Le transfert en coaching ou l’approche psychodynamique de toute forme d’accompagnement humain, individuel et collectif

Longue vie à la promotion 9 du Diplôme Universitaire Executive Coaching de Paris Cergy auprès de laquelle j’ai mené l’enseignement ici résumé d’une approche psychodynamique incontournable.

Psychogėnèse du transfert d’affect,
génèse des transferts d’affects

« Le bébé, tel que Kohut le voit, est un être fort – jamais faible – qui naît dans une matrice psychologique d’objets-soi qui répondent aux besoins. Il existe simultanément à l’intérieur et à l’extérieur des objets-soi, tout comme l’oxygène qu’il respire existe simultanément à l’intérieur et à l’extérieur de son corps. Réfléchi dans les objets-soi (effet de miroir), capable de fusionner avec leur sérénité et avec leur puissance (idéalisation), ressentant la présence silencieuse de leur similitude (gémellité), le bébé est fort, sain et vigoureux. »

Reflets en miroir, facteur thérapeutique en groupe analyse, Malcolm Pines, psychanalyste de la Tavistock Clinic, présidentde l’Association Internationale de Psychothérapie de Groupe, 1983

Et le petit d’homme croît et la séparation s’organise entre le dedans et le dehors, entre le mauvais et le bon. Il devient « le sujet divisé » dont il nie la division, bien enfouie dans l’inconscient mais qui lui revient par en dessous et bien au-dessus de lui, dans ses rapports avec autrui.

La petite d’homme grandit aussi. Mais elle crie de tout son corps, de tout l’amour qui la traverse, le conflit qui l’habite. L’« hystérie » féminine a éclairé notre inconscient.

« Une femme possède deux images d’elle-même. Il y a la personne magique perçue ou rappelée par ceux qui l’aiment et dont les qualités suprêmes sont la chair et l’esprit éclairé. Elle connaît elle-même ce soit idéal ; elle le projette tant qu’elle reste confiante en elle-même ; ou elle le produit dans ses rêveries ; ou encore elle le perçoit avec reconnaissance dans le regard admiratif des autres.

Il existe en même temps une seconde image ; la femme telle qu’elle est perçue par ceux qui n’ont pas d’amour pour elle ou la craignent. Cette image cruelle trouve un miroir d’une puissance extrême dans sa propre idée négative d’elle-même. C’est avec crainte qu’elle voit ses propres pulsions ravageuses et, ce qui est encore plus pénible, une image disgracieuse, monstrueuse et indigne de tout amour sur son soi physique.

Tel était le miroir que ses parents avaient tendu devant Edith. Ses frères la voyaient avec amour. Quant à elle, elle connaissait les deux images. Sa vie et sa poésie constituaient une fuite devant la seconde. »

Extrait par Malcom Pines dans l’article cité précédemment qui est recueilli dans le no. 41 de la revue psychosociologie parue dans la collection Connexions EPI de « Edith Sitwell, une biographie » par Victoria Glendinning, Weidenfield and Nicholson, Londres 1981, p. 35

L’accompagnement, un processus de transferts successifs d’affects depuis l’angoisse jusqu’aux émotions

Le transfert narcissique dans un premier temps, un transfert de l’expérience la plus précoce de l’enfant ; un transfert de dépression comme transition vers un transfert dit « névrotique », de véritable mise en relation de deux personnalités structurées, différemment. En 4 étapes, cela donne un processus type comme suit, avec des itérations possibles sur le temps long.

1ère étape : nouer le transfert

L’accompagné transfère dans la relation d’accompagnement son mode relationnel habituel qui est basé sur son expérience de la vie et de la relation, depuis qu’il existe. Pour la part qu’il ne connaît pas, celle de la prime enfance, c’est un fantasme qu’il garde enfoui mais c’est un fantasme universel dont il perçoit mal comme il s’applique aussi à lui. Les nouveaux nés, tous les nouveaux nés, sont sur une position psychique squizo-paranoïde : ils séparent, comme cela les arrange, les images de leurs vécus multiples entre ce qui est de l’ordre du bon et qui est de l’ordre du mauvais. Ils ont des besoins et ils éprouvent autour d’eux une tension qui les stimule, une excitation qui est pulsion de vie, et un manque qui les abat, qui les fait percevoir le danger de mort imminente.

Dans leur représentation, purement imaginaire, ils dissocient des attaques et une vaillance. Les attaques correspondent à une issue paranoïde, qui isole le danger. La vaillance produit le narcissisme primaire. À partir de deux mois de vie la présence extérieure de la mère se fait enfin clairement sentir.

De deux mois à huit mois, l’âge où ils expriment pour la toute première fois leur angoisse de séparation, les nourrissons prennent pour objet la mère : les attaques et l’effort de soutien sont tous les deux « externalisés ». La mère qui n’est pas un objet psychique mais un sujet à son tour reçoit de l’enfant lui-même des attaques et des satisfactions. La relation est née et avec elle le quiproquo.

L’amour de la mère lui permet de faire un effort. De dépasser les inévitables des-accordages.

L’enfant lui-même, en grandissant, parvient à contrecarrer l’angoisse par d’autres moyens que son imaginaire tout-puissant. L’enfant joueur de un an à deux ans peut commencer à se représenter dans la manipulation d’objets extérieurs la disparition et la réapparition, la destruction et la reconstruction. Cet enfant peut prendre une part active dans le soutien d’une mère défaillante. L’amour lui est aussi possible, l’amour de lui, l’amour de la vie, l’amour de l’autre. Il garde en lui les traces d’une agressivité qu’il a pu exercer : soit avec la mère, soit avec les objets, soit au moins dans son imaginaire ce qui est notre privilège d’humains. Cette agressivité est intimement liée à l’angoisse de cette période, à l’insécurité nécessaire pour trouver le chemin de la dépendance qui nous est naturelle à l’indépendance, à l’individuation et à la subjectivité qui nous est tout autant naturelle, qui font notre humanité. L’accompagnateur reçoit, aussi et souvent, dans un premier temps, le transfert des restes affectifs de cette expérience précoce. Ainsi, le transfert initial peut être très positif parce qu’idéalisé, empreint d’un imaginaire très infantile, ou, de plus en plus souvent, dans les cas d’un accompagnement par prescription, un transfert négatif, celui d’une grande déception, d’une profonde colère contre soi-même avant tout.

Nous nous en voulons, sans le savoir, de cette agressivité que nous avons dû déployer quoi qu’il arrive, pour suppléer au maternel, pour nous séparer de ses bienfaits. Dans les deux cas, l’agressivité est nécessaire. Lorsqu’elle est transféré dans la relation aux autres et dans la relation d’accompagnement elle prend des formes sauvages puisqu’elle date d’un temps qui ne contient pas de traces verbales. L’agressivité est impensable, indicible et pourtant très présente.

Si la rencontre est désirante aussi bien l’accompagné que l’accompagnateur vont pouvoir mettre de côté leur narcissisme et leurs projections pour se parler, peu à peu, en faisant confiance au temps qu’ils s’accordent dans le cadre d’un accompagnement processuel, transformateur.

2ème temps : la rectification subjective

Lorsque le transfert s’installe, il prend ainsi d’abord une dimension essentiellement imaginaire qui touche davantage au personnage qu’incarne le thérapeute que à ce qui se met en scène dans la cure, à une capacité d’observation et de réflexion sereine en somme. Il est nécessaire de veiller à installer le contre-transfert sans qu’il soit une réponse massive au transfert de l’accompagné : l’accompagnateur se trouverait sous différentes formes d’emprise.

Il est nécessaire de greffer un savoir-faire d’accompagnateur, une réminiscence d’assez bonne mère, ni parfaite, pour permettre à l’autre de vivre son agressivité de la déplier, ni absente ou défaillante pour lui permettre de vivre aussi ses difficultés avec la confiance d’un soutien. Il n’y aura pas de réponse totale ni à la demande explicite, à l’objet de l’accompagnement, ni à la demande affective qui le sous-tend. Le transfert d’affects dans la relation a son propre objectif : rentrer dans une boucle relationnelle qui empêche le changement. Transfert et demande doivent rester séparés pour échapper à la fois à la toute-puissance et à l’impuissance. S’ils se superposent c’est une transformation impossible qui s’avance. La demande reste toujours du côté de l’accompagné, c’est la garantie de son existence en tant que sujet désirant. Le poids que le transfert donne à l’analyste lui sert à obtenir tout naturellement de l’accompagné qu’il redresse et qu’il assouplisse par la même occasion les jugements erronés qu’il porte sur lui-même ou sur l’analyste et qu’il renonce à la jouissance morbide, le reste d’une période périmée, qu’il entretient . Ce travail est un véritable sevrage qui impose au sujet de sortir de l’excitation sadomasochiste de ces premiers temps. D’une hyperactivité qui lutte contre la dépression nécessaire au lâcher prise de tout un imaginaire qui se réalise dans la relation.

3ème temps : la dépression de transfert

Lorsqu’il accepte de faire face à son angoisse, la réaction du sujet est une dépression qui le fait passer sur un plan différent et d’une manière originale par rapport à ce qu’il a pu vivre antérieurement lors d’épisodes d’épuisement et de suractivité. Le passage par la dépression de transfert est l’itinéraire le plus sûr, c’est celui du développement du nourrisson vers l’enfant, de l’enfant vers l’adolescent, d l’adolescent vers l’adulte. C’est un deuil qui a pu être une panne avec les autres sujets de l’environnement qui l’a vu grandir. Si le processus est maintenu, voire prolongé si davantage de temps est nécessaire et c’est la plupart du temps, que l’accompagnateur garde un désir d’accompagner cette personne sans la surprotéger ni la sur solliciter, il peut y avoir en effet une sortie de route ou une panne qu’on va pouvoir adresser. Attention aux arrêts maladie qu’il s’agit d’accompagner.

« C’est une expérience intense de travail psychique, un moment délicat au cours duquel le sujet doit pouvoir s’appuyer sur l’aide de son thérapeute pour élaborer les représentations qui lui permettront d’intégrer la violence des pulsions sadiques et masochique qui caractérisent la vie pré-oedipienne . » Olivier Bouvet de la Maisoneuve en Séminaire Psychanalytique du 21 juin 2019

La violence adressée à la mère est tempérée par la projection de cette figure sur l’analyste simple réceptacle du transfert imaginaire, tout en accueil et contenance. Son transfert à lui c’est cette construction qu’est l’amour, qu’est le savoir relatif et non tout-puissant.

4eme étape : le retour à l’équilibre névrotique, à une personnalité adulte structurée

L’efficacité de la réparation permet de sortir progressivement de la dimension imaginaire qui prévaut au départ pour introduire les deux autres dimensions de la vie humaine que sont le sens des réalités et le sens du symbole. L’accompagnateur peut trouver pleinement son rôle ; il n’est plus réduit à un support de projection. Un échange peut avoir lieu autour de ce qui fait l’objet de l’accompagnement, depuis les personnalités respectives des participants. Des scénarii de plainte plus précise, de colère motivée et de séduction reconnaissable parmi les arguties humaines vont pouvoir tourner et c’est dans un processus quaternaire et non triangulaire (bourreau, victime, sauveur) – le triangle reste fixé à l’Œdipe, au groupe d’origine – qu’ils vont pouvoir évoluer. La quatrième position est celle de l’effet de vérité (insight).

Le champ transférentiel

La vie sociale plonge chacun de nous dans des groupes dits secondaires pour les distinguer du groupe primaire qu’est la famille. Dans ces groupes il est un réseau d’identifications latérales. Les membres qui les composent peuvent aspirer à nouveau à un idéal qui peut être incarné par un leader ou bien attribué à l’intelligence collective de nos jours.

Le groupe va vivre dans ses échanges l’acceptation d’une dés-idéalisation et l’acceptation des différences qui les composent. Un « pacte dénégatif » en référence au terme employé par René Kaes, va s’employer dans un premier temps à nier leurs différences et les limites de leurs idéaux. Ce pacte permet la cohésion du groupe mais il fige son évolution et surtout sa production. Des effets de vérité vont surgir dans les rapports autres que la violence encore une fois et la séduction mutuelle, les deux formes du blocage d’un groupe, dans la complaisance et la fusion et l’adoration du ou des leaders ou dans l’opposition au contraire, et la destruction d’au moins l’un des membres, le bouc émissaire, ou du groupe entier sacrificiel.

Les groupes contenus dans une institution, ou encore mieux, dans un écosystème, permettent aux participants de vivre des appartenances multiples (métier, grade, statut, etc) et d’expérimenter directement les limites de leurs idéaux, la diversité des réalités et le caractère symbolique de leurs contributions. De leur impuissance individuelle naît un transfert vertueux d’affects et de parole échangée en continu et en action.

Le coaching d’équipe ou d’organisation permet à une équipe intervenante et même à une institution dans le cas d’un organisme de formation d’offrir des échanges nouveaux qui peuvent être d’abord sauvages et projectifs, plus ou moins explicités sous des contraintes techniques et sociales (modèle d’intervention, soumission des apprenants). Qui peuvent permettre ensuite, dans une reconnaissance sincère des difficultés, aussi bien matérielles qu’affectives, de venir à reconnaître ses propres difficultés et les adresser enfin. L’identification avancée ne fait pas une identité. Le transfert n’est pas direct. Comme à titre individuel, chacun peut se réattribuer ce qu’il cherchait à éviter : sa vérité disgracieuse, ou plutôt, belle de sa nudité. Sans les attributs et les honneurs.

Un écosystème vertueux forme une matrice psychologique d’objets-soi qui n’appartiennent à personne et c’est tant mieux. La vie y est forte, saine et pleine de vigueur.

Longue vie à la promotion 9 du Diplôme Universitaire Executive Coaching de Paris Cergy auprès de laquelle j’ai mené l’enseignement ici résumé d’une approche psychodynamique incontournable.

Transfert réussi

Plus aucun professionnel de la relation, et à fortiori de la relation d’aide (coach, consultant, thérapeute, manager) ne peut l’ignorer : c’est le transfert qui agit inconsciemment, qui touche à la souffrance et au désir, plus jamais ignorés en entreprise.

– Le transfert d’affects anciens sur la personne de l’accompagnateur par l’accompagné.

– Le transfert d’affects de l’accompagnateur sur l’accompagné aussi, et surtout !

C’est le mal nommé contre-transfert, puisque contrairement à ce que ce nom composé pourrait donner à penser, le contre-transfert n’est pas une réaction au transfert de l’accompagné, mais bel et bien notre façon singulière de l’accueillir.

Le contre-transfert de l’accompagnateur précède le transfert de l’accompagné. Et il est pré-determiné par la structure psychique de l’accompagnateur, qu’il se doit de connaître, puis, par la connaissance de sa « folie » privée : de sa névrose en fond, de ses points de psychose aussi.

Le transfert de l’accompagné parle aussi de ses risques pathologiques. Lorsqu’il n’existe pas c’est purement la psychose, ou le transfert blanc des états limites, pour résumer aussi ces cas impossibles d’accompagner, incapables de changement, d’assouplissement. Le transfert précède la décision d’accompagner ou pas. Ou de comment accompagner, après un diagnostic différentiel possible en trois ou quatre séances.

C’est alors un voyage d’approche du coaching, du management, de la thérapie, par la clinique psychanalytique que nous aimons vous proposer, Roland Brunner et moi-même, dans le cadre du Diplôme Universitaire Executive Coaching pour Dirigeants de Cergy Pontoise, mais aussi sur inscription libre, en petit groupe réuni au Cabinet de Roland, juxtant la Seine et Notre Dame de Paris.

Plusieurs promotions déjà, depuis cinq ans de collaboration entre nous, et une méthodologie bien assise : deux journées de formation et de supervision combinées avec une petite semaine de maturation entre les deux. De lecture des ouvrages de Roland, passionnants, pour les plus avisés.

Le programme le voici :

les 29 janvier et 4 février, à Paris Notre Dame, Cabinet de Roland Brunner

Formation et supervision des pathologies ordinaires, discernement des cas graves voire dangereux, discernement des affres de son propre contre-transfert… Tout un programme non ? Nous prenons les inscriptions via la rubrique Contact. Places très limitées. Vraiment. L’étude de cas est prioritaire. Et accompagner ensemble.

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Mettez au moins un(e) vrai(e) paresseu(se) émotionnel(le) dans vos groupes d’intelligence collective

Comment participer à l’intelligence collective lorsque règne la paresse émotionnelle dans nos environnements post-modernes, business et réseaux ?

Nous l’avons tous vécu. Cette situation. Ce chef qui vous demande vos idées et qui ne se laisse pas toucher par elles. Ce consultant qui vient recueillir vos réactions spontanées sur un questionnaire tout prêt, qui bien sûr ne recueille en rien la tessiture de votre voix, ni vos hésitations ni vos convictions tout aussi fortes. Cet animateur de groupe, thérapeutique ou créatif peu importe – se réunir est d’être un peu moins des êtres de manque et de toute-puissance – qui, de par son protocole bien huilé, « codev » ou tout autre, empêche tout débordement, favorise « l’avancement ». Ou l’idée qu’on avance. Mais est-ce que le sentiment, pour chacune, pour chacun, en est aussi immense ?

Nous avons tous côtoyé aussi, dans le groupe, immergés, le participant qui organise, ordonne, replace, réintègre, reformule, ouvre, limite, consolide, restitue, et s’approprie ainsi tout ce qui aurait pu être un élan, une retenue, une tentative, une confusion, du saugrenu, de l’évidence, une insulte, la séduction, une planque, l’attaque, ou même une souffrance. Nous avons tous vécu aussi auprès de celui qui ne participe pas en apparence. Son silence pourtant en dit long sur ce qui manque au groupe lorsqu’il se complaît à être un groupe plutôt qu’une rencontre. Celui soi disant plein d’idées, qui les balance. Comme des crachats, des flatulences ? Celui qui est d’accord avec tout. Celles ou ceux qui s’entendent si bien qu’ils se prennent le bec comme s’ils étaient tous seuls et que leur création était attendue comme une mise au monde.

Je pourrais continuer. Les paresseux émotionnels sont nombreux lorsqu’on fait appel à leur intelligence ensemble. Et moi qui les regarde et qui les écrit je suis bien paresseuse de ne pas regarder et écrire entre les lignes ce qui dort, l’étincelle qui se noie, dans ces comportements. L’étincelle qui est là. Par moments. Difficile de se dérober à la vie vivante tant qu’on l’est. Vivant.

Elle est venue faire l’expérience d’un groupe d’innovation dans le métier du Conseil sur des bases d’analyse des élans transférentiels qui se manifestent par moments entre les accompagnés. Puisque ce groupe se compose de sujets, il n’est pas groupe d’aliénés au groupe, et qu’il est animé par un duo d’analystes Balint, ou Anzieu et Kaes si nous restons hexagonaux. Les groupes de médecins animés par Michael Balint ont laissé leur nom à la postérité pour marquer tout ce qui se désintéresse des contenus échanges – une erreur de diagnostic, un patient amoureux, ou bien mort, par négligence ou de mort naturelle, ces contenus ont peu d’intelligence à révéler -, pour s’intéresser plutôt aux affects échangés : Qui est ce mort pour le praticien ? De quelle rage ou de quel soulagement veut-il parler ? Quel est l’amant éperdu jadis éconduit qui, en la personne de ce patient, revient ? Quelle est l’épreuve passée et ratée que le serment d’Hippocrate pourrait donner l’illusion de pouvoir combattre à jamais ?

Toutes ces expériences personnelles passées passent aussi dans l’identité professionnelle, passent surtout dans la vocation et dans le métier. Et « reprendre l’ouvrage cent fois s’il le faut » comme le disait Freud.

Et ces consultants face à elle parlent trop de l’attention qu’ils y portent, de la sensibilité qu’ils y mettent, du besoin les uns des autres, des différences entre eux, et aussi de tout ce qu’ils acceptent sans conteste comme étant sans aucun doute partagé mais qu’ils n’arrivent pas encore personnellement à contacter. La confiance dans l’autre, le transfert d’un affect chargé à blanc le temps du retour du refoulé, un temps psychique propre à chacun, leur suffit pour rester en lien. Comme pour vous peut être qui me lisez tout ceci est d’une trop inquiétante étrangeté.

Ce n’est donc pas par paresse émotionnelle que cette jeune femme se retirera du groupe. Elle aurait pu tenter de nous convaincre, nous combattre ou nous amadouer. Se saisir de sa collègue puisqu’elle avait choisi de ne pas venir seule. A deux il y avait de quoi trouver la parade paresseuse qui aurait rendu intelligentes nos productions, partageables, porteuses peut être même dans ce métier qui se cherche.

C’est parce qu’elle est à fleur de peau.

 » Je vous avais dit, bien avant l’événement, que je ne mélangerais pas mes ressentis personnels à des échanges entre pros. Je vous souhaite le meilleur. Belles continuations. »

Tu nous reviendras un jour peut être Manon.

Note clinique : toute défense, haute comme l’Everest, est un désir qui monte, escalade les sommets.

Université d’été du coaching clinique psychanalytique : étude de cas

5 sur 5 sessions d’Université d’été ont précédé ce post. Ce post qui est, lui, récit de fil de séances d’un coaching effectué par mes soins il y a quelques années, et que je présente en septembre au Cercle National du Coaching pour mon accréditation singulière de coach analyste. Cette institution paritaire et ouverte aux accompagnateurs dans la réflexivité et la confrontation de leur pratique effective (courant de cas et courant d’affaires) depuis plus d’un an sous l’égide du Centre National des Arts et Métiers professionnalise sans les chichis, hontes ni peurs, effets de mode ou de clan, notre impossible métier.

Vous trouverez dans ce cas, je l’espère, le désire, entre ses lignes vivantes, les concepts abordés en Université, la pratique décrite en tout dernier chapitre, du jeu entre les acteurs au sens du « playing » winnicotien, d’enfant libre de jouer avec les règles, les inventer et les concerter ensemble en jouant – si vous observez les enfants ils passent plus de temps à jouer à ce jeu qu’à l’éventuel jeu pre-existant. Une pratique où il s’agit alors d’oser, en effet, accompagner de tout son « je », de se surprendre, surprendre et se laisser surprendre par l’autre… l’autre « je ». A deux comme à plusieurs.

Coaching individuel ici, et collectif aussi, vous verrez, puisque le cadre institutionnel, en coaching d’entreprise, fait qu’il y a souvent beaucoup de monde en compagnie d’un seul, au féminin manager. Une femme en somme. Une origine et une promesse d’un monde.

La photo en bande annonce de couverture, pour les besoins graphiques du blog, que non du dossier d’accréditation, est l’œuvre en Capture des parisiennes dans la foule du photographe et artiste Stéphane Schwarcz, que je suis à mon tour sur Facebook.

Nous sommes à la rentrée de septembre. Il y a eu une situation de crise dans une des principales agences bancaires de ce groupe rattaché à la Direction du Réseau Île de France. Il s’agit une agence éloignée du siège. Celle de Troyes. Un territoire qui habituellement «ne donne pas de problèmes» à la DRH. Le nouveau Directeur d’Agence s’est doté d’une toute nouvellement promue Second d’Agence. Entre eux cela a été à la fois une collaboration étroite et un désaccord profond. En peu de temps les personnels rattachés, sur place et dans les bureaux alentour, se sont alliés contre le Directeur l’accusant de harcèlement. Il a du être réaffecté à une autre agence bancaire et un coaching lui a été imposé. La Second d’Agence, véritable débutante en management, s’est retrouvée pendant plusieurs mois seule à la tête de ces mêmes équipes, puis, un nouveau Directeur est arrivé qu’elle a aussitôt «rejeté». Ni collaboration étroite ni désaccord profond. Pure et simplement un désaveu de principe. Originel.

Le nouveau Directeur craint que ce ne soit elle l’instigatrice de ce qui en est venu à être désigné comme «la fronde» contre son prédécesseur. Il craint de subir rapidement lui-même pareil sort. Il sollicite la DRH du groupe en ce sens, avec l’accord de sa hiérarchie. C’est le coach qui a accompagne le Directeur sortant qui est «naturellement» recontacte afin qu’il puisse «faire entendre raison» à la jeune manager et finaliser la résolution de conflit dont souffre l’organisation.

Ce coach est André de Châteauvieux. Il a effectué cinq ou six séances avec le Directeur d’Agence, des séances d’écoute et de parole libre, de prise de conscience assez prompte dans la tension du moment, premier grand écueil de carrière pour ce manager confirmé et performant, de ce qui dans son attitude peut agresser l’autre, et aussi de ce qui chez l’autre l’agresse. Par delà les rôles lisses, les places bien définies lorsque la fonction recouvre un peu trop la complexité du sujet, et les échanges sensés être «desaffectivés», «chargés» de la seule conscience professionnelle. Le «harceleur harcelé» a, depuis, repris ses fonctions pleinement, sans réaliser l’alternative qu’il avait envisagé d’une démission et d’une reconversion sur un de ses talents personnels. Et le coaching, et l’accompagnement, ont pris fin à ce moment.

André signale à son interlocutrice RH qu’il ne peut pas accompagner Cécile B;. s’il est ou a été en lien avec son supérieur. La nouvelle coachée ne pourrait pas se sentir en confiance, comme avec un accompagnateur choisi, dédié. La DRH souhaiterait pourtant boucler sans plus de difficulté et sans délai cette sortie de crise, qui lui échappe complètement de par la distance et de par la charge affective qui lui en parvient dans ses différents échanges avec les divers acteurs, comme une onde de choc. De plus, dans son esprit, une si jeune manager n’a pas à bénéficier d’un coaching. Le parcours de formation interne devrait lui suffire ! Elle est d’accord pour permettre une intervention extérieure, neutre, comme un rappel aux exigences du management, la solidarité entre pairs et une posture plus réservée vis à vis des collaborateurs. André insiste sur l’impossibilité déontologique et rassure la DRH en lui donnant mes coordonnées et en lui assurant que nous travaillons ensemble et que ce sera pour elle facile de travailler avec moi. Pour moi, aisée de prendre la mesure de la situation et avoir avec Céline une écoute ajustée et un langage de vérité.

André me prévient aussitôt par téléphone de ce «transfert de transfert», le transfert étant ce que notre client nous prétend pouvoir pour lui, et peu de temps après, effectivement, la donneuse d’ordre me contacte au téléphone. Elle s’intéresse peu à moi. Elle ne souhaite même pas dans un premier temps me rencontrer. Elle me prévient simplement de mon introduction auprès de Cécile, bénéficiaire du coaching, et de son appel imminent pour un premier rendez vous ou il s’agirait, en effet, de voir avec elle comment mieux s’organiser dans son quotidien de manager et dans ses relations hiérarchiques. Pour mettre fin à ses difficultés en l’agence de Provins elle a été réaffectée à un bureau qui le lui est rattaché ; elle en est la responsable avec une seule personne sous son management. Une deuxième agent se trouve aujourd’hui en congé maternité. J’aborde l’opportunité d’une rencontre en tripartite, ou même quadripartite, afin de rendre explicites les difficultés pour elle et pour son son supérieur actuel et d’ouvrir sur la perspective de son parcours de manager sous la coordination RH. « Ceci n’est pas une priorité. Il faut qu’elle retrouve vite les basiques de son métier : organiser, contrôler, animer les ventes et reporter des résultats commerciaux et de gestion de risque.»

Trois mois vont s’écouler avant que je ne rencontre Cécile en première séance. D’abord, la perspective d’une rencontre dans la seule agence disposant de bureaux pour une rencontre sans dérangements est celle de la Direction, et ceci me donne l’impression de l’effrayer car elle ne parvient pas à trouver de bureau disponible ni le temps d’y aller. «Maladroitement» je mentionne la possibilité de combiner ma rencontre avec elle avec une rencontre avec ses supérieurs, et rendre le tout plus naturel, moins «forcé». Elle refuse au téléphone et elle s’empresse d’appeler la DRH et elle souhaite tout suspendre prise de méfiance. Elle a entendu cette opportunité comme un lieu de formation personnelle en compensation des efforts fournis et ne souhaite avoir de «compte à rendre à personne». Je propose alors, pour vraiment marquer sa démarche personnelle, de la recevoir en mon Cabinet parisien. Elle laisse passer à nouveau le temps de trouver le bon train et le bon moment puis vient le jour… où mon précédent rendez vous se passe à l’extérieur. Elle est en avance. Je suis très légèrement en retard, et lorsque j’arrive elle est déjà repartie sans me prévenir d’un sms. Juste un appel rapide déjà en chemin vers le train comme quoi «puisque vous êtes absente je reviendrai une autre fois, ou pas d’ailleurs, parce que ce n’est pas facile de se retrouver ni pour l’une ni pour l’autre !»

Elle appelle la DRH et elle souhaite «a nouveau tout arrêter de ce qui n’a pas encore commencé puisque (je) ne serais même pas là pour (elle). Jamais.»

Patricia R. envisage cette fois ci de me désaisir de l’accompagnement. Elle rappelle André et insiste à nouveau pour qu’il rencontre Cécile, qu’il fasse une séance en recadrage sans plus, et « qu’on en finisse ». André la rassure en lui disant que l’accompagnement a commencé. Qu’il en est même superbement engagé, que la cliente déploie son «jeu» inconscient, et que je tiens sans doute ce cas, que c’est avec moi qu’il est important de s’ajuster, dans les limites de la confidentialité due à Cécile.

Mon hypothèse est bien celle là. Cécile B. est en proie a une «agitation» qu’elle «rejoue» avec moi, comme un «processus parallèle», comme une «répétition» dirions nous en psychanalyse. Le transfert est installé et Céline déploie un mode relationnel «jadis familier», qui trouve son origine dans son enfance et face aux figures d’autorité. Ce qui est important est de lui poser les limites de ce contrat de coaching qu’elle va effectuer avec moi quoi qu’il arrive et désormais sans plus tarder, de contenir par ce cadre des agissements qui me prennent pour cible moi, la DRH, son Directeur, de pouvoir parler à propos d’eux au lieu de les subir, de développer une pensée élaborée sur ces compulsions et sur les idées et les sentiments qui les fondent. Invasifs pour elle aussi.

La DRH me renouvelle sa confiance. J’ai déjà facturé deux séances qui n’auront pas eu lieu, celle à l’agence «mère» et celle à mon Cabinet. La DRH a également un doute sur ce procédé mais j’insiste comme André sur ce travail de l’ombre et sur sa valeur qu’il est important de reconnaître, institutionnelle ment, et aussi que Cécile en soit informée.

Bien entendu, de mon côté, le contre-transfert est ambivalent de suite. Autant positif, compréhensif de la souffrance que tout ceci donne à voir sans la montrer, que négatif, n’étant pas insensible à la froideur voire l’agressivité dont l’accompagnée fait preuve lors de nos échanges téléphoniques, et dans ses initiatives répétées de disqualification auprès des tiers. Je ressens un rejet, un refus physique à rencontrer cette femme «qui se met en danger et me met en danger».

A la fin de cette année, avec André nous avons concrétisé le projet d’un «atelier de campagne» pour des journées d’accompagnement en groupe et dans un espace temps réservé. Cet atelier se trouve à proximité de Sens, en Bourgogne, et telle est aussi la nouvelle affectation de Cécile B. Je reprends contact avec elle et lui propose de me rapprocher d’elle et qu’elle puisse aussi effectuer des séances rapprochées dans le temps pour bien «avancer ensemble» enfin.

C’est mon dispositif habituel dans le cadre de demandes privées, et je le pousse tout autant pour répondre aux demandes institutionnelles : une heure toutes les semaines ou tous les quinze jours au moins. Pour précéder toute montée d’excitation comme tout risque d’effondrement cycliques, ceux de la répétition, d’un espace temps où les prémisses sont au rendez-vous, et qu’elles peuvent affleurer de l’inconscient et du fantasme, à la conscience: au vécu partage avec moi. L’expérience psychique se trouve ainsi contenue et protégée, dépliée et régulée par la parole échangée. C’est ce qui a été convenu avec la DRH qui craignant seulement «l’emballement» me demande de facturer à l’avance toutes les trois séances et ainsi pouvoir poursuivre avec son accord implicite. Pour rappel le nombre habituel de séances de coach «standard» est de six à huit ; la DRH, a saisi pour la connaître, ma démarche psychanalytique, et souhaite la respecter tout en la balisant pour l’inscrire dans le cadre d’entreprise.

Lorsque je rencontre Cécile B. en janvier, je découvre une jeune femme aux yeux scrutateurs et au sourire triste. Dans son discours et dans son attitude c’est une professionnelle qui a un savoir faire et un savoir être indéniable et qui sait le déployer sans surveillance ni encouragement ni menace. Je lui demande alors de quoi cela servirait-il que je l’aide à être encore davantage performante ?
– Qu’allons nous faire alors ?
– Ce sera comme aujourd’hui, vous parlerez de tout et rien, vous parlerez de vous, de comment vous vous sentez, de ce que vous aimez, de ce qui vous est difficile, de ce qui vous est inadmissible, de ce dont vous manquez. Nous allons plutôt prendre les choses dans ce sens, et, vous allez voir, cela portera sur votre travail et sur vos relations, tout naturellement.

Cécile B. se sent visiblement bien en ma compagnie effective. Bien différente de celle au bout du fil qui parlait a ses fantômes avant de me rencontrer. Je rajoute aussi que ce parcours de séances est naturel et confidentiel, et que c’est pour cela que c’est à partir d’elle-même, a son rythme, et que rien n’en sortira, personne d’autre n’aura d’accès à ce qui s’échangera.

Dès cette première séance, elle aime reconnaître «qu’on (lui) doit bien ça, après (l’)avoir laissée si seule, (elle) qui étai(t) experte des montages financiers professionnels, revenue à des problèmes «particuliers» et avec tous ces gens, clients et employés, à (ses) crochets». Je laisse dire et attends que chacun de ces mots, qui est chargé de sens pour elle, puisse revenir, s’affiner de contenus, se densifier d’émotions au fil des séances, au fil du travail préconscient.

A la deuxième séance, Cécile fait un petit malaise. Nous avons pris place dans des chauffeuses face à la cheminée, l’atelier n’étant pas encore aménagé pour recevoir. La position inclinée de son siège lui fait un moment penser à la mort, et elle partage sur son père, chasseur, qui toute petite l’emmenait avec lui aux battues. Je m’intéresse à lui, à son métier, à son évolution, des éléments, souvent, d’identification au père, sous-tendant le parcours professionnel tant des «filles» que des «garçons». Elle se redresse tout à fait et elle balaye le sujet d’un : «il est mort il y a longtemps».

Le séances se poursuivent sous la forme entremêlée du roman professionnel et du récit de vie. La petite fille studieuse est la femme bosseuse d’aujourd’hui. Bricoler son intérieur et réfléchir aux données d’un cas client, prendre en charge sa maman seule et malade, ou sa subordonnée, toute seule au guichet et souvent au repos de par un «mi temps thérapeutique», elle se voit bien être qui elle est, au bénéfice du travail fourni, et de ceux qui l’entourent. Moins clairement à son propre profit. Cela lui amène la reconnaissance de sa hiérarchie, ses bonus, ses promotions et son parcours manager, bien mérités. Mais elle est insatisfaite aussi.

– Dans les réunions, je vois bien que je dérange de dire ce dont nous aurions besoin, nous, managers de terrain. Que j’y mets une certaine émotion qui est perçue comme une exigence voire une tyrannie. Et toute cette période, où mon chef était parti, réaffecté ailleurs et moi laissée à la tête de tout. Sans personne à qui parler ! Lui-même aurait dû me dire pourquoi et où il partait !

Nous y sommes. Je lui permets de mettre d’autres mots, les siens, sur ces équipes dont elle s’est trouvée seule responsable après d’en avoir été… Seconde ? Qu’est-ce qui a changé pour elle très concrètement ?

– Tant que le Directeur était là mon rôle était facile. Il « parlait mal » aux autres, et moi je leur disais de ne pas se laisser faire, que c’était important qu’ils communiquent leurs besoins et qu’ils se fassent respecter, qu’ils partagent leurs incompréhensions de l’activité demandée, leurs doutes. Je lui disais moi-même à lui ! Je l’intimais de les aider ! J’essayais de lui faire prendre conscience de la réalité de chacun.

Après, nous n’avons fait qu’attendre ensemble le retour du chef, et ils me faisaient confiance pour parer au quotidien. Les résultats ont été très bons malgré l’improvisation souvent, aux prises directes avec le siège, coupé de notre quotidien, simple pourvoyeur d’objectifs chiffrés et demandeur de résultats en continu.

Moi, j’ai très mal vécu de ne rien savoir de mon Directeur. Tout était entouré du plus grand secret.

– Savez-vous qu’il y a eu enquête et une procédure lourde de RPS ?

– Oui, je sais, mais ce n’est pas une raison ! Et puis l’autre quand il est arrivé il a fait comme si je n’existais pas aussi ! Que «cela ait tourné» sans lui et plutôt «sur mon dos», ça, personne ne l’a reconnu. Et on m’a proposé, pour me reposer disent-ils, de prendre la responsabilité d’un bureau éloigné. Je me trouve avec une collègue en difficulté à charge, et ce supérieur qui me regarde de loin et qui m’ignore au fond.

C’est au bout de six séances que le corps crie sa souffrance. C’est son dos précisément. Elle est arrêtée par son médecin et maintenue en position couchée. Elle évoquait souvent sa difficulté à rester en position allongée. Ses insomnies au lit. Elle finissait par s’endormir dans le sofa du séjour, épuisée. Je l’ai au téléphone, elle me dit qu’elle hésite à reprendre le travail, que son médecin lui parle de «burn out», de mesure de retrait. Je l’encourage à se reposer et à reprendre le travail comme cela est prévu par un point avec la médecine de travail et pouvoir ainsi être active dans la communication de ses besoins à l’entreprise comme elle aime l’encourager. C’est ce qu’elle fait, elle est reçue par la DRH et par son supérieur, elle peut dire bien plus simplement ses difficultés passées et actuelles, elle obtient une deuxième tête dans son agence, et, elle y tient, la poursuite de son coaching sur l’année en cours. Pour finir de consolider sa reconstruction à elle.

A son retour de maladie, je suis ainsi «témoin lucide» de ce parcours en «sujet». Témoin lucide, de la très belle expression d’Alice Miller, auteure et thérapeute des » violences douces, éducatives : c’est pour ton bien «. Le mieux qu’un accompagnateur puisse, de mon point de vue, offrir une fois que la personne accompagnée se relève de sa difficulté d’elle-même, c’est la reconnaissance de cette vitalité singulière et naturelle, sans le «il faut» culturel et social. Puis, sa présence ni poussive ni compassionnelle. Lucide. Qui voit clair en elle et lui permet de voir clair.

Et c’est ainsi qu’à la neuvième séance, sans transition – nous y sommes parvenues d’association d’idées en association d’affects depuis que nous nous sommes engagées toutes deux dans cet accompagnement -, Céline me confie la mort violente de son père dans son lit conjugal sous ses yeux à elle enfant, puisqu’elle partageait le studio cabine de ski en location avec ses parents. Et elle vide en larmes tout l’effroi de ses yeux, si fixes toujours, scrutateurs, de ce qu’ils avaient vu, d’impossible à concevoir ; et elle grimace ses mots de toute sa tristesse, de croire toujours que c’est pendant l’étreinte d’amour, sa mère sur son père, mais peut être tentait-elle seulement de le réanimer ? Que c’est pendant une étreinte à deux en tout cas que son coeur a lâché, la mère a crié, les secours sont arrivés et le corps du père recouvert d’un drap a quitté la pièce sans que personne à aucun moment ne pense à Cécile enfant, à sa peur, à sa peine, à sa colère. Les temps qui ont suivi elle a été déplacée et a vécu avec ses petits cousins toujours en grande fille. Ils étaient livrés à eux mêmes pendant que le drame retenait tous leurs parents dans des démarches et des regrets. Elle a animé la bande, ramené un peu de vie dans ce collectif d’enfants qui aujourd’hui, elle le regrette, distend ses rapports.

– C’est peut être parce que je n’ai pas voulu avoir moi-même d’enfants… Et qu’eux ils en ont.
Les autres liens avec qui elle est devenue – proche des équipes, en étreinte ambivalente avec ses supérieurs, en demande permanente insatisfaite de la RH mère etc etc – ce serait si réducteur d’en faire l’inventaire ! Son désir se libère de la levée de ses défenses et cela me semble une belle renaissance. Elle est si jeune et vaillante. C’est son histoire qui déroulera son caractère.

Ici pour bref décodage rappeler que c’est dans l’après coup que le trauma d’enfance (vécu ou imaginaire) se révèle. C’est dans la situation et les relations proches, similaires, transférentielles, de Céline avec son Chef et ses équipes, que l’affect impensable, et pour impensable enkysté de l’événement tragique vu ou visionné par l’enfant (infans veut dire sans les mots) a pu se libérer.

C’est souvent en entreprise, la deuxième matrice, celle qui nous fait naître professionnel, la deuxième famille, celle où notre rôle s’accorde à ceux des autres, mais aussi notre place et notre épanouissement, que cette grande souffrance surgit et demande l’accompagnement qui manqua alors. Demande le choc de la séance. Sur le fil sécurisant des séances régulières.

Un choc réveille un choc enfoui qui a besoin d’un nouveau choc, encadré, pour rétablir l’équilibre ontologique. C’est pourquoi l’accompagnateur d’un temps ne ménage pas. Le temps du coaching est compté comme dans la vie. Et ce qui doit se représenter par la force du transfert et se revivre dans la souffrance pour la laisser derrière arrive à mi parcours d’un cycle qu’on ignore.
Le cycle se complète alors par l’écoute, par le respect du temps psychique (j’irai dans ce cas jusqu’à quatorze séances), le temps que cela prend pour que tout le fantasmatique puisse s’inscrire dans une réalité, celle partagée avec moi, et se symboliser, retrouver les mots, adopter les codes du langage et avec eux les codes humains universels : la perte, le deuil, le manque, le renoncement, l’invincible amour.

Les relations de Cécile avec sa mère, son compagnon, son supérieur, ses collègues se sont apaisées. Elle fait de son côté mordant un atout qui sait plaire. Elle se dit et dit tout haut ce que peu n’osent dire mais elle le dit dans la joie dont elle jouit enfin. Et c’est un peu contagieux. De vivre. Sauf avec certains vaccinés pour se prémunir de la vie et promouvoir l’aliénation. Ceux-là elle sait les laisser derrière elle cette fois-ci. Coaching professionnel, coaching de vie, vous voyez, c’est au point de rencontre de l’intime et de l’universel, du social et du personnel, que cela accompagne assez bien, selon le « good enough » winnicotien.

Mon inspiration reste ainsi soutenue par celles et ceux qui ont traversé une psychanalyse et en ont retenue davantage que l’orthodoxie apprise le regain de leur humanité : Donald Winnicott, Alice Miller, André Green, Serge Tisseron. Deux d’entre eux sont ici cités, et bien d’autres, Lacan et de Freud aussi bien sûr, ont source mon premier ouvrage de coach publié aux éditions Kawa 2014 : L’Art du Lien.
J’en écris actuellement une suite : l’art du lien collectif. J’y revisite les processus de développement de l’enfant et de l’adolescent par la relation et qui se réactualisent et s’enrichissent de toutes nos relations, sauf à rester dans la répétition du traumatisme. Selon le socle conceptuel qui s’élève de :

– La théorie de l’attachement de Bowlby et de la violence fondamentale qui s’y lie selon le père de la psychiatrie enfantine Bergeret,
– Tout le travail de l’oedipe et donc de l’identification freudienne, incarné de la main d’un autre pédopsychiatre, Winnicott, et ouvert du divan vers les jeux avec les adultes comme avec les enfants que Freud s’était contenté d’observer hors cabinet (le Forda),
– Jusqu’à la rivalité paradoxale, riche de lien fort de la psychologie sociale, la réciprocité asynchrone et les plus récentes théories collaboratives, dialogiques et empathiques de Sennet aux U.S. et de Tisseron en France et en Europe.

Et mes cas en nourrissent les développés vivants de ces ouvrages. Merci ici de votre attention sur un récit dense et long comme un conte initiatique.

Il n’y a que par le récit que nous pouvons rendre compte, nous approcher, du vivant de nos séances. Tout sauf un acte clinique au sens d’un savoir doctoral. Clinique au sens du au chevet de celui, singulier, qui nous confie, vulnérable, tout ce qu’il contient à peine. Et dont nous ne saurons rien. Simples passeurs. Coachs du mot qui, comme management, cache et révèle son sens dépouillé premier. Ménage en chemin.

Merci au CNC de faire du récit de vie, de cas, de soi, la pierre angulaire de ce parcours d’accréditation.

 » Comme d’autres neurologues, je fus habitué à m’en référer aux diagnostics locaux et à établir des pronostics en me servant de l’électrothérapie, c’est pourquoi je m’étonne moi-même de constater que mes observations de malades se lisent comme des romans et qu’elles ne portent pour ainsi dire la marque de sérieux, propre aux écrits des savants. Je m’en console en me disant que cet état de choses est évidemment attribuable à la nature même du sujet traité et non à mon choix personnel. (…) Un exposé détaillé des processus psychiques, comme celui qu’on a coutume de trouver chez les romanciers, me permet en n’employant qu’un petit nombre de formules psychologiques, d’acquérir quelques notions du déroulement d’une hystérie (…) (ou de) l’histoire.  »

Sigmund Freud

Psyché, Vous et Moi : entre deux dans la relation

Plus aucun professionnel de la relation, et à fortiori de la relation d’aide (coach, consultant, thérapeute) ne peut l’ignorer : c’est le transfert qui agit dans l’accompagnement, d’un mauvais passage ou d’un projet, d’une entreprise, d’une vie.

– Le transfert d’affects anciens sur la personne de l’accompagnateur par l’accompagné.

– Le transfert d’affects de l’accompagnateur sur l’accompagné aussi, et surtout !

C’est le mal nommé contre-transfert, puisque contrairement à ce que ce nom composé pourrait donner à penser, le contre-transfert n’est pas une réaction au transfert de l’accompagné, mais bel et bien notre façon singulière de l’accueillir, tout contre lui.

Le contre-transfert précède le transfert. Et il est pré-determiné par la structure psychique de l’accompagnateur, qu’il se doit de connaître, puis, par la connaissance de sa « folie » privée : de sa névrose en fond, de ses points de psychose aussi.

C’est alors un voyage d’approche du coaching, du management, de la thérapie, par la clinique psychanalytique que nous aimons vous proposer, Roland Brunner et moi-même, dans le cadre du Diplôme Universitaire Executive Coaching pour Dirigeants de Cergy Pontoise, mais aussi sur inscription libre, en petit groupe réuni au Cabinet de Roland, juxtant la Seine et Notre Dame de Paris.

Plusieurs promotions déjà, depuis quatre ans de collaboration entre nous, quatre promotions de professionnels aguerris de leur inconscient « presque » conquis. Et de celui de leurs clients, partenaires et patients plus près, plus justes aussi leurs rapports.

Le programme en inscription libre ? Le voici. C’est sur deux jours, les 6 et 26 mai, avec une intersession bienvenue.

Sur le fil conducteur des structures psychiques, identités ou personnalités de base lors de notre construction psychique. Et à partir de là tisser des fils singuliers avec chacun et avec le groupe en présence. Découvrir le transfert de chacun et les résistances.

Tous les détails se retrouvent dans l’événement auquel je vous invite à vous inscrire sans trop tarder. C’est rapidement complet !

Duel(les), ou transfert et contretransfert dans l’accompagnement du leadership au féminin

Duel(les)

ou

Transfert et contretransfert au féminin
Derniers témoins à charge d’un passé troublé ou de la dernière chance d’être innocenté

 

**

Elle se refuse à toute sexualité, et j’ai déjà compris deux choses mais je ne semble toujours pas en mesure de l’accompagner sur cette initiation attardée :

1) qu’une enfant débordée par sa mère assimile sa pénétration de femme par l’homme au trauma jadis infligé ;
2 ) que mon contretransfert est tel, et ça je le sens depuis la première séance, que je ne supporte pas de la savoir, « comme Europe, enlevée ».

 

image

 

 

Je l’avais hurlé aussitôt en séance de supervision. Mon superviseur me disait :

– Donnez lui en-vie de l’homme, votre envie à vous partagez, et elle sortira de son deuil du père, et de son deuil d’enfant mal materné. Les deux d’un coup. Mais attention, elle quittera aussitôt son fantasme de coaching de performance et de progrès.

Et moi, hors de moi, sur des enjeux bien plus chargés affectivement que la simple donne « business » :

– Non, non et non ! Profondément je sens que je ne lui souhaite pas « le meilleur », et je n’en connais pas la raison mais surtout « déraison » ! Il me serait tout simplement insupportable de la savoir « entre les draps d’un taureau » !

Des mois et des mois se sont écoulés. Elle semble heureuse de « l’amour de transfert » que nous entretenons, qui ne la »mouille » en rien. Et moi aussi, je me suis bercée de cet arrangement. Tellement insouciante, que, sans plus de résistance LE lien inconscient a fini par émerger à mon préconscient. Et cela apparaît comme une évidence maintenant. Témoin à charge ou nouvelle (e)preuve libératoire ?

– J’aime tellement « babiller » et rire avec elle, exactement comme je le faisais avec ma toute première et si jeune nounou, maman « suffisamment bonne », et de remplacement, que je ne veux surtout pas la perdre ! Je l’ai perdue, ma nounou-maman au bout de mon enfance, de la sienne en même temps, puisqu’elle a été rappelée pour sa majorité aux bras de son promis : entre les familles, les mariages, en l’Espagne profonde, s’arrangeaient encore alors.
Et même si elle disait aimer cet homme ou l’idée qu’elle s’en faisait de l’avoir eu trois fois au téléphone timide et hésitant, elle ne s’est jamais remise de cette sortie des « roots »… Et moi alors !

Et elle revient de séance en séance. Celle sur laquelle j’ai transféré cet affect inavouable, et que je commence à peine à m’avouer. Et c’est comme cela, puisque mon contre-transfert à cet endroit semble se dénouer, que nous rions un peu moins et qu’elle ne bavarde plus de tout son enfant avec mon enfant blessé. Jusqu’à ce qu’elle m’annonce presqu’au bout d’une séance hésitante :

– Je suis nommée à Strasbourg. Je vous laisse. Je laisse tout. Je ne vieillirai,pas avec mes tendres amours, mes sœurs et vous. Et je ne veux même pas y songer que je puisse vieillir avec un inconnu…

Assurément elle le rencontrera loin de nous.

Mon enfant engaillardi a du parler à son enfant à mon insu. Et c’est peut-être une chance que de grandir ensemble d’un coup !

Regagner l’innocence et s’en défaire aussitôt. Atteindre le plaisir d’adultes consentants.

Coaching conclu. Accompagnement réussi. Transfert interrompu.

 
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Elle(s) rêve(nt)

De rêve, de contre-transfert et d’interprétation… Oups ! Je suis coach.

Noyer de l'Atelier des Jardiniers à Sens, la veille de cette séance
Noyer de l’Atelier des Jardiniers à Sens, la veille de cette séance

Le noyer creuse le ciel de ses doigts en sang…

Et aujourd’hui c’est en la forêt qu’est, en rêves, son père mort, qu’elle s’est internée en séance et la nuit d’avant.

– C’était sombre. C’était beau. C’était… voyez-vous ces feuillages sous la lumière déclinante du zénith ? Comme emportés vers le haut. Et moi engluée dans son ombre. encore et encore.

– Il serait peut être temps de relever le gant…

– Pardon !?

– C’est une expression que vous avez utilisée à plusieurs reprises, sur plusieurs séances…

Elle ne relève pas plus, mais moi je me dis, et le garde à nouveau : que le gant cache, peut être, autre chose, que des doigts d’enfant.

A l’Orient du coaching

L’analysant – et peut-être aussi votre client parfois – aime passer par des chemins étroits où jamais personne d’autre n’est passé ni ne passera. Il emprunte ces sentiers de contrebande, il braconne par-delà les frontières du familier. C’est son étrangèreté intime qu’il recherche ici et là et à l’insu ; tout ce qui surgit tout à coup de saugrenu ou de sauvage, d’incroyable ou d’incréé dans les contrées de sa psyché.
Et l’analyste aime se tapir et vagabonder sur ces chemins-là aussi, comme un douanier, un douanier volant. Et puis coincer le patient alors ; le coincer en flagrant désir d’étrangèreté.
D’ailleurs, l’une des origines du mot divan ce sont les douanes des comptoirs d’Orient…

 

C’était Jean-Marie von Kaenel, en Séminaire Psychanalyse & Coaching, Transfert & Interprétations, à l’Atelier des Jardiniers, vendredi 28 mars ; journée privilégiée et de délices au jardin.

 
Et pour ceux qui aiment, le 13 juin, on récidive sur ces sentiers de contrebande— à L’atelier des Jardiniers.

Contretransfert & Interprétations, en groupe et quatrième

L'atelier des jardiniers à Sens
L’atelier des jardiniers à Sens

Nous devions nous réunir en cette journée séminaire psychanalytique pour coachs, du 28 mars à Sens, autour de Jean Marie Von Kaenel, animateur de groupes de supervision comme nous, psychanalyste bien sûr, de ceux rares ayant traversé l’épreuve de l’analyse quatrième. Et nous l’avons fait avec force riches apprentissages autour du thème, du contre-transfert de l’accompagnateur et de ses interprétations :

– Le contretransfert de l’accompagnateur lui-même est préalable au transfert.

Il est composé de tout ce qui se dégage de nous malgré nous-mêmes, et que nous « déplaçons » en premier dans la relation, le client n’étant que réactionnel. En tant que coachs nous nous surprenons à découvrir que tout ce qui pour nous fait partie du cadre que nous créons soi-disant en toute objectivité et de nos apprentissages légitimé, n’est que transfert de nos affects « sur la porte » entre le client et nous. Jean Marie faisait référence à la porte évoquée par Balint et son épouse pour expliquer comme la rage d’un couple finit par claquer la porte et s’y déplace de fait.

Nos choix de durée de séance, la fréquence, les outils mis en pratique, tout ceci est déjà interprétation du besoin du client issue de notre contre-transfert lancinant.

– Le contre-transfert de l’accompagnateur ne prend sens que dans l’après-coup.

Il est impossible à prévoir en session de préparation même en supervision, il est impossible à déceler et soi-disant mettre de côté sur le moment, il est impossible à saisir en toute sa subtilité même une fois le client parti et en supervision à nouveau. Le contre-transfert est inconscient. Jean-Marie utilise volontiers en abordant un cas récent le terme « j’en suis encore encombré ». Nous ne percevons que ses effets. Une déstabilisation. Une étranger été. Le contre-transfert relève de tout ce en quoi le client nous est étranger et surtout nous sommes étrangers à nous mêmes. Bien loin du communément admis « d’en quoi le client me met et que je connais si bien et dont je ne veux pas avec lui ! « 

– Les interprétations sont alors tout ce qui m’échappe malgré moi en présence du client, et surtout ce en quoi je ne me reconnais pas ! Jean Marie aborde le cas de ce client qu’il n’a pas attendu comme à son habitude le temps de la séance. Il l’a donc croisé aux abords du Cabinet et lui a dit de venir le lendemain, et ainsi de suite : puisque la séance n’était pas respectée il aurait d’eux rendez-vous à chaque fois à la place d’un seul. Le lendemain son client était bien là et à l’heure et à pu lui parler longuement de son frère jumeau et de oh combien il lui manquait…

À une autre cliente j’ai moi-même avoué un jour qu’avec elle « j’avais peur de faire des bêtises. » À mon superviseur je suis ensuite allée avouer ce dérapage certain. D’inspiration psychanalytique intégrative en sa pratique de coach lui-même, il m’a au contraire encouragée à partager, avec soin, ce qui d’étranger en la séance apparaît. En la séance même, ou comme le rajoutait Jean Marie avec encore plus de soin, laisser l’après-coup se faire, et ne pas hésiter plus tard à utiliser cette connaissance rétrospective pour une prospective… Certaine !

Ma client en effet à depuis bien bénéficié de mon aveu : dans un premier temps toutes ses « bêtises » d’enfant sont remontées. Puis des zones moins connues comme son intransigeance actuelle et ses peurs à elle se detricotent en douceur. Jusqu’à mes limites à moi, d’accompagnatrices surtout.

Car c’est cela le grand enseignement de cette journée séminaire : comment il restera malgré tout, et surtout dû au contre-transfert de l’accompagnateur même, qu’elle que soit la hardiesse de ses interprétations, des angles morts, des résidus transférentiels à détricoter éventuellement en Groupe Quatrième ! Surtout ceux qui accompagnons.

 » Ainsi est-iil apparu que le travail de l’analyse quatrième réactualisait, remettait en cause et en chantier le transfert de l’analyste, et incluait donc nécessairement —quoique évidemment in absentia — l’analyste de l’analyste. »

C’est en quoi il est quatrième : il remonte de l’accompagnateur (un) qui le rejoint et son client « rapporté » (deux), puis de l’analyse en groupe qui fait tiers, à une quatrième échelle : l’évocation de l’analyste premier et en quoi il est encore présent et empêcheur !

Avec André, nous qui vous accompagnons aussi en groupe et en superviseurs, nous sommes vigilants à votre relation à votre thérapeute, qui a précédé votre vocation de coach ou qui est encore agissant. Ici nous le rendons explicite et peut être pourrons nous le travailler davantage après cet atelier apprenant :

Transfert & Contretransfert, Interprétations & Identifications

Pour en savoir encore davantage et à la source voici un texte issu du Quatrième Groupe d’Analystes auquel il est fait référence et dont Jean Marie fait partie. Nous rejoindre en prochain séminaire du 13 juin est se former avec lui puis pratiquer avec nous, le duo de superviseurs est possible aussi. Vous serez les bienvenus.

« Le concept d’analyse quatrième, qui est passé dans l’usage et le langage courants au sein de notre groupe correspond à une façon nouvelle d’envisager le travail de formation analytique classiquement défini et admis, dans l’ensemble des Sociétés freudiennes du monde entier, sous le nom de contrôle ou d’analyse supervisée.

L’analyse quatrième est donc, d’abord, une théorie du contrôle, de la situation de supervision — théorie jamais esquissée jusque-là — et prenant en compte l’ensemble complet des figures et personnes qui y interviennent, ainsi que leurs interactions visibles ou cachées.

La reconsidération ainsi faite de cette partie essentielle de la formation, entraîne des modifications et des recentrages à la fois théoriques et pratiques, visant à mieux cerner la matière analytique elle-même, et surtout à prévenir son échappée potentielle à garantir autant qu’il se peut contre son éviction involontaire.

Le concept de processus, d’abord, c’est-à-dire de déroulement selon le temps (voisin des notions freudiennes de « travail » et d’ »élaboration », s’est progressivement avéré et continue d’être l’un des plus utilisés dans les apports de notre groupe aux problèmes de la formation, de l’habilitation, et jusqu’à ceux des relations de l’analyse et des analystes avec les institutions, à commencer par celles de leurs propres Sociétés.

La notion de processus, en effet, s’applique tout autant à l’analyse (celle du candidat en ce cas) ; à l’analyse quatrième ; aux cures psychanalytiques ou psychothérapiques concernées ; aux sessions inter-analytique ; à habilitation enfin. L’analyse quatrième repose essentiellement sur le repérage, puis le maniement : intervention, abstention suspensive, interprétation des données transférées c’est-à-dire du transfert non moins que de son homologue croisé, le contre-transfert. C’est pourquoi a été posé et défini le concept double de transfert-contre-transfert.

L’expérience montre que la totalité du processus d’une analyse, et les aléas de ses réussites comme de ses blocages, limites ou échecs, est sous la dépendance des appréhensions et des interférences—manifestes et plus encore latentes — d’expressions et de déguisements émanant d’un fonds transféro-contre-transférentiel permanent, c’est-à-dire présent dès avant le début de l’entreprise analytique et se maintenant jusqu’à son terme, et même au-delà. Ceci rend compte de la nature processuelle du phénomène.

Quant à la donnée plus spécifiquement contre-transférentielle celle-ci conditionne les capacités d’écoute et d’entendement non moins que leur contrepartie limites et surdités, écoute de soi-même (narcissique) et non plus d’autrui. L’inter-subjectivité, qui est aussi inter-objectivité et inter—objectalité définit le cadre optimum (setting) du processus analytique.

Or le versant contre-transférentiel renvoie toujours avec évidence —mais souvent aussi dans la méconnaissance — aux données analytiques propres de l’analyste, C’est-à-dire à l’analyse de l’analyste; et, parmi ces données. aux moins bien résolues d’entre elles, Ainsi est-il apparu que le travail de l’analyse quatrième réactualisait, remettait en cause et en chantier le transfert de l’analyste, et incluait donc nécessairement —quoique évidemment in absentia — l’analyste de l’analyste.

Il en résulte que faute d’un quantum suffisant d’appréhension de ces données, dimensions et voies régrèdientes, une part essentielle —puisqu’inconsciente — de la matière analytique se trouve tacitement évacuée, évitée ou hors d’atteinte.

Le but de l’analyse quatrième se définit de lui-même par cette approche théorico-clinique et tbéorico-technique du processus engagé. Il est de permettre, par voie de signalisation — plutôt que d’interprétation au sens spécifique du mot — la mise en lumière relative des données brièvement rappelées ci-dessus notamment selon les effets transféro-contre-transférentiels croisés et interférents, qui enferment des zones très aisément et fréquemment inaperçues, hors-limites, repoussées ou ignorées, lesquelles sont néanmoins des éléments constitutifs, agissants d’une analyse et doivent par conséquent, dans la mesure du possible, lui être réintégrées.

Ces notations expliquent aussi pourquoi un tel travail ne peut s’accomplir seul. L’auto-analyse ne saurait y suffire.

Il exige l’exposé et la discussion en présence d’un analyste qui occupe une position — non seulement tierce comme c’est le cas dans la situation analytique idéale — mais quatrième d’où le nom donné à ces sessions formatrices.

Ainsi menée, l’analyse quatrième, par la discussion et l’élaboration théorico-clinique contradictoire, et par le principe du pluralisme formateur qui la fonde permet de surcroît, d’atteindre deux résultats d’importance considérable :

A — Elle fait apparaître la pluralité des sens et des stratifications de la matière analytique. Elle éclaire les problèmes complexes du choix— délibéré ou, plus encore aveugle — choix du matériel et choix de l’interprétation. Elle aide à la formulation d’hypothèses interprétatives heuristiques, par la découverte des interprétations latentes. Elle en permet enfin la confirmation ou la réfutation, par le recours à une critériologie de recoupements et convergences.

B — Formation et communications pluralistes permettent de parer aux effets les plus aliénants de l’identification—non pas secondaire mais tertiaire — à analyste. Identification dont certains esprits égarés sont allés jusqu’à soutenir qu’elle était la fin idéale de l’ » analyse didactique » ; mais dont l’expérience montre qu’elle est au contraire stérilisante et aberrante. « 

QUATRIÈME GROUPE
FORMATION ET HABILITATION (1983)
Extrait prépare en collaboration par Piera Aulagnier, Nathalie Zaltzman et Jean-Paul Valabrega , lequel a assuré en outre la rédaction du texte. Le texte entier comprenant :

* Avertissement
* Quelques conditions minimales à l’entreprise de la formation
* Analyse Quatrième et la session inter-analytique
* Le processus d’Habilitation

 

 

 

 

Votre accompagnement, avec ou sans transfert ?

Mains du guitariste de génie Paco de Lucia RIP
Mains du guitariste de génie Paco de Lucia RIP

Elle est coach en supervision, et elle affirme ne pas souhaiter faire usage du transfert, ce déplacement de représentations et d’affect qu’effectue l’accompagne sur son accompagnateur. En le laissant s’installer, le coach analyste artiste, sans protocole d’intervention, se trouve au cœur de la névrose de son client, appelée à juste titre névrose de transfert.

À son endroit, il peut alors, se laisser faire aux processus primaires, écouter son client de façon littérale, en croyant à son argumentation, et au fait qu’elle lui soit adressée Ou bien accepter que ce que son client lui partage n’est que mythe ou rêve, condensation et déplacement d’objets familiers, dont l’expansion dans l’espace et le temps, sur une durée remarquable de l’accompagnement, et sur une foule de personnages bien plus riche que le coach –  » cela s’adresse à papa, cela a l’actuel boss, cela a maman, à ma sœur, au personnel de maison et à mon équipe en même temps  » permettra d’atteindre les processus secondaires, ceux de l’élaboration. Ceux qui ne recherchent pas que le plaisir et la « mystification » mais se frottent à la réalité et à ses « trous » et insatisfactions, en les acceptant.

Elle dit ne pas pouvoir l’envisager un instant : – je mettrais sous emprise mon pauvre client !

C’est alors que contre-transfert, son transfert à elle sur lui, elle ressent.

Et qu’il est alors irrépressible de vouloir  » détruire celui qui est le siège de l’aliénation  » comme le dit Lacan. Et pourtant. Essentiel au développement de l’enfant, au développement personnel qu’elle prône. Il est temps.

 » Le Moi est fait de la succession des identifications, avec ses objets aimés qui lui ont donc permis de prendre sa forme; c’est un objet fait comme un oignon, on pourrait le peler, et on s’apercevrait de la succession des identifications qui l’ont constitué.

La perpétuelle réversion du désir à la forme, et de la forme au désir, autrement dit de la conscience et du corps, du désir en tant que partiel à l’objet aimé, en tant que le sujet littéralement s’y perd, et s’y identifie, est le mécanisme fondamental autour de quoi tourne tout ce qui se rapporte à l’ego.

À cette condition que nous devons bien comprendre que ce jeu serait véritablement de flamme et de feu, et qui aboutirait à l’extermination immédiate, dès que le sujet est capable de faire quelque chose – et croyez-moi, il en est capable très vite.

Une des premières activités que j’ai pu constater chez une petite fille, dont je vous ai parlé tout à l’heure, et qui n’a rien de spécialement féroce, c’est, à un âge où elle marchait à peine encore sur ses pieds, dans un jardin de campagne où elle était réfugiée, de s’appliquer très tranquillement à appliquer une pierre de nature assez large sur le crâne d’un petit camarade voisin, qui était celui autour duquel elle faisait ses premières identifications; le geste de Caïn n’a pas besoin d’atteindre une très grande complétude motrice pour se réaliser de la façon la plus spontanée; je dois dire même la plus triomphante, car elle n’éprouvait aucun sentiment de culpabilité. « Moi casser tête Untel… »

Elle le formulait avec assurance et tranquillité. Je ne lui promets pour autant aucun avenir de criminelle. Elle manifeste la structure la plus fondamentale de l’être humain, sur le plan imaginaire : détruire celui qui est le siège de l’aliénation. »

Extraits issus du Séminaire écrits techniques séance du 5 mai 1954.