L’analyse institutionnelle et en équipe intervenante telle qu’elle a été démontrée pour et par HEC coaching d’organisation

Un atelier d’application à l’institution HEC, à l’équipe intervenante de l’enseignement en coaching d’organisation, à l’apprentissage expérientiel de la promotion 2018. Merci à eux tous et à bientôt.

C’est alors pour traiter la folie de la guerre des civilisations qui se perpétue aujourd’hui sur les terrains économique, écologique et social que l’analyse a été introduite dans les institutions, les assylum d’abord, les asiles de développement et de protection, puis les administrations et quelques entreprises ont vite saisi les équipes Cegos et ARIP d’intervention. Très vite vite aussi le constat est venu d’une guerre civile au sein même des institutions.

Si le personnel d’encadrement ne se soumet pas à un questionnement de ses pratiques et de son vécu, ce sont les patients, les employés, les clients qui s’épuisent contre la violence institutionnelle davantage qu’ils ne vivent la transformation qu’ils portent en eux.

Photo de couverture Paul Eluard à Saint Alban du temps de Francesc Tosquells

Ainsi, lors de mon intervention au près des apprenants de HEC j’ai posé deux questions simples : quel était votre fantasme en rejoignant cet établissement d’élite et pour le plus ambitieux des coachings, celui de l’organisation ?

Les réponses n’ont pas été très surprenantes. Chacun a pu évoquer son inconscience et la difficulté du parcours académique très intense (j’arrive en fin de parcours avec cette question des processus inconscients).

Comme dans bien d’autres formations de coaching certains réalisent leur propre détresse qui les pousse à s’armer de galons et de connaissances pour agir sur le terrain de l’entreprise au lieu de sur le terrain intime. Ou plutôt, dans une inversion de priorités puisque le terrain intime est labouré dans l’obligation professionnelle qui les tient.

Et ma deuxième question une fois que chacun se dépouille de manières et contre-façons : à votre avis, de ce que chacun de vous vient d’entendre ou n’a pas voulu entendre des autres participants, quel serait l’idéal du groupe que vous formez ?

Du fantasme à l’idéal, c’est le travail que je préfère, surtout à ce moment même où le groupe semble disloqué, chacun penché sur sa blessure ou dressé sur sa résistance.

L’une mentionne le rire – c’est la première construction idéale de l’enfant, elle ne le sait pas mais elle touche juste dans l’apprentissage que je leur suggère, j’aime bien rire moi-même -, l’autre mentionne le lien et les autres rêvent de passer à travers les cadres, l’un dit même qu’une fenêtre s’est ouverte. En ce soir pluvieux de mars, des rayons de soleil et de bises d’air encore frais alternent dans l’assemblée.

Ils se mettent à tisser ensemble déjà ce qu’ils pourraient être ensemble mais le temps imparti nous retient de développer comme je l’avais annoncé. « Vous aurez tout le temps de vous-mêmes, sans témoins institutionnels directs ». Ils vont initier en effet leur intervention grandeur réelle dans des institutions qui les accueillent en tant qu’équipes intervenantes. Il s’agit du stage requis pour obtenir le précieux label HEC Executive Coaching. Ils font institution désormais, équipe intervenante après avoir été équipe apprenante face aux intervenants variés dont je suis la plus externe.

Et je me tourne vers leur responsable pédagogique qui a assisté à la conférence et qui a ponctué avec soin jusqu’ici mes apports. Je lui avais demandé de rester comme moi à l’écoute de cette séquence d’analyse individuelle en groupe. Pour compléter l’analyse, nos interprétations d’équipe institutionnelle et intervenante sont précieuses. Il est nécessaire que quelque chose bouge en nous, en lui en moi dans nos liens, pour que quelque chose bouge dans le collectif adressé.

Avec Patrick, nous nous connaissons à peine. Je lui précisé de bien s’adresser à moi, c’est du relatif à moi qu’il s’agit. Qu’est-ce qu’il aurait vécu par rapport à moi pendant que les participants tissaient leur réseau associatif en toute liberté ?

Il me fait part de son trouble. De la surprise, le choc même qu’il a ressenti dans le ventre, de me voir recueillir des sentiments si profonds. « Je ne pensais pas ignorer à un tel point leurs attentes et leurs sentiments en étant exigeant puisque c’est à l’exigence rêvée HEC que je répondais et que je tente d’y répondre depuis déjà huit promotions !  »

Je lui fait part de ma gêne en ce même sens. Je suis souriante avec lui et me découvre conciliante. Je précise que dans d’autres conditions d’intervention où je suis davantage en confiance avec mon ou mes co-animateurs mon ressenti aurait été moins compréhensif, moins dans l’acceptation d’une telle divergence de sensibilité face à un groupe dont je suis venue chercher les sentiments derrière l’hostilité ou la lassitude que je percevais tout aussi bien.

Je me tourne vers « nos clients » et je ne leur demande pas de s’exprimer au sujet des faits intimes, par opposition aux faits externes traitées en Systémie et en TCC, échangés et qui auraient pu, qui auraient dû l’être hors scène de travail collectif.

C’est dans un souci de démonstration de ce qui peut être leur travail en équipe intervenante que j’ai fait ce choix de « quatrième mur » comme l’appelait Montaigne : laisser le public assister à la représentation qui le représente, prendre sa part sans rire, pleurer et s’en rager en se croyant indemne aussi bien de la société que de ses marginaux.

Mais c’est sur nous qu’ils vont faire les liens qui libèrent et dans un miroir de sorcière, rétréci et grandissant.

Dans un mouvement d’extrême lucidité chacun exprime sa gêne : c’est très apprenant mais j’avais l’impression d’assister à un échange intime en effet ; je me suis cru dans la chambre des parents ; moi dans celle de mes ados ! Je n’avais qu’une envie, c’était de passer de l’autre côté de la porte de cette salle et ne plus vous entendre.

Ils poursuivent encore cet échange « horrifié », habité tout simplement de « l’inquiétante étrangeté » que nous nous reconnaissons difficilement les uns les autres tellement nous magnifions ce qui nous ressemble et rassemble, alors que nos parents et nos enfants sont eux aussi faits de tout autre.

Patrick demande un dernier mot de feed back cette fois ci sur mes apports et sur le travail accompli. Il y a du soulagement bienvenu, de la reconnaissance pour la transmission puissante une fois la gêne partie et aussi de la perplexité chez certains que l’échange final n’a pas pu dissiper. Et ils le regrettent ou pas encore.

– C’est une question de temps et des fois c’est une question tout court. Merci. Je suis heureuse du travail accompli. – Je leur dis.

Patrick s’inquiète encore un instant, en me raccompagnant, de la compréhension et de l’acceptation de cet apport inédit à la formation très construite du coaching d’organisation, de l’analyse institutionnelle que je porte à l’entreprise comme cela est peu exposé et c’est dommage et il en a le goût aussi. L’inquiétude suscitée sur la formation impartie jusqu’ici vient de se déplacer vers une inquiétude sur moi et sur mon apport. Les intervenants Cegos et ARIP de jadis, qui ont cessé leurs interventions mal comprises pour faire le jeu de la continuité de l’entreprise, connaissent bien ce bannissement.

L’analyse institutionnelle c’est toutefois à pied d’œuvre comme nous venons de le faire que cela peut s’ancrer dans le terreau des accompagnements. Laissons faire le temps et laissons en suspens la question. Je viendrai ne pas y répondre régulièrement. C’est le processus qui compte et celui-ci est inconscient.

Conference HEC Coaching d’organisation pour une transformation permanente

Comment accéder à la part de transformation permanente, préconsciente, émergente des organisateurs inconscients ? Les apports du groupe-analyse et de l’analyse institutionnelle par Eva Matesanz

Comment accéder à la part de transformation naturelle, permanente, préconsciente, émergente des organisateurs inconscients ?

Les apports du groupe-analyse et de l’analyse institutionnelle par Eva Matesanz

Introduction

La condition que je pose avant de rejoindre une équipe de coaching d’organisation dans une de ses missions est celle d’introduire le chaos, pas tant dans l’institution déjà plus ou moins en crise, mais au sein même de l’équipe. C’est le préalable absolu pour pouvoir creuser profondément et durablement la terre qui nous accueille, le sol organique et minéral qui se soulève de lui-même ce « corps étranger » que peut être, que doit être, qu’aime être si elle est vivante l’équipe intervenante.

L’équipe intervenante est l’unité de base de la transformation à laquelle il est possible de prétendre. L’équipe intervenante est à la fois « clinicienne » – ce sont la psychanalyse, la psychologie clinique et la psychosociologie ou sociologie clinique, les seules pratiques qui puissent s’apparenter au coaching des entreprises – et elle est prise dans sa folie de tribu sorcière. Ceci n’est pas antinomique, le clinicien étant celui qui consulte au pied du lit, et ici, ce sera le lit où les hommes et les femmes s’échouent, et nous savons tous que s’échouer ensemble dans un creux correspond aussi bien à la guerre qu’à l’amour.

L’analyse institutionnelle nous éclaire.

Il existe dans toute institution, des pouvoirs institués et institutionnels, les institués eux-mêmes – ceux qui appliquent l’ordre établi -, et l’instituant. Comme il existe en psychanalyse qui dévoile le désir inconscient, la place de psychanalysant. Dévolue au consultant.

Le rôle de l’équipe intervenante est de rentrer dans l’expérience, « dans les doigts et dans la tête » de l’instituant. L’instituant ce sont les forces vives, « soumises » aux institués mais à la fois dérangeantes de l’expérience officielle du vivre et faire ensemble dans chaque « boutique » ou dans l’agence étatique, ou encore, en écosystème de start up marche ou crève, et revend.

« L’expérience est dans les doigts et dans la tête » tout simplement, comme le clame le naturaliste Henry David Thoreau, l’auteur de la désobéissance civile bien comprise.

L’instituant est le vivace, le sauvage du vivant qui relie les hommes et les femmes de l’institution-organisation bien plus profondément et durablement que les institués ne les tiennent en ordre de marche un instant. C’est la part de « contestation ».

Le processus de transformation est alors, tout simplement, celui de l’institutionnalisation qui consiste en l’intégration, la compréhension partielle et surtout l’adhésion naturelle à ce qui est en devenir sur la poussée des subjectivités et qui n’est qu’en apparence contraire à la vie économique et sociale.

C’est cela la chance de survie et de développement de l’organisme vivant qu’est l’organisation. Ce n’est plus un système, une mécanique hiérarchisée ou même processuelle.

L’institution est un symbole, celui de la part de social en nous, de l’universel, de l’hétérogène et transcendent de nos existences individuelles et en même temps, la promesse vivante de la part de singulier, différent et immanent à laquelle elle sait faire place si nous nous montrons présents.

La condition complémentaire de cet exercice « impossible » d’un accompagnement, une fois que nous avons accepté de prendre part à la mission – impossible en référence au bon mot de Freud sur les métiers impossibles de gouverner, enseigner et soigner, qui s’exercent au mieux sans aucune garantie de succès – la condition de l’accompagnement vivant est donc de ne pas nous laisser prendre aux séductions faciles de la rationalisation, l’optimisation, la restructuration opérationnelle ni même des conversions massives, purement affectives, des attitudes et des comportements manifestes des personnels concernés. Ne cédons même pas à l’intelligence collective, émotionnelle, qui passera. « Ne jamais céder sur son désir », voilà le seul levier vivant.

Afin de mieux comprendre, l’articulation à laquelle je vous invite, issue de ma pratique étayée d’expériences et de réflexions croisées, je vous invite à aller voir au préalable du côté de l’organisme vivant auquel je prends part, et vous pourrez vous reconnaître aussi, du moins en partie, ce qui est la façon naturelle de prendre part.

A suivre sur ce blog et dans le détail dans une prochaine édition suite de l’ouvrage Erotiser l’entreprise chez L’Harmattan.

Vous pouvez vous procurer dès à présent l’édition d’initiation pour des rapports professionnels sans complexes !