Libre association de pensées

elle prend le temps de contempler par la fenêtre on ne sait quelle autre pensée qu’elle aurait chassée trop vite

Paris, rue Eugène Flachat
Elle arrive sous la pluie ce matin, les cheveux pleins de pétales de rosée. Elle se désole, dit-elle, de ne pas y avoir pensé.

Elle se relève de son fauteuil en fin de séance et elle prend le temps de contempler par la fenêtre on ne sait quelle autre pensée qu’elle aurait chassée trop vite le temps passé ensemble.

Mais elle n’a pas encore une fois le temps d’y songer.

– Oh !

Elle s’exclame. Elle sourit. Elle me fait signe.

– Regardez. Les fleurs d’en face pleuvent des pétales que je n’aurais pas pu voir en passant. Vu d’ici le regard les recueille simplement.

Ici et en son cœur de toujours il y a de la place pour le désordre des sens.

Revenons à l’éros #eros #entreprise #rh #evolution

 

Université d’été du coaching clinique psychanalytique : étude de cas

5 sur 5 sessions d’Université d’été ont précédé ce post. Ce post qui est, lui, récit de fil de séances d’un coaching effectué par mes soins il y a quelques années, et que je présente en septembre au Cercle National du Coaching pour mon accréditation singulière de coach analyste. Cette institution paritaire et ouverte aux accompagnateurs dans la réflexivité et la confrontation de leur pratique effective (courant de cas et courant d’affaires) depuis plus d’un an sous l’égide du Centre National des Arts et Métiers professionnalise sans les chichis, hontes ni peurs, effets de mode ou de clan, notre impossible métier.

Vous trouverez dans ce cas, je l’espère, le désire, entre ses lignes vivantes, les concepts abordés en Université, la pratique décrite en tout dernier chapitre, du jeu entre les acteurs au sens du « playing » winnicotien, d’enfant libre de jouer avec les règles, les inventer et les concerter ensemble en jouant – si vous observez les enfants ils passent plus de temps à jouer à ce jeu qu’à l’éventuel jeu pre-existant. Une pratique où il s’agit alors d’oser, en effet, accompagner de tout son « je », de se surprendre, surprendre et se laisser surprendre par l’autre… l’autre « je ». A deux comme à plusieurs.

Coaching individuel ici, et collectif aussi, vous verrez, puisque le cadre institutionnel, en coaching d’entreprise, fait qu’il y a souvent beaucoup de monde en compagnie d’un seul, au féminin manager. Une femme en somme. Une origine et une promesse d’un monde.

La photo en bande annonce de couverture, pour les besoins graphiques du blog, que non du dossier d’accréditation, est l’œuvre en Capture des parisiennes dans la foule du photographe et artiste Stéphane Schwarcz, que je suis à mon tour sur Facebook.

Nous sommes à la rentrée de septembre. Il y a eu une situation de crise dans une des principales agences bancaires de ce groupe rattaché à la Direction du Réseau Île de France. Il s’agit une agence éloignée du siège. Celle de Troyes. Un territoire qui habituellement «ne donne pas de problèmes» à la DRH. Le nouveau Directeur d’Agence s’est doté d’une toute nouvellement promue Second d’Agence. Entre eux cela a été à la fois une collaboration étroite et un désaccord profond. En peu de temps les personnels rattachés, sur place et dans les bureaux alentour, se sont alliés contre le Directeur l’accusant de harcèlement. Il a du être réaffecté à une autre agence bancaire et un coaching lui a été imposé. La Second d’Agence, véritable débutante en management, s’est retrouvée pendant plusieurs mois seule à la tête de ces mêmes équipes, puis, un nouveau Directeur est arrivé qu’elle a aussitôt «rejeté». Ni collaboration étroite ni désaccord profond. Pure et simplement un désaveu de principe. Originel.

Le nouveau Directeur craint que ce ne soit elle l’instigatrice de ce qui en est venu à être désigné comme «la fronde» contre son prédécesseur. Il craint de subir rapidement lui-même pareil sort. Il sollicite la DRH du groupe en ce sens, avec l’accord de sa hiérarchie. C’est le coach qui a accompagne le Directeur sortant qui est «naturellement» recontacte afin qu’il puisse «faire entendre raison» à la jeune manager et finaliser la résolution de conflit dont souffre l’organisation.

Ce coach est André de Châteauvieux. Il a effectué cinq ou six séances avec le Directeur d’Agence, des séances d’écoute et de parole libre, de prise de conscience assez prompte dans la tension du moment, premier grand écueil de carrière pour ce manager confirmé et performant, de ce qui dans son attitude peut agresser l’autre, et aussi de ce qui chez l’autre l’agresse. Par delà les rôles lisses, les places bien définies lorsque la fonction recouvre un peu trop la complexité du sujet, et les échanges sensés être «desaffectivés», «chargés» de la seule conscience professionnelle. Le «harceleur harcelé» a, depuis, repris ses fonctions pleinement, sans réaliser l’alternative qu’il avait envisagé d’une démission et d’une reconversion sur un de ses talents personnels. Et le coaching, et l’accompagnement, ont pris fin à ce moment.

André signale à son interlocutrice RH qu’il ne peut pas accompagner Cécile B;. s’il est ou a été en lien avec son supérieur. La nouvelle coachée ne pourrait pas se sentir en confiance, comme avec un accompagnateur choisi, dédié. La DRH souhaiterait pourtant boucler sans plus de difficulté et sans délai cette sortie de crise, qui lui échappe complètement de par la distance et de par la charge affective qui lui en parvient dans ses différents échanges avec les divers acteurs, comme une onde de choc. De plus, dans son esprit, une si jeune manager n’a pas à bénéficier d’un coaching. Le parcours de formation interne devrait lui suffire ! Elle est d’accord pour permettre une intervention extérieure, neutre, comme un rappel aux exigences du management, la solidarité entre pairs et une posture plus réservée vis à vis des collaborateurs. André insiste sur l’impossibilité déontologique et rassure la DRH en lui donnant mes coordonnées et en lui assurant que nous travaillons ensemble et que ce sera pour elle facile de travailler avec moi. Pour moi, aisée de prendre la mesure de la situation et avoir avec Céline une écoute ajustée et un langage de vérité.

André me prévient aussitôt par téléphone de ce «transfert de transfert», le transfert étant ce que notre client nous prétend pouvoir pour lui, et peu de temps après, effectivement, la donneuse d’ordre me contacte au téléphone. Elle s’intéresse peu à moi. Elle ne souhaite même pas dans un premier temps me rencontrer. Elle me prévient simplement de mon introduction auprès de Cécile, bénéficiaire du coaching, et de son appel imminent pour un premier rendez vous ou il s’agirait, en effet, de voir avec elle comment mieux s’organiser dans son quotidien de manager et dans ses relations hiérarchiques. Pour mettre fin à ses difficultés en l’agence de Provins elle a été réaffectée à un bureau qui le lui est rattaché ; elle en est la responsable avec une seule personne sous son management. Une deuxième agent se trouve aujourd’hui en congé maternité. J’aborde l’opportunité d’une rencontre en tripartite, ou même quadripartite, afin de rendre explicites les difficultés pour elle et pour son son supérieur actuel et d’ouvrir sur la perspective de son parcours de manager sous la coordination RH. « Ceci n’est pas une priorité. Il faut qu’elle retrouve vite les basiques de son métier : organiser, contrôler, animer les ventes et reporter des résultats commerciaux et de gestion de risque.»

Trois mois vont s’écouler avant que je ne rencontre Cécile en première séance. D’abord, la perspective d’une rencontre dans la seule agence disposant de bureaux pour une rencontre sans dérangements est celle de la Direction, et ceci me donne l’impression de l’effrayer car elle ne parvient pas à trouver de bureau disponible ni le temps d’y aller. «Maladroitement» je mentionne la possibilité de combiner ma rencontre avec elle avec une rencontre avec ses supérieurs, et rendre le tout plus naturel, moins «forcé». Elle refuse au téléphone et elle s’empresse d’appeler la DRH et elle souhaite tout suspendre prise de méfiance. Elle a entendu cette opportunité comme un lieu de formation personnelle en compensation des efforts fournis et ne souhaite avoir de «compte à rendre à personne». Je propose alors, pour vraiment marquer sa démarche personnelle, de la recevoir en mon Cabinet parisien. Elle laisse passer à nouveau le temps de trouver le bon train et le bon moment puis vient le jour… où mon précédent rendez vous se passe à l’extérieur. Elle est en avance. Je suis très légèrement en retard, et lorsque j’arrive elle est déjà repartie sans me prévenir d’un sms. Juste un appel rapide déjà en chemin vers le train comme quoi «puisque vous êtes absente je reviendrai une autre fois, ou pas d’ailleurs, parce que ce n’est pas facile de se retrouver ni pour l’une ni pour l’autre !»

Elle appelle la DRH et elle souhaite «a nouveau tout arrêter de ce qui n’a pas encore commencé puisque (je) ne serais même pas là pour (elle). Jamais.»

Patricia R. envisage cette fois ci de me désaisir de l’accompagnement. Elle rappelle André et insiste à nouveau pour qu’il rencontre Cécile, qu’il fasse une séance en recadrage sans plus, et « qu’on en finisse ». André la rassure en lui disant que l’accompagnement a commencé. Qu’il en est même superbement engagé, que la cliente déploie son «jeu» inconscient, et que je tiens sans doute ce cas, que c’est avec moi qu’il est important de s’ajuster, dans les limites de la confidentialité due à Cécile.

Mon hypothèse est bien celle là. Cécile B. est en proie a une «agitation» qu’elle «rejoue» avec moi, comme un «processus parallèle», comme une «répétition» dirions nous en psychanalyse. Le transfert est installé et Céline déploie un mode relationnel «jadis familier», qui trouve son origine dans son enfance et face aux figures d’autorité. Ce qui est important est de lui poser les limites de ce contrat de coaching qu’elle va effectuer avec moi quoi qu’il arrive et désormais sans plus tarder, de contenir par ce cadre des agissements qui me prennent pour cible moi, la DRH, son Directeur, de pouvoir parler à propos d’eux au lieu de les subir, de développer une pensée élaborée sur ces compulsions et sur les idées et les sentiments qui les fondent. Invasifs pour elle aussi.

La DRH me renouvelle sa confiance. J’ai déjà facturé deux séances qui n’auront pas eu lieu, celle à l’agence «mère» et celle à mon Cabinet. La DRH a également un doute sur ce procédé mais j’insiste comme André sur ce travail de l’ombre et sur sa valeur qu’il est important de reconnaître, institutionnelle ment, et aussi que Cécile en soit informée.

Bien entendu, de mon côté, le contre-transfert est ambivalent de suite. Autant positif, compréhensif de la souffrance que tout ceci donne à voir sans la montrer, que négatif, n’étant pas insensible à la froideur voire l’agressivité dont l’accompagnée fait preuve lors de nos échanges téléphoniques, et dans ses initiatives répétées de disqualification auprès des tiers. Je ressens un rejet, un refus physique à rencontrer cette femme «qui se met en danger et me met en danger».

A la fin de cette année, avec André nous avons concrétisé le projet d’un «atelier de campagne» pour des journées d’accompagnement en groupe et dans un espace temps réservé. Cet atelier se trouve à proximité de Sens, en Bourgogne, et telle est aussi la nouvelle affectation de Cécile B. Je reprends contact avec elle et lui propose de me rapprocher d’elle et qu’elle puisse aussi effectuer des séances rapprochées dans le temps pour bien «avancer ensemble» enfin.

C’est mon dispositif habituel dans le cadre de demandes privées, et je le pousse tout autant pour répondre aux demandes institutionnelles : une heure toutes les semaines ou tous les quinze jours au moins. Pour précéder toute montée d’excitation comme tout risque d’effondrement cycliques, ceux de la répétition, d’un espace temps où les prémisses sont au rendez-vous, et qu’elles peuvent affleurer de l’inconscient et du fantasme, à la conscience: au vécu partage avec moi. L’expérience psychique se trouve ainsi contenue et protégée, dépliée et régulée par la parole échangée. C’est ce qui a été convenu avec la DRH qui craignant seulement «l’emballement» me demande de facturer à l’avance toutes les trois séances et ainsi pouvoir poursuivre avec son accord implicite. Pour rappel le nombre habituel de séances de coach «standard» est de six à huit ; la DRH, a saisi pour la connaître, ma démarche psychanalytique, et souhaite la respecter tout en la balisant pour l’inscrire dans le cadre d’entreprise.

Lorsque je rencontre Cécile B. en janvier, je découvre une jeune femme aux yeux scrutateurs et au sourire triste. Dans son discours et dans son attitude c’est une professionnelle qui a un savoir faire et un savoir être indéniable et qui sait le déployer sans surveillance ni encouragement ni menace. Je lui demande alors de quoi cela servirait-il que je l’aide à être encore davantage performante ?
– Qu’allons nous faire alors ?
– Ce sera comme aujourd’hui, vous parlerez de tout et rien, vous parlerez de vous, de comment vous vous sentez, de ce que vous aimez, de ce qui vous est difficile, de ce qui vous est inadmissible, de ce dont vous manquez. Nous allons plutôt prendre les choses dans ce sens, et, vous allez voir, cela portera sur votre travail et sur vos relations, tout naturellement.

Cécile B. se sent visiblement bien en ma compagnie effective. Bien différente de celle au bout du fil qui parlait a ses fantômes avant de me rencontrer. Je rajoute aussi que ce parcours de séances est naturel et confidentiel, et que c’est pour cela que c’est à partir d’elle-même, a son rythme, et que rien n’en sortira, personne d’autre n’aura d’accès à ce qui s’échangera.

Dès cette première séance, elle aime reconnaître «qu’on (lui) doit bien ça, après (l’)avoir laissée si seule, (elle) qui étai(t) experte des montages financiers professionnels, revenue à des problèmes «particuliers» et avec tous ces gens, clients et employés, à (ses) crochets». Je laisse dire et attends que chacun de ces mots, qui est chargé de sens pour elle, puisse revenir, s’affiner de contenus, se densifier d’émotions au fil des séances, au fil du travail préconscient.

A la deuxième séance, Cécile fait un petit malaise. Nous avons pris place dans des chauffeuses face à la cheminée, l’atelier n’étant pas encore aménagé pour recevoir. La position inclinée de son siège lui fait un moment penser à la mort, et elle partage sur son père, chasseur, qui toute petite l’emmenait avec lui aux battues. Je m’intéresse à lui, à son métier, à son évolution, des éléments, souvent, d’identification au père, sous-tendant le parcours professionnel tant des «filles» que des «garçons». Elle se redresse tout à fait et elle balaye le sujet d’un : «il est mort il y a longtemps».

Le séances se poursuivent sous la forme entremêlée du roman professionnel et du récit de vie. La petite fille studieuse est la femme bosseuse d’aujourd’hui. Bricoler son intérieur et réfléchir aux données d’un cas client, prendre en charge sa maman seule et malade, ou sa subordonnée, toute seule au guichet et souvent au repos de par un «mi temps thérapeutique», elle se voit bien être qui elle est, au bénéfice du travail fourni, et de ceux qui l’entourent. Moins clairement à son propre profit. Cela lui amène la reconnaissance de sa hiérarchie, ses bonus, ses promotions et son parcours manager, bien mérités. Mais elle est insatisfaite aussi.

– Dans les réunions, je vois bien que je dérange de dire ce dont nous aurions besoin, nous, managers de terrain. Que j’y mets une certaine émotion qui est perçue comme une exigence voire une tyrannie. Et toute cette période, où mon chef était parti, réaffecté ailleurs et moi laissée à la tête de tout. Sans personne à qui parler ! Lui-même aurait dû me dire pourquoi et où il partait !

Nous y sommes. Je lui permets de mettre d’autres mots, les siens, sur ces équipes dont elle s’est trouvée seule responsable après d’en avoir été… Seconde ? Qu’est-ce qui a changé pour elle très concrètement ?

– Tant que le Directeur était là mon rôle était facile. Il « parlait mal » aux autres, et moi je leur disais de ne pas se laisser faire, que c’était important qu’ils communiquent leurs besoins et qu’ils se fassent respecter, qu’ils partagent leurs incompréhensions de l’activité demandée, leurs doutes. Je lui disais moi-même à lui ! Je l’intimais de les aider ! J’essayais de lui faire prendre conscience de la réalité de chacun.

Après, nous n’avons fait qu’attendre ensemble le retour du chef, et ils me faisaient confiance pour parer au quotidien. Les résultats ont été très bons malgré l’improvisation souvent, aux prises directes avec le siège, coupé de notre quotidien, simple pourvoyeur d’objectifs chiffrés et demandeur de résultats en continu.

Moi, j’ai très mal vécu de ne rien savoir de mon Directeur. Tout était entouré du plus grand secret.

– Savez-vous qu’il y a eu enquête et une procédure lourde de RPS ?

– Oui, je sais, mais ce n’est pas une raison ! Et puis l’autre quand il est arrivé il a fait comme si je n’existais pas aussi ! Que «cela ait tourné» sans lui et plutôt «sur mon dos», ça, personne ne l’a reconnu. Et on m’a proposé, pour me reposer disent-ils, de prendre la responsabilité d’un bureau éloigné. Je me trouve avec une collègue en difficulté à charge, et ce supérieur qui me regarde de loin et qui m’ignore au fond.

C’est au bout de six séances que le corps crie sa souffrance. C’est son dos précisément. Elle est arrêtée par son médecin et maintenue en position couchée. Elle évoquait souvent sa difficulté à rester en position allongée. Ses insomnies au lit. Elle finissait par s’endormir dans le sofa du séjour, épuisée. Je l’ai au téléphone, elle me dit qu’elle hésite à reprendre le travail, que son médecin lui parle de «burn out», de mesure de retrait. Je l’encourage à se reposer et à reprendre le travail comme cela est prévu par un point avec la médecine de travail et pouvoir ainsi être active dans la communication de ses besoins à l’entreprise comme elle aime l’encourager. C’est ce qu’elle fait, elle est reçue par la DRH et par son supérieur, elle peut dire bien plus simplement ses difficultés passées et actuelles, elle obtient une deuxième tête dans son agence, et, elle y tient, la poursuite de son coaching sur l’année en cours. Pour finir de consolider sa reconstruction à elle.

A son retour de maladie, je suis ainsi «témoin lucide» de ce parcours en «sujet». Témoin lucide, de la très belle expression d’Alice Miller, auteure et thérapeute des » violences douces, éducatives : c’est pour ton bien «. Le mieux qu’un accompagnateur puisse, de mon point de vue, offrir une fois que la personne accompagnée se relève de sa difficulté d’elle-même, c’est la reconnaissance de cette vitalité singulière et naturelle, sans le «il faut» culturel et social. Puis, sa présence ni poussive ni compassionnelle. Lucide. Qui voit clair en elle et lui permet de voir clair.

Et c’est ainsi qu’à la neuvième séance, sans transition – nous y sommes parvenues d’association d’idées en association d’affects depuis que nous nous sommes engagées toutes deux dans cet accompagnement -, Céline me confie la mort violente de son père dans son lit conjugal sous ses yeux à elle enfant, puisqu’elle partageait le studio cabine de ski en location avec ses parents. Et elle vide en larmes tout l’effroi de ses yeux, si fixes toujours, scrutateurs, de ce qu’ils avaient vu, d’impossible à concevoir ; et elle grimace ses mots de toute sa tristesse, de croire toujours que c’est pendant l’étreinte d’amour, sa mère sur son père, mais peut être tentait-elle seulement de le réanimer ? Que c’est pendant une étreinte à deux en tout cas que son coeur a lâché, la mère a crié, les secours sont arrivés et le corps du père recouvert d’un drap a quitté la pièce sans que personne à aucun moment ne pense à Cécile enfant, à sa peur, à sa peine, à sa colère. Les temps qui ont suivi elle a été déplacée et a vécu avec ses petits cousins toujours en grande fille. Ils étaient livrés à eux mêmes pendant que le drame retenait tous leurs parents dans des démarches et des regrets. Elle a animé la bande, ramené un peu de vie dans ce collectif d’enfants qui aujourd’hui, elle le regrette, distend ses rapports.

– C’est peut être parce que je n’ai pas voulu avoir moi-même d’enfants… Et qu’eux ils en ont.
Les autres liens avec qui elle est devenue – proche des équipes, en étreinte ambivalente avec ses supérieurs, en demande permanente insatisfaite de la RH mère etc etc – ce serait si réducteur d’en faire l’inventaire ! Son désir se libère de la levée de ses défenses et cela me semble une belle renaissance. Elle est si jeune et vaillante. C’est son histoire qui déroulera son caractère.

Ici pour bref décodage rappeler que c’est dans l’après coup que le trauma d’enfance (vécu ou imaginaire) se révèle. C’est dans la situation et les relations proches, similaires, transférentielles, de Céline avec son Chef et ses équipes, que l’affect impensable, et pour impensable enkysté de l’événement tragique vu ou visionné par l’enfant (infans veut dire sans les mots) a pu se libérer.

C’est souvent en entreprise, la deuxième matrice, celle qui nous fait naître professionnel, la deuxième famille, celle où notre rôle s’accorde à ceux des autres, mais aussi notre place et notre épanouissement, que cette grande souffrance surgit et demande l’accompagnement qui manqua alors. Demande le choc de la séance. Sur le fil sécurisant des séances régulières.

Un choc réveille un choc enfoui qui a besoin d’un nouveau choc, encadré, pour rétablir l’équilibre ontologique. C’est pourquoi l’accompagnateur d’un temps ne ménage pas. Le temps du coaching est compté comme dans la vie. Et ce qui doit se représenter par la force du transfert et se revivre dans la souffrance pour la laisser derrière arrive à mi parcours d’un cycle qu’on ignore.
Le cycle se complète alors par l’écoute, par le respect du temps psychique (j’irai dans ce cas jusqu’à quatorze séances), le temps que cela prend pour que tout le fantasmatique puisse s’inscrire dans une réalité, celle partagée avec moi, et se symboliser, retrouver les mots, adopter les codes du langage et avec eux les codes humains universels : la perte, le deuil, le manque, le renoncement, l’invincible amour.

Les relations de Cécile avec sa mère, son compagnon, son supérieur, ses collègues se sont apaisées. Elle fait de son côté mordant un atout qui sait plaire. Elle se dit et dit tout haut ce que peu n’osent dire mais elle le dit dans la joie dont elle jouit enfin. Et c’est un peu contagieux. De vivre. Sauf avec certains vaccinés pour se prémunir de la vie et promouvoir l’aliénation. Ceux-là elle sait les laisser derrière elle cette fois-ci. Coaching professionnel, coaching de vie, vous voyez, c’est au point de rencontre de l’intime et de l’universel, du social et du personnel, que cela accompagne assez bien, selon le « good enough » winnicotien.

Mon inspiration reste ainsi soutenue par celles et ceux qui ont traversé une psychanalyse et en ont retenue davantage que l’orthodoxie apprise le regain de leur humanité : Donald Winnicott, Alice Miller, André Green, Serge Tisseron. Deux d’entre eux sont ici cités, et bien d’autres, Lacan et de Freud aussi bien sûr, ont source mon premier ouvrage de coach publié aux éditions Kawa 2014 : L’Art du Lien.
J’en écris actuellement une suite : l’art du lien collectif. J’y revisite les processus de développement de l’enfant et de l’adolescent par la relation et qui se réactualisent et s’enrichissent de toutes nos relations, sauf à rester dans la répétition du traumatisme. Selon le socle conceptuel qui s’élève de :

– La théorie de l’attachement de Bowlby et de la violence fondamentale qui s’y lie selon le père de la psychiatrie enfantine Bergeret,
– Tout le travail de l’oedipe et donc de l’identification freudienne, incarné de la main d’un autre pédopsychiatre, Winnicott, et ouvert du divan vers les jeux avec les adultes comme avec les enfants que Freud s’était contenté d’observer hors cabinet (le Forda),
– Jusqu’à la rivalité paradoxale, riche de lien fort de la psychologie sociale, la réciprocité asynchrone et les plus récentes théories collaboratives, dialogiques et empathiques de Sennet aux U.S. et de Tisseron en France et en Europe.

Et mes cas en nourrissent les développés vivants de ces ouvrages. Merci ici de votre attention sur un récit dense et long comme un conte initiatique.

Il n’y a que par le récit que nous pouvons rendre compte, nous approcher, du vivant de nos séances. Tout sauf un acte clinique au sens d’un savoir doctoral. Clinique au sens du au chevet de celui, singulier, qui nous confie, vulnérable, tout ce qu’il contient à peine. Et dont nous ne saurons rien. Simples passeurs. Coachs du mot qui, comme management, cache et révèle son sens dépouillé premier. Ménage en chemin.

Merci au CNC de faire du récit de vie, de cas, de soi, la pierre angulaire de ce parcours d’accréditation.

 » Comme d’autres neurologues, je fus habitué à m’en référer aux diagnostics locaux et à établir des pronostics en me servant de l’électrothérapie, c’est pourquoi je m’étonne moi-même de constater que mes observations de malades se lisent comme des romans et qu’elles ne portent pour ainsi dire la marque de sérieux, propre aux écrits des savants. Je m’en console en me disant que cet état de choses est évidemment attribuable à la nature même du sujet traité et non à mon choix personnel. (…) Un exposé détaillé des processus psychiques, comme celui qu’on a coutume de trouver chez les romanciers, me permet en n’employant qu’un petit nombre de formules psychologiques, d’acquérir quelques notions du déroulement d’une hystérie (…) (ou de) l’histoire.  »

Sigmund Freud

Université d’été du coaching clinique psychanalytique 5/5

Le déroulé conceptuel de présentation du symptôme qui articule la psyché du sujet normalement névrosé, qu’il apparente à son identité, a fait l’objet de cette Université d’été pour un coaching clinique psychanalytique non aveuglé par les objectifs institutionnels, ou conventionnels auxquels chacun peut prétendre et son désir dérober. Il est issu, librement inspiré, du Séminaire Psychanalytique de Paris du 18 juin 2015. Sur mes notes de la conférence de Monsieur Pasani.

Cette dernière partie que j’y adjoins s’efforce d’y apporter le retour expérientiel de ma propre pratique d’instrument psychique « good enough » au service de mes accompagnements individuels ; du tissu contre-transférentiel offert à partir du duo que je forme avec André de Châteauvieux en animation de groupes restreints, d’accompagnateurs, de consultants, de RH et de cadres dirigeants. De tous ceux qui en viennent à y songer : qu’il n’y a pas de prêt-à-penser l’entreprise, aussi libérée qu’on la pense. Que tout se dérobe autour et qu’il ne tient qu’à soi même de reconnaître sa propre expérience psychique, de lien symptomatique au monde.

Dès l’appel téléphonique de prise de rendez-vous, comme un premier cri de nouveau né dit de lui sa vigueur, l’analyste peut entendre le symptôme. Dès le premier mail ou SMS échangé, le coach analyste lit entre les lignes des formules toutes faites d’autres lignes de faille et buissonnières. Celles qui vont le retenir auprès d’un autre, un temps contraint. Autant en faire le matériau vivant de son accompagnement, par delà la « commande » formelle ou même ouverte, trop ouverte.

Le symptôme s’exprime dans la relation à l’autre, dès qu’elle s’ébauche, et surtout à l’état d’ébauche ! Dans le langage courant nous disons de nous fier à la première impression. Elle ne peut porter en elle l’être entier. Mais elle porte bien en elle, dans cette sensation d’irréel qu’est la rencontre, comme un rêve éveillé, la radicalité du symptôme. Sauf que, attention, la première rencontre radicalise l’analyste autant que l’analysant qui y postule. La meilleure attitude à avoir n’est pas un rituel de l’accueil bien maîtrisé, inconditionnel, « neutre et bienveillant ». L’analyste sonnerait faux… Hein André ? Il en est qui nous quittent aussitôt tellement derrière cet écran de mire ils décèlent un « bruit de fond ».

L’accueil au naturel est celui du contre-transfert.

Le contre-transfert de l’accompagnant précède celui de l’accompagné. Celui qui choisit le métier d’accompagner possède, grâce à son propre travail sur lui auprès d’un tiers, une malléabilité psychique accrue, et une confiance dans sa capacité à se rassembler quel que soit le fil d’associations libres qui se présente spontanément dans sa psyché en présence de l’autre. Le « jadis familier », dépassé si sans histoire, refoule si l’impensable s’en ai mêlé, et qu’il se repense par bribes et qu’il s’agit de façon répété, ce familier d’enfance, l’inquiétante étrangeté des êtres chers, les propres pulsions violentes et sexuelles surtout et envers eux, c’est le contre-transfert qui trouve en chaque accompagné un nouveau droit de cité. Un devoir, professionnel.

C’est bien pour cela que la spontanéité de l’analyste combinée à son éthique lui offre une certaine lucidité au moins sur « la place où l’autre le met ». C’est l’ombre qui donne le relief. Une part aveugle doit être supportée.

Seule l’angoisse ressentie procure le ciment qui sature et relie l’espace de la séance. Et ce de séance en séance.

L’analyste, qui ne se protège pas assez de ses propres résistances, aide ainsi tout simplement à faire émerger quelque chose du symptôme de l’analysant pour lui-même. Cette question qu’il pose au monde. L’analyste lui-même questionne, soit dans les moindres détails de ce qui se donnerait à dire et à voir comme un tableau original, soit s’il est plus difficile d’accès en allant sur son versant d’angoisse justement : à quel moment est-ce difficile pour vous ? ou bien, vous semblez surpris du tour que prennent les choses, qu’est ce qui vous étonne ? Et il est d’autant légitime qu’il fait son propre examen de conscience, en recul clinique en séance, en supervision continue en inter-séance.

Rappelez vous toujours de la réclame : le symptome, ça t’étonne ! Qui devient vite : c’est tout moi, ça ! Entre la satisfaction narcissique et la culpabilité œdipienne chacun de nous se débat, ou en joue sa joie. C’est tout le travail d’analyse qui est fluide si entre le symptôme et l’angoisse il est possible de tenir ensemble.

Nous reparlons ici et de symptôme, et de refoule, et de trauma et d’angoisse, comme il fut question dans le chapitre précédent. Il est temps d’introduire la part de l’inhibition. Les plombs qui sautent ce ne sera pas tant un acte commis malgré soi, qu’une sécurité interne mais o combien pour rassurante contraire au risque de vivre et à ses joies

Mais prenons pour commencer le cas béni de ce patient qui, en effet, aime son symptôme. Qui n’a pas mis entre l’angoisse et lui l’inhibition, le renoncement. Le tact, l’élégance, la gouaille, l’humour de l’analyste selon son caractère, et sans jamais se prendre au sérieux, sont les meilleurs alliés. La clinique n’est pas la distance froide du professionnel mais bel et bien son implication affective et responsabilisante.

Ceci est tout simplement possible parce que le symptome n’est toujours qu’un déplacement du trauma, du refoulé, de l’angoisse, sur quelque chose d’acceptable, le compromis trouvé entre soi et soi, et la formation qui en résulte, une condensation de diverses forces en réseau. C’est pourquoi que d’ouvrir les réseaux associatifs par la curiosité, l’étonnement, la précaution, le sourire entendu, voire la franche rigolade partagée, cela libère toute la complexité que le symptôme tenait jusque là en « réduction », mais sans jamais se fermer complètement sur lui même, sans jamais en faire une construction qui se suffirait. La relation à l’autre et l’ouverture à ses apports, attendus dans le transfert, est prépondérante par rapport à la répétition pure et simple, passive, du transfert originel, parental ou de toute autre figure jadis d’autorité.

– Pour le névrosé obsessionnel il s’agirait ainsi de pouvoir revenir à un moment de la pensée à l’affect. Les pensées obsédantes ont pris toute la place, déplacé l’affect d’origine. Il pourrait être recontacte avec à la fois la distance d’aujourd’hui et tout sa force qui peut en toute confiance face à l’accompagnant se déployer.

– Pour l’hystérique c’est la condensation qui domine, et il est nécessaire de déplier toutes les subtilités des idées et des sentiments pris au « piège ».

– Avec le phobique enfin, le névrosé qui a déplacé et concentré son angoisse sur l’existence d’un objet extérieur, ce qui lui permet de vivre assez bien hors de la présence de cet objet, il s’agit de déplier affect par affect. Car un affect cache un autre, ce qui lui permet de délimiter l’espace de ses affects et d’en venir au surgissement de l’angoisse, tempérée par le cadre analytique, par la progression de la cure selon la chaîne associative du patient.

La phobie est une hystérie de l’angoisse selon Freud, comme une alternative à l’hystérie de conversion, de conversion du trouble psychique en trouble physique, de la tête vers le corps.

Et la névrose obsessionnelle, elle, se tapit en gigogne derrière la phobie qui enrobe l’hystérie. Tout ceci n’est qu’une question d’où le symptôme se place : à l’extérieur, dans le corps, dans la tête qui ne peut cesser de penser, à tout sauf à l’impensable encore une fois sexuel.

En tout dernier ressort, et au plus difficile de la cure bien avancée, il s’agirait de toucher le lien entre le symptôme et le fantasme qu’il masque. C’est pourquoi l’approche progressive et raisonnée de la pensée n’est pas adaptée. C’est une approche par l’affect, par la recherche aléatoire, chaotique, et par la surprise.

Et l’inhibition, l’absence de symptôme face à l’angoisse, en constitue l’écueil. Elle est alors renoncement, mécanisme d’évitement (par exemple l’enfant sait lire mais la lecture à voix haute lui est impossible) alors que le symptôme est une formation de compromis qui n’empêche pas la réalisation d’une fonction mais la modifie (l’enfant apprend à lire mais inverse les lettres, les confond, etc.). Dans le cas d’une phobie scolaire, l’inhibition provoque des absences, de corps ou d’esprit, des oublis, des manquements, des étourderies. Rien n’y fait. Rien d’autre que de manquer à l’obligation scolaire sans s’y opposer vraiment.

L’inhibition concerne les potentialités d’action d’un sujet, le symptôme traverse l’acte du sujet qui reste capable d’agir.

L’inhibition est une formation défensive du moi alors que le symptôme est une formation de l’inconscient, une construction d’ordre métaphorique qui s’articule au fantasme et suppose un savoir inconscient, donc déchiffrable. Le symptôme est et a une signification.

En situation d’inhibition, en entreprise souvent de par le cantonnement de l’humain a sa fonction de « ressource », nulle chaîne associative ne se libère, elle se contient bien au contraire. – A quoi pensez vous : à rien. Et ce rien est riche de vie tout en retenue.

Les salariés ont choisi de répéter la vie en famille plutôt qu’en indépendants. De ne pas avoir de désir avec la remise en cause constante que cela signifie. La vie inconsciente n’y a pas de place. Les processus primaires irrationnels et inconscients s’inhibent complètement.

L’inhibition là contient et retient le désir même qu’elle empêche, tendant à annihiler le sujet désirant. Ce qui donne toujours au sujet inhibé une tonalité dépressive. Une activité ne peut avoir lieu, l’inhibition est rétention de l’action car elle introduit « dans une fonction un autre désir que celui que la fonction satisfait habituellement […] il y a occultation du désir derrière l’inhibition.  »

Dans le cas de la phobie scolaire comme du signalement RPS, le seul but est de ne pas agir le désir du sujet bien trop porteur d’altérité !

Comment recréer un va et vient entre les processus psychique primaires et secondaires, inconscients et conscients, irrationnels et sensés ? En groupe secure et dynamique et par la mobilité psychique que procure à nouveau le jeu, un jeu encore plus riche que dans le tête à tête analysant-analyste. Ce sont les processus tertiaires promus par André Green et toute l’école française de la psychanalyse contemporaine (Pontalis, Anzieu, Kaes) jusqu’au cybernétique Serge Tisseron aujourd’hui.

Mais attention, puisque « le nous est une résistance du sujet », puisque le couple, la famille, l’entreprise nuisent à l’être désirant, et tel est le point de départ de cette école avec Jacques Lacan, des conditions doivent être réunies, et c’est le rôle des animateurs en duo de ces groupes dont je suis, avec André de Châteauvieux. Pour que l’inhibition des uns ou la toute-puissance des autres ; les jeux personnels de pouvoir, de séduction, de paralysie du tout, de fuite en avant, de ceux qui s’y retrouvent trop ; les fantasmes de morcellement, d’éclatement, de liquéfaction, d’effondrement de ceux qui ne s’y retrouvent pas, dans le groupe qui les reflétera, ne prennent pas toute la place. Que la place soit aux fondements de tout « ça ». Au questionnement des animateurs qui ponctuent les mini séquences de la séance de groupe autour de l’un de ses sujets… Qu’est-ce qui te fait dire ça ? Qu’est-ce qui te fait t’opposer à l’autre ? Qu’est ce que tu ressens lorsque tu t’effaces de cette séquence ? Etc etc Toujours en animateurs engagés, et à la fois capables de se décaler : par le rire, par l’audace, par la retenue, le respect, par le silence aussi.

Le silence de l’analyste, si pesant dans un tête à tête. Le silence a une place de choix dans le groupe dont la dynamique si bien décrite par Kurt Lewin est stérile sans ça. Sans le doute, sans l’éventail des possibles qu’ouvre de ne pas S’en tenir aux communications explicites, aux interactions manifestes. Et que le groupe évolue d’être une fin en soi, un idéal partagé, à être un espace transitionnel, imparfait, good enough, pour chacun, d’où chacun peut retirer des enseignements et des frustrations qui lui restent personnelles, et cela lui est respecté, et ensemble, en même temps, envers et contre tout, créer : le métier d’homme du moins.

Et ici conclure à la jonction, au cap horn, du coaching et l’analyse ; du symptôme qui est formation de compromis entre le désir et la défense, et l’œuvre qui est transgression autant qu’universel apport ; de la nature humaine et de la culture pas si malaisée, good enough again, en la assez bonne compagnie de l’humaniste : Carl Rogers.

 » La cause première de la créativité semble être cette même tendance que nous découvrons comme force curative en psychothérapie – la tendance de l’homme à s’actualiser et à devenir ce qui est potentiel en lui. Je veux parler de la tendance propre à toute vie humaine de s’étendre, de grandir, de se développer, de mûrir ; je veux parler du besoin de s’exprimer et d’actualiser ses capacités propres. Cette tendance peut être profondément enfouie dans la personne ; elle peut se cacher derrière des façades compliquées qui nient son existence ; je crois pourtant qu’elle existe en chaque individu et n’attend que l’occasion de se manifester. C’est cette tendance qui est la cause première de la créativité quand – dans son effort pour être pleinement lui-même – l’organisme entre dans de nouveaux rapports avec son entourage . « 

Lampées originelles

Elle a embrassé un lampadaire, un soir de nouvelle lune où elle revenait joyeusement d’une virée en famille. Un de ces soirs où tout semble possible, où maman s’est fait belle, où papa est un peu gai avec ses cousins, ses collègues ou ses copains, mais pas colérique ivre comme à son habitude, à chaque fois qu’il boit seul et « pas tant que ça », face à la seule tablée enfantine composée de sa femme et ses rejetons soumis.

Il a bu aussi ce soir, mais avec ses voisins il a échangé sa rage en rires partagés, et la vue des dames un peu allumées l’a aussi comblé.

Et elle, sa fille qui grandit et qui le regarde de plus en plus dans les yeux, face à face enfin, elle a embrassé ce lampadaire dresse sur le chemin du retour. Un lampadaire qu’elle n’a pas vu venir comme il ne l’a pas vue devenir femme. Lui.

– J’étais déjà sonnée du bras de fer avec la nuit, et mon père m’a giflée en plus. Le visage rougi, les yeux exorbités, c’était moi, c’était lui, face à face obscène à deux.Et elle rêve d’un homme qui est tour à tour noir, laid, gros, vieux, agite, et qui au milieu de ses nuits, encore aujourd’hui, la réveille de son insouciance que la journée elle retrouve invariablement.

 

Des choix d’engagement, dans un projet personnel, dans une relation intime, dans une passion secrète jamais elle n’en aura fait. Elle est « bonne » commerciale pour le compte d’autrui, elle achète « bio », et souvent elle y déroge pour un petit caprice sans plus de conséquence, et elle suit toutes les séries sur son écran de nuit. Puis, elle se couche et le cauchemar resurgit.

A cette séance la, elle n’a plus grand chose à dire, elle ne changera pas sa vie, et ses rêves les plus récents semblent effilocher ses craintes, et elle s’en satisfait. Elle est contente. Je ne dis rien et elle ajoute ce qui la trompe :

– Mon rêve de cette nuit était simplement que j’allais autre part et puis je ne sais pas si j’y étais ou pas, si c’était bien ou mal, j’étais juste plus seule que jamais dans mes rêves.

C’est vrai que bien souvent l’homme qui l’a surprend arrive lorsqu’une foule se rompt : ses collègues, ses amis ou ses sœurs.

Nous sommes presqu’au bout de la séance, elle invoque tous ces autres souvenirs qui lui manquent et qui permettraient peut-être d’aller plus loin dans la liberté qu’elle se cherche.

– Mais puisque je ne vois rien d’autre… Je m’enrage au quotidien de ce dont je ne peux me départir, puis je me calme et je passe à quelque chose d’autre. Ce serait ça le bout du bout du conte.

Je n’y crois pas une seconde. Tant qu’il y a vie il y a tragédie : héroïcomique ou romantique.

– La colère du père… – Ce sont les mots que je m’entends dire. – C’est comme si vous deviez la jouer pour vous retrouver vivante. Et qu’à chaque fois elle vous ramenait à la même impasse vitale.

– Une scène me revient à vous entendre à laquelle je ne pensais plus mais qui finit d’eclairer mon rêve, mes rêves, et ces répétitions de vie : un été nous sommes allés en famille en vacances loin de notre Nord habituel, de nos amis et de nos ascendants tutélaires. C’était un de ces villages de vacances où l’on se mélange, où les enfants sont libres et les parents tombent les masques. Surtout, a nouveau, nuit tombante. Il y avait de la musique et il y avait de la danse. J’étais une Lolita éprise d’un gamin qui appréciait mes caresses maternantes. Et j’ai dansé un slow et j’ai embrassé sa bouche, gourmande. Mon père est sorti alors de je ne sais où et m’en a arraché avec violence. Ce n’était pas une gifle cette fois, ma chair était peut-être devenue moins tendre, plus tentante, mais cela a été dans mon souvenir à nouveau un bras de fer et de nuit qui m’a cette fois-ci voilée comme on bouche l’origine du monde. Ce jeune garçon que j’aimais n’a plus jamais osé me rapprocher…

– Et est-ce que vous vous êtes rapprochée vous même depuis de cette jeune fille qui ose ?

Elle pleure. Et elle embrasse ses larmes. Elles coulent jusqu’a sa bouche qui les accueille comme une douceur. Elle lèche leur saveur. Et j’en suis le témoin respectueux.

Car il est temps que cette femme que j’aime accompagner soit aimée d’autre que son père n’a cru l’aimer. Depuis qu’il a disparu et qu’elle m’a approchée, elle est encore davantage suspendue à son désir qui n’est plus, qui n’a jamais été, rien.

A cet instant, en cette fin de séance pour rien, elle s’aime, je l’aime et le jeune Denis a resurgi en son souvenir pour l’aimer comme elle est.

Pas comme un reflet du même. Elle est autre. Et elle est être libre et sensuel. Désir singulier. Qui embrasse la vie à pleine bouche debout face au ciel.

Elle est à 100%

 
Elle tente d’épanouir son métier hors des murs étriqués de son employeur actuel. Mais elle ne se résout pas à le quitter.

Mégalo, il comble de sa petite personne fantasque la médiocrité réelle de son affaire. Et il semble la fasciner tant elle fait siens ses enjeux. Mais je sens que je ne peux rien en dire sans risquer d’être mesquine. Alors, encore un instant, je me tais. Et « l’instant d’analyse » arrive tout seul et à propos :

– Ce que je n’aime pas c’est le travail au rabais que je fais ; j’ai honte même d’y voir mon nom associé…

– Le nom du père… – Je lâche enfin. – Je veux dire… C’est une expression métapsychologique que je me excuse d’employer…

– Au contraire. Ne vous excusez pas. C’est justement son image qui me venait en tête en disant cette phrase là. Mais je ne sais pas pourquoi.

– Salir le père à obéir aveuglément… la mère !? – Je m’excuse à nouveau, car je ne sais pas d’où je sors pareille interprétation.

– C’est très juste, mon chef fait plutôt figure de mère tyrannique sans aucun contrepoids, et c’est peut être « mon père » que je joue avec lui…

Je ne commente pas ce qui la surprend déjà. Un peu plus tard enfin, elle parle « vacances » et elle fait le même conflit d’échelle qu’elle se pose pour son destin professionnel.

– Valentin veut d’un stage en voilier, et apprendre à le manœuvrer, mais moi je ne me sens pas prête pour un tour du monde avec lui et seuls !

– Attendez. Je ne comprends pas. Si vous parlez des actuelles vacances d’été, j’imagine que ce ne serait qu’une initiation, une formation encadrée, et avec un équipage au complet. Et vous pensez déjà au « tour du monde » et « en solitaire » ?!

Elle se fait toute petite de s’y reconnaître si bien. Et je tire alors joyeusement sur son nœud marin, et si « père-vers » par moments…

– Ce que j’en comprends c’est que, pour vous, choisir des vacances ou changer d’employeur prend les mêmes allures d’enrôlement auprès du roi ou rien ! Et si vous commenciez déjà par ce simple stage de voile ? Et si vous faisiez un tour de place professionnelle ?

– Ce que j’y comprends moi c’est qu’il y a pas de petit chantier pour moi ! Que des grands travaux insurmontables en une fois !

– Et lorsque vous étiez plus jeune tout était dans la démesure de la part de vos parents : vos devoirs d’école, en faire plus pour performer, vos activités extra scolaires teintées de compétition, votre taille et votre poids, d’enfant voulu si grand !!

Voici un endroit où père et mère se retrouvent face à elle à l’unisson. Et elle si seule. Et elle a 100%

– Vous voyez : venir ici, dans ce petit chantier de vous qu’est la séance, une petite heure par semaine, cela vous honore d’effort après effort, et de liens à taille humaine, avec moi et vos fantômes un par un.

Elle semble étonnée et fière d’elle, je crois. Et de suite, avant qu’elle ne minore ou démesure sa part, je la double encore un instant :

– C’est parce que je suis là vous allez me dire. Mais ce sera toujours cela. Vous ne serez pas seule, pas si seule que lorsque vous étiez enfant face aux colosses parents. Là-bas, sur le voilier, Valentin y sera. Et plus loin, un nouvel employeur, aussi petit que lui, aussi petit que moi, qui saura partager d’autres petits chantiers de vous et de lui à la fois. De vous, petits chantiers deviendront grands :

Vous épanouir dans votre métier, être heureuse dans votre couple et enfanter la vie, quels d’autres grands chantiers voyez-vous à la hauteur de ceux-ci ? Sûrement pas ceux de votre chef actuel que vous vous appropriez aujourd’hui. La séance est fini. Je vous retrouve en septembre. À 100%

Moi je fais dans l’association d’idées. De mots.

On appelle ça une résidence d’écriture. Quatre jours avec des hôtes délicieux, la vie de château, l’ordi qui ronronne et a promis de pas bugger. Et un genre de festin d’été avec le vert de Juillet avant qu’Aout ne nous calcine tout ça, la douce France, planquée dans ses vallons. Un couple de flamands tient cette maison d’hôte, ils sont artistes aussi, et pas des amateurs. On fait assaut d’amabilité eux pour m’enchanter le séjour, moi pour qu’ils ne se décarcassent pas trop. On va finir par s’emplâtrer par gentillesse esquivée. Avant être gentil, aimable, serviable ça craignait, on avait lu freud et lacan, maintenant on s’en tient à ça, vu les décombres du reste. Ici c’est pas le minaudage commercial d’une chaîne hôtelière, où le concierge légumineux se répand en salamalecs devant toi. Où le personnel cloné t’offre des sourires fabriqués par orthodontie.

Je me sens invité dans ce petit castel, on papote, on prend l’apéro on parle du marché de l’art et on déplore en choeur en hochant du chef. On ne refait pas le monde, il est défait, on refait nos parages, que David le sculpteur a peuplé d’un bestiaire d’insectes géants et d’animaux factices. Ca fait pas peur, je le dis pour les âmes sensibles, c’est saisissant, comme l’art dans un décor improbable, le coq à l’âne, moi je fais dans l’association d’idées, de mots. La création n’a rien de vertical, ni d’horizontal non plus, c’est une ligne brisée, pointillée, facétieuse ce qui emmerde toujours les académies de tous poils.

Moi qui suis nul en la chose scientifique je me suis toujours passionné pour le cerveau. Bon le sexe et le coeur c’est bien aussi, hein. Mais le cerveau: l’énigme gélatineuse que même les blouses blanches elles genuflexionnent devant. Le savant t’embrouille avec les hémisphères, l’hypothalamachin, la connexion neuronale. On te dit où est le centre du langage, la première à droite, passez devant un bar, remontez le long du lobe frontal, c’est là, y’a une pancarte. Mais le sémiologue ricane (qui n’en sait guère plus) le langage n’a pas de centre, pas de sens non plus. C’est une cavalcade de couleurs, une pollockerie de sons et lumières, avant quelques gouttes de concepts noyés dans tous ça, shakez et servez sur un lit de glaçons. L’homme n’existe pas. Le langage, si. L’un n’est que l’apparence de l’autre. Le cerveau fait semblant d’être un organe fonctionnel alors que c’est une éponge à poésie, l’hydre passé, présente, future à la fois de nos déluges sensoriels, de nos moussons affectives. Le langage nous tient debout, il dit, il est tuteur. Et j’attends mon ange gardien, j’en ai vu passer un en rase-motte ce matin dans la turbulence des arbres, dans l’indécision de l’aube.

Voyez comme je suis poète : j’ai un cerveau que nul orthodontiste ne touchera jamais.

La rencontre préalable à coaching est une rencontre sur le fil, et qui se tisse imparfaite fil à fil


[Fil à fil]

– Je trouve tout ça très « business » !

Elle le répète plusieurs fois. Elle a pris rendez-vous pour un coaching au travers de la coach d’une amie.

Et quand je lui demande si elle a des questions à me poser – je ne prends pas les interjections en l’air -, elle ne « me demande » toujours pas, moi.

Elle se demande, me dit-elle :

– Je me demande si vous saurez vraiment m’accompagner au plus intime de mon actualité.

Je n’ai toujours rien à lui offrir comme réponse. C’est ce qu’elle semble retenir de mon silence, car elle évoque aussitôt cet autre accompagnement d’il y a dix ans :

– Elle n’avait rien à me dire, elle non plus. Je suis restée face à ce « grand vide » quatre années « de réclusion », et je me demande encore comment j’ai réussi à tenir si longtemps !

Là, espiègle, je lui réponds : – C’est peut être le temps dont vous aviez besoin pour savoir ce qu’il vous fallait vraiment comme accompagnement ! Et vous y voilà à présent.

Elle me fixe. Elle semble hésiter entre la surprise agréable ou la gêne. Je commence à exister pour elle. Et finalement elle sourit.

– Oui. Bien sûr. Cela a du servir au moins à ça. Aujourd’hui cela peut être différent…

– Pourriez-vous poser quelques mots sur ce que vous souhaiteriez de différent ?

– Je veux changer de vie ! J’ai vous l’ai déjà dit !

Je la perds à nouveau. Alors je lui souris et j’accuse réception. Et je renvoie ma main tendue, doucement mais fermement.

– Oui, vous voulez changer de vie comme vous le vouliez déjà il y a 10 ans. Et vous voudriez changer d’accompagnement. Pour ne pas vous retrouver sans issue comme alors. Qu’est-ce que vous souhaiteriez aujourd’hui de différent… dans votre accompagnement ?!

Elle me regarde enfin peut-être comme une partenaire possible, et pas entièrement accessible : cette zone aveugle lui permet de transférer ses pensées et ses sentiments sur moi. Ces yeux alors ne me quittent plus. Une déclaration d’amour perle à leur bord. Alors je l’aide à garder la face « business ».

– Ce serait comment très concrètement ? Avez-vous pensé au temps que vous vous accorderiez ? La durée du processus de changement, la fréquence des séances, l’investissement ?

– Je me donne jusqu’à la fin… de l’année, et autant qu’il le faudra j’investirai, en temps et en moi. Quel est votre avis à vous ?

Elle reprend le fil du « Business Partner ». Et là sans l’esquiver, je réponds, mais je me déplace aussi sur la bande du sensible à nouveau :

– Mon avis est que ce fil de séances régulières, engagées et « jusqu’à la fin » est votre meilleure alliée… Avez-vous des enfants ?

– Un garçon qui sera grand dans six mois. C’est justement pour sa majorité que j’aimerais pouvoir tenir toute seule…

Et elle pleure.

Je suis aussi émue de cette alliance si belle : me tendre à moi le fil de l’accompagner pour le « fils de sa vie » apprendre à lâcher. Ce sera fil à fil, en processus analytique et en sensibilité partagée.

Et lorsqu’elle me serre la main à la fin de ces quelques minutes courtes que j’offre a ces rencontres qui ne sont pas encore séance, comme un bienfait précieux susceptible de se déplier, elle est chaleureuse comme elle l’était déjà lorsqu’elle est arrivée.
Mais elle a, là, de plus, ses yeux immenses dans les miens, si petits, contenus.
Et elle ajoute : – A jeudi Eva…

C’est sans fin un fil comme ça.

 

Sur scène et en duo d’artiste coach

Entre  » L’inconscient, un ami qui vous veut du bien « , et  » Développer son intelligence relationnelle  » et cultiver à ses pieds – et non comme un projet lointain, à l’avance compromis de toutes nos peurs -, l’@rt du lien, entre l’un et l’autre thème, d’intervention en duo auprès des institutions, cinq petits mois se sont écoulés ; cinq pleines lunes de recherche action, d’animation de groupes restreints et de réseaux sociaux, de réflexion sur leurs comportements et les nôtres, d’une saine évolution du  » talk show « , qui nous amène invariablement l’admiration et la détestation, à la  » talking cure  » qui permet l’analyse, l’évocation au plus libre et juste de soi, la pensée, et la dissolution alors du fantasme craint dans le réel partagé. Depuis  » Les Démons  » plus cathartiques qu’analysants, plus  » excitants « , plus fourre-tout, grand groupe ou petit groupe, connu ou inconnus, le tournant est effectif. Et nous devons beaucoup à Nicole, Christine, Daniel, Émile et tant d’autres que vous retrouvez dans les lignes des récits de séance, et qui se sont engagés avec nous en un travail au long cours et au plus près de nos difficultés partagées qui analysées prennent sens. Alors, en grand groupe aujourd’hui, en institution instituée ou en libre association, lorsque nous mettons à l’épreuve du vaste monde ce travail de jardinier – sous la bannière de l’ami inconscient ou de l’art du lien -, il est moins de coups d’éclat, plus de rencontres subtiles avec l’un ou l’autre de vous, et  » le groupe « , fantasme insoluble de l’illusion groupale oblige, plutôt déçu. L’envie perdure de poursuivre ces conférences plus ou moins grand public, plus ou moins pour initiés accompagnants et accompagnés ; d’affiner notre partage, sur les liens qui nous composent, chacun de nous, sur les liens qui nous relient, ensemble tous ; et de mieux préparer, avec les sponsors de notre venue en ces événements humains, le creuset de nos interventions. Avis aux amateurs de lien, capitaines d’assemblées ouvertes au grand air… André & Eva Avec notre gratitude envers Andrée Zerah, Christophe Peiffer, Pierre Baillon, pour leur confiance naissante ou de longtemps, et qui donne lieu à d’autres rencontres avec leur public généreux en novembre et en janvier. À suivre alors.

Destinationite : mal du coach, ou du coaching ?

Destinationite…

C’est ainsi qu’il nomme – du nom, populaire et savant, du mal des pilotes de ligne qui a l’arrivée à destination manquent de repères, bien davantage qu’en plein vol – son mal de coach qui aboutirait définitivement sa reconversion.

Il compte lâcher pleinement sa vie professionnelle d’avant, et ne « vivre » que des ressources financières générées par son accompagnement.

Et il ne s’inquiète pas tant de son marché, de son offre ou de son style d’accompagnement, que de n’avoir rien oublié des paramètres environnants.

– Il a envisagé une remplaçante à durée déterminée en sa fonction d’avant et pouvoir ainsi la reprendre en cas de mauvaises conditions d' »atterrissage ».

– Il a trouvé un associé « Indiana Jones » du temple auquel il s’attaque : l’entreprise et ses rapports.

– Il a soupesé les contraintes familiales, et les alliances possibles en son environnement affectif.

– Il nous a pris pour superviseurs, en groupe et en duo, pour une vision à 360 de sa situation.

Quelles serez les limites que tu mettrais entre être débordé par ton succès et être débordé par ton échec ?

– Pardon ?! Je ne comprends pas la question.

Je ne la modifie ni la répète. Je ne change rien. Nous aussi nous ne comprenons rien à ce mal qui ne nous est pas étranger : la  » destinationite « . Quand la piste apparaît, où se trouve le ciel ?

– Il arrive souvent, et surtout au premier abord, que les interventions d’Eva ne soient pas comprises. – André tenter de nous rassurer tous. Puis, il s’adresse à Christian. – Essaye peut-être d’y répondre toutefois de ce qui te vient à l’esprit.

Un court silence, puis, le début d’un fil :

– J’entends la proposition d’Eva comme un choix : entre être débordé par l’échec ou être débordé par le succès, et c’est la deuxième option que je préfère et qui en même temps, m’inquiète le plus. Pour ce qui est des limites je ne vois pas… Il sera toujours temps de mettre des limites au succès !

Mais quelles limites à l’échec n’y conduiraient pas ?

Et à André de me dire, en débriefing plus tard, enfin et à froid :

– Ce ne sont que des limites à l’échec qui entourent cet atterrissage là ! Une remplaçante, un soutien possible boulet, un quadrillage du vivant, et deux superviseurs décidés à ne jamais aider !

– Sur les limites au succès nous pourrions reprendre alors à la séance suivante. Et  » parl-être  » de lui-même rendre ce nouveau participant qui nous a appris le mal de terre…

Il n’est pas d’autre travail, que le travail sur soi, et à ciel ouvert.

*

Dans  » analyse sans fin et analyse avec fin « , Sigmund Freud explore, lors de ces dernières années, la butée du processus analytique, et son irrésolution manifeste.

De quoi relativiser l’essor ultérieur du coaching? à objectifs et échéances impossibles. Sauf à oublier « l’être » dans le « faire » de nos accompagnés, et notre « être coach » : être plutôt que faire du coaching. Et l’être ne se pose jamais vraiment… Sauf sous terre, à expiration.

*

Illustration

Adepte des prises de vues en fisheye et de la retouche numérique, l’artiste et photographe new-yorkais Randy Scott Slavin s’amuse à prendre des clichés de la planète terre en créant une distorsion de l’espace afin de ramener tout sur un seul et même plan.

En savoir plus: http://www.gentside.com/photographie/ces-paysages-sont-visibles-a-360-degres_art39876.html
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(C) Randy Scott Slavin
(C) Randy Scott Slavin

À deux se perdre, à trois être chacun

 

Elle se perd dans la folie privée du père. À chaque fois qu’elle tente de l’approcher.

– Avant il me fallait au moins une semaine pour retrouver mon énergie après un échange avec lui, même téléphonique ! Aujourd’hui je sais que ma journée d’après sera  » sacrifiée « . Bientôt, peut être bien que, avec le travail sur moi qu’avec vous je fais, je parviendrai à m’exposer et rester entière.

C’est d’une angoisse de morcellement dont souffre le père…

Moi aussi j’ai été très  » puzzled « , du terme anglo-saxon qui illustre si bien la confusion, aux débuts de son accompagnement. Elle porte en elle la deliaison qu’elle honnît.

Aujourd’hui, je parviens à rester sur mon centre à moi, et à l’approcher avec moins de dispersion, de par mon propre travail de longtemps et de supervision de coach.

En somme parce que j’ai  » tertiarise ».

J’ai ouvert notre relation, susceptible pour l’une et l’autre d’archaïque fusion, en termes mère-fille, interdite pour la part du père qui aussi transite, à un tiers superviseur. Cela fait partie de l’hygiène de l’accompagnateur, de la déontologie de la profession, mais surtout d’un besoin humain fondateur et important : ce n’est qu’en triangle relationnel que l’on quitte l’opposition-perdition entre l’un et l’autre, et que la liberté de l’un et de l’autre jaillit.

L’enfant sépare père et mère autant qu’il ne les réunit. Père sépare mère et enfant et ainsi les réunit autrement. Mère donne au père sa place et la relativise en même temps. C’est le triangle relationnel originaire. C’est le triangle fondateur toute notre vie durant.

Ce triangle identificatoire se perpétue d’après moi davantage en triangle romanesque de René Girard, par les découvertes des neurosciences attesté, qu’en triangle dramatique de Karpman trop mécanique à mon goût de liberté.

La philosophie de René Girard fait place au désir de chacun qui peut s’exprimer à la vue du désir de l’autre pour un tiers. Neurones miroir connectées. Et créativité alors de tout un chacun pour faire vivre ce désir en acceptant ses propres limitations et la différence d’autrui.

En mon cas précisément, lorsque, de Katherina à mon superviseur, je parle « cela parle » à la fois d’elle, et de lui à qui je parle, et dont le « supposé de moi » module mes dires avant même qu’il n’en dise lui-même quoi que ce soit. Et bien souvent à l’encontre de ce qu’il me dira.

Ce qui « me dérange » en elle, est dérangement de moi. Ce à quoi, lui, il m’appellerait est exigence de moi.

Puisqu’en lui parlant d’elle et moi, de lui et moi, je ne lui parle QUE de moi pleine.

Aussi, lorsqu’elle Katherina, me parle du père, visiblement prise en un affect « limite » – au bord de sa folie privée à elle, et donc au bord de l’analyse -, elle se rassérène aussi. Et par les tours et détours de la libre association d’idées c’est à la relation à son frère lorsqu’ils étaient enfants, hors danger adulte violent et sexuel, qu’elle en vient.

Je saisis ce cheveu d’ange, pour expliciter ces affects, un-pensables et inter-dits, qui aujourd’hui encore la nouent à Lui. Le père.

– C’était comment physiquement entre votre frère ainé et vous ? Des bagarres ? Des mamours ?

– Ah non… Des câlins jamais. Des empoignades souvent. Nous aimions jouer ensemble au grand méchant…

Et c’est curieux, me vient de suite à l’esprit un souvenir enfoui. Était-je petite que sous le lavabo j’avais fini. Et en me relevant je me suis ouvert la tête. J’étais ouverte à lui.

Fantasme inconscient affleure et, confiante de la tertiarisation que l’accompagnement libre permet, elle poursuit :

– L’autre souvenir qui me vient correspond à l’adolescence et là je me suis ouvert la jambe contre le tranchant du lit.

– Seule ou en présence du frère ?

– En pleine bagarre aussi. Je le lui ai caché je crois. Il n’a rien vu j’espère. Cela saignait terriblement pourtant et je me suis soignée, en cachette toujours, là où points de suture, comme la première fois, auraient été bien nécessaires !

C’est ma mère qui, malgré mes effets de jupe ou peut être à cause de cela, a découvert la plaie quelques jours plus tard.

Tertiarisation originelle retrouvée et réussie peut apaiser la rencontre avec le père ; peut permettre la rencontre avec l’amant d’aujourd’hui.

Ces deux scènes, de l’enfance, et du sang d’adolescence, contiennent à elles seules Katherina face à Lui. Et Katherine face à Elle. Katherina femme pleine.

Et moi je vis, à travers eux deux, cliente et superviseur, père et mère, ma plénitude à moi aussi.

À suivre…