Coincer ma bulle dans ta bulle : Coévolutions par Eva Matesanz ECOSYSTEMIX

La valeur travail

Le groupe de travail n’est pas une collection d’individus ni même une équipe orientée vers un but, ayant à charge un objet. Il est, dans la tête de celles et ceux qui le composent comme de celles et ceux qui le découvrent ou le côtoient, il est un contenant. En effet, chacun se représente et vit l’existence d’une membrane invisible, d’une frontière naturelle entre le dedans et le dehors, le connu et l’inconnu, le « assez » sûr et l’incertain.

Cette bulle, dans sa dimension symbolique, héberge et calme ou tolère et soutient les élans, les peurs, les incompréhensions, les angoisses de chacun. Car à l’intérieur de cette enveloppe groupale, se trouvent les enveloppes psychiques de chacun. Les bulles fragiles, intimes. Entre elles existent des alliances, des oppositions, autant de tolérances que de passions. La vie. Et l’atmosphère partagée donne de l’air à cette vie, aux difficultés, aux joies et aux accomplissements !

D’autres bulles plus grandes et paradoxalement plus fragiles englobent à leur tour ces rassemblements à taille humaine et à l’action certaine : les métiers, les entreprises, la cité, les nations, la planète Terre, Mars et Pluton.

Pour certains d’entre nous, ces structures contenantes, des plus externes aux plus internes, se sont effondrées. La menace climatique, la réalité sanitaire, la contrainte du télétravail, de la vie seul à distance, de la promiscuité travail-famille-patrie s’imposent comme représentations sans affect : sans pouvoir tisser de liens « vérifiés », découvert et pratiqué des affinités électives par le contact direct et régulier.

Et certains parmi certains d’entre nous cristallisent les angoisses et se brisent : la vague psychiatrique est un big bang en puissance pour l’esprit humain. S’adapter ou recréer ?

L’espace de travail solidaire que peut être un établissement d’entreprise, un tiers-lieu d’indépendants, un parcours de formation tisse une membrane de protection, de transition autour des participants. Sous la pression, il désigne les figures du bouc émissaire ou du laissé pour compte. Sous stimulation, intellectuelle et sensible, il évolue favorablement.

Mon vécu d’enseignement universitaire, bien avant ces chocs derniers, mais même à travers eux, est celui de la coévolution. Et c’est ceci que retrace mon argument dans l’ouvrage ECOSYSTEMIX. L’expérience réelle se situe quelque part en France quelque temps avant l’épidémie. Et j’avais aimé imaginer des bulles claires et souples qui s’interpénétraient davantage qu’elles ne s’entrechoquaient entre le monde du travail et le monde de la recherche universitaire, entre les groupes de travail à quatre ou six d’une promotion de vingt-cinq et le groupe et les groupes des intervenants pédagogiques.

ECOSYSTEMIX

Emergences

Cet écrit m’a permis d’avancer les conditions de l’émergence des compétences écosystémiques : « à ne rien faire ».  D’autant plus et d’autant mieux lorsque les repères se perdent : lorsque l’entreprise déçoit des attentes trop absolues, lorsque le rythme de formation rejoint celui de la vie banale, intense et efficace, lorsque le groupe n’entretient pas l’illusion groupale, la tiédeur de la matrice, avant qu’il ne se réchauffe à sa propre dynamique, lorsque les enveloppes cèdent ou se brisent, lorsque l’on ressent surtout et avant tout la haine de soi, humain trop humain. Ensemble, dans la reconnaissance mutuelle, l’humanité paraît.

Notre collectif d’intervenants universitaires (nous sommes une vingtaine, le même nombre quasiment que la promotion complète) a dû s’ouvrir aux réalités et aux altérités du collectif d’apprenants, renoncer à sa supériorité « normale », aussi « new normal » que « old fashion », à exercer le pouvoir et la domination, de statut, de métier ou institutionnelle.

L’Université et d’autres institutions de brassage et de recréation sont des caisses de résonance et de percussion, mais elles sont aussi émettrices de modes de relation et d’appartenance nouveaux. Fabriques sentimentales autant que matérielles, productrices de bulles, qui ne sont rien que des bulles, mais qui peuvent laisser de la place à l’air du temps selon l’idée de l’équilibre psychologique du « good enough ». Assez protégés et assez risqués, osés, chacun de nous et créatifs ensemble.

COEVOLUTIONS
COEVOLUTIONS

 

Coincer ma bulle dans ta bulle : expression qui signifie ne rien faire, se laisser aller à ce qui vous entoure.

Ecole Militaire de Saint Cyr

Ou comme le chante Etienne Daho : mon aquarium.

Reliances

La grande matrice économico-financière se prépare en tout cas… et nous, chacun de nous, Stéphanie Flacher, où en sommes-nous ? Son argument suis le mien dans l’ouvrage, et il remonte à la bulle financière de la blockchain. A découvrir bientôt par ici aussi.

Je vis dans mes interventions actuelles des blocs quasi-identitaires, moins de mobilités que dans le monde d’avant qui avait servi de base à mon écrit. Nous vivons cette dérive identitaire, craintive et accusatrice dans ce que véhiculent les médias aujourd’hui même.

Est-ce que la blockchain nous partitionne économiquement et socialement à nouveau, peut-être pas entre les riches et les pauvres mais autrement, ou bien est-ce que chacun de nous et nos communautés pourrons évoluer et co-évoluer, co-créer un monde vivant ?

Coévolutions au pluriel composé et projectif de l’avant.

Un mix de processus et une approche écosystémique pour les « manager »

Un peu de cette approche, écosystémique, et beaucoup des processus qu’elle permet- bifurquer, hybrider, diversifier, inclure – sont présentés et commentés le 28 octobre à 20h en l’espace culturel des Editions l’Harmattan

En tant qu’ « être(s) à l’approche »

L’écosystémie comme un ensemble de compétences naturelles et culturelles pour vivre et travailler ensemble, comme un ensemble autant de ressources humaines que de manques et de carences humaines qui se rencontrent, cette écosystémie maîtrisée ou apparemment maîtrisable n’est pas vraiment ce qui nous a intéressé et mobilisés, émotionnellement, en tant que groupe humain.

L’ouvrage que nous vous présentons aujourd’hui n’est pas un catalogue de solutions ni une méthodologie. Nous avons choisi de nous intéresser à la résolution vivante, au comment émergent et réémergent ces compétences, ces ressources, ces limites.

Nous nous sommes rapprochés, nous nous sommes choisis et nous avons choisi le savoir par l’expérience. L’écosystémique en somme.

Ecosystémique

C’est l’approche écosystémique, et non une quelconque méthodologie éprouvée et des solutions toute trouvées, c’est l’approche vivante qui est l’objet du livre que nous présentons. C’est notre rapprochement tout simplement et notre ouverture sur les réseaux à certains d’entre vous et aujourd’hui encore à d’autres ici présents pour la première fois.

Car comment et pourquoi nous sommes ensemble cela a trouvé ses moyens puisqu’il y aura eu création, et son pourquoi se poursuit ici. Nous demeurons vivants, dans cet « être à l’approche ».

L’approche, parlons-en un instant avant d’en venir aux processus qui la traversent et qu’elle organise, de proche en proche.

De proche en proche

L’approche que nous avons eue, que nous avons donc encore aujourd’hui, peut se résumer, se formaliser, se réduire un peu, à la méthode dialogique, qui est présentée en introduction de l’ouvrage ; que nous avons redécouvert de nous-mêmes. Même si étant à l’origine de notre démarche j’en connaissais les critères qui sont ceux de la recherche dans les sciences humaines : la libre parole, l’échange non dialectique, jamais concluant, d’ouverture et de sensibilité aux réalités et à la complexité plutôt que de spécialisation et de domination rationnelle dans la décision. Ma référence est Richard Sennett dans TOGETHER.

Nous l’avons réactualisée spontanément et nous sommes trouvés en accord avec l’état de l’art de la recherche universitaire actuelle en provenance précisément de l’Université de Sao Paulo au Brésil, grâce à la présence réelle et la présence d’esprit de l’un d’entre nous, Vincent Frédéric Gascon.

Un peu de cette approche, limitée au contexte que nous vivons, dans cette librairie et ces deux petites heures de dédicace et de présentation, un peu du méta-processus est ce que nous vous proposons de revivre ensemble, chacun des co-auteurs prenant la parole sur sa contribution, dans un mix d’expérience et donc de pré-connaissance (que non préscience) ET de redécouverte ensemble, de revitalisation.

PROCESS « CO »

Ce sont ainsi les processus faisant l’objet de l’articulation de l’ouvrage ECOSYSTEMIX, qui nous sont des plus en plus familiers qui se déplient et se renouvellent : bifurquer, hybrider, diversifier, inclure… Je vais moi-même en cette introduction les parcourir de quelques mots en faisant au passage la présentation des co-auteurs afin que vous puissiez les identifier et suivre aisément des bonds et des rebonds qui pour nous ont pris des semaines et des mois.

André de Chateauvieux adresse le système dit primordial, celui du couplage mère-enfant qui réapparaît en séance psychanalytique, celui de la polarisation affective qui détend la bipolarité émotionnelle et existentielle, les bonheurs et les malheurs d’une vie, la vie et la mort dont chacun de nous a connaissance, privilège d’humanité. Nos biorythmes sont « spirituels » autant que naturels.

Christophe Martel, manager, coach et naturopathe, se situe dans la vie en entreprise pour réactualiser le dialogue dans un contexte moins confidentiel, celui d’un responsable des ressources humaines, et pour concrétiser, par-delà les affects, des choix qui ouvrent des perspectives à notre vie professionnelle. La et les bifurcations c’est le processus qu’il adresse en particulier.

Loïc Déconche, philosophe écosophe après avoir été RH et aujourd’hui formateur et accompagnateur remonte encore d’un cran, dans la vie en société, et adresse nos attentions, au pluriel, leur captation, tout un sujet de recherche et de grande actualité qu’il déploie avec brio dans son écrit, et qu’ici, il réactualise pour vous et avec vous.

Jean-Louis Muller apporte l’expérience et l’expertise de toute une vie en systémicien et en associé du leader de la formation en France, aujourd’hui pleinement écosystémicien, allant du regard à l’agir et aux agirs comme l’indique l’intitulé de sa contribution. Il crée, vous le découvrirez comme nous.

Comme moi je découvrirai sa création, Eva Matesanz, qui me dis volontiers désormais psycho ou socio-écologue dans cette démarche d’écologie de l’esprit, et m’insèrerai après lui en tant que co-auteure et à propos du processus des co-évolutions, toujours au pluriel, une compétence écosystémique humanisée par l’éthique et par la créativité qui se superposent à l’adaptabilité darwinienne. Le contexte de la formation universitaire dans laquelle j’interviens sera le théâtre de mon partage.

Stéphanie Flacher de sa place d’accompagnatrice des organisations et des écosystèmes financiers, d’abord par la banque et désormais par la technologie blockchain, en-chaîne justement après mon apport au sujet de son sujet : les hybridations et leur matérialité économique. Elle nous initie à notre rôle renouvelé d’homo economicus en quantité et en qualité, de la valeur et des usages. Dans la matrice sans s’y perdre. L’éclairer et raviver la flamme. La vie même.

Minh-Lan Nguyen boucle cette ronde, avant de l’ouvrir à nous tous et poursuivre le dialogue en plénière, depuis sa propre place dans la dyade mère-enfant, maman-bulle comme elle l’écrit si joliment, en lien intense et évolutif avec sa petite fille de quatre ans, porteuse d’un handicap sévère, dite dépendante, donneuse autant que preneuse de vie et de singularité ; en lien avec son garçon de sept ans et dans son travail dans le secteur de la santé et du diagnostic sans pronostic. Le processus qu’elle adresse est celui des diversités et de l’inclusion. Arrivera ainsi le temps de inclure tous les participants, et de conclure. Ouvertement.

Fêtons avec des bulles mon apport codynamique à ECOSYSTEMIX

Le groupe de travail est un contenant entouré d’une membrane invisible. Une frontière naturelle entre le dedans et le dehors, le connu et l’inconnu, le sûr et l’incertain. Elle héberge et calme les peurs, les incompréhensions, les angoisses de chacun. A la manière d’une galaxie, elle loge des alliances fraternelles et des oppositions « fréroces », des rivalités et des réassurances. Comme des satellites qui tourneraient parmi les membres.

A l’intérieur de cette enveloppe groupale, les enveloppes psychiques de chacun.

A l’extérieur, la Voie lactée des grandes membranes des organisations, des nations, de la planète, et désormais Mars et Pluton.

Pour certains d’entre nous, les structures contenantes, des plus externes aux plus internes, se sont effondrées : la menace climatique, sanitaire, du télétravail, de la vie en couple ou en famille sans d’autres dérivatifs, de la vie seul dans un nouvel univers scolaire ou professionnel, sans avoir pu tisser de liens, découvert des affinités électives par le contact direct et régulier.

Et certains parmi certains d’entre nous cristallisent les angoisses et se brisent : la vague psychiatrique est un big bang en puissance pour l’esprit humain.

L’espace de travail solidaire que peut être un établissement d’entreprise, un tiers-lieu d’indépendants, un parcours de formation et de compétences fragiles, les « soft skills », à distance ou en présence, pourvu que la continuité existe, tisse une membrane de protection autour des participants, sans qu’aucun ne soit le vide poches de celles et ceux qui y transitent : bouc émissaire ou laissé pour compte. Chacun peut se réapproprier ses angoisses et les différencier entre elles et d’avec celles des autres, en interne ou à l’approche. Les liens intimes et sociaux sont réinvestis. Les dissonances qui l’avaient emporté sur les résonances et le désir d’empathie en cette période meurtrie, s’atténuent. Et celui qui avait les défenses fragiles, la chair à vif, peut s’appuyer sur les enveloppes successives, du plus proche au plus lointain et du plus lointain aussi.

Winnicott l’avait bien souligné à l’aube de la psychanalyse devenue psychodynamique, reconnue comme telle : la peur de l’effondrement fait resurgir les effondrements primaires, le manque de contenance du maternel, d’étayage du paternel, la faillite de l’intime et de l’éducationnel premier. Mais aussi la fragilité du monde naturel.

L’accompagnement en groupe ne promet pas la fin de la peur : la défaillance et la mort restent probables et réelles, plus proches qu’on ne voudrait les penser. Mais la compagnie des autres, éventuellement encadrée par un écosystémicien éclairé et éclaireur de ce que cette compagnie implique comme temps long et espace proche, horizons et échéances, cette compagnie permet de vivre en responsabilité plutôt qu’en culpabilité. En lien plutôt que dans la violence, de soi, de l’autre ou de l’avenir humain.

Extrait, pages 62 et 63 de l’ouvrage de référence psychodynamique écosystémique ECOSYSTEMIX

 

Introduction à l’écosystemix

C’est en l’été 2018, alors que l’urgence climatique se pressait à nos portes -celles de nos entreprises mais celles de nos maisons aussi, en société et en famille, entreprises et foyers -que chacun d’entre nous prenait conscience de l’impossible ajournement dans le temps, et de la difficile discrimination des pratiques, créatrices et destructrices, c’est en cet été caniculaire, déboussolé, qu’il m’est venu la simple idée de réunir des personnes amies, du passé, du présent et de l’avenir, de différents métiers et âges de la vie, pour réfléchir et agir ensemble, être le reflet les uns des autres et de ce monde, rendre compte et se rendre compte de ce à quoi un groupe, une communauté, une humanité véritablement écosystémique pourrait ressembler. De comment se rassembler.

Au-delà de se rencontrer régulièrement et d’échanger, il s’est agi de recueillir les traces de nos idées et de nos expériences, par la voie de l’écriture, puis de la vidéo, lorsque l’urgence sanitaire a étendu le sentiment et l’idée de climat naturel en danger à celui de climat social contagieux. Et enfin en « Live » sur les réseaux sociaux professionnels.

Plusieurs thèmes ont émergé, qui se confirment dans la société d’après-covid et de déconfinement partiel : la globalisation n’est plus le progrès, la digitalisation permet l’instant mais ne soutient pas la durabilité de la rencontre humaine et de sa créativité, l’accélération a été inventée de toutes pièces par la fuite des idées en avant oubliant les sentiments derrière elles.

Trois axes les parcourent et ce sont ceux :

  • du corps en ville et au travail, de ses besoins physiques et affectifs, dits psychiques, mais bel et bien affectifs : nous sommes des espèces comme les autres, dont la matière peut être verte, à poils, à écailles ou de chair et d’âme, « innervée » serait-ce de sève, de sang, et en tout cas, d’impulsions énergétiques et de repos, au profit d’autres êtres vivants ;
  • du choix dans la liberté retrouvée, même si les restrictions récentes ne sont pas celles qui l’avaient vraiment nié : les dérives de la pensée unique ou fragmentaire, communautaire, se sourcent dans les idéaux plus ou moins mythiques qui caractérisent la pensée humaine, aussi libre que rationnelle ;
  • du lien dans toute sa complexité : à soi, à l’autre, au groupe social et à l’environnement aussi bien technique, issu de nos velléités instrumentales humaines, que naturel, sauvage, contexte mouvant, vivant enfin.

L’ouvrage ne fait que commencer…

Ecosystemix, par Eva Matesanz

Extrait de l’introduction ECOSYSTEMIX Une aventure humaine