Mettez au moins un(e) vrai(e) paresseu(se) émotionnel(le) dans vos groupes d’intelligence collective

Comment participer à l’intelligence collective lorsque règne la paresse émotionnelle dans nos environnements post-modernes, business et réseaux ?

Nous l’avons tous vécu. Cette situation. Ce chef qui vous demande vos idées et qui ne se laisse pas toucher par elles. Ce consultant qui vient recueillir vos réactions spontanées sur un questionnaire tout prêt, qui bien sûr ne recueille en rien la tessiture de votre voix, ni vos hésitations ni vos convictions tout aussi fortes. Cet animateur de groupe, thérapeutique ou créatif peu importe – se réunir est d’être un peu moins des êtres de manque et de toute-puissance – qui, de par son protocole bien huilé, « codev » ou tout autre, empêche tout débordement, favorise « l’avancement ». Ou l’idée qu’on avance. Mais est-ce que le sentiment, pour chacune, pour chacun, en est aussi immense ?

Nous avons tous côtoyé aussi, dans le groupe, immergés, le participant qui organise, ordonne, replace, réintègre, reformule, ouvre, limite, consolide, restitue, et s’approprie ainsi tout ce qui aurait pu être un élan, une retenue, une tentative, une confusion, du saugrenu, de l’évidence, une insulte, la séduction, une planque, l’attaque, ou même une souffrance. Nous avons tous vécu aussi auprès de celui qui ne participe pas en apparence. Son silence pourtant en dit long sur ce qui manque au groupe lorsqu’il se complaît à être un groupe plutôt qu’une rencontre. Celui soi disant plein d’idées, qui les balance. Comme des crachats, des flatulences ? Celui qui est d’accord avec tout. Celles ou ceux qui s’entendent si bien qu’ils se prennent le bec comme s’ils étaient tous seuls et que leur création était attendue comme une mise au monde.

Je pourrais continuer. Les paresseux émotionnels sont nombreux lorsqu’on fait appel à leur intelligence ensemble. Et moi qui les regarde et qui les écrit je suis bien paresseuse de ne pas regarder et écrire entre les lignes ce qui dort, l’étincelle qui se noie, dans ces comportements. L’étincelle qui est là. Par moments. Difficile de se dérober à la vie vivante tant qu’on l’est. Vivant.

Elle est venue faire l’expérience d’un groupe d’innovation dans le métier du Conseil sur des bases d’analyse des élans transférentiels qui se manifestent par moments entre les accompagnés. Puisque ce groupe se compose de sujets, il n’est pas groupe d’aliénés au groupe, et qu’il est animé par un duo d’analystes Balint, ou Anzieu et Kaes si nous restons hexagonaux. Les groupes de médecins animés par Michael Balint ont laissé leur nom à la postérité pour marquer tout ce qui se désintéresse des contenus échanges – une erreur de diagnostic, un patient amoureux, ou bien mort, par négligence ou de mort naturelle, ces contenus ont peu d’intelligence à révéler -, pour s’intéresser plutôt aux affects échangés : Qui est ce mort pour le praticien ? De quelle rage ou de quel soulagement veut-il parler ? Quel est l’amant éperdu jadis éconduit qui, en la personne de ce patient, revient ? Quelle est l’épreuve passée et ratée que le serment d’Hippocrate pourrait donner l’illusion de pouvoir combattre à jamais ?

Toutes ces expériences personnelles passées passent aussi dans l’identité professionnelle, passent surtout dans la vocation et dans le métier. Et « reprendre l’ouvrage cent fois s’il le faut » comme le disait Freud.

Et ces consultants face à elle parlent trop de l’attention qu’ils y portent, de la sensibilité qu’ils y mettent, du besoin les uns des autres, des différences entre eux, et aussi de tout ce qu’ils acceptent sans conteste comme étant sans aucun doute partagé mais qu’ils n’arrivent pas encore personnellement à contacter. La confiance dans l’autre, le transfert d’un affect chargé à blanc le temps du retour du refoulé, un temps psychique propre à chacun, leur suffit pour rester en lien. Comme pour vous peut être qui me lisez tout ceci est d’une trop inquiétante étrangeté.

Ce n’est donc pas par paresse émotionnelle que cette jeune femme se retirera du groupe. Elle aurait pu tenter de nous convaincre, nous combattre ou nous amadouer. Se saisir de sa collègue puisqu’elle avait choisi de ne pas venir seule. A deux il y avait de quoi trouver la parade paresseuse qui aurait rendu intelligentes nos productions, partageables, porteuses peut être même dans ce métier qui se cherche.

C’est parce qu’elle est à fleur de peau.

 » Je vous avais dit, bien avant l’événement, que je ne mélangerais pas mes ressentis personnels à des échanges entre pros. Je vous souhaite le meilleur. Belles continuations. »

Tu nous reviendras un jour peut être Manon.

Note clinique : toute défense, haute comme l’Everest, est un désir qui monte, escalade les sommets.

Université d’été du coaching clinique psychanalytique 5/5

Le déroulé conceptuel de présentation du symptôme qui articule la psyché du sujet normalement névrosé, qu’il apparente à son identité, a fait l’objet de cette Université d’été pour un coaching clinique psychanalytique non aveuglé par les objectifs institutionnels, ou conventionnels auxquels chacun peut prétendre et son désir dérober. Il est issu, librement inspiré, du Séminaire Psychanalytique de Paris du 18 juin 2015. Sur mes notes de la conférence de Monsieur Pasani.

Cette dernière partie que j’y adjoins s’efforce d’y apporter le retour expérientiel de ma propre pratique d’instrument psychique « good enough » au service de mes accompagnements individuels ; du tissu contre-transférentiel offert à partir du duo que je forme avec André de Châteauvieux en animation de groupes restreints, d’accompagnateurs, de consultants, de RH et de cadres dirigeants. De tous ceux qui en viennent à y songer : qu’il n’y a pas de prêt-à-penser l’entreprise, aussi libérée qu’on la pense. Que tout se dérobe autour et qu’il ne tient qu’à soi même de reconnaître sa propre expérience psychique, de lien symptomatique au monde.

Dès l’appel téléphonique de prise de rendez-vous, comme un premier cri de nouveau né dit de lui sa vigueur, l’analyste peut entendre le symptôme. Dès le premier mail ou SMS échangé, le coach analyste lit entre les lignes des formules toutes faites d’autres lignes de faille et buissonnières. Celles qui vont le retenir auprès d’un autre, un temps contraint. Autant en faire le matériau vivant de son accompagnement, par delà la « commande » formelle ou même ouverte, trop ouverte.

Le symptôme s’exprime dans la relation à l’autre, dès qu’elle s’ébauche, et surtout à l’état d’ébauche ! Dans le langage courant nous disons de nous fier à la première impression. Elle ne peut porter en elle l’être entier. Mais elle porte bien en elle, dans cette sensation d’irréel qu’est la rencontre, comme un rêve éveillé, la radicalité du symptôme. Sauf que, attention, la première rencontre radicalise l’analyste autant que l’analysant qui y postule. La meilleure attitude à avoir n’est pas un rituel de l’accueil bien maîtrisé, inconditionnel, « neutre et bienveillant ». L’analyste sonnerait faux… Hein André ? Il en est qui nous quittent aussitôt tellement derrière cet écran de mire ils décèlent un « bruit de fond ».

L’accueil au naturel est celui du contre-transfert.

Le contre-transfert de l’accompagnant précède celui de l’accompagné. Celui qui choisit le métier d’accompagner possède, grâce à son propre travail sur lui auprès d’un tiers, une malléabilité psychique accrue, et une confiance dans sa capacité à se rassembler quel que soit le fil d’associations libres qui se présente spontanément dans sa psyché en présence de l’autre. Le « jadis familier », dépassé si sans histoire, refoule si l’impensable s’en ai mêlé, et qu’il se repense par bribes et qu’il s’agit de façon répété, ce familier d’enfance, l’inquiétante étrangeté des êtres chers, les propres pulsions violentes et sexuelles surtout et envers eux, c’est le contre-transfert qui trouve en chaque accompagné un nouveau droit de cité. Un devoir, professionnel.

C’est bien pour cela que la spontanéité de l’analyste combinée à son éthique lui offre une certaine lucidité au moins sur « la place où l’autre le met ». C’est l’ombre qui donne le relief. Une part aveugle doit être supportée.

Seule l’angoisse ressentie procure le ciment qui sature et relie l’espace de la séance. Et ce de séance en séance.

L’analyste, qui ne se protège pas assez de ses propres résistances, aide ainsi tout simplement à faire émerger quelque chose du symptôme de l’analysant pour lui-même. Cette question qu’il pose au monde. L’analyste lui-même questionne, soit dans les moindres détails de ce qui se donnerait à dire et à voir comme un tableau original, soit s’il est plus difficile d’accès en allant sur son versant d’angoisse justement : à quel moment est-ce difficile pour vous ? ou bien, vous semblez surpris du tour que prennent les choses, qu’est ce qui vous étonne ? Et il est d’autant légitime qu’il fait son propre examen de conscience, en recul clinique en séance, en supervision continue en inter-séance.

Rappelez vous toujours de la réclame : le symptome, ça t’étonne ! Qui devient vite : c’est tout moi, ça ! Entre la satisfaction narcissique et la culpabilité œdipienne chacun de nous se débat, ou en joue sa joie. C’est tout le travail d’analyse qui est fluide si entre le symptôme et l’angoisse il est possible de tenir ensemble.

Nous reparlons ici et de symptôme, et de refoule, et de trauma et d’angoisse, comme il fut question dans le chapitre précédent. Il est temps d’introduire la part de l’inhibition. Les plombs qui sautent ce ne sera pas tant un acte commis malgré soi, qu’une sécurité interne mais o combien pour rassurante contraire au risque de vivre et à ses joies

Mais prenons pour commencer le cas béni de ce patient qui, en effet, aime son symptôme. Qui n’a pas mis entre l’angoisse et lui l’inhibition, le renoncement. Le tact, l’élégance, la gouaille, l’humour de l’analyste selon son caractère, et sans jamais se prendre au sérieux, sont les meilleurs alliés. La clinique n’est pas la distance froide du professionnel mais bel et bien son implication affective et responsabilisante.

Ceci est tout simplement possible parce que le symptome n’est toujours qu’un déplacement du trauma, du refoulé, de l’angoisse, sur quelque chose d’acceptable, le compromis trouvé entre soi et soi, et la formation qui en résulte, une condensation de diverses forces en réseau. C’est pourquoi que d’ouvrir les réseaux associatifs par la curiosité, l’étonnement, la précaution, le sourire entendu, voire la franche rigolade partagée, cela libère toute la complexité que le symptôme tenait jusque là en « réduction », mais sans jamais se fermer complètement sur lui même, sans jamais en faire une construction qui se suffirait. La relation à l’autre et l’ouverture à ses apports, attendus dans le transfert, est prépondérante par rapport à la répétition pure et simple, passive, du transfert originel, parental ou de toute autre figure jadis d’autorité.

– Pour le névrosé obsessionnel il s’agirait ainsi de pouvoir revenir à un moment de la pensée à l’affect. Les pensées obsédantes ont pris toute la place, déplacé l’affect d’origine. Il pourrait être recontacte avec à la fois la distance d’aujourd’hui et tout sa force qui peut en toute confiance face à l’accompagnant se déployer.

– Pour l’hystérique c’est la condensation qui domine, et il est nécessaire de déplier toutes les subtilités des idées et des sentiments pris au « piège ».

– Avec le phobique enfin, le névrosé qui a déplacé et concentré son angoisse sur l’existence d’un objet extérieur, ce qui lui permet de vivre assez bien hors de la présence de cet objet, il s’agit de déplier affect par affect. Car un affect cache un autre, ce qui lui permet de délimiter l’espace de ses affects et d’en venir au surgissement de l’angoisse, tempérée par le cadre analytique, par la progression de la cure selon la chaîne associative du patient.

La phobie est une hystérie de l’angoisse selon Freud, comme une alternative à l’hystérie de conversion, de conversion du trouble psychique en trouble physique, de la tête vers le corps.

Et la névrose obsessionnelle, elle, se tapit en gigogne derrière la phobie qui enrobe l’hystérie. Tout ceci n’est qu’une question d’où le symptôme se place : à l’extérieur, dans le corps, dans la tête qui ne peut cesser de penser, à tout sauf à l’impensable encore une fois sexuel.

En tout dernier ressort, et au plus difficile de la cure bien avancée, il s’agirait de toucher le lien entre le symptôme et le fantasme qu’il masque. C’est pourquoi l’approche progressive et raisonnée de la pensée n’est pas adaptée. C’est une approche par l’affect, par la recherche aléatoire, chaotique, et par la surprise.

Et l’inhibition, l’absence de symptôme face à l’angoisse, en constitue l’écueil. Elle est alors renoncement, mécanisme d’évitement (par exemple l’enfant sait lire mais la lecture à voix haute lui est impossible) alors que le symptôme est une formation de compromis qui n’empêche pas la réalisation d’une fonction mais la modifie (l’enfant apprend à lire mais inverse les lettres, les confond, etc.). Dans le cas d’une phobie scolaire, l’inhibition provoque des absences, de corps ou d’esprit, des oublis, des manquements, des étourderies. Rien n’y fait. Rien d’autre que de manquer à l’obligation scolaire sans s’y opposer vraiment.

L’inhibition concerne les potentialités d’action d’un sujet, le symptôme traverse l’acte du sujet qui reste capable d’agir.

L’inhibition est une formation défensive du moi alors que le symptôme est une formation de l’inconscient, une construction d’ordre métaphorique qui s’articule au fantasme et suppose un savoir inconscient, donc déchiffrable. Le symptôme est et a une signification.

En situation d’inhibition, en entreprise souvent de par le cantonnement de l’humain a sa fonction de « ressource », nulle chaîne associative ne se libère, elle se contient bien au contraire. – A quoi pensez vous : à rien. Et ce rien est riche de vie tout en retenue.

Les salariés ont choisi de répéter la vie en famille plutôt qu’en indépendants. De ne pas avoir de désir avec la remise en cause constante que cela signifie. La vie inconsciente n’y a pas de place. Les processus primaires irrationnels et inconscients s’inhibent complètement.

L’inhibition là contient et retient le désir même qu’elle empêche, tendant à annihiler le sujet désirant. Ce qui donne toujours au sujet inhibé une tonalité dépressive. Une activité ne peut avoir lieu, l’inhibition est rétention de l’action car elle introduit « dans une fonction un autre désir que celui que la fonction satisfait habituellement […] il y a occultation du désir derrière l’inhibition.  »

Dans le cas de la phobie scolaire comme du signalement RPS, le seul but est de ne pas agir le désir du sujet bien trop porteur d’altérité !

Comment recréer un va et vient entre les processus psychique primaires et secondaires, inconscients et conscients, irrationnels et sensés ? En groupe secure et dynamique et par la mobilité psychique que procure à nouveau le jeu, un jeu encore plus riche que dans le tête à tête analysant-analyste. Ce sont les processus tertiaires promus par André Green et toute l’école française de la psychanalyse contemporaine (Pontalis, Anzieu, Kaes) jusqu’au cybernétique Serge Tisseron aujourd’hui.

Mais attention, puisque « le nous est une résistance du sujet », puisque le couple, la famille, l’entreprise nuisent à l’être désirant, et tel est le point de départ de cette école avec Jacques Lacan, des conditions doivent être réunies, et c’est le rôle des animateurs en duo de ces groupes dont je suis, avec André de Châteauvieux. Pour que l’inhibition des uns ou la toute-puissance des autres ; les jeux personnels de pouvoir, de séduction, de paralysie du tout, de fuite en avant, de ceux qui s’y retrouvent trop ; les fantasmes de morcellement, d’éclatement, de liquéfaction, d’effondrement de ceux qui ne s’y retrouvent pas, dans le groupe qui les reflétera, ne prennent pas toute la place. Que la place soit aux fondements de tout « ça ». Au questionnement des animateurs qui ponctuent les mini séquences de la séance de groupe autour de l’un de ses sujets… Qu’est-ce qui te fait dire ça ? Qu’est-ce qui te fait t’opposer à l’autre ? Qu’est ce que tu ressens lorsque tu t’effaces de cette séquence ? Etc etc Toujours en animateurs engagés, et à la fois capables de se décaler : par le rire, par l’audace, par la retenue, le respect, par le silence aussi.

Le silence de l’analyste, si pesant dans un tête à tête. Le silence a une place de choix dans le groupe dont la dynamique si bien décrite par Kurt Lewin est stérile sans ça. Sans le doute, sans l’éventail des possibles qu’ouvre de ne pas S’en tenir aux communications explicites, aux interactions manifestes. Et que le groupe évolue d’être une fin en soi, un idéal partagé, à être un espace transitionnel, imparfait, good enough, pour chacun, d’où chacun peut retirer des enseignements et des frustrations qui lui restent personnelles, et cela lui est respecté, et ensemble, en même temps, envers et contre tout, créer : le métier d’homme du moins.

Et ici conclure à la jonction, au cap horn, du coaching et l’analyse ; du symptôme qui est formation de compromis entre le désir et la défense, et l’œuvre qui est transgression autant qu’universel apport ; de la nature humaine et de la culture pas si malaisée, good enough again, en la assez bonne compagnie de l’humaniste : Carl Rogers.

 » La cause première de la créativité semble être cette même tendance que nous découvrons comme force curative en psychothérapie – la tendance de l’homme à s’actualiser et à devenir ce qui est potentiel en lui. Je veux parler de la tendance propre à toute vie humaine de s’étendre, de grandir, de se développer, de mûrir ; je veux parler du besoin de s’exprimer et d’actualiser ses capacités propres. Cette tendance peut être profondément enfouie dans la personne ; elle peut se cacher derrière des façades compliquées qui nient son existence ; je crois pourtant qu’elle existe en chaque individu et n’attend que l’occasion de se manifester. C’est cette tendance qui est la cause première de la créativité quand – dans son effort pour être pleinement lui-même – l’organisme entre dans de nouveaux rapports avec son entourage . « 

Accompagner, être aux voltiges d’un lien, de psyché en psyché

Aux impasses du coaching, le coach lui n’a pas de limites
Jouer de l’Instrument psychique qui accompagne au naturel
Être aux voltiges d’un lien, de psyché en psyché

A l’infini

 

Le travail, labeur, sur soi, labourer ses affects, cueillir ses pensées, les uns enfouis et comme des herbes folles souvent jaillissants sans le souhaiter ; les autres peu élaborées, peu personnelles, limitantes, périmées, pauvres restes d’un hier trop infantile et très peu enfantin.

Le questionnement personnel enfin, en présence et en partage avec celui qu’on a choisi pour accompagnateur. Lui même surgissant « sujet supposé accompagner » de son vécu inégalable de sujet ayant été accompagné, et l’étant encore et toujours, s’il en a la densité d’un être jamais complet.

De telle sorte que l’accompagnateur, d’accompagné, se trouve naturellement doté d’une malléabilité psychique capable d’accueillir l’expression libre de tous les psychismes qui lui sont parfaitement étrangers : ceux de ses accompagnés.

S’il croit les reconnaître, s’il croit les identifier, mimes de son propre passé, ou si pour s’en protéger, il cherche à les faire correspondre à des types pré-classés, pouvoir les remodeler à travers les techniques les plus éprouvées, ou bien si, plus modeste, en écoute bienveillante, peu éveillée, l’accompagnateur se laisse prendre au déclaratif de chacun, l’impossible empathe d’un « je vous comprends si bien », diseur de la parole attendue trop attendue, du « feedback » stéréotypé. Si tout ceci, ou un peu de ce, il déploie, en lieu et place de ce que vit en lui sa psyché, il gâche son don. Il vend du mortier, prêt à figer.

S’il ne laisse pas son psychisme, s’en aller, à la confusion, le choc, l’émerveillement, le doute, les sentiments contradictoires, les envies inavouées ; s’il ne laisse pas la corne de son âme s’épaissir à s’y frotter, à la peau de l’autre, le « moi peau », l’âme-corps qu’il est, autant refusé qu’offert ; s’il se perd aux impasses d’un « coaching » plutôt qu’aux voltiges d’un lien, être psyché contre psyché, et l’accompagnateur paraît.

En paysage ses accompagnés. Infini de lui-même. Inconscient. Autres, libres et légers.

 

Psyché, Vous et Moi : entre deux dans la relation

Plus aucun professionnel de la relation, et à fortiori de la relation d’aide (coach, consultant, thérapeute) ne peut l’ignorer : c’est le transfert qui agit dans l’accompagnement, d’un mauvais passage ou d’un projet, d’une entreprise, d’une vie.

– Le transfert d’affects anciens sur la personne de l’accompagnateur par l’accompagné.

– Le transfert d’affects de l’accompagnateur sur l’accompagné aussi, et surtout !

C’est le mal nommé contre-transfert, puisque contrairement à ce que ce nom composé pourrait donner à penser, le contre-transfert n’est pas une réaction au transfert de l’accompagné, mais bel et bien notre façon singulière de l’accueillir, tout contre lui.

Le contre-transfert précède le transfert. Et il est pré-determiné par la structure psychique de l’accompagnateur, qu’il se doit de connaître, puis, par la connaissance de sa « folie » privée : de sa névrose en fond, de ses points de psychose aussi.

C’est alors un voyage d’approche du coaching, du management, de la thérapie, par la clinique psychanalytique que nous aimons vous proposer, Roland Brunner et moi-même, dans le cadre du Diplôme Universitaire Executive Coaching pour Dirigeants de Cergy Pontoise, mais aussi sur inscription libre, en petit groupe réuni au Cabinet de Roland, juxtant la Seine et Notre Dame de Paris.

Plusieurs promotions déjà, depuis quatre ans de collaboration entre nous, quatre promotions de professionnels aguerris de leur inconscient « presque » conquis. Et de celui de leurs clients, partenaires et patients plus près, plus justes aussi leurs rapports.

Le programme en inscription libre ? Le voici. C’est sur deux jours, les 6 et 26 mai, avec une intersession bienvenue.

Sur le fil conducteur des structures psychiques, identités ou personnalités de base lors de notre construction psychique. Et à partir de là tisser des fils singuliers avec chacun et avec le groupe en présence. Découvrir le transfert de chacun et les résistances.

Tous les détails se retrouvent dans l’événement auquel je vous invite à vous inscrire sans trop tarder. C’est rapidement complet !

Caresser l’ombre blanche avant qu’elle ne plane ailleurs : de transfert en transfert

Elle a choisi pour défense de plonger dans l’eau souvent. Je dois être père et mère de transfert, l’air et la terre qui lui manquent. Je suis feu, elle ombre blanche.

[ Caresser l’ombre blanche avant qu’elle ne plane ailleurs : de transfert en transfert ]

Elle rêve d’elle en vacances et avec l’amie qu’elle a choisie pour intime confidente. Et puis se joint à elles, on ne sait pas pourquoi, cette autre amie perdue qu’elle aimait, puis plus, puis flou…

Elle se tourne vers moi enfin, puisque pendant la séance elle me regarde à peine, prise par la visualisation de ce qu’elle évoque m’a-t’elle confié il y a peu. Mais là elle me regarde. Le transfert opère :

– Cette amie était grande et belle. Et telle était-elle en mon rêve, et je ne savais pas pourquoi je retrouvais cette envie irrépressible de la faire sortir de là. Je ne le voulais pas cette fois !

La semaine précédente nous avions évoqué la possibilité inconsciente de me rejeter. Et de ne pas vraiment faire le « travail » avec moi. De donner le change comme ailleurs et autrefois. Me rejeter sans que cela ne se voit…

Le change ment, mais le changement est là, puisque dans ses rêves elle ne me rejettera pas. Elle essaye malgré elle de rester arrimée à moi, pour se désarrimer du « mal de mère » qu’elle est ; pardon, qu’elle a.

Je n’interprète pas ce rêve. Je le laisse planer de son « ombre blanche » sur nous deux, et elle libre associe dans le sens de ce « mal » étrange, et familial.

– Je côtoie trop de personnes en ce moment, et même en nos séances, là où je visualisais deux, trois amis à la fois, mes quatre collègues, mon homme et moi, je vois apparaître des gens discordants au milieu de tout ça. Cela me donne le tournis.

Le roulis de maman manque pour lui donner le « la » : ce sont qui les aimants, les aimables et aimés dans tout ça ? Ce ne sera plus elle, la mère, qui fera la part belle et la part à part : – Ceux là tu les aimes parce que je les « aime » moi, parce que je joue avec toi, ceux là je les méprise et tu les oublieras.

Et le père dans tout ça ? C’est dans un autre rêve qu’elle l’a placé d’elle-même. Deux nuits plus tard. Il prend la forme d’un ancien « boss », comme elle dit, de ce mot qui évoque pour moi les hématomes.

Dans le rêve, le boss-père lui demande « pardon », comme moi, et elle accepte de revenir dans ses bras. Reste à savoir si c’est père-vers de sa part à elle de se laisser faire à lui, ou si c’est vers-elle qu’enfin elle prend le « cap » : devenir capable d’amour et de travail est ce qui la conçoit.

Tout ça je me le dis en moi. Je ne donne à Enora que les mots qui lui manquent pour poursuivre sa descente, en plongée qu’elle aime, tout vite tout droit, jusqu’au prochain palier et se poser là-bas. J’affermis le palier que je vois là. Je lui apporte l’oxygène aussi, je crois. Et je lui dis comme cela :

– Vous devez vous sentir en ce moment bien à nouveau seule au monde, comme nous le sommes tous à notre (re)naissance, face aux seules « formes » que sont les autres alors, familières et étrangères tour à tour, et les deux à la fois.
Bien nécessiteuse aussi de « pardon », de réparation, de ravitaillement de cet air qui vous a manqué, là où l’air devrait être naturel : à l’air libre (re)trouvé.

Elle reconnaît dans mes mots les sensations qu’elle éprouve.

Je ne lui dirais pas que « l’air » l’apporte le père, entre la mère et elle, et que « la terre » c’est la mère, qui la contient en elle. Et que toutes ces « formes » autour de l’une et des deux, à l’origine intimement imbriquées, puissent graviter sur terre ferme et solide. Chacune son orbite, et la terre le vigile.

Terre instable et friable, père enterré par « elle », elle semble avoir connu.

Je la laisse pour l’instant dans l’eau de sa protection.

Et que d’autres « ombres blanches » survolent notre union.

D’être tour à tour père et mère, j’en prends soin, cela oui. Moi qui suis  » le feu » ravageur si je tombe dans ma douleur. Qui disait il y a peu dans un de ces groupes coachs qu’avec André nous animons : le compost brûle, oui. Il prend l’air qui l’accompagne entre ses couches végétales, et en fait combustion, pour créer de la terre à nouveau ?
Ah oui, c’est lui, qui fait du « passage » son sujet de mémoire, et de nos mémoires le terreau de nous, sujets.

Je serai feu, puis terre, et la pluie ce sera elle, quand elle grandira bien plus libre que moi. Sortie, de mère, caresser l’ombre blanche avant qu’elle ne plane ailleurs. De transfert en transfert, je me trouve et je me perds. Et j’aime accompagner.

 

La rencontre préalable à coaching est une rencontre sur le fil, et qui se tisse imparfaite fil à fil


[Fil à fil]

– Je trouve tout ça très « business » !

Elle le répète plusieurs fois. Elle a pris rendez-vous pour un coaching au travers de la coach d’une amie.

Et quand je lui demande si elle a des questions à me poser – je ne prends pas les interjections en l’air -, elle ne « me demande » toujours pas, moi.

Elle se demande, me dit-elle :

– Je me demande si vous saurez vraiment m’accompagner au plus intime de mon actualité.

Je n’ai toujours rien à lui offrir comme réponse. C’est ce qu’elle semble retenir de mon silence, car elle évoque aussitôt cet autre accompagnement d’il y a dix ans :

– Elle n’avait rien à me dire, elle non plus. Je suis restée face à ce « grand vide » quatre années « de réclusion », et je me demande encore comment j’ai réussi à tenir si longtemps !

Là, espiègle, je lui réponds : – C’est peut être le temps dont vous aviez besoin pour savoir ce qu’il vous fallait vraiment comme accompagnement ! Et vous y voilà à présent.

Elle me fixe. Elle semble hésiter entre la surprise agréable ou la gêne. Je commence à exister pour elle. Et finalement elle sourit.

– Oui. Bien sûr. Cela a du servir au moins à ça. Aujourd’hui cela peut être différent…

– Pourriez-vous poser quelques mots sur ce que vous souhaiteriez de différent ?

– Je veux changer de vie ! J’ai vous l’ai déjà dit !

Je la perds à nouveau. Alors je lui souris et j’accuse réception. Et je renvoie ma main tendue, doucement mais fermement.

– Oui, vous voulez changer de vie comme vous le vouliez déjà il y a 10 ans. Et vous voudriez changer d’accompagnement. Pour ne pas vous retrouver sans issue comme alors. Qu’est-ce que vous souhaiteriez aujourd’hui de différent… dans votre accompagnement ?!

Elle me regarde enfin peut-être comme une partenaire possible, et pas entièrement accessible : cette zone aveugle lui permet de transférer ses pensées et ses sentiments sur moi. Ces yeux alors ne me quittent plus. Une déclaration d’amour perle à leur bord. Alors je l’aide à garder la face « business ».

– Ce serait comment très concrètement ? Avez-vous pensé au temps que vous vous accorderiez ? La durée du processus de changement, la fréquence des séances, l’investissement ?

– Je me donne jusqu’à la fin… de l’année, et autant qu’il le faudra j’investirai, en temps et en moi. Quel est votre avis à vous ?

Elle reprend le fil du « Business Partner ». Et là sans l’esquiver, je réponds, mais je me déplace aussi sur la bande du sensible à nouveau :

– Mon avis est que ce fil de séances régulières, engagées et « jusqu’à la fin » est votre meilleure alliée… Avez-vous des enfants ?

– Un garçon qui sera grand dans six mois. C’est justement pour sa majorité que j’aimerais pouvoir tenir toute seule…

Et elle pleure.

Je suis aussi émue de cette alliance si belle : me tendre à moi le fil de l’accompagner pour le « fils de sa vie » apprendre à lâcher. Ce sera fil à fil, en processus analytique et en sensibilité partagée.

Et lorsqu’elle me serre la main à la fin de ces quelques minutes courtes que j’offre a ces rencontres qui ne sont pas encore séance, comme un bienfait précieux susceptible de se déplier, elle est chaleureuse comme elle l’était déjà lorsqu’elle est arrivée.
Mais elle a, là, de plus, ses yeux immenses dans les miens, si petits, contenus.
Et elle ajoute : – A jeudi Eva…

C’est sans fin un fil comme ça.

 

Sur scène et en duo d’artiste coach

Entre  » L’inconscient, un ami qui vous veut du bien « , et  » Développer son intelligence relationnelle  » et cultiver à ses pieds – et non comme un projet lointain, à l’avance compromis de toutes nos peurs -, l’@rt du lien, entre l’un et l’autre thème, d’intervention en duo auprès des institutions, cinq petits mois se sont écoulés ; cinq pleines lunes de recherche action, d’animation de groupes restreints et de réseaux sociaux, de réflexion sur leurs comportements et les nôtres, d’une saine évolution du  » talk show « , qui nous amène invariablement l’admiration et la détestation, à la  » talking cure  » qui permet l’analyse, l’évocation au plus libre et juste de soi, la pensée, et la dissolution alors du fantasme craint dans le réel partagé. Depuis  » Les Démons  » plus cathartiques qu’analysants, plus  » excitants « , plus fourre-tout, grand groupe ou petit groupe, connu ou inconnus, le tournant est effectif. Et nous devons beaucoup à Nicole, Christine, Daniel, Émile et tant d’autres que vous retrouvez dans les lignes des récits de séance, et qui se sont engagés avec nous en un travail au long cours et au plus près de nos difficultés partagées qui analysées prennent sens. Alors, en grand groupe aujourd’hui, en institution instituée ou en libre association, lorsque nous mettons à l’épreuve du vaste monde ce travail de jardinier – sous la bannière de l’ami inconscient ou de l’art du lien -, il est moins de coups d’éclat, plus de rencontres subtiles avec l’un ou l’autre de vous, et  » le groupe « , fantasme insoluble de l’illusion groupale oblige, plutôt déçu. L’envie perdure de poursuivre ces conférences plus ou moins grand public, plus ou moins pour initiés accompagnants et accompagnés ; d’affiner notre partage, sur les liens qui nous composent, chacun de nous, sur les liens qui nous relient, ensemble tous ; et de mieux préparer, avec les sponsors de notre venue en ces événements humains, le creuset de nos interventions. Avis aux amateurs de lien, capitaines d’assemblées ouvertes au grand air… André & Eva Avec notre gratitude envers Andrée Zerah, Christophe Peiffer, Pierre Baillon, pour leur confiance naissante ou de longtemps, et qui donne lieu à d’autres rencontres avec leur public généreux en novembre et en janvier. À suivre alors.

Coulée d’enfance

Cela coule à nouveau dans ma gorge. L’eau de mer. Les larmes ravalées d’enfance. Cela coule de nuit, car, de jour, le défilé de mes dents rend la parade souriante.

Cela me réveille. Cela me rend somnambule, insomniaque, morte.

Je me ressaisis.

Lui, qui dort à côté de moi cette fois-ci – ma dérive survient en son absence, d’habitude – lui, il m’offre, de son souffle calme, un lien à la vie. Et je plonge dans un rêve qui m’ouvre les portes-fenêtres de l’inconscient. Et que ce que je garde au fond de moi ne s’empare plus de mon corps pour dire sa souffrance.

Nuit noire. Souvent. Nuit terrifiante. Sur la couche froide de l’enfant débordée par la vie que personne ne lui raconte. Rien que des images, des sensations, la-bas comme ici. En rêves comme dans l’hallucination d’enfance qu’elle a vécue.

Rien de bien grave, rien de bien nouveau : les cris des autres, le regard mauvais d’une maîtresse insensible, les carreaux et les lignes, y vomir la poésie qui est devenu devoir et ainsi perdu de sa vie. Sauf qu’elle aime se la dire tout doux. Comme personne ne la lira, autrement que par les fautes qu’elle fera.

Rien de grave, jour après jour : des leçons, des corrections, des punitions. Et la messe le mardi matin. Le carnet de chansons d’amour à la mode détournées au profit d’un dieu impossible à penser. Les feuillets sont coincées entre deux échantillons de lino, comme seules des bonnes-sœurs en auraient l’idée. Et défaire les pinces, et rajouter le tube du moment, si vous êtes en avance sur le prêtre venu d’on-ne-sais-où.

Car à l’école française des filles en banlieue désertique de Madrid, il n’en est que dévotes de Notre Dame de Vie expatriées pour la bonne cause et vivant sur place, au bout de la coursive interdite aux élèves.

D’où sort alors ce père Moïse à chaque fois qu’il vient retrouver sa Bible en français ? Personne ne lui a entendu jamais d’autres mots que le « Notre Père » et le « Te Deum’. Nous allions pourtant en confession avec lui. Intimité hardie. Rencontre ratée, une fois de plus, avec le verbe aimer.

Il souffle tout doux à mon oreille. J’avais presque oublié que je pleurais en dedans et que me hasarder en rêves était la tentative de mon évasion. Je suis réveillée et tout ce que j’ai revu ne m’éclaire pas beaucoup. Y poser des mots ? Lesquels aurai-je posé si j’avais pu, soir après soir, me dire à la maison. Je disais l’immondice de ce qui nous était servi au réfectoire. Cela irritait ma mère qui disait payer au prix fort ce régime demi-pensionnaire du point du jour à point de jour : transports en commun, double enseignement franco-espagnol jusqu’à saturation, sans aucun souci des rythmes scolaires et encore moins de l’enfant, resto universitaire avant l’heure, purée et semelle, et par centaines. – Et tes notes sinon ? Tu as baissé d’un demi point. Comment comptes-tu m’apporter la mention ? Et que je puisse te dire intelligente et belle à mes déçus parents ?

Il n’y a pas de quoi vraiment se sentir noyée de chagrin et d’abandon…

Il n’y a pas de quoi s’encombrer l’inconscient.

Et qu’il coule à nouveau.

 

 

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Entre deux portes

imageElle est venue au monde sans traverser la mère. Et elle traverse la vie en se laissant porter. De l’homme qui l’a choisie, de l’employeur du moment en sa spécialité, et désormais de moi coach.

Et c’est à moi enfin qu’elle commence à en vouloir d’autant d’immobilité. Après avoir envisagé de rompre l’amour, de contrat casser, elle se prend à notre pacte d’accompagnement sur la durée.

Je n’ai rien de plus à vous dire. Coach pour changer ? Depuis que je vous fréquente je vois encore moins comment je le pourrai !

– …

– Et puis il fait trop beau dehors ! Après tout, cela peut attendre, mes doutes et souffrances, le retour de l’hiver…

– Avec le temps qu’il fait, tous mes clients et clientes me disent aller bien.

Drôle d’aveu en son sens, et pourtant, elle continue de se dire telle qu’elle est.

J’en suis à comprendre que c’est pour moi inconcevable de me détacher de lui : que c’est un effort surhumain de ma carrière infléchir. Je suis scotchée et je ne vois pas comment en sortir, mais je ne vois surtout pas pourquoi je le suis.

– Cette porte enfoncée – dont vous parliez à la précédente séance, que vous dites avoir oubliée tellement elle ne vous sert à rien -, cette porte que vous m’accusiez de forcer, c’est la porte de votre naissance, par césarienne pratiquée, mais aussi, quelle autre porte, ou quelle somme de portes tout au long de votre vie, n’auraient pas été respectées ?

Lui revient l’adolescence et ses tâtonnements amoureux, lui revient l’enfance aisance en belle maison de poupées, bien gardée. Et dans le flou de l’écoute flottante, de l’imaginaire préconscient que je projette en sa présence,  j’aperçois d’autres lieux bien plus secrets, bien plus enfouis, dans le corps et dans le temps, impensables, interdits, immémoriaux : l’origine de la mère  est cette porte de paradis qu’elle n’aura pas pu pousser. La porte première naturelle. Différente de cette autre, de secours et de chirurgie. La toute première porte lui a été refusée.

L’accompagnement prendra le temps cette fois-ci de le lui laisser, le temps. La séance sera l’espace de son cheminement tout personnel. Et la porte dernière au plus loin.

 

Je ne vous comprends pas, l’étrangeté

(C) Bill Gekas
(C) Bill Gekas
 
[Je ne vous comprends pas]

Chez elle chaque mot se fait manger par le suivant, et sur deux phrases trois idées font leur balade, chaque séance en matinée, sans se connaître ni se saluer. Et moi j’aime l’accompagner.

*

D’abord j’ai cru l’exaspérer, comme le faisait mon père quand trop brillante je me montrais. Aujourd’hui j’avoue que je ne le connais de rien, et que j’ai hâte que nous soyons présentés. Par nos inconscients respectifs qui eux s’entendent si bien.

**

Lorsque j’anime en duo avec André c’est la plainte qui revient : – Eva, je ne la comprends pas je crains. 

Et des fois par le truchement d’André, il ou elle dit comprendre mieux. Et si je n’étais pour eux qu’inquiétude étrange* et alors bienvenue sur la durée ?

Qu’est-ce d’autre que la peur mal connue du familier qui nous empêche d’être nous et d’être avec ?

En référence à « l’inquiétante étrangeté » : Sigmund Freud.