Inconscient, le retour

Elsa Godart signe, avec son ouvrage « La psychanalyse va-t-elle disparaître ? », le retour à l’inconscient de tous les jours, sans refouler la part de nous.

La psyché est l’ensemble des phénomènes psychiques, conscients et inconscients qui constituent la personnalité inaliénable de chaque individu. Le sujet selon Freud. L’irremplaçable, le courageux de  Cynthia Fleury depuis quelques années.

Le mot psyché vient du verbe grec psukhein qui signifie souffler, d’où le fait qu’il soit habituellement traduit par le mot âme et qu’on lui préfère le mot psychisme pour faire référence au fonctionnement psychique. L’esprit reste réservé à une forme d’élévation dans l’abstraction. Chez Aristote, nonobstant, le mot psyché désignait déjà le principe vital aussi bien que le principe pensant.

C’est de ce psychisme entier et incomplet, indivis et divisé, en conflit avec lui-même de par cette part d’inconnu, d’étranger en soi, l’inconscient; en fonctionnement mais aussi à l’arrêt, inhibé, ô combien inhibé de nos jours pour éviter l’angoisse de vivre – pour éviter la vie tout court – dont j’aime vous parler.

Non sans mal.

Puisque l’inconscient est fait du « refoulé », de ce que chacun de nous a préféré « oublier » de ce qu’il est, de ce qu’il a été, enfant, sans y penser. De ce dont la société ne veut point, et alors, elle entretient et elle astique le miroir lisse et parfait. Y compris ce Macron qui se trompe à encenser les efforts là où il n’y a que de la peine « à jouir » et de la soumission. Tout pouvoir ne peut rien pour chacun de nous. Il rhabille « ses » sujets de « réussite », de coups remportés  et de la montée du cours de la relaxation. Pleine conscience and consorts. Ou du cours de philosophie. Les grands penseurs de la blockchain endorment les foules aussi bien.

L’irremplaçable, le courage, trop grandiloquents ? L’idéal ne suffirait pas à rendre compte de l’inconscient. Il se confond avec l’ambition, C’est ainsi qu’une autre jeune femme s’avance, philosophe et psychanalyste également, et qu’elle n’exhorte à rien d’autre que de faire plus de ce que notre époque fait : se regarder, se parler, se relier.

Elsa Godart signe, avec son ouvrage « La psychanalyse va-t-elle disparaître ? », le retour  à l’inconscient de tous les jours, sans refouler la part de nous.

 

Je lis et vous en dis plus bientôt et sans trop de mal.

 

Les mots d’Elsa sont comme les yeux d’Elsa : un naufrage délicieux pour aller sur les sables blancs.

 

 

 

 

 

 

De la rivalité au droit de cité

J’avais aimé dans mon ouvrage de l’Art du Lien réunir en deuxieme partie, celle du Développement de l’enfant, aprés les premiers attachements et arrachements aveugles du nourrisson, les deux memes mouvements antagoniques qui se perpetuent. Avec, d’une part, l’edification psychique par identification aux parents, aux tuteurs, aux amis choisis, mise en évidence par la psychanalyse des processus inconscients (ce ne sont pas tant les transmissions effectives que la vie fantasmatique de l’enfant qui avais commencé par vouloir incorporer chaque Autre, et la mère en premier lieu, et qu’à ce stade il se resout à ne faire que repetir et mimer certaines caracteristiques qui composent leur identité), avec l’apparition de conflits internes a force de convoquer en soi ne serait ce que deux objets de désir s’excluant l’un l’autre comme los sont papa-maman, et davantage lorsqu’on y adjoint les relations avec la maitresse, le prof de sport et le voisin loufoque ; et d’autre part, le dépassement à chaque fois des modèles en presence par le fait qu eux à leur tour regardent ailleurs : maman regarde papa et inversamente, et ce n’est alors pas tant un conflit de les vouloir tous deux pour soi mais un défi de vouloir rivaliser avec chacun… Pour l’autre ! Et ca c est de Girard, et puisé dans toutes les intrigues des vies qui se donnent à voir : Dom Quichotte, Bovary, etc. Confirmé par les sciences, l ethologie comportementale comme l imagerie du désir.

Comment nous nous imitons les uns les autres…

 » Si les hommes, tout à coup, cessaient d’imiter, toutes les formes culturelles s’évanouiraient. Les neurologues nous rappellent fréquemment que le cerveau humain est une énorme machine à imiter. Pour élaborer une science de l’homme, il faut comparer l’imitation humaine avec le mimétisme animal […]. Si le comportement de certains mammifères, en particulier des singes, nous paraît annoncer celui de l’homme c’est presque exclusivement, peut-être, à cause du rôle déjà important, mais pas encore aussi important que chez les hommes, joué par le mimétisme d’appropriation.
Si un individu voit un de ses congénères tendre la main vers un objet, il est aussitôt tenté d’imiter son geste. Il arrive aussi que l’animal, visiblement, résiste à cette tentation, et si le geste ébauché nous fait sourire parce qu’il nous rappelle l’humanité, le refus de l’achever, c’est-à-dire la répression de ce qui peut presque déjà se définir comme un désir, nous amuse encore plus. Il fait de l’animal une espèce de frère puisqu’il le montre soumis à la même servitude fondamentale que l’humanité, celle de prévenir les conflits que la convergence, vers un seul et même objet, de deux ou plusieurs mains également avides, ne peut manquer de provoquer […].
Mettez un certain nombre de jouets, tous identiques, dans une pièce vide, en compagnie du même nombre d’enfants : il y a de fortes chances que la distribution ne se fasse pas sans querelles. L’équivalent de la scène que nous imaginons ici se voit rarement chez les adultes. Cela ne veut pas dire que la rivalité mimétique n’existe plus chez eux ; peut-être existe-t-elle plus que jamais, mais les adultes, tout comme les singes, ont appris à se méfier d’elle et à en réprimer, sinon toutes les modalités, du moins les plus grossières et les plus manifestes, celles que l’entourage reconnaîtrait immédiatement. »

…et comment désamorcer la rivalité

« Les règles du royaume de Dieu ne sont pas du tout utopiques : si vous voulez mettre fin à la rivalité mimétique, abandonnez tout au rival. Vous étoufferez la rivalité dans l’œuf. Il ne s’agit pas d’un programme politique, c’est beaucoup plus simple et fondamental. Si autrui vous oppose des exigences excessives, c’est qu’il est déjà dans la rivalité mimétique, il s’attend à ce que vous participiez à la surenchère.
Donc, pour y couper court, le seul moyen, c’est de faire le contraire de ce que la surenchère réclame : payer au double la demande provocatrice. Si on veut que vous marchiez un kilomètre, faites en deux ; si on vous frappe la joue gauche, tendez la droite. Le royaume de Dieu n’est rien d’autre, mais cela ne veut pas dire qu’il soit d’accès facile. »

Extraits de Quand ces choses commenceront…

Sous forme d’entretiens (avec Michel Treguer), une immédiate et vivante introduction à son œuvre (Arléa, Poche, 1996)

Biographie
25 décembre 1923 : naissance à Avignon.
1943-1947 : études à l’Ecole nationale des chartes.
1947 : départ aux Etats-Unis pour enseigner la littérature.
1952 : mariage avec Martha.
1961 : Mensonge romantique et vérité romanesque, premières bases de sa théorie «mimetique ».
1980 : intègre la prestigieuse université américaine Stanford, en Californie.
2005 : élection à l’Académie Française
2015 : décès à l’âge de 91 ans

Et je trouve que la relève d inspiration que je choisis a l instant où Girard vient à mourir, et en la personne de Cynthia Fleury, d être irremplaçables et en lien, avec l autre, les autres, et dans le courage d un víde qu ils ne combleront pas, même en groupe idéal, sur tout pas, je trouve que cette relève est un modèle sans surenchère possible. Au Développement Personnel et aux recherches de HP (Haut potentiel) succède peut être un jour le retour au désir Originel, celui d’être né et de mourir pour seule conquête partagée. Entre les uns et les autres le droit de Cité.

Meurtre d’âme, irremplaçable

Parmi les trois métiers impossibles, éduquer, gouverner, soigner, aujourd’hui avec Katrien, j’ai essayé d’éduquer… De meurtre d’âme, enfant meurtrie, faire naître la femme enfin. Et ma lecture du moment m’y aide bien :

 » Éduquer, c’est toujours donner ce qu’on n’a pas reçu. »

Pallier l’insuffisance de sa propre enfance. Toujours un pas de plus. Jonas définit d’ailleurs l’archétype intemporel de toute responsabilité comme celle des parents à l’égard des enfants (Hans Jonas, Le principe responsabilité 1979, Flammarion, Champs Essais, rééd. 2013, p.250).

L’enjeu est immense, et les individus ne sont toujours pas aptes à devenir parent. Les dysfonctionnements conscients ou inconscients des parents sont multiples, et les conséquences graves sur la vie psychoaffective de l’enfant.

« Meurtre d’âme », écrit Shengold. Ou comment le parent a le pouvoir de détruire la dynamique d’individuation chez son enfant, précisément parce qu’il est celui par lequel elle d’inaugure.

La notion d’assassinat d’âme, d’âme assassinée, de meurtre d’âme se trouve chez Daniel Paul Schreber (1903), dans ses mémoires d’un névropathe. Freud y consacrera une étude dans le recueil Cinq Psychanalyses, sous le titre « Remarques psychanalytiques sur l’autobiographie d’un cas de paranoïa : Le président Schreber ». Depuis la notion a été explicitée par Léonard Shengold, Meurtre d’âme, Calmann-Levy, Le Passé recomposé. 1998.

« Un meurtre d’âme est le plus souvent perpétré par des parents psychotiques ou psychopathes qui traitent leur enfant comme une extension d’eux-mêmes ou comme l’objet d’assouvissement de leurs désirs, ou les deux. » Shengold rappelle que l’enfant, pour résister au meurtre symbolique, continue d’aimer son parent. Et plus tard, le consentement à l’asservissement est une opération qui peut se répéter.

Orwell conte précisément dans 1984 comment elle devient archétypale des nouvelles sociétés. O’Brien disant à Winston Smith « Jamais plus vous ne serez capable de sentiments humains ordinaires. Tout sera mort en vous. Vous ne serez plus capable d’amour, d’amitié, de joie de vivre, de rire, de curiosité, de courage, d’intégrité. Vous serez creux. Nous allons vous presser jusqu’à ce que vous soyez vide puis nous vous emplirons de nous mêmes ».

La fin du roman signe le succès de la prophétie. Winston est alors capable de regarder la face de Big Brother et de l’aimer. Il en est même persuadé enfin d’avoir vaincu ses propres démons en effaçant toute équivoque de son cœur. Enfin il est apaisé.

« La lutte était terminée. Il avait remporté la victoire sur lui-même. Il aimait Big Brother. »

Le meurtre d’âme est l’effort délibéré pour priver l’individu de toute potentialité d’individuation. L’éducation n’est heureusement pas le monopole des parents. La vie recèle d’autres occasions de rencontrer des irremplaçables , des tiers résiliants, avec lesquels l’individu meurtri construit son individuation. »

Les irremplaçables
Cynthia Fleury