En séance de groupe de managers de managers naissent des créations de pur management

Les managers de managers opérationnels sont des pairs, de confrères et des consœurs, qui ont des cousins plus ou moins germains : l’informatique, la logistique, le marketing et tout autre service qui les aurait à la fois pour clients et pour collaborateurs.

Ces managers de managers qui se réunissent en co-consulting régulier, pour que chacun consulte ses pairs sur une seule visée, celle de manager, ils parviennent en quelques séances à mieux vivre leurs écueils opérationnels. Ils se libèrent pour mieux conduire leur activité, et cette conduite, c’est au sens de la physique qu’elle évolue : ils sont transmetteurs des désirs qu’ils rassemblent. Tout désir est inaliénable, individuel, le groupe les contient et les porte vers la jouissance dans les limites nécessaires aux autres.

Un nouvel objet se dresse entre eux à cette séance de continuité. Les managers de managers opérationnels sont des pairs, de confrères et des consœurs, qui ont des cousins plus ou moins germains : l’informatique, la logistique, le marketing et tout autre service qui les aurait à la fois pour clients et pour collaborateurs. Le même sang, d’autres organes fonctionnels.

– D’ailleurs, les prends-tu pour des fournisseurs ?
– Si c’était le cas je les malmènerais plus que ça ! Je les mettrais en concurrence ! Ils nous tyrannisent de leur monopole territorial…
– Peut-être que nous pourrions faire front commun auprès de la Direction Générale pour qu’ils soient enfin recadrés.
– Peut-être que nous pourrions faire vivre à certain de leurs éléments un « vis ma vie » au sein de nos équipes.
– Peut-être que nous pourrions inviter leurs Directeurs à tour de rôle à nos échanges dans ce groupe. Et qu’au moins l’un de nous s’intéresse à leurs projets aussitôt qu’ils se dessinent afin de nous coordonner.

Ah. Le fil de leurs échanges tisse enfin quelque chose à leur portée et en équilibre instable, à suivre dans le temps.

Managers de managers, leur réunion n’est décidément pas de trop lorsque cela travaille pour l’ensemble de l’organisation. À suivre sur d’autres questions, si vous aimez, et à partager en cousinades de votre ressort 😉

Première séance de co-consulting entre managers de managers : quel est le tout premier écueil ?

Manager de manager, qu’aurai-je à partager, à consulter auprès d’autres managers qui ne feraient que manager ? Je suis si occupé par l’opérationnel !

Managers de managers. Chacun possède une expertise bien distincte : la finance, la qualité, la production, les ressources humaines, le commercial etc. Chacun supervise des managers et leurs équipes. Pour l’un ce seront des opérateurs et leurs contre-maitres, pour l’autre un réseau d’experts regroupés par secteur, géographique ou métier, avec des animateurs dédiés, pour l’autre encore, une pépinière de jeunes talents et quelques leaders d’initiatives et d’action.

Qu’auraient-ils à partager entre eux à part des informations croisées ? Qu’auraient-ils à engager à part des priorités décidées en COMEX dont certains font partie sans y participer ?

Non. Ce dont je souhaite m’entretenir avec vous concerne l’émergence possible d’une pratique collaborative du management. Ni exercice du pouvoir, ni exercice du jeu de rôles entre eux, ni  plate-forme d’affaires classées « confidential ». De la transparence et des humeurs. De la passion, du choc des réalités et du partage de choix « ambigus » comme le veut l’epoque VUCA*.

Ce que ces managers ont en partage c’est la nature de leur lien à tous les autres managers ou acteurs de la société. Ils sont décideurs et leurs décisions concernent des hommes et des femmes qui à leur tour managent des activités, activent les équipes d’exécution et de proposition alternées.

Le premier écueil apparaît très vite. C’est l’objet de ce premier billet de la série annoncée.

Les managers de managers sont happés par l’opérationnel. Ce sont leurs propres mots et c’est leur réalité. Au delà du reporting serré de ce qui se passe en temps réel, de la production tout aussi régulière des présentations de ce qui va se passer, ce qui est un travail de gratte plutôt que de manager, ils peuvent partager en quelque sorte le poste d’un de leurs managers, en dépendance subie ou souhaitée ou les deux ; ils peuvent mutualiser une activité qui concerne plusieurs d’eux ; enfin, pour les plus modernes, ils sont devenus des « leaders serviteurs » (source l’entreprise libérée, réinventer les organisations etc ), des facilitateurs, des sponsors, et des fois même des prostitués. Alors, si vos managers ne sont pas autonomes au coeur de leur métier, s’ils ont des carences que vous comblez, si, individuellement ou en groupe, ils vous demandent de développer à votre niveau des facilités pour eux, si au nom de l’innovation, ils vous chargent d’actes de management supposé, d’influence ou même tout simplement de secrétariat, modifier les autorisations informatiques c’est ce qui me vient, approuver les congés, les achats, le PV, c’est courant et c’est une plaie, suivez la série à suivre. Travaillez ensemble à renforcer votre management créatif !

 

Avec ce constat préalable, je développe un cas concret de dépassement en réunion d’initiés au groupe d’analyse de pratiques collaboratives entre managers de managers. Ils sont réunis pour créer le groupe de pairs qu’ils pensent clé de voute d’un management renouvelé en cette grande usine d’un grand fabricant européen. Ils sont déjà bien avancés de poser le défi et le rituel : tous les vendredi entre midi et deux. L’un d’entre eux avoue aux autres qu’il n’est pas très disponible ce jour parce que l’une de ces managers dont la compétence est prouvée lui a fait part de sa démotivation. Il comprend mieux alors les défaillances dont elle fait preuve depuis un certain temps et qu’il s’est empressé de combler. Mais si cela dure, dit-il, ce sera elle ou moi. Je ne veux pas être contraint de m’en séparer. Elle est compétente. Elle se dit démotivée. Comment pourrai-je la remotiver ?

En l’occurrence, comme ce partage est animé par nous, consultants, équipe intervenante en ces prémisses d’équipe dirigeante, deux préalables psychologiques sont de suite posés :

– Le désir est individuel et inaliénable. Il ne peut pas être commandé. Ce que l’on appelle souvent la motivation est de cette nature, de la nature du désir, autrement ce serait de la culture du dressage, côté récompense ou côté punition.
– Le pacte entre manager et managé peut-être un serment maternel ou relever de la fonction paternelle, celle de la séparation et de l’individuation. Tu es démotivée, j’en suis le témoin respectueux de tes failles et de tes efforts.

L’échange s’engage alors entre managers : oui, parce que si tu lui es dévoué ou au contraire menaçant, cela doit bien l’occuper d’être aux aguets de tes décisions. Et toi aussi ! Tu as l’air de te penser la question de quoi faire de cette femme à l’infini. Cela devient un job à temps plein et pour elle et pour toi.

– Avez vous d’autres expériences de cette capacité que vous avez à ce que les autres se déresponsabilisent sur vous ? Cette manager répond peut-être à une demande inconsciente de votre part…

Patrice garde pour lui la réponse qui le touche, il donne à voir son assentiment et il se remobilise de suite lui-même aux côtés de ses collègues et créer ce groupe de pairs, de managers de managers, qui s’impose  de fait et de bonne heure.

* VUCA pour Volatility Uncertainty Complexity Ambiguity : immédiateté, impermanence, incontrôlabilité et insolutionnabilité. Les réponses sont partielles, ponctuelles et controversées â des problèmes et défis difficiles à délimiter et en évolution aussi sûre qu’incertaine.

Retour d’expérience d’accompagnement en équipe d’une équipe dirigeante pour la rendre… accompagnante

Nous avons composé une équipe accompagnante face à l’équipe dirigeante plutôt qu’un duo classique de formateurs ou même un super formateur car nous souhaitions nous mettre nous mêmes à l’épreuve.

– J’ai aimé découvrir que mon collègue directeur, le même qui dans le cadre de sa mission met des entraves à la créativité de mes équipes, légitimement, en parfait accord avec sa fonction, a aussi beaucoup d’idées. J’apprécie qu’il les exprime avec autant de justesse qu’il exerce son rôle de contrôle et de prescription.

Puis, s’adressant à lui :

– Je t’écouterai désormais d’une autre oreille !

**

– J’ai aimé que l’on ne se pose plus la question du pourquoi face aux difficultés mais plutôt celle du possible, du plus petit possible pas que nous pouvons poser dès à présent, l’un ou l’autre, indépendamment de nos domaines de responsabilité. Celui qui peut, fait, essaye au moins, puis, il nous partage le résultat. Et ce résultat n’est pas l’échec ou le succès, la gloriole ou la frustration. Le résultat à chaque pas est ce qu’on en apprend, individuellement et collectivement.

Et s’adressant au jeune à haut potentiel chargé de soutenir son activité par la collection de données jusque là éparses et leur mise en rapport :

– Et toi j’ai vu que tu penses fort bien l’inquantifiable de ce que tu observes. J’ai envie de travailler avec toi plutôt qu’avec tes rapports aussi excellents soient-ils !

**

– Je me suis toujours demandé pourquoi je ne pouvais pas me débarrasser de mes jugements face aux personnalités que je rencontre et que j’ai du mal à appréhender. Par exemple, il y a un jugement assez répandu dans cette entreprise que je n’ai pas pu jusqu’ici m’empêcher de partager : « les managers sont nuls ».

Rires et invectives. Nicolas accompagne ce programme d’amélioration comme bien d’autres qui sont du ressort de « l’excellence opérationnelle ». Il est aussi, comme Christophe, une jeune recrue. Il poursuit son propos ainsi :

– Pas vous. Enfin, de vous je le pensais moins que des autres. Le premier jour je me suis dit toutefois : entre celui qui parle pas, celui qui rit de tout et celui qui ne sait visiblement pas pourquoi il est là, qu’allons-nous faire ensemble ? Et puis, je suis resté avec vous tout le long du travail, et j’en redemande. Je vous soutiendrai dans le déploiement de vos processus d’amélioration et je soutiendrai votre responsable dans la position du coach. Je vous avoue que j’avais pensé être là au début dans le cadre de ma fonction et m’éclipser dès que possible pris par d’autres obligations qui ne manquent pas. Je suis devenu accro à votre aventure humaine et j’en redemande.

Fini les rôles. Lorsque chacun prend place et part au processus le naturel revient, et la vie qui va avec.

**

– Oui, conclut le Directeur de tout ce petit monde et membre du Board, j’ai vu mes cadres dirigeants déposer leurs prérogatives et se parler comme jamais ils ne le font. Je me suis vu moi-même suspendre le geste de les diriger aussi. Je commence à accompagner leur évolution naturelle en tant qu’équipe de direction, avec leurs personnalités pleines et leurs compétences croisées. Nous continuerons ensemble loin de vous, notre équipe de consultants. C’est le moment de clore, de vous laisser partir car nous nous sentons prêts à chercher nos propres solutions chemin faisant.

Merci.

– Merci à vous de nous avoir permis de ne pas vous former, accompagner seulement la formation de votre équipe et de votre projet.

 

C’est à la demande d’un grand groupe industriel que nous avons composé une équipe accompagnante plutôt que de dérouler la formation de management « Lean », libéré en quelque sorte, unique en France que propose Vincent Lambert, Tactik Smart est sa marque. Dans cette démarche c’est le processus de management qui s’allège de lui-même. Nous avions l’intuition que les méthodes KATA d’amélioration et KATA de coaching que composent l’offre seraient facilement appréhendables et directement applicables à une des initiatives de l’équipe, une équipe jeune, qui travaillait déjà par ailleurs à sa cohésion et à sa dynamique.

Le KATA, comme dans l’art martial du même nom, permet de répéter un enchaînement de gestes simples jusqu’à ce que ces gestes et leur enchaînement deviennent naturels. La chaîne est celle bien connue du PDCA pour Plan – Do – Check – Act. Cette approche remplace avantageusement la démarche PD – PD qui implique de bien réfléchir en détail et au plus large, puis d’exécuter le plan. De réfléchir à nouveau bien plus tard.

Dans le PDCA la réflexion est un partage sur les conditions actuelles du travail effectué ensemble quel qu’il soit. Elle se complète d’une réflexion sur des conditions cible à très court terme, ceci dans le cadre d’un défi important et d’une temporalité plus large avec la part d’incertitude de toute projection importante. Des actions peuvent être imaginées et peuvent être testées sans délai par un ou plusieurs des membres de l’équipe. Elles peuvent être ensuite restitués au coach de l’équipe, leur hiérarchique ici dans un rôle d’accompagnement. Il s’agit pour chacun dans l’équipe d’explorer et de prendre des risques limités, de faire même les erreurs nécessaires pour trouver la voie de progrès. Lors de cette restitution qui prend la forme d’un « Check » les participants relèvent essentiellement ce qu’ils ont appris de l’expérience et prennent d’autres actions. Ainsi le A de bout de chaîne pour Act se complète d’un A d’apprentissage en français.

Ce serait ainsi à proprement parler en anglais du PDCAL, L pour Learn.

Nous avons composé une équipe accompagnante plutôt qu’un duo classique de formateurs ou même le super formateur de la méthode que Vincent peut être et qu’il est.  Dont il connaît les limites aussi. Aussi abyssales et vertigineuses dans la chute que dans la supériorité prétendue.

Nous souhaitions mettre nous-mêmes à l’épreuve la réflexion que nous avions eue et qui est : pour accompagner une équipe et lui apprendre à collaborer, autour d’un KATA, extrêmement porteur c’est vrai, mais surtout au coeur du sujet, leur style de collaboration et son développement, le mieux serait de collaborer face à eux en toute transparence autour problème qu’ils nous posent. De leur livrer ainsi notre élaboration conjointe, riche de facettes, mais surtout nos propres difficultés à échanger entre nous, à voir des choses si disparates, à vouloir résoudre à l’emporte pièce chacun selon ses facilités propres, à taire ou à dire ce qui gêne et tant d’autres vécus qui méritent la peine bien plus que les meilleures pratiques collaboratives.

Vincent a posé la méthode KATA au jour 1, l’équipe a été mise à l’épreuve de la collaboration sur un jeu, puis directement sur un de leurs enjeux pour l’exercice qui commence. J’y étais présente et j’apportais des éclairages légers. André de Châteauvieux nous a rejoint au jour 2 et nous avons ouvert la session par un exercice au sein de notre propre équipe accompagnante. L’équipe de direction et les deux experts fonctionnels sont devenus observateurs.

Lors de cette séquence André superviseur nous a questionné nous deux, Vincent et moi, sur là où nous étions, en comparaison à ce que nous attendions de notre première journée, sur ce que nous avions appris et sur ce que nous souhaitions explorer pour progresser avec l’équipe en demande. Cela prenait ainsi la forme familière en ce jour 2 pour eux du KATA appris la veille.

Nous avons parlé l’un et l’autre en élaborant à voix haute nos idées ce qui a permis à tous les participants de saisir nos cheminements, nos doutes, nos hésitations et notre volonté de changer quelque chose, chacun de nous, de notre approche afin de permettre à l’équipe d’enrichir son expérience. C’est, de leurs propres mots, posés ensuite, en nous voyant  échanger à coeur ouvert et avec rigueur, librement et dans l’exigence envers soi-même avant tout, qu’ils ont eu pour enjeu partagé, pour rêve même ce mot a aussi été posé, de reprendre leur propre tableau de bord, initié la veille, dans cet esprit. Ils ont pu en quelques minutes bâtir leur propre esprit collectif. Les jeunes en support apportaient les compléments nécessaires. Le « chef » devenu définitivement coach soutenait de son écoute et de quelques questions pertinentes, de quelques apports aussi pour les domaines dont il a la connaissance de par sa position de co-dirigeant d’entreprise et non seulement d’équipe.

Une image m’est venue pour résumer l’articulation trouvée à grands traits et même si elle est militaire on sait qu’il ne reste de grand esprit collectif poussé à bout dans notre société individualiste qu’à l’armée et dans les rangs de l’église. Et aussi peut-être comme ici à l’usine. Je la partage pour le symbole qui permet de maintenir dans le temps, de donner du sens, à la reliance.

 

« Il faut d’abord savoir ce que l’on veut, il faut ensuite avoir le courage de le dire, il faut ensuite l’énergie de le faire. »

Georges Clemenceau

Vouloir une équipe, le dire et le faire ensemble c’est le tout premier petit pas vers tant d’autres voeux, rêves dirait Olivier, de tant d’autres mots, de Jérôme, précieux, de tant d’autres actions dont Patrick serait heureux. Le courage et l’énergie, avec Nicolas et Christophe, cela est renouvelable. Au coach Michel de déposer les attributs du chef le temps de cette danse tribale.

Co-animer

La figure de base du duo en co-animation et celle, complexe, de l’équipe intervenante seront traitées en deux jours. Dernières inscriptions. Petit groupe de 4 à 6 participants.

Le cycle 2017 des ateliers à Sens touche à sa fin. La dernière thématique est de co-animer. Comme les ateliers précédents elle se déroulera en deux temps pour permettre l’analyse de la pratique : le lundi 8 septembre et le vendredi 2 octobre. Deux temps forts déplient aussi cette belle visée de co-animer :

– Le duo d’intervention extrêmement répandu mais qui se partage trop souvent les rôles et les espaces. Il se prive de ses ressources le plus humaines. Venez apprendre à le vivre au naturel et dans tout son potentiel de véritable co-animation.

– L’équipe intervenante qui fait l’intelligente en coaching d’organisation. Elle se suppose une intelligence collective alors que c’est dans ses ratés qu’elle réussit à co-animer au plus près de la complexité à laquelle elle fait face. Venez vous initier à l’analyse des pratiques collaboratives que vous-même vous incarnez.

Honoraires de participation aux deux journées 500 euros HT

De 10h30 à 16h30 avec 1h de trajet par train depuis Paris en sus. Gare de Bercy.

Et et ne plus faire cavalier seul, c’est dépassé… Le Monde a besoin de collaborer.

Domino

La rencontre est un jeu de Domino qui se joue en groupe.

On raconte que les dominos seraient une modification chinoise du jeu de dés indien. Ils auraient transformé ces dés en pièces plates réversibles, puis en pièces à deux pendants. Les marins en jouaient beaucoup et les dents des baleines leur servait de matériau. Le bois et le carton, l’ivoire et les os ont été d’autres matières premières pour y jouer n’importe où n’importe comment. Les dominos sont apparus en Europe au XVIIIème siècle.

Leur appellation alors pourrait avoir deux origines. Elle viendrait soit d’un costume du Carnaval, appelé « Domino », noir sur le derrière et blanc sur le devant. Soit de la cape que revêtaient les prêtres dominicains en hiver. Elle était blanche à l’intérieur et noire à l’extérieur. Pour moi cela a été toujours perçu comme un mot qui désignait à la fois la réunion joueuse, joyeuse, et le maître dominant.

Mon père y jouait tous les week ends de l’été avec ses amis du Club de vacances, et il a remporté la coupe du championnat au moins une fois dans mon souvenir d’enfant. Son co-équipier du moment s’appelait Luis, et c’était aussi son deuxième prénom.

Les joueurs qui jouent en duo jusqu’à cumuler les points noirs des pièces restées sans emplacement dans ce jeu de plateau se placent en miroir. Ils n’ont pas le droit de se dire les jeux dont ils disposent. L’objectif est que l’un d’entre eux puisse poser toutes ses pièces et que les deux opposants en conservent à ce moment couperet un maximum de pions et de points noirs gravés dedans.

On ne doit entendre que le choc des pièces lâchées comme un fardeau. Mon père ne savait pas se taire. Mon père ne savait pas rester assis en miroir d’un homme qui dans mon souvenir était lui imperturbable et stratège sans nul remord. Mon père balançait ses pièces autant à hauts cris qu’en gestes forts. Ensuite il rigolait avec son double de tout ce qu’il lui avait dit de son jeu à mots couverts tonitruants. J’en ai été le témoin souvent.

Je pense que ni son ami ni lui-même n’avaient vraiment besoin de ces stratagèmes pour s’imposer dans ce jeu de connivence, ils l’avaient, et de régularité, de souhait de poursuite de la relation, autant que de mémoire et de préparation du coup d’après avant tout.

Je peux imaginer que mon père s’ennuyait de jouer les combinaisons qui de toute façon se déroulent selon le hasard de la distribution des pièces. Je peux imaginer que peu importe les pièces pourvu qu’il y ait d’autres hommes à rencontrer en tournoi de vie sans la mort et qui en jouent comme ils sont.

J’ai rencontré André et nous avons formé un duo et nous aimons jouer avec vous en groupe collaboratif et individualisant. Il ressemblait à mon père dans ses excès d’alors ! La rencontre est un coup de Domino. Le seul maître de notre monde est de rentrer en relation. D’en avoir les précédents. La rencontre du père est la première rencontre du différent, du vivant. Quel qu’il soit le père : quittons les impératifs théoriques paternels, ici un trublion, sans rien perdre de sa domination ; moi, en tout cas, je le lui accorde et cela fait relation. La pièce de fin, c’est seul qu’on gagne, qu’on meurt alors.

*Domino est le nom que je viens de donner au nouveau petit chat de l’atelier de campagne à Sens. C’est lui qui a jeté la première pièce de cet écrit qui me vient doucement. Vous le rencontrerez si vous venez en groupe de travail avec nous. Et ici, en photo de couverture du temps présent.

Bases de psychologie, référent psychanalytique, en accompagnement managérial

Ceci est le support finalisé de l’intervention d’Eva Matesanz en DU Cergy Pontoise du vendredi 16 Juin. En accompagnement managérial et pratiques collaboratives.

(Ceci est le support finalisé de l’intervention d’Eva Matesanz en DU Cergy Pontoise du vendredi 16 Juin. La photo de couverture appartient à Kate Parker Photography comme souvent ici :-))

Il apparaît pour Freud, lors de son étude de la maladie physique et nerveuse, en tant que médecin et neurologue au sein d’une société viennoise conservatrice et prospère, l’existence d’un appareil psychique où l’inconscient occupe une place prépondérante. La vie du sujet est gouvernée par un noyau pulsionnel, originel, puis, progressivement élaborée au contact d’autres appareils tout aussi inconscients et plus ou moins cultivés. En cela, pour Freud, l’homme se dote lors de son développement d’une structure psychique mais aussi d’un espace psychique interne, d’une économie psychique apte à le protéger et à lui permettre de s’épanouir aussi, de dépasser ses peurs légitimes et, en somme, d’une dynamique de pensée, de relation aux autres, et de volonté propre toute singulière.

Nous avons abordé le détail des structures psychiques et de leurs pathologies avec Roland Brunner, psychanalyste et professeur. Nous devons à Lacan toutes ces précisions au sujet de la structure psychique, des fondements de la personnalité, névrotique ou psychotique, que Roland a développées et ravivées à sa manière. Je vous propose de venir aux aspects de l’économie psychique du sujet et de la psychodynamique qui s’exprime dans la relation duale et dans les groupes humains.

Et c’est la notion intermédiaire d’espace psychique qui peut nous aider à faire le lien, entre ces fondements, la structure et ses névroses, phobique, hystérique ou obsessionnelle, et son insertion dans l’espace social, partagé.

Chacun de nous dispose d’un espace psychique interne, d’une collection d’objets, de traces mnésiques, si vous préférez, collectées au contact d’une réalité interne et d’une réalité externe : des motions propres et des besoins, des sollicitations extérieures et des réponses à ces motions et à ces besoins. Il est plus aisé de se représenter ces objets partiels en lien, comme étant un groupe interne : le couple parental, la fratrie, la famille, le voisinage, la scolarité.

Nous sommes faits d’identifications de nous, enfant, avec les inconscients, c’est important, les inconscients davantage que le discours et les comportements, qui nous ont entourés. Ces identifications ne sont plus accessibles par la pensée rationnelle car des processus défensifs inconscients les ont filtrées, puis en ont gardé le « code source » au sein de leurs formes cryptées.

Deux processus de défense bien distincts, entre la prime enfance où domine la dépendance des soins externes et l’enfance puis, l’adolescence, où l’enfant se détache de l’objet qui venait le satisfaire pour mieux trouver l’objet de son désir singulier :

  • le clivage, dans un premier temps, celui de la construction du narcissisme, secondaire, celui qui intègre l’existence d’autre que soi, séparé, et qui résout cette angoisse au plus maîtrisé ;
  • le refoulement, lors du temps oedipien qui intègre l’existence d’un autre pour l’autre qui, externe à soi, en effet, on convoite. L’angoisse va devoir se résoudre en lien avec la réalité imparfaite, dans l’œuvre et dans l’affect.

 

 

Revenons aux phénomènes psychiques naturels à la base du lien social : les processus de défense et de constitution du SELF, de l’identité, et du MOI social.

1) Le clivage

Le clivage permet de cloisonner et de faire alors cohabiter en soi les premières identifications passionnées : l’amour et la haine, la jouissance et la peur, la détresse et l’élan destructeur. Le nourrisson tête le sein, accède au plaisir mais aussi à l’envie de dévorer la chair, de détruire la mamelle qui lui permet d’accéder au liquide vital pour son intégrité autant physique que mentale. Le très jeune enfant à partir de quatre mois manque du sein, acquiert la conscience de son absence, et par là, de la séparation entre la mère et lui-même. Il l’hallucine alors, il croit le boire et le réduire en lambeaux, et il se rendort apaisé, il aura eu « la peau du lait ». Il l’a à nouveau dans la peau même si ce n’est que dans son imaginaire là où le réel lui oppose le premier trou de son existence désormais autant vouée au « principe de plaisir » que de « réalité », l’altérité. Il intègre, ce faisant, le bon et le mauvais objet. Il peut à la fois aimer sa mère et la détester, lui inventer des substituts. Il pourra ensuite développer d’autres « relations d’objet », tout autant insatisfaisants, ambivalents, à la fois bons et mauvais.

Faisons le point sur l’espace interne qui se créé au contact de ce premier espace social.

Le clivage peut être représenté dans l’espace psychique interne sous la forme de traits verticaux qui font cohabiter différentes facettes de soi. Les bons objets internalisés et les mauvais objets. A ce stade, papa n’est pas encore identifié comme étant la menace, le mauvais objet. L’enfant entretient des rêves de satisfaction libidinale et morbide : mordre et détruire, mordre et rassasier son envie.

L’enfant va évoluer de l’identification primaire, directe, à la mère, à un seul et même modèle, ambivalent, à une identification au désir du père pour elle qui élabore son désir à lui sans autant de détachement de la réalité. Le clivage mène au déni en grandissant. A la psychose en lieu et place de la névrose des relations.

Dans l’exemple cité la mère aime l’enfant mais seulement « suffisamment », pas de façon absolue. Elle aime surtout le père de l’enfant, sa vie est celle avec le père de l’enfant. La mère présente le père à l’enfant et ce faisant l’enfant fait place à autre que la mère, à autre que lui-même et son hallucination.

L’identification au père représente l’effort de l’individuation : le père sépare de la mère, l’enfant se départit de son hallucination. Lorsque la mère est absente, c’est le père qui devient obsédant, la cause de la séparation, et la motion est violente et sexuelle tout autant : le posséder, lui prendre sa puissance sexuelle, le détruire, faire disparaître cette puissance. En grandissant, en interagissant successivement avec le père, la mère et le couple parental, l’enfant se résout à acquérir sa propre puissance : il s’investit dans les études, dans le sport, dans sa prestance, dans sa contribution, musicale, cuisinière, jardinière, ménagère etc. Il imite puis il réalise à sa façon les désirs inconscients qui lui sont projetés et qui rejoignent ses propres motions. Il intègre les interdits de ses parents.

2) Le refoulement

Le refoulement permet d’oublier la période intense et secrète où seul le cannibalisme, l’inceste et le meurtre (les trois interdits sociaux) auraient pu calmer l’enfant. Où le triangle œdipien ne permet plus l’hallucination d’un objet entièrement à sa disposition.

Le refoulement peut être représenté dans l’espace psychique interne comme étant la « ligne de flotaison », horizontale, entre ce qui est pensable et faisable et ce qui ne l’est pas et qui pourtant, par moments émerge tout autant : des passages à l’acte et des parole-acte qui tentent de s’annuler socialement d’un « je n’ai pas fait express », d’un « je ne le pensais pas vraiment ». Ce sont des retours du refoulé. La levée du refoulé est nécessaire dans tout processus d’accompagnement. Pour réduire la charge de l’interdit d’antan. Il est aujourd’hui possible de prendre le poste de son supérieur hiérarchique sans que cela ne soit assimilé à tuer le père ; de répondre et faire partie d’une équipe projet transverse et contribuer ainsi à satisfaire aux demandes d’une Direction Générale, supérieure à sa hiérarchie régulière, sans souffrir d’une position vécue comme incestuelle. Les deux exemples cités sont issus de ma pratique.

J’ai développé ces deux mécanismes de protection et je les ai situés dans l’espace psychique pour donner à voir comment ils ordonnancent nos relations et nos vécus. Ils reçoivent d’autres appellations dans la pratique psychologique courante : la projection est l’expression des parties clivées de soi, reconnues chez « l’autre », avec le déni en arrière-plan. L’inhibition est le pendant pétrifié du processus de sublimation qui sert de soupape continue au refoulement.

Il est aisé de comprendre que les pratiques collaboratives demandent de dépasser tout autant ces deux geôliers de l’espace psychique individuel. L’avantage par rapport au conflit inconscient réactualisé dans la relation à un seul (le supérieur, la Directrice des ressources humaines membre du Codir cités dans les exemples qui précèdent) est que le groupe est un espace psychique collectif. Et en cela, un milieu de choix pour expérimenter et réorganiser son propre espace dans toute sa complexité. Dépasser les blocages et accéder à la créativité sans discontinuer. S’y ajoutent les blocages que génère le collectif, résumés dans la homéostasie, l’illusion groupale, mais qu’il est passionnant de redécouvrir dans le vécu transpsychique des individus ! Ils plongent dans les stades archaïques et narcissiques. Ils favorisent l’idéalisation, l’hallucination primaire. Et avec elle la destruction en lieu et place de la conflictualité Œdipienne, sociale.

De la même façon que l’individu s’épanouit tout en se protégeant de l’autre, de chaque rencontre et de chacune de ses relations, par ses oublis et ses contradictions – ce sont les appellations courantes des phénomènes complexes de clivage et d’inhibition dont je faisais état plus haut, il se protège des autres et trouve des voies nouvelles de réalisation personnelle en investissant un groupe qui lui ressemble autant qu’il le désassemble et en cela il est déterminant.

 

 

 

Les membres d’un groupe sont aussi secrets et mal assortis que le sont les plis de chaque esprit adhérent. Le groupe a pour avantage d’opposer une enveloppe groupale à son environnement. Un de mes partenaires utilise volontiers l’image du groupe « sous cloche ». C’est un peu cela mais la serre ne peut tenir qu’un temps. Afin que le groupe puisse développer sa mission, et que ses participants puissent s’individualiser à nouveau.

Comme pour l’individu, le groupe cultive une hallucination, collective cette fois-ci. L’individu cède sur ses défenses individuelles et peut ainsi se dépasser et mener une démarche d’appropriation de la production commune, mais surtout une démarche d’identifications nouvelles dans le vécu partagé. Ces identifications sont conflictuelles une fois de plus, et demandent un effort personnel : les défenses se dressent à nouveau avant de céder pour de bon. Sans plus besoin de la protection que représente l’enveloppe groupale imaginaire.

Le groupe offre une contenance à la fois qu’il produit une excitation alors. C’est dans la continuité de la contenance vis à vis de l’extérieur et dans l’organisation progressive du chaos intérieur que le groupe s’impose aux participants. Que le vécu du groupe permet des inscriptions durables dans les sujets qui le composent plutôt que des émotions fortes et stériles. Que chacun lui cède bien une part de sa liberté pour la retrouver plus loin et avec la responsabilité en prime. Le sentiment de l’œuvre commune.

Pour cela, le groupe à son tour organise les échanges avec l’environnement autour sous la forme défensive qui lui permet d’exister et de se pérenniser.

Quelles sont les défenses qui sont le propre du groupe ?

Trois scénarii de base, nécessaires à sa progression, ont été identifiées par Bion et ces formes restent actuelles et sont constatées dans tout travail d’analyse institutionnelle professionnel.

– La dépendance entre les participants. C’est l’idéal commun, l’objectif, si le groupe est productif, la cause, si le groupe est promoteur ou du moins influenceur, la résistance si le groupe est défenseur des intérêts communs de ceux qui s’y rallient. C’est un campement de base dans le sens où il n’est pas possible d’y rester, dans cette phase d’idéal, dans ce sentiment de parfaite adéquation des vues : l’objectif ne se réaliserait pas, la cause serait isolée puis perdue, les intérêts dévastés par d’autres moins égaux, plus complexes et qui s’imposent de leur difficulté même à être réduits et attitrés.

À l’abri de l’enveloppe psychique groupale les enveloppes psychiques individuelles lâchent de leurs atermoiements personnels. Le vécu de la famille, le groupe d’origine pour chacun, dit primaire, permet de repérer dans ce groupe secondaire, les petits arrangements devenus inconscients pour chacun.

Le groupe est la scène de l’inconscient collectif individuel enfin accessible et susceptible d’être rejouée. Sauf que la dépendance originelle n’est plus une fatalité. C’est ainsi que l’objectif, la cause, offensive ou défensive, écartent vite ceux et celles qu’il, qu’elle, croyait réunir. Chacun ose davantage que ce qui lui était donné jusqu’ici.

Les individus fréquentent le groupe en même temps qu’ils poursuivent une trajectoire riche d’autres appartenances, d’autres idéaux, de bifurcations et de renoncements. Ils retrouvent la contenance, ils apportent leur chaos. Ils y trouvent les moyens d’organiser les contenus contradictoires et imposants.

Les organisations actuelles le permettent davantage que du temps de Marx et de Taylor. Ce sont alors les deux autres formes du campement de base qui peuvent être un piège si l’on s’y installe plutôt que de les adopter un instant.

– Le couplage. Deux, trois individus semblent plus à même de préserver l’idéal une fois que les divergences se font sentir, qu’un organisateur externe, l’institution souvent – ou son antidote puissant devenu acceptable socialement, et en cela tout autant aliénant : les syndicats, les organismes de tutelle -, ne décide à la place des participants du maintien de la tension vers l’idéal fondateur, quitte à ne pas le réaliser. Cette position de base qu’est le couplage apporte l’espoir d’une concrétisation plus tard. Elle entretient au contraire un immobilisme hagard de la part du groupe au complet. Les élus ne font que savourer leur pouvoir. Souvent. Longtemps. Sans fard. Ils oublient eux-mêmes le sens de l’histoire.

Le groupe se dote d’une unité parentale. Là où la première position rappelait la grande famille, l’école, la bande, le groupe secondaire en somme, et en cela ouvrait les perspectives, la position du couplage ramène chacun au trio d’origine, au primaire et à l’infantile.

Dans la vie associative oh combien de fois ce campement de base devient la guinguette au bandéon désaccordé. Tout le monde danse sans s’y soucier. Les Chef de Service, pas les Directeurs, ceux auprès des leurs, pâtissent et ont toujours pâti de ces espoirs posés en leur action couplée avec leurs partenaires, RH, marketing ou financiers. De nos jours les managers libérés sont aussi paradoxalement les dépositaires d’une pensée magique de réussite pourvu qu’un ou deux de leurs acolytes fassent une trouvaille qui sera portée au pinacle de l’organisation vertueuse.

– L’attaque-fuite enfin. Si les individus qui composent le groupe ne se font pas duper, ils vivent la révision de l’idéal ensemble et en temps réel. Ils échangent avec l’environnement plus large le fruit peut être modeste mais appréciable de leur énergie, le renoncement aussi à leurs efforts dans un équilibre perçu qui dépasse la contingence du groupe investi. Pour ceux qui ne veulent rien lâcher, c’est la manifestation assise sur leurs prérogatives qui prime.

Dans l’attaque-fuite, l’attaque sans concession de toute autre option que l’idéal qui les réunît est la forme que prend la fuite. La fuite au devenir du groupe qui est de changer les individus au point qu’ils le quitteraient et de compléter sa mission passagère et limitée.

Car tout groupe humain est voué à se désagréger une fois son objectif atteint, sa cause propagée. Aucun de ces « campements de base » ne peut perdurer.

Les organisations horizontales de nos jours excellent en ces deux derniers contenus : désigner des champions, des hauts potentiels jamais ou peu convertis, potentiels toujours ; se perdre dans la défense à outrance d’une position voulue plutôt que d’une évolution inconnue. Les organisations verticales de jadis pouvaient sur un idéal vivre au jour le jour.

C’est cela mon apport à l’apprentissage du groupe et de sa psychologie : attention aux nouvelles formes collectives, plates, prétendument collaboratives qui risqueraient de figer plus que jamais les individus. La singularité est en chacun de nous. Et la singularité se partage depuis la courte place et pendant le bref d’un temps qui nous sont donnés seulement.

Restons groupés oui, mais chacun en marche sur son chemin de poussière, de l’infiniment petit et nécessaire après tout.

 

 

Le GAP CO, groupe d’analyse de pratiques collaboratives

Pour faire du travail en groupe, l’objet de travail d’un groupe.

Cultiver le « vivre-ensemble », l’économie du partage, prendre soin des biens communs… Développer l’intelligence collective, l’innovation collaborative… Dans la cité comme dans l’entreprise, chacun appelle de ses vœux la coopération. Mais tout ça ne va pas de soi. Oui, parce qu’un groupe est propice à toutes les passions au fond, autant créatrices que destructrices.

Et c’est pour ça que, sur le fil de nos accompagnements et à l’écart des outils à la mode, Eva et André, nous aimons créer les Groupes d’Analyse de Pratiques Collaboratives. Pour faire du travail en groupe, l’objet de travail d’un groupe. C’est en duo, au féminin-masculin donc, et c’est vraiment précieux pour une écoute sensible des passions au cœur d’un groupe.

Bienvenue à ceux qui aiment diriger ou animer des équipes, former ou accompagner des groupes, en entreprise ou en réseau.

Groupe d’Analyse de Pratiques Collaboratives
André de Châteauvieux & Eva Matesanz

● Une psychologie du collaboratif

Quels sont les ressorts intimes des collectifs humains ? Qu’est-ce qui se trame au cœur d’un groupe ? Qu’est-ce qui se joue et se rejoue pour chacun ? Et pour celui qui anime ? Comment se libère ou s’enraye une dynamique de groupe ? Y a t-il un savoir-être ou faire ensemble ?

Ces questions-là sont l’objet premier d’un groupe de pratiques collaboratives. Oui, c’est son objet d’analyse, à partir des situations apportées par chacun et avec aussi tout ce qui se crée et s’empêche au sein de ce groupe-là.

● Un travail en groupe pour ceux qui animent des groupes

Le groupe d’analyse de pratiques est dédié à ceux qui dirigent ou animent des équipes, qui forment ou accompagnent des groupes, en entreprise ou en réseau. Il est ouvert aussi aux responsables des ressources humaines ou de l’innovation qui suscitent et facilitent les démarches de changement.

C’est un groupe où chacun s’engage dans un fil de séances régulières. Les séances sont animées en duo par André de Châteauvieux et Eva Matesanz ; au féminin-masculin donc, parce que cette coopération-là – originelle, élémentaire et duelle –, ne va pas non plus de soi.

● Quelques fondamentaux pour travailler ensemble

  • Le groupe est une scène propice à toutes les passions, autant créatrices que destructrices.
  • Chaque membre du groupe est pour l’autre l’objet de projections et d’identifications croisées, qui agissent en sourdine et qui influencent en profondeur les avancées, les indécisions et les créations du groupe.
  • Diriger une équipe, animer un groupe, c’est aussi pouvoir se placer en position de « conducteur », comme un « vecteur » sensible de ce qui se trame pour l’expliciter avec le groupe et en faire une ressource.

● Les modalités pratiques

Le module 1 a eu lieu : constituer le groupe est un fantasme personnel. Favoriser alors, plutôt que l’inclusion, l’impair pour le rendre réel.

Le module 2 vous plongera dans le groupe réel pour y déceler votre style contributif et votre « style » conducteur.

Le module 3 renforcera la « dyssimetrie » nécessaire à un travail de groupe dans la durée.

Le module 4, à la rentrée explorera la « co-animation » et le faire équipe pour animer en se laissant animer par le groupe en question.

La participation à chaque module est de 500 euros HT dans le milieu privilégié de la campagne de Sens. Bienvenue en module 2 les 22 mai et 9 juin.

 

L’enseignement universitaire des pratiques collaboratives en groupe analyse qui marche

De la même façon que l’individu s’épanouit tout en se protégeant de l’autre, de chaque rencontre et de chacune de ses relations, par ses oublis et ses contradictions – ce sont les appellations courantes des phénomènes complexes de clivage et d’inhibition dont je faisais état dans un premier volet de l’enseignement -, il se protège des autres et trouve des voies nouvelles de réalisation personnelle en investissant un groupe qui lui ressemble autant qu’il le désassemble et en cela il est déterminant.

Les membres d’un groupe sont aussi secrets et mal assortis que le sont les plis de chaque esprit adhérent. Le groupe a pour avantage d’opposer une enveloppe groupale à son environnement. Un de nos partenaires utilisé volontiers l’image du groupe « sous cloche ». C’est un peu cela mais la serre ne peut tenir qu’un temps. Afin que le groupe puisse développer sa mission. Et ses participants, leur marche à nulle autre pareille.

Comme pour l’individu, le groupe cultive une hallucination, collective cette fois-ci. Et ils se dotent, l’un et l’autre, d’une démarche d’identification et d’appropriation de la production commune, du vécu du moins. De plus.

Le groupe offre une contenance à la fois qu’il produit une excitation. C’est dans la continuité de la contenance vis à vis de l’extérieur et dans l’organisation progressive du chaos intérieur que le groupe s’impose aux participants. Que le vécu du groupe permet des inscriptions durables dans les sujets qui le composent plutôt que des émotions fortes et stériles. Que chacun lui cède bien une part de sa liberté pour la retrouver plus loin et avec la responsabilité en prime. Le sentiment de l’œuvre commune.

Pour cela, le groupe à son tour organise les échanges avec l’environnement autour sous la forme défensive qui lui permet d’exister et de se pérenniser.

Quelles sont les défenses qui sont le propre du groupe, ses assurances vie de chacun et du collectif ?

Trois campements de base, nécessaires à sa progression, ont été identifiées par Bion et ces formes restent actuelles et sont constatées dans tout travail d’analyse institutionnelle professionnel :

– La dépendance entre les participants. C’est l’idéal commun, l’objectif, si le groupe est productif, la cause, si le groupe est promoteur ou du moins influenceur, la résistance si le groupe est défenseur des intérêts communs de ceux qui s’y rallient. C’est un campement de base dans le sens où il n’est pas possible d’y rester, dans cette phase d’idéal, dans ce sentiment de parfaite adéquation des vues : l’objectif ne se réaliserait pas, la cause serait isolée puis perdue, les intérêts dévastés par d’autres moins égaux, plus complexes et qui s’imposent de leur difficulté même à être réduits et attitrés.

À l’abri de l’enveloppe psychique groupale les enveloppes psychiques individuelles lâchent de leurs atermoiements personnels. Le vécu de la famille, le groupe d’origine pour chacun, dit primaire, permet de repérer dans ce groupe secondaire, les petits arrangements devenus inconscients pour chacun.

Le groupe est la scène de l’inconscient collectif individuel enfin accessible et susceptible d’être rejouée. Sauf que la dépendance originelle n’est plus une fatalité. C’est ainsi que l’objectif, la cause, offensive ou défensive, écartent vite ceux et celles qu’il, qu’elle, croyait réunir. Chacun ose davantage que ce qui lui était donné jusqu’ici.

Les individus fréquentent le groupe en même temps qu’ils poursuivent une trajectoire riche d’autres appartenances, d’autres idéaux, de bifurcations et de renoncements. Ils retrouvent la contenance, ils apportent leur chaos. Ils y trouvent les moyens d’organiser les contenus contradictoires et imposants.

Les organisations actuelles le permettent davantage que du temps de Marx et de Taylor. Ce sont alors les deux autres formes du campement de base qui peuvent être un piège si l’on s’y installe plutôt que de les adopter un instant.

– Le couplage. Deux, trois individus semblent plus à même de préserver l’idéal une fois que les divergences se font sentir, qu’un organisateur externe, l’institution souvent – ou son antidote puissant devenu acceptable socialement, et en cela tout autant aliénant : les syndicats, les organismes de tutelle -, ne décide à la place des participants du maintien de la tension vers l’idéal fondateur, quitte à ne pas le réaliser. Cette position de base qu’est le couplage apporte l’espoir d’une concrétisation plus tard. Elle entretient au contraire un immobilisme hagard de la part du groupe au complet. Les élus ne font que savourer leur pouvoir. Souvent. Longtemps. Sans fard. Ils oublient eux-mêmes le sens de l’histoire.

Le groupe se dote d’une unité parentale. Là où la première position rappelait la grande famille, l’école, la bande, le groupe secondaire en somme, et en cela ouvrait les perspectives, la position du couplage ramène chacun au trio d’origine, au primaire et à l’infantile.

Dans la vie associative oh combien de fois ce campement de base devient la guinguette au bandéon désaccordé. Tout le monde danse sans s’y soucier. Les Chef de Service, pas les Directeurs, ceux auprès des leurs, pâtissent et ont toujours pâti de ces espoirs posés en leur action couplée avec leurs partenaires, RH, marketing ou financiers. De nos jours les managers libérés sont aussi paradoxalement les dépositaires d’une pensée magique de réussite pourvu qu’un ou deux de leurs acolytes fassent une trouvaille qui sera portée au pinacle de l’organisation vertueuse.

– L’attaque-fuite enfin. Si les individus qui composent le groupe ne se font pas duper, ils vivent la révision de l’idéal ensemble et en temps réel. Ils échangent avec l’environnement plus large le fruit peut être modeste mais appréciable de leur énergie, le renoncement aussi à leurs efforts dans un équilibre perçu qui dépasse la contingence du groupe investi. Pour ceux qui ne veulent rien lâcher, c’est la manifestation assise sur leurs prérogatives qui prime.

Dans l’attaque-fuite, l’attaque sans concession de toute autre option que l’idéal qui les réunît est la forme que prend la fuite. La fuite au devenir du groupe qui est de changer les individus au point qu’ils le quitteraient et de compléter sa mission passagère et limitée.

Car tout groupe humain est voué à se désagréger une fois son objectif atteint, sa cause propagée. Aucun de ces campements de base ne peut perdurer.

Les organisations horizontales de nos jours excellent en ces deux derniers contenus : désigner des champions, des hauts potentiels jamais ou peu convertis, potentiels toujours ; se perdre dans la défense à outrance d’une position voulue plutôt que d’une évolution inconnue. Les organisations verticales de jadis pouvaient sur un idéal vivre au jour le jour.

C’est cela mon apport à l’apprentissage du groupe et de sa psychologie : attention aux nouvelles formes collectives, plates, prétendument collaboratives qui risqueraient de figer plus que jamais les individus. La singularité est en chacun de nous. Et la singularité se partage depuis la courte place et pendant le bref d’un temps qui nous sont donnés seulement.

Restons groupés oui, mais chacun en marche sur son chemin de poussière, de l’infiniment petit et nécessaire après tout.

L’amorce du groupe de pratiques collaboratives n’est pas l’inclusion mais l’impair

Un accompagnement qui n’est plus incitation, encore moins injonction, à la collaboration mais bien au contraire subtile invitation à l’individuation et à l’élaboration de l’engagement.

Elle a occupé un de ces postes à forte responsabilité dans une organisation, elle a exercé un métier qui est garant de qualité et de prudence. Elle en a approché toutes les équipes, tous les cadres dirigeants et intermédiaires. Elle est intervenue au détail près et dans une vision d’ensemble exigeante et pérenne.

Elle a touché aux immondices, c’est elle qui le dit en séance individuelle. Elle a quitté la place, et sa place dorée, pour ne pas avoir à recouvrir de son silence ce qu’elle sait. Jamais elle ne dit ce qu’elle en sait. Meme une fois libérée. Son silence est redevenu  source de vitalité.

Elle se forme et se formera au métier d’accompagner. Elle a entrepris une psychanalyse en même temps qu’elle a entrepris sa reconversion professionnelle : consultante extérieure de la grande organisation et de l’économie nouvelle. C’est peut-être un peu le même métier qu’avant, mais les limites sont posées de son côté. Du bon côté croit-on… Allons au plus près.

Elle en accompagne surtout les Dirigeants.

Elle est sensible à leur folie, à sa part créatrice autant que destructrice. Elle commence seulement à accéder à leur part de responsabilité sur les hommes et les femmes qu’ils réunissent. C’est peut-être pour cela qu’elle s’est inscrite sans douter un seul instant au premier groupe d’analyse de pratiques collaboratives qui voit le jour dans le domaine de l’accompagnement. Un accompagnement qui n’est plus incitation, encore moins injonction, à la collaboration mais bien au contraire subtile invitation à l’individuation et à l’élaboration de l’engagement.

Mais c’est aussi, j’ose imaginer, parce qu’elle peut enfin se questionner sur ses propres choix de « résistante » ou « collabo ».

« Moi dans le groupe » est l’intitulé de la première séquence, celle relative à l’inclusion spontanée, loin de celle provoquée par les techniques de « team building » et de « ice breaking » devenues des pratiques courantes, attendues, décalées seulement dans la forme.

Une seule question pour nous et libérer la parole profonde :

–        Qui suis-je ensemble ?

–        Jamais encore je ne m’étais posée la question de ce que le groupe changerait à mon être singulier. Serions nous tant attendus sur nos apports que nous nous oublierons nous-mêmes au fond ?

–        Nous sommes pourtant issus d’une collaboration originelle… Qui nous poursuit d’autant plus que nous ne pensons plus à elle.

En l’éclairant ainsi, nous, conducteurs de ce groupe en duo, nous pensons au père et la mère. Elle, elle pense à la mère et l’enfant, et même avant, à l’enfant dans la mère. Et de suite, son fil d’associations libres se libère.

–        Me revient cette filiation coupable.

Nous l’écoutons. En groupe analyse le groupe écoute tout, permet tout, en ajoute au fil des tissages de prise de parole libre entre ses participants. Mais d’abord laisser le fil de l’un se dérouler. Le temps n’est pas celui de la séance mais celui du fil de séances. La tapisserie du groupe de pratiques collaboratives se tisse grandeur nature, au fil des allées et venues, jamais dans l’illusion groupale de l’instant en huis clos.

–        Oui. Cette arrière-grand-mère paternelle qui risqua le cachot de ses liaisons tumultueuses, dont le fruit fut le meurtre prétendu du père et la naissance illégitime de l’enfant, et dont mon père serait alors le successeur impuissant. Et moi la femme en suspens ?

Ce n’est qu’en deuxième séance, dans cette même direction de « Moi dans le groupe » – chaque séquence a un après-coup- – que nous tentons le mouvement inverse, celui de la désidentification :

–        Qui suis-je d’autre, de différent, lorsque je suis dans un groupe vivant ? Comment ici je reste étranger(e)  à chacun des autres et aux autres en bloc ?

Personne ne revient en apparence sur le bout de partage mythique qui avait tant marqué la première séance, comme si celle qui est là était tout autre que la meurtrière insoumise. On la dit différente, belle, mère, grande et vive. On dit le présent distinct du passé et de son imaginaire pourtant pérennisé.

–        J’oppose à ce que je vois de toi ma dérive : je me pose des questions quant à mon couple et à mon investissement professionnel. Je me vois séparée, avec mon enfant à charge et bien d’autres possiblement, assistante maternelle de secteur probablement !

Ce faisant, sans le savoir consciemment, cette autre participante s’identifie toujours à l’errance de l’aïeule, à celle profonde, peut-être, de sa co-équipière qui se cherche et qui bute sur une menace jamais accomplie : la peine qui pesait sur l’arrière grand mère jamais accomplie enfermerait-elle de fait la lignée de femmes toute entière ? Où est le père ? Parvient-il à se séparer, à infléchir la transmission maternelle ?

Nous ne pensons plus ici à la névrose de destinée. Ce n’est n’ai une constellation familiale ni un groupe de thérapie. Nous faisons travailler les participantes concernées sur leur propre rapport à leur propre père dans leur rapport à nous animateurs qui venons ici briser le miroir qu’elles se tendent l’une et l’autre sans issue.

« Moi face au groupe » est la direction à prendre à la séquence prochaine. Quel style contributif, quel style d’animation aussi, si c’est ma place par ailleurs, ai-je au naturel ? Pour cela quitter la scène originaire est un préalable heureux.

Réunir un groupe n’est pas tant unir ses membres que, d’entrée, les séparer. Et qu’ils puissent se trouver à maturité et en toute créativité.

Nous avions aussi appelé ce deuxième module celui des « corps d’élite » et des « hauts potentiels » que les professionnels de la profession d’accompagner réunissent en entreprise (RH, coaches, tuteurs de la formation au management, sponsors dans la hiérarchie). Pour accompagner des trajectoires exceptionnelles et des collaborations novatrices rien de tel que de comprendre en quoi on se déçoit soi-même pour ne pas « l’avoir compris(e) », la part du père, de l’autre que la mère qui nous est acquise. La part du père est l’impair que nous nous refusons de commettre en situation sociale qui plus est collaborative. Bienvenu soit-il en groupe d’analyse et de pratiques.

Illustration de couverture Kate Parker Photography

L’enseignement universitaire des pratiques collaboratives en groupe analyse

Mes cours à l’université du coaching en partage libre. Un premier billet sur l’espace psychique interne et ses défenses qu’il est possible de tomber et d’ouvrir à l’impossible et l’impensable en groupe-analyse des pratiques collaboratives. Le GAP CO.

En partage libre. Je vous explique en premier.

J’étais ce jeudi à la remise des diplômes de la sixième promotion du DU Executive Coaching de l’Université de Cergy Pontoise, où j’interviens en formation socle, avec les fondements psychanalytiques de l’accompagnement en entreprise, et aussi en pré-formation pour ceux qui le souhaitent au coaching clinique psychanalytique, individuel, et au groupe-analyse, collectif et collaboratif.

Cette pratique collaborative fait partie de ma dernière journée d’intervention, en solo, là où pour les fondements théoriques et la pratique individuelle nous sommes en duo, je suis avec Roland Brunner.

J’ai eu grand plaisir à échanger avec quelques anciens élèves à propos de cette ouverture récente sur le groupe qui analyse et collabore de plus belle, que le DU a intégré en amorce avec la promotion dernière. Cette première intervention d’à peine 2h m’avait donné l’occasion, dont je ne remercierai jamais assez Florence Daumarie et Olivier Piaza, d’un focus sur les mécanismes individuels de défense face au monde multiple, à la fois agissant sur soi et séparé de soi qui avait été fortement apprécié.

Je développe cette année l’ensemble de la proposition d’intégrer les processus inconscients à la pratique de groupe sans en faire tout un plat. C’est autre chose que mon livre de « La psychologie du collaboratif » paru cette année chez L’Harmattan. C’est un vécu en groupe et pour le groupe. Et surtout pour faire grandir le « moi ». Il permet la pratique professionnelle de la conduite de groupes.

Afin de rapprocher des promotions précédentes à l’actuelle, qui bénéficiera de ce travail in vivo, l’opportunité de ce travail, et pour ceux, nombreux, issus d’autres formations et d’autres pratiques qui m’ont fait part de leur intérêt pour ma recherche et ses prolongements, j’ouvre une série de billets qui reprennent le fil conducteur de mes échanges avec la promotion actuelle en ces mois de mai et de juin.

Voici le premier d’entre eux. Heureuse de vos commentaires, de vos apports et de vos réactions au fil de mes partages dans le temps. Collaborer c’est travailler ensemble.

**

Il apparaît pour Freud, lors de son étude de la maladie physique et nerveuse, médecin et neurologue d’une société viennoise conservatrice et prospère, l’existence d’un appareil psychique où l’inconscient occupe une place prépondérante. La vie du sujet est gouvernée par un noyau pulsionnel, originel, puis partiellement élaboré au contact d’autres appareils tout aussi inconscients et plus ou moins cultivés. En cela, pour Freud, l’homme se dote lors de son développement d’une structure psychique mais aussi d’un espace psychique interne, d’une économie psychique apte à le protéger et à lui permettre de s’épanouir aussi, de dépasser ses peurs légitimes et, en somme, d’une dynamique de pensée et de relation aux autres toute singulière, celle de sa névrose salutaire.

Nous avons abordé le détail des structures psychiques et de leurs pathologies en conversation magistrale avec Roland Brunner, psychanalyste et théoricien de valeur. Nous devons à Lacan toutes ces précisions au sujet de la structure psychique, des fondements de la personnalité, névrotique ou psychotique, que Roland a développées et ravivées avec génie. Je vous propose de venir aux aspects de l’économie psychique du sujet et de la psychodynamique qui s’exprime dans les groupes humains.

Et c’est la notion intermédiaire d’espace psychique qui peut nous aider à faire le lien, entre ces fondements, la structure, de nous, narcissique, hystérique ou obsessionnelle, et son insertion dans l’espace social, partagé.

Chacun de nous dispose d’un espace psychique interne, d’une collection d’objets, de traces mnésiques, si vous préférez, collectées au contact d’une réalité interne et d’une réalité externe : des motions propres et des besoins, des sollicitations extérieures et des réponses à ces motions et à ces besoins. Il est plus aisé de se représenter ces objets partiels en lien, comme étant un groupe interne : le couple parental, la fratrie, la famille, le voisinage, la scolarité.

Nous sommes faits d’identifications de nous, enfant, avec les inconscients, c’est important, les inconscients davantage que le discours et les comportements, qui nous ont entourés. Ces identifications ne sont plus accessibles par la pensée rationnelle car des processus défensifs inconscients les ont filtrées, puis en ont gardé le « code source » au sein de leurs formes cryptées.

Deux processus de défense bien distincts, entre la prime enfance où domine la dépendance des soins externes et l’enfance, où l’enfant se détache de l’objet qui venait le satisfaire pour mieux le rechercher et y renoncer :

  • le clivage, dans un premier temps, celui de la construction du narcissisme, secondaire, celui qui intègre l’existence d’autre que soi, séparé, et qui résout cette angoisse au plus maîtrisé ;
  • le refoulement, lors du temps oedipien qui intègre l’existence d’un autre pour l’autre qui, externe à soi, en effet, on convoite. L’angoisse va devoir se résoudre en lien avec la réalité imparfaite, dans l’œuvre et dans l’affect.

C’est le tiers qui est la menace et qui libère à la fois. En renonçant à l’objet du désir le plus direct, la mère en clair, le désir se porte ailleurs.

Reprenons aujourd’hui ces phénomènes psychiques naturels à la base du lien social.

1 ) Le clivage

Le clivage permet de cloisonner et de faire alors cohabiter en soi les premières identifications passionnés : l’amour et la haine, la jouissance et la peur, la détresse et l’élan destructeur. Le nourrisson tête le sein, accède au plaisir mais aussi à l’envie de dévorer la chair, de détruire la mamelle qui lui permet d’accéder au liquide vital pour son intégrité autant physique que mentale. Le très jeune enfant à partir de quatre mois manque du sein, acquiert la conscience de son absence, et par là, de la séparation entre la mère et lui-même. Il l’hallucine alors, il croit le boire et le réduire en lambeaux, et il se rendort apaisé, il aura eu « la peau du lait ». Il l’a à nouveau dans la peau même si ce n’est que dans on imaginaire là où le réel lui oppose le premier trou de son existence désormais autant vouée au principe de plaisir que de réalité. Il intègre, ce faisant, le bon et le mauvais objet. Il peut à la fois aimer sa mère et la détester, lui inventer des substituts. Il pourra ensuite développer d’autres « relations d’objet », tout autant insatisfaisants, ambivalents, à la fois bons et mauvais.

Faisons alors le point sur l’espace interne qui se créé au contact de ce premier espace social.

Le clivage peut être représenté dans l’espace psychique interne sous la forme de traits verticaux qui font cohabiter différentes facettes de soi. Les bons objets internalisés et les mauvais objets. A ce stade, papa n’est pas encore identifié comme étant la menace, le mauvais objet. L’enfant entretient des rêves de satisfaction libidinale et morbide : mordre et détruire, mordre et rassasier son envie.

L’enfant va évoluer de l’identification primaire, directe, à la mère, à un seul et même modèle, ambivalent, à une identification au désir du père pour elle qui élabore son désir à lui sans autant de détachement de la réalité. Le clivage mène au déni en grandissant. A la psychose en lieu et place de la névrose des relations.

Dans l’exemple cité la mère aime l’enfant mais seulement « suffisamment », pas de façon absolue. Elle aime surtout le père de l’enfant, sa vie est celle avec le père de l’enfant. La mère présente le père à l’enfant et ce faisant l’enfant fait place à autre que la mère, à autre que lui même et son hallucination.

L’identification au père représente l’effort de l’individuation : le père sépare de la mère, l’enfant se départit de son hallucination. Lorsque la mère est absente, c’est le père qui devient obsédant et la motion est violente et sexuelle tout autant : le posséder, lui prendre sa puissance sexuelle, le détruire, faire disparaître cette puissance. En grandissant, en interagissant successivement avec le père, la mère et le couple parental, l’enfant se résout à acquérir sa propre puissance : il s’investit dans les études, dans le sport, dans sa prestance, dans sa contribution, musicale, cuisinière, jardinière, ménagère etc. Il imite puis il réalise à sa façon les désirs inconscients qui lui sont projetés et qui rejoignent ses propres motions.

2) Le refoulement

Le refoulement permet d’oublier la période intense et secrète où seul le cannibalisme, l’inceste et le meurtre (les trois interdits sociaux) auraient pu calmer l’enfant. Où le triangle œdipien ne permet plus la hallucination d’un objet entièrement à sa disposition.

Le refoulement peut être représenté dans l’espace psychique interne comme étant la ligne de floraison, horizontale, entre ce qui est pensable et faisable et ce qui ne l’est pas et qui pourtant, par moments émerge tout autant : des passages à l’acte et des parole-acte qui tentent de s’annuler socialement d’un « je n’ai pas fait express », d’un « je ne le pensais pas vraiment ». Ce sont des retours du refoulé. La levée du refoulé est nécessaire dans tout processus d’accompagnement. Pour réduire la charge de l’interdit d’antan. Il est aujourd’hui possible de prendre le poste de son supérieur hiérarchique sans que cela ne soit assimilé à tuer le père ; de répondre et faire partie d’une équipe projet transverse et contribuer ainsi à satisfaire aux demandes d’une Direction Generale, supérieure à sa hiérarchie régulière, sans souffrir d’une position vécue comme incestuelle. Les deux exemples cités sont issus de ma pratique.

J’ai développé ces deux mécanismes de protection et je les ai situés dans l’espace psychique pour donner à voir comment ils ordonnancent nos relations et nos vécus. Ils reçoivent d’autres appellations dans la pratique psychologique courante : la projection est l’expression des parties clivées de soi, reconnues chez « l’autre », avec le déni en arrière plan. L’inhibition est le pendant pétrifié du processus de sublimation qui sert de soupape continue au refoulement.

Il est aisé de comprendre que les pratiques collaboratives demandent de dépasser tout autant ces deux geôliers de l’espace psychique individuel. L’avantage par rapport au conflit inconscient réactualisé dans la relation à un seul (le supérieur, la Directrice des ressources humaines membre du Codir cités dans les exemples qui précèdent) est que le groupe est un espace psychique collectif. Et en cela, un milieu de choix pour expérimenter et réorganiser son propre espace dans toute sa complexité. Dépasser les blocages et accéder à la créativité sans discontinuer. S’y ajoutent les blocages que génère le collectif, résumés dans la homéostasie mais passionnants de découvrir dans le vécu trans-psychique précis ! Ceci et cela fera l’objet de billets dédiés.

À suivre si vous aimez.