Fêtons avec des bulles mon apport codynamique à ECOSYSTEMIX

Le groupe de travail est un contenant entouré d’une membrane invisible. Une frontière naturelle entre le dedans et le dehors, le connu et l’inconnu, le sûr et l’incertain. Elle héberge et calme les peurs, les incompréhensions, les angoisses de chacun. A la manière d’une galaxie, elle loge des alliances fraternelles et des oppositions « fréroces », des rivalités et des réassurances. Comme des satellites qui tourneraient parmi les membres.

A l’intérieur de cette enveloppe groupale, les enveloppes psychiques de chacun.

A l’extérieur, la Voie lactée des grandes membranes des organisations, des nations, de la planète, et désormais Mars et Pluton.

Pour certains d’entre nous, les structures contenantes, des plus externes aux plus internes, se sont effondrées : la menace climatique, sanitaire, du télétravail, de la vie en couple ou en famille sans d’autres dérivatifs, de la vie seul dans un nouvel univers scolaire ou professionnel, sans avoir pu tisser de liens, découvert des affinités électives par le contact direct et régulier.

Et certains parmi certains d’entre nous cristallisent les angoisses et se brisent : la vague psychiatrique est un big bang en puissance pour l’esprit humain.

L’espace de travail solidaire que peut être un établissement d’entreprise, un tiers-lieu d’indépendants, un parcours de formation et de compétences fragiles, les « soft skills », à distance ou en présence, pourvu que la continuité existe, tisse une membrane de protection autour des participants, sans qu’aucun ne soit le vide poches de celles et ceux qui y transitent : bouc émissaire ou laissé pour compte. Chacun peut se réapproprier ses angoisses et les différencier entre elles et d’avec celles des autres, en interne ou à l’approche. Les liens intimes et sociaux sont réinvestis. Les dissonances qui l’avaient emporté sur les résonances et le désir d’empathie en cette période meurtrie, s’atténuent. Et celui qui avait les défenses fragiles, la chair à vif, peut s’appuyer sur les enveloppes successives, du plus proche au plus lointain et du plus lointain aussi.

Winnicott l’avait bien souligné à l’aube de la psychanalyse devenue psychodynamique, reconnue comme telle : la peur de l’effondrement fait resurgir les effondrements primaires, le manque de contenance du maternel, d’étayage du paternel, la faillite de l’intime et de l’éducationnel premier. Mais aussi la fragilité du monde naturel.

L’accompagnement en groupe ne promet pas la fin de la peur : la défaillance et la mort restent probables et réelles, plus proches qu’on ne voudrait les penser. Mais la compagnie des autres, éventuellement encadrée par un écosystémicien éclairé et éclaireur de ce que cette compagnie implique comme temps long et espace proche, horizons et échéances, cette compagnie permet de vivre en responsabilité plutôt qu’en culpabilité. En lien plutôt que dans la violence, de soi, de l’autre ou de l’avenir humain.

Extrait, pages 62 et 63 de l’ouvrage de référence psychodynamique écosystémique ECOSYSTEMIX

 

Introduction à l’écosystemix

C’est en l’été 2018, alors que l’urgence climatique se pressait à nos portes -celles de nos entreprises mais celles de nos maisons aussi, en société et en famille, entreprises et foyers -que chacun d’entre nous prenait conscience de l’impossible ajournement dans le temps, et de la difficile discrimination des pratiques, créatrices et destructrices, c’est en cet été caniculaire, déboussolé, qu’il m’est venu la simple idée de réunir des personnes amies, du passé, du présent et de l’avenir, de différents métiers et âges de la vie, pour réfléchir et agir ensemble, être le reflet les uns des autres et de ce monde, rendre compte et se rendre compte de ce à quoi un groupe, une communauté, une humanité véritablement écosystémique pourrait ressembler. De comment se rassembler.

Au-delà de se rencontrer régulièrement et d’échanger, il s’est agi de recueillir les traces de nos idées et de nos expériences, par la voie de l’écriture, puis de la vidéo, lorsque l’urgence sanitaire a étendu le sentiment et l’idée de climat naturel en danger à celui de climat social contagieux. Et enfin en « Live » sur les réseaux sociaux professionnels.

Plusieurs thèmes ont émergé, qui se confirment dans la société d’après-covid et de déconfinement partiel : la globalisation n’est plus le progrès, la digitalisation permet l’instant mais ne soutient pas la durabilité de la rencontre humaine et de sa créativité, l’accélération a été inventée de toutes pièces par la fuite des idées en avant oubliant les sentiments derrière elles.

Trois axes les parcourent et ce sont ceux :

  • du corps en ville et au travail, de ses besoins physiques et affectifs, dits psychiques, mais bel et bien affectifs : nous sommes des espèces comme les autres, dont la matière peut être verte, à poils, à écailles ou de chair et d’âme, « innervée » serait-ce de sève, de sang, et en tout cas, d’impulsions énergétiques et de repos, au profit d’autres êtres vivants ;
  • du choix dans la liberté retrouvée, même si les restrictions récentes ne sont pas celles qui l’avaient vraiment nié : les dérives de la pensée unique ou fragmentaire, communautaire, se sourcent dans les idéaux plus ou moins mythiques qui caractérisent la pensée humaine, aussi libre que rationnelle ;
  • du lien dans toute sa complexité : à soi, à l’autre, au groupe social et à l’environnement aussi bien technique, issu de nos velléités instrumentales humaines, que naturel, sauvage, contexte mouvant, vivant enfin.

L’ouvrage ne fait que commencer…

Ecosystemix, par Eva Matesanz

Extrait de l’introduction ECOSYSTEMIX Une aventure humaine