Erotips la master-class en script et en vidéo

Le terme de projection définit à la fois un mécanisme projectif de l’activité psychique normale, identificatoire au fond, et un mécanisme projectif « délirant » très régressif correspondant à son inverse, l’introjection qui ne se muerait pas en identification, en empathie selon le langage courant, du fait d’une fragilité inconsciente.

La projection est le mécanisme fondamental du développement ; elle est le mouvement inverse, symétrique et complémentaire de l’identification, car s’identifier, c’est non seulement intérioriser l’image d’autrui – la mère, le père et tout autre référent- mais encore pouvoir projeter sa propre image sur celle du modèle, des modèles.

À l’origine, au stade oral du nourrisson, c’est l’incorporation qui s’oppose au rejet de l’autre. À cette phase narcissique primaire, la distinction entre la mère et l’enfant n’a pas encore été intégrée psychiquement. Ce n’est que progressivement que vont pouvoir se constituer des représentations de soi, sujet, et de l’autre devenu l’objet de satisfaction des besoins et, très vite, des désirs. C’est à ce moment qu’apparaissent l’introjection et la projection : l’enfant trouve des repères pour l’attente dans sa connaissance de la relation à la mère er il développe la capacité de fabriquer des fantasmes : son idéal de satisfaction de soi et/ou de destruction de l’autre qui l’aliène. Lorsque la distinction sujet-objet est nettement acquise, on peut parler d’identification et de projection saine.

Cette évolution symétrique entre l’intra-psychique et l’inter-subjectif – la connaissance de soi et la reconnaissance de l’autre qu’est la mère – passe par trois niveaux successifs :

En cas de difficulté de la vie adulte renvoyant à cette période de dépendance intense réapparaissent les mécanismes les plus primitifs : l’introjection dans une humeur mélancolique et la projection d’une agressivité latente dans l’autre perçu comme le persécuteur.

Le même terme de projection définit à la fois un mécanisme projectif de l’activité psychique normale, identificatoire au fond, et un mécanisme projectif « délirant » très régressif correspondant à son inverse, l’introjection qui ne se muerait pas en identification, en empathie selon le langage courant.

La projection apparaît donc comme un opérateur essentiel qui appelle à transformation dans la mesure où le sujet ne fait, par elle, que prêter à l’autre les désirs, les sentiments, les craintes qui l’animent. La véritable communication interpersonnelle et la liberté des sujets se trouvent alors entravées.

 

En groupe de travail Erotips de la fin de saison 1 nous avons pu travailler cette progression, depuis les incorporats ou traits distinctifs des personnes aimées en enfance sur soi, en passant par les projections de soi sur l’autre, sous forme d’ « excorporats » – on retrouve dans les gestes et dans les traits singuliers remarqués chez l’autre actuel ses propres incorporats sans en avoir fait le lien jusqu’à présent – et enfin dans ce que les autres nous renvoient qui pourraient être leurs propres projections, nous retrouvons des éléments d’#identité entre eux et nous. L’empathie jaillit sans effort. Au sein du groupe lui-même, les participants ont pu établir des traits qui les relient qu’elle qu’en soit l’expression, active ou passive de ces traits communs. Chacun reste singulier, irremplaçable et entier.

Rendez-vous à la nouvelle saison, au printemps 2019, pour se travailler à d'autres et s'entendre enfin avec soi et avec tout autre au naturel.

Le Turquetto, un étranger en empathie

Sami Soriano, par Élie
Sami Soriano, par Élie

 » Le soir Zeytine aimait raconter sa journée. Une fois ce fut la discussion qu’il avait eue le matin même avec Halis :

– Je te disais il y a longtemps que les gens ne savent pas regarder, tu t’en souviens ? Que ce qu’ils veulent, c’est qu’on les regarde, eux ?

Il éclata de rire :

– Eh bien, je me suis trompé, mon Raton ! Les gens ne sont pas plus bêtes que toi ou moi. Au contraire, ils sont astucieux, et même plus qu’ils ne le pensent. Ils sentent que regarder, je veux dire : regarder vraiment, risque de leur apporter de la douleur… Ils constateront que tout change ! Leurs amis, leurs femmes, leur travail, tout ! Et tu sais quoi, Raton ? S’ils admettent que le monde change, ils devront changer, eux aussi… Et c’est ce qu’ils détestent le plus.  »

 

Ce sont les derniers instants d’un voyage auprès du  » Turquetto « , peintre de génie et combattu sous prétexte de troubler les convictions religieuses de l’époque, de Venise jusqu’en ses terres d’origine en Constantinople. Il y retrouve son mentor, un estropié de la campagne d’Arabie, faisant œuvre et campagne désormais auprès des hommes du bazar. Auprès du jeune Élie aussi. Puis, auprès de lui-même revenu, vieilli, faussaire de sa vie, auteur de toiles vraies, et brûlées. Sauf une :  » L’homme au gant « , sous la signature de son maître en l’art, Titien, sauvée.

L’homme au gant. Portrait du père.

Il l’a longuement regardé, son père, Élie / Turquetto, comme il a longuement regardé autour de lui et produit des portraits saisissants de  » design » et de  » colorito ». Salué, toute à la fois, pour la rigueur du dessin et la puissance des ambiances et sentiments encrées.

Les a-t-il vous changer ? A-t-il figé l’instant pour cesser les variations, les contradictions que chacun de nous enferme, les trahisons quotidiennes, les déceptions durables ?

Élie rejoint son mentor et le regarde sans jamais retoucher aux pinceaux, jusqu’à sa mort. Élie réapprend à vivre sur la toile d’une âme transparente. Des seuls pinceaux de sa voix blanche.

Le lendemain de l’inhumation de Zeytine, il prend sa place au bazar et il peint, « pour la pile » qui était le lieu de son imagination inaliénable depuis l’enfance, le portrait de son père sans le couvert du noble qu’il avait jadis posé sur lui.

 » Il l’avait représenté en pauvre bougre qu’il était. Au coin supérieur droit de la feuille, sa main avait écrit ces mots :

Sami Soriano, employé d’un marchand d’esclaves à Constantinople.  »
Pour que l’homme vienne à la vie, la mère l’accouche, mais surtout, pour qu’il marche debout, le père doit être dit. Ainsi soit-il…
imageVariations toutes personnelles sur l’ouvrage que je referme à l’instant :

Le Turquetto
Metin Arditi
Actes Sud, 2011

Ne en Turquie, familier de l’Italie comme de la Grèce, Metin Arditi est à la confluence de plusieurs langues, traditions et sources d’inspiration. Sa rencontre avec le Turquetto ne doit rien au hasard, ni al l’histoire de l’art.

Car pour incarner ce peintre d’exception, il fallait d’abord toute l’empathie – et le regard – d’un romancier à sa mesure.

Metin Arditi habite la Suisse, où il enseigne à l’Ecole polytechnique et présidé l’Orchestre de la Suisse romande. Toute son œuvre romanesque est publiée chez Actes Sud.