La psychanalyse a cours en coaching et plus particulièrement, la psychologie du collaboratif

La psychologie du collaboratif est mon enseignement à l’Université du Coaching, DU Executive Coaching individuel et collectif à l’Université du management : Cergy Pontoise. En ma quatrième année d’intervention. Merci aux courageux étudiants qui mobilisent leurs passions en session.

C’était il y a un an. Parution de la Psychologie du collaboratif chez L’Harmattan. Et c’est aujourd’hui mon enseignement à l’Université du Coaching, DU Executive Coaching individuel et collectif à l’Université du management : Cergy Pontoise. En ma quatrième année d’intervention.

Pour cette première phase de décollage nous approchons l’identification « simple », les transferts individuels au travers l’arbre de vie : quelles sont les figures de référence de votre vie, de l’enfance à nos jours, que vous les ayez connues ou pas ? Qu’elles aient valeur d’estime ou d’autorité. Nous allons en venir aux identifications croisées en groupe, aux appartenances multiples du sujet seul in fine. Et boucler la boucle enfin. A suivre si vous aimez.

Merci aux courageux étudiants qui mobilisent leurs passions en session.

❝ Un groupe rappelle chacun de ses participants à ses élans premiers de relation et aussi à ses préférences d’expression, violentes et sexuelles, ou alors en repli mélancolique de mise au lit ou de mise à mort. Les passions. […]
En groupe-analyse, ou groupe qui analyse, la règle primordiale est la même que celle de la psychanalyse individuelle : tout se dire tel que cela passe par la tête. Tout se partage quoi qu’il en soit, et la contagion émotionnelle est souveraine. Les apparences, même si elles gardent la face, au fond de chacun de nous, elles cèdent.
[…]
Oui. La chaîne associative est limpide car elle associe les paroles des uns et des autres plus qu’elle n’empile, ou même, n’oppose des discours individuels. Le plus proche à mon sens est la pratique dialogique que pratiquent les nouvelles générations : chacun ajoute, personne ne retire, n’efface ou déforme de ce que les autres mettent en commun. Et ce n’est pas le fil consensuel qui est retenu, mais tous ces apartés qui sont des graines à jamais déposées dans la tête et les cœurs des participants.

Le fil de la libre association d’idées se tisse entre les membres du groupe, la mal nommée association d’idées, car il y a dans ce processus libre associatif analytique autant de pensées que d’affects, d’émergences que de censures ou de travestissements du désir, lors des échanges d’un groupe qui se retrouve régulièrement avec ou sans tâche à accomplir, mais avec une volonté de vérité.

Chacun apprend au fil des séances de groupe-analyse que, comme dans la cure, la transformation est personnelle avant tout, et que tout est possible au groupe une fois les résistances internes de chacun contactées et possiblement dépassées.

Ce qui est particulier au groupe est que « ce n’est pas qui parle qui est ». Le groupe est un inconscient à lui seul. Il pratique sans le savoir, comme Monsieur Jourdain, la danse de l’inconscient, en deux mouvements : le déplacement et la condensation. C’est du pur désir, qui se déplace, qui prend un objet pour un autre, et qui se cristallise par instants, dans un « ça c’est tout-moi » avec tout l’absurde dedans. Et les peurs aussi, le moi n’est pas que ça mais un idéal posé sur lui, sur-moi, très tôt. ❞
La psychologie du collaboratif – Dessine-moi nous – Eva MatesanzEditions L’Harmattan. Pages 33-34

 

Erotiser l’entreprise

Erotiser l’entreprise, pour des rapports professionnels sans complexes, L’Harmattan, fait une formidable percée dans l’offre des ouvrages de ressources humaines et management.

Prendre soin du bien être au travail, libérer le management, apporter des avantages sociaux et en nature, institutionnaliser les siestes et les méditations, faire un lieu de convivialité de l’open space avec beaucoup de règles de respect mutuel, un coin kitchenette et un panier de basket, rien de tout cela ne provoque ni même soutient le désir de chaque sujet qui est de contribuer, de créer, d’obtenir des satisfactions libidinales très concrètes, de corps et d’esprit, en réponse à l’élan vital et à l’élan d’altérité. Choisir de vivre et vivre ensemble est le propre de l’humain.

Des biens culturels autour du capital humain, du coaching et de la formation, du conseil en organisation et de l’animation savante de world cafés il y en a pléthore. Il n’y a rien sur la nature humaine dans ses penchants les plus intimes. Si. Des brèves de presse à scandale se répandent dans les médias « bien » et dans les réseaux sociaux « vertueux ». L’actualité nous apporte un état des lieux calamiteux, fait de pulsions irrépressibles, de victimes victimaires et de fantasmes de facilité.

Avec André de Châteauvieux nous avions pris cet été le temps et la licence d’écrire un livre hors pression sociale et pathologique pour évoquer le corps pulsionnel vivant si vivant et l’esprit rêveur que nous tenons de notre enfance, ce moment suspendu à l’inconscient, qui ne s’embarrasse pas d’autre chose que de curiosité, de rencontres et d’expérimentations. Ce vécu précoce est à l’origine de nos névroses, oui, et alors ? Nos névroses sont les ficelles avec lesquelles nous tenons le lien à l’inconnu, que cet inconnu soit un autre être humain ou une zone d’inconfort. Les complexes qui en sont à l’origine rendent les rapports humains complexes s’ils sont inconnus du porteur sain de telles névroses. Pour rappel, la structure psychique « névrotique » est la structure de la « normalité » : celle qui compose avec ses désirs et les limites sociales. Et les limites personnelles ai-je l’envie d’ajouter. Aujourd’hui c’est à cet endroit que nous nous connaissons le moins bien…

Sur 162 pages, avec grand plaisir et beaucoup d’audace nous avons repris tous ces éléments humains dans leur plus simple définition, celle de la clinique psychanalytique, la base si large de toute autre démarche d’accompagnement plus restreint. Nous les avons dessinés sous les traits de nos propres expériences de coaching, individuel et collectif, de dirigeants et d’organisation, et nous en recommandons la lecture à tous les professionnels des métiers de la relation.

Erotiser l’entreprise, pour des rapports professionnels sans complexes, Janvier 2018, L’Harmattan, fait une formidable percée dans l’offre des ouvrages de ressources humaines et management. Nous remercions les « early bird ». Offrez-le autour de vous ! C’est un ouvrage qui fait déjà du bien par delà « le bien et le mal » supposés.

Frappe-toi le cœur

C’est un vers de Alfred de Musset, c’est le titre du dernier roman d’Amélie Nothomb. Comme pour mon essai « Dessine-moi nous » qui est devenu « La psychologie du collaboratif » aux Editions L’Harmattan 2017, un trouble semble saisir le lecteur.

« Frappe-toi le cœur »

C’est un vers de Alfred de Musset, c’est le titre du dernier roman d’Amélie Nothomb.

Comme pour mon essai « Dessine-moi nous » qui est devenu « La psychologie du collaboratif » aux Editions L’Harmattan lors de sa parution effective en mars 2017, un trouble semble saisir le lecteur. Certains m’ont fait part de l’incompréhension de ce qui est devenu un sous-titre : Dessine-nous aurait été plus approprié. Ce « moi » adressé on ne sait pas qui il est. Mon ouvrage effectivement s’adresse au moi. Le nous n’existe pas. Le nous est un désir du moi. C’est ce que l’ouvrage tente d’éclairer pour chacun. Les défenses du moi sont explicitées et des exercices permettent de les repérer pour chaque lecteur. C’est seulement après avoir apprivoisé ses propres défenses, relatives à l’environnement de la petite enfance, que le désir d’aller vers l’autre, les autres, de faire oeuvre commune ou, du moins, prendre soin des biens communs, cela peut advenir.

Dans le roman de Nothomb, ce « toi » est aussi le sujet de l’intrigue : toi qui vas frapper au coeur des choses qui es-tu ?

Jusqu’au bout de sa trame on pensera à Diane, la cible de la jalousie, vengeresse, chasseresse de sa mère « aveugle et folle » : Marie.

Diane, et son lecteur attentif, comprendra vite que la jalousie est rivalité, courroux et admiration tout autant, que la haine est le revers de l’amour. Et que l’indifférence pour son enfant, l’ignorance de ses dons, ça c’est donner la mort.

Diane gagne la jalousie de l’enfant, Mariel, condamnée à mourir. Puisque sa mère insensible et meurtrière envers elle ne l’est pas envers Diane. Modelée et brisée à la jalousie maternelle, elle s’y prête à nouveau sans le chercher.

C’est cet élan vital de convoitise, de désir extrême qui pousse la jeune Mariel à frapper au cœur de sa geôlière. Et à rejoindre Diane au bout de son impasse percée de ses mains. Les deux femmes sont en amour. Ce sont des parts d’Amélie qui font la paix. Je peux imaginer. Un moi s’élance vers nous, lecteurs, et son désir est contagieux. Nothomb nous offre peut-être son roman plus personnel. Merci à elle de tout coeur. Et à vous, de tout coeur recommandé.

Mon prochain essai est déjà écrit, à quatre mains avec André de Châteauvieux : érotiser l’entreprise, pour des rapports professionnels sans complexes. Ça va aller aussi au coeur des choses dans l’univers professionnel. À suivre si vous aimez. Parution 2018. Lancement à l’ICF Nord (International Coaching Federation). À l’atelier du renouvellement de l’accompagnement, sans outils, sans indifférence ni mépris pour l’humain trop humain. Jaloux de le préserver !

Introduction au co-consulting en groupe de managers d’une même entreprise

pour initier une petite série sur ce qui me semble essentiel à un niveau hiérarchique en concret, le plus négligé en termes de collectif : l’équipe de managers de managers. Pour bien manager, manageons ensemble, ou plutôt co-consultons-nous. Le co-consulting entre pur managers est bienvenu !

À l’heure,

– où les managers se libèrent, où les collaborateurs prennent leurs responsabilités,
– où les RH sont passés sans transition de déceler les risques psycho-sociaux à déceler les talents avant que le burn out ou le bore out ne les trouve certainement,
– où les dirigeants s’empressent de mettre en dialogue les parties prenantes plutôt que de décider de manière descendante, et de temps en temps ils tranchent,
– où chaque individu, en somme, compte davantage en société,

je souhaiterais avancer en premier lieu l’importance de l’échelon intermédiaire que sont les équipes.

Les équipes de collaborateurs, les équipes de direction, les équipes RH et leurs partenaires dans l’accompagnement demandent à être soignées, soutenues, développées, pour leur rôle à jouer : de cohésion, de transcendance et d’interpénétration naturelle entre elles qui est ce qui assure la pérennité de l’eco-système dont elles sont toutes dépendantes et sur lequel elles sont agissantes.

La cohésion entre collaborateurs dans une mission commune, la coordination entre les dirigeants du COMEX, les conséquences sûres de ce qui se trame dans un service RH, les multiples appartenances de tout manager – à sa fonction, à son métier, à sa propre équipe, à sa ligne hiérarchique, à l’initiative qu’il a choisi de sponsoriser -, tout ceci semble évident et déjà en place.

Cependant une chose est de contribuer au sein d’une équipe, de défendre une appartenance, d’effectuer un travail dont on connaît les limites dans les attributions et on imagine, au moins, les répercussions en dehors, et autre chose est de faire équipe, de se donner le temps et la matière à échanger, et que ce soit l’équipe qui crée, qui rayonne et qui impulse une dynamique autour d’elle, comme elle s’emparerait aussi des dynamiques externes dont elle est l’objet.

Je pose tout ceci pour initier une petite série sur ce qui me semble essentiel à un niveau en concret de l’organisation, le plus négligé en termes de collectif : l’équipe de managers de managers. D’ailleurs, ce terme D’équipe devrait vous surprendre. Un manager de manager, un directeur, appartient à son métier : la logistique, la production, la finance, le marketing, etc. Selon la taille de l’entreprise, il appartient au COMEX où il en a juste le vent par son super-manager reliant la logistique, la production et la qualité. Mais qu’ont-ils d’autre à faire entre eux ? Pourtant, faire équipe managériale est tout ce qui leur reste à faire, à ces managers. Lorsque chacun évoque ne plus rien « diriger » de ses attributions, tellement dépendant du climat social, du changement à nouveau de CEO, des technologies, de l’équipe off shore pour citer quelques exemples, il y a le point aveugle de leur esprit de corps : pour bien manager, manageons ensemble, ou plutôt, consultons-nous mutuellement. Le co-consulting des pur managers devient leur responsabilité la plus ardente et ardue.

Ni réunion d’information, ni revue d’indicateurs, ni énième formation au management, pardon, à l’excellence et au leadership, ni « escape game » qu’est-ce qu’ils ont à faire ensemble des managers de managers, par essence responsables de domaines opérationnels et fonctionnels les plus divers. Ce qu’ils ont en partage « n’est » que de manager. Chacun son style, ses priorités mais pour chacun d’eux : la prise de décisions impossibles à maîtriser complètement et la contrainte de devoir faire avec l’humain. Puisqu’ils le sont eux mêmes, humains, puisqu’ils ne maîtrisent rien dans leurs domaines croisés, s’ils se saisissent de la matière surgissante entre eux, ils devraient trouver un nouveau cadre qui les contienne et les porte comme jadis la seule autorité. Mieux.

À suivre si vous aimez.

Illustration de couverture Kate T. Parker photography

Retour d’expérience d’accompagnement en équipe d’une équipe dirigeante pour la rendre… accompagnante

Nous avons composé une équipe accompagnante face à l’équipe dirigeante plutôt qu’un duo classique de formateurs ou même un super formateur car nous souhaitions nous mettre nous mêmes à l’épreuve.

– J’ai aimé découvrir que mon collègue directeur, le même qui dans le cadre de sa mission met des entraves à la créativité de mes équipes, légitimement, en parfait accord avec sa fonction, a aussi beaucoup d’idées. J’apprécie qu’il les exprime avec autant de justesse qu’il exerce son rôle de contrôle et de prescription.

Puis, s’adressant à lui :

– Je t’écouterai désormais d’une autre oreille !

**

– J’ai aimé que l’on ne se pose plus la question du pourquoi face aux difficultés mais plutôt celle du possible, du plus petit possible pas que nous pouvons poser dès à présent, l’un ou l’autre, indépendamment de nos domaines de responsabilité. Celui qui peut, fait, essaye au moins, puis, il nous partage le résultat. Et ce résultat n’est pas l’échec ou le succès, la gloriole ou la frustration. Le résultat à chaque pas est ce qu’on en apprend, individuellement et collectivement.

Et s’adressant au jeune à haut potentiel chargé de soutenir son activité par la collection de données jusque là éparses et leur mise en rapport :

– Et toi j’ai vu que tu penses fort bien l’inquantifiable de ce que tu observes. J’ai envie de travailler avec toi plutôt qu’avec tes rapports aussi excellents soient-ils !

**

– Je me suis toujours demandé pourquoi je ne pouvais pas me débarrasser de mes jugements face aux personnalités que je rencontre et que j’ai du mal à appréhender. Par exemple, il y a un jugement assez répandu dans cette entreprise que je n’ai pas pu jusqu’ici m’empêcher de partager : « les managers sont nuls ».

Rires et invectives. Nicolas accompagne ce programme d’amélioration comme bien d’autres qui sont du ressort de « l’excellence opérationnelle ». Il est aussi, comme Christophe, une jeune recrue. Il poursuit son propos ainsi :

– Pas vous. Enfin, de vous je le pensais moins que des autres. Le premier jour je me suis dit toutefois : entre celui qui parle pas, celui qui rit de tout et celui qui ne sait visiblement pas pourquoi il est là, qu’allons-nous faire ensemble ? Et puis, je suis resté avec vous tout le long du travail, et j’en redemande. Je vous soutiendrai dans le déploiement de vos processus d’amélioration et je soutiendrai votre responsable dans la position du coach. Je vous avoue que j’avais pensé être là au début dans le cadre de ma fonction et m’éclipser dès que possible pris par d’autres obligations qui ne manquent pas. Je suis devenu accro à votre aventure humaine et j’en redemande.

Fini les rôles. Lorsque chacun prend place et part au processus le naturel revient, et la vie qui va avec.

**

– Oui, conclut le Directeur de tout ce petit monde et membre du Board, j’ai vu mes cadres dirigeants déposer leurs prérogatives et se parler comme jamais ils ne le font. Je me suis vu moi-même suspendre le geste de les diriger aussi. Je commence à accompagner leur évolution naturelle en tant qu’équipe de direction, avec leurs personnalités pleines et leurs compétences croisées. Nous continuerons ensemble loin de vous, notre équipe de consultants. C’est le moment de clore, de vous laisser partir car nous nous sentons prêts à chercher nos propres solutions chemin faisant.

Merci.

– Merci à vous de nous avoir permis de ne pas vous former, accompagner seulement la formation de votre équipe et de votre projet.

 

C’est à la demande d’un grand groupe industriel que nous avons composé une équipe accompagnante plutôt que de dérouler la formation de management « Lean », libéré en quelque sorte, unique en France que propose Vincent Lambert, Tactik Smart est sa marque. Dans cette démarche c’est le processus de management qui s’allège de lui-même. Nous avions l’intuition que les méthodes KATA d’amélioration et KATA de coaching que composent l’offre seraient facilement appréhendables et directement applicables à une des initiatives de l’équipe, une équipe jeune, qui travaillait déjà par ailleurs à sa cohésion et à sa dynamique.

Le KATA, comme dans l’art martial du même nom, permet de répéter un enchaînement de gestes simples jusqu’à ce que ces gestes et leur enchaînement deviennent naturels. La chaîne est celle bien connue du PDCA pour Plan – Do – Check – Act. Cette approche remplace avantageusement la démarche PD – PD qui implique de bien réfléchir en détail et au plus large, puis d’exécuter le plan. De réfléchir à nouveau bien plus tard.

Dans le PDCA la réflexion est un partage sur les conditions actuelles du travail effectué ensemble quel qu’il soit. Elle se complète d’une réflexion sur des conditions cible à très court terme, ceci dans le cadre d’un défi important et d’une temporalité plus large avec la part d’incertitude de toute projection importante. Des actions peuvent être imaginées et peuvent être testées sans délai par un ou plusieurs des membres de l’équipe. Elles peuvent être ensuite restitués au coach de l’équipe, leur hiérarchique ici dans un rôle d’accompagnement. Il s’agit pour chacun dans l’équipe d’explorer et de prendre des risques limités, de faire même les erreurs nécessaires pour trouver la voie de progrès. Lors de cette restitution qui prend la forme d’un « Check » les participants relèvent essentiellement ce qu’ils ont appris de l’expérience et prennent d’autres actions. Ainsi le A de bout de chaîne pour Act se complète d’un A d’apprentissage en français.

Ce serait ainsi à proprement parler en anglais du PDCAL, L pour Learn.

Nous avons composé une équipe accompagnante plutôt qu’un duo classique de formateurs ou même le super formateur de la méthode que Vincent peut être et qu’il est.  Dont il connaît les limites aussi. Aussi abyssales et vertigineuses dans la chute que dans la supériorité prétendue.

Nous souhaitions mettre nous-mêmes à l’épreuve la réflexion que nous avions eue et qui est : pour accompagner une équipe et lui apprendre à collaborer, autour d’un KATA, extrêmement porteur c’est vrai, mais surtout au coeur du sujet, leur style de collaboration et son développement, le mieux serait de collaborer face à eux en toute transparence autour problème qu’ils nous posent. De leur livrer ainsi notre élaboration conjointe, riche de facettes, mais surtout nos propres difficultés à échanger entre nous, à voir des choses si disparates, à vouloir résoudre à l’emporte pièce chacun selon ses facilités propres, à taire ou à dire ce qui gêne et tant d’autres vécus qui méritent la peine bien plus que les meilleures pratiques collaboratives.

Vincent a posé la méthode KATA au jour 1, l’équipe a été mise à l’épreuve de la collaboration sur un jeu, puis directement sur un de leurs enjeux pour l’exercice qui commence. J’y étais présente et j’apportais des éclairages légers. André de Châteauvieux nous a rejoint au jour 2 et nous avons ouvert la session par un exercice au sein de notre propre équipe accompagnante. L’équipe de direction et les deux experts fonctionnels sont devenus observateurs.

Lors de cette séquence André superviseur nous a questionné nous deux, Vincent et moi, sur là où nous étions, en comparaison à ce que nous attendions de notre première journée, sur ce que nous avions appris et sur ce que nous souhaitions explorer pour progresser avec l’équipe en demande. Cela prenait ainsi la forme familière en ce jour 2 pour eux du KATA appris la veille.

Nous avons parlé l’un et l’autre en élaborant à voix haute nos idées ce qui a permis à tous les participants de saisir nos cheminements, nos doutes, nos hésitations et notre volonté de changer quelque chose, chacun de nous, de notre approche afin de permettre à l’équipe d’enrichir son expérience. C’est, de leurs propres mots, posés ensuite, en nous voyant  échanger à coeur ouvert et avec rigueur, librement et dans l’exigence envers soi-même avant tout, qu’ils ont eu pour enjeu partagé, pour rêve même ce mot a aussi été posé, de reprendre leur propre tableau de bord, initié la veille, dans cet esprit. Ils ont pu en quelques minutes bâtir leur propre esprit collectif. Les jeunes en support apportaient les compléments nécessaires. Le « chef » devenu définitivement coach soutenait de son écoute et de quelques questions pertinentes, de quelques apports aussi pour les domaines dont il a la connaissance de par sa position de co-dirigeant d’entreprise et non seulement d’équipe.

Une image m’est venue pour résumer l’articulation trouvée à grands traits et même si elle est militaire on sait qu’il ne reste de grand esprit collectif poussé à bout dans notre société individualiste qu’à l’armée et dans les rangs de l’église. Et aussi peut-être comme ici à l’usine. Je la partage pour le symbole qui permet de maintenir dans le temps, de donner du sens, à la reliance.

 

« Il faut d’abord savoir ce que l’on veut, il faut ensuite avoir le courage de le dire, il faut ensuite l’énergie de le faire. »

Georges Clemenceau

Vouloir une équipe, le dire et le faire ensemble c’est le tout premier petit pas vers tant d’autres voeux, rêves dirait Olivier, de tant d’autres mots, de Jérôme, précieux, de tant d’autres actions dont Patrick serait heureux. Le courage et l’énergie, avec Nicolas et Christophe, cela est renouvelable. Au coach Michel de déposer les attributs du chef le temps de cette danse tribale.

Bases de psychologie, référent psychanalytique, en accompagnement managérial

Ceci est le support finalisé de l’intervention d’Eva Matesanz en DU Cergy Pontoise du vendredi 16 Juin. En accompagnement managérial et pratiques collaboratives.

(Ceci est le support finalisé de l’intervention d’Eva Matesanz en DU Cergy Pontoise du vendredi 16 Juin. La photo de couverture appartient à Kate Parker Photography comme souvent ici :-))

Il apparaît pour Freud, lors de son étude de la maladie physique et nerveuse, en tant que médecin et neurologue au sein d’une société viennoise conservatrice et prospère, l’existence d’un appareil psychique où l’inconscient occupe une place prépondérante. La vie du sujet est gouvernée par un noyau pulsionnel, originel, puis, progressivement élaborée au contact d’autres appareils tout aussi inconscients et plus ou moins cultivés. En cela, pour Freud, l’homme se dote lors de son développement d’une structure psychique mais aussi d’un espace psychique interne, d’une économie psychique apte à le protéger et à lui permettre de s’épanouir aussi, de dépasser ses peurs légitimes et, en somme, d’une dynamique de pensée, de relation aux autres, et de volonté propre toute singulière.

Nous avons abordé le détail des structures psychiques et de leurs pathologies avec Roland Brunner, psychanalyste et professeur. Nous devons à Lacan toutes ces précisions au sujet de la structure psychique, des fondements de la personnalité, névrotique ou psychotique, que Roland a développées et ravivées à sa manière. Je vous propose de venir aux aspects de l’économie psychique du sujet et de la psychodynamique qui s’exprime dans la relation duale et dans les groupes humains.

Et c’est la notion intermédiaire d’espace psychique qui peut nous aider à faire le lien, entre ces fondements, la structure et ses névroses, phobique, hystérique ou obsessionnelle, et son insertion dans l’espace social, partagé.

Chacun de nous dispose d’un espace psychique interne, d’une collection d’objets, de traces mnésiques, si vous préférez, collectées au contact d’une réalité interne et d’une réalité externe : des motions propres et des besoins, des sollicitations extérieures et des réponses à ces motions et à ces besoins. Il est plus aisé de se représenter ces objets partiels en lien, comme étant un groupe interne : le couple parental, la fratrie, la famille, le voisinage, la scolarité.

Nous sommes faits d’identifications de nous, enfant, avec les inconscients, c’est important, les inconscients davantage que le discours et les comportements, qui nous ont entourés. Ces identifications ne sont plus accessibles par la pensée rationnelle car des processus défensifs inconscients les ont filtrées, puis en ont gardé le « code source » au sein de leurs formes cryptées.

Deux processus de défense bien distincts, entre la prime enfance où domine la dépendance des soins externes et l’enfance puis, l’adolescence, où l’enfant se détache de l’objet qui venait le satisfaire pour mieux trouver l’objet de son désir singulier :

  • le clivage, dans un premier temps, celui de la construction du narcissisme, secondaire, celui qui intègre l’existence d’autre que soi, séparé, et qui résout cette angoisse au plus maîtrisé ;
  • le refoulement, lors du temps oedipien qui intègre l’existence d’un autre pour l’autre qui, externe à soi, en effet, on convoite. L’angoisse va devoir se résoudre en lien avec la réalité imparfaite, dans l’œuvre et dans l’affect.

 

 

Revenons aux phénomènes psychiques naturels à la base du lien social : les processus de défense et de constitution du SELF, de l’identité, et du MOI social.

1) Le clivage

Le clivage permet de cloisonner et de faire alors cohabiter en soi les premières identifications passionnées : l’amour et la haine, la jouissance et la peur, la détresse et l’élan destructeur. Le nourrisson tête le sein, accède au plaisir mais aussi à l’envie de dévorer la chair, de détruire la mamelle qui lui permet d’accéder au liquide vital pour son intégrité autant physique que mentale. Le très jeune enfant à partir de quatre mois manque du sein, acquiert la conscience de son absence, et par là, de la séparation entre la mère et lui-même. Il l’hallucine alors, il croit le boire et le réduire en lambeaux, et il se rendort apaisé, il aura eu « la peau du lait ». Il l’a à nouveau dans la peau même si ce n’est que dans son imaginaire là où le réel lui oppose le premier trou de son existence désormais autant vouée au « principe de plaisir » que de « réalité », l’altérité. Il intègre, ce faisant, le bon et le mauvais objet. Il peut à la fois aimer sa mère et la détester, lui inventer des substituts. Il pourra ensuite développer d’autres « relations d’objet », tout autant insatisfaisants, ambivalents, à la fois bons et mauvais.

Faisons le point sur l’espace interne qui se créé au contact de ce premier espace social.

Le clivage peut être représenté dans l’espace psychique interne sous la forme de traits verticaux qui font cohabiter différentes facettes de soi. Les bons objets internalisés et les mauvais objets. A ce stade, papa n’est pas encore identifié comme étant la menace, le mauvais objet. L’enfant entretient des rêves de satisfaction libidinale et morbide : mordre et détruire, mordre et rassasier son envie.

L’enfant va évoluer de l’identification primaire, directe, à la mère, à un seul et même modèle, ambivalent, à une identification au désir du père pour elle qui élabore son désir à lui sans autant de détachement de la réalité. Le clivage mène au déni en grandissant. A la psychose en lieu et place de la névrose des relations.

Dans l’exemple cité la mère aime l’enfant mais seulement « suffisamment », pas de façon absolue. Elle aime surtout le père de l’enfant, sa vie est celle avec le père de l’enfant. La mère présente le père à l’enfant et ce faisant l’enfant fait place à autre que la mère, à autre que lui-même et son hallucination.

L’identification au père représente l’effort de l’individuation : le père sépare de la mère, l’enfant se départit de son hallucination. Lorsque la mère est absente, c’est le père qui devient obsédant, la cause de la séparation, et la motion est violente et sexuelle tout autant : le posséder, lui prendre sa puissance sexuelle, le détruire, faire disparaître cette puissance. En grandissant, en interagissant successivement avec le père, la mère et le couple parental, l’enfant se résout à acquérir sa propre puissance : il s’investit dans les études, dans le sport, dans sa prestance, dans sa contribution, musicale, cuisinière, jardinière, ménagère etc. Il imite puis il réalise à sa façon les désirs inconscients qui lui sont projetés et qui rejoignent ses propres motions. Il intègre les interdits de ses parents.

2) Le refoulement

Le refoulement permet d’oublier la période intense et secrète où seul le cannibalisme, l’inceste et le meurtre (les trois interdits sociaux) auraient pu calmer l’enfant. Où le triangle œdipien ne permet plus l’hallucination d’un objet entièrement à sa disposition.

Le refoulement peut être représenté dans l’espace psychique interne comme étant la « ligne de flotaison », horizontale, entre ce qui est pensable et faisable et ce qui ne l’est pas et qui pourtant, par moments émerge tout autant : des passages à l’acte et des parole-acte qui tentent de s’annuler socialement d’un « je n’ai pas fait express », d’un « je ne le pensais pas vraiment ». Ce sont des retours du refoulé. La levée du refoulé est nécessaire dans tout processus d’accompagnement. Pour réduire la charge de l’interdit d’antan. Il est aujourd’hui possible de prendre le poste de son supérieur hiérarchique sans que cela ne soit assimilé à tuer le père ; de répondre et faire partie d’une équipe projet transverse et contribuer ainsi à satisfaire aux demandes d’une Direction Générale, supérieure à sa hiérarchie régulière, sans souffrir d’une position vécue comme incestuelle. Les deux exemples cités sont issus de ma pratique.

J’ai développé ces deux mécanismes de protection et je les ai situés dans l’espace psychique pour donner à voir comment ils ordonnancent nos relations et nos vécus. Ils reçoivent d’autres appellations dans la pratique psychologique courante : la projection est l’expression des parties clivées de soi, reconnues chez « l’autre », avec le déni en arrière-plan. L’inhibition est le pendant pétrifié du processus de sublimation qui sert de soupape continue au refoulement.

Il est aisé de comprendre que les pratiques collaboratives demandent de dépasser tout autant ces deux geôliers de l’espace psychique individuel. L’avantage par rapport au conflit inconscient réactualisé dans la relation à un seul (le supérieur, la Directrice des ressources humaines membre du Codir cités dans les exemples qui précèdent) est que le groupe est un espace psychique collectif. Et en cela, un milieu de choix pour expérimenter et réorganiser son propre espace dans toute sa complexité. Dépasser les blocages et accéder à la créativité sans discontinuer. S’y ajoutent les blocages que génère le collectif, résumés dans la homéostasie, l’illusion groupale, mais qu’il est passionnant de redécouvrir dans le vécu transpsychique des individus ! Ils plongent dans les stades archaïques et narcissiques. Ils favorisent l’idéalisation, l’hallucination primaire. Et avec elle la destruction en lieu et place de la conflictualité Œdipienne, sociale.

De la même façon que l’individu s’épanouit tout en se protégeant de l’autre, de chaque rencontre et de chacune de ses relations, par ses oublis et ses contradictions – ce sont les appellations courantes des phénomènes complexes de clivage et d’inhibition dont je faisais état plus haut, il se protège des autres et trouve des voies nouvelles de réalisation personnelle en investissant un groupe qui lui ressemble autant qu’il le désassemble et en cela il est déterminant.

 

 

 

Les membres d’un groupe sont aussi secrets et mal assortis que le sont les plis de chaque esprit adhérent. Le groupe a pour avantage d’opposer une enveloppe groupale à son environnement. Un de mes partenaires utilise volontiers l’image du groupe « sous cloche ». C’est un peu cela mais la serre ne peut tenir qu’un temps. Afin que le groupe puisse développer sa mission, et que ses participants puissent s’individualiser à nouveau.

Comme pour l’individu, le groupe cultive une hallucination, collective cette fois-ci. L’individu cède sur ses défenses individuelles et peut ainsi se dépasser et mener une démarche d’appropriation de la production commune, mais surtout une démarche d’identifications nouvelles dans le vécu partagé. Ces identifications sont conflictuelles une fois de plus, et demandent un effort personnel : les défenses se dressent à nouveau avant de céder pour de bon. Sans plus besoin de la protection que représente l’enveloppe groupale imaginaire.

Le groupe offre une contenance à la fois qu’il produit une excitation alors. C’est dans la continuité de la contenance vis à vis de l’extérieur et dans l’organisation progressive du chaos intérieur que le groupe s’impose aux participants. Que le vécu du groupe permet des inscriptions durables dans les sujets qui le composent plutôt que des émotions fortes et stériles. Que chacun lui cède bien une part de sa liberté pour la retrouver plus loin et avec la responsabilité en prime. Le sentiment de l’œuvre commune.

Pour cela, le groupe à son tour organise les échanges avec l’environnement autour sous la forme défensive qui lui permet d’exister et de se pérenniser.

Quelles sont les défenses qui sont le propre du groupe ?

Trois scénarii de base, nécessaires à sa progression, ont été identifiées par Bion et ces formes restent actuelles et sont constatées dans tout travail d’analyse institutionnelle professionnel.

– La dépendance entre les participants. C’est l’idéal commun, l’objectif, si le groupe est productif, la cause, si le groupe est promoteur ou du moins influenceur, la résistance si le groupe est défenseur des intérêts communs de ceux qui s’y rallient. C’est un campement de base dans le sens où il n’est pas possible d’y rester, dans cette phase d’idéal, dans ce sentiment de parfaite adéquation des vues : l’objectif ne se réaliserait pas, la cause serait isolée puis perdue, les intérêts dévastés par d’autres moins égaux, plus complexes et qui s’imposent de leur difficulté même à être réduits et attitrés.

À l’abri de l’enveloppe psychique groupale les enveloppes psychiques individuelles lâchent de leurs atermoiements personnels. Le vécu de la famille, le groupe d’origine pour chacun, dit primaire, permet de repérer dans ce groupe secondaire, les petits arrangements devenus inconscients pour chacun.

Le groupe est la scène de l’inconscient collectif individuel enfin accessible et susceptible d’être rejouée. Sauf que la dépendance originelle n’est plus une fatalité. C’est ainsi que l’objectif, la cause, offensive ou défensive, écartent vite ceux et celles qu’il, qu’elle, croyait réunir. Chacun ose davantage que ce qui lui était donné jusqu’ici.

Les individus fréquentent le groupe en même temps qu’ils poursuivent une trajectoire riche d’autres appartenances, d’autres idéaux, de bifurcations et de renoncements. Ils retrouvent la contenance, ils apportent leur chaos. Ils y trouvent les moyens d’organiser les contenus contradictoires et imposants.

Les organisations actuelles le permettent davantage que du temps de Marx et de Taylor. Ce sont alors les deux autres formes du campement de base qui peuvent être un piège si l’on s’y installe plutôt que de les adopter un instant.

– Le couplage. Deux, trois individus semblent plus à même de préserver l’idéal une fois que les divergences se font sentir, qu’un organisateur externe, l’institution souvent – ou son antidote puissant devenu acceptable socialement, et en cela tout autant aliénant : les syndicats, les organismes de tutelle -, ne décide à la place des participants du maintien de la tension vers l’idéal fondateur, quitte à ne pas le réaliser. Cette position de base qu’est le couplage apporte l’espoir d’une concrétisation plus tard. Elle entretient au contraire un immobilisme hagard de la part du groupe au complet. Les élus ne font que savourer leur pouvoir. Souvent. Longtemps. Sans fard. Ils oublient eux-mêmes le sens de l’histoire.

Le groupe se dote d’une unité parentale. Là où la première position rappelait la grande famille, l’école, la bande, le groupe secondaire en somme, et en cela ouvrait les perspectives, la position du couplage ramène chacun au trio d’origine, au primaire et à l’infantile.

Dans la vie associative oh combien de fois ce campement de base devient la guinguette au bandéon désaccordé. Tout le monde danse sans s’y soucier. Les Chef de Service, pas les Directeurs, ceux auprès des leurs, pâtissent et ont toujours pâti de ces espoirs posés en leur action couplée avec leurs partenaires, RH, marketing ou financiers. De nos jours les managers libérés sont aussi paradoxalement les dépositaires d’une pensée magique de réussite pourvu qu’un ou deux de leurs acolytes fassent une trouvaille qui sera portée au pinacle de l’organisation vertueuse.

– L’attaque-fuite enfin. Si les individus qui composent le groupe ne se font pas duper, ils vivent la révision de l’idéal ensemble et en temps réel. Ils échangent avec l’environnement plus large le fruit peut être modeste mais appréciable de leur énergie, le renoncement aussi à leurs efforts dans un équilibre perçu qui dépasse la contingence du groupe investi. Pour ceux qui ne veulent rien lâcher, c’est la manifestation assise sur leurs prérogatives qui prime.

Dans l’attaque-fuite, l’attaque sans concession de toute autre option que l’idéal qui les réunît est la forme que prend la fuite. La fuite au devenir du groupe qui est de changer les individus au point qu’ils le quitteraient et de compléter sa mission passagère et limitée.

Car tout groupe humain est voué à se désagréger une fois son objectif atteint, sa cause propagée. Aucun de ces « campements de base » ne peut perdurer.

Les organisations horizontales de nos jours excellent en ces deux derniers contenus : désigner des champions, des hauts potentiels jamais ou peu convertis, potentiels toujours ; se perdre dans la défense à outrance d’une position voulue plutôt que d’une évolution inconnue. Les organisations verticales de jadis pouvaient sur un idéal vivre au jour le jour.

C’est cela mon apport à l’apprentissage du groupe et de sa psychologie : attention aux nouvelles formes collectives, plates, prétendument collaboratives qui risqueraient de figer plus que jamais les individus. La singularité est en chacun de nous. Et la singularité se partage depuis la courte place et pendant le bref d’un temps qui nous sont donnés seulement.

Restons groupés oui, mais chacun en marche sur son chemin de poussière, de l’infiniment petit et nécessaire après tout.

 

 

L’amorce du groupe de pratiques collaboratives n’est pas l’inclusion mais l’impair

Un accompagnement qui n’est plus incitation, encore moins injonction, à la collaboration mais bien au contraire subtile invitation à l’individuation et à l’élaboration de l’engagement.

Elle a occupé un de ces postes à forte responsabilité dans une organisation, elle a exercé un métier qui est garant de qualité et de prudence. Elle en a approché toutes les équipes, tous les cadres dirigeants et intermédiaires. Elle est intervenue au détail près et dans une vision d’ensemble exigeante et pérenne.

Elle a touché aux immondices, c’est elle qui le dit en séance individuelle. Elle a quitté la place, et sa place dorée, pour ne pas avoir à recouvrir de son silence ce qu’elle sait. Jamais elle ne dit ce qu’elle en sait. Meme une fois libérée. Son silence est redevenu  source de vitalité.

Elle se forme et se formera au métier d’accompagner. Elle a entrepris une psychanalyse en même temps qu’elle a entrepris sa reconversion professionnelle : consultante extérieure de la grande organisation et de l’économie nouvelle. C’est peut-être un peu le même métier qu’avant, mais les limites sont posées de son côté. Du bon côté croit-on… Allons au plus près.

Elle en accompagne surtout les Dirigeants.

Elle est sensible à leur folie, à sa part créatrice autant que destructrice. Elle commence seulement à accéder à leur part de responsabilité sur les hommes et les femmes qu’ils réunissent. C’est peut-être pour cela qu’elle s’est inscrite sans douter un seul instant au premier groupe d’analyse de pratiques collaboratives qui voit le jour dans le domaine de l’accompagnement. Un accompagnement qui n’est plus incitation, encore moins injonction, à la collaboration mais bien au contraire subtile invitation à l’individuation et à l’élaboration de l’engagement.

Mais c’est aussi, j’ose imaginer, parce qu’elle peut enfin se questionner sur ses propres choix de « résistante » ou « collabo ».

« Moi dans le groupe » est l’intitulé de la première séquence, celle relative à l’inclusion spontanée, loin de celle provoquée par les techniques de « team building » et de « ice breaking » devenues des pratiques courantes, attendues, décalées seulement dans la forme.

Une seule question pour nous et libérer la parole profonde :

–        Qui suis-je ensemble ?

–        Jamais encore je ne m’étais posée la question de ce que le groupe changerait à mon être singulier. Serions nous tant attendus sur nos apports que nous nous oublierons nous-mêmes au fond ?

–        Nous sommes pourtant issus d’une collaboration originelle… Qui nous poursuit d’autant plus que nous ne pensons plus à elle.

En l’éclairant ainsi, nous, conducteurs de ce groupe en duo, nous pensons au père et la mère. Elle, elle pense à la mère et l’enfant, et même avant, à l’enfant dans la mère. Et de suite, son fil d’associations libres se libère.

–        Me revient cette filiation coupable.

Nous l’écoutons. En groupe analyse le groupe écoute tout, permet tout, en ajoute au fil des tissages de prise de parole libre entre ses participants. Mais d’abord laisser le fil de l’un se dérouler. Le temps n’est pas celui de la séance mais celui du fil de séances. La tapisserie du groupe de pratiques collaboratives se tisse grandeur nature, au fil des allées et venues, jamais dans l’illusion groupale de l’instant en huis clos.

–        Oui. Cette arrière-grand-mère paternelle qui risqua le cachot de ses liaisons tumultueuses, dont le fruit fut le meurtre prétendu du père et la naissance illégitime de l’enfant, et dont mon père serait alors le successeur impuissant. Et moi la femme en suspens ?

Ce n’est qu’en deuxième séance, dans cette même direction de « Moi dans le groupe » – chaque séquence a un après-coup- – que nous tentons le mouvement inverse, celui de la désidentification :

–        Qui suis-je d’autre, de différent, lorsque je suis dans un groupe vivant ? Comment ici je reste étranger(e)  à chacun des autres et aux autres en bloc ?

Personne ne revient en apparence sur le bout de partage mythique qui avait tant marqué la première séance, comme si celle qui est là était tout autre que la meurtrière insoumise. On la dit différente, belle, mère, grande et vive. On dit le présent distinct du passé et de son imaginaire pourtant pérennisé.

–        J’oppose à ce que je vois de toi ma dérive : je me pose des questions quant à mon couple et à mon investissement professionnel. Je me vois séparée, avec mon enfant à charge et bien d’autres possiblement, assistante maternelle de secteur probablement !

Ce faisant, sans le savoir consciemment, cette autre participante s’identifie toujours à l’errance de l’aïeule, à celle profonde, peut-être, de sa co-équipière qui se cherche et qui bute sur une menace jamais accomplie : la peine qui pesait sur l’arrière grand mère jamais accomplie enfermerait-elle de fait la lignée de femmes toute entière ? Où est le père ? Parvient-il à se séparer, à infléchir la transmission maternelle ?

Nous ne pensons plus ici à la névrose de destinée. Ce n’est n’ai une constellation familiale ni un groupe de thérapie. Nous faisons travailler les participantes concernées sur leur propre rapport à leur propre père dans leur rapport à nous animateurs qui venons ici briser le miroir qu’elles se tendent l’une et l’autre sans issue.

« Moi face au groupe » est la direction à prendre à la séquence prochaine. Quel style contributif, quel style d’animation aussi, si c’est ma place par ailleurs, ai-je au naturel ? Pour cela quitter la scène originaire est un préalable heureux.

Réunir un groupe n’est pas tant unir ses membres que, d’entrée, les séparer. Et qu’ils puissent se trouver à maturité et en toute créativité.

Nous avions aussi appelé ce deuxième module celui des « corps d’élite » et des « hauts potentiels » que les professionnels de la profession d’accompagner réunissent en entreprise (RH, coaches, tuteurs de la formation au management, sponsors dans la hiérarchie). Pour accompagner des trajectoires exceptionnelles et des collaborations novatrices rien de tel que de comprendre en quoi on se déçoit soi-même pour ne pas « l’avoir compris(e) », la part du père, de l’autre que la mère qui nous est acquise. La part du père est l’impair que nous nous refusons de commettre en situation sociale qui plus est collaborative. Bienvenu soit-il en groupe d’analyse et de pratiques.

Illustration de couverture Kate Parker Photography

(S’) introduire (dans) la psychologie du collaboratif

Un ouvrage qui fait le point de la psychologie en groupe indispensable aux managers, consultants, formateurs, RH, leaders libérés et participants avisés.

Kate T. Parker Photography

❝ Un groupe rappelle chacun de ses participants à ses élans premiers de relation et aussi à ses préférences d’expression, violentes et sexuelles, ou alors en repli mélancolique de mise au lit ou de mise à mort. […]
En groupe-analyse, ou groupe qui analyse, la règle primordiale est la même que celle de la psychanalyse individuelle : tout se dire tel que cela passe par la tête. Tout se partage quoi qu’il en soit, et la contagion émotionnelle est souveraine. Les apparences, même si elles gardent la face, au fond de chacun de nous, elles cèdent. […]
Oui. La chaîne associative est limpide car elle associe les paroles des uns et des autres plus qu’elle n’empile, ou même, n’oppose des discours individuels. Le plus proche à mon sens est la pratique dialogique que pratiquent les nouvelles générations : chacun ajoute, personne ne retire, n’efface ou déforme, de ce que les autres mettent en commun. Et ce n’est pas le fil consensuel qui est retenu, mais tous ces apartés qui sont des graines à jamais déposées dans la tête et les cœurs des participants.

Le fil de la libre association d’idées se tisse entre les membres du groupe, la mal nommée association d’idées, car il y a dans ce processus libre associatif analytique autant de pensées que d’affects, d’émergences que de censures ou de travestissements du désir, lors des échanges d’un groupe qui se retrouve régulièrement avec ou sans tâche à accomplir, mais avec une volonté de vérité.

Chacun apprend au fil des séances de groupe-analyse que, comme dans la cure, la transformation est personnelle avant tout, et que tout est possible au groupe une fois les résistances internes de chacun contactées et possiblement dépassées.

Ce qui est particulier au groupe est que « ce n’est pas qui parle qui est ». Le groupe est un inconscient à lui seul. Il pratique sans le savoir, comme Monsieur Jourdain, la danse de l’inconscient, en deux mouvements : le déplacement et la condensation. C’est du pur désir, qui se déplace, qui prend un objet pour un autre, et qui se cristallise par instants, dans un « ça c’est tout-moi » avec tout l’absurde dedans. Et les peurs aussi, le moi n’est pas que ça mais un idéal posé sur lui, sur-moi, très tôt.
Vous connaissez peut-être ce balancier de notre pensée devant le rêve que nous mettons en scène nous-mêmes autant que nous le découvrons en projection privée. ❞

Et c’est par le récit d’une séance de groupe faisant une large part au rêve que se complète ce chapitre d’un ouvrage qui fait le point de la psychologie en groupe indispensable aux managers, consultants, formateurs, RH, leaders libérés et participants avisés. Vous pouvez vous le procurer en suivant ce lien.
La psychologie du collaboratif

Dessine-moi nous

Eva Matesanz

Editions L’Harmattan 2017

Pages 33-34

L’entreprise de la peur

Reprenons la peur de vivre. Faisons l’entreprise des générations futures.

« Les hommes d’aujourd’hui ont poussé si loin la maîtrise des forces de la nature, qu’avec leur aide, il leur est possible d’exterminer jusqu’au dernier. »

Cette phrase a été écrite par Freud en 1939. Depuis, la libération des camps en 1945 a joint l’image à la parole, l’image qui imprime l’horreur. La bombe atomique, les kamikazes de nous jours, mais aussi, l’insoutenable de l’économie et du social aussi redistribuée soit l’une et aussi libéré se proclame l’autre, confirment ce « malaise dans la civilisation ». Ce qui était un état de détresse naturel, celui du nourrisson, celui du mourant, l’homme étant le seul être qui ayant conscience de sa vulnérabilité à la naissance et à sa fin prochaine, l’inévitable aboutissement, vit dans un état d’angoisse, de peur sociale qui est la réalité de cette angoisse dans les termes de Lacan. Et c’est cette peur qu’il s’agirait de dépasser pour être sujet malgré le « pas tout » environnant. Une peur qui disparaît lorsque l’imminent devient immanent. En Seminaires Psychanalytiques de Paris toujours. Illustrés par Kate T. Parker Photography.

Car si ce n’est pas tant l’absence de l’objet maternel protecteur qui suscite les craintes de l’enfant et qu’il apprivoise en jouant (For-Da de Freud, objet et espace transitionnels de Klein et de Winnicott), mais son imminence même. C’est son immanence, sa présence entêtante, le continuum le plus meurtrier.

Ce n’est pas de l’absence dont nous souffrons. Des sorcières, des loups des bois qui peupleraient l gouffre béant. C’est de l’ultra-protection. C’est de l’ultra-préparation. C’est de l’ultra-investissement. De mouvements affectifs  et intéressés en même temps, dans le prolongement narcissique d’une faille originelle pour chacun.

Lorsque maman ne revient plus, qu’elle retourne à sa carrière et à ses amants, fantasmés ou successifs, lorsqu’elle choisit aussi de piloter son élevage -je dis maman mais pour le père d’aujourd’hui c’est du même acabit, les suppléances du père symbolique viendront plus tard avec un peu de chance -, qu’il ou elle n’est pas présente à l’enfant, au sujet qui se forme, inquiet ou inquiète elle-même de l’imminence- immanence de sa propre mère, de son propre tuteur, ou au contraire, et pourtant c’est du même, en deuil, de sa perte réelle ou du manque profond qui enfin se réveille inconsciemment, il n’y a plus de destin à l’angoisse. Il n’y a plus de jeu d’apparition et de disparition de l’objet (For-Da du siècle dernier, Doudou du temps présent), dont sortir victorieux. La peur n’a plus d’objet. Le jeu devient un but en lui-même.

Le continuum d’existence est rompu. Il n’a jamais existé. Le continuum stérile de la conception, le fantasme du couple qui est toute autre chose que l’individu auquel il devrait donner naissance, s’enkyste.

Ma patiente, citée lors de la vignette précédente, a cessé l’accompagnement sans transition. Elle joue sa partition. C’était cela ou, à nouveau, changer de région, changer d’homme, changer de job. Et ne rien changer fondamentalement à son attache courte à la mère dont elle prolonge dans son imaginaire la dépression, dans sa servilité au père et au chef dont elle prolonge le mythe du réel sauvage : l’homme dispose librement des femmes et il tue les frères dans l’œuf. Mais tout n’est peut-être pas perdu car elle garde vivant son désir de les tuer tous les deux, de saccager le corps de la mère qui la retient encore et encore, de couper la tête au tyran qu’elle élève elle-même dans un trône. À suivre, le récit de la séance.

En entreprise, cela licencie, cela recrute, cela lance une initiative, cela la transforme en projet, cela coupe le budget, cela réorganise, cela évalué, cela écarte et cela promeut. Cela rappelle à chacun sa vulnérabilité, jusqu’ici chaque année, désormais selon un « rolling forecast » financier, à horizon des trois mois prochains. C’est l’imminence de l’objet, absent au sujet, leur immanence, qui empêche toute destinée singulière d’une angoisse créatrice originelle.

C’est intéressant qu’à l’occasion des élections législatives et présidentielles auxquelles je ne participe pas en ma qualité d’étrangère résidente, la galerie des monstres prétendant à la fonction suprême, chacun patient désigné malade par sa propre famille politique, suscite dans la société civile des initiatives de mandat collectif (#mavoix, #julientletailleur) rendu possible par les nouvelles technologies. Peut-être que Freud en aurait parlé avec moins de pessimisme. La nature comme la culture ont, toutes deux, leurs râtés et leurs épiphanies.

Ou alors, comme le philosophe Frédéric Lordon* l’approche, la crise des institutions, concomitante à cette poussée des hommes et des femmes à la fois monstre et pantin, présage d’un nouvel ordre symbolique venant border le réel. Et pour chacun de nous enfin, l’imaginaire, retrouver. La peur. La vraie. Le courage de vivre et d’aimer. Chacun à nouveau responsable de son propre continuum, d’une destinée. À horizon 2039 ?

Et écrire pour les générations d’après :

« Les hommes d’aujourd’hui ont poussé si loin l’acceptation des forces de leur nature, qu’avec leur aide, il leur est possible de ne donner vie qu’à des premiers. »

Toujours premiers de ce qui se poursuivra sans eux.

*Auteur de La société des affects

Le chef de famille et d’entreprise, meurtri et meurtrier

Comme l’enfant ne put pas jadis renoncer à la personne maltraitante, pour son rôle inaliénable, maternel ou paternel, l’équipe ne peut pas résister à celui ou à celle qui l’incarne.

L’entreprise est un lieu de transmission. Les collaborateurs la rejoignent avec leurs névroses intimes mais elle est aussi un milieu névrotique, pour nodal, une « famille » avec ses compétences « relationnelles » et ses court-circuits ravageurs.

Souvent, c’est la maladie du fondateur qui se propage tacitement parmi les rangs et les générations. Ce que le fondateur avait du mal à dire de son désir se dit malgré lui. Ce sont aussi les « mal a dit » de chaque cadre qui se « story-tellisent » dans les relations des équipes.

Ainsi, l y a déjà sept ans, lorsque Chantal Buhagar m’invita à son intervention en Fédération de coaches, la AEC devenue EMCC Europe, l’objet de son exposé très osé était un mal-être endémique qu’elle avait dû accompagner auprès des Chefs de Service successifs d’une équipe institutionnelle. Chantal avait l’impression de faire face à un fantôme : le fantasme non élucidé de celui qui lance une activité et qui crée une réunion de sujets se pétrifie sous cette forme.

« L’enfant meurtri, humilié. »

C’est l’autre conférence des Séminaires psychanalytiques qui a sollicité en ce mois de mars mon intérêt et ma passion.

L’excès d’excitation toujours en cause. Le traumatisme ou la suite de micro-traumatismes au delà d’un seuil d’effraction personnel. Sans pouvoir lui donner un sens. Ce qui n’est pas intégré est refoulé et revenant, sous la forme de répétitions inconscientes, de formations de compromis entre la jouissance qui a été retirée de ce trop plein de vie et l’incompréhension de ce qui a touché à la mort, le débordement, qui se cherche à l’infini. Il y a surtout une recherche de l’intensité déjà vécue ! C’est ainsi qu’un chef d’équipe peut galvaniser ses troupes et à la fois les meurtrir de sa souffrance enfouie, de l’atteinte narcissique intolérable et irrattrapable qui s’y réactualise.

Comme l’enfant ne put jadis renoncer à la personne maltraitante, pour son rôle inaliénable, maternel ou paternel, l’équipe ne peut pas résister à celui ou à celle qui l’incarne.

Comme l’enfant ne peut disposer d’un narcissisme autre que de ce narcissisme primaire de l’absence, son absence dans le miroir que la mère lui offre, puis du narcissisme secondaire, de l’absence du séparateur qu’est le père, le narcissisme fondamental ou primordial cher à Françoise Dolto, celui de la gestation et des premiers temps du nourrisson, s’emballe.

Toute une équipe se trouve engluée dans la matrice mortifère si elle n’accouche pas d’autre qu’elle. Mais comme l’a relevé Anzieu, du vivant peut resurgir d’une mort psychique groupale.

J’irai danser sur vos tombes…

Illustration de couverture Kate T. Parker Photography

A condition de traverser la peur…

« L’enfant qui a peur. L’enfant qui fait peur. »

Ce sera le troisième thème de la conférence des Séminaires Psychanalytiques de Paris, que jedéclinerai pour l’entreprise par ici.

 

Un avant-goût  douce – à mère :

En ce moment je l’accompagne. Elle souhaite cesser l’accompagnement tous les neuf mois. Elle n’a pas traversé la mère. Elle est née par césarienne. Elle n’a pas tourné le dos au père. Elle a fait de sa boîte à lui la boîte dans laquelle elle ne s’épanouit pas. Il a cessé son activité. Elle, elle la poursuit aveuglement, et se trouve face au néant. Elle est à faire peur. Elle souhaite cesser définitivement, que ferai-je tentée comme je suis de m’ôter de cette souffrance infinie ?

Car c’est dans la continuité fœtale, dans la paix intérieure, dans la solitude pleine, qu’il est peut-être possible de prendre un nouveau départ. Et de faire une rencontre qui étaye ce qui ne le fut pas. L’accompagnateur, l’amant, le supérieur à condition qu’il ne change pas tous les deux ans, le professeur d’un art, l’étranger sans l’inquiétude familiale, globe-trotter des sentiments les plus larges.

Quel grand nombre d’enfants cherchant à (se) co-naître j’accompagne avec joie ! Et leur permettre de trouver dans leur vraie vie un autre double que Dieu (l’avant-mère) ou moi, jumelle du Narcisse* qui ne les scotche pas à recréer dans leur for intérieur, dans l’équipe et/ou dans leur couple et leur famille tout leur désespoir.

*Dans la mythologie la plus vraisemblable du Narcisse, celle de Pausanias, c’est la perte de la sœur qui le fait rechercher le visage aimé si proche du sien nubile dans l’entrelac.

La douleur était si vive qu’elle me faisait pousser des gémissements. Mais la suavité causée par ce tourment incomparable est si excessive que l’âme ne peut en désirer la fin, ni se contenter de rien en dehors de Dieu. Ce n’est pas une souffrance corporelle. Elle est spirituelle. Le corps cependant ne laisse pas d’y participer quelque peu, et même beaucoup. C’est un échange d’amour si suave entre Dieu et l’âme, que je supplie le Seigneur de daigner dans sa bonté en favoriser ceux qui n’ajouteraient pas foi à ma parole. Les jours que durait cette faveur, j’étais comme hors de moi. J’aurais voulu ne rien voir et ne point parler, mais savourer mon tourment, car il était pour moi une gloire au-dessus de toutes les gloires d’ici-bas.

Thérèse d’Avila, Vie écrite par elle-même (1565)