La psychanalyse fait son « coming out »

La psychanalyse ne soigne plus, ni de surcroît ni de rébus. Le mal actuel n’est que trop bien.

À l’heure où nous ouvrons le premier cabinet de psychanalyse contemporaine sur rue, André de Chateauvieux et moi, pour de « l’accompagnement de projet » sans jamais le préempter et qu’il soit ciselé au détail près de vous, Elsa Godart publie son ouvrage le plus large d’audience et d’esprit, ouvert également à chacun et à tous.

La psychanalyse va-t-elle disparaître ? Editions Albin Michel

La psychanalyse ne se cache plus. Elle ne se tait plus. La psychanalyse s’affiche. Notre enseigne « Sens dessus dessous » s’ancre dans la ville qui l’accueille, dans la vie qui l’entoure.

Au pied de la Cathédrale de Sens, en se dirigeant vers la rue des métiers d’art qui ajoute à la Halle les nutriments de l’âme. La psychanalyse vous parle de vous. Nous sommes deux psychanalystes, femme et homme, à donner de la voix sur les réseaux et en institution (l’Université, HEC, les associations de professionnels de la relation).

Mais c’est à l’initiative privée que nous voulons nous adresser pour l’élan vital, le potentiel érotique – si nous reprenons la voie de notre aussi toute récente publication chez L’Harmattan, Erotiser l’entreprise – qu’elle porte en elle et qui la porte.

Elsa nous rapproche tous des lumières psychanalytiques. Cela reste éblouissant, en effet, depuis un peu plus d’un siècle, de découvrir non seulement l’inconscient qui sous d’autres formes a toujours été présent à l’Humanité consciente de sa condition mortelle, mais le conflit qui est en soi, la lutte permanente pour oublier la mort, la solitude, l’oubli lui-même auquel notre existence et ses quelques restes sont promis. Avec une certitude quasi parfaite cette fois-ci.

Au temps de la communication planétaire, du travail pour tous en écosystème, de la consommation possible de tout et surtout de l’autre, du sexuel, de la production sans entraves de la moindre idée – hop ! Une grosse levée de fonds, l’homme aime tant spéculer, ou même une cagnotte de proximité sur le web et l’illusion paraît, au moins le temps de l’émergence de celle d’après, serré sucré -, la femme et l’homme sont en quête de se rappeler à eux mêmes, de se percevoir finis.

L’époque n’est plus tellement aux névrosés, dont le conflit varie entre l’interdit et la pulsion, pour façonner leur désir ; la réalité et leur bon plaisir, ou alors le plus souffrant qu’ils ont aimé tout autant comme Freud nous l’apprend aussi dans Au delà du principe de plaisir ; le social et l’ego, qui se retrouvent parfaitement lorsqu’il y a Malaise dans la civilisation.

L’époque est aux mal nommés « états limites », sans limites fixes (SLF) ils vivent tout ceci tour à tour, et souvent « en même temps » comme nous le rappelle à souhait Emmanuel Macron, sans conflit finalement, et qui sont inconscients de ne rien vivre véritablement. En ces temps trop malaisés, plus viraux que sociaux, trop confortables du moins du côté de l’Occident, trop instantanés aussitôt.

Ce trop, ce « hyper » de l’hypermodernité mérite bien un peu plus de parole échangée, de façonnage d’un discours individuel et collectif.

Discourir n’est plus fuire. Discourir permet de vivre le lisse et le rugueux de chaque roche contournée, l’arrondi de chaque haut, la tranche de chaque bas, chaque crue et chaque embrasure.

Alors, psychanalystes de centre ville en hypermarché, petit hypermarché, city et citoyen, pourquoi pas vous et pourquoi ne pas assumer que nous ne soignons plus : le « mal » n’est que trop bien. Et accompagnons de notre rive le cours libre de chacun et leurs affluents par milliers. Et que tel est le projet : vivre la vie, l’ouvrager.

Inconscient, le retour

Elsa Godart signe, avec son ouvrage « La psychanalyse va-t-elle disparaître ? », le retour à l’inconscient de tous les jours, sans refouler la part de nous.

La psyché est l’ensemble des phénomènes psychiques, conscients et inconscients qui constituent la personnalité inaliénable de chaque individu. Le sujet selon Freud. L’irremplaçable, le courageux de  Cynthia Fleury depuis quelques années.

Le mot psyché vient du verbe grec psukhein qui signifie souffler, d’où le fait qu’il soit habituellement traduit par le mot âme et qu’on lui préfère le mot psychisme pour faire référence au fonctionnement psychique. L’esprit reste réservé à une forme d’élévation dans l’abstraction. Chez Aristote, nonobstant, le mot psyché désignait déjà le principe vital aussi bien que le principe pensant.

C’est de ce psychisme entier et incomplet, indivis et divisé, en conflit avec lui-même de par cette part d’inconnu, d’étranger en soi, l’inconscient; en fonctionnement mais aussi à l’arrêt, inhibé, ô combien inhibé de nos jours pour éviter l’angoisse de vivre – pour éviter la vie tout court – dont j’aime vous parler.

Non sans mal.

Puisque l’inconscient est fait du « refoulé », de ce que chacun de nous a préféré « oublier » de ce qu’il est, de ce qu’il a été, enfant, sans y penser. De ce dont la société ne veut point, et alors, elle entretient et elle astique le miroir lisse et parfait. Y compris ce Macron qui se trompe à encenser les efforts là où il n’y a que de la peine « à jouir » et de la soumission. Tout pouvoir ne peut rien pour chacun de nous. Il rhabille « ses » sujets de « réussite », de coups remportés  et de la montée du cours de la relaxation. Pleine conscience and consorts. Ou du cours de philosophie. Les grands penseurs de la blockchain endorment les foules aussi bien.

L’irremplaçable, le courage, trop grandiloquents ? L’idéal ne suffirait pas à rendre compte de l’inconscient. Il se confond avec l’ambition, C’est ainsi qu’une autre jeune femme s’avance, philosophe et psychanalyste également, et qu’elle n’exhorte à rien d’autre que de faire plus de ce que notre époque fait : se regarder, se parler, se relier.

Elsa Godart signe, avec son ouvrage « La psychanalyse va-t-elle disparaître ? », le retour  à l’inconscient de tous les jours, sans refouler la part de nous.

 

Je lis et vous en dis plus bientôt et sans trop de mal.

 

Les mots d’Elsa sont comme les yeux d’Elsa : un naufrage délicieux pour aller sur les sables blancs.