Conduire les hommes dans le cadre d’un projet

Le conducteur de projet travaille les idéaux qui l’animent mais aussi sa capacité de contenance pulsionnelle. Seul un chef de projet capable de connaître ses motions agressives et régressives et de les exprimer sans mal peut à son tour provoquer par sa direction de projet une mobilisation dont il saura accueillir et contenir les motions humaines qui l’émailleront fort heureusement.

Cela surprend encore certains que des psychanalystes puissent accompagner des processus d’entreprises comme cela l’a été dès l’origine de la psychanalyse dans des processus institutionnels plus proches du médical, cela est vrai, mais aussi dans le Big Business comme je l’ai déjà souligné à maintes reprises dans ce blog qui s’intéresse au coaching le plus noble, celui qui réfléchit l’organisation dans son ensemble.

A l’occasion du déploiement d’une formation en Université d’entreprise je viens aujourd’hui à partager le conducteur d’un module de formation destiné aux conducteurs d’équipes et de projets. Sa lecture ne permettra pas à des coachs, à des managers et à des consultants ne faisant pas de travail authentiquement réflexif, psycho-analytique, de proposer d’intervention aussi fine et surtout la possibilité de transmettre par l’exemple de leur conduite la conduite à tenir. Un exemple humain en lieu et place d’une modélisation trop souvent recherchée et qui s’avère stérile.

Ce partage a plutôt pour vocation d’inspirer, de provoquer au plus simple, la curiosité au encore mieux l’en-vie, le désir de s’humaniser en plus du besoin de se professionnaliser. Et rejoindre un groupe à votre tour qui avance sur le fil proposé qui est celui de la vie.

 

« Sans engagement, vous ne commencerez jamais.

Et sans régularité, vous ne finirez jamais. »

 Denzel Washington

 

 

 

Conduire (les hommes dans le cadre d’) un projet

Créer une dynamique autour d’un projet avec des outils simples (au naturel) et pratiques
Eva Matesanz & André de Châteauvieux

 

Norme AFNOR

Un projet est un système complexe d’intervenants, de moyens et d’actions constitué pour apporter une réponse à une demande élaborée pour satisfaire au besoin du maître d’ouvrage ; le projet implique un objet physique ou intellectuel, des actions à entreprendre avec des ressources données. 

La norme ISO est en cours d’actualisation

La version actuelle ne donne aucune information en ce qui concerne le management de projet.

 

« 98% des projets ne respectent pas les conditions de coûts, de délai et de qualité initialement prévues ; 85% des causes d’échec des projets sont imputables à l’absence d’accompagnement, (…) relève(nt) plus de facteurs humains et organisationnels que de facteurs purement techniques » 

Huguette Roussel, Directrice de l’Organisation, CNP Assurances, en préface de la synthèse produite par ses services et le cabinet d’Hugues Marchat « La conduite de projet », Eyrolles, Editions d’Organisation, 1997

 

C’est à cette variable humaine et organisationnelle que nous allons nous attacher comme étant le terrain meuble sur lequel la voie tendue pour soutenir le projet va se dérouler. Nous aurons un tracé, des opérations et des opérateurs qui seront mobilisés sur un temps donné. Les « outils de base » nous aident à nous les représenter individuellement et à partager nos représentations.

Le conducteur de projet qui assume pleinement le rôle humain de conduite de groupe et la responsabilité qu’il détient auprès de sujets différenciés fait un choix simple et pertinent de ces outils pour l’activité concernée. Il y ajoute des « outils évolués » qui sont ceux de nos capacités psychiques humaines lorsqu’elles sont mobilisées en conscience au lieu de laissées à leur force inconsciente au naturel.

Nous vous proposons à l’occasion de cette formation quelques « outils de progrès » pour conduire « ce que fabriquent les hommes dès qu’ils se retrouvent ensemble », ce qui relève à la fois du plaisir (y compris masochique) du sujet et d’un équilibre trouvé à plusieurs qui se définit comme étant du « evidence-based » management : le principe de réalité.

 

« Une communauté humaine crée toujours des problèmes qu’elle sait résoudre. »

La question est de les résoudre en créant quelque chose d’autre que la seule solution aux problèmes.

SESSION I

Les outils de management visuels pour répondre à l’objectif premier du conducteur de projet : CONSTRUIRE UN PROJET

 

  • Une ligne du temps
  • La représentation des entrées et des sorties, les moyens et les livrables, sur cette ligne.

 

Il s’agit de décomposer et de coordonner les éléments impliqués dans le projet.

La grille simple est celle de qui fait quoi quand, avec les personnes impliquées dans un même sous-processus bien disposés parallèlement et les passages de relais vers d’autres sous-processus et d’autres parties prenantes bien mis en évidence.

Chaque participant doit connaître l’objectif et la contrainte qui lui sont appliqués mais aussi l’objectif et la contrainte explicite du groupe. Le rôle du conducteur est de le lui communiquer. L’objectif comme la contrainte excite l’être humain que nous sommes dans le sens du dépassement ou du blocage mais à quel prix technique et humain ! Comment quitter le rôle préventif et curatif pour permettre au processus d’évoluer librement en toute sécurité comme en toute créativité ?

Le rôle fédérateur du conducteur implique de transmettre l’idéal qui l’anime : tout groupe se forme autour d’un idéal commun et c’est ensemble, au travers de renoncements bien conscientisés – aussi bien collectifs que spécialisés, concentrés dans la personne de l’un ou l’autre des collaborateurs -, c’est moyennant des efforts et des frustrations que cet idéal partagé et l’objectif vont se rejoindre et produire le résultat, la création partagée, la « sublimation » des forces contraires inhérentes à la psyché et à son expression dans les activités humaines.

Le conducteur de projet travaille ainsi en amont de son déroulement les idéaux qui l’animent mais aussi sa capacité de contenance pulsionnelle. Seul un chef de projet capable de connaître ses motions agressives et régressives et de les exprimer sans mal peut à son tour provoquer par sa direction de projet une mobilisation dont il saura accueillir et contenir les motions humaines qui l’émailleront fort heureusement.

 

Travail en sous-groupes pour reconnaître la part d’idéalisation et la part pulsionnelle des participants.

 

SESSION II

Les outils de progrès, visuels comme invisibles : l’accompagnement du processus constitue l’objectif en continu de PILOTER UN PROJET

 

Le présupposé est que le travail ne sera pas effectué une fois que chacun sait qui fait quoi quand même en mettant en place un suivi outil « de base » actualisé, d’où le besoin des outils dits avancés ou évolués, les outils en provenance de notre humanité.

Le groupe va s’ajuster « inconsciemment » ou plutôt chacun va s’ajuster « inconsciemment » selon le principe reconnu par la théorie socio-économique de la « rationalité limitée » qui recouvre d’un voile d’inhibition (régression) les pulsions engagées. Les idéaux se réduisent, chacun verra ce qu’il voudra voir, ce qu’il aime imaginer, de ce qu’il produit et de ce que le groupe acquiert. En toile de fond, des « inimitiés » se tissent plus ou moins explicitées : contre le conducteur, contre le collègue, contre le groupe, contre l’institution ou l’éco-système partenaire qui se regroupent en théorie du changement sous l’appelation de « outgroup ». Ce sont des projections de ce qui est contrarié profondément en soi et dans la dynamique collective.

Pour accompagner ce processus inconscient la démarche est aussi simple à exposer qu’elle est invisible et inintelligible de mise en œuvre. Le conducteur, ou les conducteurs car il est recommandé d’accompagner des groupes en binôme, prend appui sur son propre inconscient, accorde un cadre de confiance au groupe dans un phénomène qui n’est plus de projection mais de « transfert ».

Le transfert « remplace » les projections qui consistent à projeter sur les autres des sentiments personnels et spécialement ceux de peur, de haine et de déception. Le transfert est un cadre affectif favorable donné à ces projections. Ce transfert peut avoir une tonalité positive et négative selon les phases de vie du projet car il ne s’agit pas de plaquer une réponse positiviste ! Les vécus négatifs ne sont ainsi pas niés mais encadrés par ce climat d’analyse et de recul, de poursuite sans blocage et de confiance dans la suite du processus. Le mot qui est utilisé dans le cadre professionnel est celui de l’engagement.

Le dispositif de base à mettre en place est lui très simple comme nous l’avons souligné. Il soutient l’engagement dans la durée par la combination d’un partage en continu du management visuel « standard » et la tenue effective de sessions de parole, de séances régulières d’analyse de pratiques auto-gérées sans ordre du jour préempté.

Un support est remis aux participants de cette formation sur les principes de ces réunions qui sont seulement brièvement rappelés ici en termes de libre parole ou chat entre les participants aux sous-projets sans la présence du chef de projet puis relevé par le(s) conducteur(s) sur un temps court des apprentissages effectués ensemble et ou des blocages fabriqués ensemble – non intervention du pilote, renvoi vers les participants de ce que le conducteur perçoit comme étant à retravailler ensemble.

 

Faire travailler le pilotage en petits groupes tel qu’il s’effectue sur outils de base pour constater le fonctionnement naturel

En venir ensuite à l’outil avancé du transfert au moyen des « identifications » en lieu et place des « projections ». Les identifications sont précisément des projections que l’on parvient à identifier. Chacun retrouve en soi-même ce qu’il projetait dans le temps ou dans un ailleurs.

 

SESSION III

Le méta-outil du conducteur et des collaborateurs : retour sur sa propre réflexivité et sur celle de ses collaborateurs dans l’objectif dernier de d’aboutir et CLORE LE PROJET

 

Le fil conducteur de ce point clé est culminant de la formation (et du projet qu’elle représente) n’est volontairement pas détaillé dans l’agenda qui leur est livrée sur ce car nous ajusterons suite aux sessions I et II. Nous ferons élaborer aux participants eux-mêmes les composantes de cette véritable conduite de groupe bien au-delà de la construction théorique du projet et du suivi de type « flic et pompier », « tuer, périr ou sauver » qui résulte en constat général du groupe au naturel.

 

Résumé des enjeux que nous anticipons et qui seront mobilisées partiellement et dans le degré que pourront admettre les participants : 

 

L’idéal brouille le principe de réalité évoqué en intro ou la possibilité d’une evidence-based coopération.

Les limites que le projet impose à chacun éveille la recherche de satisfaction individuelle dite aussi de « rationalité limité ». L’intelligence est peut-être collective mais les ressources en profondeur de chacun dans le groupe sont négligées, et ce sont ces ressources qui font la différence, qui font que ce projet est bien différent de celui qui aurait été mené par d’autres et surtout qu’il est à l’image du « génie » créateur de l’homme éminemment singulier mais mis sous la contrainte sociale et en ce cas, de résultat.

Les « surfaces de projection » de l’activité fantasmatique (imaginaire) et de passage à l’acte en lieu et place d’une élaboration et un progrès commun sont aussi bien le conducteur, qu’un ou l’autre des participants, le groupe et l’outgroup (contraintes institutionnelles, marché etc.).

 

  • Le conducteur est une cible fantasmatique, imaginaire, inopérante pour binaire : bon ou mauvais conducteur. Prévoir deux conducteurs afin d’en laisser à moins un à chaque instant dégagé du fantasme et/ou des attaques. Trouver dans l’équipe un « second » dès le premier instant.
  • Responsabiliser chaque participant et non LE groupe qui est lui-même la cible, le déversoir ou la source des états d’âme de chacun. Régler les conflits en travaillant sur l’objet du projet et en sollicitant des engagements individuels quant à celui-ci seul.
  • Ouvrir au hors groupe (outgroup) qui est enfin la troisième cible fantasmée par chacun.

 

Fondements théoriques qui sont partagés en formation avancée :

Stratégies de base traditionnelles (source psychosociologie du XXème siècle)

 

L’idéalisation est une fuite dans les idées. Elle creuse l’écart avec le hors groupe, ne rentre pas dans le concret. Le groupe est au-dessus de son contexte et chacun tient à garder cette fierté. Un participant porte-rêve soutient cette démarche en particulier.

L’attaque-fuite (« la casse ») est une fuite dans l’espace. Un porte-voix prétexte ne pas trouver de place du fait du conducteur, du collaborateur, du groupe ou hors groupe et attaque par son absence, sa passivité ou des revendications le cadre.

Le consensus-fuite (« le couplage ») est une fuite dans le temps. Un porte-symptôme dit dans d’autres références comme la systémique « le patient désigné » ou le « bouc émissaire » concentre les espoirs puis les déçoit. Cela peut être aussi une attente dans une démission du conducteur ou une restructuration institutionnelle.

Entre guillemets les dénominations précises données à ces scénarii, en plus de celle directement intelligible de l’idéalisation, par le pionnier de l’analyse institutionnelle : Wilfred Bion lors de l’expérience inaugurale de Northfield, 1914-18

 

S’y ajoutent les :

Écueils modernes 

 

Nouvelles générations – des makers pressés d’agir rejoignent les détenteurs de pouvoirs traditionnels tout aussi « tranchés », dans une jouissance inconséquente.

Complexité de l’environnement VUCA – l’atomisation de l’idéal en fantasmes partiels apporte des solutions rapides et partielles ou une ultrasolution globale.

Clôture par l’idéal confronté à la formation avec lequel chacun repart et les « besoins » inassouvis qui pourraient faire l’objet d’un point individuel sur le projet personnel hors ce cadre collectif si le conducteur de projet est hiérarchique (et/ou prise de relais RH dans le cas de projets transverses où un RH est un co-conducteur de choix).

Lire La psychologie du collaboratif, du même auteur, pour approfondir ces fondements théoriques et approcher le traitement de cas réels.

 

Le GAP CO, groupe d’analyse de pratiques collaboratives

Pour faire du travail en groupe, l’objet de travail d’un groupe.

Cultiver le « vivre-ensemble », l’économie du partage, prendre soin des biens communs… Développer l’intelligence collective, l’innovation collaborative… Dans la cité comme dans l’entreprise, chacun appelle de ses vœux la coopération. Mais tout ça ne va pas de soi. Oui, parce qu’un groupe est propice à toutes les passions au fond, autant créatrices que destructrices.

Et c’est pour ça que, sur le fil de nos accompagnements et à l’écart des outils à la mode, Eva et André, nous aimons créer les Groupes d’Analyse de Pratiques Collaboratives. Pour faire du travail en groupe, l’objet de travail d’un groupe. C’est en duo, au féminin-masculin donc, et c’est vraiment précieux pour une écoute sensible des passions au cœur d’un groupe.

Bienvenue à ceux qui aiment diriger ou animer des équipes, former ou accompagner des groupes, en entreprise ou en réseau.

Groupe d’Analyse de Pratiques Collaboratives
André de Châteauvieux & Eva Matesanz

● Une psychologie du collaboratif

Quels sont les ressorts intimes des collectifs humains ? Qu’est-ce qui se trame au cœur d’un groupe ? Qu’est-ce qui se joue et se rejoue pour chacun ? Et pour celui qui anime ? Comment se libère ou s’enraye une dynamique de groupe ? Y a t-il un savoir-être ou faire ensemble ?

Ces questions-là sont l’objet premier d’un groupe de pratiques collaboratives. Oui, c’est son objet d’analyse, à partir des situations apportées par chacun et avec aussi tout ce qui se crée et s’empêche au sein de ce groupe-là.

● Un travail en groupe pour ceux qui animent des groupes

Le groupe d’analyse de pratiques est dédié à ceux qui dirigent ou animent des équipes, qui forment ou accompagnent des groupes, en entreprise ou en réseau. Il est ouvert aussi aux responsables des ressources humaines ou de l’innovation qui suscitent et facilitent les démarches de changement.

C’est un groupe où chacun s’engage dans un fil de séances régulières. Les séances sont animées en duo par André de Châteauvieux et Eva Matesanz ; au féminin-masculin donc, parce que cette coopération-là – originelle, élémentaire et duelle –, ne va pas non plus de soi.

● Quelques fondamentaux pour travailler ensemble

  • Le groupe est une scène propice à toutes les passions, autant créatrices que destructrices.
  • Chaque membre du groupe est pour l’autre l’objet de projections et d’identifications croisées, qui agissent en sourdine et qui influencent en profondeur les avancées, les indécisions et les créations du groupe.
  • Diriger une équipe, animer un groupe, c’est aussi pouvoir se placer en position de « conducteur », comme un « vecteur » sensible de ce qui se trame pour l’expliciter avec le groupe et en faire une ressource.

● Les modalités pratiques

Le module 1 a eu lieu : constituer le groupe est un fantasme personnel. Favoriser alors, plutôt que l’inclusion, l’impair pour le rendre réel.

Le module 2 vous plongera dans le groupe réel pour y déceler votre style contributif et votre « style » conducteur.

Le module 3 renforcera la « dyssimetrie » nécessaire à un travail de groupe dans la durée.

Le module 4, à la rentrée explorera la « co-animation » et le faire équipe pour animer en se laissant animer par le groupe en question.

La participation à chaque module est de 500 euros HT dans le milieu privilégié de la campagne de Sens. Bienvenue en module 2 les 22 mai et 9 juin.

 

Libre cours

Parce que là où il y avait la horde, en référence à la genèse freudienne de la civilisation (cf. La psychologie du collaboratif, Eva Matesanz, L’Harmattan 2017), ce n’est pas la meute, ou l’émeute, mais bien une forme de libre cours ensemble qui peut advenir. Formez vous in vivo.

Stage(s) de conduite de groupes accessible(s) à la rubrique événements

A l’issue du cursus 2017 – formateurs et consultants, coaches et managers, thérapeutes de famille et d’entreprise pour les parallèles professionnels qu’elle offre -, vous pourrez :

  • Cultiver votre style originel et singulier de la conduite de groupes
  • Travailler avec les jeux implicites et agissants d’un groupe constitué
  • Commencer à créer des thématiques et accompagner des groupes et des équipes, en travaillant vous-même en équipe qui agit, avec un, deux ou plus de partenaires en équipe institutionnelle aussi (coaches internes, consultants en mission, managers transversaux).

Pour déplier cette dernière visée, qui ne peut être qu’amorcée en ce cycle I, il existe un cycle II. Renseignez vous conscient de vos réalités d’accompagnateur expérimenté. Goûtez à un module pour mieux commencer à vous professionnaliser.

Un « en cours » et toujours un après, qui est d’être au plus près de chacun et des réalités :

Le travail de l’inconscient est naturel et la sensibilisation aux processus psychiques en groupe suivi est bien réelle (cf. Groupes Balint « le changement est considérable »)

Le travail de l’inconscient est naturel et se déplie en groupe analyse comme en psychanalyse dans le temps, dans une longueur de temps, puisque c’est le temps psychique qui installe le changement. Et ce sera toujours « au succès insuffisant » comme le décrit Freud. Et il s’agira d’accepter cela au fond.

André et moi-même nous offrons la possibilité de « travailler votre inconscient » selon vos possibilités et vos préférences : en éveil, en développement.

Nous avons nous mêmes bénéficié de cette progressivité, et nous sommes heureux de la partager à deux ce qui nous aide grandement à vous accompagner au plus juste. A accompagner les collectifs transformateurs c’est évident !

Parce que là où il y avait la horde, en référence à la genèse freudienne de la civilisation (Développé dans La psychologie du collaboratif, Eva Matesanz, L’Harmattan 2017), ce n’est pas la meute, ou l’émeute, mais bien une forme de libre cours ensemble qui peut advenir.

Bienvenue à vous.

Libre cours
Libre cours

Stage de conduite de groupe : se saisir des clés de soi

Les clés sont en soi. Le fantasme met chacun en mouvement, et nous rapproche pour créer, pour aimer. Nous sépare aussi. Les voies sont infinies.

Apprendre à conduire un groupe semble correspondre à apprendre à mieux se conduire, pour chaque participante à ce premier stage de conduite de groupes imaginé avec André. Oui. Nous ne faisons pas dans l’ingénierie pédagogique. Le fantasme est celui qui depuis l’origine de l’Humanité met chacun en mouvement, et nous rapproche pour créer, pour aimer. Nous sépare aussi. Pour ne jamais mourir à soi. Conduire éveillé.

– Moi je voudrais mieux prendre soin du groupe. Cesser de m’enfermer un programme de formation établi au préalable. Oser leur dire ce que je vis en présence de leur collectif en particulier. Ça je le dis. Aller plus loin. Oser leur demander ce qu’ils vivent… Sans les violenter.

Une des bases de notre propre conduite de groupes, avec André, est qu’une fois que le fil s’est tissé dans l’échange libre entre les membres du groupe, un seul d’entre eux prenne la parole longuement, pour aller jusqu’au bout de son propre fil invisible et incertain.

Dépasser les évidences et les certitudes pour atteindre la richesse d’une pensée et des sentiments dont l’authenticité, la singularité, poussent chacun de nous à une forme de censure sociale. A notre insu !

Dès notre petite enfance nous avons mis en place ce refoulement, un mécanisme de défense tout à fait sain, mais en même temps exacerbé par des expériences malheureuses, qui nous font craindre et même rechercher inconsciemment leur répétition.

Irène est formatrice. Elle se défend d’être coach. Elle accompagne des transitions professionnelles, en individuel et en collectif. Elle apporte des outils de transition. Elle sent qu’elle travaille à l’aveuglette s’il n’y a pas de partage sensible, si elle n’en crée pas les conditions. Et, pour l’instant, cela fait au moins dix ans qu’elle mène ses interventions sans que la part d’apprentissage sensible lui semble atteinte.

– Cela m’a sauté aux yeux lors d’une mission récente. C’était frappant ! Au sein d’une communauté de médecins, censés prendre soin des patients, qui n’étaient guère attentifs les uns aux autres, ni même chacun à soi.

Elle répète : – C’était frappant !

Cela nous frappe alors. Sans que nous sachions davantage de son vécu en résonance de cette situation professionnelle. André questionne le non-dit peut-être :

        Aurais-tu une autre scène qui te serait familière peut-être ?

        Souvent, sur la scène professionnelle je ressens un manque de protection… Mais je n’ai pas d’autre situation qui me revienne à l’instant.

        Et dans ta famille ? – j’insiste plus lourdement.

        Dans ma famille !? Non. Pas du tout. Tout est simple et nous faisons attention les uns aux autres… C’est juste que… Récemment… Tiens j’ai vécu quelque chose de proche… Pas tellement dans ma famille, car il s’agit du mariage de ma belle-fille, la fille de l’homme que j’ai épousée en secondes noces. Je suis sa deuxième épouse je veux dire. Elle a choisi un jeune homme d’origine chinoise, et c’est moi qui ai accueilli ses parents venus de Chine, avec toutes les cérémonies que cela implique dans leur culture… J’ai pris soin d’eux, à ne pas en douter, une semaine de rang. Et qu’est-ce que je me suis fait chier au rituel du thé, long, si long !

        Et qu’est-ce que tu faisais là-dedans ?

         ?!?

        Je veux dire que si je comprends bien il ne s’agit pas de ta fille. Et connaissant les pratiques culturelles des contrées asiatiques, sauf erreur de ma part, les parents du fiancé s’attendaient à être reçus par les parents de la fiancée. Pas par la nouvelle épouse du père, une inconnue alors pour eux.

        Toujours est-il que j’ai joué volontiers ce rôle peut-être faute d’un engagement à la hauteur de la part des parents naturels… – Et sans transition. – C’est fou ce que cette situation me semble proche de celles que je vis dans mon métier souvent ! Puis, ici, il m’est surprenant de vous déballer tout cet intime. Et je me demande ce que cela peut m’apprendre dans ma pratique professionnelle que de reconnaître ces penchants très personnels, de prise en charge, de place à prendre qui ne serait pas peut-être la mienne… !?! Et je vais m’arrêter là. Je ne souhaite pas aller plus loin pour l’instant.

Nous respectons ce souhait. La parole est à Myriam qui écoute Irène intéressée, qui l’avait encouragée à tirer son fil du soin, puisqu’elle est dans ce même souhait, mais qu’elel réalise surtout ne pas prendre soin d’elle-même dans ses animations.

Et ici encore elle se fustige :

        Moi c’est différent, je fais des erreurs techniques et ce n’est pas alors étonnant que tel ou tel participant, ou même dans la prétendue protection de mon groupe de supervision, je reçoive des reproches à longueur de temps.

Marthe prend la parole :

        Cela m’arrive souvent aussi de recevoir des reproches, mais aujourd’hui je regarde d’abord en moi si je me sens à propos ou pas. Ce n’est pas une norme extérieure ou même un collègue contradicteur lors de prestations collectives, celles où la cohérence de l’équipe intervenante est attendue,  – c’est la richesse et la diversité des options que nous personnifions qui a mon sens apportent -, ce ne sont pas ces vents contraires qui vont me faire vaciller. Aujourd’hui j’affirme ma différence. Et j’invite ceux qui m’entourent à la saisir comme une alternative parmi tant d’autres.

        Cela ne m’aide en rien ce que tu dis là !

Stupeur dans le groupe, tellement la saillie de Myriam est violente par rapport à une intervention discrète, comme elle-même, de la part de Marthe, et qui se voulait rassurante.

        Ce que tu fais je sais le faire ! N’empêche que mon vécu intérieur est celui de la colère !

Marthe reprend alors sans ciller le fil de son discours antérieur à cette rupture violente du lien, les standards attendus, les oppositions rencontrées, et elle y ajoute cette fois l’existence d’une colère intérieure, sur laquelle elle choisit, elle, de ne pas s’appesantir, de la laisser vivre en elle, de ne pas en rajouter à la difficulté extérieure, puis de s’apaiser d’elle-même d’avoir su faire les bons arbitrages, d’énoncer juste le nécessaire, et de faire progresser le projet, sans entamer son bien être ensemble.

Myriam trépigne intérieurement face à elle. Elle revit probablement les reproches dont elle parle par ailleurs.

André joue les fusibles entre les deux forces qui s’opposent autant qu’elles se retrouvent l’une dans l’autre :

        As-tu remarqué, Marthe, que tu es revenue sur du même alors que Myriam te disait ne pas pouvoir entendre tant de sagesse intérieure ?

Je ponctue :

        Ce n’est pas exactement la même chose. Marthe a reconnu la colère en elle.

        Oui. Mais c’est vrai que je me suis donné en exemple et cela je souhaiterais vraiment le laisser derrière moi. Etre davantage l’accompagnatrice des ressources de l’autre. Et là je vois bien que je prends toute la place et j’annule les dépliages possibles de l’autre qui se retire. OU qui me saute à la figure !

        Tu as voulu peut-être apporter une lueur d’espoir. Et d’ailleurs, Myriam reconnaît savoir faire ses arbitrages là. Elle souhaite déposer sa souffrance intérieure. Ne pas la confisquer comme ailleurs. Mais est-ce le lieu, comme le dit Irène ? Quelle est la place qu’elle prend dans ce groupe, qui es de formation lui-même à la conduite des groupes, si elle apporte l’irrésolu ?

        C’est ça, c’est ma place qui est tronquée. Mes parents se sont séparés lorsque j’avais dix ans et « ma garde » a été confié à mon père. A dix ans, je repassais, je rangeais, je cuisinais, je prenais soin d’un homme seul. Je suis restée l’enfant de ce temps dépassé, je crains !

        Tu es restée la femme, surtout, d’un homme qui n’était pas le tien… – André qui peinait à voir la femme, qui s’agaçait de la petite fille capricieuse face à Marthe, face à Irène, et face surtout à lui-même, l’homme de la situation actuelle, semble comprendre d’un trait.

        Quoi faire ?

        C’est ton histoire. Quoi faire d’autre que de te l’approprier, et comprendre que notre métier, notre accomplissement est teinté de nos apprentissages premiers, davantage que d’études supérieures, certifications et spécialités. Tu es celle qui prend soin…

        Et celle qui rêve de se faire aider tout en refusant toute aide et toute exemplarité ! Comme ici de la part de Marthe tu l’as refusée. Comme ici de la part d’Irène dévouée à des tiers, à des étrangers, tu as aimé imaginer.

        A dans quinze jour, Mesdames, pour vous retrouver à d’autres places, dans un temps toujours très personnel. Celui de vos dix ans ou celui de vos premières fiançailles par tiers interposés.

        Oui, mais pourrez-vous nous dire davantage sur comment, vous, vous conduisez un groupe comme ici au plus près de chacun !?

        Vous nous direz où vous en êtes, d’abord, et seulement après, nous répondrons à vos questions.

L’on aime tellement se trouver soi, que ces questions-là adressées à un tiers, passeront de séance en séance comme la vie passe, et chacun demeure. Et même si avec André nous répondons régulièrement, donnons quelques indications de nos repères, nul ne les écoute, chacun aime ou déteste et souvent les deux, l’autre qui est autre, et qui nous rappelle tellement nous-mêmes !

C’était la première saison d’une stage de conduite de groupes en groupe-analyse, où il s’agit avant tout de prendre les clés de soi, plutôt que de la machine performante de notre pratique…

A suivre

Et pensez à vous ! Roulez tout doux…

De l’idéalisation jusqu’à l’indigestion !

Et c’est à partir d’une rêverie éveillée, d’un fait intime d’animateur, peu professionnel, plus privé, que la voie de progrès prend forme : quitter l’idéalisation, toucher le fond.

L’idéalisation est généralement l’étape initiale de tout parcours de groupe. Chacun se retrouve comblé, comme dans une relation amoureuse, comme à la naissance d’un enfant, comme dans l´accomplissement d’un projet ou d’un marché, du simple fait d’être là, d’exister, d’être nouveau à nouveau. Puis, très vite, le groupe et surtout l’espoir qu’il représente, devient la priorité, les groupes d’avant décriés, ceux d’à côté, suspects, si ce n’est accusés de tous les maux endurés si seul, si peu, si médiocre en leur sein. Soudain.

Mais il se peut aussi, que le groupe pré-existe ou que certains se connaissent « d’avant » et/ou qui croient se connaître par affinités d’études, de métier ou de région, « d’un terrain partagé », que le, ou les nouveaux entrants, peinent à y trouver leur place. Que l’idéalisation soit vécue dans son versant exigeant, combatif, encore un temps, avant que la lune de miel soit pleine. Et le ciel dégagé de doutes qui alimentent l’idéalisation !

La plupart du temps, ce sont les conducteurs du groupe, qui sont adulés, idéalisés, qui détiennent la promesse de ces jours meilleurs, si les premiers jours sont durs, et à qui on remercie trop vite de la place qu’ils réservent à chacun.

Il se peut aussi que ce soit par la négative, par la détestation première mais comme un rite de passage à franchir, si l’appartenance est prescrite, par un parcours de certification, par l’entreprise, que cette idéalisation s’affiche. Elle ne sera pas moins idéalisation, fantasme plutôt que réel qui peut s’avérer bien plus détestable, bien moins idéal qu’un fantasme après tout profondément désiré… Chercher au dehors. Cela est. L’idéalisation.

Dans ce groupe, vieux de deux ans maintenant, l’idéalisation reste intacte. Les accords entre les participants et avec les conducteurs que nous sommes sont aussi imparfaits que les désaccords sont parfaits. De chaque chose on apprend. De chaque échange on sourit. A chaque absence, erreur ou oubli, nous faisons l’accueil est inconditionnel et la sortie par le haut. C’est une assez bonne famille et nous en sommes ravis.

Seulement voilà, à cette séance de rentrée, alors que je confectionne et que je dresse le sympathique et toujours bienvenu apéro que nous réservons à ce groupe en Afterwork, une rage nouvelle m’agite.

Je la balaye d’un mouvement d’auto-analyse devenu naturel en moi, d’un lien intime qui se fait dans un monde parallèle à l’actuel, celui de mon enfance, où je participais activement aux préparations d’agapes pour des invités qui m’étaient malvenus. Des parents ou des amis de mes parents, là où les enfants en lien de parenté ou d’amitié, en relation spontanée, étaient exclus, et c’était alors une dînette pour adultes que je servais. Ils demeuraient : faux dans leurs quant-à-soi, vrais dans leurs emportements, colériques ou joyeux, bruyants et écrasants pour l’enfant que j’étais.

Et une olive aux anchois dans ma bouche fondait qui m’aidait à me protéger, mettre du plaisir – de l’auto-érotisme selon le terme consacré à ce procédé infantile -, dans mon traumatisme, ou du moins dans l’indigestion psychique que le monde alentour imposait à ma construction inachevée.

J’oublie ma pensée et j’accueille le groupe avec André, un groupe qui, en cette rentrée, comme souvent après la parenthèse de l’été, se reforme, et alors, nouveau ou régressé ?

Ils se sont vus hors cadre : en juillet un déjeuner à deux, en août un pique nique au complet. Et chacun a demandé aux autres ce qu’ils se trouvaient ??? Et là ils nous demandent de concert qu’est-ce que nous leur trouvons, nous, animateurs jusque là si libérés, pour aimer continuer ce groupe idéal ??? La question est essentielle. Naturelle.  Je partage sans aucune orthodoxie peut être ma pensée préliminaire à la tenue de cette réunion :

– Cela aussi m’interpelle puisque vous êtes les seuls à qui je prépare autant de douceurs, et que je viens de réaliser qu’en mon enfance cela correspondait à une volonté de m’aider à traverser la violence en réunion.

– Serions-nous violents sans le savoir ?

Les hommes s’agitent et peut être même s’excitent de cette possibilité implicite, tout doux comme ils sont. Mais elle qui est femme de combat et de convictions, tel est le nom que l’on donne aux idéaux, semble s’y retrouver. Trop.

– Non. C’est que nous le sommes pas assez alors que ce serait souhaitable !

Je me reconnais aussitôt : – C’est en tout cas mon désir inconscient.

– Le nôtre probablement. Car combien de fois je me suis tue ! De mes mouvements profonds. Combien de fois je vois aussi chacun de vous se mettre un peu trop vite en retrait, laisser toute la place au groupe, se garder ses notes les plus intimes, craindre de moins résonner et davantage dissoner…

Les dissonances. Nous allons les amplifier et cela peut donner des chambres d’écho à nos dissonances internes, aux mondes qui nous perdent. Et c’est à partir d’une rêverie éveillée, d’un fait intime d’animateur, peu professionnel, plus privé, que la voie de progrès prend forme et que la forme touche le fond.

C’est peut être le début de la fin de la violence sociale, la fin des seuls idéaux en partage, le début d’une vie simple, ensemble, au naturel d’abord. Nous avons chacun en nous déjà trouvé les équilibres qui sont dans notre monde global des dérèglements. Même s’ils peuvent être surprenants et ils le seront… Oser alors enfin le dedans dehors !

La casse

Elle retrouve le groupe de ses pairs professionnels après les vacances. Elle a bien réfléchi tout cet été et elle souhaite quitter le groupe le jour-même. Elle n’est venue que pour ça d’ailleurs : quitter le groupe, le dire, et le quitter. Ne plus assister aux échéances prochaines.

– As-tu peur que nous tentions de te convaincre de rester ? – Je lui dis sans plus attendre, face à sa détermination de tout début de séance. Sans confrontation possible. Sans autre matrice que sa pensée en boucle intime.

– Oui. Très peur. C’est pour cela que j’ai retourné ma décision dans tous les sens. – En boucle intime… – Et que je suis sûre que c’est de bon sens : j’ai une baisse d’activité bien réelle, je perds mon donneur d’ordre premier, et je ne peux pas me financer un accompagnement qui viendrait grever une situation matérielle bien précaire. C’est comme pour Laurent d’ailleurs… Seulement, moi, je suis venue vous le dire.

Laurent a quitté le groupe quelques mois plus tôt. Sa structure d’associés rencontrait des difficultés financières, des fautes de gestion difficiles à corriger autrement que par l’apport de nouveaux fonds les acculaient à la recherche d’un repreneur capitaliste, avant toute autre réorientation stratégique ou de management. Cette recherche s’est avérée difficile, elle a duré et dure encore, avec de l’espoir et des déceptions, souvent.

Laurent, lui-même, indépendamment de cette crise avérée, hésitait depuis le temps de son accompagnement en ce groupe analyste à prendre son indépendance. Cette formation de consultants seniors lui avait permis de quitter le salariat pour le partenariat, d’avoir accès direct à un marché et de développer ses propres compétences sans trop de risque.

Laurent, minoritaire dans le capital et dans le rapport de forces qui dirigent l’entreprise, disait quelques mois auparavant être conscient et mécontent des dispositions financières. Il avait paradoxalement renforcé son investissement moral lors de ces difficultés qui rendaient manifestes les mauvais choix. Il a fait de même dans son groupe de pairs, et, en tant que conducteurs, nous lui avons accordé des facilités de paiement pour alléger une trésorerie qui de flux, devenait réserve.

Il a dû être « mais content » de ce que le travail en groupe disposait sur son compte personnel… Entièrement mobilisé, de ses affects et de ses pensées, sur la conduite du changement professionnel qui s’offrait à tous à travers l’un. Le groupe ne savait pas, Laurent ne le voulait pas, que nous deux, animateurs, payions de nos personnes au propre comme au figuré.

Il a dû être « un satisfait » de ces bonnes conditions et qu’il ne lui reste qu’à prendre ses responsabilités, car c’est à la limite de la veille de la toute première séance où il règlerait son dû pour commencer à recevoir enfin, qu’il a annulé sa venue, et qu’il s’est fait excuser d’un long mail au groupe, un testament, un enterrement de la vie de garçon qu’il commençait peut-être d’être.

Cette perte, cette fuite, selon le scénario de base établi par Bion lorsque le groupe est poussé à se figer par l’un des leurs – l’idéalisation et le couplage sont les deux autres scénarios de sabotage, menés à plusieurs, a laissé derrière elle les traces gravées de reproches sensés à notre humanité de conducteurs, et a affaibli les défenses aidantes, pour résiliantes, mais surtout reliantes de ses pairs. Chacun s’est identifié à cette part de lui qui se déprime, plutôt qu’elle ne se dépasse, des parts des autres qui s’y ajoutent, plutôt qu’elle ne se combattent.

À la séance suivante de celle de l’absence de Laurent, Sophie a fait part de ses propres difficultés d’indépendante, Kimberley avait évoqué avant l’été la possible perte de son principal client entreprise. Louis arrêtera le groupe, nous a-t-il confié, à la fin de l’année. Puisque cela fait déjà trois ans… Il est temps. La fuite.

Et là, alors que le processus d’intégration de l’attaque-fuite, c’est le nom complet de ce scénario, la « casse » pour Lacan, c’est Kimberley qui s’avance sur le ponton du bateau et qui monte sur la planche de bois à l’aplomb des flots en cette séance étouffante de rentrée et de plein été, indien. La sueur perle sur nos fronts. Le froid qu’elle jette est aussi lourd et tranché qu’un rideau de pluie glacée en pleine mer.

Nous avons nos références de conducteurs : un groupe profondément transformateur de ses membres risque de les voir s’en éloigner pour cesser la transformation qui s’opère en chacun d’eux, là où en accompagnement individuel ils pensent pouvoir résister plus aisément au corps à corps avec le seul accompagnateur. Le groupe quand il prend, il est un vaisseau de plus, sanguin. dans les cœurs de chacun.

Que faire pour animer autre chose qu’une ronde mortuaire ? Notre commandement reprend sur un fil, le fil encore vivant qui nous relie.

– Tu peux partir si tu le désires. Mais laisse-nous aller au delà du « bon » sens en cette séance. Pourrais-tu revenir sur ce qui t’anime, plutôt que sur ce qui t’achève ? Et trouver, peut être, le sens caché que tu donnes à ton geste. – C’est André qui s’avance en premier.

– Car ce n’est pas une ou plusieurs séances que tu annules, mais tu casses le contrat qui nous lie tous ensemble, et dont Laurent a démontré la fragilité. Et oui, c’est un contrat moral. Un contrat d’amour, d’engagement réciproque, et non un mandat de détention comme peut l’être celui des parents sur leurs enfants.
Chacun s’engage pour l’année et annonce et accompagne son départ comme Louis l’a fait. Mais nous n’attiserons pas ta peur d’être retenue contre ton gré. Laisse nous simplement te dire ce que nous n’avons pas pu te dire jusqu’ici de peur que tu ne te brises, et c’est cela peut être ton manque… Tu réveillais notre part de fragilité en femme sensible et souriante.

Ce groupe n’aurait-il pas répondu à son désir de répétition inconsciente ? Cassée par la mère, réparée en douce par instants du père horloger, avec lequel passer du temps ensemble était un secret à deux, et le cœur de la petite fille devenu trotteuse qui ne saurait plus si courir ou s’accrocher…?

– Oui. Je suis curieuse de ce que vous pourriez me dire !

Le charme d’André, la libido reprend, mais aussi peut être une envie de violence à nouveau. Non. Elle poursuit son élaboration. Elle se cherche, elle se trouve elle-même pour s’offrir au groupe au plus avancé de son développement personnel. Et faire peut être progresser l’ensemble autant que l’ensemble lui évite une régression infantile certaine.

– J’ai bien retenu que moi-même je ne retiens pas suffisamment ce que je me dis en votre présence, ni ce que vous me dites, et qui me fragilise un instant, et vous n’insistez pas, afin que je puisse y revenir de séance en séance, mais je ne le fais pas ! Je ne fais aucun lien entre les séances. Je ne fais pas plus de lien avec vous autre que ceux d’avec mes parents. Car là, enfin, je me souviens que la dernière fois, et plusieurs fois auparavant, j’ai parlé de ma mère, insatisfaite de moi, quoi que je fasse, qui que je sois, toujours prête à tout mettre en l’air, ou alors c’est elle, qui se met en l’air, et moi je ne rentre pas dans son jeu, une énigme pour moi ; j’ai parlé aussi de mon père, complice et en même temps si lointain, si inconnu de moi. Alors savoir, oui, savoir c’est ce que je veux ! Et en même temps je sais tout déjà !

– C’est ce que tu reproches le plus ici – c’est Louis qui relève le gant de la dame -, ne rien apprendre en termes d’abstraction des rapports humains. De la théorie, là où, ici, les gestes sont vivants, et qu’ils se complètent d’indications de lectures, tout aussi complexes pour vivantes, dont moi j’ai tiré le plein profit, à les saisir au vol, d’un geste encore subtil plutôt que d’une question qui m’arrange. Tu incorpores mieux que moi, je me dis, et pourtant tu t’empêches d’en jouir. Et c’est ce que tu m’as apporté et s’il s’agit de te le dire aujourd’hui je te le dis : tu es une femme qui danse seule. Qui ne me demande rien à moi, cavalier. Et cela me fait grand bien.

Il n’y a pas besoin de plus. Le père s’est exprimé. La mère a été satisfaite de tout et de son contraire. Et Louis, qui n’est ni le père ni la mère de Kimberley, Louis ajoute en pair : – tu sais, si tu as des disponibilités, moi j’ai des marchés vacants. Si tu veux en prendre un, peut être pourras tu te rassurer et payer les séances restantes, et reprendre surtout ton rythme et tes mouvements les plus libres sans que cette entreprise en particulier ne soit celle qui te « remonte », comme une pendule, comme le naufrage qui te hante.

– Oui. Pose toi la question de qui tu es sans l’angoisse de cet abandon ? – c’est mon apport.

– Et pense aussi à ton propre abandon de ce groupe. Tu n’as pas le droit et je t’en défends. Je ne jouerais pas mon rôle si je te laissais faire comme cela a été envisagé de prime abord.

Le père a confronté. La mère est plus que jamais présente. Et les conducteurs du groupe et du changement de chacun se saisissent pleinement de leur rôle.

– Quel retournement ! Je ne pense plus qu’à poursuivre. Et à me faire accompagner de vous plus que jamais dans ce que seront de nouveaux engagements. Comme ici, engagée, c’est plus facile qu’en danger permanent.

À notre séance d’octobre alors. Au complet. Et chacun manquants, mais sans rien manquer des heures bleues. De l’aube d’un avènement à soi la matrice du groupe aidant.

**

Un groupe est un lieu de complot inconscient pour une évasion collective orchestrée en question de quelque temps. Alors quand cela crie au vol, regardez si, plutôt, chacun réussit si bien son désir que l’angoisse lui reprend. L’attaque-fuite, figure de base du groupe pour Bion. La casse pour Lacan. Là où il prônait la passe, le passage à un autre état que celui qui nous enfanta. Beaucoup d’analysants cessent leur analyse au point où ils ont tout compris et qu’il ne souhaitent plus rien savoir. Alors que c’est à plus rien y comprendre et à vivre de plus léger abord, que l’on se rapproche de sa vérité béante.

Kim, dont le papa est horloger-bijoutier, nous aide à sertir des pierres précieuses, de touches sensibles, ce parcours de pairs en humanité, et nous nous retrouvons. Elle a rendez-vous avec la mère. Mais pas en sautant par dessus bord… Au bonheur des dames. À suivre certainement.

C’est la rentrée ! Et le stage de conduite de groupes vous plaît !

Cette coach-là, je ne sais pas si elle a Free mais elle l’est et elle a tout compris !

❝ J’ai lu ta proposition relative à une formation de 2 jours sur l’accompagnement collectif. Je souhaitais en savoir un peu plus car elle peut m’intéresser.
En effet, j’anime beaucoup de groupes, de nature diverse, et je souhaiterais mieux explorer ce qui se joue entre l’animateur et son groupe (et moins le côté dynamique dans le groupe). Crois-tu que ta proposition y réponde ? ❞

Oui, cette coach elle voudrait bien venir au stage de conduite de groupe en duo avec Eva. Et ce ne sera pas dans la Simca alors je lui raconte un peu les coulisses :

❝ Cet atelier-là on a aussi imaginé avec Eva l’intituler « Regardez-vous quand vous accompagnez un groupe ».
Oui, pour mettre l’accent sur ce que les psys appellent le « contre-transfert » de l’analyste face au patient. Et ici élargir ce regard sur soi quand nous sommes en présence d’un collectif et au plus près de ce qui se noue en nous (ou « se joue »), de ce qui nous accroche avec le groupe et chaque participant, plus ou moins (sans forcément attendre la séance supervision pour analyser ça).

Nous vivrons tout cela en présence pendant ces deux journées et avec l’inter-séance aussi pour que chacun décante, se « regarde » encore et nomme aussi dans l’après-coup si c’est plus facile.
La « dynamique de groupe » (les « passions dominantes » pour nous) s’ajoute à cela et nous l’analyserons en même temps, en groupe, entre accompagnants.
Et tu es la bienvenue alors si tu aimes. ❞

Et vous aussi, si vous aimez vraiment accompagner. Dernières places sur des starting-blocks  au soleil et au vert. Dans notre Atelier de Sens, à 1 heure de Paris Bercy par le train. Transfert en Simca de la gare en campagne assuré. Modalités pratiques en lien.

 

Illustration comme souvent de Kate Parker Photography