Homme et femme à jamais

Lorsque ces deux là se rencontrent, homme et femme, ils ont une chance de vivre, chacun et ensemble, et à jamais.

– C’est envisageable sans difficulté.

Je le dis ainsi, année après année, à mes étudiants de l’Université de l’âme et du lien humain, du coaching clinique, sans ficelles méthodologiques, corps à corps et inconscients en désaccord, de soubassement psychanalytique.

– Nous naissons dans la psychose. Notre psychisme est troublé. C’est au contact de la mère, une fois séparés d’elle, qu’apparaît un embryon de pensée. Celle de la perversion polymorphe : à la recherche de la jouissance par tous les moyens. Et se nourrir, se délester, s’exciter et se rassurer, auprès d’un objet devenu extérieur, la mère – sein, bras et creux du vagin.

Mais puisque l’homme ambitionne autre chose que le végétal, ancré à la terre, les bras en l’air, il s’agit – à l’étape de développement ultime, celle de l’équilibre psychique trouvé en soi -, d’être sujet parmi d’autres sujets, de reconnaître et d’accepter les subjectivités.

C’est cela le névrosé : celui qui souffre l’autre, différent, sujets eux deux, après avoir joui de l’autre assimilé à soi-même, objets. C’est une structure psychique instable, en conflit intérieur. C’est une structure psychique en vie.

Les névroses, leurs symptômes, sont de deux ordres : obsessionnelle, lorsque c’est par la pensée que cette souffrance de l’autre est tenue à distance, et entretenue de fait ; hystérique, lorsque c’est par le corps que la souffrance de l’autre est accueillie.

Souffrir l’autre, et bien le vivre, c’est grandir de corps et d’esprit. Souffrir le père, après la mère. Jouir au final de l’un et de l’autre. Sereinement. Infatigablement aussi.

À priori, comme leur étymologie l’indique, l’hystérie est une symptomatologie féminine, et l’obsession, masculine. Souvent, aujourd’hui, autrefois, cela se combine. Et cela donne à voir dans les couples, l’odyssée des origines, leurs histoires, leurs lignées, mixant à l’infini les code source du masculin et du féminin. Les identifications sont si facilement croisées !

De plus, l’homme dans la société libérale, l’occidentale, n’est plus le pilier sans qui tout vacille. Le « laisser faire laisser passer », familial et économique, fait de lui une amphore en terre cuite, qui résonne dans la cité et dans l’intime. Faute de devenir hystérique, l’utérus manquant à sa physionomie, il devient maniaque, hyperactif, excessif, sans nuance, psychotique, ou plutôt état limite. Au bord de son infantile, il s’abreuve, et il s’empoisonne la vie.

Au mieux : il crée des œuvres dans le vent, des films, des photos, des romans, qui passeront ; au plus banal, des stars up, un magazine provoc ou un reality show. Promis les uns et les autres à la même dislocation : séquences cultes, répliques à succès. Puis, l’évaporation.

La femme, qui loge à la fois les espoirs professionnels et toutes les réjouissances de la liberté de mœurs, doit se protéger d’elle même, là où le rempart était externe : sa famille d’origine, son homme, son élu. Elle devient obsessionnelle de tout et de tous. Elle investit l’inspection générale d’une grande banque, la famille, le milieu parisien et la mélancolie.

La mélancolie est la perte de l’objet sans que le sujet parvienne à réinvestir ses affects. La mélancolie est le cancer silencieux de l’âme sans les ami(e)s.

Lorsque ces deux là se rencontrent, homme et femme, plus ou moins névrosés, ils ont une chance de vivre, chacun et ensemble, et à jamais.

imageÀ jamais.

C’est le titre de l’adaptation cinématographique du roman « The body artist » de Don Lelillo. The body artist évoque le corps et la création, ou plus précisément la récréation par le corps, la pensée faite chair alors.

En regardant cet opus dont le dérangement des personnages si seuls en huis clos dérange – trois personnes ont quitté la salle déjà peu fréquentée, bien avant que l’histoire ne se soit tramée -, j’ai vite repéré l’homme resté nourrisson, psychotique, sans développement psychique, tout sons et tout sensations. Et la femme pleine, hystérique qui tombe en hainamouration, d’en lui, sa maman, elle, enfant.

Je googlelise l’œuvre originelle, le roman, et je tombe sur l’étude clinique* de ce « pas de deux entre l’autiste et l’artiste », un classique.

Dans le film, comme dans le livre, la femme qui est body artist va faire tenir debout le monde foisonnant mais chaotique, insensé, évanescent, de l’homme qui est né mort et qui s’abîme sous ses yeux vivants. Au prix d’un deuil pour elle de l’objet qu’il représente dans sa vue et dans sa vie.

Au départ, elle fait revenir l’objet au gré de ses fantaisies. Lorsque l’homme objet mort né meurt bel et bien. Cela change tout au pas de deux qui devient un pas de trois : la mort, l’amour et moi. Le classique devient du jamais vu. Et c’est tout l’objet de l’étude clinique de l’opus.

À la fin, la femme joue le sujet que l’homme devient si elle le quitte, dans une performance de retour d’elle même sur la scène du body artist, qui la fait par la même occasion revenir à la vie.

La femme moderne sort de sa mélancolie. L’homme plus-que-maniaque, presque-psychotique et stérile, meurt enfin, et il crée à travers la femme vivante, comme à l’ordinaire. Comme s’il avait existé. L’homme et la femme marient leurs âmes. L’âme de l’homme repose à terre, et l’âme de elle jaillit dans et de la peur, du père, puisque c’est la mère qu’elle quitte.

La femme, ici, se laisse être traversée initiatique, devient le devenir de l’homme, de la femme, et leurs existences unies, sans pour autant qu’ils se renient.

Dédicace :

À Stéphanie

 

 

*Source Cairn

Au cœur d’être un homme, comment l’accompagner en profondeur ?

 » Ils échangent entre hommes en supervision, de leurs rêves les plus récents. L’un sur une planche de surf, l’autre en voiture amphibie qui perce l’eau comme un jet et l’autre sur le toit d’un train qui se trouve rouler sur une plaine inondée. Sur une ligne de partage des eaux je me les figure alors chacun d’eux. Et comme ils ne peuvent pas ignorer ma présence et leur transfert – le rêve n’est pas le même selon avec qui il est révélé – et comme ils semblent partager la figure d’un rêve masculin face à la femme regardée, je me dis que c’est leur peur du continent noir, de l’océan qu’est la mère qu’ils vivent un instant, qui émerge du refoulé.

Le plus hardi des trois serait peut être celui qui dit abandonner sa voiture pour ensuite nager dans l’élément redouté. Puis sans transition il se découvre dans la maison de l’enfance, en cuisine et percé du regard d’un drone, imaginaire de l’autre côté de la verrière qui surplomberait en hauteur.
Le saut de l’ange semble se confirmer. Et ce n’est pas tout. Il est lancé. Il poursuit d’un autre rêve survenu quelques jours plus tard, l’avant-veille même de cette réunion de supervision pour mieux se voir.

Dans son rêve il est seul cette fois, il est nu, et il creuse dans sa cuisse comme l’aurait fait Jupiter, jusqu’à découvrir ce qu’il pense être un « escarre », pris de son ancien métier. Ce qui me semble être, moi, un vagin. Dans mon interprétation irrépressible mais gardée.

C’est l’angoisse et il se réveille. C’est ce qu’il dit et que je reprends aussitôt, sans expliciter alors ma vision, juste pour le garder sur elle porté, et voir plus loin. Peu importe de quel mot il découvre et il recouvre en même temps ce qu’il découvre comme nous :

– C’est la vision de l’entaille qui t’aurait réveillé ? Le rêve est ce qui nous empêche la vie de jour la nuit pour mieux nous vivre tels que nous sommes au fond, sans refouler.
Il semble se raviser.

– Euh, non, je ne me suis pas réveillé vraiment à se moment là. Mais plus tard. Mais il est vrai que je me suis réveillé avec ça…

Cette confusion qui plane est celle qui dénie et qui délie à la fois le mystère qu’est chaque homme, né de la hardiesse d’un autre, effrayé en même temps.

Christian entame en ce moment même un virage important. Jusqu’alors associé à des femmes, continent noir mais dehors, il s’associe à des hommes et à la conquête du coaching d’organisation.

Ne pas faire de leurs génitalite une arme entre eux devient pressant. Jouer comme des enfants. Il évoque de lui même aisément un peu plus tard son attrait du jeu. Cela doit aussi le travailler et il a commencé à élaborer des figures libres et imposées.
Car il est autrement délicat pour des hommes d’accepter en eunuques collaborer. Et c’est encore plus difficile d’en séance et en tant qu’accompagnateur le leur faire accoucher. Tout ceci n’est qu’évoqué, mais évocations libres libèrent de fait.
Le coaching est de plus apparenté à une prise de puissance, le dit coaching de performance ; ce qu’un homme a bien au contraire à gagner, dans sa vie professionnelle et par delà, c’est d’apprendre à agir « en creux ». C’est un mot que Christian lui même pose, à la suite de celui du « jeu » dans le fil de ses associations parlées.
Si Christian part de cette séance plein de creux, de jeux, lâché, il y en aura au moins un des trois qui ouvrira la voie au féminin masculin.

Mais Louis contacterait déjà dans ses échanges très dirigées d’evaluateur des compétences la vertu de la « quiet influence ».

Et dans le cœur des hommes, il n’y a jamais deux sans trois.  »

*

Le passage de référence du côté de chez Freud se trouve dans Analyse finie et infinie. P. 267. Résultats, Idées, problèmes, volume II.

« A aucun moment du travail analytique on ne souffre davantage de sentir de manière oppressante la vanité d’efforts répétés […] que lorsqu’on veut inciter les femmes à abandonner leur envie de pénis comme irréalisable, et lorsqu’on voudrait convaincre les hommes qu’une position féminine passive envers l’homme n’a pas toujours la signification d’une castration et qu’elle est indispensable dans de nombreuses relations de l’existence. De la surcompensation arrogante de l’homme découle l’une des plus fortes résistances de transfert. L’homme ne veut pas se soumettre à un substitut paternel, ne vaut pas être son obligé, ne veut donc pas davantage accepter du médecin la guérison. »
.

Freud reprend ce thème dans un autre article, celui qui se trouve dans l’Abrégé de psychanalyse et qui a pour titre « Un exemple de travail psychanalytique » p. 67.

« Quand nous demandons à n’importe quel analyste de nous dire quelle structure psychique se montre chez ses patients le plus rebelle à son influence, il ne manque pas de répondre que c’est chez la femme le désir du pénis, et, chez l’homme une attitude féminine à l’égard de son propre sexe, attitude dont la condition nécessaire serait la perte du pénis ».

Si Freud parle du roc de la castration comme d’un fait biologique, ce roc est pour les hommes comme pour les femmes, dans les deux cas le même ! Un refus de la féminité. À ne plus oublier lorsque vous accompagnez.

C’est pourquoi, accompagnateur, il est important pour vous d’accompagner bien en creux, au féminin, à votre tour, et/ou d’opposer votre masculin à bon escient pour que le féminin de l’autre y trouve son goût. Le doux. Le creux. Le siège de la vie d’autrui.

Accompagner au naturel. Oui.

*

Les références de Freud auxquelles j’ai toujours grand bonheur de recourir comme une source de ce que je vis, psychanalysante d’un côté et psychanalyste en coaching, je les dois avec reconnaissance aux partages de Liliane Fainsilber dans ses cahiers bleus.

Un ange passe

On va prendre la peugeot, là, bientôt. Le père doit passer l’aspirateur dedans tous les deux jours, à peine si j’ose y poser une fesse. La petite nuit tombe sur la maison. Le ballet des volets à fermer et le feu qui flambe y’en a des stères à brûler, ils ont du débiter la forêt jusqu’à Draguignan. On sait jamais si les russes attaquent l’Ukraine. On a fait hosto, le traitement. Ma vieille s’était fait une beauté pour le jeune médecin, une pointure, qui fait son galant. Elle m’a fait l’article du lieu, flambant neuf, la visite, comme un agent immobilier. Mais elle avait les mains qui tremblent. Deux heures avant de prendre la peugeot pour m’amener là-bas, au bateau, reviens vite denis, oui je suis nomade, le type essoufflé. Avant on était plutôt citron dans la famille, les bagnoles du général, quelque chose le général, le grand Charles on disait, mais on a jamais pu se payer la ds. Toute façon la DS c’était pour les hommes, les femmes et les enfants avaient envie de gerber. Mon vieux est là, à un mètre sur son PC, j’ai un peu la honte d’écrire comme ça sur eux, en loucedé, mais je suis écrivain, c’est mon métier la chronique de nos manies humaines. Maman fait dans le sudoku, pour moi du chinois… « quatre gousses d’ail et curcuma » qu’il dit le paternel, il bosse son poulet curry, coco, le retour. Tu lui parles pyramides de Chéops, il saute sur son ordi. Un surfeur. Mon père le surfeur d’argent. La peugeot patiente dans le jardin, bientôt le bateau, je vais m’y saouler dès le quai, le martini est à 4,80 euro, mettez m’en un autre. Et puis après un petit vin de Sartène, en mangeant. Il est déjà 7 heures, elle dit la mère, oui déjà. C’est toujours déjà, nos vies, tu sais. Demain matin je descendrai du bateau jaune comme une guèpe, je rejoindrai, Ajaccio ville impériale, et mon petit bonhomme, la génération descendante. J’aurais la gueule de bois. Je verrai passer mon ange dans le ciel.