Malaise dans la civilisation, et créative attitude

 

Aussi bien le maître de la raison, Kant, que Freud qui rend les armes à l’inconscient, tous deux observent le malaise de l’homme quand l’Homme règne. Et le déflorent. 
 
Chacun de nous est à la fois un « animal social » :
 
– seul,  l’enfant sauvage, stagne en son developpement ;
– adulte, placé en isolement, il perd l’usage de sa raison et de son affection ;
 
et jaloux de son individualité : 
 
– il repousse les limites de son périmètre, déterminé par ceux des autres et, en particulier, de son donneur d’ordre, client ou chef ;
– il conteste l’intérêt général et le bien public ; les goûts des autres et le sens que prend leur consommation, de ce qu’il offre.
 
Freud éclaire ce  paradoxe en rappelant que la civilisation est fondée sur la répression de nos instincts originels et vitaux, à savoir l’agressivité et la sexualité – instincts qui tous deux protègent la vie et ont pour but la perpétuation de l’espèce humaine. C’est la  raison pour laquelle nous haïssons et chérissons tour à tour la culture, ou la civilisation, car celle-ci constitue  une source constante de contrariété, de refoulement, de souffrances individuelles. Une source inépuisable de créativité assurément.
 
 
 
Créative attitude que ces deux maîtres partageraient.
 
 
VERBATIM
 
« Il est curieux que les êtres humains, bien qu’ils ne puissent guère subsister dans la solitude, ressentent néanmoins comme très oppressants les sacrifices que la culture leur impose pour rendre la vie commune possible. La culture doit donc être défendue contre l’individu et ce sont les organismes, les institutions et les prescriptions qui se mettent au service de cette tâche ; ils ne visent pas seulement à établir une certaine répartition des biens mais aussi à la maintenir ; ils doivent même protéger  des agissements hostiles des êtres humains tout ce qui est utile à la domination de la nature et à la production des biens. Il est facile de détruire les créations des hommes ; la science et la technique qui les ont  établies peuvent aussi servir à leur destruction. On est alors gagné par le sentiment que la culture est ce qu’une  minorité qui a su s’emparer du pouvoir et des moyens de coercition a imposé à une majorité récalcitrante ».
 
L’avenir d’une illusion, Sigmund Freud (1927) traduction Ole Hansen-Löve, coll. « Classiques et cie », Hatier, 2010.
 
« L’homme est un animal qui, lorsqu’il vit parmi d’autres membres de son espèce, a besoin d’un maître. Car il abuse à coup sûr de sa liberté à l’égard de ses semblables; et quoique en tant que créature raisonnable il souhaite une loi qui pose les limites de la liberté de tous, son inclination animale égoïste l’entraîne cependant à faire exception pour lui-même quand il le peut. Il lui faut donc un maître pour briser sa volonté particulière, et le forcer à obéir à une volonté universellement valable ; par là chacun peut être libre. Mais où prendra-t-il ce maître ? Nulle part ailleurs que dans l’espèce humaine. Or ce sera lui aussi un animal qui a besoin d’un maître. De quelque façon qu’il s’y prenne, on ne voit pas comment, pour établir la justice publique, il pourrait se trouver un chef qui soit lui-même juste, et cela qu’il le cherche dans une personne unique ou dans un groupe composé d’un certain nombre de personnes choisies à cet effet. Car chacune d’entre elles abusera toujours de sa liberté si elle n’a personne, au-dessus d’elle, qui exerce un pouvoir d’après les lois. Or le chef suprême doit être juste en lui-même et pourtant être un homme. Cette tâche est donc bien la plus difficile de toutes et même sa solution parfaite est impossible : dans un bois aussi courbe que celui dont est fait l’homme, on ne peut rien tailler de tout à fait droit. La nature ne nous impose que de nous rapprocher de cette idée. 
 
Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique, Prop. 6 par Emmanuel Kant (1784)

Créative Attitude originelle

Parmi les dirigeants et créateurs que j’accompagne, il en est qui retrouvent dans leurs grigris pour s’inspirer et pour agir, des traces… du pot petits !

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Notre créative attitude trouve ses origines d’après moi – psychanalyste en entreprise, qui accompagne l’innovation des plus grands-, excusez-moi de l’affront : sur le pot. Aux premières années d’émancipation.

Le petit enfant apprend les rudiments de la vie : manger, dormir, plaisir, souffrir, de la main de son papa et de sa maman. Mais nul ne peut, pour lui, déposer la formation singulière des résidus de son corps.

 

Un cadre est donné à l’enfant :

          – un récipient, son espace de création ;

          – une régularité, la discipline d’un temps ;

         –  la séparation entre lui et son excrément.

 

Il n’appartient qu’à lui :

         –  la conscience de l’envie ;

          – la mise en mouvement ;

          – le plaisir ou la douleur de lâcher et retenir ;

         –  l’acceptation ou pas de la séparation.

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Parmi les dirigeants et créateurs que j’accompagne, il en est qui retrouvent dans leurs petits ou grands grigris pour s’inspirer et agir aujourd’hui, des traces de cette période de créativité, originale et originelle, à laquelle il n’y pensaient plus.

Ainsi, l’un d’eux, qui était contraint par la mère à la station assise et prolongée dans un couloir, par toute la famille fréquenté, découvre comment ce couloir, dont il s’en souvient avec précision et ressenti profond, le mène à une découverte bien moins évidente :

Il a la sensation « étrange » – inconsciente peut être, préconsciente nous dirons – que ce couloir matérialise en sa représentation mentale son propre intestin. Et il croit reconnaître, ressentir aussi, un tiraillement familier entre l’envie de se « vider » de ses frères et ses sœurs, aux alentours trop présents, et la peur de lui-même disparaître avec eux.

La rivalité, ou sa cousine acceptable en société : la compétitivité, restent aujourd’hui son moteur de création. Et le burn out son hantise. Donner trop.

La prise de conscience de ces conditions de création singulière et originelle l’amène enfin à aisément travailler en intelligence collective. Avec toujours une pointe de dépassement personnel qu’il savoure à présent !

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imageEn ce qui me concerne moi – non seulement « coach » de lui, puisque de témoignages personnels il s’agit -, je suis venue à la créativité sur le tard. Comme pour nombre d’entre nous, donner satisfaction « à la mère » passait avant tout.

Source d’inhibition au fond, que de vouloir bien faire et satisfaire : la mère, le professeur évaluateur, ou l’employeur tout-puissant. Inhibition de mon propre potentiel et mon décalage fécond. Et chronique constipation !

Pour en sortir, si j’ose dire, se « débarrasser » du donneur d’ordre est illusoire : s’éloigner de papamaman, quitter les institutions . C’est de moi-même que j’exigeais à mon tour la perfection.

Comment  s’en sortir alors ? En choisissant un « métier impossible » selon Freud, ceux de « soigner, gouverner, enseigner » où quelle que soit la puissance ou pertinence des moyens mis en œuvre, on peut y être certain… d’ « un résultat insuffisant » ! J’accompagne, dans la liberté qu’offre la psychanalyse, l’inventivité même de chacun. Et au sein de la société : reine-mère à jamais…

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Henri Kaufman  me convie ainsi à contribuer légère à son ouvrage sous presse :

TOUT SAVOIR SUR la Créative Attitude

Et je réalise mon désir

Mon Sieur

Merci