle le projette tant qu’elle reste confiante en elle-même ; ou elle le produit dans ses rêveries ; ou encore elle le perçoit avec reconnaissance dans le regard admiratif des autres.

Il existe en même temps une seconde image ; la femme telle qu’elle est perçue par ceux qui n’ont pas d’amour pour elle ou la craignent. Cette image cruelle trouve un miroir d’une puissance extrême dans sa propre idée négative d’elle-même. C’est avec crainte qu’elle voit ses propres pulsions ravageuses et, ce qui est encore plus pénible, une image disgracieuse, monstrueuse et indigne de tout amour sur son soi physique.

Tel était le miroir que ses parents avaient tendu devant Edith. Ses frères la voyaient avec amour. Quant à elle, elle connaissait les deux images. Sa vie et sa poésie constituaient une fuite devant la seconde. »

Extrait par Malcom Pines dans l’article cité précédemment qui est recueilli dans le no. 41 de la revue psychosociologie parue dans la collection Connexions EPI de « Edith Sitwell, une biographie » par Victoria Glendinning, Weidenfield and Nicholson, Londres 1981, p. 35

L’accompagnement, un processus de transferts successifs d’affects depuis l’angoisse jusqu’aux émotions

Le transfert narcissique dans un premier temps, un transfert de l’expérience la plus précoce de l’enfant ; un transfert de dépression comme transition vers un transfert dit « névrotique », de véritable mise en relation de deux personnalités structurées, différemment. En 4 étapes, cela donne un processus type comme suit, avec des itérations possibles sur le temps long.

1ère étape : nouer le transfert

L’accompagné transfère dans la relation d’accompagnement son mode relationnel habituel qui est basé sur son expérience de la vie et de la relation, depuis qu’il existe. Pour la part qu’il ne connaît pas, celle de la prime enfance, c’est un fantasme qu’il garde enfoui mais c’est un fantasme universel dont il perçoit mal comme il s’applique aussi à lui. Les nouveaux nés, tous les nouveaux nés, sont sur une position psychique squizo-paranoïde : ils séparent, comme cela les arrange, les images de leurs vécus multiples entre ce qui est de l’ordre du bon et qui est de l’ordre du mauvais. Ils ont des besoins et ils éprouvent autour d’eux une tension qui les stimule, une excitation qui est pulsion de vie, et un manque qui les abat, qui les fait percevoir le danger de mort imminente.

Dans leur représentation, purement imaginaire, ils dissocient des attaques et une vaillance. Les attaques correspondent à une issue paranoïde, qui isole le danger. La vaillance produit le narcissisme primaire. À partir de deux mois de vie la présence extérieure de la mère se fait enfin clairement sentir.

De deux mois à huit mois, l’âge où ils expriment pour la toute première fois leur angoisse de séparation, les nourrissons prennent pour objet la mère : les attaques et l’effort de soutien sont tous les deux « externalisés ». La mère qui n’est pas un objet psychique mais un sujet à son tour reçoit de l’enfant lui-même des attaques et des satisfactions. La relation est née et avec elle le quiproquo.

L’amour de la mère lui permet de faire un effort. De dépasser les inévitables des-accordages.

L’enfant lui-même, en grandissant, parvient à contrecarrer l’angoisse par d’autres moyens que son imaginaire tout-puissant. L’enfant joueur de un an à deux ans peut commencer à se représenter dans la manipulation d’objets extérieurs la disparition et la réapparition, la destruction et la reconstruction. Cet enfant peut prendre une part active dans le soutien d’une mère défaillante. L’amour lui est aussi possible, l’amour de lui, l’amour de la vie, l’amour de l’autre. Il garde en lui les traces d’une agressivité qu’il a pu exercer : soit avec la mère, soit avec les objets, soit au moins dans son imaginaire ce qui est notre privilège d’humains. Cette agressivité est intimement liée à l’angoisse de cette période, à l’insécurité nécessaire pour trouver le chemin de la dépendance qui nous est naturelle à l’indépendance, à l’individuation et à la subjectivité qui nous est tout autant naturelle, qui font notre humanité. L’accompagnateur reçoit, aussi et souvent, dans un premier temps, le transfert des restes affectifs de cette expérience précoce. Ainsi, le transfert initial peut être très positif parce qu’idéalisé, empreint d’un imaginaire très infantile, ou, de plus en plus souvent, dans les cas d’un accompagnement par prescription, un transfert négatif, celui d’une grande déception, d’une profonde colère contre soi-même avant tout.

Nous nous en voulons, sans le savoir, de cette agressivité que nous avons dû déployer quoi qu’il arrive, pour suppléer au maternel, pour nous séparer de ses bienfaits. Dans les deux cas, l’agressivité est nécessaire. Lorsqu’elle est transféré dans la relation aux autres et dans la relation d’accompagnement elle prend des formes sauvages puisqu’elle date d’un temps qui ne contient pas de traces verbales. L’agressivité est impensable, indicible et pourtant très présente.

Si la rencontre est désirante aussi bien l’accompagné que l’accompagnateur vont pouvoir mettre de côté leur narcissisme et leurs projections pour se parler, peu à peu, en faisant confiance au temps qu’ils s’accordent dans le cadre d’un accompagnement processuel, transformateur.

2ème temps : la rectification subjective

Lorsque le transfert s’installe, il prend ainsi d’abord une dimension essentiellement imaginaire qui touche davantage au personnage qu’incarne le thérapeute que à ce qui se met en scène dans la cure, à une capacité d’observation et de réflexion sereine en somme. Il est nécessaire de veiller à installer le contre-transfert sans qu’il soit une réponse massive au transfert de l’accompagné : l’accompagnateur se trouverait sous différentes formes d’emprise.

Il est nécessaire de greffer un savoir-faire d’accompagnateur, une réminiscence d’assez bonne mère, ni parfaite, pour permettre à l’autre de vivre son agressivité de la déplier, ni absente ou défaillante pour lui permettre de vivre aussi ses difficultés avec la confiance d’un soutien. Il n’y aura pas de réponse totale ni à la demande explicite, à l’objet de l’accompagnement, ni à la demande affective qui le sous-tend. Le transfert d’affects dans la relation a son propre objectif : rentrer dans une boucle relationnelle qui empêche le changement. Transfert et demande doivent rester séparés pour échapper à la fois à la toute-puissance et à l’impuissance. S’ils se superposent c’est une transformation impossible qui s’avance. La demande reste toujours du côté de l’accompagné, c’est la garantie de son existence en tant que sujet désirant. Le poids que le transfert donne à l’analyste lui sert à obtenir tout naturellement de l’accompagné qu’il redresse et qu’il assouplisse par la même occasion les jugements erronés qu’il porte sur lui-même ou sur l’analyste et qu’il renonce à la jouissance morbide, le reste d’une période périmée, qu’il entretient . Ce travail est un véritable sevrage qui impose au sujet de sortir de l’excitation sadomasochiste de ces premiers temps. D’une hyperactivité qui lutte contre la dépression nécessaire au lâcher prise de tout un imaginaire qui se réalise dans la relation.

3ème temps : la dépression de transfert

Lorsqu’il accepte de faire face à son angoisse, la réaction du sujet est une dépression qui le fait passer sur un plan différent et d’une manière originale par rapport à ce qu’il a pu vivre antérieurement lors d’épisodes d’épuisement et de suractivité. Le passage par la dépression de transfert est l’itinéraire le plus sûr, c’est celui du développement du nourrisson vers l’enfant, de l’enfant vers l’adolescent, d l’adolescent vers l’adulte. C’est un deuil qui a pu être une panne avec les autres sujets de l’environnement qui l’a vu grandir. Si le processus est maintenu, voire prolongé si davantage de temps est nécessaire et c’est la plupart du temps, que l’accompagnateur garde un désir d’accompagner cette personne sans la surprotéger ni la sur solliciter, il peut y avoir en effet une sortie de route ou une panne qu’on va pouvoir adresser. Attention aux arrêts maladie qu’il s’agit d’accompagner.

« C’est une expérience intense de travail psychique, un moment délicat au cours duquel le sujet doit pouvoir s’appuyer sur l’aide de son thérapeute pour élaborer les représentations qui lui permettront d’intégrer la violence des pulsions sadiques et masochique qui caractérisent la vie pré-oedipienne . » Olivier Bouvet de la Maisoneuve en Séminaire Psychanalytique du 21 juin 2019

La violence adressée à la mère est tempérée par la projection de cette figure sur l’analyste simple réceptacle du transfert imaginaire, tout en accueil et contenance. Son transfert à lui c’est cette construction qu’est l’amour, qu’est le savoir relatif et non tout-puissant.

4eme étape : le retour à l’équilibre névrotique, à une personnalité adulte structurée

L’efficacité de la réparation permet de sortir progressivement de la dimension imaginaire qui prévaut au départ pour introduire les deux autres dimensions de la vie humaine que sont le sens des réalités et le sens du symbole. L’accompagnateur peut trouver pleinement son rôle ; il n’est plus réduit à un support de projection. Un échange peut avoir lieu autour de ce qui fait l’objet de l’accompagnement, depuis les personnalités respectives des participants. Des scénarii de plainte plus précise, de colère motivée et de séduction reconnaissable parmi les arguties humaines vont pouvoir tourner et c’est dans un processus quaternaire et non triangulaire (bourreau, victime, sauveur) – le triangle reste fixé à l’Œdipe, au groupe d’origine – qu’ils vont pouvoir évoluer. La quatrième position est celle de l’effet de vérité (insight).

Le champ transférentiel

La vie sociale plonge chacun de nous dans des groupes dits secondaires pour les distinguer du groupe primaire qu’est la famille. Dans ces groupes il est un réseau d’identifications latérales. Les membres qui les composent peuvent aspirer à nouveau à un idéal qui peut être incarné par un leader ou bien attribué à l’intelligence collective de nos jours.

Le groupe va vivre dans ses échanges l’acceptation d’une dés-idéalisation et l’acceptation des différences qui les composent. Un « pacte dénégatif » en référence au terme employé par René Kaes, va s’employer dans un premier temps à nier leurs différences et les limites de leurs idéaux. Ce pacte permet la cohésion du groupe mais il fige son évolution et surtout sa production. Des effets de vérité vont surgir dans les rapports autres que la violence encore une fois et la séduction mutuelle, les deux formes du blocage d’un groupe, dans la complaisance et la fusion et l’adoration du ou des leaders ou dans l’opposition au contraire, et la destruction d’au moins l’un des membres, le bouc émissaire, ou du groupe entier sacrificiel.

Les groupes contenus dans une institution, ou encore mieux, dans un écosystème, permettent aux participants de vivre des appartenances multiples (métier, grade, statut, etc) et d’expérimenter directement les limites de leurs idéaux, la diversité des réalités et le caractère symbolique de leurs contributions. De leur impuissance individuelle naît un transfert vertueux d’affects et de parole échangée en continu et en action.

Le coaching d’équipe ou d’organisation permet à une équipe intervenante et même à une institution dans le cas d’un organisme de formation d’offrir des échanges nouveaux qui peuvent être d’abord sauvages et projectifs, plus ou moins explicités sous des contraintes techniques et sociales (modèle d’intervention, soumission des apprenants). Qui peuvent permettre ensuite, dans une reconnaissance sincère des difficultés, aussi bien matérielles qu’affectives, de venir à reconnaître ses propres difficultés et les adresser enfin. L’identification avancée ne fait pas une identité. Le transfert n’est pas direct. Comme à titre individuel, chacun peut se réattribuer ce qu’il cherchait à éviter : sa vérité disgracieuse, ou plutôt, belle de sa nudité. Sans les attributs et les honneurs.

Un écosystème vertueux forme une matrice psychologique d’objets-soi qui n’appartiennent à personne et c’est tant mieux. La vie y est forte, saine et pleine de vigueur.

Longue vie à la promotion 9 du Diplôme Universitaire Executive Coaching de Paris Cergy auprès de laquelle j’ai mené l’enseignement ici résumé d’une approche psychodynamique incontournable.

Les nœuds institutionnels, quel dénouement qui ne serait pas de tomber dans les nœuds d’un autre ? D’une institution à l’autre il n’y a pas de singulier triomphant.

Bien enfoncer le ballon dans le but sans filet et sans cadre en même temps : – Je vous entends parler en tant que coachés et je veux saluer votre culture du coaching : vous en parlez comme nous le faisons.

On les a rassurés : – Vous pouvez parler comme cela vous vient. Les hésitations seront gommées au montage. Les blancs seront supprimés. S’il y a des incohérences dans le discours nous le réagencerons dans le bon ordre pour faire un Story telling parfait. D’abord nous allons filmer quelques plans d’ambiance de vous faire tous autour de la table. Vous pouvez parler de votre week end. La musique portera le message du travail décontracté. Ensuite chaque coach interviewera son coaché à propos des bénéfices du coaching. Nous viendrons aux plans serrés et aux plans croisés. Votre collaboration sera palpable dans cet échange de regards et de bons mots.

Ce sont des professionnels de l’audiovisuel. Jingle d’ouverture aux couleurs d’une grande association de coachs qui a dû les mandater pour l’occasion. Scènes de groupe où chacun apparaît hilare tout en baissant les yeux. Et cet enchaînement de feed-back que les coachs aiment tant alors que ce n’est pas l’objectif de résultats qui prévaut dans la profession, et que le seul moment de vérité peut être la supervision.

Le Président de l’antenne française de la Fédération ne peut pas s’empêcher de faire son Macron et il prend la parole au milieu de ces passes décisives pour bien enfoncer le ballon dans le but sans filet et sans cadre en même temps : – Je vous entends parler en tant que coachés et je veux saluer votre culture du coaching : vous en parlez comme nous le faisons.

Vous, nous, qu’est-ce que cette ségrégation dans l’univers de l’humain partagé qui culmine dans la confusion des places comme cela avait été bien préparé ?

Et je pense de suite à la même entreprise entre coach analystes et son groupe-analyse puisque jamais dans cette configuration on prendrait l’un pour le tout ni le tout pour un seul. Il n’y aurait pas de montage. Les blancs, les discours de traverse et les incompréhensions seraient le sel de la terre. Les participants se parleraient entre eux et nullement à l’adresse des analystes, au moins deux. Ils permettent cette parole libre. Ils respectent les soubassements difficiles pour chacun. Rien ne change. Tout paraît, et aussitôt disparaît. Chacun garde pour soi-même ce qui lui aura semblé être vrai. Et les analystes font de même, en ce qui les concerne, eux. La vidéo est sans intérêt. Il n’y a pas une longue liste de Name droping ni des félicitations par milliers, mais derrière son écran l’un ou l’autre envoie un message en privé à l’un ou l’autre des analystes « animateurs » de ce qui est un groupe suivi, engagé : – Je suis un peu comme vous tous et pour beaucoup je ne sais pas bien. Quelles sont les conditions pour vous rejoindre ?

Un fil de dates, un lieu de rendez-vous et un prix à payer pour ne pas rester en dette avec chacun comme les parents nous ont laissés. En vie. Vivants c’est moins sûr. Jamais coachés. Analysants.

– Vous vous trompez, me reprend l’un d’entre eux. L’analysante c’est vous.
– Vivant, analysant, c’est chacun. Mon métier est celui d’analyste. J’ai été et je suis analysante en ce qui me concerne. Jamais en ce qui concerne l’inaliénable autre. Promesse de ma liberté et de la vôtre.

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– Vous aussi vous êtes organisés en associations pourtant.

On ne m’y reprendra pas. Quinze années en multinationale m’ont appris davantage que tout coaching ou formation. Les associations de psychanalystes et de psychosociologues sont nombreuses. Diverses. Régionales. Locales. Au plus près des analysants. En échec permanent sur leurs lignes de défense. Aussi bien internes que sociétales. Instituantes plutôt qu’instituées. Le psychanalyste est celui qui ne peut compter que sur lui-même. Les nœuds institutionnels lui rappellent les siens. Et il tient par ce bout à l’une ou l’autre de ces communautés de chercheurs avant tout et pour un temps. Le dénouement est toujours proche pour chacun. Le singulier est alors une évidence de chaque instant.

La psychanalyse a cours en coaching et plus particulièrement, la psychologie du collaboratif

La psychologie du collaboratif est mon enseignement à l’Université du Coaching, DU Executive Coaching individuel et collectif à l’Université du management : Cergy Pontoise. En ma quatrième année d’intervention. Merci aux courageux étudiants qui mobilisent leurs passions en session.

C’était il y a un an. Parution de la Psychologie du collaboratif chez L’Harmattan. Et c’est aujourd’hui mon enseignement à l’Université du Coaching, DU Executive Coaching individuel et collectif à l’Université du management : Cergy Pontoise. En ma quatrième année d’intervention.

Pour cette première phase de décollage nous approchons l’identification « simple », les transferts individuels au travers l’arbre de vie : quelles sont les figures de référence de votre vie, de l’enfance à nos jours, que vous les ayez connues ou pas ? Qu’elles aient valeur d’estime ou d’autorité. Nous allons en venir aux identifications croisées en groupe, aux appartenances multiples du sujet seul in fine. Et boucler la boucle enfin. A suivre si vous aimez.

Merci aux courageux étudiants qui mobilisent leurs passions en session.

❝ Un groupe rappelle chacun de ses participants à ses élans premiers de relation et aussi à ses préférences d’expression, violentes et sexuelles, ou alors en repli mélancolique de mise au lit ou de mise à mort. Les passions. […]
En groupe-analyse, ou groupe qui analyse, la règle primordiale est la même que celle de la psychanalyse individuelle : tout se dire tel que cela passe par la tête. Tout se partage quoi qu’il en soit, et la contagion émotionnelle est souveraine. Les apparences, même si elles gardent la face, au fond de chacun de nous, elles cèdent.
[…]
Oui. La chaîne associative est limpide car elle associe les paroles des uns et des autres plus qu’elle n’empile, ou même, n’oppose des discours individuels. Le plus proche à mon sens est la pratique dialogique que pratiquent les nouvelles générations : chacun ajoute, personne ne retire, n’efface ou déforme de ce que les autres mettent en commun. Et ce n’est pas le fil consensuel qui est retenu, mais tous ces apartés qui sont des graines à jamais déposées dans la tête et les cœurs des participants.

Le fil de la libre association d’idées se tisse entre les membres du groupe, la mal nommée association d’idées, car il y a dans ce processus libre associatif analytique autant de pensées que d’affects, d’émergences que de censures ou de travestissements du désir, lors des échanges d’un groupe qui se retrouve régulièrement avec ou sans tâche à accomplir, mais avec une volonté de vérité.

Chacun apprend au fil des séances de groupe-analyse que, comme dans la cure, la transformation est personnelle avant tout, et que tout est possible au groupe une fois les résistances internes de chacun contactées et possiblement dépassées.

Ce qui est particulier au groupe est que « ce n’est pas qui parle qui est ». Le groupe est un inconscient à lui seul. Il pratique sans le savoir, comme Monsieur Jourdain, la danse de l’inconscient, en deux mouvements : le déplacement et la condensation. C’est du pur désir, qui se déplace, qui prend un objet pour un autre, et qui se cristallise par instants, dans un « ça c’est tout-moi » avec tout l’absurde dedans. Et les peurs aussi, le moi n’est pas que ça mais un idéal posé sur lui, sur-moi, très tôt. ❞
La psychologie du collaboratif – Dessine-moi nous – Eva MatesanzEditions L’Harmattan. Pages 33-34

 

Dans Psychologies Magazine, entretien avec André de Châteauvieux et Eva Matesanz : le coaching

Coacher, c’est aussi se confronter aux pulsions des individus, à leur inconscient. La démarche « érotiser l’entreprise, pour des rapports professionnels sans complexes » va dans ce sens.

Extrait à propos d’un accompagnement en coaching d’entreprise et son décodage le plus intimiste. Avant d’introduire la supervision. Les limites du coaching sont celles du coach et de ses techniques. La nature humaine est, elle, riche.

 

Le coaching est une approche de « l’ici et maintenant », qui ne prétend pas explorer notre complexe d’Œdipe ni nos relations précoces avec nos parents et encore moins nos pulsions archaïques. Pourtant, quand il s’agit de coaching en entreprise, papa, maman et la violence fondamentale qui git au cœur du psychisme humain ne sont jamais très loin. Et les coachs ne sont pas toujours avertis de cette réalité.

Mathilde, 47 ans, cadre dans une entreprise de la région lyonnaise, peut en témoigner : «  Tout le service s’est retrouvé durant une journée dans une salle où nous avons été initiés à la Communication Non Violente, car il y avait de nombreux conflits entre nous. Notamment avec un collègue qui estimait que dialoguer était une perte de temps et que seule la productivité comptait. Je me suis sentie vraiment mal à l’aise, avec la sensation d’être infantilisée. Et à la fin de la journée, je n’avais plus envie de discuter mais de frapper. »

Comment interpréter un tel échec ? André de Châteauvieux, enseignant en coaching à l’université de Paris Dauphine et superviseur, ne s’en étonne pas : « Le premier groupe connu par chacun est la famille, et l’entreprise est le lieu privilégié pour rejouer les conflits familiaux non résolus. Aussi la violence qui y règne parfois doit être entendue, et non refoulée ou stigmatisée comme le font certaines techniques. Coacher, c’est aussi se confronter aux pulsions des individus, à leur inconscient.

Mais beaucoup de professionnels de l’accompagnement n’ont pas suffisamment exploré leur propre psychisme pour y faire face. » En conséquence, « ils peuvent facilement, à leur insu, enfermer les autres dans des pièges mentaux dont eux-mêmes sont captifs et se montrer infantilisants, voire maltraitants », constate Eva Matesanz, psychanalyste, coach de dirigeants et auteure de La Psychologie du collaboratif (L’Harmattan) et du tout nouvel ouvrage « Erotiser l’entreprise, pour des rapports professionnels sans complexes » en collaboration avec André de Châteauvieux.

Ces derniers jours en peuple coach, journée d’études ICF Nord

L’entreprise érotique du coach est une remise en question de son désir singulier et du désir du peuple coach. Face aux évolutions sociétales, semblait dire l’ICF : osons !

Ils se sont inscrits à cet atelier expérientiel, tout en émergences, sans transmission ni objectif clair, car ils n’avaient « pas envie de prise de tête », parce qu’ils préféraient « se laisser surprendre ». Nous sortons de la conférence en plénière (200 participants) de Thierry Chavel avec toutes les injonctions du monde : soyez les coachs subversifs que demande notre époque.
Face à l’immédiateté, aux solutions sur étagère et aux échanges virtuels, soyez présents, suspendez votre geste, ne sachez rien, ne laissez rien passer, pas de conformité. On ne peut qu’être d’accord mais alors pourquoi êtes vous resté si loin ? De nous, de ce jour, du thème qui nous réunit tous : coaching et évolutions sociétales. Les relations humaines sont invariables.
Osons alors, et autre chose que le balancement des corps proposé par la coach en énergies si peu sexuelles que nous nous tenons tous plus raides les uns que les autres en rejoignant les salons.
Au seuil de la journée ICF 2018, Eva et André

Au seuil de celui qui nous a été attribué, une affichette rappelle « La révolution du coach », un préalable aux évolutions du coaching, saisie à notre sens entre désirs et tabous.

Nous sommes en petit groupe. C’est alors un travail de groupe que nous avons articulé sans ambition aucune de produire un manifeste défensif ni d’introniser l’un d’entre nous en Ché Guevara d’un jour.

 

Deux présupposés de base :
  1. Tout groupe se solidarise autour d’un idéal commun : le plus petit commun dénominateur des fantasmes projetés. Il devient le contenant, l’enveloppe groupale qui  fait écran, face au monde extérieur – aux coaches qui se conforment ou qui brandissent leurs méthodes comme un délire assumé -, et aussi entre les membres du corps social institué.
  2. Tout groupe, en tant que corps social justement, présente des zones de stimulation. Le deuxième présupposé s’attend à des passages à l’acte. À des pulsions qui s’affichent et qui cherchent satisfaction : circuit court ou circuit long.
Petit salon du Centre du Haumont ICF Nord

Nous animons alors la phase des émergences avec deux questions simples et un exercice confondant qui finit de tromper la raison et l’injonction.

Nous demandons à chacun de prendre la parole s’il le souhaite au sujet de son coach imaginaire. Nous précisons qu’il ne s’agit pas d’un « tour de table », que c’est comme dans un rêve : celui qui perçoit des images et des sons s’il le souhaite les profère. Au fur et à mesure que d’autres en ont, ils les superposent en fondu enchaîné.
– Ne vous souciez pas de la cohérence, ni personnelle ni de l’ensemble, ne vous occupez pas de qui parle et reparle, de à qui chacun s’adresse, de qui reste en retrait comme on vous le répète. Si la psychanalyse permet une chaîne associative, le groupe fait en toute liberté un travail psychanalytique : d’exploration authentique. Le tissu associatif répond à la complexité en présence. Celui qui parle, parle d’un autre, celui qui tait, protège un tiers, et au final tout se dit de ce qui nous réunit. Avant d’y aller, puisque nous avons beaucoup parlé souhaitez vous parler de quelque chose d’autre ? Vous ne vous connaissez de rien. Voudriez vous dire toute autre chose ? Puisque c’est entre vous que vous allez ensuite parler pour rien.
– C’est le rêve cet atelier ! Il est participatif sans nous y obliger. Vous nous invitez à parler entre nous sans nous parler. À parler sans rien affirmer en quelque sorte ! Ça tranche avec la présentation précédente alors que le thème s’y apparente ! Ça change du corps compact que la plénière a fait bouger à l’unisson, pour rester les mêmes au fond…
Et c’est parti. Chacun y va de ce qu’il ose ou n’ose pas dans son métier d’après son imaginaire du bon coach, pompé de ses modèles ou des expériences de vie. Et ça se parle, et ça ajoute quelques précautions par moments, quelques emportements aussi. Vingt petite minutes et c’est fini.
– Sans tenir compte du récit tissé ensemble, comment représenteriez vous, d’une image – un smiley -, ou d’un bruitage – beurk ou hihihi -, votre vécu ? Nous sommes aux « faits intimes ». Limitez vous si on peut dire au constat de vos ressentis qui vous sont tout personnels, justes en cela, sans les attribuer à l’extérieur.
Les interdits sautent déjà. Cela prend une tournure conflictuelle. Chacun cherche l’autre, celui qui a provoqué le rire intérieur ou la gêne, la déception, l’ennui même.
Cette séquence est encore plus courte. La deuxième phase est déjà là.
– Par quel passage à l’acte rétabliriez vous votre équilibre groupal ?
Il s’agissait de l’élaborer par la parole comme jusqu’ici nous voulions que ce soit, mais là l’une pousse une chaise restée vide on-ne-sait-pas-pourquoi, l’autre ne veut plus faire face au mur et se retournera et un autre encore s’assoit à même le sol et se déclare au repos de tout ce bal. Celle qui était restée silencieuse parle pour dire qu’elle ne peut parler en restant assise dans son coin, que cela faisait un moment qu’elle voulait prendre la tangente en effet. Les circuits courts semblent être préférés. Ils s’imposent à chaque subjectivité.
Sur ce nous faisons la pause. Nous leur demandons de ne pas se regrouper hors séance pour permettre à chacun de faire le véritable travail d’analyse au retour. Le sens intime de ce qui est recherché ne peut pas se faire sur le coup mais seulement dans l’après-coup.
Ils s’exécutent sans résistance. C’est comme s’ils ne souhaitaient rien d’autre à ce stade que de perdre de vue le portrait chinois que le groupe compose.
Entre animateurs, nous nous disons nos « faits intimes » et nos envies de nouvelle séance. Nous changeons de place aussi, nous exprimons de la peur et de la joie autant qu’ils l’ont fait. Chacun a pu sortir le monstre qui l’habite et le groupe reste entier. Il est notre partenaire sans en douter.
Une seule question pour cette deuxième séance : en quoi chacun de vous s’est vu faire ou dire ou ressentir quelque chose de très familier pour lui ? Quelque chose parmi toutes ces motions imaginaires et corporelles qui pourrait aller jusqu’à être un trait distinctif de sa demande la plus intime depuis l’enfance…
Une précision : pas besoin d’aller jusqu’à l’enfance, quelque chose de très présent par ailleurs qui se serait invité ici alors que nous nous connaissons de rien « fera l’affaire ». La profondeur que l’on suppose à la psychologie se trouve dans l’écume de tous les jours.
Sans aucune résistance, soudain, chacun évoque quelque chose de très personnel qui semblerait avoir sous-tendu son engagement dans ce travail sans les formes.
– Que pourriez-vous alors vous dire d’autre que ce que vous avez partagé dans un premier temps ? Celui qui parle précise à qui il pense s’adresser et celui qui écoute précisé s’il souhaite écouter celui qui désire lui parler.
Et ils se disent tout autre chose que ce qui les avait tantôt réunit ou opposé. Et ils reconnaissent chez les autres ce qu’ils sembleraient ignorer.
– La révolution première est celle de soi. Seriez-vous prêts après ce travail d’authentique cohésion à prendre des engagements créatifs en lieu et place des engagements « répétitifs » que nous avons vécus dans un premier temps ?
Il est difficile de l’envisager. Le temps de l’atelier est épuisé et tout engagement ouvrirait une nouvelle boucle d’inconfort. C’est cela le cœur qui fait battre  notre animation. Pour qu’un groupe collabore qui plus est dans le cadre d’une institution – l’ICF dans l cas présent -, il ne peut avoir de barbares ni de cocon : le groupe est un nœud conflictuel qui se revitalise en parcourant les mille et un nouages qu’il abrite et qui sont aussi dans le filet de l’institution qui le porte un instant.
Ce petit groupe a initié une onde de choc comme nous l’appelions de nos vœux dans notre conducteur, conflictuel entre nous, attractif et fécond ! Merci de tout cœur aux courageux – quelqu’un l’a remarqué – participants !

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Patrick Viveret avait ouvert la journée (ICF coaching et évolutions sociétales) avec une invitation à l’éros. Il a avancé les prémisses d’une stratégie érotique sociétale dans laquelle notre invitation à érotiser l’entreprise (L’Harmattan 2018) se glisse précieusement. Les composantes de l’atelier tissé ensemble – les fantasmes, les pulsions et les conflits névrotiques – en sont.

Face aux évolutions sociétales, quelle est votre révolution du métier de coach ?

En journée études ICF 2018 nous vous proposons de rechercher ensemble des réponses incarnées et quelque chose de vraiment changé en chacun de nous par la mise en mouvement collective de cet atelier animé en duo André de Châteauvieux et Eva Matesanz

« Transformation digitale, articulation de l’individuel et du collectif, intergénérationnel, intelligence collective et intelligence artificielle, environnementale, autant de (r)évolutions qui interpellent, impactent nos modes de vie, nos habitudes et nos cultures en tant qu’individu, collectivement et dans les modes de management des organisations. »

C’est ainsi que l’antenne Nord de l’ICF pose les enjeux d’une transformation du monde du coaching face à tous les bouleversements en cours. Car ce sera le thème d’une nouvelle Journée d’Etude à Lille, le 20 janvier prochain.

Nous y tenons un atelier quelques pas plus loin ainsi sur le fil de nos créations singulières et en duo : « Mars & Venus sur le divan » en 2012 et puis après : « L’inconscient un ami qui vous veut du bien » (Neuroscience & Coaching) ; « En quête de sens, enquête de soi » (Performance et quête de sens) ; « Quel accompagnement des managers pour l’entreprise réinventée ? » (Entreprise libérée).

Révolution du coach et évolutions du coaching, entre désirs et tabous

Eva Matesanz & André de Châteauvieux, psychanalystes et superviseurs

L’humanité est à un point de bascule et le monde qui vient nous met face à des modes de vie et des règles que nous ne connaissons pas encore. Tous les métiers de la relation, managers et responsables des ressources humaines, formateurs, consultants et coachs, sont plus que jamais attendus pour prendre part et donner vie à ces transformations. Et cela dans le respect des personnes, des ressources naturelles et du bon usage des technologies.

Face à ces défis, qu’en est-il de notre capacité d’évolution personnelle et collective ? En quoi notre expérience intime, l’histoire de vie qui fait de nous des accompagnateurs, et aussi nos mythes et nos rites d’une pratique du siècle d’avant, nous entravent et nous préparent ? Que faisons-nous de nos dynamiques inconscientes, des pulsions, fantasmes et névroses entre nous, que nous rejouons sur la scène de l’entreprise pour que rien ne change ?

C’est à ce niveau que nous vous proposons de rechercher ensemble des réponses incarnées et quelque chose de vraiment changé en chacun de nous par la mise en mouvement dans le collectif de cet atelier animé en duo.

Psychanalystes et coachs d’entreprise, superviseurs, enseignants universitaires, Eva Matesanz et André de Châteauvieux accompagnent en face à face et en groupe les évolutions humaines au plus intime. Des dirigeants de grands groupes leur font confiance et des acteurs de l’accompagnement se forment et collaborent avec eux en donnant de leur personne.
André et Eva publient en continu sur leurs pratiques à  travers leurs blogs et dans des ouvrages qui contribuent à la transformation du coaching. Leurs nouvelles avancées seront disponibles en janvier, en avant-première à l’occasion de ce événement dans un essai écrit à deux : « Erotiser l’entreprise – Pour des rapports professionnels sans complexes« .
Et pour vous, en pratique, à cet atelier de co-construction.

Le coaching comme l’adolescence n’ont rien de suspect lorsqu’ils sont pleinement traversés

préfère toujours engager des patients, pas des coachés, des sujets en voix active et qui s’assument en entier, qui patientent le temps d’une analyse, au lieu de quelques séances de résolution prescrite de la crise en coaching.

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« L’adolescence est un passage, une période d’un certain deuil de l’enfance, elle entame notre intégrité. De même, sans doute la bousculade des identifications (…), renvoient, selon S. Freud, et peut-être selon tout le monde aujourd’hui, à des imagos* mal définies, à une espèce d’effacement, de mise hors circuit de la constellation œdipienne, c’est-à-dire de tout son vécu propre. À partir du moment où ces identifications se détruisent ou sont remises en cause, nous allons faire le deuil du vert paradis des amours enfantines.

Car nous avons tous vécu sur le vert paradis des amours enfantines, tout en sachant, en psychanalystes, que cela peut être horrible, que cela peut être de la dévoration, que c’était de la confusion, il n’empêche, et c’est mon expérience, que dans les enfances les plus horribles, pour peu qu’on puisse parler avec les gens, pour peu qu’on puisse les entendre, on trouve un coin de vert paradis qui était celui où il ne fallait pas choisir. »

Evelyne Kestemberg
Dans son recueil posthume « L’adolescence à vif »

*En psychanalyse, l’imago désigne ce que représente inconsciemment une personne ou un objet pour le patient, sans rapport avec ce que cette personne ou cet objet est réellement. Il s’agit d’une représentation inconsciente qui donne lieu à un « transfert » vers d’autres personnes ou objets, pareillement irréel. Pour donner un exemple concret, prenons le cas d’un homme ayant eu le sentiment d’être abandonné par sa mère à la naissance de son petit frère. Une fois marié et sur le point d’avoir un enfant à son tour, il se montre soudain agressif envers sa femme enceinte, sans pouvoir lui-même se l’expliquer. L’imago maternel serait en fait à la source du problème : sa femme va devenir mère, l’homme transfère sur elle tous les sentiments négatifs qu’il a ressentis à la naissance de son petit frère. Dans son inconscient, il voit son futur enfant comme un rival. Lors des séances de psychanalyse, trouver l’imago à la source des croyances, des sentiments et des agissements est une étape importante vers une plus grande ouverture et souplesse d’esprit et de relation.

C’est depuis que notre ami Jean-Marie von Kaenel avait relevé lors d’un atelier de campagne à Sens les similitudes entre le coaching et la clinique des adolescents, pour être de fait face à un sujet qui n’a pas complété son détachement et sa désidentification de la famille ou de l’institution, que je me suis intéressée à la pratique des groupes, le milieu de fait de nos interventions en entreprise, avec le RH, le boss, le collègue, la collaboratrice et toute cette galerie de transferts latéraux qu’évoque le coaché à chaque séance ou que nous rencontrons effectivement en réunion tripartite, un peu comme ses parents, ses frères et ses sœurs, son amoureuse et le terrible de sa bande d’amis.

Je préfère toujours engager des patients, pas des coachés, des sujets en voix active et qui s’assument en entier, qui patientent le temps d’une analyse, au lieu de quelques séances de résolution de la crise.

J’ai découvert Evelyne Kestemberg lors d’une recommandation d’un de ses élèves pour une problématique effectivement adolescente et privée, et j’ai pu ainsi plonger pleinement dans la délicatesse de cette pratique. Je ne pouvais pas mieux tomber. Je suis debout et je jubile. Et je partage volontiers.

Il n’y a pas que les adolescents, ou les coachés, qui restent dans les limbes de leur venue à la vie. C’est d’ailleurs le cas du cas de clôture de ce recueil. La patiente n’est plus une adolescente et pourtant elle fait sa crise. Elle a enfin trouvé celle qui l’écoute et celle qui lui parle, qui la renvoie au vert paradis de son enfance. Et puis qui chemine sur la crête d’une psychanalyse.

Et je dis à dessein une, j’ai toujours insisté auprès des analysants qu’il ne s’agit pas de LA psychanalyse, ni de LEUR psychanalyse, mais d’UNE traversée commune comme leur venue au monde était UNE. Un père, une mère, une vie qui ne ressemble à nul autre. Et qui en même temps les rassemble.

Quitter définitivement ce coin de vert paradis qu’en psychanalyse enfin nous venons de trouver, qui (est) celui où il (n’y a pas à) choisir.

La plupart des psychanalyses « cassent » à ce stade. En cela elles rejoignent le coaching qui prévoit sa fin à peine on retrouve les esprits. Pour les meilleurs coaching. Beaucoup de ceux qui affirment avoir « fait psychanalyse » comme ils auraient fait la Grèce, ou du « travail sur soi » comme on désherbe, n’ont fait que retrouver leurs moyens, et c’est énorme. Mais n’est-ce pas un « qu’as-tu fait de ton talent » et un « qu’est-ce tout cela face à la mort » qui nous propulse ou nous ronge ?

J’ai la chance, et le courage dois-je dire aussi, mon talent à moi j’espère, la trace de mon humanité, d’accompagner par delà les près salés. Vous êtes nombreux à tenter la rupture pourtant. Mais je tiens à vous en toute liberté. Et cela semblerait vous aider à tenir sans vous attacher ni peser sur votre identité. C’est ce que vous découvrez lorsque vous persévérez.

L’étape du détachement et des désidentification prégnantes peut alors commencer, et elle peut être aussi longue que celle de raccorder et de reconnaître les sources inconscientes. Elle va à la source de votre désir comme on dit. De votre liberté… De renoncer.

Et elle commence, en effet, par « que choisir » dans un dernier détour vers ce qui n’a pas été choisi.

image« Choisir entre quoi et quoi ? Choisir entre être un homme, être une femme, cela veut dire : choisir entre les parents, mais cela veut dire ou bien être une femme qui serait un père en moins, ou être une femme qui serait un père en plus parce qu’elle aurait toute la puissance du père à l’intérieur de son ventre dans une vision mégalomaniaque. Est-ce choisir un père qui aurait un phallus d’acier inébranlable ? Est-ce choisir d’être un garçon comme un père constamment castrable ? (…) On voit très bien (dans chaque cas) la teinte, les rémanences, les permanences de ce(s) type(s) d’identification au père, (à la mère ou à leur relation comme le défendait Mélanie Klein très justement), qui est multiple.

Je crois qu’au bout du compte c’est arriver à faire coexister dans sa tête toutes ces variantes de chacune des images, d’accepter qu’elles existent pour chacun, de les retrouver mais aussi de ne pas y avoir constamment recours, de s’en servir selon l’usage sans être débordé par l’une d’elles qui viendrait effacer toutes les autres et remettre donc la continuité narcissique en danger. »

Permettre la continuité d’existence et la conquête (Œdipienne) d’un trait. Et ce « vert paradis d’enfance » sera le point de départ d’une destinée. Après le passage en adolescence enfin !

 

Illustration de couverture Kate Parker Photography

Narcisse toi-même, pour un narcissisme de vie

Accompagnateur ? Accompagné ? Coach ? Coaché ? Libérez votre Narcisse. Le narcissisme de vie vous permet de marcher bien chaussé. Puis l’Oedipe, élargit vos horizons. Tout un monde en vous et au devant.

Le narcissisme correspond au clivage du moi précoce qui précède au mécanisme premier de protection psychique adulte qu’est le refoulement. Il pose les fondations, de soi, de la relation… Du métier d’accompagnant. Il préside à notre vocation, autant qu’aux refondations que nous menons auprès de ceux au en accompagnons. Confiance, constance et courage c’est ce que je souhaite alors à mes étudiants.

Le refoulement arrive avec L’Oedipe vers l’âge de six ans, lorsque la petite fille, le petit garçon, enfouissent à jamais leurs fantasmes de sexualité infantile, et le viol de la mère et le meurtre du père, la séduction du père et la trahison féminine, la visée d’enfanter rien que pour eux, qu’ils originent.

« Oubliés » dans l’inconscient, ils remontent à la conscience régulièrement, par poussées, par moments clés, et ils teintent d’une coloration violente et sexuelle toute autre relation postérieure, à l’homme, à la femme, à l’autorité, à l’enfant, descendant. Ce qui fut interdit devient le surmoi et le moi est social, le « self » dit-on aussi selon les psychologies, par opposition au « soi » profond qu’est le moi avec ses élans libidinaux (ça), cherchant satisfaction tantôt dans le plaisir, tantôt dans le déplaisir, au delà d’un principe que Freud démonta.

Le clivage du moi, lui, correspond à la période pré-oedipienne, infantile mais aussi adolescente, celle du narcissisme primaire, où l’enfant, le pubère ensuite, ne pouvant pas concevoir sa vulnérabilité et son impuissance d’être-dépendant bâtit en lieu et place de l’absence d’une réponse immédiate et pleinement satisfaisante (le sein, son réconfort mais aussi sa dévoration, sa possession destructrice, comme le sera plus tard le désir impossible d’une disponibilité totale de maman, de l’amant), il bâtit en lieu et place du « moi idéal » de sa conception, un « idéal du moi » ou plutôt, des idéaux du moi successifs, comblant de réponses partielles son existence séparée : le caca qui reste chaud et doux collé, ses doigts de main qu’il avale et qu’il mutile, l’auto-érotisme possible de tout ce qui lui tombe sous la main, un sucre volé, son sexe érigé et qu’il est si bon de frotter, pour la fille davantage l’air de rien « se frotter ».

Ces « idéaux » cohabitent au même niveau : le caca est plaisant et vite irritant, le doigt est un téton et le marteau piqueur d’une bouche déformée, le sucre est une claque aussi vite endossée, le sexe est sans fin. Plus tard, des relations extra conjugales et des coups tentés en marge des affaires courantes seront à la fois la jouissance et la peur retrouvées. Sans que cela ne trouble l’image pleine que de soit on se fait.

 » Maman ne peux pas être méchante alors si ce sucre me vaut une tape c’est que j’aime être tapé(é) et gourmand(e). C’est moi ça. Et c’est mon idéal du moi. Et ma maman reste idéalisée par la même occasion… »

L’identité devient le composite de toutes ces choses que l’on fait sans « jugement ». Anciennes d’un temps d’enfant.

Narcisse toi-même

Le narcissisme met en échec le travail psychanalytique. Là où le refoulement peut être appréhendé un instant par le transfert sur le thérapeute d’affects anciens, le clivage se passe d’affects. C’est surtout qu’il les dénie, leur trouvant une place dans ce composite pré-cité tout aussi clivée. Ils sont là mais pas en lien. Et le sadisme ou son complémentaire le masochisme morbide, primaire, sont les seuls émois, sur la base de sensations, plutôt que de ressentir des sentiments élaborés, sur la base de pensées, de libre association, de liens : Maman est belle et douce et monstrueuse et méchante.

Pour l’accompagnateur, c’est la bourse ou la vie. Ce qui veut dire la mort en face. L’amour au bord du gouffre. Bandit des chemins de l’inconscient :

  • soit, il persévère dans la recherche d’un sens, lourd d’affects dérobés, baluchon existentiel, juste consolable et donc à nouveau réduit à l’auto-érotisme et les dépendances,
  • soit sa persévérance présente le moindre défaut, et ils sont nombreux en écho de ce Narcisse d’un seul tenant qu’est le client peu patient.

Il risque la « décompensation » : les clivages cèdent, ils ne « compensent » plus tout ce qu’ils additionnent impunément, revient l’angoisse la plus primaire d’éclatement, de morcellement, d’effondrement. Le travail de déconstruction et de reconstruction demande du temps. Ce sont les enfants boiteux de l’Oedipe qui échappent au destin tragique de Narcisse, collé à sa propre peau. Ils remarchent à nouveau. Sur la base solide d’un narcissisme secondaire, d’un narcissisme de vie et non de mort.

Le narcissisme de vie

Le narcissisme ne peux pas être considéré comme un concept achevé, non plus. Freud l’a initié, les générations successives de psychanalystes tentent de le saisir comme je le fais. C’est notre travail premier. Narcisses comme je le disais. Car le narcissisme est fragile comme un miroir qu’on se tend. Au plus précoce de notre venue au monde, pas celle de l’accouchement, mais celle de nous face au monde, tentant de le percer de tout notre nouveau. Et nous perçons de notre monde celui de nos accompagnés, et réciproquément.

La mélancolie en est la pathologie type. La fabrique à « idéaux du moi » se grippe. La mère qui a tapé lorsque on a osé dépasser la limite est perdue à jamais et indéfiniment recherchée. La mère aimante, capable d’un « masochisme créatif », est réduite en morveux. Le traumatisme reste. Il ne cède pas la place au fantasme, qui exprime lui la violence propre à l’enfant. Et la transforme dans ses propres créations autres que faire à la mère un enfant et un affront.

Le narcissisme triomphant ce serait alors. Dit « secondaire » par évolution du « primaire » dont il était jusque là question. Et puis, comme avancé plus haut, l’Oedipe recouvre tout ceci de son refoulement. Les clivages restent enfouis. Ils resurgissent à propos. À chaque fois qu’une limite peut être dépassée à nouveau sans que ce soit un « se perdre » ou perdre l’amour.

Au contraire. L’amour est vainqueur. Freud en est mort et nous l’a laissé en enseignement. Et nous qui accompagnons, le réapprenons de notre propre métier à la vie à la mort. Narcisses accompagnants.

A suivre le récit de cet héritage de Freud par Olivier Bouvet de la Maisonneuve, en Séminaire psychanalytique de Paris du 16 juin 2016. Qui a largement inspiré mon dernier cours à l’Université de Cergy Pontoise en DU Executive Coaching du 17 juin alors. Ce papier en est la trace, amorce d’un cursus nouveau : le développement psychique et relationnel de stade en stade de développement. Narcisse et Œdipe structurants ensemble et tout autant.

Complément du cours de Roland Brunner « Diagnostic de Structures psychiques, psychopathologie, indications et contre-indications au coaching ». Ce tronc de formation constitue l’approche psychanalytique du coaching.

Coaching & Boogie Woogie

Un psychanalyste de renom dont, comme Cervantes, j’ai oublié le nom, disait : s’il était possible d’écrire un dictionnaire de la psychanalyse cela débuterait par un A, bien sûr, comme Amour, et cela s’étendrait jusqu’au V de la vérité. La vérité singulière, énigmatique, inaliénable de chacun.

Nul accompagnement ne peut ignorer le rapport tout personnel à l’amour physique, se risquer à l’autre, de l’accompagné. Et j’en suis enfin là dans mon coaching avec elle. Enfin.

Yes. Nous y voilà. Elle a évoqué jusque là son éducation stricte, les robes smock, la façon de se tenir à table et de répondre aux parents. Ou plutôt, de ne jamais leur répondre, de reprendre et d’affirmer ce qu’ils attendent. Cela fait deux ans déjà que je l’accompagne. Elle avance dans son émancipation professionnelle, jusque là femme dirigeante pas si associée que ça.

Sans enfants et sans un homme à ses côtés, elle se disait émancipée dans sa vie personnelle. Ce n’est que depuis quelques séances que la sexualité manque à son émancipation, qu’elle en entrevoit la béance. Et là, elle arrive sans transition avec un rêve de rencontre sauvage des corps, de mots obscènes, de faire coffrer ses parents : – on les cale bien dans un boogie boggie, ma mère n’a pas l’air bien lucide, mon père n’est absolument pas prévenant, mais enfin sur la route toute tracée de mon rêve, ils s’en vont.

– Et c’était quoi comme mots ?

– Je ne m’en souviens pas du tout mais si je devais trouver aujourd’hui un mot à replacer dans le tournage de ce film que je me fais, ce serait… – elle cherche encore -, ce serait délation. Oui, c’est ça. Mon père accuserait ma mère de délatrice pendant qu’il la domine de tout son corps…

– C’est fort ! Que dirait-elle ?

– Oh ! A lui j’ai pas… Mais là ça me vient clairement comment je n’ai jamais aimé qu’elle me parle de leur sexualité. Je l’apparente à la délation ! C’est bête non ?

– Pas bête du tout ! Comment voulez vous que l’enfant que vous étiez puisse fantasmer papa avec maman : maman c’est ma maman, maman ne peut être que douce, papa m’embête à s’interposer entre moi et ma maman, papa sans doute la violente, maman ne veut pas, c’est lui qui la prend ! Si la mère évoque, fige le processus, l’enfant est empêché dans son développement de finir par se résoudre à un maman est avec papa et c’est à la fois tendre et violent. Comme je le serai, sain et fort.

– Justement ! Je ne sais pas à quoi j’ai pu penser enfant… Mais le discours qu’elle m’a toujours tenu est que c’était bon avec papa, qu’il l’a respectait, et qu’au bout d’un moment il la respectait tellement qu’ils faisaient chambre à part, une fois le cinquième enfant, le garçon, parvenu à l’éclosion. Et que cela lui manquait !

Je ne sais pas quoi penser d’une telle usurpation de l’imaginaire de l’enfant, mais soudain, ce n’est plus « délation » que j’entends dans le rêve éveillé que nous partageons, mais plutôt « fellation ». Et je crois que ma cliente est bien plus désireuse de son doudou d’enfant, un bout de drap entortillé comme un canon à réjouissances, dans sa bouche longtemps longtemps, qu’elle ne le reconnaît pour l’instant.

– Quelle était l’explication que la délatrice n’a peut être pas manqué de donner à cette séparation de corps ? C’était d’elle ou c’était de lui, la décision ?

– Elle m’a juste dit : il est impuissant.

Sa maman a réponse à tout. Et quelles réponses ! Mais lors des précédentes séances elle me précisait bien que sa « pauvre mère » répond toujours aux désirs des autres par des mensonges. Là, elle ne semble pas en douter. C’est sa maman ou c’est elle qui aurait bâti la légende ? On demandait aux enfants des mensonges en réponse aux désirs (délires ?) des parents. Alors peu importe. C’est la légende originelle, mythe et rituel imposé, en lieu et place d’un fantasme bien plus complexe, toujours singulier, qui la garde sans homme, elle aussi, impuissante. Le tabac pour seul objet transitionnel – mais alors vers quoi ? – , après le drap… Elle se dit ça comme si elle avait entendu mes pensées qui la trahissent,

– Finalement je suçote toujours avec ces maudites cigarettes qui ne me lâchent pas ! Et son angoisse : où on va comme ça ?

Dans son rêve qui avait lieu dans un parking, il y avait le boogie boogie – elle répète à chaque fois le nom de cette voiture et sans le savoir elle l’a transformé en blues endiablé – mais sa voiture à elle n’y était pas.

– C’est très dense (danse ?). Nous allons nous arrêter là pour aujourd’hui. L’heure n’est pas consommée mais peu importe.

– J’ai encore oublié le chéquier…

Et oui. Les résistances sont fortes pour aller par delà toute cette construction qui la parque…

– Ce n’est pas grave. C’est déjà la semaine prochaine qu’on se voit.

– Ah non ! Nous n’avons pas de rendez vous !

Les résistances sont très très puissantes !

– A la semaine prochaine. Croyez moi.

Je suis et je serai la délatrice de son énigme personnel. Elle m’investira de son transfert tout en dénégations, mais je serai là. Et le sexe oral, ce sera la parole libérée, la sienne, quand le garçon paraîtra…

– Vous ai je dit que j’ai fait un truc fou : je me suis inscrite à un site de rencontres !

Le garçon a été « conçu ». Dans sa tête il existe déjà. Dans sa psyché il pénètre. Et elle naîtra. S’émanciper ? Qui veut ? Lorsqu’exister… Nous y voilà !