Happy Days Happy APP : la formation 100 % expérientielle à l’analyse de pratiques professionnelles

L’analyse de pratiques réunit des professionnels qui font un métier avec une forte composante relationnelle (manager, coach, consultant…) et qui détiennent un savoir-faire issu de l’expérience, en construction permanente.

Happy Days ! C’est un cycle d’Analyse de Pratiques professionnelles animées en duo et à la campagne. Trois journées en groupe apprenant, pour animer vos groupes plus au naturel.
L’analyse de pratiques réunit des professionnels qui font un métier avec une forte composante relationnelle (manager, coach, consultant…) et qui détiennent alors un savoir-faire issu de l’expérience : singulier, subjectif et toujours prêt à se déconstruire et se reconstruire au fil du temps et dans les situations critiques.
Aussi chaque praticien est-il invité à décrypter en petit groupe ses modes d’action et de décision pour les comprendre et les réintégrer, plus libre alors des doutes et des affects qui imprègnent sa pratique. Et il en résulte une réflexion toujours plus nuancée en situation et des ressentis plus justes qui participent aux accordages humains.

  • Le calendrier : 27 mai, 17 juin et 1er juillet 2019, de 10h00 à 17h00
  • Le lieu : l’Atelier des Jardiniers, près de Sens (à 1 heure de Paris-Bercy par le train)
  • Le tarif : 600 € HT. Règlement à l’inscription : Eva Matesanz & André de Chateauvieux

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Eva Matesanz et André de Chateauvieux, après des parcours de management d’équipes et de direction de projets en entreprise, accompagnent les groupes dans leurs démarches d’innovation, supervisent les coachs dans leurs pratiques professionnelles et enseignent à l’université pour des cursus de formation au coaching (Cergy-Paris et Paris 2 Assas). Ils animent des cursus singuliers (La Compagnie des superviseurs, Les groupes de pratiques collaboratives…), ils créent des ateliers pour les fédérations de coachs (EMCC International, SFCoach, ICF Nord) et ils publient en continu sur leurs travaux et leurs pratiques.

Votre groupe analyse et c’est cela la supervision

Vous aimerez pouvoir analyser votre pratique, superviser votre développement dans un cadre hors modes, hors experimentations et hors passe-droits inventés souvent par les plus faibles de la profession, qui prennent le pouvoir faute de l’avoir.

Si vous êtes à maturité dans votre métier d’accompagnateur – coach, conseil, formateur, psychologue, rh, manager – ou que vous avez fait de ce métier un choix de maturité, vous aimerez pouvoir analyser votre pratique, superviser votre développement dans un cadre hors modes, hors experimentations et hors passe-droits inventés souvent par les plus faibles de la profession, qui prennent le pouvoir faute de l’avoir.

Ce cadre est celui du groupe-analyse en présence d’un duo d’analystes non interventionnistes. Les ressorts naturels de l’idealisation, défensif, et de l’identification, qui, de défensive, projective, passe à créatrice au fur et à mesure des séances et des ajustements individuels et collectifs, trouvent leur place aisément et avec eux la pratique la plus humaine.

Ce cadre d’analyse collective pour des prises de conscience singulières restées discrètes autant que vraies est, de plus, transposable et transposé en entreprise, auprès de publics volontaires eux-mêmes,  par nos participants successifs à ce groupe mûr. Ils y restent en moyenne trois ans et entreprennent pour certains une psychanalyse individuelle. D’autres atteignent tout simplement la liberté d’exercer leur métier.

Libre à vous de rejoindre le parcours 2019 en afterwork, de 18h30 à 20h à Paris Centre (9ème) les 16 janvier, 13 février, 20 mars, 15 mai, 5 juin, 3 juillet, 18 septembre, 16 octobre, 20 novembre pour un forfait annuel de 1800 euros. Renouvellements et inscriptions auprès de André de Chateauvieux et d’Eva Matesanz.

*Pour rappel, la psychanalyse n’est pas un soin. Il s’agit d’une exploration large et profonde de ce qui constitue notre humanité, l’humanité de chacun. Elle ne guérit que « de surcroît » selon la formule consacrée. Le groupe a été découvert en même temps que le narcissisme par Sigmund Freud – en 1913 Wilfred Bion réunissait les premiers groupe-analyse – comme étant un support naturel à l’expression de l’intériorité depuis le fantasme qui nous habite, l’idealisation première du nouveau né vulnérable, jusqu’aux conflits intimes présents dans les identifications successives, chez les pairs en simultané. Mais nul besoin de revenir à ces constats cliniques et théoriques dans la vie du groupe : le groupe transforme sur ces bases que nous, analystes, nous pressons d’oublier pour mieux accompagner ce qui est.

La photo de couverture est, comme souvent, une création de Kate Parker Photography.

Les nœuds institutionnels, quel dénouement qui ne serait pas de tomber dans les nœuds d’un autre ? D’une institution à l’autre il n’y a pas de singulier triomphant.

Bien enfoncer le ballon dans le but sans filet et sans cadre en même temps : – Je vous entends parler en tant que coachés et je veux saluer votre culture du coaching : vous en parlez comme nous le faisons.

On les a rassurés : – Vous pouvez parler comme cela vous vient. Les hésitations seront gommées au montage. Les blancs seront supprimés. S’il y a des incohérences dans le discours nous le réagencerons dans le bon ordre pour faire un Story telling parfait. D’abord nous allons filmer quelques plans d’ambiance de vous faire tous autour de la table. Vous pouvez parler de votre week end. La musique portera le message du travail décontracté. Ensuite chaque coach interviewera son coaché à propos des bénéfices du coaching. Nous viendrons aux plans serrés et aux plans croisés. Votre collaboration sera palpable dans cet échange de regards et de bons mots.

Ce sont des professionnels de l’audiovisuel. Jingle d’ouverture aux couleurs d’une grande association de coachs qui a dû les mandater pour l’occasion. Scènes de groupe où chacun apparaît hilare tout en baissant les yeux. Et cet enchaînement de feed-back que les coachs aiment tant alors que ce n’est pas l’objectif de résultats qui prévaut dans la profession, et que le seul moment de vérité peut être la supervision.

Le Président de l’antenne française de la Fédération ne peut pas s’empêcher de faire son Macron et il prend la parole au milieu de ces passes décisives pour bien enfoncer le ballon dans le but sans filet et sans cadre en même temps : – Je vous entends parler en tant que coachés et je veux saluer votre culture du coaching : vous en parlez comme nous le faisons.

Vous, nous, qu’est-ce que cette ségrégation dans l’univers de l’humain partagé qui culmine dans la confusion des places comme cela avait été bien préparé ?

Et je pense de suite à la même entreprise entre coach analystes et son groupe-analyse puisque jamais dans cette configuration on prendrait l’un pour le tout ni le tout pour un seul. Il n’y aurait pas de montage. Les blancs, les discours de traverse et les incompréhensions seraient le sel de la terre. Les participants se parleraient entre eux et nullement à l’adresse des analystes, au moins deux. Ils permettent cette parole libre. Ils respectent les soubassements difficiles pour chacun. Rien ne change. Tout paraît, et aussitôt disparaît. Chacun garde pour soi-même ce qui lui aura semblé être vrai. Et les analystes font de même, en ce qui les concerne, eux. La vidéo est sans intérêt. Il n’y a pas une longue liste de Name droping ni des félicitations par milliers, mais derrière son écran l’un ou l’autre envoie un message en privé à l’un ou l’autre des analystes « animateurs » de ce qui est un groupe suivi, engagé : – Je suis un peu comme vous tous et pour beaucoup je ne sais pas bien. Quelles sont les conditions pour vous rejoindre ?

Un fil de dates, un lieu de rendez-vous et un prix à payer pour ne pas rester en dette avec chacun comme les parents nous ont laissés. En vie. Vivants c’est moins sûr. Jamais coachés. Analysants.

– Vous vous trompez, me reprend l’un d’entre eux. L’analysante c’est vous.
– Vivant, analysant, c’est chacun. Mon métier est celui d’analyste. J’ai été et je suis analysante en ce qui me concerne. Jamais en ce qui concerne l’inaliénable autre. Promesse de ma liberté et de la vôtre.

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– Vous aussi vous êtes organisés en associations pourtant.

On ne m’y reprendra pas. Quinze années en multinationale m’ont appris davantage que tout coaching ou formation. Les associations de psychanalystes et de psychosociologues sont nombreuses. Diverses. Régionales. Locales. Au plus près des analysants. En échec permanent sur leurs lignes de défense. Aussi bien internes que sociétales. Instituantes plutôt qu’instituées. Le psychanalyste est celui qui ne peut compter que sur lui-même. Les nœuds institutionnels lui rappellent les siens. Et il tient par ce bout à l’une ou l’autre de ces communautés de chercheurs avant tout et pour un temps. Le dénouement est toujours proche pour chacun. Le singulier est alors une évidence de chaque instant.

L’analyse institutionnelle et en équipe intervenante telle qu’elle a été démontrée pour et par HEC coaching d’organisation

Un atelier d’application à l’institution HEC, à l’équipe intervenante de l’enseignement en coaching d’organisation, à l’apprentissage expérientiel de la promotion 2018. Merci à eux tous et à bientôt.

C’est alors pour traiter la folie de la guerre des civilisations qui se perpétue aujourd’hui sur les terrains économique, écologique et social que l’analyse a été introduite dans les institutions, les assylum d’abord, les asiles de développement et de protection, puis les administrations et quelques entreprises ont vite saisi les équipes Cegos et ARIP d’intervention. Très vite vite aussi le constat est venu d’une guerre civile au sein même des institutions.

Si le personnel d’encadrement ne se soumet pas à un questionnement de ses pratiques et de son vécu, ce sont les patients, les employés, les clients qui s’épuisent contre la violence institutionnelle davantage qu’ils ne vivent la transformation qu’ils portent en eux.

Photo de couverture Paul Eluard à Saint Alban du temps de Francesc Tosquells

Ainsi, lors de mon intervention au près des apprenants de HEC j’ai posé deux questions simples : quel était votre fantasme en rejoignant cet établissement d’élite et pour le plus ambitieux des coachings, celui de l’organisation ?

Les réponses n’ont pas été très surprenantes. Chacun a pu évoquer son inconscience et la difficulté du parcours académique très intense (j’arrive en fin de parcours avec cette question des processus inconscients).

Comme dans bien d’autres formations de coaching certains réalisent leur propre détresse qui les pousse à s’armer de galons et de connaissances pour agir sur le terrain de l’entreprise au lieu de sur le terrain intime. Ou plutôt, dans une inversion de priorités puisque le terrain intime est labouré dans l’obligation professionnelle qui les tient.

Et ma deuxième question une fois que chacun se dépouille de manières et contre-façons : à votre avis, de ce que chacun de vous vient d’entendre ou n’a pas voulu entendre des autres participants, quel serait l’idéal du groupe que vous formez ?

Du fantasme à l’idéal, c’est le travail que je préfère, surtout à ce moment même où le groupe semble disloqué, chacun penché sur sa blessure ou dressé sur sa résistance.

L’une mentionne le rire – c’est la première construction idéale de l’enfant, elle ne le sait pas mais elle touche juste dans l’apprentissage que je leur suggère, j’aime bien rire moi-même -, l’autre mentionne le lien et les autres rêvent de passer à travers les cadres, l’un dit même qu’une fenêtre s’est ouverte. En ce soir pluvieux de mars, des rayons de soleil et de bises d’air encore frais alternent dans l’assemblée.

Ils se mettent à tisser ensemble déjà ce qu’ils pourraient être ensemble mais le temps imparti nous retient de développer comme je l’avais annoncé. « Vous aurez tout le temps de vous-mêmes, sans témoins institutionnels directs ». Ils vont initier en effet leur intervention grandeur réelle dans des institutions qui les accueillent en tant qu’équipes intervenantes. Il s’agit du stage requis pour obtenir le précieux label HEC Executive Coaching. Ils font institution désormais, équipe intervenante après avoir été équipe apprenante face aux intervenants variés dont je suis la plus externe.

Et je me tourne vers leur responsable pédagogique qui a assisté à la conférence et qui a ponctué avec soin jusqu’ici mes apports. Je lui avais demandé de rester comme moi à l’écoute de cette séquence d’analyse individuelle en groupe. Pour compléter l’analyse, nos interprétations d’équipe institutionnelle et intervenante sont précieuses. Il est nécessaire que quelque chose bouge en nous, en lui en moi dans nos liens, pour que quelque chose bouge dans le collectif adressé.

Avec Patrick, nous nous connaissons à peine. Je lui précisé de bien s’adresser à moi, c’est du relatif à moi qu’il s’agit. Qu’est-ce qu’il aurait vécu par rapport à moi pendant que les participants tissaient leur réseau associatif en toute liberté ?

Il me fait part de son trouble. De la surprise, le choc même qu’il a ressenti dans le ventre, de me voir recueillir des sentiments si profonds. « Je ne pensais pas ignorer à un tel point leurs attentes et leurs sentiments en étant exigeant puisque c’est à l’exigence rêvée HEC que je répondais et que je tente d’y répondre depuis déjà huit promotions !  »

Je lui fait part de ma gêne en ce même sens. Je suis souriante avec lui et me découvre conciliante. Je précise que dans d’autres conditions d’intervention où je suis davantage en confiance avec mon ou mes co-animateurs mon ressenti aurait été moins compréhensif, moins dans l’acceptation d’une telle divergence de sensibilité face à un groupe dont je suis venue chercher les sentiments derrière l’hostilité ou la lassitude que je percevais tout aussi bien.

Je me tourne vers « nos clients » et je ne leur demande pas de s’exprimer au sujet des faits intimes, par opposition aux faits externes traitées en Systémie et en TCC, échangés et qui auraient pu, qui auraient dû l’être hors scène de travail collectif.

C’est dans un souci de démonstration de ce qui peut être leur travail en équipe intervenante que j’ai fait ce choix de « quatrième mur » comme l’appelait Montaigne : laisser le public assister à la représentation qui le représente, prendre sa part sans rire, pleurer et s’en rager en se croyant indemne aussi bien de la société que de ses marginaux.

Mais c’est sur nous qu’ils vont faire les liens qui libèrent et dans un miroir de sorcière, rétréci et grandissant.

Dans un mouvement d’extrême lucidité chacun exprime sa gêne : c’est très apprenant mais j’avais l’impression d’assister à un échange intime en effet ; je me suis cru dans la chambre des parents ; moi dans celle de mes ados ! Je n’avais qu’une envie, c’était de passer de l’autre côté de la porte de cette salle et ne plus vous entendre.

Ils poursuivent encore cet échange « horrifié », habité tout simplement de « l’inquiétante étrangeté » que nous nous reconnaissons difficilement les uns les autres tellement nous magnifions ce qui nous ressemble et rassemble, alors que nos parents et nos enfants sont eux aussi faits de tout autre.

Patrick demande un dernier mot de feed back cette fois ci sur mes apports et sur le travail accompli. Il y a du soulagement bienvenu, de la reconnaissance pour la transmission puissante une fois la gêne partie et aussi de la perplexité chez certains que l’échange final n’a pas pu dissiper. Et ils le regrettent ou pas encore.

– C’est une question de temps et des fois c’est une question tout court. Merci. Je suis heureuse du travail accompli. – Je leur dis.

Patrick s’inquiète encore un instant, en me raccompagnant, de la compréhension et de l’acceptation de cet apport inédit à la formation très construite du coaching d’organisation, de l’analyse institutionnelle que je porte à l’entreprise comme cela est peu exposé et c’est dommage et il en a le goût aussi. L’inquiétude suscitée sur la formation impartie jusqu’ici vient de se déplacer vers une inquiétude sur moi et sur mon apport. Les intervenants Cegos et ARIP de jadis, qui ont cessé leurs interventions mal comprises pour faire le jeu de la continuité de l’entreprise, connaissent bien ce bannissement.

L’analyse institutionnelle c’est toutefois à pied d’œuvre comme nous venons de le faire que cela peut s’ancrer dans le terreau des accompagnements. Laissons faire le temps et laissons en suspens la question. Je viendrai ne pas y répondre régulièrement. C’est le processus qui compte et celui-ci est inconscient.

La psychanalyse a cours en coaching et plus particulièrement, la psychologie du collaboratif

La psychologie du collaboratif est mon enseignement à l’Université du Coaching, DU Executive Coaching individuel et collectif à l’Université du management : Cergy Pontoise. En ma quatrième année d’intervention. Merci aux courageux étudiants qui mobilisent leurs passions en session.

C’était il y a un an. Parution de la Psychologie du collaboratif chez L’Harmattan. Et c’est aujourd’hui mon enseignement à l’Université du Coaching, DU Executive Coaching individuel et collectif à l’Université du management : Cergy Pontoise. En ma quatrième année d’intervention.

Pour cette première phase de décollage nous approchons l’identification « simple », les transferts individuels au travers l’arbre de vie : quelles sont les figures de référence de votre vie, de l’enfance à nos jours, que vous les ayez connues ou pas ? Qu’elles aient valeur d’estime ou d’autorité. Nous allons en venir aux identifications croisées en groupe, aux appartenances multiples du sujet seul in fine. Et boucler la boucle enfin. A suivre si vous aimez.

Merci aux courageux étudiants qui mobilisent leurs passions en session.

❝ Un groupe rappelle chacun de ses participants à ses élans premiers de relation et aussi à ses préférences d’expression, violentes et sexuelles, ou alors en repli mélancolique de mise au lit ou de mise à mort. Les passions. […]
En groupe-analyse, ou groupe qui analyse, la règle primordiale est la même que celle de la psychanalyse individuelle : tout se dire tel que cela passe par la tête. Tout se partage quoi qu’il en soit, et la contagion émotionnelle est souveraine. Les apparences, même si elles gardent la face, au fond de chacun de nous, elles cèdent.
[…]
Oui. La chaîne associative est limpide car elle associe les paroles des uns et des autres plus qu’elle n’empile, ou même, n’oppose des discours individuels. Le plus proche à mon sens est la pratique dialogique que pratiquent les nouvelles générations : chacun ajoute, personne ne retire, n’efface ou déforme de ce que les autres mettent en commun. Et ce n’est pas le fil consensuel qui est retenu, mais tous ces apartés qui sont des graines à jamais déposées dans la tête et les cœurs des participants.

Le fil de la libre association d’idées se tisse entre les membres du groupe, la mal nommée association d’idées, car il y a dans ce processus libre associatif analytique autant de pensées que d’affects, d’émergences que de censures ou de travestissements du désir, lors des échanges d’un groupe qui se retrouve régulièrement avec ou sans tâche à accomplir, mais avec une volonté de vérité.

Chacun apprend au fil des séances de groupe-analyse que, comme dans la cure, la transformation est personnelle avant tout, et que tout est possible au groupe une fois les résistances internes de chacun contactées et possiblement dépassées.

Ce qui est particulier au groupe est que « ce n’est pas qui parle qui est ». Le groupe est un inconscient à lui seul. Il pratique sans le savoir, comme Monsieur Jourdain, la danse de l’inconscient, en deux mouvements : le déplacement et la condensation. C’est du pur désir, qui se déplace, qui prend un objet pour un autre, et qui se cristallise par instants, dans un « ça c’est tout-moi » avec tout l’absurde dedans. Et les peurs aussi, le moi n’est pas que ça mais un idéal posé sur lui, sur-moi, très tôt. ❞
La psychologie du collaboratif – Dessine-moi nous – Eva MatesanzEditions L’Harmattan. Pages 33-34

 

L’enseignement universitaire des pratiques collaboratives en groupe analyse qui marche

De la même façon que l’individu s’épanouit tout en se protégeant de l’autre, de chaque rencontre et de chacune de ses relations, par ses oublis et ses contradictions – ce sont les appellations courantes des phénomènes complexes de clivage et d’inhibition dont je faisais état dans un premier volet de l’enseignement -, il se protège des autres et trouve des voies nouvelles de réalisation personnelle en investissant un groupe qui lui ressemble autant qu’il le désassemble et en cela il est déterminant.

Les membres d’un groupe sont aussi secrets et mal assortis que le sont les plis de chaque esprit adhérent. Le groupe a pour avantage d’opposer une enveloppe groupale à son environnement. Un de nos partenaires utilisé volontiers l’image du groupe « sous cloche ». C’est un peu cela mais la serre ne peut tenir qu’un temps. Afin que le groupe puisse développer sa mission. Et ses participants, leur marche à nulle autre pareille.

Comme pour l’individu, le groupe cultive une hallucination, collective cette fois-ci. Et ils se dotent, l’un et l’autre, d’une démarche d’identification et d’appropriation de la production commune, du vécu du moins. De plus.

Le groupe offre une contenance à la fois qu’il produit une excitation. C’est dans la continuité de la contenance vis à vis de l’extérieur et dans l’organisation progressive du chaos intérieur que le groupe s’impose aux participants. Que le vécu du groupe permet des inscriptions durables dans les sujets qui le composent plutôt que des émotions fortes et stériles. Que chacun lui cède bien une part de sa liberté pour la retrouver plus loin et avec la responsabilité en prime. Le sentiment de l’œuvre commune.

Pour cela, le groupe à son tour organise les échanges avec l’environnement autour sous la forme défensive qui lui permet d’exister et de se pérenniser.

Quelles sont les défenses qui sont le propre du groupe, ses assurances vie de chacun et du collectif ?

Trois campements de base, nécessaires à sa progression, ont été identifiées par Bion et ces formes restent actuelles et sont constatées dans tout travail d’analyse institutionnelle professionnel :

– La dépendance entre les participants. C’est l’idéal commun, l’objectif, si le groupe est productif, la cause, si le groupe est promoteur ou du moins influenceur, la résistance si le groupe est défenseur des intérêts communs de ceux qui s’y rallient. C’est un campement de base dans le sens où il n’est pas possible d’y rester, dans cette phase d’idéal, dans ce sentiment de parfaite adéquation des vues : l’objectif ne se réaliserait pas, la cause serait isolée puis perdue, les intérêts dévastés par d’autres moins égaux, plus complexes et qui s’imposent de leur difficulté même à être réduits et attitrés.

À l’abri de l’enveloppe psychique groupale les enveloppes psychiques individuelles lâchent de leurs atermoiements personnels. Le vécu de la famille, le groupe d’origine pour chacun, dit primaire, permet de repérer dans ce groupe secondaire, les petits arrangements devenus inconscients pour chacun.

Le groupe est la scène de l’inconscient collectif individuel enfin accessible et susceptible d’être rejouée. Sauf que la dépendance originelle n’est plus une fatalité. C’est ainsi que l’objectif, la cause, offensive ou défensive, écartent vite ceux et celles qu’il, qu’elle, croyait réunir. Chacun ose davantage que ce qui lui était donné jusqu’ici.

Les individus fréquentent le groupe en même temps qu’ils poursuivent une trajectoire riche d’autres appartenances, d’autres idéaux, de bifurcations et de renoncements. Ils retrouvent la contenance, ils apportent leur chaos. Ils y trouvent les moyens d’organiser les contenus contradictoires et imposants.

Les organisations actuelles le permettent davantage que du temps de Marx et de Taylor. Ce sont alors les deux autres formes du campement de base qui peuvent être un piège si l’on s’y installe plutôt que de les adopter un instant.

– Le couplage. Deux, trois individus semblent plus à même de préserver l’idéal une fois que les divergences se font sentir, qu’un organisateur externe, l’institution souvent – ou son antidote puissant devenu acceptable socialement, et en cela tout autant aliénant : les syndicats, les organismes de tutelle -, ne décide à la place des participants du maintien de la tension vers l’idéal fondateur, quitte à ne pas le réaliser. Cette position de base qu’est le couplage apporte l’espoir d’une concrétisation plus tard. Elle entretient au contraire un immobilisme hagard de la part du groupe au complet. Les élus ne font que savourer leur pouvoir. Souvent. Longtemps. Sans fard. Ils oublient eux-mêmes le sens de l’histoire.

Le groupe se dote d’une unité parentale. Là où la première position rappelait la grande famille, l’école, la bande, le groupe secondaire en somme, et en cela ouvrait les perspectives, la position du couplage ramène chacun au trio d’origine, au primaire et à l’infantile.

Dans la vie associative oh combien de fois ce campement de base devient la guinguette au bandéon désaccordé. Tout le monde danse sans s’y soucier. Les Chef de Service, pas les Directeurs, ceux auprès des leurs, pâtissent et ont toujours pâti de ces espoirs posés en leur action couplée avec leurs partenaires, RH, marketing ou financiers. De nos jours les managers libérés sont aussi paradoxalement les dépositaires d’une pensée magique de réussite pourvu qu’un ou deux de leurs acolytes fassent une trouvaille qui sera portée au pinacle de l’organisation vertueuse.

– L’attaque-fuite enfin. Si les individus qui composent le groupe ne se font pas duper, ils vivent la révision de l’idéal ensemble et en temps réel. Ils échangent avec l’environnement plus large le fruit peut être modeste mais appréciable de leur énergie, le renoncement aussi à leurs efforts dans un équilibre perçu qui dépasse la contingence du groupe investi. Pour ceux qui ne veulent rien lâcher, c’est la manifestation assise sur leurs prérogatives qui prime.

Dans l’attaque-fuite, l’attaque sans concession de toute autre option que l’idéal qui les réunît est la forme que prend la fuite. La fuite au devenir du groupe qui est de changer les individus au point qu’ils le quitteraient et de compléter sa mission passagère et limitée.

Car tout groupe humain est voué à se désagréger une fois son objectif atteint, sa cause propagée. Aucun de ces campements de base ne peut perdurer.

Les organisations horizontales de nos jours excellent en ces deux derniers contenus : désigner des champions, des hauts potentiels jamais ou peu convertis, potentiels toujours ; se perdre dans la défense à outrance d’une position voulue plutôt que d’une évolution inconnue. Les organisations verticales de jadis pouvaient sur un idéal vivre au jour le jour.

C’est cela mon apport à l’apprentissage du groupe et de sa psychologie : attention aux nouvelles formes collectives, plates, prétendument collaboratives qui risqueraient de figer plus que jamais les individus. La singularité est en chacun de nous. Et la singularité se partage depuis la courte place et pendant le bref d’un temps qui nous sont donnés seulement.

Restons groupés oui, mais chacun en marche sur son chemin de poussière, de l’infiniment petit et nécessaire après tout.

Psychanalyse et système

Je choisis cette introduction à l’ouvrage Psychanalyse et Système de Michel Delage, 2010 pour compléter la note précédente, qui était une reprise tout autant. Mon travail d’écriture sur mon troisième ouvrage me retient d’écrire ici sur du vivant. Mais vous pouvez venir vivre tout ce que je partage en groupe ad hoc. Et inspirer peut-être l’ouvrage en cours, très très vivant ! L’illustration est de Kate Parker Photography encore et encore.

(En psychanalyse,) la relation d’objet, c’est-à-dire la façon dont le sujet constitue ses objets (l’objet étant ce qui est visé par les pulsions hors du sujet) et dont ceux-ci modèlent son activité (Laplanche & Pontalis, 1967) est d’abord toujours comprise du point de vue du sujet et est donc centrée sur le monde interne de celui-ci.

Mais l’étude des interactions précoces et de l’observation directe de la dyade mère-enfant a modifié peu à peu les perspectives initiales.

Bion, Winnicott et Kohut vont progressivement centrer leur intérêt sur une théorisation de ces interactions. Les anglo-saxons vont même avoir tendance à remplacer la notion d’appareil psychique par celle d’intersubjectivité (Renik & Bott Spillius, 2005) en se situant dans une logique qui, notamment du côté de la psychanalyse américaine, va transformer la relation transféro/contre-transférentielle pour en faire une relation entre deux subjectivités (Stolorow & Atwood, 1992). Dans ces conditions le thérapeute devient un collaborateur du patient, engagé avec lui dans une négociation continue avec la réalité.

La psychanalyse groupale a conduit l’école française, d’abord inspirée par les travaux de Bion sur les groupes (1961), puis sous l’impulsion d’Anzieu (1975) avec la notion « d’espace groupal » et d’enveloppe groupale, et enfin de Kaës (1999) avec la notion d’appareil psychique groupal, à penser un « appareil psychique familial » (Ruffiot et al., 1981) et à s’orienter vers la « thérapie familiale psychanalytique ». Le groupe est compris comme articulant un appareil psychique individuel et un appareil psychique familial et/ou groupal. Il est question de formation, de transformation et de liaison de la réalité psychique entre les sujets constituants le groupe.

Le concept-clef est ici celui de transmission.

Là où les systémiciens ont enseigné (Watslawick et al., 1967-1972) qu’on ne peut pas ne pas communiquer, les psychanalystes familiaux indiquent qu’on ne peut pas ne pas transmettre. On transmet des affects, des représentations, des idées, des désirs, des interdits, des défenses, des histoires, des mythes ; la famille cependant se fonde sur la transmission d’impensé car la base de constitution d’un couple est un pacte dénégatif, c’est-à-dire une alliance inconsciente dans laquelle sont mis à l’écart chez les partenaires certains contenus menacés issus de la transmission non transformée dans la famille d’origine (transmission transgénérationnelle).

Ce travail thérapeutique est constamment axé sur l’intersubjectivité, mais comprise ici non plus comme ce qui s’établit entre deux ou plusieurs subjectivités comme énoncé plus haut, et encore moins dans une vision interrelationnelle, mais comme ce qui naît et s’entretient entre les inconscients des sujets (Eiguer, 2008).

En confrontant les points d’aboutissement auxquels ont conduit l’évolution des deux modèles (d’approche du groupe,) psychanalytiques et systémiques, il semble possible de préciser certains éléments et de dégager les concepts conciliables.

1. Nous devons d’abord nous arrêter sur les notions de relations et de liens. Les systémiciens sont plutôt orientés par la prise en compte de la réalité relationnelle et communicationnelle. Mais ils sont peu soucieux de différencier les relations des liens.

Bien sûr nous ne pouvons pas ne pas évoquer ici les travaux de l’École de Palo Alto sur le double-lien. La notion de lien est ici comprise dans le sens de contraintes rapportées à des injonctions inconciliables dans la communication entre partenaires. Racamier (1978) appellera double-nouage ce type d’injonction et il en fera le modèle de la paradoxalité. Celle-ci désigne alors du côté des psychanalystes un principe d’organisation globale de la psyché, spécialement présent dans la psychose, et selon lequel les contraires existent mais sans pouvoir être mis en forme ou conflictualisés. Les « groupalistes » s’efforceront de montrer le caractère paradoxal de tout fonctionnement psychique groupal comme on le voit dans la relation mère-enfant où se joue la contrainte d’avoir à se séparer en même temps que la contrainte de maintenir ou de recréer du lien.

Selon les conceptions très élaborées des psychanalystes groupaux (Kaës, 2010) et familiaux, le lien apparaît finalement comme ce qui vient donner consistance à cette caractéristique systémique incontournable selon laquelle le tout est plus que la somme des parties.

Ce lien est compris comme ce qui, dans la relation entre deux ou plusieurs personnes, n’appartient ni à l’un, ni à l’autre, mais appartient à l’un et l’autre ensemble. Ce qui fait que les individus sont liés, c’est précisément quelque chose qui ne peut être différencié entre eux, et qui les conduit à être les uns et les autres constitutifs d’un ensemble qui en même temps les constitue. Donc, et en suivant Kaës (2010), le lien a un contenu qui lui donne sa consistance, il est un processus fondé sur des alliances, il a sa logique propre, différente de la réalité intrapsychique.

Il ne suffit pas d’être en relation pour être lié.

La relation désigne toujours une réalité, certes représentable, mais toujours appuyée sur de l’observable ou un imaginaire descriptif.

Si la famille n’était qu’un ensemble d’individus en relation, on ne voit pas pourquoi cet ensemble ferait une famille. Et si nous travaillons sur les relations dysfonctionnelles, conflictuelles ou souffrantes, nous ne pouvons pas ignorer que ces relations ne sont ainsi que parce que les sujets singuliers qui les vivent (et non plus des individus) sont liés pour faire une famille. Cela signifie l’existence d’une réalité invisible (bien qu’on en perçoive les effets) à l’origine d’un espace virtuel, d’un entre plusieurs qu’on peut nommer « l’espace psychique intime de la famille » et qui fait de celle-ci une singularité à laquelle chacun est lié par une appartenance où s’entrecroisent ses inclinations affectives et son inscription dans les structures de la parenté.

De cette manière, les souffrances peuvent se comprendre, non pas toujours dans les relations que les personnes ont entre elles, mais aussi parfois dans ce qui les relie à des personnes hors d’une relation possible, par exemple lorsqu’il s’agit d’ancêtres disparus. Donc le lien situe les rapports entre individus à un niveau plus élevé d’abstraction que la communication ou la relation, et dans la dimension du symbolique.

De la sorte, nous pouvons considérer dans une famille :

  • le niveau communicationnel et interactionnel qui constitue le processus des échanges qu’on peut observer dans l’ici et maintenant d’une rencontre,

  • le niveau relationnel qui repose sur la succession des séquences interactionnelles inscrites dans la durée des échanges et qui donne lieu à des représentations dont on peut définir les qualités.

  • le niveau des liens inscrivant les partenaires de la famille dans un ensemble où se mêlent les réalités psychiques des uns et des autres, et où se définissent des places reliant chacun au symbolique.

Ces trois niveaux sont inséparables, de sorte que tout changement à un niveau affecte les autres niveaux. Tant que les thérapeutes familiaux travaillent sur l’interpersonnel, ils sont surtout soucieux du jeu interactionnel et des relations entre les partenaires. Dès lors que leur objectif est de considérer ensemble l’interpersonnel et l’intrapersonnel, ou mieux encore l’interpsychique et l’intrapsychique, ils doivent s’intéresser fortement aux liens et à leurs théories, et faire une large part à la mémoire, au passé et au travail de reconstruction des souvenirs.

2. Les notions de mythes et de rituels travaillés par les systémiciens comme par les psychanalystes sont précisément articulées avec les réflexions concernant les liens, issus de la pensée systémique (Ferreira, 1981).

Le mythe est ce qui permet à la famille de se faire une théorie d’elle-même, et de construire sa réalité, à partir des interactions transmises de manière implicite (pour les systémiciens), ou sur la base d’un processus d’interfantasmatisation (pour les psychanalystes, Eiguer, 2008) et à partir de l’activité narrative développée entre les partenaires (pour les systémiciens, comme pour les psychanalystes).

3. Le contre-transfert et la résonance (Elkaïm, 1989) apparaissent comme des concepts très voisins, dès lors qu’on centre l’attention sur les mouvements affectifs et émotionnels qui naissent dans le « système thérapeutique » co-construit entre famille et thérapeute, ou dans le « néo-groupe » construit par le groupe familial et le thérapeute.

Les notions de transfert et de contre-transfert deviennent cependant complexes dès lors que plusieurs objets de transfert sont possibles : il y a chaque membre du groupe, il y a l’analyste, il y a le groupe comme totalité ; et il devient difficile de saisir l’articulation de ces différents transferts. La résonance s’inscrit mieux dans la prise en compte d’une globalité. C’est du côté de l’empathie qu’on peut mieux la comprendre, si on veut bien retenir, comme le fait Widlöcher (2004), que dans le contre-transfert, il est question pour le thérapeute de repérer comment l’esprit du patient influence le sien ; par contre, dans l’empathie, c’est le thérapeute qui place son esprit dans celui du patient après le repérage des émotions suscitées chez lui – le thérapeute – au cours de l’échange. La résonance prend tout son intérêt dans un mouvement qui va du « sentir dedans », à partir de l’attention que le thérapeute porte aux émotions qu’il vit dans le système formé avec la famille, et qui le conduit au « comprendre dedans » à partir de ses capacités d’insight, mais avec l’idée supplémentaire d’une interaction et d’une fonction de la résonance entre plusieurs individus.

Réunissons-nous.

Le groupe-analyse est ouvert à tous.

Un condensé référentiel de groupe-analyse par le Collège de Psychanalyse Groupale et Familiale

Prérequis : l’engagement dans la durée, et l’ouverture aux propositions des professionnels auxquels ils choisissent de remettre leur confiance, dans un plein transfert individuel aux origines du parcours.

 » Etre en groupe ou être en famille peut entrainer des régressions décrites par Bion sous la forme de présupposés de base. Ces présupposés de base, ont pour fonction de donner à une famille diffractée l’illusion d’une unité ou d’un cohérence,
– soit par l’attente commune d’un leader ou d’une sorte de gourou qui est perçu comme « le sauveur » (idéalisation ou dépendance),
– soit en vertu de l’idée qu’il y a un ennemi extérieur ou intérieur  à abattre et que seule l’alliance collective contre cet ennemi  peut en venir à bout (attaque fuite),
– soit  enfin, face à l’adversité, seule la participation commune à un mythe collectif  peut défendre le groupe-famille en danger, c’est l’idée qu’un couple va donner naissance à un messie porteur du salut (couplage).
IL faut ajouter que Bion oppose les groupes de présupposés de base au groupe de travail, et c’est au passage de l’un à l’autre que s’applique le travail analytique.

La visée de la thérapie familiale psychanalytique c’est  un changement de fonctionnement mental,  et qu’au sein de la famille puisse se développer une communication plus fluide, un espace imaginaire, une vie fantasmatique qui pourra permettre à chacun de s’épanouir psychiquement et surtout d’éviter les multiples passages à l’acte qui caractérisent un mode relationnel perpétuellement agissant, et souvent violent ; enfin, les présupposés de base qui peuvent régir les relations familiales trahissent une grave carence au niveau des processus de pensée, car c’est bien de la pensée qu’il est question car à des degrés divers, il nous est permis de faire le constat, chez chacun des membres de la famille de l’absence de contact avec sa vie émotionnelle, enfin de la pauvreté de sa vie psychique.

(…)

Cadre et processus

Le cadre de la thérapie familiale : Le groupe familial est convié à des séances régulières en général une fois par semaine sinon tous les quinze jours. Pour que la séance ait lieu il faut respecter une régle de séance bigénérationnelle. La règle de restitution s’applique quand un membre est absent ou lorsque l’un d’eux a communiqué un message en dehors de la séance. Le cadre a une fonction contenante essentielle limitative et symboligène permettant l’élaboration des angoisses sous jacentes à la symptomatologie

Méthode des libres associations

On peut opposer la règle du tout dire propre à l’analyse individuelle avec l’autre règle en vigueur dans la thérapie familiale analytique : dire ce que l’on a envie de dire. Dire ce que l’on a envie de dire et pas tout dire comme en analyse. Il s’agit d’associations à plusieurs. Thèse qui s’appuie sur la notion de résonnance fantasmatique chère à Didier Anzieu ainsi peut se faire l’écoute de la fantasmatique familiale.

Quand la famille présente des difficultés de fantasmatisation , il est possible de mettre en place des jeux psychodramatiques.

Les échanges verbaux et comportementaux permettent d’explorer les alliances inconscientes mais aussi des manoeuvres perverses

Pourquoi deux thérapeutes ?

Cela facilite la reconnaissance de la différence des sexes : faire apparaître dans la famille ce qu’est un couple et une véritable communication. Un couple de deux thérapeutes peut être utile car on est pris dans une dynamique groupale, on est soumis aux présupposés de base du groupe et pour s’en dégager , il y a un échange utile entre les deux thérapeutes car parfois on est pris dans l’illusion groupale et c’est souvent difficile d’en sortir.

(Cf Jeanne Defontaine : « L’intertransfert dans le groupe thérapeutique » groupal N)

Il faut souligner qu’il y a une position ambiguë des thérapeutes qui fait que dans tout groupe, il y a une sorte d’égalisation des différences. La dissymétrie essentielle à l’analyse disparaît au profit d’une symétrie qui relève de l’incestualité. En ce sens les thérapeutes font partie du groupe au même sens que n’importe qui dans le groupe, mais qu’en même temps, ils sont extérieurs au groupe du fait de leur position. L’échange des thérapeutes est utile pour ne pas se trouver pris dans l’illusion groupale.

(…)
(Le travail de conduite-analyse)

Certains analysent chaque transfert individuel pour montrer, dans un second temps, leurs interactions et d’autres ont immédiatement la groupalité en tête, négligeant ainsi les problématiques individuelles problématiques qui sont également en jeu dans le groupe mais peuvent faire obstacle au travail de groupe quand elles prennent le devant de la scène. Ainsi, l’interprétation du transfert est au cœur du travail analytique avec les familles, les groupes ou les couples.Y-a-t-il un ou plusieurs transferts ? L’usage du pluriel se justifie parce qu’il existe différents types de transfert en thérapie groupale et familiale. Selon Béjarano, il y a plusieurs types de transfert dans le groupe : le transfert central sur le thérapeute, les transferts latéraux entretenus par les différents membres du groupe, le transfert sur le groupe en tant que totalité et le transfert sur l’ « out group ».

Ce que nous pouvons remarquer, c’est la profonde interférence entre ces diverses modalités du transfert.
Dans le couple par exemple, le transfert entre conjoints est incontestable quoiqu’ils ne soient pas tous deux dans une relation analytique .Il s’agit là d’un transfert latéral : mais ce transfert latéral entre les deux partenaires d’un couple n’est pas indépendant du transfert effectué sur le thérapeute, le lien entre les conjoints fait partie du mouvement transférentiel global.
Dans le processus groupal de la cure, le clinicien doit trouver la bonne distance pour analyser le transfert de son groupe en traitement. Cette bonne distance à trouver est analogue à ce qui se passe avec la vision : il existe un point d’accommodation à partir duquel la vision est optimale, ni trop près, ni trop loin.
Dans la cure, il s’agit, pour l’analyste, de penser cette notion ; cette possibilité d’exercer sa capacité de rêverie ou « fonction alpha » (W. Bion) impose une condition, celle d’une nécessaire dissymétrie. Autant, dans l’analyse individuelle, cette nécessité de la dissymétrie apparaît comme évidente et facile à gérer, autant dans les groupes, la dimension égalitariste représente une pente incestuelle quasi inévitable.

Aussi, l’analyste oscille-t-il entre deux positions : dans l’une, il fait partie intégrante du groupe au même titre que n’importe quel autre membre et dans l’autre, il adopte une position impliquant la distance indispensable à l’analyse du transfert. Il arrive ainsi que l’analyste soit conduit, à son insu, à participer à la dynamique groupale comme en témoigne Didier Anzieu dans ses débuts de groupaliste, veillant à la fois à maintenir une dissymétrie tout à fait nécessaire à l’analyse, qu’elle soit individuelle ou groupale.

C’est sur ce point que l’on prend conscience de la nécessité d’être deux thérapeutes pour analyser l’inter-transfert et éviter l’obstacle majeur à l’analyse du transfert : celui de la collusion. Le thérapeute doit donc se déprendre de cette absorption par le groupe pour accéder à une position d’extériorité. Ceci fait partie de la dynamique groupale la plus ordinaire. Lorsque nous avons affaire à des familles très incestuelles, il faut lutter continuellement contre cette tendance groupale qui consiste à tenter de combler la dissymétrie, voire tenter de la faire disparaître.  »

Le travail d’inter-vision en inter-séance, ou d’analyse « institutionnelle » devient le principal outil de changement. Et pour les participants, deux outils : l’engagement dans la durée, et l’ouverture aux propositions des professionnels auxquels ils choisissent de remettre leur confiance, dans un plein transfert individuel, aux origines du parcours consenti.

Illustration à la Une Kate Parker Photography toujours

L’article in extenso sur le site de la source Collège de Psychanalyse Groupale et familiale : http://www.cpgf.fr/Articles/Items/6.htm

Stage de conduite de groupe : se saisir des clés de soi

Les clés sont en soi. Le fantasme met chacun en mouvement, et nous rapproche pour créer, pour aimer. Nous sépare aussi. Les voies sont infinies.

Apprendre à conduire un groupe semble correspondre à apprendre à mieux se conduire, pour chaque participante à ce premier stage de conduite de groupes imaginé avec André. Oui. Nous ne faisons pas dans l’ingénierie pédagogique. Le fantasme est celui qui depuis l’origine de l’Humanité met chacun en mouvement, et nous rapproche pour créer, pour aimer. Nous sépare aussi. Pour ne jamais mourir à soi. Conduire éveillé.

– Moi je voudrais mieux prendre soin du groupe. Cesser de m’enfermer un programme de formation établi au préalable. Oser leur dire ce que je vis en présence de leur collectif en particulier. Ça je le dis. Aller plus loin. Oser leur demander ce qu’ils vivent… Sans les violenter.

Une des bases de notre propre conduite de groupes, avec André, est qu’une fois que le fil s’est tissé dans l’échange libre entre les membres du groupe, un seul d’entre eux prenne la parole longuement, pour aller jusqu’au bout de son propre fil invisible et incertain.

Dépasser les évidences et les certitudes pour atteindre la richesse d’une pensée et des sentiments dont l’authenticité, la singularité, poussent chacun de nous à une forme de censure sociale. A notre insu !

Dès notre petite enfance nous avons mis en place ce refoulement, un mécanisme de défense tout à fait sain, mais en même temps exacerbé par des expériences malheureuses, qui nous font craindre et même rechercher inconsciemment leur répétition.

Irène est formatrice. Elle se défend d’être coach. Elle accompagne des transitions professionnelles, en individuel et en collectif. Elle apporte des outils de transition. Elle sent qu’elle travaille à l’aveuglette s’il n’y a pas de partage sensible, si elle n’en crée pas les conditions. Et, pour l’instant, cela fait au moins dix ans qu’elle mène ses interventions sans que la part d’apprentissage sensible lui semble atteinte.

– Cela m’a sauté aux yeux lors d’une mission récente. C’était frappant ! Au sein d’une communauté de médecins, censés prendre soin des patients, qui n’étaient guère attentifs les uns aux autres, ni même chacun à soi.

Elle répète : – C’était frappant !

Cela nous frappe alors. Sans que nous sachions davantage de son vécu en résonance de cette situation professionnelle. André questionne le non-dit peut-être :

        Aurais-tu une autre scène qui te serait familière peut-être ?

        Souvent, sur la scène professionnelle je ressens un manque de protection… Mais je n’ai pas d’autre situation qui me revienne à l’instant.

        Et dans ta famille ? – j’insiste plus lourdement.

        Dans ma famille !? Non. Pas du tout. Tout est simple et nous faisons attention les uns aux autres… C’est juste que… Récemment… Tiens j’ai vécu quelque chose de proche… Pas tellement dans ma famille, car il s’agit du mariage de ma belle-fille, la fille de l’homme que j’ai épousée en secondes noces. Je suis sa deuxième épouse je veux dire. Elle a choisi un jeune homme d’origine chinoise, et c’est moi qui ai accueilli ses parents venus de Chine, avec toutes les cérémonies que cela implique dans leur culture… J’ai pris soin d’eux, à ne pas en douter, une semaine de rang. Et qu’est-ce que je me suis fait chier au rituel du thé, long, si long !

        Et qu’est-ce que tu faisais là-dedans ?

         ?!?

        Je veux dire que si je comprends bien il ne s’agit pas de ta fille. Et connaissant les pratiques culturelles des contrées asiatiques, sauf erreur de ma part, les parents du fiancé s’attendaient à être reçus par les parents de la fiancée. Pas par la nouvelle épouse du père, une inconnue alors pour eux.

        Toujours est-il que j’ai joué volontiers ce rôle peut-être faute d’un engagement à la hauteur de la part des parents naturels… – Et sans transition. – C’est fou ce que cette situation me semble proche de celles que je vis dans mon métier souvent ! Puis, ici, il m’est surprenant de vous déballer tout cet intime. Et je me demande ce que cela peut m’apprendre dans ma pratique professionnelle que de reconnaître ces penchants très personnels, de prise en charge, de place à prendre qui ne serait pas peut-être la mienne… !?! Et je vais m’arrêter là. Je ne souhaite pas aller plus loin pour l’instant.

Nous respectons ce souhait. La parole est à Myriam qui écoute Irène intéressée, qui l’avait encouragée à tirer son fil du soin, puisqu’elle est dans ce même souhait, mais qu’elel réalise surtout ne pas prendre soin d’elle-même dans ses animations.

Et ici encore elle se fustige :

        Moi c’est différent, je fais des erreurs techniques et ce n’est pas alors étonnant que tel ou tel participant, ou même dans la prétendue protection de mon groupe de supervision, je reçoive des reproches à longueur de temps.

Marthe prend la parole :

        Cela m’arrive souvent aussi de recevoir des reproches, mais aujourd’hui je regarde d’abord en moi si je me sens à propos ou pas. Ce n’est pas une norme extérieure ou même un collègue contradicteur lors de prestations collectives, celles où la cohérence de l’équipe intervenante est attendue,  – c’est la richesse et la diversité des options que nous personnifions qui a mon sens apportent -, ce ne sont pas ces vents contraires qui vont me faire vaciller. Aujourd’hui j’affirme ma différence. Et j’invite ceux qui m’entourent à la saisir comme une alternative parmi tant d’autres.

        Cela ne m’aide en rien ce que tu dis là !

Stupeur dans le groupe, tellement la saillie de Myriam est violente par rapport à une intervention discrète, comme elle-même, de la part de Marthe, et qui se voulait rassurante.

        Ce que tu fais je sais le faire ! N’empêche que mon vécu intérieur est celui de la colère !

Marthe reprend alors sans ciller le fil de son discours antérieur à cette rupture violente du lien, les standards attendus, les oppositions rencontrées, et elle y ajoute cette fois l’existence d’une colère intérieure, sur laquelle elle choisit, elle, de ne pas s’appesantir, de la laisser vivre en elle, de ne pas en rajouter à la difficulté extérieure, puis de s’apaiser d’elle-même d’avoir su faire les bons arbitrages, d’énoncer juste le nécessaire, et de faire progresser le projet, sans entamer son bien être ensemble.

Myriam trépigne intérieurement face à elle. Elle revit probablement les reproches dont elle parle par ailleurs.

André joue les fusibles entre les deux forces qui s’opposent autant qu’elles se retrouvent l’une dans l’autre :

        As-tu remarqué, Marthe, que tu es revenue sur du même alors que Myriam te disait ne pas pouvoir entendre tant de sagesse intérieure ?

Je ponctue :

        Ce n’est pas exactement la même chose. Marthe a reconnu la colère en elle.

        Oui. Mais c’est vrai que je me suis donné en exemple et cela je souhaiterais vraiment le laisser derrière moi. Etre davantage l’accompagnatrice des ressources de l’autre. Et là je vois bien que je prends toute la place et j’annule les dépliages possibles de l’autre qui se retire. OU qui me saute à la figure !

        Tu as voulu peut-être apporter une lueur d’espoir. Et d’ailleurs, Myriam reconnaît savoir faire ses arbitrages là. Elle souhaite déposer sa souffrance intérieure. Ne pas la confisquer comme ailleurs. Mais est-ce le lieu, comme le dit Irène ? Quelle est la place qu’elle prend dans ce groupe, qui es de formation lui-même à la conduite des groupes, si elle apporte l’irrésolu ?

        C’est ça, c’est ma place qui est tronquée. Mes parents se sont séparés lorsque j’avais dix ans et « ma garde » a été confié à mon père. A dix ans, je repassais, je rangeais, je cuisinais, je prenais soin d’un homme seul. Je suis restée l’enfant de ce temps dépassé, je crains !

        Tu es restée la femme, surtout, d’un homme qui n’était pas le tien… – André qui peinait à voir la femme, qui s’agaçait de la petite fille capricieuse face à Marthe, face à Irène, et face surtout à lui-même, l’homme de la situation actuelle, semble comprendre d’un trait.

        Quoi faire ?

        C’est ton histoire. Quoi faire d’autre que de te l’approprier, et comprendre que notre métier, notre accomplissement est teinté de nos apprentissages premiers, davantage que d’études supérieures, certifications et spécialités. Tu es celle qui prend soin…

        Et celle qui rêve de se faire aider tout en refusant toute aide et toute exemplarité ! Comme ici de la part de Marthe tu l’as refusée. Comme ici de la part d’Irène dévouée à des tiers, à des étrangers, tu as aimé imaginer.

        A dans quinze jour, Mesdames, pour vous retrouver à d’autres places, dans un temps toujours très personnel. Celui de vos dix ans ou celui de vos premières fiançailles par tiers interposés.

        Oui, mais pourrez-vous nous dire davantage sur comment, vous, vous conduisez un groupe comme ici au plus près de chacun !?

        Vous nous direz où vous en êtes, d’abord, et seulement après, nous répondrons à vos questions.

L’on aime tellement se trouver soi, que ces questions-là adressées à un tiers, passeront de séance en séance comme la vie passe, et chacun demeure. Et même si avec André nous répondons régulièrement, donnons quelques indications de nos repères, nul ne les écoute, chacun aime ou déteste et souvent les deux, l’autre qui est autre, et qui nous rappelle tellement nous-mêmes !

C’était la première saison d’une stage de conduite de groupes en groupe-analyse, où il s’agit avant tout de prendre les clés de soi, plutôt que de la machine performante de notre pratique…

A suivre

Et pensez à vous ! Roulez tout doux…

Manager Analysant

J’ai aimé contribuer ces jours-ci à un ouvrage singulier, journal intime et esperons-le, rendu public pour que l’intime puisse encore une fois rejoindre l’universel, d’un Manager coaché par André, que j’ai rencontré en séance de groupe ad hoc, hors parcours d’entreprise, animée en duo. J’aime partager cette contribution ici pour les quelques initiés qui me lisez er qui partegez ce goût de la recherche et de la liberté.

L’entreprise est l’un de nos théâtres extimes privilégiés pour déplier ou déchainer nos passions et, en même temps, un espace possible d’analyse et d’accomplissement. Dès que l’on consent à s’en détacher autant que nous nous y impliquons, et l’entreprise le permet : par le coaching de ses managers et dirigeants. Ils peuvent alors y trouver des ressources aussi de pensée et de raison – en tout cas de raisons personnelles – auprès du coach dans la séance d’accompagnement individuel, ou encore mieux, auprès de tant d’autres acteurs comme il en est dans un groupe ad hoc, animé en duo, et acquérir le recul nécessaire au manager-analysant.

 

S’il est un espace naturel d’analyse en notre société économique et sociale, et durable aussi, depuis peu, côté nature – y compris la nature humaine, qui se double de la culture qui nous relie mieux que l’instinct –, s’il est un espace analytique naturel et culturel, c’est bien l’entreprise où se déroulent nos activités en commun.

Oui, c’est l’espace où peuvent tout à la fois s’exprimer et s’analyser nos singularités, et où elles peuvent librement converger, par instants, puis diverger à nouveau, pour des longs passages à vide individuels et collectifs. Des passages qui permettent les transformations. Et puis converger à nouveau, différents.

Et ces singularités sont celles manifestes de la classe d’âge, des études, des loisirs partagés, mais aussi celles latentes d’une trajectoire personnelle intime qui a structuré la vision du monde de chacun, son action et sa pensée. A partir de fantasmes originels, universels, de toute puissance, d’emprise et de néant, de dévoration, d’effondrement, de destruction, auto-infligée ou déplacée sur d’autres, chacun modèle depuis le plus jeune âge les rapports à l’autre : la mère, le chien, un jouet. Puis le père, la maîtresse, le grand frère, la petite sœur. Le prof de prépa, le maître artisan, l’entraîneur, le petit ou la petite amie. La promotion, l’équipe, la bande et le Codir.

Et lorsqu’un manager ou dirigeant choisit de se faire accompagner dans le cadre d’un travail individuel assumé par l’entreprise, alors dans ce couple qui se forme entre accompagné et accompagnant, « il y a beaucoup de monde sous la couette ! » comme on le dit de chaque couple. Oui, l’entreprise est le lieu de projection de notre théâtre intime à deux et, en même temps, un espace privilégié pour élaborer.

Mais point de psychanalyse possible dans ce cadre si restreint. Juste des prémices. Même si le coaching ouvert sur la psychanalyse laisse toute sa place aux processus inconscients – ceux qui, d’après les neurosciences, gouvernent plus de 90% de notre activité quotidienne, et sans doute près de 100% de notre projection dans l’avenir ! Ce coaching d’inspiration psychanalytique en pose seulement les préliminaires, comme les échanges en face à face qui précèdent un travail plus approfondi sur le divan.

Le groupe est aussi un espace analytique privilégié quand il est accompagné au naturel. Et c’est là que j’ai aimé rencontrer Jean-François en bout de son parcours individuel de coaching et en situation de groupe. Un groupe nouveau où tous étaient inconnus les uns des autres, sauf d’André. Et c’est alors depuis ce centre qu’était André mon co-animateur – car nous ne maîtrisons rien dans un groupe, nous nous observons nous-mêmes, intimement et au croisement, acteurs sensibles ainsi de sa transformation –, que j’ai ressenti la passion qui anime ce grand homme, volontaire par doux moments et aussi tendre enfant.

J’ai ensuite lu son ouvrage et je l’ai aimé sans plus de détours. Car celui qui voulait peut-être à l’origine faire un ouvrage choc se révèle, d’après moi, être plutôt le nouveau manager chic et authentique dont rêvent de plus en plus les institutions en mouvement, les entreprises libérées et les nouveaux collectifs en pure collaboration. Et que l’espace analytique se transforme de l’intérieur, sans plus de soignants et de consultants, mais avec quelques « coach-analystes » dont nous serons. Et des manager-analystes dont Jean-François écrit peut-être ici les prémices. Manager de soi d’abord.

Eva Matesanz