Tant qu’il y aura des mains

 
 

 
L’enfant a la main leste. Leste de ce qu’elle reçoit et qu’elle ne devrait pas recevoir. En lieu et place d’échanges tendres, et d’échanges fermes des fois, – au jardin de son enfance, volubile tutorat – elle est passif lieu de fouilles, place où se déplace la main d’autre que soi.
 
Alors, l’enfant a la main leste. Elle est main chargée de doigts.
 
Elle peut animer marionnettes, qui sont creuses pour cela, et les tuer à l’acte III ; arracher à ses poupées, la robe, et une jambe ou deux  ; ou elle peut aussi crever les yeux, qui la regardent par en bas. 
 
Petit frère ne m’en veut pas. Ma main est leste me dit mama. Et elle voudrait me corriger. Là où je ne suis que la plume, d’un bien plus sombre encrier.
 
Les menaces de la mère ne feront que l’alourdir.
 
L’enfant a ainsi la main leste. La main leste est l’enfant, c’est ainsi.
 
*
 
L’enfant a, depuis, grandi.
 
Toujours grosse de sa main. Grosse d’elle et grosse de lui.
 
Toujours plus petit que soi est son ami. 
 
Et désormais qu’elle a compris, elle ne se corrige guère. Elle crée et elle aime frapper fort ; elle aime et c’est entièrement.
 
Des fois psychanalyse guérit. Mais ne change pas. La vie. 
 
 

J’aime les mains du Greco, de Vélasquez, quatre touches d’une grande justesse, au millimètre près. Moi, si je peins parfois de très grandes mains, pleines de doigts, c’est un hommage que je leur rends. Tant qu’il y aura des mains, il y aura des dessins d’enfants et des tableaux… 

Gérard Garouste

 

 
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