Doux duo dada

imageJadis un couple qui durait le faisait autour des enfants et d’une transmission autant idéale que matérielle. Aujourd’hui un couple qui existe serait avant tout un duo, agissant dans le réel, un de ces organismes vivants plébiscité par Joshua Wolf Shenk en son ouvrage « Powers of Two » : deux âmes qui se fondent autant qu’elles ne se confondent jamais, autrement aucune création ne pourrait « se faire ». Ce sont leurs différences qui font les étincelles dont jaillit la nouvelle lumière aux autres apporté.

Alors s’ils se câlinent, vulnérables et lucides, autant qu’ils se dandinent dans le monde, éteignez votre lampe.

Être (ou ne pas Être) influent (et Influenceur)

Être influenceur…

J’ai aimé partager l’article de Christophe Ginisty  » les 5 clés pour devenir influenceur  » auprès de mon réseau LinkedIn. Et, outre l’intérêt que chaque article de Christophe suscite en eux, qui l’ont de plus rencontré à un afterwork dans la vie réelle que j’avais aimé organiser – réseau social physik et geek ne vont pas l’un sans l’autre pour moi -, une question  » numéro chance  » m’a été retournée. Comme une sixième clé, comme un sixième sens.

Être influent, oui, mais peut-être avant tout faire des choix : sur qui, sur quoi ?

Être influent ne peux pas, certes, partir d’un vide : la singularité, la persévérance en sa singularité, la production de contenus originaux dérivés de de cette singularité, la capacité à se relier à d’autres, porteurs de singularités complémentaires, notamment par la pratique du commentaire ailleurs, et du  » name dropping  » chez soi, étaient les cinq clés avancées par Christophe.

De là à cerner par avance une singularité à produire, et sur qui pourrait elle agir ce serait, de mon point de vue, contre-productif, paradoxal.

C’est l’ensemble de nos partages qui reconstitue au mieux la personne singulière, de par plurielle, complexe, que chacun de nous, nous sommes. C’est leur évolution dans le temps qui donne à voir comment cette personne se  » personnalise « ; mûrit ses sentiments et sa pensée, chancelle en des terrains moins confortables pour elle, ceux qui l’appellent à changer.

J’accompagne le développement par la connaissance de soi d’autres accompagnateurs, au moyen de ce qui se nomme supervision individuelle en groupe de coachs, de managers et de psychologues. Et j’y interviens en duo d’animateurs, afin de mettre toujours au cœur des controverses groupales, la confrontation d’au moins deux superviseurs, sans que jamais l’un « l’emporte » de sa vision  » personnelle « , de sa crispation du moment lorsque ce qui se vit et qui touche au plus profond de l’être le dépasse en tant qu’individu ; le transcende en tant que co-animateur. C’est dans l’espace aéré entre nous deux – j’aime à penser – que le client se perd pour mieux se retrouver, seul.

André de Chateauvieux, mon associé, étant intervenant en groupe de formation de coachs universitaire, il est souvent choisi pour superviseur, et ma présence  » fait partie du lot  » alors, pour certains de ceux et celles qui nous rejoignent.

Ou veux-je en venir ?

À un cri du cœur, d’un des participants, excédé visiblement de se perdre plus que de se trouver face à un André qui n’est ici plus formateur, rassurant de transmission, mais co-accompagnateur faillible et co-dépendant. Influenceur influent.

– Rendez-moi mon André d’avant !!!

Ce coach à quitté le groupe. Ce coach a préféré garder l’illusion d’une influence sur lui qui demeure maîtrisable et connue. Sur le fil d’actualité il aurait dit :  » je n’aime pas certains de tes partages, ceux qui me heurtent, et au lieu de m’interroger sur cet impact qui est influence puissante et par le négatif, je te bannis de mon cercle.  »

Sur qui, sur quoi. Nous serions influents là ou nous nous méconnaissons et sur ceux les plus étrangers à soi.

La serendipite qui préside au mouvement naturel des réseaux nous rapproche de ceux « qu’il nous faut » et nous révèle  » hésitants « , vivants. Et qui vivra verra.

Qui vivra sur les réseaux, verra l’influence singulière qu’il porte en lui, en elle. Et qui s’éteindra avec lui. Qui s’éteint à chaque incompréhension avec un  » followee « . Qui vivra sur les réseaux, verra, à chaque instant, sa mort.

Être influent : sur qui, sur quoi. De soi et sur son temps.

Être influent c’est danser avec la marionnette en nous, avant tout. D’où l’illustration… Du Festival de la Marionnette en Belgique. J’adore.

 

image

Sous cape

À la séance précédente, en groupe de supervision individuelle de coachs, en groupe et en duo*, elle évoquait ses difficultés au « finish« …

C’est comme au rugby. – imageait-elle, à sa façon toute personnelle.

– J‘ai la balle, je vois la ligne de but, et je n’ai qu’à l’aplatir. Et je sais l’aplatir ! Mais je ne veux plus me traîner dans la boue…

Là, en séance à nouveau, elle évoque ses yeux gonflés « par on ne sait quelle allergie » et les journées difficiles derrière elle, où la fenêtre, battait en rappel. Une fenêtre grande ouverte par laquelle pouvoir passer…

Car en mes rêves les fenêtres sont barrées, et j’étouffe de l’intérieur, et de ceux qui m’y possèdent et brandissent couteau à la main.

Je préfère encore les entailles, de la vitre, que je dois casser, ou de l’autre, qui peut m’atteindre et me briser le cœur, que de m’écraser au sol un jour d’hiver.

– …

– Mon père faisait ça avec ses chiens… Il les aplatissait à terre le museau dans leurs déjections pour leur apprendre la propreté… Et moi il me faisait de même, sur mon cahier de devoirs de maths ratés. Ma joue tout contre l’encre qui doit couler…

Et je m’étonne d’avoir des problèmes avec mes comptes de coach indépendant !

 

**

Sous la cape de chaque difficulté, des plus bénignes aux plus graves, dans notre vie et sur le métier, se trouve, a l’origine, une violence, ordinaire ou relevante.

Et c’est de scène en scène – contemporaine, rêvée, obscène – que le filet se détricote.

*

Annaëlle est accompagnée tout en évocations et en libres associations pour permettre à ses problèmes apparents de trouver solide fondement. Et délester la charge affective qui s’y prend.

Et la « cape » est son expression à elle, et qui émaille et scande le récit de ses problèmes :

– Je ne me croyais pas cap’, je veux dépasser le cap, il suffit de garder le cap…

Quel cap ? – s’en inquiète la coach qui en groupe de pairs se retrouve depuis peu à ses côtes, et qui découvre, surprise, peut-être, la répétition polysémique que l’association libre retient aussi à ses filets.

Annaëlle la rassure :

Etre capable, franchir la limite, persévérer…

Mais il flotte dans la pièce la cape… Le voile sur un phallus regretté ?

Manque de petite fille plutôt que de femme assumée.

Est-ce supervision le lieu ? J’ai tendance à penser que si l’on accompagne c’est qu’il y a accompagné, et qu’il mérite hommes et femmes libres et entiers.

A suivre. Puisque toute analyse est à créer. En présence. En psychodrame analytique assumé quand l’accompagnateur a fait ce même travail d’analyse sur lui et possède le cadre intériorisé.

 

——————————————-

 

*Les clés du setting d’inspiration psychanalytique ET psychodramatique
 
La présence de deux analystes permet au client de repartir la charge affective et l’expression de ses mouvements internes. Les deux intervenants se laissent faire au « jeu » que le client instaure spontanément avec eux, ou observent celui que le client instaure avec ses pairs. Ils « improvisent », et ce faisant, ils permettent au client de « s’improviser », d’exprimer des perceptions, des fantasmes, des associations qui jusque-là ne pouvaient pas se ressentir et encore moins se dire. 

 

C’est Moreno qui a initié la pratique du psychodrame psychanalytique. Et Anzieu et Kaes l’ont repris pour leurs analyses en groupe restreint, où la présence de plusieurs analystes devenait nécessaire, pas tant en quête d’un consensus de praticiens, que d’alternatives ouvertes aux jeux complexes du groupe vivant, et de chacun des participants !
 
Et c’est André Green qui s’est fait le promoteur en une psychanalyse contemporaine, proche de notre société, individualiste, ouverte, interconnectée, d’un cadre tout simplement « intériorisé ».