Est-ce que vous voulez bien ma liberté ?

Mondo, Le Clezio, Edicion Andanzas
Mondo, Le Clezio, Edicion Andanzas

 » C’était dans ces endroits-là qu’il pouvait trouver des gens à qui parler, pour leur dire simplement :
« Est-ce que vous voulez bien m’adopter ? »
C’étaient des gens un peu rêveurs, qui marchaient les mains derrière leur dos en pensant à autre chose. Il y avait des astronomes, des professeurs d’histoire, des musiciens, des douaniers. Il y avait quelquefois un peintre du dimanche, qui peignait des bateaux, des arbres, ou des couchers de soleil, assis sur un strapontin. »
J. M. G. Le Clézio, Mondo

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Et aujourd’hui en séance, à celle qui ne parvient toujours pas, malgré tout le travail accompli pour son projet personnel à se séparer du patron, qu’elle déteste depuis cinq ans, j’ai une telle envie de lui dire et m’excuse par avance, de plus en toute fin de séance :
– Vous lui trouvez tous les défauts du monde, et pourtant il a une qualité première : il vous a adoptée.
– Je déteste ce que vous dites là ! Vous avez raison de prendre vos précautions !
Et elle se trouble :
– Oui. Je suis son enfant.

La liberté au catalogue de formation en organisation

Elle vante sa liberté à tout va.
Jamais mariée, jamais salariée, jamais maman.
Et aujourd’hui c’est cela qu’elle veut offrir à ses clients. La liberté de leur singularité… Mais sans avoir à se priver du lien.

Elle se confie :

– Ils pourront être pleins et libres, en entreprise, en ménage, en famille ! La liberté au sein d’un système, en harmonie avec ceux qui le conforment, serait possible…

Et elle se trouble un instant :

– C’est mon erreur à moi que je vends…

De consultante et dirigeante, elle devient coach. Des connaissances aux défaillances. Les unes acquises, les autres… don de la vie qui n’est jamais écrite. Imparfaite, ambivalente, anachronique.

– Je ne ferais pas mieux de m’occuper de mon cas à moi ?

– L’un n’empêche pas l’autre. D’ailleurs, puisque vous accompagnez vous serez toujours accompagnée. L’analyse de votre pratique est gage de professionnalisme et pour vous l’occasion de poursuivre votre propre analyse et prendre vos propres décisions. En toute liberté… La vôtre et celle de vos clients !

Un été sans miroir

Un été sans fard, et à l’été indien, reprendre les tisons.
Couleurs de la guerre, de la fête ou du clan.

Il en est parmi mes amis FB – j’ai vu, j’ai aimé – qui se sont lancé des défis d’été : décrocher d’Internet, du JT, de l’alcool. Pour ma part, un été sans miroir était le silencieux espoir.
 
Décrocher le miroir serait-il dépasser un stade d’enfant ? 
 
Je n’ai pas vu, j’ai aimé, m’épanouir chaque matin, chaque nuit plisser ma peau. Comme elle se plissera sur les restes et les os.
 
Je me suis vue – toujours au présent, et encore plus souvent que dans le miroir du temps -, en chaque regard d’autrui. 
 
En œillades des inconnus, comme des fleurs ou des pierres de l’instant, et dans le vert perpétuel de l’amant. 
 
Un été sans fard, et a l’été indien reprendre les tisons. 
 
Face au miroir poser sur ma peau, à nouveau, les couleurs de la guerre, de la fête ou du clan. 
 
Sans me voir désormais. Sans chercher à m’aimer. Laisser à chacun, de l’un et de l’autre – reconnaître et approcher -, la liberté.
 
Et moi dont le métier est d’être miroir ? Me laisser décrocher, et être, auprès d’Autre, Eva.