La fin des épiciers de l’humain

Le Pen – Macron. Et si chacun des deux avait réussi ce qui lui tenait à coeur, son désir, sans plus de préparateurs professionnels à la c… ?

Qu’est ce qu’ils aiment tous ces epiciers de savoir être – rentrer le ventre, sentir les pieds, meta-communiquer là où la parole est tout simplement empêchée mais jamais confisquée -, se reapproprier les soi disant recettes d’un succès au naturel. Ici en lien le décryptage forcé d’un débat présidentiel. J’ai aimé moi être le témoin d’une rencontre incarnée et d’un espoir de réalité.

Macron est quelqu’un qui ne s’est jamais embarrassé des convenances ou des railleries. Des réprimandes, des avilissements et des flatteries qui accueillent le nouveau, l’enfant puis l’adulte actif. Les unes et les autres le rappellent naturellement à son essentiel à lui, sur lequel il n’a jamais dérogé. C’était alors oui, du côté de la Le Pen une mauvaise « stratégie », mais aussi probablement a-t-elle été dépassée de son naturel à elle, de sa part d’humanité : quel plaisir que d’occuper toute une soirée, telle Cendrillon soudain, à se faire le petit jeune en grand public (poussée libidinale assurée), là où le vieux la tient dans son fantasme intime depuis qu’elle est née (morte-née ainsi).

Et si chacun des deux avait « réussi » ce qui lui tenait à coeur, son désir, sans plus de préparation « professionnelle » « à la c… » ?

Un de mes « meilleurs » patients, dans le sens de très patient pour se rencontrer lui-même avant tout à chaque parole et geste posé en société – il est cadre dirigeant – envoie aujourd’hui valser tous ces coachs qu’on lui assigne, coachs d’office, référencés, soumis, pour la moindre prise de parole sur l’écran ou sur le terrain des contestations sociales auxquelles il fait régulièrement face.

– Ce que j’ai à leur dire et comment le dire je le sais seulement lorsque je m’adresse à eux comme je n’ai jamais pu m’adresser à mes parents.

Ont-ils, tous ces préparateurs, préparé leur propre déni tout simplement sans se le dire ? Si les nouveaux acteurs s’en passent ils se retourneront à lui. Grand bien leur fasse et nous aussi.

 

Mettez au moins un(e) vrai(e) paresseu(se) émotionnel(le) dans vos groupes d’intelligence collective

Comment participer à l’intelligence collective lorsque règne la paresse émotionnelle dans nos environnements post-modernes, business et réseaux ?

Nous l’avons tous vécu. Cette situation. Ce chef qui vous demande vos idées et qui ne se laisse pas toucher par elles. Ce consultant qui vient recueillir vos réactions spontanées sur un questionnaire tout prêt, qui bien sûr ne recueille en rien la tessiture de votre voix, ni vos hésitations ni vos convictions tout aussi fortes. Cet animateur de groupe, thérapeutique ou créatif peu importe – se réunir est d’être un peu moins des êtres de manque et de toute-puissance – qui, de par son protocole bien huilé, « codev » ou tout autre, empêche tout débordement, favorise « l’avancement ». Ou l’idée qu’on avance. Mais est-ce que le sentiment, pour chacune, pour chacun, en est aussi immense ?

Nous avons tous côtoyé aussi, dans le groupe, immergés, le participant qui organise, ordonne, replace, réintègre, reformule, ouvre, limite, consolide, restitue, et s’approprie ainsi tout ce qui aurait pu être un élan, une retenue, une tentative, une confusion, du saugrenu, de l’évidence, une insulte, la séduction, une planque, l’attaque, ou même une souffrance. Nous avons tous vécu aussi auprès de celui qui ne participe pas en apparence. Son silence pourtant en dit long sur ce qui manque au groupe lorsqu’il se complaît à être un groupe plutôt qu’une rencontre. Celui soi disant plein d’idées, qui les balance. Comme des crachats, des flatulences ? Celui qui est d’accord avec tout. Celles ou ceux qui s’entendent si bien qu’ils se prennent le bec comme s’ils étaient tous seuls et que leur création était attendue comme une mise au monde.

Je pourrais continuer. Les paresseux émotionnels sont nombreux lorsqu’on fait appel à leur intelligence ensemble. Et moi qui les regarde et qui les écrit je suis bien paresseuse de ne pas regarder et écrire entre les lignes ce qui dort, l’étincelle qui se noie, dans ces comportements. L’étincelle qui est là. Par moments. Difficile de se dérober à la vie vivante tant qu’on l’est. Vivant.

Elle est venue faire l’expérience d’un groupe d’innovation dans le métier du Conseil sur des bases d’analyse des élans transférentiels qui se manifestent par moments entre les accompagnés. Puisque ce groupe se compose de sujets, il n’est pas groupe d’aliénés au groupe, et qu’il est animé par un duo d’analystes Balint, ou Anzieu et Kaes si nous restons hexagonaux. Les groupes de médecins animés par Michael Balint ont laissé leur nom à la postérité pour marquer tout ce qui se désintéresse des contenus échanges – une erreur de diagnostic, un patient amoureux, ou bien mort, par négligence ou de mort naturelle, ces contenus ont peu d’intelligence à révéler -, pour s’intéresser plutôt aux affects échangés : Qui est ce mort pour le praticien ? De quelle rage ou de quel soulagement veut-il parler ? Quel est l’amant éperdu jadis éconduit qui, en la personne de ce patient, revient ? Quelle est l’épreuve passée et ratée que le serment d’Hippocrate pourrait donner l’illusion de pouvoir combattre à jamais ?

Toutes ces expériences personnelles passées passent aussi dans l’identité professionnelle, passent surtout dans la vocation et dans le métier. Et « reprendre l’ouvrage cent fois s’il le faut » comme le disait Freud.

Et ces consultants face à elle parlent trop de l’attention qu’ils y portent, de la sensibilité qu’ils y mettent, du besoin les uns des autres, des différences entre eux, et aussi de tout ce qu’ils acceptent sans conteste comme étant sans aucun doute partagé mais qu’ils n’arrivent pas encore personnellement à contacter. La confiance dans l’autre, le transfert d’un affect chargé à blanc le temps du retour du refoulé, un temps psychique propre à chacun, leur suffit pour rester en lien. Comme pour vous peut être qui me lisez tout ceci est d’une trop inquiétante étrangeté.

Ce n’est donc pas par paresse émotionnelle que cette jeune femme se retirera du groupe. Elle aurait pu tenter de nous convaincre, nous combattre ou nous amadouer. Se saisir de sa collègue puisqu’elle avait choisi de ne pas venir seule. A deux il y avait de quoi trouver la parade paresseuse qui aurait rendu intelligentes nos productions, partageables, porteuses peut être même dans ce métier qui se cherche.

C’est parce qu’elle est à fleur de peau.

 » Je vous avais dit, bien avant l’événement, que je ne mélangerais pas mes ressentis personnels à des échanges entre pros. Je vous souhaite le meilleur. Belles continuations. »

Tu nous reviendras un jour peut être Manon.

Note clinique : toute défense, haute comme l’Everest, est un désir qui monte, escalade les sommets.

Université d’été du coaching clinique psychanalytique 5/5

Le déroulé conceptuel de présentation du symptôme qui articule la psyché du sujet normalement névrosé, qu’il apparente à son identité, a fait l’objet de cette Université d’été pour un coaching clinique psychanalytique non aveuglé par les objectifs institutionnels, ou conventionnels auxquels chacun peut prétendre et son désir dérober. Il est issu, librement inspiré, du Séminaire Psychanalytique de Paris du 18 juin 2015. Sur mes notes de la conférence de Monsieur Pasani.

Cette dernière partie que j’y adjoins s’efforce d’y apporter le retour expérientiel de ma propre pratique d’instrument psychique « good enough » au service de mes accompagnements individuels ; du tissu contre-transférentiel offert à partir du duo que je forme avec André de Châteauvieux en animation de groupes restreints, d’accompagnateurs, de consultants, de RH et de cadres dirigeants. De tous ceux qui en viennent à y songer : qu’il n’y a pas de prêt-à-penser l’entreprise, aussi libérée qu’on la pense. Que tout se dérobe autour et qu’il ne tient qu’à soi même de reconnaître sa propre expérience psychique, de lien symptomatique au monde.

Dès l’appel téléphonique de prise de rendez-vous, comme un premier cri de nouveau né dit de lui sa vigueur, l’analyste peut entendre le symptôme. Dès le premier mail ou SMS échangé, le coach analyste lit entre les lignes des formules toutes faites d’autres lignes de faille et buissonnières. Celles qui vont le retenir auprès d’un autre, un temps contraint. Autant en faire le matériau vivant de son accompagnement, par delà la « commande » formelle ou même ouverte, trop ouverte.

Le symptôme s’exprime dans la relation à l’autre, dès qu’elle s’ébauche, et surtout à l’état d’ébauche ! Dans le langage courant nous disons de nous fier à la première impression. Elle ne peut porter en elle l’être entier. Mais elle porte bien en elle, dans cette sensation d’irréel qu’est la rencontre, comme un rêve éveillé, la radicalité du symptôme. Sauf que, attention, la première rencontre radicalise l’analyste autant que l’analysant qui y postule. La meilleure attitude à avoir n’est pas un rituel de l’accueil bien maîtrisé, inconditionnel, « neutre et bienveillant ». L’analyste sonnerait faux… Hein André ? Il en est qui nous quittent aussitôt tellement derrière cet écran de mire ils décèlent un « bruit de fond ».

L’accueil au naturel est celui du contre-transfert.

Le contre-transfert de l’accompagnant précède celui de l’accompagné. Celui qui choisit le métier d’accompagner possède, grâce à son propre travail sur lui auprès d’un tiers, une malléabilité psychique accrue, et une confiance dans sa capacité à se rassembler quel que soit le fil d’associations libres qui se présente spontanément dans sa psyché en présence de l’autre. Le « jadis familier », dépassé si sans histoire, refoule si l’impensable s’en ai mêlé, et qu’il se repense par bribes et qu’il s’agit de façon répété, ce familier d’enfance, l’inquiétante étrangeté des êtres chers, les propres pulsions violentes et sexuelles surtout et envers eux, c’est le contre-transfert qui trouve en chaque accompagné un nouveau droit de cité. Un devoir, professionnel.

C’est bien pour cela que la spontanéité de l’analyste combinée à son éthique lui offre une certaine lucidité au moins sur « la place où l’autre le met ». C’est l’ombre qui donne le relief. Une part aveugle doit être supportée.

Seule l’angoisse ressentie procure le ciment qui sature et relie l’espace de la séance. Et ce de séance en séance.

L’analyste, qui ne se protège pas assez de ses propres résistances, aide ainsi tout simplement à faire émerger quelque chose du symptôme de l’analysant pour lui-même. Cette question qu’il pose au monde. L’analyste lui-même questionne, soit dans les moindres détails de ce qui se donnerait à dire et à voir comme un tableau original, soit s’il est plus difficile d’accès en allant sur son versant d’angoisse justement : à quel moment est-ce difficile pour vous ? ou bien, vous semblez surpris du tour que prennent les choses, qu’est ce qui vous étonne ? Et il est d’autant légitime qu’il fait son propre examen de conscience, en recul clinique en séance, en supervision continue en inter-séance.

Rappelez vous toujours de la réclame : le symptome, ça t’étonne ! Qui devient vite : c’est tout moi, ça ! Entre la satisfaction narcissique et la culpabilité œdipienne chacun de nous se débat, ou en joue sa joie. C’est tout le travail d’analyse qui est fluide si entre le symptôme et l’angoisse il est possible de tenir ensemble.

Nous reparlons ici et de symptôme, et de refoule, et de trauma et d’angoisse, comme il fut question dans le chapitre précédent. Il est temps d’introduire la part de l’inhibition. Les plombs qui sautent ce ne sera pas tant un acte commis malgré soi, qu’une sécurité interne mais o combien pour rassurante contraire au risque de vivre et à ses joies

Mais prenons pour commencer le cas béni de ce patient qui, en effet, aime son symptôme. Qui n’a pas mis entre l’angoisse et lui l’inhibition, le renoncement. Le tact, l’élégance, la gouaille, l’humour de l’analyste selon son caractère, et sans jamais se prendre au sérieux, sont les meilleurs alliés. La clinique n’est pas la distance froide du professionnel mais bel et bien son implication affective et responsabilisante.

Ceci est tout simplement possible parce que le symptome n’est toujours qu’un déplacement du trauma, du refoulé, de l’angoisse, sur quelque chose d’acceptable, le compromis trouvé entre soi et soi, et la formation qui en résulte, une condensation de diverses forces en réseau. C’est pourquoi que d’ouvrir les réseaux associatifs par la curiosité, l’étonnement, la précaution, le sourire entendu, voire la franche rigolade partagée, cela libère toute la complexité que le symptôme tenait jusque là en « réduction », mais sans jamais se fermer complètement sur lui même, sans jamais en faire une construction qui se suffirait. La relation à l’autre et l’ouverture à ses apports, attendus dans le transfert, est prépondérante par rapport à la répétition pure et simple, passive, du transfert originel, parental ou de toute autre figure jadis d’autorité.

– Pour le névrosé obsessionnel il s’agirait ainsi de pouvoir revenir à un moment de la pensée à l’affect. Les pensées obsédantes ont pris toute la place, déplacé l’affect d’origine. Il pourrait être recontacte avec à la fois la distance d’aujourd’hui et tout sa force qui peut en toute confiance face à l’accompagnant se déployer.

– Pour l’hystérique c’est la condensation qui domine, et il est nécessaire de déplier toutes les subtilités des idées et des sentiments pris au « piège ».

– Avec le phobique enfin, le névrosé qui a déplacé et concentré son angoisse sur l’existence d’un objet extérieur, ce qui lui permet de vivre assez bien hors de la présence de cet objet, il s’agit de déplier affect par affect. Car un affect cache un autre, ce qui lui permet de délimiter l’espace de ses affects et d’en venir au surgissement de l’angoisse, tempérée par le cadre analytique, par la progression de la cure selon la chaîne associative du patient.

La phobie est une hystérie de l’angoisse selon Freud, comme une alternative à l’hystérie de conversion, de conversion du trouble psychique en trouble physique, de la tête vers le corps.

Et la névrose obsessionnelle, elle, se tapit en gigogne derrière la phobie qui enrobe l’hystérie. Tout ceci n’est qu’une question d’où le symptôme se place : à l’extérieur, dans le corps, dans la tête qui ne peut cesser de penser, à tout sauf à l’impensable encore une fois sexuel.

En tout dernier ressort, et au plus difficile de la cure bien avancée, il s’agirait de toucher le lien entre le symptôme et le fantasme qu’il masque. C’est pourquoi l’approche progressive et raisonnée de la pensée n’est pas adaptée. C’est une approche par l’affect, par la recherche aléatoire, chaotique, et par la surprise.

Et l’inhibition, l’absence de symptôme face à l’angoisse, en constitue l’écueil. Elle est alors renoncement, mécanisme d’évitement (par exemple l’enfant sait lire mais la lecture à voix haute lui est impossible) alors que le symptôme est une formation de compromis qui n’empêche pas la réalisation d’une fonction mais la modifie (l’enfant apprend à lire mais inverse les lettres, les confond, etc.). Dans le cas d’une phobie scolaire, l’inhibition provoque des absences, de corps ou d’esprit, des oublis, des manquements, des étourderies. Rien n’y fait. Rien d’autre que de manquer à l’obligation scolaire sans s’y opposer vraiment.

L’inhibition concerne les potentialités d’action d’un sujet, le symptôme traverse l’acte du sujet qui reste capable d’agir.

L’inhibition est une formation défensive du moi alors que le symptôme est une formation de l’inconscient, une construction d’ordre métaphorique qui s’articule au fantasme et suppose un savoir inconscient, donc déchiffrable. Le symptôme est et a une signification.

En situation d’inhibition, en entreprise souvent de par le cantonnement de l’humain a sa fonction de « ressource », nulle chaîne associative ne se libère, elle se contient bien au contraire. – A quoi pensez vous : à rien. Et ce rien est riche de vie tout en retenue.

Les salariés ont choisi de répéter la vie en famille plutôt qu’en indépendants. De ne pas avoir de désir avec la remise en cause constante que cela signifie. La vie inconsciente n’y a pas de place. Les processus primaires irrationnels et inconscients s’inhibent complètement.

L’inhibition là contient et retient le désir même qu’elle empêche, tendant à annihiler le sujet désirant. Ce qui donne toujours au sujet inhibé une tonalité dépressive. Une activité ne peut avoir lieu, l’inhibition est rétention de l’action car elle introduit « dans une fonction un autre désir que celui que la fonction satisfait habituellement […] il y a occultation du désir derrière l’inhibition.  »

Dans le cas de la phobie scolaire comme du signalement RPS, le seul but est de ne pas agir le désir du sujet bien trop porteur d’altérité !

Comment recréer un va et vient entre les processus psychique primaires et secondaires, inconscients et conscients, irrationnels et sensés ? En groupe secure et dynamique et par la mobilité psychique que procure à nouveau le jeu, un jeu encore plus riche que dans le tête à tête analysant-analyste. Ce sont les processus tertiaires promus par André Green et toute l’école française de la psychanalyse contemporaine (Pontalis, Anzieu, Kaes) jusqu’au cybernétique Serge Tisseron aujourd’hui.

Mais attention, puisque « le nous est une résistance du sujet », puisque le couple, la famille, l’entreprise nuisent à l’être désirant, et tel est le point de départ de cette école avec Jacques Lacan, des conditions doivent être réunies, et c’est le rôle des animateurs en duo de ces groupes dont je suis, avec André de Châteauvieux. Pour que l’inhibition des uns ou la toute-puissance des autres ; les jeux personnels de pouvoir, de séduction, de paralysie du tout, de fuite en avant, de ceux qui s’y retrouvent trop ; les fantasmes de morcellement, d’éclatement, de liquéfaction, d’effondrement de ceux qui ne s’y retrouvent pas, dans le groupe qui les reflétera, ne prennent pas toute la place. Que la place soit aux fondements de tout « ça ». Au questionnement des animateurs qui ponctuent les mini séquences de la séance de groupe autour de l’un de ses sujets… Qu’est-ce qui te fait dire ça ? Qu’est-ce qui te fait t’opposer à l’autre ? Qu’est ce que tu ressens lorsque tu t’effaces de cette séquence ? Etc etc Toujours en animateurs engagés, et à la fois capables de se décaler : par le rire, par l’audace, par la retenue, le respect, par le silence aussi.

Le silence de l’analyste, si pesant dans un tête à tête. Le silence a une place de choix dans le groupe dont la dynamique si bien décrite par Kurt Lewin est stérile sans ça. Sans le doute, sans l’éventail des possibles qu’ouvre de ne pas S’en tenir aux communications explicites, aux interactions manifestes. Et que le groupe évolue d’être une fin en soi, un idéal partagé, à être un espace transitionnel, imparfait, good enough, pour chacun, d’où chacun peut retirer des enseignements et des frustrations qui lui restent personnelles, et cela lui est respecté, et ensemble, en même temps, envers et contre tout, créer : le métier d’homme du moins.

Et ici conclure à la jonction, au cap horn, du coaching et l’analyse ; du symptôme qui est formation de compromis entre le désir et la défense, et l’œuvre qui est transgression autant qu’universel apport ; de la nature humaine et de la culture pas si malaisée, good enough again, en la assez bonne compagnie de l’humaniste : Carl Rogers.

 » La cause première de la créativité semble être cette même tendance que nous découvrons comme force curative en psychothérapie – la tendance de l’homme à s’actualiser et à devenir ce qui est potentiel en lui. Je veux parler de la tendance propre à toute vie humaine de s’étendre, de grandir, de se développer, de mûrir ; je veux parler du besoin de s’exprimer et d’actualiser ses capacités propres. Cette tendance peut être profondément enfouie dans la personne ; elle peut se cacher derrière des façades compliquées qui nient son existence ; je crois pourtant qu’elle existe en chaque individu et n’attend que l’occasion de se manifester. C’est cette tendance qui est la cause première de la créativité quand – dans son effort pour être pleinement lui-même – l’organisme entre dans de nouveaux rapports avec son entourage . « 

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imageII. La structure de la névrose selon Freud

L’articulation du symptôme fournit une structure a la névrose des sujets qui sont dans la « normalité ». Ni pervers ni psychotiques. Cette articulation s’effectue en psychanalyse sur trois axes conceptuels, qui restent relatifs : le trauma, le refoulement, l’angoisse. La clinique, chaque cas singulier, se dérobe à la théorie, fait appel à la relation vivante.

A ) Le rapport du symptôme et du trauma

En termes d’économie psychique Freud décrit le trauma comme étant un afflux d excitation. Le sujet débordé par un tel afflux n’a pas la ressource psychique pour élaborer, se représenter ce qu’il vit. Le trauma c’est le sexuel qui ne peut pas s’intégrer à la vie psychique. Le sexuel déborde le registre de la sexualité. Le sexuel est l’effraction, l’intrusion qui a été conservée de l’impensable et cet impensable fait trauma. C’est le cas de la séduction sexuelle précoce de l’homme sur la petite fille. Cette séduction n’a pas pu être intégrée. L’expérience ne peut s’inscrire dans un réseau de représentations. Ses restes demeurent enkystés. L’abus sexuel est irréconciliable avec la vie psychique.

Enkyste. Protégé. L’impact traumatique ne s’opérera que dans l’après-coup.

Il s’agit d’un moment de séduction avant la maturité sexuelle. Ce premier temps n’est pas un trauma. C’est possiblement un événement vécu mais il ne provoque pas de symptôme. Le trauma ne peut exister que dans l’après, avec la survenue d’un second événement post pubertaire venant réveiller le premier événement (Lacan)

La jeune fille rentre dans une boutique. Les vendeurs sont moqueurs, blagueurs, grimaçants. C’est ce rictus grimaçant qui va réveiller le souvenir d’attouchements sexuels par un adulte lui même défiguré dans sa jouissance, dans son étrangeté vis à vis de la fillette qui en est l’objet.

Le trauma n’est donc pas l’événement lui-même mais la reconstruction de l événement. Le souvenir agit plus fort que l événement lui-même. C est le souvenir qui devient traumatique.

« L’hystérique souffre de réminiscences. » – conclut Sigmund Freud.

Le trauma trouvera son expression dans le symptôme. Le traumatisme présente un paradoxe ponctue J.D. Nasio. Il se situe aux limites du transfert. Il n’est pas transférable sur la personne de l’accompagnant. C’est le fantasme de séduction qui s’opère et non plus la scène, effective, ou pas. Ce fantasme est le fantasme de l’hystérique. C’est « la faute » de l’obsessionnel qui ressasse avoir été lui-même actif, agissant le fantasme et non pas le subissant comme l’hystérique s’en défend.

B ) Le refoulement

Lieu de séparation entre le conscient et l’inconscient. C’est le refoulement originel qui crée l’inconscient.

Le symptôme est lié au refoulement car il marque le retour du refoulé. Le symptôme ne correspond pas exactement au refoulement. Il marque son échec partiel. Il défend contre le refoulement. Le symptôme est la manifestation intempestive du désir qui marque l’échec partiel et déforme du refoulement. C’est la définition du bénéfice primaire du symptôme. Les conditions d’origine du symptôme. Le symptôme apaise les tensions en les satisfaisants partiellement.

Mais pourquoi une satisfaction libidinale comporterait-elle une souffrance ?

L’excitation sexuelle crée un déplaisir. Elle suscite un besoin de régulation. Mais pour Freud l’explication quantitative, de l’excès d’excitation ne suffit pas. Ce sont les forces refoulantes – la pesanteur morale, les codes sociaux rigides, la religion culpabilisante, – ce sont ces forces refoulantes même qui constituent des remparts trop faibles face à la puissance de la libido, de la force vitale.

Il doit se trouver d’après lui alors, dans la sexualité même, une source indépendante de déplaisir qui donnerait dans un second temps seulement toute sa force a une supériorité morale, éthique, spirituelle. Ceci est l’expérience même de l’obsessionnel. Il fabrique une opposition solide à ses désirs.

L’obsessionnel, le maître de la pensée, même pour lui le sexuel reste impensable, impossible d’élaborer. La limite doit donc venir du desir lui-même plutôt que d’instances extérieures, sociales. Dans le travail sur l’Oedipe le désir est associé à la peur de castration.

Le symptôme est la marque de l’embarras sans cesse reconduit de la sexualité, du mouvement vivant qui pousse l’homme à s’exposer. Le refoulement correspond au maintien à l écart de cette sexualité encombrante. Une sexualité perverse polymorphe de l’enfance.

Le symptôme est ici une formation de compromis entre le refoulement et le retour du refoulé.
Il vise à maintenir ensemble des forces opposées.

Il s’exprime dans le rêve le rêve : avec le relâchement défensif on assiste à un monde transposé du désir. Le rêve garde la marque du processus primaire, celui de l’inconscient. Il condense et déplacé seulement ses représentations.

C ) Symptôme et angoisse

Dans « Inhibition, symptôme et angoisse » qu’il publie en 1926, après sa deuxième topique surmoi-moi-ça, Freud tempère l’optimisme des premiers temps de la psychanalyse qui prévoyait que par la seule parole libre les symptômes viendraient à disparaître ou du moins à se réduire notablement. Il constate que dans la talking cure il existe des butées et qui relèvent notamment de ce passé, l’enfance, qui s’invite au présent dans ses réminiscences.
Le sujet créé lui-même les conditions pour revivre une souffrance ancienne au présent, pour répéter des modes relationnels et d’action.

Ce n’est plus qu’une logique d’après-coup. D’une répétition de la scène traumatique, ayant fait effraction dans le psychisme de l’enfant que ce soit par l’imagination ou par l’abus consommé, qu’il suffirait de relier à ce fantasme originel. Il y a un point dur, un noyau que la psychanalyse ne parvient pas à lever. Il s’agit d’une butée indépassable qui correspond à un « Au delà du principe de plaisir », que Freud publie de suite aussi. Ceci correspondra ensuite à toute la théorisation de la jouissance déployée par Lacan. Il n’y aurait ainsi plus de mauvaises rencontres à identifier et que l’on pourrait « corriger » et « éviter » mais une tendance humaine irréductible.

Le symptôme, dans ces circonstances, protège de l’angoisse qui est inexorablement associée à l’inconvénient d’être né et à un avenir qui est de mourir. Et entre les deux « moi » jamais irrésolu.
La où le trauma représente dans son ignorance de soi, l’intrusion, quelque chose d’extérieur qui s’impose à moi, l’angoisse c’est l’affect intime qui surgit lorsque je n arrive pas élaborer, a avoir la pensée de ce qui me dépasse.

L’affect dans sa radicalité c’est l’angoisse. Un affect désarrimé. Sans violence, sans tristesse sans rien de connu. Le signal d angoisse permet tout juste d’enclencher le symptôme.

L’affect angoisse sera lié pour Freud à la menace. Et une figure de menace est la castration pour Freud, le manque pour Lacan. On fait porter l’empêchement sur l’autre alors que c’est soi même qui se met sous la menace de la castration.

Le symptôme est ainsi le système défensif qui caractérise la névrose, la « normalité » psychique.
La forclusion ou déni, le clivage et le rejet sont les mécanismes anti-relationnels de la psychose.

L’attachement que le sujet porte à son symptôme est un attachement narcissique. Toucher au délire privé de l’individu révèle son identité singulière. Le névrosé tient au symptôme. Un remaniement est difficile. L’individu s’en arrange de la souffrance associée. L’aménagement relationnel qui en découle est son bénéfice secondaire.

Le bénéfice secondaire est celui qui n’est plus associé au symptôme lui même, mais lié aux conséquences du symptôme. Il constitue la Néoréalite qui enferme et protège le sujet.

Le bénéfice primaire permet de trouver du plaisir là où quelque chose est refusé. L’aboutissement du désir est impensable et c’est cela qui est réussi, de par le symptôme. Le symptôme c’est moi et ma continuité d’exister en dépend..

La bascule de Freud se fait autour du champ sexuel du symptôme. Dans la bascule de Lacan l’inconscient est un langage. Le symptôme apparait comme la métaphore de cette effraction du sexuel qui ne rentre pas dans le registre du langage. Pour Lacan c’est parce qu’il y a langage qu’il y a trauma. Il faut créer un champ d’appartenance pour repérer ce qui ne rentre pas dans le champ. C’est au croisement des champs réel, symbolique et imaginaire que se depose le symptôme, étant à la fois le signe, le signifiant et le signifié.

Symptôme et imaginaire

Ce que le symptôme donne à voir. Projection imaginaire de ce que l’autre y voit, entend de ce donne à voir à entendre. L hystérique cherche une définition d’elle même au regard d’un autre. Il existe ainsi une fuite d’images pour l’hystérique. L’imaginaire lui permet de s’accrocher par moments à certaines de ces images.

Le sujet s’accroche à son symptôme comme une définition de lui-même.

Le symptôme en même temps qu’il fait tache, étonne, fait image. Il permet de maintenir une satisfaction narcissique.

La dimension aveuglante du symptôme pour ne pas laisser voir et ne pas voir ce qui rentre dans l’image narcissique est sa réussite quant au désir.

Symptôme et symbolique

Pour désigner le plus intime de soi il est nécessaire d’avoir accès au plus autre. La langue même maternelle reste étrangère, toujours insuffisante.

Symptôme et réel

Le réel est la part irrépressible du symptôme. La réminiscence. La répétition. Ce qui ne rentre pas dans le registre du langage continue de se réaliser. La douleur du symptôme est aussi une façon de jouir, sans fin.

De ce symptôme qui s’impose et qui se refuse nous ferons une cinquième partie de cette université d’été du coaching clinique psychanalytique. En lui offrant la matrice reposante et dynamisante d’un appareil psychique groupal. Celui qui relie le patient – client à son analyste – coach, ou celui qui se déploie en groupe restreint de patients – clients autour de deux analystes comme cela a été théorisé en souplesse par Anzieu et Kaes.

Puisque la névrose est la maladie d’amour, et ses symptômes issus du trauma originel, du retour du refoulé, de l’angoisse qu’ils parent – s’en protègent et l’habillent du même tour de main – , seule la relation l’entretient, sans rémission définitive ni échéance fatale non plus.

Ici, ce dernier exposé conceptuel et aride du symptôme dans son rôle d’articulation de la vie psychique et de structuration névrotique est issu intégralement du Séminaire Psychanalytique de Paris du 18 juin 2015. Sur mes notes de la conférence de Pasani.

À suivre, à l’occasion de l’été indien de la rentrée, le retour expérientiel et alors amoureux de ma propre pratique d’instrument psychique au service de mes accompagnements individuels ; de tissu contre-transférentiel offert à partir du duo que je forme avec André de Châteauvieux en animation de groupes restreints, d’autres accompagnateurs, de consultants, de RH et de cadres dirigeants.
Très bel été !

Ah, et voici ici dévoilée l’armature qui sous-tend l’œuvre en mousse de latex plus vraie que nature du commencement. Et son créateur en signature. Et la photo, oeuvre de moi à l’occasion de son exposition à l’octroi de Villeneuve sur Yonne.

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Université d’été du coaching clinique psychanalytique 3/5

I. Le symptôme psychique d’après Freud

Les présentations de Charcot à la Salpetriere développent une clinique du regard sur les symptômes de la main d’un praticien lui-même hystérique pris dans son propre symptôme de captation d’images voire de fascination.

Freud s’intéresse à cette nouvelle approche du symptôme, de ce que le symptôme donne à voir, en lieu et place d’un savoir du clinicien SUR le symptôme. Ce que le symptôme sait de celui qui le porte attire aussi son regard. Mais étant lui même de structure psychique obsessionnelle, et non hystérique comme c’était le cas de Charcot, il va développer très vite une autre clinique : ce que le symptôme donne à voir ne serait qu’un substitut de pensée et de parole, l’expression d’une force, d’une puissance à se dire, avec le support du corps pour s’y proférer.

Freud constate notamment dans l’hystérie de conversion, « la belle indifférence » de l’hystérique. Alors qu’elle souffre dans son corps, la mimique du sujet féminin reste sous contrôle. Freud constate que lorsqu’on touche à l’expression organique du symptôme il advient même une mimique de satisfaction, et non de douleur. Ce décalage constaté exprime un manquement quant à l’acte – la douleur n’entraîne pas une réaction de douleur -, et en même temps le triomphe du désir inconscient. Le symptôme est ici une forme de satisfaction libidinale. La localisation douloureuse sera à considérer comme une zone érogène. Trouver les liens entre ce désir et le symptôme développé est le programme dense de tout travail d’analyse.

Ainsi, dans le cas de cette belle indifférente, Elizabeth, c’est par une longue et patiente écoute, par une remémoration active, en lieu et place d’une hypnose passive et fulgurante, par des correspondances de sens, par la libération des affects bloqués (abréaction), qu’il va être possible d’aboutir à la scène qui condense l’origine du « mal », et du bien. Ce mal à la cuisse droite, point de contact avec la jambe du père posée sur elle pendant le travail de soin, de pansement, du géniteur âgé et malade, ce point de contact est chargé d’excitation.

Ce symptôme est le résultat d’un conflit : le désir érotique de la fille pour le père, interdit, et la charge protectrice et respectueuse du père en même temps assumée par la fille, légitime.

Quoiqu’il en soit, la signification d’un symptôme n’est jamais univoque. Il s’agit toujours d’un complexe en réseau. Le registre de la cause en psychanalyse n’est jamais saturé ; le désir sera déterminé plusieurs fois pendant l’accompagnement et lors d’une séance même. L’expression manifeste du symptôme marque le point de croisement de plusieurs lignes, de pensée, d’existence du sujet.

La constitution du symptôme échappe à la maîtrise consciente du sujet. Le symptôme c’est lui, sujet, il le définit et d’autant plus qu’il n’en a pas la maîtrise. C’est une formation de compromis entre son désir et ses défenses, réunion de deux forces contraires venant singulièrement se rejoindre et le rendant sujet.

Il produit la psychonévrose de défense qui caractérise tous ceux d’entre nous qui sommes rentrés, par l’Oedipe, par la frustration, mais par la force vitale aussi, dans la structure de la normalité : névrotique, hystérique pour le féminin, obsessionnelle dans son pôle masculin.

Le symptôme est en somme, une façon, la meilleure que chacun ait trouvé, de se défendre, de lutter, contre la représentation érotique qui est à notre origine même, et qui préfigure la fin, à partir de notre « absence » au moment d’être conçus. D’être déjà nous. Déjà plus.

Nous n’en tirerons pas, jamais, l’expression d’une satisfaction sexuelle pleine puisque nous nous en défendons tout autant. Le sujet arbore son symptôme comme ce qu’il a trouvé de mieux pour se défendre de son propre désir tout en le réalisant partiellement. Désirer c’est vivre alors.

À suivre le développé de la structure de la névrose, ou l’articulation du symptôme en trauma, angoisse ou refoulement.

II. La structure de la névrose selon Freud, dans le séminaire psychanalytique de Paris du 18 juin par Monsieur Pasani.

L’articulation du symptôme s’effectue en psychanalyse en effet sur trois axes conceptuels, qui restent relatifs : le trauma, le refoulement, l’angoisse. La clinique, chaque cas singulier, se dérobe toujours à la théorie. Le désir court toujours… C’est la vie.

Lampées originelles

Elle a embrassé un lampadaire, un soir de nouvelle lune où elle revenait joyeusement d’une virée en famille. Un de ces soirs où tout semble possible, où maman s’est fait belle, où papa est un peu gai avec ses cousins, ses collègues ou ses copains, mais pas colérique ivre comme à son habitude, à chaque fois qu’il boit seul et « pas tant que ça », face à la seule tablée enfantine composée de sa femme et ses rejetons soumis.

Il a bu aussi ce soir, mais avec ses voisins il a échangé sa rage en rires partagés, et la vue des dames un peu allumées l’a aussi comblé.

Et elle, sa fille qui grandit et qui le regarde de plus en plus dans les yeux, face à face enfin, elle a embrassé ce lampadaire dresse sur le chemin du retour. Un lampadaire qu’elle n’a pas vu venir comme il ne l’a pas vue devenir femme. Lui.

– J’étais déjà sonnée du bras de fer avec la nuit, et mon père m’a giflée en plus. Le visage rougi, les yeux exorbités, c’était moi, c’était lui, face à face obscène à deux.Et elle rêve d’un homme qui est tour à tour noir, laid, gros, vieux, agite, et qui au milieu de ses nuits, encore aujourd’hui, la réveille de son insouciance que la journée elle retrouve invariablement.

 

Des choix d’engagement, dans un projet personnel, dans une relation intime, dans une passion secrète jamais elle n’en aura fait. Elle est « bonne » commerciale pour le compte d’autrui, elle achète « bio », et souvent elle y déroge pour un petit caprice sans plus de conséquence, et elle suit toutes les séries sur son écran de nuit. Puis, elle se couche et le cauchemar resurgit.

A cette séance la, elle n’a plus grand chose à dire, elle ne changera pas sa vie, et ses rêves les plus récents semblent effilocher ses craintes, et elle s’en satisfait. Elle est contente. Je ne dis rien et elle ajoute ce qui la trompe :

– Mon rêve de cette nuit était simplement que j’allais autre part et puis je ne sais pas si j’y étais ou pas, si c’était bien ou mal, j’étais juste plus seule que jamais dans mes rêves.

C’est vrai que bien souvent l’homme qui l’a surprend arrive lorsqu’une foule se rompt : ses collègues, ses amis ou ses sœurs.

Nous sommes presqu’au bout de la séance, elle invoque tous ces autres souvenirs qui lui manquent et qui permettraient peut-être d’aller plus loin dans la liberté qu’elle se cherche.

– Mais puisque je ne vois rien d’autre… Je m’enrage au quotidien de ce dont je ne peux me départir, puis je me calme et je passe à quelque chose d’autre. Ce serait ça le bout du bout du conte.

Je n’y crois pas une seconde. Tant qu’il y a vie il y a tragédie : héroïcomique ou romantique.

– La colère du père… – Ce sont les mots que je m’entends dire. – C’est comme si vous deviez la jouer pour vous retrouver vivante. Et qu’à chaque fois elle vous ramenait à la même impasse vitale.

– Une scène me revient à vous entendre à laquelle je ne pensais plus mais qui finit d’eclairer mon rêve, mes rêves, et ces répétitions de vie : un été nous sommes allés en famille en vacances loin de notre Nord habituel, de nos amis et de nos ascendants tutélaires. C’était un de ces villages de vacances où l’on se mélange, où les enfants sont libres et les parents tombent les masques. Surtout, a nouveau, nuit tombante. Il y avait de la musique et il y avait de la danse. J’étais une Lolita éprise d’un gamin qui appréciait mes caresses maternantes. Et j’ai dansé un slow et j’ai embrassé sa bouche, gourmande. Mon père est sorti alors de je ne sais où et m’en a arraché avec violence. Ce n’était pas une gifle cette fois, ma chair était peut-être devenue moins tendre, plus tentante, mais cela a été dans mon souvenir à nouveau un bras de fer et de nuit qui m’a cette fois-ci voilée comme on bouche l’origine du monde. Ce jeune garçon que j’aimais n’a plus jamais osé me rapprocher…

– Et est-ce que vous vous êtes rapprochée vous même depuis de cette jeune fille qui ose ?

Elle pleure. Et elle embrasse ses larmes. Elles coulent jusqu’a sa bouche qui les accueille comme une douceur. Elle lèche leur saveur. Et j’en suis le témoin respectueux.

Car il est temps que cette femme que j’aime accompagner soit aimée d’autre que son père n’a cru l’aimer. Depuis qu’il a disparu et qu’elle m’a approchée, elle est encore davantage suspendue à son désir qui n’est plus, qui n’a jamais été, rien.

A cet instant, en cette fin de séance pour rien, elle s’aime, je l’aime et le jeune Denis a resurgi en son souvenir pour l’aimer comme elle est.

Pas comme un reflet du même. Elle est autre. Et elle est être libre et sensuel. Désir singulier. Qui embrasse la vie à pleine bouche debout face au ciel.

Sur scène et en duo d’artiste coach

Entre  » L’inconscient, un ami qui vous veut du bien « , et  » Développer son intelligence relationnelle  » et cultiver à ses pieds – et non comme un projet lointain, à l’avance compromis de toutes nos peurs -, l’@rt du lien, entre l’un et l’autre thème, d’intervention en duo auprès des institutions, cinq petits mois se sont écoulés ; cinq pleines lunes de recherche action, d’animation de groupes restreints et de réseaux sociaux, de réflexion sur leurs comportements et les nôtres, d’une saine évolution du  » talk show « , qui nous amène invariablement l’admiration et la détestation, à la  » talking cure  » qui permet l’analyse, l’évocation au plus libre et juste de soi, la pensée, et la dissolution alors du fantasme craint dans le réel partagé. Depuis  » Les Démons  » plus cathartiques qu’analysants, plus  » excitants « , plus fourre-tout, grand groupe ou petit groupe, connu ou inconnus, le tournant est effectif. Et nous devons beaucoup à Nicole, Christine, Daniel, Émile et tant d’autres que vous retrouvez dans les lignes des récits de séance, et qui se sont engagés avec nous en un travail au long cours et au plus près de nos difficultés partagées qui analysées prennent sens. Alors, en grand groupe aujourd’hui, en institution instituée ou en libre association, lorsque nous mettons à l’épreuve du vaste monde ce travail de jardinier – sous la bannière de l’ami inconscient ou de l’art du lien -, il est moins de coups d’éclat, plus de rencontres subtiles avec l’un ou l’autre de vous, et  » le groupe « , fantasme insoluble de l’illusion groupale oblige, plutôt déçu. L’envie perdure de poursuivre ces conférences plus ou moins grand public, plus ou moins pour initiés accompagnants et accompagnés ; d’affiner notre partage, sur les liens qui nous composent, chacun de nous, sur les liens qui nous relient, ensemble tous ; et de mieux préparer, avec les sponsors de notre venue en ces événements humains, le creuset de nos interventions. Avis aux amateurs de lien, capitaines d’assemblées ouvertes au grand air… André & Eva Avec notre gratitude envers Andrée Zerah, Christophe Peiffer, Pierre Baillon, pour leur confiance naissante ou de longtemps, et qui donne lieu à d’autres rencontres avec leur public généreux en novembre et en janvier. À suivre alors.

Le printemps des femmes

Elle est tombée souvent en son enfance. Elle est tombée souvent face au père  » lui offrant ses plaies ouvertes… »
C’est comme cela qu’elle le dit d’elle-même.
Elle est tombée souvent alors. Elle ne tombe plus. Elle ne s’offre pas. Ni à l’homme d’elle en dehors. Ni à l’homme qui l’habite et qu’elle étouffe « comme maman ».

– Il serait temps de relever le gant… – elle ajoute.

Il est temps de le jeter telle femme en séduction.
De le relever tel homme conquérant.

En cet entre-deux elle tisse son cocon.

– Je me donne le printemps pour passer à l’action ! – rêve papillon.

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Votre accompagnement, avec ou sans transfert ?

Mains du guitariste de génie Paco de Lucia RIP
Mains du guitariste de génie Paco de Lucia RIP

Elle est coach en supervision, et elle affirme ne pas souhaiter faire usage du transfert, ce déplacement de représentations et d’affect qu’effectue l’accompagne sur son accompagnateur. En le laissant s’installer, le coach analyste artiste, sans protocole d’intervention, se trouve au cœur de la névrose de son client, appelée à juste titre névrose de transfert.

À son endroit, il peut alors, se laisser faire aux processus primaires, écouter son client de façon littérale, en croyant à son argumentation, et au fait qu’elle lui soit adressée Ou bien accepter que ce que son client lui partage n’est que mythe ou rêve, condensation et déplacement d’objets familiers, dont l’expansion dans l’espace et le temps, sur une durée remarquable de l’accompagnement, et sur une foule de personnages bien plus riche que le coach –  » cela s’adresse à papa, cela a l’actuel boss, cela a maman, à ma sœur, au personnel de maison et à mon équipe en même temps  » permettra d’atteindre les processus secondaires, ceux de l’élaboration. Ceux qui ne recherchent pas que le plaisir et la « mystification » mais se frottent à la réalité et à ses « trous » et insatisfactions, en les acceptant.

Elle dit ne pas pouvoir l’envisager un instant : – je mettrais sous emprise mon pauvre client !

C’est alors que contre-transfert, son transfert à elle sur lui, elle ressent.

Et qu’il est alors irrépressible de vouloir  » détruire celui qui est le siège de l’aliénation  » comme le dit Lacan. Et pourtant. Essentiel au développement de l’enfant, au développement personnel qu’elle prône. Il est temps.

 » Le Moi est fait de la succession des identifications, avec ses objets aimés qui lui ont donc permis de prendre sa forme; c’est un objet fait comme un oignon, on pourrait le peler, et on s’apercevrait de la succession des identifications qui l’ont constitué.

La perpétuelle réversion du désir à la forme, et de la forme au désir, autrement dit de la conscience et du corps, du désir en tant que partiel à l’objet aimé, en tant que le sujet littéralement s’y perd, et s’y identifie, est le mécanisme fondamental autour de quoi tourne tout ce qui se rapporte à l’ego.

À cette condition que nous devons bien comprendre que ce jeu serait véritablement de flamme et de feu, et qui aboutirait à l’extermination immédiate, dès que le sujet est capable de faire quelque chose – et croyez-moi, il en est capable très vite.

Une des premières activités que j’ai pu constater chez une petite fille, dont je vous ai parlé tout à l’heure, et qui n’a rien de spécialement féroce, c’est, à un âge où elle marchait à peine encore sur ses pieds, dans un jardin de campagne où elle était réfugiée, de s’appliquer très tranquillement à appliquer une pierre de nature assez large sur le crâne d’un petit camarade voisin, qui était celui autour duquel elle faisait ses premières identifications; le geste de Caïn n’a pas besoin d’atteindre une très grande complétude motrice pour se réaliser de la façon la plus spontanée; je dois dire même la plus triomphante, car elle n’éprouvait aucun sentiment de culpabilité. « Moi casser tête Untel… »

Elle le formulait avec assurance et tranquillité. Je ne lui promets pour autant aucun avenir de criminelle. Elle manifeste la structure la plus fondamentale de l’être humain, sur le plan imaginaire : détruire celui qui est le siège de l’aliénation. »

Extraits issus du Séminaire écrits techniques séance du 5 mai 1954.

Un Conte de Noël

Elle se retrouve là, face à moi, pour la dernière séance et être en vacance de Noël.
Elle a décoré le sapin et choisit avec soin et légèreté quelques présents pour ceux qu’elle aime.

– Jamais cela ne m’aura été aussi simple ! – s’étonne et s’émerveille-t-elle.

Et elle résiste particulièrement aujourd’hui à plonger dans ses ancrages d’enfance ou à projeter ses envies. Des souvenirs de fête « compliquée » ? Des vœux engages pour l’année à venir ? Vous ne m’y prendrez pas cette fois-ci… – Semble-t-elle opposer.

Elle libère ainsi sa parole en supposée « libre association » mais un tantinet convenue pour être vraiment pulsionnelle.

Au terme du flot – de préparation essentiellement de son entretien d’évaluation par les autres Dirigeants Associés de son Cabinet -, alors qu’elle reprend respiration, je l’interromps en douceur :

– Me permettriez-vous de poser quelques mots parmi les vôtres et de dire ce qui me vient à l’esprit ?…

Connaissez-vous « Un Conte de Noël » de Charles Dickens ? Car en vous parlant d’esprit, la première libre association qui me vient est, d’en effet, faire venir auprès de vous les esprits des Noël passé, présent et futur ?

Et elle rit déjà de ses résistances d’adulte. Et la petite fille en elle semble sourire du cadeau. Et je crois bien que la femme en elle, qui se dessine libre et entière, jubile.