Sur les rails ou en open vie ?

Sur les rails.
Trouver sa place, jouer sa place, défendre sa place, perdre sa place…
Il est dans ma langue natale une distinction nette entre être soi et être avec l’autre ou être à une prétendue place à soi : cela se repartit sans nul doute entre  » ser & estar « . Et la distance entre ces deux gouffres est sauve. C’est peut-être pourquoi, je garde en moi cette capacité à être aussi bien hors de moi, que sans l’autre et sans piédestal.

En quoi cela peut-il vous éclairer sur vous-même ? Je ne fais pas un métier du savoir mieux que l’autre ni même pas de lui faire savoir. Je fais un métier du tissage imparfait.

C’est le digital qui, pour moi, aujourd’hui nous fournit les liens. Exit les pouvoirs, les rôles et les cases, une soi-disant progression par diagramme de Gant. Exit le savoir, qui je suis, où aller et avec qui. Open vie.
Quelques mantras, ou sourates ou versets pour seul partage, et à vous de les tordre à l’envi ou pas.
* Au matin du monde tout simplement poser un acte fondateur plutôt que de se perdre en planifications et chaînage des « actions », voire de chemins alternatifs mais égarés tout autant : les plans B.

Le plan BE ne sera jamais planplan…
** S’avancer par tâtonnement essai erreur tâtonnement de nouvel essai. Aveugle de ce qui vient mais sensible à ce qui est.

Ne pas hésiter à faire et à défaire, à danser tout en pirouettes et en volte-face même, infléchir le cours de votre élan premier, au gré de vos propres inerties et des résistances amies.
*** Fuir l’approbation, s’entourer de sceptiques et de rêveurs, et décevoir les uns et les autres de vos réalisations au fil de l’eau, effectives mais jamais trop.

S’affranchir des contraintes en prenant appui sur « ailes ». Imposer vos contraintes aux autres et qu’ils s’envolent en deçà ou par delà vos propres rêves et vos doutes.
À suivre. En toute liberté.

Image ci-dessous : The Blue Ray (here), La Fabrique Sonore, Expérience Pommery #9, Reims, 2011
(vue en contreplongée dans une crayère de 30 m de Profondeur)

The Blue Ray par Cassieres aux caves Pommery
The Blue Ray par Cassieres aux caves Pommery

 

 

 

Rue des voleurs : en être ou ne pas être. Avec Mathias Enard.

Rue des voleurs par Mathias Enard
Rue des voleurs par Mathias Enard

 » Les villes s’apprivoisent, ou plutôt elles nous apprivoisent ; elles nous apprennent à bien nous tenir, elles nous font perdre, petit à petit, notre gangue d’étranger ; elles nous arrachent notre écorce de plouf, nous fondent en elles, nous modèlent à leur image – très vite, nous abandonnons notre démarche, nous ne regardons plus en l’air, nous n’hésitons plus en entrant dans une station de métro, nous avons le rythme adéquat, nous avançons à la bonne cadence, et qu’on soit marocain, pakistanais, anglais, allemand, français, andalou, catalan ou philippin, finalement Barcelone, Londres ou Paris nous dressent comme des chiens.  » (p.235)

 » Cruz semblait toujours vaciller ainsi au bord de la parole.
Je n’avais jamais rencontré la folie auparavant, si Cruz était fou – il ne se lançait pas dans des diatribes déraisonnables, ne se frappait pas la tête contre les murs, ne mangeait pas ses excréments, n’était pas pris de délire, de visions ; il vivait dans l’écran, et dans l’écran, il y avait des scènes terribles – de vieilles photos de supplices chinois, où des hommes saignaient , attachés à des poteaux, la poitrine découpée , les membres amputés par des bourreaux aux longs couteaux ; des décapitations afghanes et bosniaques ; des lapidations, des éventrations, des défenestrations et d’innombrables reportages de guerre – après tout la fiction était bien mieux filmée, bien plus réaliste que les documentaires ou les clichés du début du siècle et je me demandais pourquoi, dans ses images, Cruz cherchait toujours la mention « réel »…  » (p.211)

 » La vie est une machine à arracher l’être ; elle nous dépouille depuis l’enfance, pour nous repeupler en nous plongeant dans un bain de contacts, de voix, de messages qui nous modifient à l’infini, nous sommes en mouvement ; un cliché instantané ne donne qu’un portrait vide, des noms, un nom unique et pourtant multiple qu’on projette sur nous et qui nous fabrique, qu’on m’appelle Marocain, Maure, Arabe, immigré ou par mon prénom, appelez-moi Ismael par exemple, ou ce que vous voudrez – j’allais bientôt être fracassé par une partie de la vérité…  » (p.99)

 » Le Lakhdar de la rue des voleurs a disparu, il s’est transformé, il cherche à rendre leur sens perdu à ses actes ; il réfléchit, je réfléchis, mais je tourne en rond dans ma prison car je ne pourrai jamais retrouver celui que j’étais avant, l’amant de Meryem, le fils de ma mère, l’enfant de Tanger, l’ami de Bassam ; lavie a passé depuis, Dieu a déserté, la conscience à fait son chemin, et avec elle l’identité – je suis ce que j’ai lu, je suis ce que j’ai vu, j’ai en moi autant d’arabe que d’espagnol et de français, je me suis multiplié dans ces miroirs jusqu’à me perdre ou me construire, image fragile, image en mouvement.  » (p.312)
Ces monologues intérieurs qui ont fait de « Zone » leur zone franche, de « Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants » leur fantaisie, viennent s’enfermer « Rue des voleurs » pour davantage de résonance. Et toujours la violence d’une existence, le chaos des civilisations, le fil tendu d’une culture de 3 000 ans. Ceux et celles de Mathias Enard. Vous reconnaîtrez-vous dans ce qu’il ose vous donner à entendre et à voir ? À toucher des ailes que nous n’avons pas.

Extraits
Rue des voleurs
Par Mathias Enard

 

 

Destinationite : mal du coach, ou du coaching ?

Destinationite…

C’est ainsi qu’il nomme – du nom, populaire et savant, du mal des pilotes de ligne qui a l’arrivée à destination manquent de repères, bien davantage qu’en plein vol – son mal de coach qui aboutirait définitivement sa reconversion.

Il compte lâcher pleinement sa vie professionnelle d’avant, et ne « vivre » que des ressources financières générées par son accompagnement.

Et il ne s’inquiète pas tant de son marché, de son offre ou de son style d’accompagnement, que de n’avoir rien oublié des paramètres environnants.

– Il a envisagé une remplaçante à durée déterminée en sa fonction d’avant et pouvoir ainsi la reprendre en cas de mauvaises conditions d' »atterrissage ».

– Il a trouvé un associé « Indiana Jones » du temple auquel il s’attaque : l’entreprise et ses rapports.

– Il a soupesé les contraintes familiales, et les alliances possibles en son environnement affectif.

– Il nous a pris pour superviseurs, en groupe et en duo, pour une vision à 360 de sa situation.

Quelles serez les limites que tu mettrais entre être débordé par ton succès et être débordé par ton échec ?

– Pardon ?! Je ne comprends pas la question.

Je ne la modifie ni la répète. Je ne change rien. Nous aussi nous ne comprenons rien à ce mal qui ne nous est pas étranger : la  » destinationite « . Quand la piste apparaît, où se trouve le ciel ?

– Il arrive souvent, et surtout au premier abord, que les interventions d’Eva ne soient pas comprises. – André tenter de nous rassurer tous. Puis, il s’adresse à Christian. – Essaye peut-être d’y répondre toutefois de ce qui te vient à l’esprit.

Un court silence, puis, le début d’un fil :

– J’entends la proposition d’Eva comme un choix : entre être débordé par l’échec ou être débordé par le succès, et c’est la deuxième option que je préfère et qui en même temps, m’inquiète le plus. Pour ce qui est des limites je ne vois pas… Il sera toujours temps de mettre des limites au succès !

Mais quelles limites à l’échec n’y conduiraient pas ?

Et à André de me dire, en débriefing plus tard, enfin et à froid :

– Ce ne sont que des limites à l’échec qui entourent cet atterrissage là ! Une remplaçante, un soutien possible boulet, un quadrillage du vivant, et deux superviseurs décidés à ne jamais aider !

– Sur les limites au succès nous pourrions reprendre alors à la séance suivante. Et  » parl-être  » de lui-même rendre ce nouveau participant qui nous a appris le mal de terre…

Il n’est pas d’autre travail, que le travail sur soi, et à ciel ouvert.

*

Dans  » analyse sans fin et analyse avec fin « , Sigmund Freud explore, lors de ces dernières années, la butée du processus analytique, et son irrésolution manifeste.

De quoi relativiser l’essor ultérieur du coaching? à objectifs et échéances impossibles. Sauf à oublier « l’être » dans le « faire » de nos accompagnés, et notre « être coach » : être plutôt que faire du coaching. Et l’être ne se pose jamais vraiment… Sauf sous terre, à expiration.

*

Illustration

Adepte des prises de vues en fisheye et de la retouche numérique, l’artiste et photographe new-yorkais Randy Scott Slavin s’amuse à prendre des clichés de la planète terre en créant une distorsion de l’espace afin de ramener tout sur un seul et même plan.

En savoir plus: http://www.gentside.com/photographie/ces-paysages-sont-visibles-a-360-degres_art39876.html
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(C) Randy Scott Slavin
(C) Randy Scott Slavin

À deux se perdre, à trois être chacun

 

Elle se perd dans la folie privée du père. À chaque fois qu’elle tente de l’approcher.

– Avant il me fallait au moins une semaine pour retrouver mon énergie après un échange avec lui, même téléphonique ! Aujourd’hui je sais que ma journée d’après sera  » sacrifiée « . Bientôt, peut être bien que, avec le travail sur moi qu’avec vous je fais, je parviendrai à m’exposer et rester entière.

C’est d’une angoisse de morcellement dont souffre le père…

Moi aussi j’ai été très  » puzzled « , du terme anglo-saxon qui illustre si bien la confusion, aux débuts de son accompagnement. Elle porte en elle la deliaison qu’elle honnît.

Aujourd’hui, je parviens à rester sur mon centre à moi, et à l’approcher avec moins de dispersion, de par mon propre travail de longtemps et de supervision de coach.

En somme parce que j’ai  » tertiarise ».

J’ai ouvert notre relation, susceptible pour l’une et l’autre d’archaïque fusion, en termes mère-fille, interdite pour la part du père qui aussi transite, à un tiers superviseur. Cela fait partie de l’hygiène de l’accompagnateur, de la déontologie de la profession, mais surtout d’un besoin humain fondateur et important : ce n’est qu’en triangle relationnel que l’on quitte l’opposition-perdition entre l’un et l’autre, et que la liberté de l’un et de l’autre jaillit.

L’enfant sépare père et mère autant qu’il ne les réunit. Père sépare mère et enfant et ainsi les réunit autrement. Mère donne au père sa place et la relativise en même temps. C’est le triangle relationnel originaire. C’est le triangle fondateur toute notre vie durant.

Ce triangle identificatoire se perpétue d’après moi davantage en triangle romanesque de René Girard, par les découvertes des neurosciences attesté, qu’en triangle dramatique de Karpman trop mécanique à mon goût de liberté.

La philosophie de René Girard fait place au désir de chacun qui peut s’exprimer à la vue du désir de l’autre pour un tiers. Neurones miroir connectées. Et créativité alors de tout un chacun pour faire vivre ce désir en acceptant ses propres limitations et la différence d’autrui.

En mon cas précisément, lorsque, de Katherina à mon superviseur, je parle « cela parle » à la fois d’elle, et de lui à qui je parle, et dont le « supposé de moi » module mes dires avant même qu’il n’en dise lui-même quoi que ce soit. Et bien souvent à l’encontre de ce qu’il me dira.

Ce qui « me dérange » en elle, est dérangement de moi. Ce à quoi, lui, il m’appellerait est exigence de moi.

Puisqu’en lui parlant d’elle et moi, de lui et moi, je ne lui parle QUE de moi pleine.

Aussi, lorsqu’elle Katherina, me parle du père, visiblement prise en un affect « limite » – au bord de sa folie privée à elle, et donc au bord de l’analyse -, elle se rassérène aussi. Et par les tours et détours de la libre association d’idées c’est à la relation à son frère lorsqu’ils étaient enfants, hors danger adulte violent et sexuel, qu’elle en vient.

Je saisis ce cheveu d’ange, pour expliciter ces affects, un-pensables et inter-dits, qui aujourd’hui encore la nouent à Lui. Le père.

– C’était comment physiquement entre votre frère ainé et vous ? Des bagarres ? Des mamours ?

– Ah non… Des câlins jamais. Des empoignades souvent. Nous aimions jouer ensemble au grand méchant…

Et c’est curieux, me vient de suite à l’esprit un souvenir enfoui. Était-je petite que sous le lavabo j’avais fini. Et en me relevant je me suis ouvert la tête. J’étais ouverte à lui.

Fantasme inconscient affleure et, confiante de la tertiarisation que l’accompagnement libre permet, elle poursuit :

– L’autre souvenir qui me vient correspond à l’adolescence et là je me suis ouvert la jambe contre le tranchant du lit.

– Seule ou en présence du frère ?

– En pleine bagarre aussi. Je le lui ai caché je crois. Il n’a rien vu j’espère. Cela saignait terriblement pourtant et je me suis soignée, en cachette toujours, là où points de suture, comme la première fois, auraient été bien nécessaires !

C’est ma mère qui, malgré mes effets de jupe ou peut être à cause de cela, a découvert la plaie quelques jours plus tard.

Tertiarisation originelle retrouvée et réussie peut apaiser la rencontre avec le père ; peut permettre la rencontre avec l’amant d’aujourd’hui.

Ces deux scènes, de l’enfance, et du sang d’adolescence, contiennent à elles seules Katherina face à Lui. Et Katherine face à Elle. Katherina femme pleine.

Et moi je vis, à travers eux deux, cliente et superviseur, père et mère, ma plénitude à moi aussi.

À suivre…

 

Ne changez rien…

– Toujours ces réveils intempestifs dans la nuit.
Cela ne change pas… Cela ne change rien…

Abattue elle. Silencieuse moi coach. Et le réveil et le rêve se tissent ici même entre deux fauteuils et mon regard divan.

– Si. Ce qui est nouveau est qu’auparavant, je me réveillais tôt, et que désormais, je réussis toujours mon réveil de la nuit, mais je rate volontiers mon réveil matinal. Et je m’épuise alors… de courir et courir et courir, du lit au bureau, vers le Car et en retour.

Et puis cette semaine, sa présence est requise, non plus « au bureau » en banlieue forestière mais au sein d’une Convention inter-Entreprises. Nul besoin de courir, ni de Car, ni de fuite, ni de planque .

Elle va pouvoir se rendre, « à pied » de son tout petit nid sous les toits de Paris à la scène du monde.

– Mais je calcule mal et je cours et je cours encore et encore !

Face à ses répétitions symptôme d’un jadis, je hasarde un classique de l’accompagnement : le voyage express en enfance. Puisque moi-même j’y suis.

– C’était comment, vous, petite fille entre l’école et la maison ? Ou tout autre déplacement… En vacances, en famille, chez des amis… Qu’est-ce que cela vous évoque ?

– Le souvenir qui me vient est la première hospitalisation de ma mère…

Inconscient ne répond pas sur commande. Il s’invite en écume passée des jours présents. Entre mes doigts je tente de la retenir un instant et en faire peut être la dentelle d’un autre lendemain.

– Vous inquiétiez-vous pour elle ?

– Pas vraiment. J’étais même plutôt heureuse que cela cesse. J’en avais un peu assez de leurs querelles… À chaque fois un objet à la main – peu importe : un fusil, un couteau, une bricole qui traine dans le salon -, papa se prenait à elle et moi j’accourais protéger, de mon corps de petite fille vive, son corps de femme soumise, et lui éviter peut être le pire.

– N’aviez-vous pas peur pour vous non plus ?

– Non.

– En étiez vous complice ?

– Pardon ?

J’entends alors l’énormité que j’ai dite : complice du bourreau. Ces lapsus involontaires, de l’accompagnateur lui-même, tissent toujours la dentelle sur les vagues de l’inconscient. Mais une fois que c’est dit, je peux le dire autrement, et faire tirages papier glacé du négatif (cf. L’inconscient de l’analyste comme le négatif de la vie psychique du client – André Green).

– Avait-il de la complicité entre votre père et vous ? Vos relations père-fille semblent avoir été sympathiques, pour que vous puissiez « alchimiser » sa colère en bienveillance envers vous-même.

– Je suis la benjamine. Maman nous a souvent raconté que  » papa n’a pas toujours été comme ça ». Je pense que ce sont les bons souvenirs qu’en gardent mes aînés.
Moi je n’ai pas connu ça, mais en même temps, étant très petite quand  » papa a dérapé « , j’ai sans doute pu tisser avec lui les liens affectueux d’un bébé grand à un bébé vrai.

Et elle poursuit vaillamment la libre association de ses affects et pensées tels qu’ils affleurent à son préconscient :

– C’est qu’ils devaient tous deux traverser ma chambre d’enfant pour se rendre en leur chambre de parents. Et alors que je dormais j’entendais  » pan-pan-pan « . C’était les pas de mon père avant ou après son forfait, je n’en savais rien, mais je distinguais sa silhouette toujours son truc à la main.

– Les coups, les foulées, le « fort fait » originel, l’objet, ou même le truc, à la main. C’est une formidable condensation, comme un rêve éveillé qu’ici vous contactez, et qu’en votre vie d’aujourd’hui vous répétez.

– Je contacte surtout que je suis moi-même devenue – en famille, en amour, au boulot -, attaquante, rejetante, fugitive, impitoyable, hypersensible !?

Elle a déjà fait  » le retour vers le futur  » que conclut toute analyse. Ce ne sont plus aujourd’hui nos parents responsables de nos bêtises… Ne reste plus qu’à poursuivre de séance en séance le travail inconscient et l’intelligence de la relation.

– Nous allons nous arrêter là pour aujourd’hui. Mais vous voyez bien que vous n’avez pas tant besoin de changer vos rêves et vos courses, vos coups rates et réussis, à présent comme hier. Bien au contraire. Le temps psychique est rétif au volontaire : il est inconscient. Laissons lui faire son travail. Vous vous y retrouverez. Et surtout telle que vous êtes, ne changez rien.

(C) Caras Ionut
(C) Caras Ionut

L’autre en soi

 » En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas. Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu’il nous voit bien différents de ce que nous croyons être. « 

Carl Gustav Jung

Cecelia Webber
Cecelia Webber

La nuit passée mes rêves entraînent en leur danse un bras mort, en lisière de mon lit qui est rivière, puis piscine de natation ; et reviennent mes cours d’enfant, et ce « crawl » qui bat l’eau que jamais je n’apprends ; je me cogne la tête aux parois du bassin et je disparais. Réapparaît, une femme nue, extrêmement belle, en sucre on dirait son corps. Je lèche ces deux sucettes que m’offrent ses mamelons. Son visage devient celui de l’amant. Et il me prend.

Je me réveille et je l’entreprends. En lisière de mon lit qui est rivière, il me tient ferme et doucement, par dessous les bras, sans rien savoir de mon naufrage d’avant. Je n’ai plus peur. Puis, j’ai joie.

La nuit en mes rêves, de plus en plus souvent, je suis être que le jour j’apprivoise en douceur.

Égrener les raisins de son enfance, est-ce pour femme dirigeant ? Inconscient.

 
Du temps s’est écoulé depuis la séance précédente. – Exceptionnellement je sauterai un rendez-vous pour convenance personnelle ! – Puis – Le temps m’a paru long… – dit-elle.

Elle a perdu le fil de la libre association. Elle essaye de me convaincre de ses réussites et de ses efforts, et elle conclue ce manège, duquel je descends, par : – Tout cela m’apprend à quel point cela est lourd, pour moi, le changement !

Elle me regarde enfin. Elle vacille comme elle croit que je vacille de son sort. Mais non, pas du tout, « sabre laser » dirait celui avec qui j’anime en duo, mais là je suis seule :

Quel changement ? – Mépris absolu de son raisonnement.

Elle rit. De bon cœur elle rit. – Comment vous êtes ! Quel changement ?!

S’ensuit un bredouillis. Ses yeux qui rient. Ses yeux qui pleurent. – Bon ! Ce que cela m’évoque est que j’ai tendance à jeter le bébé avec l’eau du bain…

Et elle se lance à nouveau en moult épisodes de sa vie professionnelle. – Cela est plus clair pour vous ? – Aurait-elle aimé oser à mon égard. Mais ce qui lui vient est – Cela est flou pour moi… Mais peut être que pour vous… ? « Amour d’un savoir est le transfert » dixit Lacan.

Et moi je ne sais rien. Analyste malgré moi. Coach du hasard.

Je ris. De bon cœur je ris. Et je lui dis merci : – J’allais justement vous dire que je ne vous vois plus !

?!

A aucun moment, en vos savantes analyses je n’ai vu paraître la toute petite fille…

– Ah! Papamamantoutça ?!

Elle a l’air excédée aujourd’hui de ces liens là.

– …

Mais si. Le businessman, le commercial, l’enjôleur, l’abyssal c’est papa. Puis, RAS… c’est maman. Et moi avec tout ça… Comment joindre les deux bouts, aussi éloignés qu’ils soient ? Tiens ! Vous ai-je déjà raconté la petite histoire de la bassine et le raisin ?! J’ai du vous la raconter celle-là ! C’est tout moi !

Et elle rit le cœur sur la main, et sa main tendue vers moi.

Je ne la connais pas je crois. Celle-là.

– Pas possible ! J’ai du vous la raconter ! Remarque, c’est ma petite sœur qui la raconte si bien. Moi, je m’en rappelle à peine. Mais j’aime tant l’entendre dire !

Je fais silence, et laisse toute sa place à cette petite Victoire qui s’avance. Par la bouche d’elle, elle chante :

Il est dimanche et nous déjeunons en famille. Rien n’est laissé au hasard, vous imaginez ! La place de chacun. Le décorum. Les manières. L’agape. Puis, soudain, ma maman me confie la responsabilité d’aller en cuisine chercher « le raisin ». Et j’y vais, et j’y viens. Je n’oublierai ça jamais, la colère de mon père à la vue de mon forfait.

Je me dis en-dedans : – A nouveau balafrée ? – Et je me tais.

Le raisin était dans la bassine, par ma douce mère mis à tremper. Et moi, ni une ni deux, je place, sur la table familiale, et la bassine et le raisin. A la vue de la bassine, mon père… Comme égorgé !

– Et vous dites, quand vous changez, avoir tendance à jeter… le bébé ? – La grimace davantage, que sourire, elle fait – Et vous aviez quel âge ? – Je ne lâche rien…

Oh… ! Étions nous si enfants les filles d’antan à 12-13 ans… Rien à voir avec à présent.

Nous allons nous arrêter là – Car peut être bien que l’enfantin de sa soeur y paraît.

Mais pour elle qui s’oublie il ne peut pas être anodin qu’à l’âge du premier sang papa jette l’eau…

Et le bébé !

Œdipe sous nos yeux en processus inconscient se parfait. L’entre-séance est temps psychique nécessaire, fil de l’eau qui s’écoule en douceur. Puis, de séance en séance, de parole en parole, pas tant « changer » qu’exister.

Tout simplement, à cinq-uante ans, être enfin.

Martine Haew Photographie
Martine Haew Photographie

 

Ainsi sois-je, pour vous permettre d’être

imageC’était aux balbutiements de mon métier de pur accompagnement et création. Sur mon tout premier blog. Lors de mes plus libres échanges sur les réseaux sociaux. Lorsque l’Autre était encore moi. Encore.

Il m’avait remarqué et trouvait courageux et tellement juste !… mon positionnement : d’artiste coach, sans méthodes ni outils, sans process certifié dans le fantasme d’un contrôle.

Juste. Analyste créatrice.

Il en avait fait lui même une longue psychanalyse :

C’était ça ou aujourd’hui je serais un délinquant, un banni, un paria. La violence est mon terreau.

Il a travaillé chez les plus grands, Big Five du Conseil en Organisation. Puis, il crée son Cabinet en Associé, et le Coaching prend la place du Conseil.

Mais même coaching est suggestion. Il n’y a que par l’analyse d’eux-mêmes que les Dirigeants dirigeront. Et en cela, à la pointe je vous sens.

Il a voulu me céder sa place au capital et aux commandes de son vaisseau. Ses Associés s’y opposeront…

La peste, nous leur apportons la peste encore et encore.*

 

C’était en Décembre 2010.

Une, deux, trois années de psychanalyse et de vie, de celles qui ne sont pas tièdes, se sont écoulées depuis, pour pouvoir être ce qu’ici je concède : un été sans miroir, et un envol à la rentrée. Peut être…

Et vous qui m’approchez, aujourd’hui, vous aussi, vous le pouvez peut être. Etre.

Et lui : Jean Louis Richard. Je le remercie d’avoir, de tout son être, accompagné, mon peut être à moi.

* Phrase mythique de Freud aux abords de l’Amérique.

 

Ego trip

Remonter la faille de part et d’autre de l’été. Être… Plutôt qu’ego.

Remonter la faille de part et d’autre de l’été. 

image

De part et d’autre de l’été. 
Les mêmes lieux, les mêmes temps, les mêmes liens.

Qui n’a pas un jour rêvé de s’échouer dans un rivage incertain ?
Savez-vous que vous retrouveriez du même, encore et encore, répété ?
Parce que c’est vous, et rien d’autre, qui tissez avec l’espace, avec les êtres et habitudes, vos propres rets.
 
De part et d’autre de l’été, être. 
Être qui se « m’aime » moins… Remonter la faille pourrait.
 
*