Accompagner les ratés

Je fais connaissance avec quelqu’un qui a toujours été là sans jamais oser se montrer, tellement bête et amoureuse qu’elle est.

La surdouance de l’adulte autre que les ouvriers spécialisés du digital que l’on nous sert. Vous qui consultez, dépassé : que vais-je devenir ? Quel est l’avenir de mon métier ?

Pour vous, qui vous le demandez, c’est souvent le drame de l’adulte jusqu’ici si doué, et souvent en effet surdoué. Haut potentiel, talent, top right nine box grid placé.

La surdouance est vraie.

C’est une intelligence différente. Elle n’est pas plus grande, elle n’est pas plus dense. Elle est une aptitude, un potentiel, une machine à penser le Monde et Soi au plus complexe et dense. Chaque petit événement, chaque rencontre, sont perçus dans leurs détails les plus infimes, et les cascades de conséquences sont aussitôt prises en compte. Et rien de tout cela ne paralyse. Au contraire. Un petit choix accorde la toute-puissance au surdoué de modifier la donne, qu’il perçoit dans toute son ampleur, et dont il devient l’auteur grâce aux conséquences multiples qu’il crée.

Les nouveaux surdoués en font des algorythmes. Vous, vous en avez fait votre vie sans le savoir. Et le drame vous rattrape. Pas d’inquiétude. C’est le terme savant aussi. Le drame de l’enfant doué. L’ouvrage phare d’Alice Miller. Depuis, on le sait, la douance rime avec la souffrance et avec l’enfance. Le haïku à trois vers est unique pour chacun. Ne le sont pas les composantes. Et les combinaisons géantes.

Nul besoin de maltraitance physique avérée. L’enfant négligé dans sa fantaisie naturelle, et dans ses besoins essentiels de comprendre le peu qui le concerne de près, devient l’expert de la réalité virtuelle et plurielle qui l’entoure. Il réussit naturellement à apprendre une langue, résoudre une équation, contrer la protection parentale de la wifi. Où sont passés ses fantasmes de satisfaction par la petite destruction de l’autre : mordre le sein, tordre le cou du frère, toucher le creux si doux de la petite amie ?

Il le connaît par cœur, l’autre. Il perçoit ses moindres recoins humains. Prévisibles pour son intelligence exacerbée aussi variables soient les réseaux étrangers. Toutes ses failles, et ses excès. Il les active et les neutralise à souhait. Seulement, il n’a de coeur ni d’esprit vrai pour cet autre qu’il est aussi lui même.

Au mieux, il atteint l’excellence. C’est tout. Et il lui court après, longtemps, inconscient de l’avoir trouvée.

 » Les attentes datant de l’enfance peuvent être si fortes que l’on renonce à tout ce qui nous ferait du bien pour être enfin tel que le souhaitent les parents, car on ne veut surtout pas perdre l’illusion de l’amour. »

Alice Miller
Notre corps ne ment jamais, plus récent que l’ouvrage pré-cité
Flammarion, 2004

J’étais promise à l’excellence. Belle carrière, beau(x) mariage(s), beaux enfants, belles transitions au passage, et une très belle psychanalyse même, entreprise à la trentaine et menée de main de maître jusqu’à en faire mon métier dix ans après.

J’ai tout raté et je m’en réjouis. Et je constate, que depuis que cela rate, scandaleusement ces mois derniers, je perds chaque jour quelques grammes de cette intelligence infâme. Je prends du coeur et de la chair. Je fais connaissance avec quelqu’un qui a toujours été là sans jamais oser se montrer, tellement bête et amoureuse qu’elle est.

Et je rencontre d’autres tout aussi inintéressants et affectueux. Et je ne suis pas pressée de les connaître. Juste de vivre un peu. Tant d’années. Tant d’enfants à voir grandir sans ne rien leur demander. Les désirer. Ce qui laisse toute la place aux mille échecs intimes qui jalonnent une vie, aux mille et un petits bonheurs partagés.

Un air d’enfance en formation au coaching clinique : ma formation, mon enfance

Je m’étais inscrite parce que je ne savais pas que cela s’adressait tout particulièrement aux professionnels de l’enfance de nos jours. Je pensais à l’entreprise qui est mon champ de bataille. Et aux enfants qui se révèlent aux adultes que j’accompagne.

L’enfant qui a peur.

L’enfant qui mord, qui tape, qui casse.

L’enfant meurtri, humilié.

Ce sont les trois conférences pour apprendre du champs psychanalytique la vive essence, auxquelles j’ai aimé prendre part en ce début de mois de mars aux Séminaires Psychanalytiques de Paris.

Salle comble. Des professionnels de l’enfance venus de toute la France. Directeurs d’établissements scolaires et maternels, personnels du soin et de la santé, journalistes et enquêteurs. Hormis André de Châteauvieux et moi, coaches cliniciens, pas un seul coach. Puisqu’ils se pressent aux événements du même type autour du masculin-féminin et ricaner du sexuel assumé, j’aurais aimé les trouver parmi ces enfants que nous étions tous. La clinique est l’art de l’intervention unique, singulière au cas présent. La clinique est la seule transmission qui apporte le cas vivant en même temps qu’elle soulève le cas d’antan. Celui que nous-mêmes nous demeurons. Un cas insoluble, susceptible d’être représenté, symbolisé, en communauté.

Je m’étais inscrite parce que j’aime beaucoup. Je m’étais inscrite parce que j’aime beaucoup apprendre sur moi. Je l’assume. Je m’étais inscrite aussi parce que je ne savais pas que cela s’adressait tout particulièrement aux professionnels de l’enfance de nos jours. Je pensais à l’entreprise qui est mon champ de bataille. Et aux enfants qui se révèlent aux adultes que j’accompagne.

Je m’étais inscrite il y a plus d’un mois, et l’intervention qui avait eu lieu depuis à la chaire de philosophie de l’Hôtel-Dieu tenue par Cynthia Fleury autour de « La clinique de l’avant », de l’avant-poste, à même le champ de bataille, la clinique traumatique et post-traumatique, des attentats, des lieux de conflit, depuis 14-18 et encore aujourd’hui partout où l’homme social combat l’homme sauvage et viceversa, m’avait conforté dans mon choix.

La clinique de l’avant est avant tout celle de l’enfance, celle de la violence intra-familiale. Comme en temps et sur le sol de la guerre il n’est possible que d’apporter une écoute qui humanise le vécu inhumain et de se retirer pour laisser l’enfant, le guerrier, retourner parmi les siens, en temps et sur le territoire de l’économie partagée qui nous fait vivre et crever il n’est possible que d’écouter le manager, l’expert, le fondé de valeur, et le laisser retourner là où sa valeur est relative voire anéantie par les impératifs productifs et financiers. Et même celui à son compte, consultant ou ingénieur, est pris dans les rets de la perte et du gain.

Alors c’est toujours étonnant d’oublier les contenus, la plainte ou le triomphe, le cas particulier de l’enfant ou du RH dépassé, et d’entendre les processus. C’est cela que l’analyste, le clinicien accompagne, pas tant parce qu’il est cynique ou insensible comme souvent on le prétend, non drappé de sa posture de coach ou de thérapeute, autant incapable que l’est l’analysant de sortir d’une vie qui est la sienne.

Le psychanalyste est psychanalyste car, psychanalysant, il a compris qu’il n’a pas d’autre choix que de psychanalyser pour vivre. Comme il le fait depuis bébé. Le sens n’est jamais trouvé et par là jamais figé. C’est sa quête qui est vivante, et qui apporte à sa descendance.

Et ces trois conférences, dans l’ordre que j’ai repris, parcourent bien le vécu de prime enfance, qui se perpétue à jamais lorsqu’il quitte l’inconscient pour la vie qui peut se déployer.

Car, premier enseignement : vous avez été laissé à votre peur, à votre colère, à votre tristesse, ce n’est pas cela qui est LE problème. Le problème est que vous ou la personne que vous accompagnez, souvent excellente rencontre pour votre contre-transfert, y soit restée fixée.

Autrefois j’aurais tenté de me reconnaître, et me serais trouvée sans hésitation, tellement la légende familiale me l’a rappelé et me le rappelle sans équivoque : je suis l’enfant qui tape.

Aujourd’hui je me reconnais dans l’enfant qui a peur, puis, l’enfant qui mord celui qui tape, celui qui casse, et enfin depuis peu, l’enfant meurtri, l’enfant qui a besoin d’apprendre à pleurer, pour quitter son meurtre, qui accepte l’humiliation et qui a peur surtout des plus forts que lui. La détresse originaire lui revient à l’esprit. Seulement, je ne suis plus un enfant, j’ai peur de vous et alors ? Je ne suis pas livrée à vous, à vos soins, à votre intérêt, à votre regard, à vos mots qui me donnent corps ou pas. Je suis libre à moi.

A suivre.

Car j’ai aussi touché, atteint par moments du bout des doigts ma visée de me former et de vous accompagner dans le champs entrepreneurial, vous que j’accompagne et va.

Illustration de couverture Kate T. Parker Photography

Chanson douce

image« Elle passe à plusieurs reprises sa main repliée sur la table comme pour ramasser des miettes invisibles ou pour en lisser la surface froide. Des images confuses l’envahissent, sans lien entre elles, des visions défilent de plus en plus vite, liant des souvenirs à des regrets, des visages à des fantasmes jamais réalisés. »

Je ne pourrais mieux décrire malgré mon goût pour la pédagogie psychanalytique, ce qui est un oxymoron que j’ose régulièrement, ce qui se passe dans la tête mal construite d’un(e) carencé(é) affective, d’un(e) enfant laissé(é) sans le soin, puis, sans le son qui met du sens à ce qui a manqué. La parole échangée. Le symbole qu’est le lien.

Louise est l’héroïne de Leïla Slimani. Elle s’abîme dans ce qui est parfaitement diagnostiqué lors de l’enquête qui suit sa déchirure dans une mélancolie délirante, dans l’amour de cette perte originelle de son enfance. Leïla dit avoir choisit ce prénom en s’inspirant d’un fait divers survenu en Angleterre. Non. Leïla est Louise assurément.

Leïla, Delphine (de Vigan), Marjane (Satrapi) émergent d’une culture qui les renie. Pour Leïla c’est l’Iran traditionnel, pour Delphine, sa famille clan soudé, contre elle, pour Marjane, le Liban de son enfance meurtrie et meurtrière. Elles créent sans la concession de mettre les formes et les distances que leur âge et leur genre requièrent. Leïla avec ses deux seuls romans, du « jardin de l’ogre » et de la « chanson douce » d’une sorcière, m’a fait rêver tel que je rêve. Son Prix Goncourt dérange. Moi cela me dérange qu’elle reçoive un prix et que ce ne soit pas pour être obscène, mais pour être littéraire. J’aurais préféré la garder parmi mes parles noires inconnues de la terre entière.

Et cette histoire de nounou est mon histoire fantasmée.

Tuer la nounou, les nounous monstrueuses qui sur la passerelle de mon enfance et de mon adolescente ont défilé. Mes parents, ma mère surtout, affectionnaient les bonnes à tout faire. Elle affectionnait surtout de les jeter dehors comme un acte suprême de son commandement sur elles.

Être tuée d’elles à plusieurs reprises je l’ai été. Lorsqu’elles partaient ma mort psychique était entamée. Nul besoin s’égorger un enfant pour l’étouffer dans son œuf.

Comme Mila se noie dans son sang je me noyais dans mon chagrin. Mila ne connaît qu’une nounou, j’en ai connu au moins autant que j’ai connu d’années. Quand la nounou change le chagrin change ; quand elle s’en va, le chagrin d’elle reste là. Ainsi est l’enfant, il s’attache à son bourreau. Il reprend une inspiration. De nounou en nounou j’ai ainsi survécu à plusieurs chansons.

C’est ma fille Carla qui m’a offert le livre. Je lui ai demandé le sachant si encensé et décrié à la fois, comme une nounou, comme la chanson douce qu’il narre.

– Je ne sais pas. Les livres aident à comprendre le monde. Je l’ai pris au hasard.

Elle a eu une nounou qui l’a abandonnée à l’âge d’un an.

– Je ne garde que les bébés.

Elle a pleuré en partant.

– Je ne garde que des garçons. Je n’aurai jamais dû accepter votre enfant…

Une chanson douce peut être un lien entre les non sens. Les siens. Les miens. Les nôtres et mère et fille en lien cela repose. Soin, son et symbole.

Meurtre d’âme, irremplaçable

Parmi les trois métiers impossibles, éduquer, gouverner, soigner, aujourd’hui avec Katrien, j’ai essayé d’éduquer… De meurtre d’âme, enfant meurtrie, faire naître la femme enfin. Et ma lecture du moment m’y aide bien :

 » Éduquer, c’est toujours donner ce qu’on n’a pas reçu. »

Pallier l’insuffisance de sa propre enfance. Toujours un pas de plus. Jonas définit d’ailleurs l’archétype intemporel de toute responsabilité comme celle des parents à l’égard des enfants (Hans Jonas, Le principe responsabilité 1979, Flammarion, Champs Essais, rééd. 2013, p.250).

L’enjeu est immense, et les individus ne sont toujours pas aptes à devenir parent. Les dysfonctionnements conscients ou inconscients des parents sont multiples, et les conséquences graves sur la vie psychoaffective de l’enfant.

« Meurtre d’âme », écrit Shengold. Ou comment le parent a le pouvoir de détruire la dynamique d’individuation chez son enfant, précisément parce qu’il est celui par lequel elle d’inaugure.

La notion d’assassinat d’âme, d’âme assassinée, de meurtre d’âme se trouve chez Daniel Paul Schreber (1903), dans ses mémoires d’un névropathe. Freud y consacrera une étude dans le recueil Cinq Psychanalyses, sous le titre « Remarques psychanalytiques sur l’autobiographie d’un cas de paranoïa : Le président Schreber ». Depuis la notion a été explicitée par Léonard Shengold, Meurtre d’âme, Calmann-Levy, Le Passé recomposé. 1998.

« Un meurtre d’âme est le plus souvent perpétré par des parents psychotiques ou psychopathes qui traitent leur enfant comme une extension d’eux-mêmes ou comme l’objet d’assouvissement de leurs désirs, ou les deux. » Shengold rappelle que l’enfant, pour résister au meurtre symbolique, continue d’aimer son parent. Et plus tard, le consentement à l’asservissement est une opération qui peut se répéter.

Orwell conte précisément dans 1984 comment elle devient archétypale des nouvelles sociétés. O’Brien disant à Winston Smith « Jamais plus vous ne serez capable de sentiments humains ordinaires. Tout sera mort en vous. Vous ne serez plus capable d’amour, d’amitié, de joie de vivre, de rire, de curiosité, de courage, d’intégrité. Vous serez creux. Nous allons vous presser jusqu’à ce que vous soyez vide puis nous vous emplirons de nous mêmes ».

La fin du roman signe le succès de la prophétie. Winston est alors capable de regarder la face de Big Brother et de l’aimer. Il en est même persuadé enfin d’avoir vaincu ses propres démons en effaçant toute équivoque de son cœur. Enfin il est apaisé.

« La lutte était terminée. Il avait remporté la victoire sur lui-même. Il aimait Big Brother. »

Le meurtre d’âme est l’effort délibéré pour priver l’individu de toute potentialité d’individuation. L’éducation n’est heureusement pas le monopole des parents. La vie recèle d’autres occasions de rencontrer des irremplaçables , des tiers résiliants, avec lesquels l’individu meurtri construit son individuation. »

Les irremplaçables
Cynthia Fleury

Coulée d’enfance

Cela coule à nouveau dans ma gorge. L’eau de mer. Les larmes ravalées d’enfance. Cela coule de nuit, car, de jour, le défilé de mes dents rend la parade souriante.

Cela me réveille. Cela me rend somnambule, insomniaque, morte.

Je me ressaisis.

Lui, qui dort à côté de moi cette fois-ci – ma dérive survient en son absence, d’habitude – lui, il m’offre, de son souffle calme, un lien à la vie. Et je plonge dans un rêve qui m’ouvre les portes-fenêtres de l’inconscient. Et que ce que je garde au fond de moi ne s’empare plus de mon corps pour dire sa souffrance.

Nuit noire. Souvent. Nuit terrifiante. Sur la couche froide de l’enfant débordée par la vie que personne ne lui raconte. Rien que des images, des sensations, la-bas comme ici. En rêves comme dans l’hallucination d’enfance qu’elle a vécue.

Rien de bien grave, rien de bien nouveau : les cris des autres, le regard mauvais d’une maîtresse insensible, les carreaux et les lignes, y vomir la poésie qui est devenu devoir et ainsi perdu de sa vie. Sauf qu’elle aime se la dire tout doux. Comme personne ne la lira, autrement que par les fautes qu’elle fera.

Rien de grave, jour après jour : des leçons, des corrections, des punitions. Et la messe le mardi matin. Le carnet de chansons d’amour à la mode détournées au profit d’un dieu impossible à penser. Les feuillets sont coincées entre deux échantillons de lino, comme seules des bonnes-sœurs en auraient l’idée. Et défaire les pinces, et rajouter le tube du moment, si vous êtes en avance sur le prêtre venu d’on-ne-sais-où.

Car à l’école française des filles en banlieue désertique de Madrid, il n’en est que dévotes de Notre Dame de Vie expatriées pour la bonne cause et vivant sur place, au bout de la coursive interdite aux élèves.

D’où sort alors ce père Moïse à chaque fois qu’il vient retrouver sa Bible en français ? Personne ne lui a entendu jamais d’autres mots que le « Notre Père » et le « Te Deum’. Nous allions pourtant en confession avec lui. Intimité hardie. Rencontre ratée, une fois de plus, avec le verbe aimer.

Il souffle tout doux à mon oreille. J’avais presque oublié que je pleurais en dedans et que me hasarder en rêves était la tentative de mon évasion. Je suis réveillée et tout ce que j’ai revu ne m’éclaire pas beaucoup. Y poser des mots ? Lesquels aurai-je posé si j’avais pu, soir après soir, me dire à la maison. Je disais l’immondice de ce qui nous était servi au réfectoire. Cela irritait ma mère qui disait payer au prix fort ce régime demi-pensionnaire du point du jour à point de jour : transports en commun, double enseignement franco-espagnol jusqu’à saturation, sans aucun souci des rythmes scolaires et encore moins de l’enfant, resto universitaire avant l’heure, purée et semelle, et par centaines. – Et tes notes sinon ? Tu as baissé d’un demi point. Comment comptes-tu m’apporter la mention ? Et que je puisse te dire intelligente et belle à mes déçus parents ?

Il n’y a pas de quoi vraiment se sentir noyée de chagrin et d’abandon…

Il n’y a pas de quoi s’encombrer l’inconscient.

Et qu’il coule à nouveau.

 

 

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Le printemps des femmes

Elle est tombée souvent en son enfance. Elle est tombée souvent face au père  » lui offrant ses plaies ouvertes… »
C’est comme cela qu’elle le dit d’elle-même.
Elle est tombée souvent alors. Elle ne tombe plus. Elle ne s’offre pas. Ni à l’homme d’elle en dehors. Ni à l’homme qui l’habite et qu’elle étouffe « comme maman ».

– Il serait temps de relever le gant… – elle ajoute.

Il est temps de le jeter telle femme en séduction.
De le relever tel homme conquérant.

En cet entre-deux elle tisse son cocon.

– Je me donne le printemps pour passer à l’action ! – rêve papillon.

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Artiste Coach ou l’accompagnateur en post-modernité

Avec la démultiplication des thérapies et des méthodes de développement personnel – plus de 400 pratiques recensées et professionnelles -, rare est devenu le recours au divan et à la psychanalyse. Un voyage intérieur hors espace et hors temps, dans les temps et les lieux familiers qui nous semblaient éternels alors. L’enfance. Eternelle nous semble encore.

Comme Freud l’avait prédit, chimie a pris le relais des cas les plus souffrants. Et papouilles dans le sens de l’égo sur chaise à porteur pour les soi-disant bien portants.

Et pourtant, le divan reste bien à part, ancré et meuble, comme meubles et enracinés sont nos ressorts intérieurs.

Le divan apparait dans l’entre-deux d’un XIXème siècle qui se débat avec ses conventions et un XXème siècle qui modère tant bien que mal ses agitations.

Aujourd’hui, le monde évolue d’instant en instant, l’autorité inébranlable a laissé place à la satisfaction instantanée possible des pulsions et compulsions, à l’ébranlement des uns par les autres, souvent.

Si proches et si lointains, dans l’ascenseur, dans le métro, dans le open space, dans les bouchons. Même les réseaux sociaux ne sont qu’autoroutes de l’information. Un statut chasse un autre et un « j’aime » une fois devient pour bien peu de chose un « je bloque » et signalement.

Le divan d’aujourd’hui est lieu de stabilité, de structuration, de préférence, et de contact, oui de contact au plus profond. Avec ou sans meuble divan. Le créer de toutes pièces est l’art du coach clinicien, du coach qui permet l’analysant.

L’entretien clinique permet de recevoir chacun et chacune dans sa singularité. Et d’interagir comme cela vient, par libre association d’idées. Voyage en terres inconnues pour l’analysant comme pour son analyste. Mais voyage à deux sécure et sur la durée.

Car nous pouvons faire des séances, une, deux, trois, sur comment développer votre assertivité, comment gagner en rigueur, comment maîtriser en public la peur. Mais comme il est impossible d’apprendre à rebours du longuement sculpté, en votre psyché, privilège face à instincts et apprentissages animaux pavloviens, prendre le temps du temps sacré de votre formation d’être humain, est inmaîtrisable et heureux. Qui ne se compte pas en séances mais en détours.

Dans les comment d’aujourd’hui, les vôtres, il est pour vous des pourquoi inaliénables.

Et, à partir de chaque pourquoi originel, deux mouvements de vie : dépression et création. Oui. Vous avez bien lu. Ce sont deux pôles d’un élan vital, élan vital l’un et l’autre tout autant :

          De repli sur un souffle absolu qui était celui que nous osions apporter au monde en y faisant effraction.

          De pli sur le monde, aspérité que nous y apportons.

 

Accompagner les replis et les plis et revient l’art du coach prospectif, à rêves et les réaliser.

Il y a dans mes accompagnements ce que j’appelle un partage sensible, une rencontre intérieure qui peut se faire les pieds en l’air. Ceux que j’ai accompagnés, en groupe en faisant la sieste ou la dinette, ou en face à face intime et décontracté se reconnaîtront. Et cela ne fait pas d’eux des extraterrestres. Bien au contraire, enracinés en leurs singularités et ancrés en la pluralité du monde réel, ils peuvent, comme vous le pourrez aussi, par décloisonnement intérieur – extérieur, animer une réunion ou un réseau sur ces divans d’aujourd’hui que sont les partages vivants.

Pourvu que le fragile en chacun de vous émerge et se répande comme sur le meuble velours.

C’est ce que je développe en mon livre à venir de coach au plus libre et un seul comment : comment développer son intelligence relationnelle ? Aux éditions Kawa au printemps. Ma seule transmission.

L’art du coach partageant.

*

Les arts de l’artiste coach en post-modernité et en résumé : l’analyse, le partage et la liberté.

En développé et avec vous illimités. Grâce à vous.

 

 

La danse des certifications

– Vous y étiez, dans mon rêve. Sans aucune envie d’y être vous me disiez.

Et en cette journée de trop, où accompagner est la dernière de mes envies, j’essaye de ne pas m’effondrer de comment à peine arrivée elle me dit.

Alors, elle continue.

– Vous ne vouliez pas d’ailleurs que je vous règle la séance, et moi j’y tiens !

Je suis d’accord. On arrête et je lui rends l’argent.

– Je vous ai donc réglé…

Dommage. J’essaye donc de m’accrocher.

– Et comme cela vous partiez de mon rêve et il s’ouvrait : sur une énorme décharge d’attache-case et d’ordinateurs ! Et je ne trouvais pas les miens… Jusqu’au tout dernier moment je ne parviendrai pas à les retrouver. Je me réveille sur cette triomphante sensation. Et c’est ça qui est nouveau : d’habitude mes cauchemars se terminent en fiasco, et là, cela est bien qui finit bien.

T H E E N D

– Et vous ? Que pensez-vous de mon rêve ?

Si seulement je pouvais le rêver… Je tombe tombe tombe de sommeil.

– Parce que moi je ne sais pas pourquoi cela me fait penser à une expression qui m’est chère : jeter le bébé avec l’eau du bain.

– Oui… Comme la bassine et le raisin.
(En référence à une scène d’enfance en précédente séance)

Les yeux écarquillés. Tout s’éclaire en son esprit on dirait. J’ai un ami psychanalyste qui rapporte comment un de ses confrères s’endort carrément en séance et les deux mots qu’il prononce au réveil sont révélation inconsciente.

– Quand j’étais petite j’aimais la danse ! Tiens. Et si je m’y mettais enfin ?

Je ne sais pas d’où elle tient cette association dernière alors que je la raccompagne acquittée de ma séance sûrement malgré les apparences. Elle tient seule le fil de l’inconscient, et moi je ne tiens plus à en être le passeur éveillé. Reposant.

Arrivera-t-il un jour où nous accompagnerons à nous laisser emmener dans les rêves et les jeux d’enfance de nos clients ?

Et nous, vivre ce qui nous correspond.Et plus par procuration.

P.S. Comme le  » désir d’enfant » n’est pas d’enfanter mais de redevenir soi-même enfant, déchargé des responsabilités que la vie nous apprend, le désir d’accompagner est d’accompagné tout autant. Songez y si vous êtes coach inconscient. C’est libérateur et certifiant 😉

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En immersion et au long cours

– Tu as un regard trouble, un peu voilé ; c’est comme si tu n’étais pas vraiment là au fond !

– Et qui ne t’a pas vraiment regardé au fond ?
– …

*
– Je n’en peux vraiment plus de ces invitations à prendre soin de mon « enfant intérieur », nous dit-elle. 
C’est comme un cri de rage, retenu, empêché, qu’elle pousse là. Et elle tape du poing sur ses genoux. 

Elle n’en peut vraiment plus de ces histoires d’enfant intérieur parce qu’elle n’a pas vraiment eu d’enfance quand elle était enfant. 

*

– Oui, bien sûr, qu’elle est accompagnée… 
mais soudain elle prend conscience là, que c’est elle qui au fond accompagne celui qui l’accompagne.
***
C’était samedi dernier, à Lille et à l’atelier de l’inconscient ; et c’était tellement bien que ceux qu’on a aimé accompagner un instant, se retrouvent et créent un groupe pour que Eva et moi on les accompagne en immersion et en profondeur, en duo et au long cours.
L’inconscient, un ami qui vous veut du bien…

 – avec Eva Maria Matesanz.

 
 
 
 

 

Un Conte de Noël

Elle se retrouve là, face à moi, pour la dernière séance et être en vacance de Noël.
Elle a décoré le sapin et choisit avec soin et légèreté quelques présents pour ceux qu’elle aime.

– Jamais cela ne m’aura été aussi simple ! – s’étonne et s’émerveille-t-elle.

Et elle résiste particulièrement aujourd’hui à plonger dans ses ancrages d’enfance ou à projeter ses envies. Des souvenirs de fête « compliquée » ? Des vœux engages pour l’année à venir ? Vous ne m’y prendrez pas cette fois-ci… – Semble-t-elle opposer.

Elle libère ainsi sa parole en supposée « libre association » mais un tantinet convenue pour être vraiment pulsionnelle.

Au terme du flot – de préparation essentiellement de son entretien d’évaluation par les autres Dirigeants Associés de son Cabinet -, alors qu’elle reprend respiration, je l’interromps en douceur :

– Me permettriez-vous de poser quelques mots parmi les vôtres et de dire ce qui me vient à l’esprit ?…

Connaissez-vous « Un Conte de Noël » de Charles Dickens ? Car en vous parlant d’esprit, la première libre association qui me vient est, d’en effet, faire venir auprès de vous les esprits des Noël passé, présent et futur ?

Et elle rit déjà de ses résistances d’adulte. Et la petite fille en elle semble sourire du cadeau. Et je crois bien que la femme en elle, qui se dessine libre et entière, jubile.