Erotiser l’entreprise : la place de l’affect

La connaissance de soi et le développement personnel constituent des aides parfaitement intégrées aux côtés des apprentissages techniques. L’essor des pratiques comportementalistes et cognitivistes qui ont pu être développées avec beaucoup de maîtrise en deuxième partie du siècle dernier y a fortement contribué. Les neurosciences finissent de dévoiler nos ressorts les plus cachés. Mais rien de tout cela n’a accès à l’inconscient d’où surgissent tous ces leviers de vitalité que nous citons a naturel : les affects qui nous relient, les pulsions dont ils s’originent, les fantasmes qu’elles suscitent et la folie « douce », nous aimons la nommer douce, de nos névroses, c’est-à-dire de nos personnalités.

Qu’est-ce que l’affect ?

 

Contrairement aux représentations du monde engrangées dans l’expérience, l’affect surgit en soi-même et il demeure inconscient. Il se révèle à la conscience par la décharge qu’il produit et dont il a besoin régulièrement. L’origine de cette décharge est pulsionnelle, à partir des besoins du corps, puis « sexuelle », à partir de la recherche active de satisfaction auprès d’autres que soi.  De partenaires de « jouissance ».

Les affects, en effet, ne sont pas faits d’émotions ni de sentiments. La culture seulement leur donne cette coloration. Ils surgissent lors d’une chaîne signifiante que nous allons explorer ensemble dans cet ouvrage singulier. L’enchaînement des pulsions, des fantasmes et enfin de la folie douce toute personnelle que chacun met à l’œuvre dans ses réalisations et dans le lien aux autres.

Le besoin d’une décharge évolue vers le plaisir ou le déplaisir de l’échange. L’entreprise offre la plateforme d’échange et de création qui convient à l’être humain. Elle est faite d’autres hommes et d’autres femmes qui offrent ainsi à la fois une contenance et une stimulation. Elle est un petit monde dans le grand. Et cela tient à tous ses membres en même temps.

La connaissance de soi et le développement personnel constituent des aides parfaitement intégrées aux côtés des apprentissages techniques. L’essor des pratiques comportementalistes et cognitivistes qui ont pu être développées avec beaucoup de maîtrise en deuxième partie du siècle dernier y a fortement contribué. Les neurosciences finissent de dévoiler nos ressorts les plus cachés. Mais rien de tout cela n’a accès à l’inconscient d’où surgissent tous ces leviers de vitalité que nous citons a naturel : les affects qui nous relient, les pulsions dont ils s’originent, les fantasmes qu’elles suscitent et la folie « douce », nous aimons la nommer douce, de nos névroses, c’est-à-dire de nos personnalités.

Ces pratiques ont le bénéfice de constater, de nommer et souvent de proposer des aménagements salutaires pour l’ensemble. D’autres pratiques, souvent nommées humanistes, intégratives ou bien reconnues ouvertement comme étant des aménagements de la psychanalyse pour permettre un travail « clinique », au plus près, non plus du lit – comme le veut l’étymologie du mot clinique -, mais tout simplement de chaque « cas », de la singularité et de la richesse du sujet. Elles se déploient dans les institutions particulièrement sensibles à l’humain et au respect de sa complexité puisqu’il en va du respect de la complexité de l’ensemble, de son équilibre naturel. Ces institutions sont celles de la santé, du social, de l’environnement aussi, de plus en plus.

C’est notre volonté dans cet ouvrage, comme cela l’est dans notre pratique et dans nos enseignements universitaires auprès de managers et dirigeants, de répandre les moyens que ces institutions se donnent à l’ensemble des établissements et des réseaux de la vie économique dont le sentiment de responsabilité et d’engagement profond et durable est accru et c’est réjouissant.

Nous avons pensé y venir tout simplement par ce chemin vital de l’éros qui occupe une position centrale dans la recherche psychanalytique, sans considérations pathologiques. C’est la volonté de notre duo, mais aussi celle des nouveaux coach-analystes qui se forment auprès de nous, en groupe dédié ou dans les cursus universitaires auxquels nous contribuons, et celle des professionnels qui nous choisissent en groupe d’analyse de pratiques : RH, managers et consultants. Leurs témoignages seront clés dans les pages qui suivront.

Ouvrir le cercle alors, faire courir l’onde de charme, érotiser l’entreprise, la livrer sans plus de principes et de précautions inutiles, dépassés dans la tête et dans le cœur de ses acteurs si vivants, à ce que nous avons de plus humain serait-ce la différence – la différence des sexes et des générations -, et le rapprochement tant désiré que craint. Sans oublier la mort certaine qui finit d’éclairer depuis le bout du tunnel ce désir d’appartenance et ce plaisir de recréer. Ou du moins d’entreprendre ces deux mouvements altiers.

Erotiser l’entreprise : une lecture de l’été

La lecture de Jean-Louis Muller d’érotiser l’entreprise, ouvrage paru chez L’Harmattan avec André de Châteauvieux et Eva Matesanz

J’ai lu ce livre d’une seule traite. Il se construit autour de narrations passionnantes de scéances de coaching où se nouent et se dénouent les liens entre la vie en entreprise, l’entreprise de soi même et l’entreprise entre coach et coaché.
 En 1980, j’avais eu la chance de rencontrer Max Pagès, après avoir lu :
« L’emprise de l’organisation ».
Il avait réalisé un travail d’enquête , digne d’un ethnologue dans une entreprise que je connaissais bien pour y intervenir souvent.
Résumons sa thèse : au delà du salaire, des primes et des conditions de travail une entreprise s’assurait l’engagement, voire le dépassement de ses collaborateurs en se focalisant sur le noeud où s’entremêlent angoisse et plaisir.
J’ai depuis exploré cette thèse en repérant derrière les discours et pratiques rationnelles des fantasmes, des désirs érotiques, des sublimations et des régressions. Cette dimension invisible à l’œil nu est la toile de fond de ce livre.
Ce que nous nommons besoin dans la sphère entrepreneuriale se mue en désir sous la plume des auteurs. Désir à la fois inassouvissable et moteur de vie : sans désir pas de vie, et avec désir , de la souffrance.
Ce contexte étant posé, les scéances de coaching décrites dans le livre visent à aider les clients à établir des liens entre leurs histoires personnelles et professionnelles sous l’angle des stades de développement de l’enfance. Cette prise de conscience est ensuite exploitée de manière à débloquer des situations présentes douloureuses. Eros et Thanatos ne restent pas dans les vestiaires des entreprises et des organisations ; il s’y épanouissent avec vigueur.
Les auteurs révèlent , presque sans pudeur, ce que j’apprécie , les fantasmes érotiques surgissant dans les liens coach/coaché. Ces désirs dans l’ici et maintenant sont les reflets des désirs dans l’ailleurs et d’autres temps.
Je diffuse ce texte sans en avoir parlé avec Eva et André , et j’espère que vous avez compris que j’ai beaucoup apprécié cet ouvrage.
Jean-Louis Muller
Et moi je reprends ici, Jean-Louis, avec le bonheur des esprits qui se rencontrent cette lecture juste et ouverte d’un ouvrage qui trouve sa place peu à peu comme l’éros vrai lui-même : la vie triomphe de tout, c’est l’intitulé de la conclusion que nous avons voulu Ancré de Châteauvieux et moi-même.

De l’amour et de la haine dont se tisse l’étoffe de l’éros

Olivier Bouvet de la Maisonneuve et son travail sur Mélanie Klein En Seminaire Psychanalytique de Paris m’aide ainsi à parfaire les soubassements de mes positions sur l’éros en entreprise, une autre grande matrice dont le sujet peut éclore vivant.

Aux Séminaires Psychanalytiques de Paris, avril 2018

Mélanie Klein rejoint la deuxième topique de Freud qui fait état de trois instances : l’instance pulsionnelle du ça, l’instance sociale du surmoi et le moi comme personnalité propre. Cette topique s’accompagne de deux grands principes organisateurs de la vie humaine, des seuls deux instincts que nous avons tous pour valise humanitaire : l’éros et le Thanathos, la libido et le morbide. La connaissance de la mort est à l’origine de ces deux dynamiques entrelacées, de plaisir et de réalité.

L’adoption de ce référentiel est particulièrement exprimée dans l’ouvrage L’amour et la haine ci-écrit avec Joan Rivière et publié en 1937. En accord avec son désir de ne jamais rien affirmer qui ne soit fondé sur sa pratique clinique, au plus près de chaque cas rencontré, Mélanie Klein laisse volontairement de côté l’arrière plan théorique, biologique et philosophique, pour se centrer sur les questions du développement, harmonieux ou pathologique. Ce développement psychique est la clé du développement affectif et sexuel, cognitif et comportemental, relationnel et social, de la pleine expression de la singularité individuelle tout en étant « d’assez bonne compagnie ».

Klein s’aligne sur la position de Freud : le stade originel est « sans relation d’objet ». La pulsion de vie et la pulsion de mort sont intriquées dans une forme de masochisme primaire ce qui donne lieu au tout premier conflit psychique auquel l’espèce humaine a affaire : le narcissisme primaire, un tout premier doute sur la valeur d’existence même. Ce premier regard sur soi défléchit vers l’extérieur une part de la pulsion de mort qui devient ainsi sadique, agressive, tandis que l’autre part qui demeure à l’intérieur conserve son orientation masochique.

Au commencement était la haine

L’agressivité dérive ainsi de la pulsion de mort mis elle est la première expression de la libido, du désir. La libido suit ainsi toujours les voies que la pulsion de mort a frayées.

Klein n’utilisera plus le terme de sadisme que comme référence théorique du pendant du masochisme primitif. Elle lui préférera celui de haine qui incarne mieux la dualité pulsionnelle dans l’expérience clinique, dans la recherche d’un développement.

La haine constitue le fonctionnement psychique de base, une première expression désirante qui se confond avec la sexualité infantile avec son lot d’érotisations partielles, orale, anale et scopique. L’objet partiel est le sein et son existence même organise tout le désir du jeune enfant : celui de son nourrissage mais aussi de son plaisir ou de ses privations.

Selon Freud, dans Pulsions et destin des pulsions, 1915, que Klein cite dans la Psychanalyse de l’enfant, « la haine est plus ancienne que l’amour ». L’amour reconnaît le sujet entier et ne lui impose pas la satisfaction des corps.

Cette première expérience vitale recevra l’appellation d’une position kleinienne qui persiste de nos jours : la position squizo-paranoïde. Ce n’est que dans un deuxième temps qu’apparaît la position dépressive que non déprimée : celle de la culpabilité dont on se protège par le clivage car ce n’est qu’en sortie d’enfance, avec la frustration œdipienne enfin posée qu’il sera possible de se protéger de son désir par le « refoulement » vers l’inconscient pur et simple de la pulsion interne.

« Il est, à mon avis, très important pour l’avenir de l’enfant qu’il puisse faire le passage des craintes précoces de persécution et d’une relation d’objet fantasmatique à une relation avec sa mère comme personne entière et être aimant. Néanmoins, quand l’enfant y parvient, surgissent des sentiments de culpabilité liés à ses impulsions destructrices dont il craint alors qu’elles ne soient un danger pour l’être aimé. »

Mélanie Klein, Le sévrage, 1936

Et l’amour fût

La mère se dégage progressivement de son statut d’objet sein en devenant une mère aimante. L’élaboration fantasmatique qu’elle suscite, qui est de l’ordre de l’amour, permet à l’enfant de se dégager à son tour de la pure satisfaction materielle de ses besoins voire de ses plaisirs.

L’amour et la haine sont les deux états affectifs premiers, tous deux issus de la pulsion, mais il ne correspondent pas à un afrontement direct entre l’eros et la pulsion de mort.

Si la réparation aimante est largement fantasmatique, intrapsychique, la haine est vécue par le corps, sous forme d’insatisfaction, et immédiatement projetée : elle est attribuée au sein de la mère dans sa double forme d’objet interne et externe. Elle devient un imago pour reprendre ce terme kleinien qui devient le support de toute identification.

C’est par le clivage que l’enfant effectue la première opération psychique, à la fois de défense et de création d’une formation réactionnelle. Le clivage est le précurseur du refoulement et de la sublimation qui s’ensuit. Le clivage permet le déplacement de la haine en tendresse. Elle y perd son but destructeur tout en gardant son substrat corporel pour le mettre à la disposition de l’amour. Le vocabulaire et les gestes trahissent son origine violente et sexuelle. Le baiser est une esquisse de dévoration et les mots d’amour se nourrissent d’une forte ambiguïté. Trop d’amour tue.

Le sursaut de l’éros

La position dépressive est faite d’oscillations entre un pôle traumatique où dominent la douleur, l’angoisse et la culpabilité liées à la perte de la mère objet partiel, facilement halluciné, puisqu’elle devient objet complet comme le sera aussi le sujet, et un pôle dépressif dont l’action s’articule aussi en trois temps : la représentation détachée par le clivage est rejetée dans l’inconscient par le déni qui atténue ainsi la réalité psychique angoissante.

Il ne restera que quelques traces d’une émotion invivable vite submergées par la toute-puissance de la pensée. D’autres traces se situent du côté de la plus belle émotion. Le psychisme va vite les mettre à l’abri de ses propres attaques sadiques, irrépressibles au plus précoce, en faisant un prototype dégagé de la réalité : l’idéal. L’amour est de cet imaginaire sensé. L’amour devient l’intégrateur entre la réalité psychique et la réalité confrontante.

Mais aussi quelques restes d’une petite part langagière, les bribes d’un récit, qui, en s’articulant à d’autres restes permet la symbolisation, la sublimation dans le modèle cognitif. Ce domaine symbolique qui fait face à l’imaginaire est organisé par la haine et opéré par le clivage. Ni l’un ni l’autre ne sont destructeurs, bien au contraire : ils nous évitent la toute puissance, ils sont à l’origine de la dynamique désirante, ils permettent le lien et la création.

 

Olivier Bouvet de la Maisonneuve et son travail sur Mélanie Klein dont je me suis inspirée pour écrire ce billet m’aident ainsi à parfaire les soubassements de mes positions sur l’éros en entreprise, une autre grande matrice dont le sujet peut éclore avec rage et tendresse tout autant. Et en société également.

A chaud en vidéo :

Erotips d’entreprise

Les trois sessions du 29 mars, du 12 avril et du 3 mai composent un parcours complet des erotips les plus opératoires en entreprise.

L’art du lien « une belle approche de la relation professionnelle »

La psychologie du collaboratif « la coopération n’a rien de naturel ! »

Erotiser l’entreprise « ce livre est en train de changer ma vision des rapports professionnels »

Ce sont les titres et les retours lecteurs des ouvrages qui me permettent de développer ma pensée. Ever mind par delà cet écran auquel vous êtes fidèles.

Afin de permettre aussi de répondre à vos questions je développe actuellement un cycle d’ erotips d’entreprise.

Les 29 mars, 12 avril et 3 mai venez me rejoindre à mon cabinet parisien (Pereire) pour aborder l’essentiel sur trois angles complémentaires :

Engagement professionnel

Ressources Humaines

Organisation

Et faire le point sur votre « désir » en découvrant comment il se forme ; sur celui des autres si vous avez des responsabilités RH ou conseil en découvrant comment il se détecte, il se développe et il collabore ; et enfin sur la dynamique de pouvoir institutionnel et sur les actes de pouvoir subjectifs (management libéré, shadow boards, corporate hackers etc) si vous êtes coach d’organisation, directeur de la transformation et bien d’autres métiers nouveaux.

Chaque session est matinale. Les trois sessions composent un parcours complet des erotips les plus opératoires.

Un parcours en séminaire détaillé et entièrement experientiel est prévu sur trois journées complètes à la campagne de Sens (50 min par le train de Paris Bercy).

Prenez place sans tarder.

 

Érotiser l’entreprise, ou elle vous érotisera

Publication inédite en lien avec l’ouvrage L’Harmattan Érotiser l’entreprise pour des rapports professionnels sans complexes par Eva Matesanz et André de Chateauvieux

Il est formateur et il anime aussi des équipes sur des projets de transformation d’entreprise. Dans cette équipe une jeune femme lui plait. Ce n’est pas la première fois. Il sait que cela le rend vivant et que son intervention gagne en justesse et en sensibilité. Seulement, cette fois-ci, il ressent une gêne vis à vis des collègues masculins. Il ne parvient pas à se sentir vivant comme jusqu’alors.
– Oui. Vous vous voyez plutôt mort.
– Pardon ?
– Vous accédez à l’interdit premier. Si vous avez la femme, la toute première, votre mère, votre père peut vous tuer.
– Ah oui ! Je reconnais que je ressens la possibilité d’une sanction professionnelle.
– D’un châtiment. C’est alors le rapprochement du père que vous attendez plus que tout. Ce que vous craignez est ce que vous désirez inconsciemment.
– Je veux le père ou la mère ? Excusez-moi, je ne suis pas familier d’Oedipe. Et j’ai beau être habitué désormais – un an et demi d’analyse fraye bien -, à me remémorer des scènes de mon enfance me permettant de rendre conscient l’inconscient, ou des rêves récurrents, je ne vois rien du tout ici.
– En séance, il y a peu de temps, vous évoquiez une situation similaire. C’était aussi en groupe de travail et il y avait aussi une participante qui avait attiré votre attention. Mais bien trop tard. Vous n’aviez pas vu qu’elle était mal à l’aise, qu’elle avait décroché du groupe et de son avancement. Elle a fini par vous solliciter en aparté en vous demandant de l’aide. De suite vous aviez refait dans votre esprit le déroulé des sessions et vous aviez reconnu l’existence de certains signes auxquels vous n’aviez pas prêté attention. Vous vous rendez aveugle lorsque le désir vous prend. Vous vous seriez longtemps rendu aveugle. Votre récente expérience semble donner à voir que votre psychisme se lâche, que les résistances commencent à céder. Cela prend des fois 6 mois, des fois 1 an ou 2. Des fois cela ne lâche jamais.
– Et qu’est-ce que je fais désormais si la crainte m’empêche d’animer ?
– Est-ce qu’elle vous en a empêché ?
– Pas vraiment. C’était désagréable de sentir le regard du groupe sur nous deux. J’avais le sentiment qu’ils nous regardaient faire l’amour.
– C’était votre regard d’enfant sur vos parents. Une complicité dont vous étiez exclu.
– Peut être. Je n’ai jamais rien vu. Cela m’évoque mon couple surtout. Je n’ai jamais caché ma fiancé à mes parents et vice-versa. Je l’imposais même ! S’ils voulaient me voir c’était avec elle sinon rien. Ceci a provoqué beaucoup de tensions car ils n’ont pas pu tisser de liens au naturel. J’ai de suite voulu forcer les relations, faire famille alors que je commençais seulement à faire couple et à être un fils au lieu d’un enfant…
– Ce que vous craignez aujourd’hui c’est de vous regarder vous-même en face… Chacun traverse l’Oedipe difficilement. Par deux fois :

  • Enfant, c’est ce que je vous disais : l’enfant se rapproche du parent du même sexe et apprend la rivalité. Il n’est plus un avec la mère. Il et elle sont deux. Elle, si c’est une fille, et elle sont deux. Et c’est avec le père qu’il s’agit non seulement de « la partager » mais c’est avec le père qu’il s’agit de tisser un lien, celui du garçon ou de la fille en devenir.
  • Adolescent le petit d’homme voue une haine intense à ses parents. Ce lien de haine est le sentiment le plus intense, l’attachement le plus libidinal qui soit. Nous sommes toujours sûrs de notre haine. Nous ne sommes jamais tout à fait sûrs de notre amour. Prendre femme alors même que vous vous vivez comme un enfant est un formidable raccourci : la haine intense sert de soubassement à l’amour intense.

– Vous n’avez pas de souvenir de votre déception d’enfant, de ce qui a pu provoquer un épisode dépressif, un léger effondrement vécu comme un abandon. Votre père très pris par son travail, avec ses nombreux déplacements, vous a manqué, pour pouvoir exercer votre agressivité. Vous avez un souvenir fort de votre façon de « tomber amoureux » ensuite. Il est important aujourd’hui de libérer votre épouse de sa charge de tuteur de résilience, de libérer vos parents de leur charge d’accusation – vous leur en voulez encore aujourd’hui d’être les parents de l’enfant qui persiste en vous -, d’apprendre à aimer les uns et les autres tels qu’ils sont, et d’un amour imparfait, moins intensif.
– C’est comme cela que j’aime mes enfants je crois.
– Ce n’est pas comme cela que vous aimez leurs choix amoureux… Mais nous ne développerons pas. Nous allons devoir nous arrêter là pour aujourd’hui.
– Ça c’est vrai. Et je ne saurais en dire plus aujourd’hui… Oui. Nous y reviendrons à la prochaine séance.
– Et au delà. C’est un travail sans raccourci possible que nous faisons. Les raccourcis vous les avez tous pris déjà et vous vous trouvez dans l’impasse du désir.
– Je retourne en formation fort de cette confiance là, vulnérable mais pas vaincu.

Conscient de l’ambivalence des affects comme les racines des fleurs et des épines sont les mêmes.

– Je ne suis pas sûr de mes sentiments vis à vis de mon père.
Il ouvre la séance de cet aveu. Je garde le silence. Il en a l’habitude. Il poursuit de ce qui lui vient.
– Lorsque je le vois tout va bien. Lorsque je ne le vois pas aussi. Je n’ai pas envie de le voir lorsque je ne le vois plus. C’est mon épouse qui me rappelle de prendre des nouvelles de mes parents. C’est de toute façon ma mère qui répond au téléphone et au bout de cinq minutes on s’est tout dit.
– Et votre père, lui parlez-vous au téléphone ?
– Non. C’est impossible. Il a des problèmes d’audition.
Le corps réalise le désir de la séparation.
– De toute façon je n’ai rien à lui dire.
– Et attendez-vous qu’il vous parle lui de quelque chose vous concernant tous les deux ?
Il fait silence de prime abord. Il ne s’attendait pas visiblement à cette éventualité, d’une demande de sa part et d’un refus obstiné. Je ne dis rien. Il dit alors à nouveau ce qui lui vient.
– Nous ne parlons jamais de nous deux, de notre relation, des places de père et de fils, de ce qu’elles signifient pour nous.
– Vous êtes père vous même. Évoquez-vous avec lui la relation à vos propres enfants ?
– Oui. Cela m’arrive. Mais je n’ai jamais demandé de conseil. Je transmets des informations.
– Et de son côté, vous transmet-il alors des informations vous concernant ?
– Pardon ?
– Oui, je veux dire, si vous évoquez par exemple le premier emploi de votre aînée et comment vous êtes fier ou inquiet, dit-il alors pour lui ce que cela lui a fait de vous voir faire vos premiers pas dans la cité ?
– Je ne vois pas.
– C’était une question comme ça…
– Il parle de lui. Il n’a pas pu faire d’études. Il vivait en Afrique dans des conditions de misère. Il a fait ses études alors qu’il était déjà papa. Alors cela oui. Il parle de son investissement professionnel, si fort, qui l’éloignait de nous, ses enfants. Ça s’est moi qui le dit. Lui il pense qu’il était juste à côté de nous souvent, sauf qu’il était impossible de le déranger.
– Et son père à lui, votre grand père, comment lui a-t-il parlé de son métier et comment a-t-il accueilli celui de votre père ?
Je ne lâche pas ce fil associatif même s’il vient de ma seule volonté qui, pour inconsciente, peut trouver la sienne, résiliante. Il sourit.
– Vous savez le père de mon père a fui la guerre. Il s’est exilé. Il n’avait pas de métier. Il élevait des bêtes, il en tuait, il volait. Et il emmenait mon père, enfant lui-même, sur ces chemins buissonniers. Ils ne se parlaient pas. Ils passaient à l’acte leurs besoins les plus primaires. Et ma grand-mère attendait à la maison le retour de leurs chasses ou leurs corps retrouvés. Ça c’est mon père qui le dit : avec son oncle et mon grand père ils ont été coursés à la vie à la mort par d’autres hommes pour étrangers et pour voleurs.
– Ils préféraient risquer leur existence à perdre leur liberté…
– Mes parents se sont pris à mon épouse un jour. Elle était allée leur demander des explications concernant l’aridité de nos rapports. Elle est revenue en pleurs. Elle a été renvoyée sans réponse et sans ménagement. J’ai enfin alors osé affronter mon père de moi même, lui demander, comme vous le supposez aussi, ce qu’il aurait à me dire une fois pour toutes et qui serait mille fois plus doux pour plus humain que le silence et la distance. Il m’a renvoyé à mon tour en me disant de respecter ma mère. Je n’avais rien envisagé de tel, de l’irrespect. La violence est montée en moi et j’ai failli briser la ligne entre lui et moi. Je me suis ravisé. Je les ai vu d’un coup d’un seul devenus de pauvres vieux. Je ne les voyais pas.
– Papa était resté le héros imaginaire, maman, les tendres bras originels… Et le désir de retrouver la force et la douceur en eux était intact.
– Oui. Depuis toujours. Jusque très tard. Depuis je sais que c’est fini mais je ne m’y résous pas. Papa commande, c’est son métier de commandant de bord.
– Et vous vous chassez des commandes et vous les honorez tour à tour. Indépendant, formateur et conseil de haut vol.
– Et je séduis des femmes sans le vouloir. Et sans les honorer, jamais.

– Vous allez enfin pouvoir leur faire une place dans votre transmission, et aussi à eux sans les craindre ni les détester.

Et vous, mieux vous aimer.

 

*

 

Ce texte est un inédit. D’autres partages sont possibles via l’ouvrage Érotiser l’entreprise mais ce sont les vôtres qui vous concernent : venez en formation de votre Eros en atelier de campagne à Sens les 9 avril, 30 avril et 21 mai. Les inscriptions sont ouvertes.

Conference HEC Coaching d’organisation pour une transformation permanente

Comment accéder à la part de transformation permanente, préconsciente, émergente des organisateurs inconscients ? Les apports du groupe-analyse et de l’analyse institutionnelle par Eva Matesanz

Comment accéder à la part de transformation naturelle, permanente, préconsciente, émergente des organisateurs inconscients ?

Les apports du groupe-analyse et de l’analyse institutionnelle par Eva Matesanz

Introduction

La condition que je pose avant de rejoindre une équipe de coaching d’organisation dans une de ses missions est celle d’introduire le chaos, pas tant dans l’institution déjà plus ou moins en crise, mais au sein même de l’équipe. C’est le préalable absolu pour pouvoir creuser profondément et durablement la terre qui nous accueille, le sol organique et minéral qui se soulève de lui-même ce « corps étranger » que peut être, que doit être, qu’aime être si elle est vivante l’équipe intervenante.

L’équipe intervenante est l’unité de base de la transformation à laquelle il est possible de prétendre. L’équipe intervenante est à la fois « clinicienne » – ce sont la psychanalyse, la psychologie clinique et la psychosociologie ou sociologie clinique, les seules pratiques qui puissent s’apparenter au coaching des entreprises – et elle est prise dans sa folie de tribu sorcière. Ceci n’est pas antinomique, le clinicien étant celui qui consulte au pied du lit, et ici, ce sera le lit où les hommes et les femmes s’échouent, et nous savons tous que s’échouer ensemble dans un creux correspond aussi bien à la guerre qu’à l’amour.

L’analyse institutionnelle nous éclaire.

Il existe dans toute institution, des pouvoirs institués et institutionnels, les institués eux-mêmes – ceux qui appliquent l’ordre établi -, et l’instituant. Comme il existe en psychanalyse qui dévoile le désir inconscient, la place de psychanalysant. Dévolue au consultant.

Le rôle de l’équipe intervenante est de rentrer dans l’expérience, « dans les doigts et dans la tête » de l’instituant. L’instituant ce sont les forces vives, « soumises » aux institués mais à la fois dérangeantes de l’expérience officielle du vivre et faire ensemble dans chaque « boutique » ou dans l’agence étatique, ou encore, en écosystème de start up marche ou crève, et revend.

« L’expérience est dans les doigts et dans la tête » tout simplement, comme le clame le naturaliste Henry David Thoreau, l’auteur de la désobéissance civile bien comprise.

L’instituant est le vivace, le sauvage du vivant qui relie les hommes et les femmes de l’institution-organisation bien plus profondément et durablement que les institués ne les tiennent en ordre de marche un instant. C’est la part de « contestation ».

Le processus de transformation est alors, tout simplement, celui de l’institutionnalisation qui consiste en l’intégration, la compréhension partielle et surtout l’adhésion naturelle à ce qui est en devenir sur la poussée des subjectivités et qui n’est qu’en apparence contraire à la vie économique et sociale.

C’est cela la chance de survie et de développement de l’organisme vivant qu’est l’organisation. Ce n’est plus un système, une mécanique hiérarchisée ou même processuelle.

L’institution est un symbole, celui de la part de social en nous, de l’universel, de l’hétérogène et transcendent de nos existences individuelles et en même temps, la promesse vivante de la part de singulier, différent et immanent à laquelle elle sait faire place si nous nous montrons présents.

La condition complémentaire de cet exercice « impossible » d’un accompagnement, une fois que nous avons accepté de prendre part à la mission – impossible en référence au bon mot de Freud sur les métiers impossibles de gouverner, enseigner et soigner, qui s’exercent au mieux sans aucune garantie de succès – la condition de l’accompagnement vivant est donc de ne pas nous laisser prendre aux séductions faciles de la rationalisation, l’optimisation, la restructuration opérationnelle ni même des conversions massives, purement affectives, des attitudes et des comportements manifestes des personnels concernés. Ne cédons même pas à l’intelligence collective, émotionnelle, qui passera. « Ne jamais céder sur son désir », voilà le seul levier vivant.

Afin de mieux comprendre, l’articulation à laquelle je vous invite, issue de ma pratique étayée d’expériences et de réflexions croisées, je vous invite à aller voir au préalable du côté de l’organisme vivant auquel je prends part, et vous pourrez vous reconnaître aussi, du moins en partie, ce qui est la façon naturelle de prendre part.

A suivre sur ce blog et dans le détail dans une prochaine édition suite de l’ouvrage Erotiser l’entreprise chez L’Harmattan.

Vous pouvez vous procurer dès à présent l’édition d’initiation pour des rapports professionnels sans complexes !

Le désir de masculin féminin en entreprise, triomphera-t-il de l’obscurantisme dans lequel plonge notre société, en ce point aussi désespérément globalisée ?

C’est sur la crête du double versant de ma recherche de la psychanalyse des limites, état-limites qui ont pris la place des hystériques du siècle dernier, et des limites institutionnelles, pour lesquelles il s’était développée une analyse institutionnelle qui se poursuit par la sociologie du changement (cf François Dupuis) et le coaching d’organisation, le fleuron du coaching HEC, que j’y réponds.

En cette période troublée, encore aujourd’hui endeuillée, j’apprécie qu’un très grand groupe français me consulte pour un colloque en date du 8 mars, à l’adresse de ses cadres, et au sujet du masculin-féminin en entreprise, de la mixité et de comment « érotiser l’entreprise » sans encourir dans le simple décompte. Et je prends le thème de front et en profondeur en quelques mots pour laisser place aux questions et aux situations. La nature humaine, le psychisme du sujet, et le cadre institutionnel, symbolique qui stimule et qui contient l’imaginaire collectif, ont tellement à se dire. Fertilisation croisée.

C’est alors sur la crête du double versant de :

  • ma recherche sur le terrain de la psychanalyse des limites, état-limites qui ont pris la place des hystériques du siècle dernier,
  • et des limites institutionnelles, pour lesquelles il s’était développée une analyse institutionnelle qui se poursuit par la sociologie du changement (cf François Dupuis) et le coaching d’organisation, le fleuron du coaching HEC,

que je réponds à cet appel à contribution comme cela suit.

 

« Sans la liberté de blâmer il n’est pas d’éloge flatteur. »

Ce mot d’esprit de Beaumarchais a porté la liberté de presse et la porte encore, en première page du Figaro longtemps dirigé par Jean d’Ormesson que j’associe dans mon hommage à ce bon mot. Les bons mots, les éclairs de génie, les Witz en langue allemande, la langue de travail de Freud, nous viennent tout droit de l’inconscient. Et en cela, ils portent notre désir haut et fort. Sur des sujets de société, empreints de gravité, ceux qui élèvent notre humanité partagée, ils donnent de la chair aux propos. Ils ouvrent l’esprit de chacun et transforment la communauté.

Les choses se compliquent lorsque les sujets de société partent du corps lui-même et plus précisément du bas du corps.

« La liberté d’importuner » comme un préalable heureux au rapprochement homme-femme et laisser à chacun ensuite le soin de prendre ses responsabilités ou ignorer ses vices, le doute aussi, bienheureux soit le doute, sur la seule question qui vaille – mais qui a commencé ? – annulent toute pensée. Les passions prennent le pouvoir et le discours devient radical, étriqué, comme pour étouffer ce qui n’a pas lieu d’exister : le sexe entre l’autre et soi. Et ce faisant on ne voit que ça. Et ça reste en bas.

Pour envisager le masculin-féminin dans l’entreprise comme dans la société, il me semble moi, femme et psychanalyste, ancien cadre dirigeant et analyste aujourd’hui des institutions, il me semble incontournable de poser d’abord la génitalité. La génitalité est le stade le plus avancé de notre psyché. Ça ne reste pas en bas.

Oralité, analité, phallocratie et génitalité ! Ce sont les stades psycho-affectifs et l’entreprise est la scène de l’affectio societatis, de la communauté d’affects. Même en voulant y rester chacun à sa technicité, reconnaissez que l’outil de l’autre ne vous laisse pas insensible.

Qu’est-ce alors que la génialité de vivre ensemble et entre sexes opposés ? Qu’est-ce très concrètement que la génitalité ?

L’enfant humain né prématuré et hautement érogène de ce même fait. Ce sont l’ensemble des organes en contact avec l’extérieur qui l’informent sur ses besoins : le nez qui permet le fouissement du corps de la mère, la bouche pour téter, les sphincters pour digérer et évacuer, puis la bouche se spécialise pour parler et les oreilles pour faire davantage qu’entendre, écouter, les yeux, pour tout comprendre à l’entour et pouvoir agir, avoir une vision, partielle, et une visée, humaine, susceptible d’être partagée.

Ce n’est qu’à l’âge de raison que l’enfant accède enfin à des représentations abstraites qui peuvent perdurer et à des sentiments complexes auxquels il va pouvoir donner une forme sociale et obtenir une satisfaction relative mais certaine. Il laisse derrière lui toute cette profusion de pulsions autant « sexuelles », de quête d’un autre, que « narcissiques », d’auto-conservation.

Le corps pulsionnel s’apaise temporairement. Cette période est dite de latence. Plus ou moins écourtée de notre temps par les multiples sollicitations d’une société de la performance et de la consommation.

Le corps sexuel s’éveillera à l’adolescence, à nouveau dans une dispersion des sensations jusqu’à atteindre la jouissance génitale, celle de l’organe sexuel, le pénis ou son fourreau. J’emploie à dessein ce terme pour le sexe féminin qui n’est qu’un pénis retourné comme le démontre si bien l’opération de l’orange* par Louise Bourgeois. L’art donne à voir notre savoir inconscient. L’art de la sublimation.

Ceci étant, l’un est pénétré l’autre est pénétrant. Mais aussi, l’une est réceptacle et l’autre est enfermé. Comment accepter l’autre en soi ou autour de soi au plus fort de l’autre et de soi-même ? Au plus plein, chacun.

Les malentendus actuels sont basés sur les pulsions partielles : l’autre me regarde, me touche, elle me donne à voir ses jambes, son décolleté, sa rage. Il n’y a pas de rencontre sexuelle. J’exclus le viol, c’est certain. Le meurtre aussi. C’est à la base de la civilisation de trouver d’autres expressions à nos oppositions dans la balance du désir : le sport, la danse, l’intelligence, la création.

Ce qui en entreprise ne peut surtout pas s’exprimer par les corps est fortement présent dans les psychismes, toujours latent dans l’inconscient qui occupe 90% de leur activité quotidienne.

Les jeux de pouvoir comme ceux de parité ne laissent pas de place à l’expression de cette véritable altérité que je tente d’évoquer. De plus, il y a en contexte institutionnel une difficulté macro-structurelle par rapport aux difficultés « micro » des relations professionnelles : l’institution elle-même est un acte de domination.

Chacun se soumet à une organisation, à un objet social aussi bien rentable qu’idéal, à une histoire qui influence l’activité présente qu’elle soit connue de chacun ou qu’elle le soit mal. Surtout si elle ne l’est pas.

Dans ce contexte, l’analyse institutionnelle nous apprend que nous sommes tous tentés par des actes de pouvoir comme des bouffées d’air, des vraies soupapes à la pression atmosphérique partagée, les cadres comme les collaborateurs. Le harcèlement inversé, je peux imaginer que nombre d’entre vous connaissent. Rien de plus violent qu’une victime, rien de plus fragile qu’un décideur. Hommes et femmes tous les deux.

L’analyse institutionnelle nous apprend aussi qu’il n’y a absolument aucune incidence dans la mixité des équipes. La bisexualité psychique à laquelle j’ai fait rapidement référence nous assure une répartition toujours équilibrée entre le « masculin » et le « féminin ».

Je suis moi même intervenue auprès d’un « vieux » Codir dans une institution financière vénérable à l’étranger, composé exclusivement d’hommes de tous âges mais avec un âge moyen plutôt élevé et l’enfant créatif et la femme y étaient aussi bien représentés que le mâle et la prudence bien installée.

Aussi, ne vous aveuglez pas de choix de façade pour produire des statistiques, de répartition des genres sur le terrain et à tous les échelons, rassurantes et/ou performantes, à nouveau « consommatrices » de ce que notre époque attend. Si vous parvenez à faire danser la diversité dans vos équipes et que vous faites des choix d’avancement, indépendamment des organes génitaux, la mixité suivra.

Comme dans la vie « réelle » nous nous brassons sans y prendre garde, ce serait de l’illusion institutionnelle que de croire à l’évangile de Saint Matthieu qui prône que Marie « ne connai(t) point l’homme ». Hommes et femmes s’y rencontrent sans but sexuel mais avec un but créateur pour peu que l’activité soutenue ensemble le soit de leurs affects individuels.

Il y aura des hommes et des femmes et chacun vivra à plein, comme dans les draps du couple génital il n’est pas question d’un « qu’est ce qu’on me fait ». Cela danse, dans les têtes et dans les cœurs. Cela s’ébat davantage que cela ne débat. Et la vie va…

 

*L’opération de l’orange de la main de la géniale plasticienne Louise Bourgeois

« Mais qui est-ce ? » disait son père, « est-ce que c’est Louise, est-ce que c’est Louison ? » alors qu’avec une peau d’orange savamment découpée il dessinait les formes d’un corps de femme et que, la peau détachée étant ouverte, brusquement surgissait, à l’endroit du sexe, l’axe blanc du pédoncule interne de l’orange formant un phallus qui transformait la femme en homme. Et le père s’esclaffait alors : « Mais non ce n’est pas Louise, ça n’est pas possible, Louise, elle, n’a rien là ! » (Louise Bourgeois, femme maison par Jean Frémont, L’Échoppe, p. 41)

Crédit images Kate Parker Photography comme à l’accoutumé

 

 

Erotiser l’entreprise

Erotiser l’entreprise, pour des rapports professionnels sans complexes, L’Harmattan, fait une formidable percée dans l’offre des ouvrages de ressources humaines et management.

Prendre soin du bien être au travail, libérer le management, apporter des avantages sociaux et en nature, institutionnaliser les siestes et les méditations, faire un lieu de convivialité de l’open space avec beaucoup de règles de respect mutuel, un coin kitchenette et un panier de basket, rien de tout cela ne provoque ni même soutient le désir de chaque sujet qui est de contribuer, de créer, d’obtenir des satisfactions libidinales très concrètes, de corps et d’esprit, en réponse à l’élan vital et à l’élan d’altérité. Choisir de vivre et vivre ensemble est le propre de l’humain.

Des biens culturels autour du capital humain, du coaching et de la formation, du conseil en organisation et de l’animation savante de world cafés il y en a pléthore. Il n’y a rien sur la nature humaine dans ses penchants les plus intimes. Si. Des brèves de presse à scandale se répandent dans les médias « bien » et dans les réseaux sociaux « vertueux ». L’actualité nous apporte un état des lieux calamiteux, fait de pulsions irrépressibles, de victimes victimaires et de fantasmes de facilité.

Avec André de Châteauvieux nous avions pris cet été le temps et la licence d’écrire un livre hors pression sociale et pathologique pour évoquer le corps pulsionnel vivant si vivant et l’esprit rêveur que nous tenons de notre enfance, ce moment suspendu à l’inconscient, qui ne s’embarrasse pas d’autre chose que de curiosité, de rencontres et d’expérimentations. Ce vécu précoce est à l’origine de nos névroses, oui, et alors ? Nos névroses sont les ficelles avec lesquelles nous tenons le lien à l’inconnu, que cet inconnu soit un autre être humain ou une zone d’inconfort. Les complexes qui en sont à l’origine rendent les rapports humains complexes s’ils sont inconnus du porteur sain de telles névroses. Pour rappel, la structure psychique « névrotique » est la structure de la « normalité » : celle qui compose avec ses désirs et les limites sociales. Et les limites personnelles ai-je l’envie d’ajouter. Aujourd’hui c’est à cet endroit que nous nous connaissons le moins bien…

Sur 162 pages, avec grand plaisir et beaucoup d’audace nous avons repris tous ces éléments humains dans leur plus simple définition, celle de la clinique psychanalytique, la base si large de toute autre démarche d’accompagnement plus restreint. Nous les avons dessinés sous les traits de nos propres expériences de coaching, individuel et collectif, de dirigeants et d’organisation, et nous en recommandons la lecture à tous les professionnels des métiers de la relation.

Erotiser l’entreprise, pour des rapports professionnels sans complexes, Janvier 2018, L’Harmattan, fait une formidable percée dans l’offre des ouvrages de ressources humaines et management. Nous remercions les « early bird ». Offrez-le autour de vous ! C’est un ouvrage qui fait déjà du bien par delà « le bien et le mal » supposés.

Différents sans différends, en groupe de managers de managers longtemps

Les querelles familiales, enfantines, auront-elles prise sur cette autre dynamique d’appartenance libre, créative et évolutive ?

– Je ne suis pas très disponible aujourd’hui et j’ai du mal à suivre nos échanges. J’ai en tête ces deux chefs de service qui risquent de s’entretuer en mon absence.
– Tu exagères !
– Non. Je vous promets. J’engage médiation sur médiation. Et je sais qu’aujourd’hui ils ont encore un différend et qu’ils vont aller se chercher et se trouver si je suis absent.

Le groupe de managers de managers se réunit, lui, sans médiation. Mais leur Directeur est présent à certaines restitutions et il endosse alors un rôle de Coach. Lors de cet échange nous sommes encore en formation. Nous demandons au Coach de ne pas intervenir. De laisser le groupe à sa vie de groupe. Les querelles familiales, enfantines, auront-elles prise sur cette autre dynamique d’appartenance libre, créative et évolutive ?

Olivier va vite oublier ce qui le retient. Il prend un marqueur et il rythme la réunion plus que jamais de ces questions et des actions partagées. Les formateurs restent en retrait. Le coach ne donne pas de signes d’inquiétude, même s’il est aussi mis à l’épreuve de leur permettre d’errer. Il s’intéresse aux tentatives et aux avancées.

Les deux collaborateurs en question n’auront pas réussi à échouer, à faire échouer toute une assemblée. Ils se seront ignorés toute la journée conscients de leur peu de prise sur la marche de l’entreprise ce jour-là où la gouvernance se protège pour gouverner, où les responsables exercent leur autorité qui est d’autoriser.

Le travail en groupe de managers de managers fait ses preuves dans l’essai erreur nouvel essai, dans le différent, dans la durée. Nombreux sont ceux qui voudront que rien ne change autour d’eux. C’est sur une autre temporalité que ceux-là peuvent être accompagnés, s’ils s’engagent à leur tour. Heureux sommes nous déjà d’avoir permis d’installer des engagements entre managers de managers depuis leur première séance de formation ! Différents ils peuvent l’être, sans en faire des différends ataviques comme dans la famille cela est. Vers l’avenir tournés. Et nous, consultants, quittons la formation. Cet avenir leur appartient.

Frappe-toi le cœur

C’est un vers de Alfred de Musset, c’est le titre du dernier roman d’Amélie Nothomb. Comme pour mon essai « Dessine-moi nous » qui est devenu « La psychologie du collaboratif » aux Editions L’Harmattan 2017, un trouble semble saisir le lecteur.

« Frappe-toi le cœur »

C’est un vers de Alfred de Musset, c’est le titre du dernier roman d’Amélie Nothomb.

Comme pour mon essai « Dessine-moi nous » qui est devenu « La psychologie du collaboratif » aux Editions L’Harmattan lors de sa parution effective en mars 2017, un trouble semble saisir le lecteur. Certains m’ont fait part de l’incompréhension de ce qui est devenu un sous-titre : Dessine-nous aurait été plus approprié. Ce « moi » adressé on ne sait pas qui il est. Mon ouvrage effectivement s’adresse au moi. Le nous n’existe pas. Le nous est un désir du moi. C’est ce que l’ouvrage tente d’éclairer pour chacun. Les défenses du moi sont explicitées et des exercices permettent de les repérer pour chaque lecteur. C’est seulement après avoir apprivoisé ses propres défenses, relatives à l’environnement de la petite enfance, que le désir d’aller vers l’autre, les autres, de faire oeuvre commune ou, du moins, prendre soin des biens communs, cela peut advenir.

Dans le roman de Nothomb, ce « toi » est aussi le sujet de l’intrigue : toi qui vas frapper au coeur des choses qui es-tu ?

Jusqu’au bout de sa trame on pensera à Diane, la cible de la jalousie, vengeresse, chasseresse de sa mère « aveugle et folle » : Marie.

Diane, et son lecteur attentif, comprendra vite que la jalousie est rivalité, courroux et admiration tout autant, que la haine est le revers de l’amour. Et que l’indifférence pour son enfant, l’ignorance de ses dons, ça c’est donner la mort.

Diane gagne la jalousie de l’enfant, Mariel, condamnée à mourir. Puisque sa mère insensible et meurtrière envers elle ne l’est pas envers Diane. Modelée et brisée à la jalousie maternelle, elle s’y prête à nouveau sans le chercher.

C’est cet élan vital de convoitise, de désir extrême qui pousse la jeune Mariel à frapper au cœur de sa geôlière. Et à rejoindre Diane au bout de son impasse percée de ses mains. Les deux femmes sont en amour. Ce sont des parts d’Amélie qui font la paix. Je peux imaginer. Un moi s’élance vers nous, lecteurs, et son désir est contagieux. Nothomb nous offre peut-être son roman plus personnel. Merci à elle de tout coeur. Et à vous, de tout coeur recommandé.

Mon prochain essai est déjà écrit, à quatre mains avec André de Châteauvieux : érotiser l’entreprise, pour des rapports professionnels sans complexes. Ça va aller aussi au coeur des choses dans l’univers professionnel. À suivre si vous aimez. Parution 2018. Lancement à l’ICF Nord (International Coaching Federation). À l’atelier du renouvellement de l’accompagnement, sans outils, sans indifférence ni mépris pour l’humain trop humain. Jaloux de le préserver !