Victor sauvé des eaux

A quoi cela tient ? Cela tiendra-t-il ? L’art du lien collectif est en marche. Et victorieux.

Qui suis-je ensemble ?

C’est la question qu’il me pose, Victor, au démarrage de son accompagnement alors que j’entame l’écriture de cet essai de nous et de soi. Et j’aime faire de cette, une de ses premières séances, l’incipit d’un ouvrage qui ne peut être que collectif, de vous et de moi.

 

Il m’a approchée pour être accompagné en individuel alors que cela fait plus d’une année qu’il fréquente un groupe que je co-anime par ailleurs : « une animation sans animateurs qui s’imposent de leur animation typée. André et toi êtes des animateurs libérés. Vous avez compris quelque chose qui m’échappe. Qui suis-je déjà moi ensemble ? “

 

– Car je souhaiterais créer un groupe de consultants d’un ordre nouveau ; assez des réflexions, Think Tank bien pompeux, et d’autres Design Thinking et Mind Mapping ! Je veux de la vie et du naturel, de l’action voire de l’activisme, et de la propagation, de l’exil et de la mort, du renouvellement de ce métier de Conseil, dont l’ubérisation n’est pas la digitalisation, mais le contact humain perdu dans nos papiers et nos rapports !

 

Dès la première séance « en face à face », il nomme, comme jamais en groupe, il ne l’avait fait – ce sont les vertiges de l’intimité -, sa difficulté personnelle de toujours et d’aujourd’hui.

 

Il a renoncé à son rêve de jeune homme, qui était d’être astronaute, parce que son épouse, rencontrée en seconde, le trouvait dangereux. Une relation à distance met à l’épreuve le lien. Cela ne l’a pas empêché – s’avoue-t-il – de se sentir bien lointain…

Face à moi il l’est. Et je voyage vers lui comme je le peux…

 

Il est devenu “tout simplement” ingénieur, marié, père de deux belles enfants.

 

Il a oublié aussi d’être en colère – il ajoute sans transition -, car son frère aîné les portait toutes en lui, et que pour le bien de leur petite sœur, il me dit, il valait mieux qu’il fasse écran, qu’il l’éloigne de tout ça…

 

Mais il n’a pas pu briser la chaîne, il regrette, trop structurante sans doute et aussi trop signifiante, qui les tenait tous ensemble.

 

Le père volage et revenant permanent, pilote lui-même de haut vol, débordant et débordé de son éros.

 

La mère si violente de son absente toute-présence, mère parfaite, bonne à tout faire, femme mort-née ?

 

Et le frère capricieux depuis sa moins tendre enfance, et la soeur adolescente blessante.

 

Il a permis – dit-il -, toutes ces offenses.

 

– Vous vous en êtes protégé – je tente.

– Je suis un lâche…

– Vous êtes en lien. La preuve : votre métier.

 

Il le reconnaît. Il se reconnaît. Partout où il “consulte”, oui, c’est son métier, il tempère de son mieux, qui est excellent, les conflits inhérents à l’organisation. Il ne brise pas davantage les chaînes qu’il le faisait à la maison. Il met de l’huile, du sel et du miel. Il garnit, de ses mots frais, les vides et les plaies ; il balaye de la douceur de ses grandes mains les injures qui risqueraient de brouiller les rapports humains. Il sort les poubelles et il met la table. Et il range sa chambre.

 

Et un jour il la vide à son tour. Sans un mot.

 

Lorsqu’il quitte ses parents, lorsqu’il quitte ses clients, invariablement, indépendant.

 

Il n’y a que la colère qu’il a dû y laisser dans un coin, avec ses jouets, il ne sait où. Comme son rêve. Loin dans la nuit étoilée d’été…

 

Il veut créer ce groupe, d’innovateurs dans le Conseil, pas tant pour que le client puisse innover, comme cela “se fait”, à partir de deux-trois briques à la mode, assemblées pour l’occasion, par un consultant avisé et quelques bénéficiaires, ses consultés, éloignés de leurs responsabilités…

 

Non. Un groupe qui décolle, qui ose y aller.

 

Il a créé ce groupe. C’est une réalité dont il n’assume pas la paternité, pas plus qu’il ne voit pas sa colère encryptée et la crypte de son rêve recouvert.

 

-Le groupe s’est créé – il dit -, nous sommes quatre et vous-même.

 

Moi qui l’accompagne. Il me compte dedans. Je ne sais pas s’il dit aux autres “qu’il se fait aider” pour “venir à bout cette fois”. Je lui demande, qui sont ces cinq auxquels il tient. C’est notre troisième séance, et sans détour il pense à sa bande d’étudiants en Ecole d’ingénieurs, cinq en tout, cinq aussi, comme dans sa famille et dans notre cercle d’aujourd’hui ! Il avait pu – ou plutôt il avait dû, c’était dans l’ordre des choses d’un devenir étudiant, et ingénieur, et chef de famille, et travailleur -, quitter ses parents, et son frère, et sa sœur, et son amie. Et il était heureux ainsi.

 

Et là, lorsqu’il réunit le groupe le matin, qu’il déjeune avec eux, et qu’il me rejoint de suite pour la séance individuelle, il retrouve ce bonheur. Il dit tout ceci d’un trait. Le fil associatif de la pensée libre est ainsi fait.

 

Qui suis-je ensemble ? Celui qui atteint cette complétude au-delà de soi ? Tout est là, devant moi, autour de moi, ça babille, ça regarde, ça se tient et ça va. Tout est moi. Et je me sens le « même » et différent à la fois. A quoi cela tient ? Est-ce que ça tiendra ?

 

C’est sa question. La vôtre qui nous lisez peut-être ?

Alors. Je vais tenter de vous écrire, d’en faire aussi le récit, de vous dessiner un peu lorsque je peux, et de la main de Joël Alessandra, auteur de carnet de voyages comme cela peut l’être pour vous celui-ci, je vais décrire, évoquer, approcher peut-être, accrocher certainement, les tissages de la nature humaine et du groupe humain.

 

Par beau temps entre professionnels de la relation

Quelques nouvelles, parmi tous ces billets d’humeur, des rencontres vivantes et par beau temps entre professionnels de la relation que nous animons.

Une visée essentielle, analytique vous le savez, pour :

(Re)trouver les bases de la (re)connaissance de la psyché, de la pensée humaine, largement abordée du point de vue cognitif en formation, de coachs, managers et consultants, beaucoup moins du point de vue de l’inconscient qui assure plus de 90% de nos actes et décisions en apparence libres, plutôt répétitifs d’un trauma serait-il une suite de micro-traumatismes, et qui nous touche sur deux versants : l’identité propre et la relation à l’autre.

Deux événements ce printemps :

  • Le classique de la formation aux structures psychiques autour de Roland Brunner, les 17 et 31 mai.
  • Le partage en groupe de pairs à la campagne, au naturel, sur cette élaboration psychique qui, préconsciente, se laisse appréhender : l’atelier « de fil en fil » à Sens le 20 mai

Modalités habituelles de 200 euros par journée. 80 euros en sus pour la journée résidentielle à Sens. Tout compris. Hors trajet. Horaires de 10h à 17h à chaque fois.

À votre écoute pour cettes ou d’autres rencontres. Les groupes de Supervision analytique de coachs et de consultants, travail sur l’identité et la relation (posture et contre-transfert) courent eux sur l’année mensuellement et sont pour certains ouverts à des nouveaux entrants.

Bouger les lignes : en groupe-analyse de Direction 3/4

Les N+1, les managers de proximité des équipes du terrain ne se reconnaissent plus dans la pure exécution d’une stratégie décidée et propulsée du haut vers le has par des N+2 et plus. Les N+1 de nos jours « réfèrent » à leurs clients que leurs équipes représentent bien plus fidèlement que tout organe de Direction aussi visionnaire soit-il, aussi garant d’une qualité homogène et d’un service continu. Centenaire ici. Le marché sait aujourd’hui ce qu’il veut, et ce qu’il peut ! De par le temps réel, de par la transparence, celle des autres offres et des autres demandes dans un monde ouvert, déréglementé, interconnecté.

En même temps les N+2 restent les porteurs de sens de l’entreprise dans son ensemble. La mémoire d’un corps social. Résiliants, d’autres épreuves passées, relieurs de l’ensemble des communautés qui la composent et qui s’y ajoutent sans discontinuer. Transcendants de fait.

Et nous ouvrons la réflexion agissante, par une question inspirée d’un glissement possible de Gouverneur plus ou moins colonial à « Sponsor » choisi, de tout son sens originel pas tant marketing ou financier que celui des épousailles entre deux désirs humains de faire ensemble, d’être créateurs. Et un seul accoucheur : le porteur de projet.

– Le moteur ici, ou plutôt son essence – lance l’un de ces Directeurs en groupe-analyse avec nous -, n’est pas à la promotion de soi mais plutôt à la réassurance : « mon chef a raison ». Et même entre nous, membres du Codir, nous nous risquons moins que nous nous rassurons.

Avec Vincent, Co-animateurs, nous laissons se déplier cet examen de conscience pour aller d’évocation en évocation, plus ouvertes, plus singulières qu’une lame de fond. D’autres mots apparaissent ainsi progressivement qui sont des images riches qui charrient des structures nouvelles : la confiance mutuelle, l’incertitude partagée et en cela moins incertaine, la bravoure, braver ensemble c’est se protéger activement. C’est l’assurance et la gestion d’actifs leur coeur de métier aussi.

Chacun compre sur ses pairs et sur ses N-1. Comment vont-ils, avec des électrons libres, ceux issus des équipes terrain et propulsés cette fois-ci vers le haut, faire le líen ?

C’est cela qui est à suivre dans cette animation d’un groupe particulier : analyse de dirigeants entre eux. Retour au chapitre 1/4

Une psychanalyse empathique

Fragments d'une psychanalyse empathique par Serge Tisseron« L’efficacité d’un travail analytique consiste en une bonne part dans l’apparition et le déroulement d’expériences psychiques totalement nouvelles qui permettent la transformation d’habitudes mentales et relationnelles. Et parmi ces expériences, celle de se sentir accompagné est essentielle. »
« Aucune reconstruction, en analyse, n’a donc pour prétention d’être absolument objective. L’important est qu’à un moment donné, une mémoire se fixe dans un récit qui devient l’occasion d’une rencontre réussie. Celle-ci fabrique l’événement tel qu’il est supposé avoir été vécu. C’est à travers lui qu’il « s’incarne ». Et cette incarnation, parce qu’elle est partagée, nous assure d’avoir été compris et constitue l’occasion d’un nouveau départ. »
« Nos expériences passées y sont remises sur le métier et nous nous familiarisons peu à peu avec une nouvelle façon de les envisager.
Au contraire, l’interprétation qui rabat l’expérience individuelle sur les invariants de l’inconscient tue la part de séduction et de jeu présente en toute relation. »

Fragments (choisis) d’une Psychanalyse Empathique
Par Serge Tisseron

Retisse moi un collectif individuel

 

Comme d’autres, nous avons succombé il y a deux ans à la tentation de constituer un réservoir d’idées et même d’actions – ledit Think and Do Tank -, et pour nous, il s’agissait de plancher sur le pourquoi, pour les uns, le comment, pour les autres, analystes, thérapeutes et coachs, accompagner autrement.

Comme d’autres, nous avons mis plusieurs sessions à donner de la voix individuelle, les uns dans la projection d’une ambition bien à part, les autres dans la retenue des protections qui leur seraient nécessaires, familières, et les uns et les autres certainement en se projetant tout autant profondément qu’en se protégeant, même si les voix qui s’élèvent préfèrent laisser l’expression de cette ambivalence à une polarisation confortable et vivante en deux factions extérieures.

Comme d’autres, nous avons, vite pour les uns et moins vite pour les autres, songé à l’ouverture de ce collectif restreint à la communauté plus large des accompagnateurs. Comme d’autres nous avons à la fois prévu des temps et des lieux, mais surtout temporisé et nous sommes restés dans un espace abstrait. Comme d’autres nous avons ouvert une web, à l’adresse inconnue. Peu d’entre nous l’avons partagée dans nos réseaux respectifs. Le premier effet d’un groupe est, pour chaque participant, la difficulté de ne pas se sentir en « porte à faux » – je n’ai jamais très bien compris cette expression d’une langue qui n’est pas la mienne, je l’ai souvent sentie à l’œuvre -, par rapport à bien d’autres groupes d’appartenance qui nous contiennent chacun – famille, école, etc – où toutes les protections ont déjà eu le temps de se développer, et de se croiser, où l’individu s’est fondu plus ou moins dans le groupe dans son propre intérêt.

Dans ce groupe, non, chacun ne s’est jamais senti vraiment à l’aise, et cela me fait du bien de le réaliser. Dans ce groupe personne a été convaincu par un autre ni par une majorité ni par une minorité. Dans ce groupe nous avons vite cessé de penser, de faire ensemble, nous n’avons jamais commencé.

Cela oui, chacun a pu agir, passer à l’acte son désir : là je viens, là je viens pas, là n’interagis à distance, là je ne me mouille pas, là je reprends les choses en main, là je suis fatigué et plus rien. C’est un groupe qui n’a pas fait illusion. Illusion groupale. Le groupe est un « surmoi » où chacun se plie au plus acceptable socialement. Ceci est un collectif inintelligent. Qui n’a rien produit. C’est un groupe dont chacun garde l’avantage. Et c’est alors vers chacun, séparément, que j’adresse aujourd’hui des liens singuliers.

Certains réclament toutefois, en cette fin de parcours, le doux sentiment du cocon, et retisser… Un Feel Tank ! Ou juste Doux avec ux et sans le Think d’abord ? Moi je quitte le réservoir. Pour mieux rencontrer de chacun l’animal pensant qui seulement dans la jungle est aux aguets et en chaleur en même temps ? Et vous tous accompagnateurs qui découvrez ce groupe tenté hors institutions et d’autres silos de notre métier de service aux entreprises, avez-vous le désir d’être chacun et ensemble autrement ? Antoine Brachet parle d’essaim pour « les 100 barbares », d’initiatives individuelles ou croisées connues et soutenues de loin. Chacun sa place. Chacun son vol. Moi je le regarde aussi lui animal pensant. Et je regarde bien d’autres. Et vous qui me regardez… Alors ? Quel collectif croyez vous qu’il serait possible de retisser et qu’il agisse individuellement et dans une trascendance peut être ?

L’art du lien, la suite : pour des collectifs plus humains. Préface Endless.

Qu’est-ce qu’un groupe humain ? Ni équipe, ni réseau, un groupement avec ses propres fondements. Qu’est-ce que le web de plus qu’un écran ? Trois milliards d’êtres. Qu’est-ce l’intelligence collective ? Qu’est-ce la violence des foules ou dans la foule ? Qu’est-ce la nouvelle économie ? Partagée et sous-protégée. L’innovation sociale ? La réinvention de la pauvreté ? L’entreprise libérée ? De l’intérieur. Mais des marchés financiers ? La DRH parviendra-t-elle à relever les talents du lien ? La DG ceux de ses actionnaires bâtisseurs d’un lendemain sur 30 ans, celui d’une génération ? La politique sera-t-elle citoyenne, les lois singularisées et réunies dans l’esprit de la Loi ? Une loi vide de contenu, toute en liens… Celle d’un homme responsable, qui répond de lui et de l’autre, et de tous les autres, prêt a l’étrangeté. Endless.

Nous sommes nés « Endless » (prononcer endėlaisss) : l’utérus cosmos a été notre voie lactée a peine conçus, puis la planète du petit prince au fur et à mesure que nous grandissions dedans.

Aussitôt dehors, dans les airs, de la main de l’obstétricien, nous ne savions plus ou cela va et où cela se contient notre corps de nourrisson qui incorpore le sein, puis, avec l’aide de nos pieds à peine debout, tout ce qui se trouve à vue et à portée. Tout est moi. Moi je suis. Ou sinon rien.

Puisque très vite, nous avons aussi affaire aux limites. Et nous aimons les dépasser. Des fois, le sein, n’est pas là, alors que je le veux ! Des fois je ne vois plus que du noir alors que mes yeux sont ouverts ! Des fois il y a le froid sur ma peau, l’humide et le sale en mon séant, le vide au ventre, le bruit dans mes oreilles ou son encore plus inquiétante absence…

Des fois des stimuli, des excitations, ou tout le contraire, des creux, des dépressions, font aussi irruption dans une continuité d’exister, dans un « je suis ça alors ! », qui s’en trouve aussitôt tronqué. Ou bien parce que l’espace que je prends est entamé ou dilaté. Ou bien parce que le temps linéaire devient quantique, et tout à la fois je vis : d’être content et peureux, en colère et combatif tout autant que abattu. Je ne m’en sortirai pas cette fois-ci mais entre-temps je suis aussi ça.

Il y a donc autre que moi, ou alors des parts de moi qui échappent à mon contrôle. A ma toute-puissance de petit sans défense. Sauf que, je réalise sans tarder, qu’une part de moi, la mère, est : ce que je peux contrôler au mieux de tout ce qui m’échappe, et dont je m’en défends.

Par le lien d’attachement mère-enfant, le nourrisson est en contact physique et psychique avec la mère qui pourvoie à ses besoins, comme lui – dans sa mobilité réduite d’origine, l’homme est un animal prématuré -, ne peut pas le faire. Il n’est même pas en contact ! Il est la mère.

Par le lien salvateur de violence entre eux, d’un ce sera toi ou moi qui vivrai, il est aussi possible de les séparer. Comme l’accouchement l’a fait. Le décollage psychique prend un temps certain, parfois aussi illimité !

Si « tout se passe bien », la mère « suffisamment folle » de son enfant – par le négatif, plus réaliste, du « good enough » de Winnicott -, est celle qui permet au petit d’homme expérimenter aussi bien la présence que l’absence de soins et de tendresse, le retard, la maladresse, voire la brutalité. Car c’est dans cette absence que l’enfant tissera l’imaginaire d’un lien réel avec elle, qu’elle soit là ou pas ou qu’elle y soit à moitié, toute à se pouponner pour des retrouvailles adultes entre amoureux.

C’est l’absence d’autre que soi qui permet à l’homme de s’inventer le lien a l’autre. Endless véritable enfin. Quand l’homme tisse des liens.

Comme avec la mère alors, l’enfant tisse des liens avec tout ce qui lui échappe progressivement, en grandissant, toutes ses pertes et ses manques. Il en fait projets, challenges et ambitions que le social permet seulement. Qui dépassent la stature d’un seul : Canal de Suez et Crowdfunding de masse.

L’enfant peut rêver les odeurs et les bercements, s’emparer d’un doudou et d’un balancement du corps ; il peut jouer avec ses legos la continuité, l’empilement, autant que la destruction de la tour qu’il a réussie, dans un grand fracas qui le ravit, violence absolue ; il peut hurler à la mort si ça lui chante, ou s’endormir comme il retournerait dans l’utérus. Sauf que cette fois c’est lui qui y met la paroi. Ce sont tous des « phénomènes transitionnels », souvent dénommés espaces transitionnels ou objets, plutôt que phénomènes, en psychologie devenue courante. J’aime moi me référer encore une fois aux subtilités de la psychanalyse et aux « phénomènes winnicottiens », puisqu’ils montrent bien, qu’au delà d’une place ou d’un objet physiques préemptė, c’est l’enfant qui crée de toutes pièces un phénomène mental ; c’est dans son imagination qu’il scénarise le lien. Qu’il en fait avant tout une représentation. Et qu’il l’a nomme, maman, papa, amour, doudou, maître, associé, pour passer de la « possession » privée au code partagė, au symbole universel.

Aujourd’hui comme jadis. Observez votre comportement avec votre mobile sinon, que vous soyez en « chat » effectif, en réponse désynchronisée à un commentaire sur votre fil d’actualité ou simplement à faire défiler : mes amis, mon boss, mon chien. Regardez hors digital, ou via digital aussi, tous vos « post it » comme allant au delà de simples rappels : untel attend de moi, j’ai une demande à untel. Etc Etc. Comment cultivez-vous-même, au jour le jour, le sentiment d’être en lien ? Et possiblement d’être pris dans de bien multiples liens ! Des liens qui s’empêchent les uns les autres, ou qui se subordonnent, ou qui se croisent harmonieux. Des liens qui vous occupent autant que vous les occupez.

C’est ça le collectif auquel nous sommes tous passés, d’une mère toute-puissante, mais pas tant que ça, puisque facilement retenue ailleurs, ou même défaillante, et ça aussi j’y reviendrai – la mère morte, les femmes ne veulent plus materner, – à un groupe humain, un corps social identifié, des groupes d’appartenance où s’y retrouver encore davantage que de se retrouver.

Déplier toute une vie, notre évolution personnelle suivant les mêmes stades du développement de l’enfant :

– après l’attachement et ses violences,
« l’autre comme moi, miroir à casser, et sortir du Narcisse mortifère »,

– la succession des identifications,
« moi comme l’autre je le peux, et rentrer dans l’Oedipe »,

– le challenge des rivalités,
« moi mieux que l’autre qui aspire à son tour à un tiers, je peux »,

– l’accalmie des réciprocités, pour sortir de L’Oedipe et retrouver Narcisse, celui non plus primaire et archaïque mais réfléchi et secondaire, le bon Narcisse, celui de l’idéal du moi auquel on tend et on se grandit et on renonce aussi plutôt que du moi idéal,
« moi je te reconnais différent malgré tout, inaccessible aussi, rends le moi bien, et après tout tu dois être une part d’ombre de moi tout court, question de temps peut être que d’y accéder »,

– et le lâcher prise enfin du « que tu me reconnaisses ou pas, que je me sente responsable de toi et pas toi de moi comme dans le regard sur le visage de Lėvinas, je vis en lien empathique, sans te comprendre je te conçois, à ma place et toi à la tienne, et la place de l’universel nous contient et nous offre l’expansion qu’est l’humanité. »

Ceci résume, bien vite fait, mais nous y reviendrons, les apprentissages de mon précédent ouvrage de l’art du lien. J’aime m’intéresser ici, à sa suite, à l’art des liens. Au collectif qui me prolonge et me contient. Au collectif en lui même aussi. L’âge des multitudes qu’est ce qu’elle peut nous reposer !

Nouveaux nés, Endless bien trop parfaits, nous pouvons rester, a réduire notre collectif de destinée en recréant la matrice originelle, la réduire à une seule volonté. Courir le risque d’un ailleurs et d’un étranger. Le risque de vivre, qu’il est plaisant de placer à la suite, et sans hésiter, de « l’inconvénient d’être né », le soupçon d’un jour mourir qu’il charrie, comme nous n’existions pas avant cet événement farfelu de notre mise au monde, et la difficulté d’exister parmi tant d’autres qui se trouvent dans le même quolibet. Un quolibet au sens scolastique premier des sujets laissés à l’initiative de l’assistance, non dirigés. La vie n’est qu’improviser. Pas de guide. Toujours pas, comme je l’avançais dans l’ouvrage de l’art du lien. Seul art primitif, naturel, humain, du lien, et un art imparfait et sublime et partagé des liens.

Qu’est-ce qu’un groupe humain ? Qu’est-ce que le web de plus qu’un écran ? Qu’est-ce l’intelligence collective ? Qu’est-ce la violence des foules Ou dans la foule ? Qu’est-ce la nouvelle économie ? L’innovation sociale ? L’entreprise libérée ? La DRH parviendra-t-elle à relever les talents du lien ? La DG ceux d’actionnaires bâtisseurs d’un lendemain à 30 ans, celui d’une génération ? La politique sera-t-elle citoyenne, les lois singularisées et réunies dans l’esprit de la Loi ? Une Loi toute en liens qui tient…

Je m’attelle au grand besoin qu’a tout ceci d’être repris, comme une couture sur les failles qui pointent aux définitions toutes faites qui commencent à circuler des initiés aux retardataires, d’utopies qui à peine esquissées sont aussitôt dépassées par la réalité.

Tout ceci peut être revisité du fond de la psyché, au plus humain, dont j’ai la touche vivante lors de mes séances de coaching psychanalytique de dirigeants, de leaders spontanés, de barbares bienveillants (en référence aux 100 barbares dont il sera aussi question en tant que groupement), d’humanistes plutôt que de gestionnaires des ressources humaines, de coachs et de consultants à mains nues et la tête en l’air. Tous tels que nous sommes. Mortels et Endless si l’on veut.

Le travail d’individualisation se comprend lorsque l’individu cesse de considérer le monde « de l’extérieur » et qu’il arrive à se situer dans la structure du tissu humain. Alors « s’estompe en lui le sentiment d’être ‘intérieurement’ quelque chose pour soi tandis que les autres ne seraient qu’un ‘paysage’, un ‘environnement’, une ‘société’ qui lui feraient face, et qu’un gouffre séparerait de lui ». (…) La société n’est pas en dehors de l’individu : La société « est ce que chaque individu désigne lorsqu’il dit ‘nous’ ».
Norbert Elias, Une société d’individus

Un nouveau genre

Il fut un temps il y avait différenciation : la psyché au féminin brandissait les sentiments, le désir des désirs à l’entour, tandis que l’homme imaginaire mettait à l’oeuvre ses propres désirs, et se faire aimer de ce seul fait car ils le trascendaient.

En ces temps hypermodernes les quelques narcisses indifférenciés qui les ont toujours côtoyés grandissent en nombre et en influence et il en est des « petit pervers », des « borderline » désorganisateurs et désorganisés et puis ceux plus créatifs mais qui en souffrent de leur narcissisme, qui quêtent aupres d’hystériques et d’obsessionnels le retour d’un moi solide, mais qui engloutissent dans leur moi liquéfié les efforts de leurs « aînés » en psyché. Trop séduisants aussi pour eux.

La femme hystérique réduit sa noble quête identitaire, sous l’influence des narcisses qui de leur humeur en apparence gaie l’ensorcellent, elle la réduit et elle s’y perd dans une vaine conquête d’identité par l’image. L’homme hystérique de même.

Et l’homme obsessionnel, de moins en moins répandu mais solide dirigeant intègre, commande des missions de coaching pour tous ses managers comme celle qui a lieu aujourd’hui même :

– Faites les moi bouger, sans divertissement morne, qu’ils crèvent le miroir aux alouettes qu’ils ont dans le ventre et que notre grand groupe se ré-humanise et ose l’entreprise en chaque lieu à chaque seconde.

Et vous aussi, vous pouvez accompagner ce nouveau genre de ronde. Ce nouveau genre humain. En lien.
Moi j’y vais !

Et vous, ne tardez vous à vous inscrire au seul stage pour professionnels de la relation qui forme à l’accompagnement de changement de paradigme, inter-relationnel et organisationnel, à partir du meilleur de l’esprit de notre époque. La psychanalyse ne traque plus Pathos dans l’entreprise : elle lui rend « ses armes de noblesse ».
Bienvenue.

Psyché, Vous et Moi : entre deux dans la relation

Plus aucun professionnel de la relation, et à fortiori de la relation d’aide (coach, consultant, thérapeute) ne peut l’ignorer : c’est le transfert qui agit dans l’accompagnement, d’un mauvais passage ou d’un projet, d’une entreprise, d’une vie.

– Le transfert d’affects anciens sur la personne de l’accompagnateur par l’accompagné.

– Le transfert d’affects de l’accompagnateur sur l’accompagné aussi, et surtout !

C’est le mal nommé contre-transfert, puisque contrairement à ce que ce nom composé pourrait donner à penser, le contre-transfert n’est pas une réaction au transfert de l’accompagné, mais bel et bien notre façon singulière de l’accueillir, tout contre lui.

Le contre-transfert précède le transfert. Et il est pré-determiné par la structure psychique de l’accompagnateur, qu’il se doit de connaître, puis, par la connaissance de sa « folie » privée : de sa névrose en fond, de ses points de psychose aussi.

C’est alors un voyage d’approche du coaching, du management, de la thérapie, par la clinique psychanalytique que nous aimons vous proposer, Roland Brunner et moi-même, dans le cadre du Diplôme Universitaire Executive Coaching pour Dirigeants de Cergy Pontoise, mais aussi sur inscription libre, en petit groupe réuni au Cabinet de Roland, juxtant la Seine et Notre Dame de Paris.

Plusieurs promotions déjà, depuis quatre ans de collaboration entre nous, quatre promotions de professionnels aguerris de leur inconscient « presque » conquis. Et de celui de leurs clients, partenaires et patients plus près, plus justes aussi leurs rapports.

Le programme en inscription libre ? Le voici. C’est sur deux jours, les 6 et 26 mai, avec une intersession bienvenue.

Sur le fil conducteur des structures psychiques, identités ou personnalités de base lors de notre construction psychique. Et à partir de là tisser des fils singuliers avec chacun et avec le groupe en présence. Découvrir le transfert de chacun et les résistances.

Tous les détails se retrouvent dans l’événement auquel je vous invite à vous inscrire sans trop tarder. C’est rapidement complet !

Ils ont tiré sur leurs têtes, leurs visages ils n’ont pas osé

« Visage et discours sont liés. Le visage parle. Il parle, en ceci que c’est lui qui rend possible et commence tout discours. J’ai refusé tout à l’heure la notion de vision pour décrire la relation authentique avec autrui ; c’est le discours, et, plus exactement, la réponse ou la responsabilité, qui est cette relation authentique. J’ai toujours distingué, en effet, dans le discours, le dire et le dit. Que le dire doive comporter un dit est une nécessité du même ordre que celle qui impose une société, avec des lois, des institutions et des relations sociales. Mais le dire, c’est le fait que devant le visage je ne reste pas simplement là à le contempler, je lui réponds. Le dire est une manière de saluer autrui, mais saluer autrui, c’est déjà répondre de lui. Il est difficile de se taire en présence de quelqu’un ; cette difficulté a son fondement ultime dans cette signification propre du dire, quel que soit le dit. Il faut parler de quelque chose, de la pluie et du beau temps, peu importe, mais parler, répondre à lui et déjà répondre de lui. »

« Le « Tu ne tueras point » est la première parole du visage. Or c’est un ordre. Il y a dans l’apparition du visage un commandement, comme si un maître me parlait. Pourtant, en même temps, le visage d’autrui est dénué ; c’est le pauvre pour lequel je peux tout et à qui je dois tout. Et moi, qui que je sois, mais en tant que « première personne », je suis celui qui se trouve des ressources pour répondre à l’appel (…). Quelle que soit la motivation qui explique cette inversion, (dans le cas de la violence), l’analyse du visage telle que je viens de la faire, avec la maîtrise d’autrui et sa pauvreté, avec ma soumission et ma richesse, est première. Elle est le présupposé de toutes les relations humaines. S’il n’y avait pas cela, nous ne dirions même pas, devant une porte ouverte : « Après vous, Monsieur! » . C’est un « Après vous, Monsieur !  » originel que j’ai essayé de décrire. »

Emmanuel Levinas, Ethique et Infini, p. 92-94.

« La relation intersubjective est une relation non-symétrique. En ce sens, je suis responsable d’autrui sans attendre la réciproque, dût-il m’en coûter la vie. La réciproque, c’est son affaire. C’est précisément dans la mesure où entre autrui et moi la relation n’est pas réciproque, que je suis sujétion à autrui ; et je suis « sujet » essentiellement en ce sens. Vous connaissez cette phrase de Dostoïevski : « Nous sommes tous coupables de tout et de tous devant tous, et moi plus que les autres. » (Les Frères Karamazov, La Pleïade, p. 310). Non pas à cause de telle ou telle culpabilité effectivement mienne, à cause des fautes que j’aurais commises ; mais parce que je suis responsable d’une responsabilité totale, qui répond de toutes les autres et de tout chez les autres, même de leur responsabilité. Le moi a toujours une responsabilité de plus que tous les autres. »

Emmanuel Levinas, Ethique et Infini. Dialogues avec Philippe Nemo, Paris, Fayard, 1982, p. 105.

Ils ont tiré sur leurs têtes. Leurs visages, ils n’ont pas osé les regarder. Chacun de leurs visages leur parlait. Même morts. Malgré eux qui n’ont pas laissé le temps à autre chose que de les prénommer, les abattre un par un. Ils ont eu le dernier mot, Charlie Hebdo. Et sur leurs feuilles un dessin.

Ouverture du cycle 2015 de formation de l’art du lien

Le savoir faire et le savoir être de nos jours se confondent en un savoir créer du lien, savoir vivre et prospérer ensemble.

Le cycle de l’an du lien se donne pour objectif de mettre à la portée du plus grand nombre la connaissance et la compétence du lien humain, une connaissance et une compétence naturelles qu’il s’agit de se réapproprier.

Le cycle de l’an du lien est un cycle de rencontres en institution ou sur inscription libre pour la transmission incarnée de ce qui fit l’objet en 2014 d’un ouvrage : l’Art du lien, un nouvel humanisme connecté (Editions Kawa).

Les rencontres facilitent l’assimilation de l’état de l’art des auteurs du lien que je convoque – classiques et contemporains, psy, neuroscientifiques et digital champions -, en même temps qu’elles permettent d’aborder les cas concrets des participants de mon art d’accompagnateur :

– et acquérir une capacité d’analyse et de sensibilité, d’implication et de recul indispensables au vécu de relations satisfaisantes, de l’intime au plus social,

– permettre au détour du thème du lien qui au coeur de l’humain une dynamique vivante de développement personnel.

Et le cycle commence le 13 février en matinale de l’art du lien. Réservez.

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