Cuisiner une brioche en séance

Elle se sent bien plus légère. Elle le réalise d’elle même à peine la séance commence. Elle a évoqué ces quelques préoccupations de professionnelle qui demeurent. Mais une fois que c’est dit nul besoin d’y rester ! C’est la première fois que sa roue charriant l’angoisse du plus haut au plus bas cesse. Silence.

– Je ne sais que dire d’autre.

– Et cela vous fait sentir quelque chose ?

– Non. Puisque c’est vide, de sentiments autant que de données entêtantes. – Elle sourit. – Ah si ! J’y pense ! Ce week end j’ai cuisiné une brioche !

– Une brioche ?

– Un kilo et demi elle faisait ! C’est un stage de cuisine que j’aime de temps à autre fréquenter. J’ai rapporté à la maison ma création et nous l’avons mangée à deux sans tarder !

Je souris.

– C’est un drôle de travail que de malaxer la pâte, rajouter des essences et pour couronner le tout, l’animatrice nous invite à la tresser en partie. J’ai enragé sur cette manip !

image– Vous savez à quoi je pense depuis que vous décrivez votre brioche ? Un kilo cinq, langée et farinée, et puis coiffée ? À un bébé !

Sans hésiter :

– Si c’est ça il faut vite que je retravaille mes gestes, mon application et ma douceur ! Vous verriez la natte ratée !

– Ne me suivez pas si vite. En vous accompagnant je me laisse aussi aller à partir de vos évocations à la libre association des miennes mais peut être qu’elles m’appartiennent… Sauf que vous vous y engouffrez si aisément que l’on dirait de votre propre inspiration. Peut être aussi que le bébé est vous et vos gestes des gestes maternels que vous avez reçus…?

À nouveau sans transition :

– Mes gestes sont bien ceux de ma mère en me coiffant. De ces peignes de jadis qui tracent une raie et coupent l’envie. J’avais toujours une raie et des tresses, cheveux tirés et peu de tendresse lorsque je m’apprêtais à sortir. Mais je reviens sur la première idée, celle où ce serait mon enfant que j’ai aimé imaginer, sans le savoir, sur la table de travail et amener à la maison. Même si je n’en veux pas de sitôt !

– Cela a trait à la relation mère – enfant, votre mère et vous enfant, et en même temps vous mère et votre enfant, les mêmes pour l’inconscient, que vous touchez de vos doigts à l’instant.

Les lécher ou mettre des gants ? Et elle ajoute comme si elle devinait ma question :

– En tout cas pas question d’allaiter ! C’est triste de donner du caoutchouc mais ce sera au biberon !

– Ce fût le cas pour vous ?

– Oui…

– La séance est terminée. Nous aurons le temps d’y revenir dans votre processus d’accompagnement sur cette brèche qui fait de vous femme pleine. Et c’est personnel mais je vous le dis : donner le sein est le plus vif plaisir que je connaisse !

– Je ne reviendrai pas sur mes idées à ce sujet. Elles sont arrêtées !

Une brioche se finit toujours au jaune d’œuf. – Je le tais. – Comme la toute première montée de lait…

Elle(s) rêve(nt)

De rêve, de contre-transfert et d’interprétation… Oups ! Je suis coach.

Noyer de l'Atelier des Jardiniers à Sens, la veille de cette séance
Noyer de l’Atelier des Jardiniers à Sens, la veille de cette séance

Le noyer creuse le ciel de ses doigts en sang…

Et aujourd’hui c’est en la forêt qu’est, en rêves, son père mort, qu’elle s’est internée en séance et la nuit d’avant.

– C’était sombre. C’était beau. C’était… voyez-vous ces feuillages sous la lumière déclinante du zénith ? Comme emportés vers le haut. Et moi engluée dans son ombre. encore et encore.

– Il serait peut être temps de relever le gant…

– Pardon !?

– C’est une expression que vous avez utilisée à plusieurs reprises, sur plusieurs séances…

Elle ne relève pas plus, mais moi je me dis, et le garde à nouveau : que le gant cache, peut être, autre chose, que des doigts d’enfant.

Dans la forêt

 

– Dis, tu m’emmènes en forêt ?

J’ai aimé prendre ma voiture à pédales et je l’ai emmenée là où ça ressemble un peu à la savane et où le soleil caresse les fougères. On a marché au milieu des sentiers creux. 

– J’aimerais voir des chevreuils, elle m’a dit. 

Mais c’est encore la saison de la chasse, alors les chevreuils ils s’échappent et se cachent là-bas, dans la forêt blonde. 
On a continué la main dans la main et, entre les chênes et les châtaigniers, on a aperçu d’immenses trous étranges. 
– Ça doit être des trous de bombes, je lui ai dit. 
– Mais pourquoi tu vois encore la guerre partout ? elle m’a demandé. 
Je n’ai pas répondu à ça parce que moi c’est comme ça que je vois le monde. Et que pour avoir la paix entre nous, elle et moi on a décidé que ça, je le vois plutôt avec ma psy. 
– C’est tout simplement la terre de la forêt qui vit et qui parfois s’affaisse alors, elle a ajouté. 
Et on s’est approché tout au bord d’un grand trou. Avec toute la pluie qui est tombée les jours d’avant, il y avait une mare au fond. Des acacias avaient poussé et elle & moi on était à la hauteur de leur cime ; comme si on était sur la canopée. 
Quand j’avais envie de la tuer, il y a encore quelques mois, c’est là que j’aurais pu la faire disparaître, je me suis dis.
Et je me suis souvenu que chaque fois qu’on traversait une forêt jadis, ma mère racontait, toujours, toujours, l’histoire d’un enfant assassiné. On avait retrouvé son petit corps au cœur de la forêt. C’était près du Petit-Clamart, je crois. Cette histoire-là me terrifiait. Et j’imagine que c’est au fond d’un trou comme celui-là qu’on a retrouvé cet enfant.

En immersion et au long cours

– Tu as un regard trouble, un peu voilé ; c’est comme si tu n’étais pas vraiment là au fond !

– Et qui ne t’a pas vraiment regardé au fond ?
– …

*
– Je n’en peux vraiment plus de ces invitations à prendre soin de mon « enfant intérieur », nous dit-elle. 
C’est comme un cri de rage, retenu, empêché, qu’elle pousse là. Et elle tape du poing sur ses genoux. 

Elle n’en peut vraiment plus de ces histoires d’enfant intérieur parce qu’elle n’a pas vraiment eu d’enfance quand elle était enfant. 

*

– Oui, bien sûr, qu’elle est accompagnée… 
mais soudain elle prend conscience là, que c’est elle qui au fond accompagne celui qui l’accompagne.
***
C’était samedi dernier, à Lille et à l’atelier de l’inconscient ; et c’était tellement bien que ceux qu’on a aimé accompagner un instant, se retrouvent et créent un groupe pour que Eva et moi on les accompagne en immersion et en profondeur, en duo et au long cours.
L’inconscient, un ami qui vous veut du bien…

 – avec Eva Maria Matesanz.

 
 
 
 

 

Enfant de coeur

Dimanche 6 Octobre

J’aime pas le dimanche. Proximité avec le lundi , un jour effrayant pour l’enfant que je fus il y a trois siècles.

Et l’enfant continue de mourir en moi à petit feu.

Le dimanche, le jour du seigneur, ma mère m’emmenait à la messe à Garges-les-gonesse (Val d’Oise). Le curé avait une voix de stentor, des robes sacerdotales, des soutanes et des surplis empilés par-dessus des brodequins cirés, il était le dernier rempart avant le diable.

Ca durait une heure, on imagine pas comme c’est long une heure de messe, c’est pire qu’une heure de maths, bien pire qu’une heure de dîner en famille, moins interminable sans doute que l’heure où l’on se quitte…

 

Créative Attitude originelle

Parmi les dirigeants et créateurs que j’accompagne, il en est qui retrouvent dans leurs grigris pour s’inspirer et pour agir, des traces… du pot petits !

image

Notre créative attitude trouve ses origines d’après moi – psychanalyste en entreprise, qui accompagne l’innovation des plus grands-, excusez-moi de l’affront : sur le pot. Aux premières années d’émancipation.

Le petit enfant apprend les rudiments de la vie : manger, dormir, plaisir, souffrir, de la main de son papa et de sa maman. Mais nul ne peut, pour lui, déposer la formation singulière des résidus de son corps.

 

Un cadre est donné à l’enfant :

          – un récipient, son espace de création ;

          – une régularité, la discipline d’un temps ;

         –  la séparation entre lui et son excrément.

 

Il n’appartient qu’à lui :

         –  la conscience de l’envie ;

          – la mise en mouvement ;

          – le plaisir ou la douleur de lâcher et retenir ;

         –  l’acceptation ou pas de la séparation.

*

Parmi les dirigeants et créateurs que j’accompagne, il en est qui retrouvent dans leurs petits ou grands grigris pour s’inspirer et agir aujourd’hui, des traces de cette période de créativité, originale et originelle, à laquelle il n’y pensaient plus.

Ainsi, l’un d’eux, qui était contraint par la mère à la station assise et prolongée dans un couloir, par toute la famille fréquenté, découvre comment ce couloir, dont il s’en souvient avec précision et ressenti profond, le mène à une découverte bien moins évidente :

Il a la sensation « étrange » – inconsciente peut être, préconsciente nous dirons – que ce couloir matérialise en sa représentation mentale son propre intestin. Et il croit reconnaître, ressentir aussi, un tiraillement familier entre l’envie de se « vider » de ses frères et ses sœurs, aux alentours trop présents, et la peur de lui-même disparaître avec eux.

La rivalité, ou sa cousine acceptable en société : la compétitivité, restent aujourd’hui son moteur de création. Et le burn out son hantise. Donner trop.

La prise de conscience de ces conditions de création singulière et originelle l’amène enfin à aisément travailler en intelligence collective. Avec toujours une pointe de dépassement personnel qu’il savoure à présent !

**

imageEn ce qui me concerne moi – non seulement « coach » de lui, puisque de témoignages personnels il s’agit -, je suis venue à la créativité sur le tard. Comme pour nombre d’entre nous, donner satisfaction « à la mère » passait avant tout.

Source d’inhibition au fond, que de vouloir bien faire et satisfaire : la mère, le professeur évaluateur, ou l’employeur tout-puissant. Inhibition de mon propre potentiel et mon décalage fécond. Et chronique constipation !

Pour en sortir, si j’ose dire, se « débarrasser » du donneur d’ordre est illusoire : s’éloigner de papamaman, quitter les institutions . C’est de moi-même que j’exigeais à mon tour la perfection.

Comment  s’en sortir alors ? En choisissant un « métier impossible » selon Freud, ceux de « soigner, gouverner, enseigner » où quelle que soit la puissance ou pertinence des moyens mis en œuvre, on peut y être certain… d’ « un résultat insuffisant » ! J’accompagne, dans la liberté qu’offre la psychanalyse, l’inventivité même de chacun. Et au sein de la société : reine-mère à jamais…

***

Henri Kaufman  me convie ainsi à contribuer légère à son ouvrage sous presse :

TOUT SAVOIR SUR la Créative Attitude

Et je réalise mon désir

Mon Sieur

Merci

 

Un été sans miroir

Un été sans fard, et à l’été indien, reprendre les tisons.
Couleurs de la guerre, de la fête ou du clan.

Il en est parmi mes amis FB – j’ai vu, j’ai aimé – qui se sont lancé des défis d’été : décrocher d’Internet, du JT, de l’alcool. Pour ma part, un été sans miroir était le silencieux espoir.
 
Décrocher le miroir serait-il dépasser un stade d’enfant ? 
 
Je n’ai pas vu, j’ai aimé, m’épanouir chaque matin, chaque nuit plisser ma peau. Comme elle se plissera sur les restes et les os.
 
Je me suis vue – toujours au présent, et encore plus souvent que dans le miroir du temps -, en chaque regard d’autrui. 
 
En œillades des inconnus, comme des fleurs ou des pierres de l’instant, et dans le vert perpétuel de l’amant. 
 
Un été sans fard, et a l’été indien reprendre les tisons. 
 
Face au miroir poser sur ma peau, à nouveau, les couleurs de la guerre, de la fête ou du clan. 
 
Sans me voir désormais. Sans chercher à m’aimer. Laisser à chacun, de l’un et de l’autre – reconnaître et approcher -, la liberté.
 
Et moi dont le métier est d’être miroir ? Me laisser décrocher, et être, auprès d’Autre, Eva.