Le Masculin

Bruno Clavier à généreusement partagé sa clinique et je suis heureuse de m’en inspirer pour écrire au masculin !

Après la haine au féminin, destructrice autant que créatrice, j’ai aimé aborder la question du masculin : agressif, vivant, mortel. Transmetteur ou sinon rien.

C’était mon présupposé, moi qui m’intéresse à la psychanalyse comme tout autre chose que la communication à laquelle j’avais tellement tenu jusqu’alors : rédacteur et porte-voix en entreprise, puis coach. Et psychanalyste en devenir si j’ose.

J’en suis persuadée aujourd’hui qu’au delà des paroles et des outils qui les portent, la transmission opère. Que chacun la porte en soi, et alors l’homme qui ne fabrique pas d’enfant, en fabriquerait sa réalité et son devenir transcendant.

Le masculin alors.

C’était au programme des Séminaires Psychanalytiques de Paris ce mercredi 7 décembre. C’était idéal. L’intervenant : Bruno Clavier. Psychanalyste, passionné et pratiquant l’intergenerationnel justement, la transmission inconsciente. Souvent auprès d’enfants. Là où tout est visible sans fard. Il est l’auteur chez Payot de l’ouvrage « Les fantômes des familles ». L’illustration ici est celle d’un mage de la lumière, Sorolla, actuellement exposé sur le thème de son séjour à Paris au Musée du Prado de Madrid.

Monsieur Clavier nous a livré sa clinique d’un devenir un homme.

Il a cité Simone de Beauvoir pour qui la femme ne naît pas femme mais le devient. Pour l’homme pense-t-il c’est pareil. Et c’est surtout passionnant de voir grandir les petites filles et les petits garçons et les voir dessiner la maman comme une terre, une maison, le papa plutôt le tonnerre, le soleil, et le vent. C’est ici le langage de l’inconscient le plus primaire, celui des traits lâchés, bien avant les traits domptés des mots.

Puis, regarder bouger les enfants, déjà nourrissons, les vacillements circulaires du bassin des filles, les rythmes avant arrière, rectilignes, du garçon. En consultation un petit garçon qui se cognait la tête contre les murs vient au fil des séances à ce balancement. Il se saisit de son genre. Il se saisira de son sexe à l’adolescence alors.

Son grand père maternel avait dû faire un choix impossible jadis entre la mère et l’enfant qu’elle portait dans son ventre : de quoi se casser la tête. Il avait choisi son épouse et sacrifié l’enfant.

C’est cela la filiation du garçon en ce qui concerne le masculin, son père oui, son grand-père maternel beaucoup aussi.

Et son problème à résoudre ne serait pas tant l’angoisse de castration souligne Bruno Clavier mais l’identification à celui qui a des relations sexuelles avec celle qu’il convoite : la mère.

Cette identification est possible si le père est en relation avec l’enfant, s’il lui accorde sa parole, s’il lui transmet qui il est, sans s’absenter où se dérober, à lui-même souvent !

S’il n’y a pas de parole, le garçon mime, il ne s’identifie pas. Il répète dans le sens de il duplique. Il retombera dans les ornières dans lesquelles son père s’est pris les pieds, puisqu’il aura des comportements copiés collés. Pas tellement connus et compris, puis intériorisés mais intériorisés directement  sous la forme de l’introjection. Les comportements d’infidélité ou de sabotage en font partie. Le descendant peut avoir bâti une vie plus équilibrée. Il n’en sera pas heureux car il aura une compulsion à agir comme l’ascendant.

C’est le cas par exemple d’un homme qui après chaque relation sexuelle, parfaitement satisfaisante avec sa femme qu’il aime, a besoin d’aller sur Internet et poursuivre son activité sexuelle sur des sites pornographiques.

Ceci est le clivage culturel : pour l’homme il y a la maman et la putain. Pour la femme le mari et le prince charmant. La femme historiquement réduite au foyer, à la procréation et au soin des enfants, trouve une alternative à son époux, souvent non choisi par le passé, dans la rêverie, et dans des rencontres partielles, inspirantes d’un idéal masculin. L’homme lui a des occasions de rencontre à l’extérieur qu’il investit aussi naturellement, de par son rôle d’aller chercher de quoi vivre, et son rôle de représentation.

Les deux clivages se complètent parfaitement.

Homme est celui qui s’empêche, disait Camus.

L’homme qui n’est plus un enfant, ni une femme, a conscience du temps, de l’espace, il s’inscrit dans un territoire dans lequel il a un rôle qui le dépasse, il s’inscrit dans un temps qui a un début et une fin. L’homme qui s’empêche transmet ceci autour de lui. Cette conscience que son inconscient, son infantile, lui refuse. Cette conscience de la vie et de la mort.

Après s’être identifié aussi imparfaitement soit-il, mimétique au mauvais père, l’homme peut par la psychanalyse et/ou son chemin de vie, se désidentifier aux imagos qu’il a formé dans sa tête, du masculin et du féminin, du père et de la mère. Il modèle ces imagos à son image à lui. Il accueille le féminin aussi : sa mère, et sa grand-mère paternelle. Son désir d’elles autrement, prend forme auprès de sa femme, de ses partenaires professionnelles féminines, de ses enfants.

« Tu seras un homme mon fils. » – lui dit le père. Le père de parole.

« Tu es ma femme. »

« Tu es mon enfant. Ma fille. Mon garçon. Une femme. Un homme bientôt. »

Il peut leur dire à son tour alors.

Sa femme est femme, celle qui a un sexe de femme et non un rien, celui qui lui permet de désirer la pénétration. L’homme n’a lui plus peur de la castration, qui vient par la femme : vagin insondable et dévorant sinon.

Sa fille, son garçon, sont des futurs homme et femme, sexués, puisqu’ils auront reçu la parole du père, de l’homme, du garçon.

L’homosexuel est celui qui manque de son propre sexe. Comme le hétérosexuel manque du sexe opposé. L’homosexuel a manqué de père, de parole, de celui qui transmet et se sépare. Instantanément, l’homme se sépare de l’enfant par l’éjaculation. Il revient par la parole mais c’est pour lui dire son nom : séparation symboligène qui complète l’autre séparation qu’est la naissance de la mère.

En consultation, l’homme « estime qu il va vraiment mieux quand il est capable de contacter, d’accepter et de faire vivre en lui son féminin. Appréhender au mieux ses rapports avec les femmes, les enfants et les hommes. »

Ainsi conclut Bruno Clavier ses notes dactylographiés.

Transmetteur, et connecteur. Homme de lien. Le pénis comme virgule, j’aime moi l’imaginer.

Université d’été du coaching clinique psychanalytique 5/5

Le déroulé conceptuel de présentation du symptôme qui articule la psyché du sujet normalement névrosé, qu’il apparente à son identité, a fait l’objet de cette Université d’été pour un coaching clinique psychanalytique non aveuglé par les objectifs institutionnels, ou conventionnels auxquels chacun peut prétendre et son désir dérober. Il est issu, librement inspiré, du Séminaire Psychanalytique de Paris du 18 juin 2015. Sur mes notes de la conférence de Monsieur Pasani.

Cette dernière partie que j’y adjoins s’efforce d’y apporter le retour expérientiel de ma propre pratique d’instrument psychique « good enough » au service de mes accompagnements individuels ; du tissu contre-transférentiel offert à partir du duo que je forme avec André de Châteauvieux en animation de groupes restreints, d’accompagnateurs, de consultants, de RH et de cadres dirigeants. De tous ceux qui en viennent à y songer : qu’il n’y a pas de prêt-à-penser l’entreprise, aussi libérée qu’on la pense. Que tout se dérobe autour et qu’il ne tient qu’à soi même de reconnaître sa propre expérience psychique, de lien symptomatique au monde.

Dès l’appel téléphonique de prise de rendez-vous, comme un premier cri de nouveau né dit de lui sa vigueur, l’analyste peut entendre le symptôme. Dès le premier mail ou SMS échangé, le coach analyste lit entre les lignes des formules toutes faites d’autres lignes de faille et buissonnières. Celles qui vont le retenir auprès d’un autre, un temps contraint. Autant en faire le matériau vivant de son accompagnement, par delà la « commande » formelle ou même ouverte, trop ouverte.

Le symptôme s’exprime dans la relation à l’autre, dès qu’elle s’ébauche, et surtout à l’état d’ébauche ! Dans le langage courant nous disons de nous fier à la première impression. Elle ne peut porter en elle l’être entier. Mais elle porte bien en elle, dans cette sensation d’irréel qu’est la rencontre, comme un rêve éveillé, la radicalité du symptôme. Sauf que, attention, la première rencontre radicalise l’analyste autant que l’analysant qui y postule. La meilleure attitude à avoir n’est pas un rituel de l’accueil bien maîtrisé, inconditionnel, « neutre et bienveillant ». L’analyste sonnerait faux… Hein André ? Il en est qui nous quittent aussitôt tellement derrière cet écran de mire ils décèlent un « bruit de fond ».

L’accueil au naturel est celui du contre-transfert.

Le contre-transfert de l’accompagnant précède celui de l’accompagné. Celui qui choisit le métier d’accompagner possède, grâce à son propre travail sur lui auprès d’un tiers, une malléabilité psychique accrue, et une confiance dans sa capacité à se rassembler quel que soit le fil d’associations libres qui se présente spontanément dans sa psyché en présence de l’autre. Le « jadis familier », dépassé si sans histoire, refoule si l’impensable s’en ai mêlé, et qu’il se repense par bribes et qu’il s’agit de façon répété, ce familier d’enfance, l’inquiétante étrangeté des êtres chers, les propres pulsions violentes et sexuelles surtout et envers eux, c’est le contre-transfert qui trouve en chaque accompagné un nouveau droit de cité. Un devoir, professionnel.

C’est bien pour cela que la spontanéité de l’analyste combinée à son éthique lui offre une certaine lucidité au moins sur « la place où l’autre le met ». C’est l’ombre qui donne le relief. Une part aveugle doit être supportée.

Seule l’angoisse ressentie procure le ciment qui sature et relie l’espace de la séance. Et ce de séance en séance.

L’analyste, qui ne se protège pas assez de ses propres résistances, aide ainsi tout simplement à faire émerger quelque chose du symptôme de l’analysant pour lui-même. Cette question qu’il pose au monde. L’analyste lui-même questionne, soit dans les moindres détails de ce qui se donnerait à dire et à voir comme un tableau original, soit s’il est plus difficile d’accès en allant sur son versant d’angoisse justement : à quel moment est-ce difficile pour vous ? ou bien, vous semblez surpris du tour que prennent les choses, qu’est ce qui vous étonne ? Et il est d’autant légitime qu’il fait son propre examen de conscience, en recul clinique en séance, en supervision continue en inter-séance.

Rappelez vous toujours de la réclame : le symptome, ça t’étonne ! Qui devient vite : c’est tout moi, ça ! Entre la satisfaction narcissique et la culpabilité œdipienne chacun de nous se débat, ou en joue sa joie. C’est tout le travail d’analyse qui est fluide si entre le symptôme et l’angoisse il est possible de tenir ensemble.

Nous reparlons ici et de symptôme, et de refoule, et de trauma et d’angoisse, comme il fut question dans le chapitre précédent. Il est temps d’introduire la part de l’inhibition. Les plombs qui sautent ce ne sera pas tant un acte commis malgré soi, qu’une sécurité interne mais o combien pour rassurante contraire au risque de vivre et à ses joies

Mais prenons pour commencer le cas béni de ce patient qui, en effet, aime son symptôme. Qui n’a pas mis entre l’angoisse et lui l’inhibition, le renoncement. Le tact, l’élégance, la gouaille, l’humour de l’analyste selon son caractère, et sans jamais se prendre au sérieux, sont les meilleurs alliés. La clinique n’est pas la distance froide du professionnel mais bel et bien son implication affective et responsabilisante.

Ceci est tout simplement possible parce que le symptome n’est toujours qu’un déplacement du trauma, du refoulé, de l’angoisse, sur quelque chose d’acceptable, le compromis trouvé entre soi et soi, et la formation qui en résulte, une condensation de diverses forces en réseau. C’est pourquoi que d’ouvrir les réseaux associatifs par la curiosité, l’étonnement, la précaution, le sourire entendu, voire la franche rigolade partagée, cela libère toute la complexité que le symptôme tenait jusque là en « réduction », mais sans jamais se fermer complètement sur lui même, sans jamais en faire une construction qui se suffirait. La relation à l’autre et l’ouverture à ses apports, attendus dans le transfert, est prépondérante par rapport à la répétition pure et simple, passive, du transfert originel, parental ou de toute autre figure jadis d’autorité.

– Pour le névrosé obsessionnel il s’agirait ainsi de pouvoir revenir à un moment de la pensée à l’affect. Les pensées obsédantes ont pris toute la place, déplacé l’affect d’origine. Il pourrait être recontacte avec à la fois la distance d’aujourd’hui et tout sa force qui peut en toute confiance face à l’accompagnant se déployer.

– Pour l’hystérique c’est la condensation qui domine, et il est nécessaire de déplier toutes les subtilités des idées et des sentiments pris au « piège ».

– Avec le phobique enfin, le névrosé qui a déplacé et concentré son angoisse sur l’existence d’un objet extérieur, ce qui lui permet de vivre assez bien hors de la présence de cet objet, il s’agit de déplier affect par affect. Car un affect cache un autre, ce qui lui permet de délimiter l’espace de ses affects et d’en venir au surgissement de l’angoisse, tempérée par le cadre analytique, par la progression de la cure selon la chaîne associative du patient.

La phobie est une hystérie de l’angoisse selon Freud, comme une alternative à l’hystérie de conversion, de conversion du trouble psychique en trouble physique, de la tête vers le corps.

Et la névrose obsessionnelle, elle, se tapit en gigogne derrière la phobie qui enrobe l’hystérie. Tout ceci n’est qu’une question d’où le symptôme se place : à l’extérieur, dans le corps, dans la tête qui ne peut cesser de penser, à tout sauf à l’impensable encore une fois sexuel.

En tout dernier ressort, et au plus difficile de la cure bien avancée, il s’agirait de toucher le lien entre le symptôme et le fantasme qu’il masque. C’est pourquoi l’approche progressive et raisonnée de la pensée n’est pas adaptée. C’est une approche par l’affect, par la recherche aléatoire, chaotique, et par la surprise.

Et l’inhibition, l’absence de symptôme face à l’angoisse, en constitue l’écueil. Elle est alors renoncement, mécanisme d’évitement (par exemple l’enfant sait lire mais la lecture à voix haute lui est impossible) alors que le symptôme est une formation de compromis qui n’empêche pas la réalisation d’une fonction mais la modifie (l’enfant apprend à lire mais inverse les lettres, les confond, etc.). Dans le cas d’une phobie scolaire, l’inhibition provoque des absences, de corps ou d’esprit, des oublis, des manquements, des étourderies. Rien n’y fait. Rien d’autre que de manquer à l’obligation scolaire sans s’y opposer vraiment.

L’inhibition concerne les potentialités d’action d’un sujet, le symptôme traverse l’acte du sujet qui reste capable d’agir.

L’inhibition est une formation défensive du moi alors que le symptôme est une formation de l’inconscient, une construction d’ordre métaphorique qui s’articule au fantasme et suppose un savoir inconscient, donc déchiffrable. Le symptôme est et a une signification.

En situation d’inhibition, en entreprise souvent de par le cantonnement de l’humain a sa fonction de « ressource », nulle chaîne associative ne se libère, elle se contient bien au contraire. – A quoi pensez vous : à rien. Et ce rien est riche de vie tout en retenue.

Les salariés ont choisi de répéter la vie en famille plutôt qu’en indépendants. De ne pas avoir de désir avec la remise en cause constante que cela signifie. La vie inconsciente n’y a pas de place. Les processus primaires irrationnels et inconscients s’inhibent complètement.

L’inhibition là contient et retient le désir même qu’elle empêche, tendant à annihiler le sujet désirant. Ce qui donne toujours au sujet inhibé une tonalité dépressive. Une activité ne peut avoir lieu, l’inhibition est rétention de l’action car elle introduit « dans une fonction un autre désir que celui que la fonction satisfait habituellement […] il y a occultation du désir derrière l’inhibition.  »

Dans le cas de la phobie scolaire comme du signalement RPS, le seul but est de ne pas agir le désir du sujet bien trop porteur d’altérité !

Comment recréer un va et vient entre les processus psychique primaires et secondaires, inconscients et conscients, irrationnels et sensés ? En groupe secure et dynamique et par la mobilité psychique que procure à nouveau le jeu, un jeu encore plus riche que dans le tête à tête analysant-analyste. Ce sont les processus tertiaires promus par André Green et toute l’école française de la psychanalyse contemporaine (Pontalis, Anzieu, Kaes) jusqu’au cybernétique Serge Tisseron aujourd’hui.

Mais attention, puisque « le nous est une résistance du sujet », puisque le couple, la famille, l’entreprise nuisent à l’être désirant, et tel est le point de départ de cette école avec Jacques Lacan, des conditions doivent être réunies, et c’est le rôle des animateurs en duo de ces groupes dont je suis, avec André de Châteauvieux. Pour que l’inhibition des uns ou la toute-puissance des autres ; les jeux personnels de pouvoir, de séduction, de paralysie du tout, de fuite en avant, de ceux qui s’y retrouvent trop ; les fantasmes de morcellement, d’éclatement, de liquéfaction, d’effondrement de ceux qui ne s’y retrouvent pas, dans le groupe qui les reflétera, ne prennent pas toute la place. Que la place soit aux fondements de tout « ça ». Au questionnement des animateurs qui ponctuent les mini séquences de la séance de groupe autour de l’un de ses sujets… Qu’est-ce qui te fait dire ça ? Qu’est-ce qui te fait t’opposer à l’autre ? Qu’est ce que tu ressens lorsque tu t’effaces de cette séquence ? Etc etc Toujours en animateurs engagés, et à la fois capables de se décaler : par le rire, par l’audace, par la retenue, le respect, par le silence aussi.

Le silence de l’analyste, si pesant dans un tête à tête. Le silence a une place de choix dans le groupe dont la dynamique si bien décrite par Kurt Lewin est stérile sans ça. Sans le doute, sans l’éventail des possibles qu’ouvre de ne pas S’en tenir aux communications explicites, aux interactions manifestes. Et que le groupe évolue d’être une fin en soi, un idéal partagé, à être un espace transitionnel, imparfait, good enough, pour chacun, d’où chacun peut retirer des enseignements et des frustrations qui lui restent personnelles, et cela lui est respecté, et ensemble, en même temps, envers et contre tout, créer : le métier d’homme du moins.

Et ici conclure à la jonction, au cap horn, du coaching et l’analyse ; du symptôme qui est formation de compromis entre le désir et la défense, et l’œuvre qui est transgression autant qu’universel apport ; de la nature humaine et de la culture pas si malaisée, good enough again, en la assez bonne compagnie de l’humaniste : Carl Rogers.

 » La cause première de la créativité semble être cette même tendance que nous découvrons comme force curative en psychothérapie – la tendance de l’homme à s’actualiser et à devenir ce qui est potentiel en lui. Je veux parler de la tendance propre à toute vie humaine de s’étendre, de grandir, de se développer, de mûrir ; je veux parler du besoin de s’exprimer et d’actualiser ses capacités propres. Cette tendance peut être profondément enfouie dans la personne ; elle peut se cacher derrière des façades compliquées qui nient son existence ; je crois pourtant qu’elle existe en chaque individu et n’attend que l’occasion de se manifester. C’est cette tendance qui est la cause première de la créativité quand – dans son effort pour être pleinement lui-même – l’organisme entre dans de nouveaux rapports avec son entourage . « 

Accompagner, être aux voltiges d’un lien, de psyché en psyché

Aux impasses du coaching, le coach lui n’a pas de limites
Jouer de l’Instrument psychique qui accompagne au naturel
Être aux voltiges d’un lien, de psyché en psyché

A l’infini

 

Le travail, labeur, sur soi, labourer ses affects, cueillir ses pensées, les uns enfouis et comme des herbes folles souvent jaillissants sans le souhaiter ; les autres peu élaborées, peu personnelles, limitantes, périmées, pauvres restes d’un hier trop infantile et très peu enfantin.

Le questionnement personnel enfin, en présence et en partage avec celui qu’on a choisi pour accompagnateur. Lui même surgissant « sujet supposé accompagner » de son vécu inégalable de sujet ayant été accompagné, et l’étant encore et toujours, s’il en a la densité d’un être jamais complet.

De telle sorte que l’accompagnateur, d’accompagné, se trouve naturellement doté d’une malléabilité psychique capable d’accueillir l’expression libre de tous les psychismes qui lui sont parfaitement étrangers : ceux de ses accompagnés.

S’il croit les reconnaître, s’il croit les identifier, mimes de son propre passé, ou si pour s’en protéger, il cherche à les faire correspondre à des types pré-classés, pouvoir les remodeler à travers les techniques les plus éprouvées, ou bien si, plus modeste, en écoute bienveillante, peu éveillée, l’accompagnateur se laisse prendre au déclaratif de chacun, l’impossible empathe d’un « je vous comprends si bien », diseur de la parole attendue trop attendue, du « feedback » stéréotypé. Si tout ceci, ou un peu de ce, il déploie, en lieu et place de ce que vit en lui sa psyché, il gâche son don. Il vend du mortier, prêt à figer.

S’il ne laisse pas son psychisme, s’en aller, à la confusion, le choc, l’émerveillement, le doute, les sentiments contradictoires, les envies inavouées ; s’il ne laisse pas la corne de son âme s’épaissir à s’y frotter, à la peau de l’autre, le « moi peau », l’âme-corps qu’il est, autant refusé qu’offert ; s’il se perd aux impasses d’un « coaching » plutôt qu’aux voltiges d’un lien, être psyché contre psyché, et l’accompagnateur paraît.

En paysage ses accompagnés. Infini de lui-même. Inconscient. Autres, libres et légers.

 

L’Université d’été du coaching clinique psychanalytique 1/5

Tous des névrosés ! (Sauf quelques pervers)
Pourquoi présentons-nous des symptômes psychiques ? Quel est leur rôle ?

Le symptôme névrotique se présente sous forme de question ; c’est une question qui s’adresse à l’autre. C’est le lien même à l’autre.

Le psychanalyste est porteur de son propre symptôme.

Psychanalysants et psychanalysés, la névrose nous réunit. Cette « maladie » de la normalité n’est pas à distance de nous. La névrose c’est nous. C’est notre manière de vivre, de faire, de sentir, de penser. Le symptôme est notre style. Il ne suffit pas toutefois à rendre la radicalité du style. Seul le fantasme rend la radicalité du style. Le fantasme est plus difficile à approcher. La relation amoureuse et la relation autour du divan sont les deux formes majeures d’approche. Approcher ne veut pas dire passer à l’acte. Se laisser déborder par son symptôme d’aider ou de savoir faire.

L’objet de l’analyse est ainsi de remettre les symptômes débordants à leur juste place.

Pour prendre en compte le symptôme névrotique, le psychanalyste, névrosé lui même, doit être a l’écoute de ses propres « écarts ». Il est souhaitable d’éviter la posture défensive, qu’elle consiste à se raccrocher à un « supposé savoir », ou à se limiter à une écoute réparatrice et objectivante du symptôme.

Le « pas de côté » vis à vis de soi même est nécessaire pour pouvoir le susciter chez l’autre. Le contre-transfert est préalable au transfert. Son interprétation aussi.

L’analysant transfère des affects « anciens », ceux dirigés aux figures de référence de son enfance, sur l’analyste qu’il a choisi. L’analyste fait de même, et en premier. Il est choisi. Ceci est un processus inconscient, inévitable. C’est par l’interprétation, l’élaboration par la parole partagée, du transfert que ces processus inconscients, massifs, sont mis à jour et apaisés. Pour ce qui est du contre-transfert c’est dans la relation de supervision et non directement avec l’analysant que ces affects seront dégrossis. Ils peuvent ainsi ensuite être mis au service de la relation d’accompagnement. Comme un vaccin. Dépourvus de leur virulence initiale,

Les symptômes psychiques correspondent ainsi au fonctionnement psychique normal. Ils nous mettent en relation les uns aux autres, dans la difficulté ou dans l’enrichissement mutuel, et les deux à la fois ; dans l’expérience vivante de la relation qui nous ouvre autant au monde, incontrôlable et incommensurable, qu’a l’insondable et irréductible en nous-mêmes.

À suivre.

*En tout, quatre modules sur le symptôme objet ultime et premier de l’accompagnement, au singulier, et un module dédié a l’appareil psychique groupal

**Pour decouvrir le coaching clinique psychanalytique vient de sortir l’ouvrage de référence du meme nom co-écrit par Roland Brunner avec qui nous co-animons lors du DU Executive Coaching de l’Université de Cergy Pontoise : l’approche psychanalytique du coaching d’entreprise, ses équipes et ses dirigeants.

Le coaching clinique psychanalytique
Le coaching clinique psychanalytique

Extrait de la quatrième de couv

« Le coach n’est qu’un facilitateur, mais comment pourrait-il faciliter quoi que ce soit s’il ne connaît pas la nature humaine, sa psychologie, son fonctionnement, son métabolisme, son « temps » psychique qui n’est pas celui de l’organisation ? Comment pourrait-il aider ce client à accoucher de lui-même, s’il le traite comme n’importe qui ? C’est-à-dire s’il ne possède aucune connaissance en termes de structures psychiques, par exemple. Comment nous font-elles fonctionner ? S’il n’a aucune idée de la question du désir, s’il le confond avec le besoin […] « 

Psyché, Vous et Moi : entre deux dans la relation

Plus aucun professionnel de la relation, et à fortiori de la relation d’aide (coach, consultant, thérapeute) ne peut l’ignorer : c’est le transfert qui agit dans l’accompagnement, d’un mauvais passage ou d’un projet, d’une entreprise, d’une vie.

– Le transfert d’affects anciens sur la personne de l’accompagnateur par l’accompagné.

– Le transfert d’affects de l’accompagnateur sur l’accompagné aussi, et surtout !

C’est le mal nommé contre-transfert, puisque contrairement à ce que ce nom composé pourrait donner à penser, le contre-transfert n’est pas une réaction au transfert de l’accompagné, mais bel et bien notre façon singulière de l’accueillir, tout contre lui.

Le contre-transfert précède le transfert. Et il est pré-determiné par la structure psychique de l’accompagnateur, qu’il se doit de connaître, puis, par la connaissance de sa « folie » privée : de sa névrose en fond, de ses points de psychose aussi.

C’est alors un voyage d’approche du coaching, du management, de la thérapie, par la clinique psychanalytique que nous aimons vous proposer, Roland Brunner et moi-même, dans le cadre du Diplôme Universitaire Executive Coaching pour Dirigeants de Cergy Pontoise, mais aussi sur inscription libre, en petit groupe réuni au Cabinet de Roland, juxtant la Seine et Notre Dame de Paris.

Plusieurs promotions déjà, depuis quatre ans de collaboration entre nous, quatre promotions de professionnels aguerris de leur inconscient « presque » conquis. Et de celui de leurs clients, partenaires et patients plus près, plus justes aussi leurs rapports.

Le programme en inscription libre ? Le voici. C’est sur deux jours, les 6 et 26 mai, avec une intersession bienvenue.

Sur le fil conducteur des structures psychiques, identités ou personnalités de base lors de notre construction psychique. Et à partir de là tisser des fils singuliers avec chacun et avec le groupe en présence. Découvrir le transfert de chacun et les résistances.

Tous les détails se retrouvent dans l’événement auquel je vous invite à vous inscrire sans trop tarder. C’est rapidement complet !

Sur les rails ou en open vie ?

Sur les rails.
Trouver sa place, jouer sa place, défendre sa place, perdre sa place…
Il est dans ma langue natale une distinction nette entre être soi et être avec l’autre ou être à une prétendue place à soi : cela se repartit sans nul doute entre  » ser & estar « . Et la distance entre ces deux gouffres est sauve. C’est peut-être pourquoi, je garde en moi cette capacité à être aussi bien hors de moi, que sans l’autre et sans piédestal.

En quoi cela peut-il vous éclairer sur vous-même ? Je ne fais pas un métier du savoir mieux que l’autre ni même pas de lui faire savoir. Je fais un métier du tissage imparfait.

C’est le digital qui, pour moi, aujourd’hui nous fournit les liens. Exit les pouvoirs, les rôles et les cases, une soi-disant progression par diagramme de Gant. Exit le savoir, qui je suis, où aller et avec qui. Open vie.
Quelques mantras, ou sourates ou versets pour seul partage, et à vous de les tordre à l’envi ou pas.
* Au matin du monde tout simplement poser un acte fondateur plutôt que de se perdre en planifications et chaînage des « actions », voire de chemins alternatifs mais égarés tout autant : les plans B.

Le plan BE ne sera jamais planplan…
** S’avancer par tâtonnement essai erreur tâtonnement de nouvel essai. Aveugle de ce qui vient mais sensible à ce qui est.

Ne pas hésiter à faire et à défaire, à danser tout en pirouettes et en volte-face même, infléchir le cours de votre élan premier, au gré de vos propres inerties et des résistances amies.
*** Fuir l’approbation, s’entourer de sceptiques et de rêveurs, et décevoir les uns et les autres de vos réalisations au fil de l’eau, effectives mais jamais trop.

S’affranchir des contraintes en prenant appui sur « ailes ». Imposer vos contraintes aux autres et qu’ils s’envolent en deçà ou par delà vos propres rêves et vos doutes.
À suivre. En toute liberté.

Image ci-dessous : The Blue Ray (here), La Fabrique Sonore, Expérience Pommery #9, Reims, 2011
(vue en contreplongée dans une crayère de 30 m de Profondeur)

The Blue Ray par Cassieres aux caves Pommery
The Blue Ray par Cassieres aux caves Pommery

 

 

 

Du désordre des sens aux multiples sens du lien, ou du moins à quelques uns

Elle aimerait rejoindre le groupe pour la toute première fois, et pouvoir  » se dire  » de vive voix. Seulement voilà : elle est aphone depuis hier soir.

– Viens toujours… Ce qui demande à être tu est l’objet de nos supervisions à nous. – André la rassure et elle assistera, dit-elle, à la séance, en auditrice libre et en observatrice impatiente. C’est ce qu’elle aime croire, mais la vie n’attend pas.

Elle a déjà un filet de voix quand l’heure du travail nous réunit. Il y a alors elle, et il y a aujourd’hui lui, coachs en supervision de leurs pratiques professionnelles tout deux. Ce qui l’interroge lui aujourd’hui est un tout autre désordre des sens : celui de rougir inopinément.

– Enfin, surtout quand je suis très attendu… – précise-t-il aussitôt. – Moi, qui n’était pas attendu de mes parents.

À lui d’attendre maintenant, puisque c’est Joséphine qui explore sa voi (x/e) à elle d’abord.

– Elle est sexy ta nouvelle voix ! – Je tente ce qui pulse en premier pour moi. Mais elle ne veut pas de ce lait. Pas si vite. Pas si imposé.

– C’est une mésentente avec une amie qui se voulait associée lors d’une mission que je devais accompagner qui m’a laissée sans voix. – Joséphine préfère érotiser sa pensée plutôt que son corps, comme voie d’élaboration. Elle découvre ainsi d’association d’idée en libre association qu’elle collabore souvent avec des amies femmes et que souvent le cordon se rompt :

– Elles ne donnent plus de signe de vie au bout d’un moment…

– C’est fort comme image. – Je pulse à nouveau, mais j’ai retenu la leçon et je pulse des pensées pour le moment. – Tu te disais désirée tout à l’heure, à la naissance, par tes parents, lorsque Christophe a évoqué son irruption au sein d’un couple très passionnel sans aucun désir de se transcender…

– Un enfant très désiré… Cela veut dire aussi, en mon cas, quinze années infructueuses de grossesses non viables ! Pour  » me garder  » moi, ma mère à du être alitée pendant des mois !

– Et avec tes amies associées, – complète André -, c’est plutôt à leurs désirs aussi que tu te plies…

Elle s’en défend. Elle a bien balisé – dit-elle -, chaque accord et c’est équilibré comme rapport.

– Nous allons nous arrêter ici avec toi pour aujourd’hui. – Propose André, et laisser aux résistances le temps de prendre et de céder.

– Car ici – je rajoute aussitôt – point de cordon entre nous, mais plutôt un nœud, des nœuds qui se respectent. Et chacun son ombilic. Et la possibilité de  » se dire « , de lien en lien.

L’enfant rougit aussi pour pousser son premier cri. Il est temps pour Christophe de dérouler son fil rouge de soi(e).

Et il le fait sur son blog à sa manière : le blog des rapports humains… Où pulse le sang qu’il y met. Sans plus attendre. Sponta-né :
 » Me voici de retour d’une séance de supervision. Et je suis inspiré. J’ai envie de dire « forcément ». Ces mises en lumières, ces prises de conscience, ces échos qui résonnent en moi plusieurs jours durant, génèrent une dynamique interne plus intense qu’à l’habitude. Et cette dynamique, aujourd’hui, je la ressens sous forme de « lien ». Ce terme, banal en apparence, est pourtant riche de sens à plusieurs niveaux. C’est sur ces niveaux que je partage avec vous mes pensées du moment.

Comme je le disais dans l’introduction, certaines situations sont propices à faire des liens en soi.

C’est mettre en rapport deux éléments à priori distincts et s’apercevoir qu’ils ont, en fait, du sens l’un pour l’autre. Ces éléments peuvent être des pensées entre-elles, des émotions entre-elles, des situations entre-elles, des émotions et des pensées, des situations et des émotions, des situations et des pensées, etc.

Bref, c’est faire un lien, un rapport, donner du sens « vu par soi » entre deux éléments.

Je parlais de situations propices à faire des liens en soi. Je pense bien sûr à toutes les formes d’accompagnements (dont la supervision fait partie), mais aussi la lecture d’un livre, l’observation d’un fait, le vécu d’une expérience inhabituelle, l’écoute d’une conférence inspirante, l’apprentissage de quelque chose de nouveau, un rêve nocturne, etc. Il y a en effet des tas de situations qui peuvent nous conduire à faire des liens.

D’ailleurs, toutes ces situations peuvent se cumuler entre elles. Par exemple, je peux avoir suivi une séance de supervision un jour, faire un rêve dont l’interprétation est liée de façon flagrante avec le sujet abordé le lendemain et lire un article ou vivre une expérience venant confirmer le tout quelques jours plus tard…  » Lire la suite : http://www.leblogdesrapportshumains.fr/faire-le-lien-partie-12/

 

 

De la fracture numérique aux multiples fractures du lien… Humain

image[ De la fracture numérique actuelle aux  » fractures du lien  » de touts temps qu’en hommes et femmes nous vivons : une première soirée exceptionnelle de présentation de L’@rt du Lien ]

La fracture générationnelle actuelle prend des airs de musique digitale, entre la génération X et la génération Y : un X de génération « sacrifiée » et un « why » de génération qui ose questionner, à partir d’elle- même, qui vit au présent et consciente de ses intérêts personnels, et qui est à la fois solidaire et interconnectée.

La fracture numérique guette le cœur de notre planète, le cœur de chacun de nous.

Il en est, non seulement ceux qui  » savent  » se servir pleinement d’Internet, qui vivent au quotidien une  » réalité augmentée « , et ceux qui peinent à répondre à leurs mails. La différence ne se révèle pas qu’être ou ne pas être, électronique.

Il y a une fracture bien plus profonde entre :

– ceux qui vivent des relations humaines ouvertes et spontanés ; qui déploient leur affaire légère du seul Fab Lab matérialisée ; qui échangent leur maison avec des australiens, etc

– puis, ceux, tout aussi nombreux, qui ne sortent de chez eux que sur invitation formelle et rituels surannés, ceux qui rejoignent un groupe de réflexion et ratent entre deux sessions tous les échanges sur forum qui ont fait mûrir chacun et le projet partagé de façon exponentielle ; ceux qui appellent encore sur les téléphones des autres en croyant pouvoir être rappelés. S’ils reçoivent un SMS, énorme effort offert, il se sentent offensés.

Toute la vie économique, sociale, politique et intime se trouve imprégnée des usages d’Internet. Toutes nos relations s’encodent comme une interaction web. Pour ceux qui s’y connaissent en html et pour ceux qui s’y connaissent moins. Et ceux qui s’y connaissent, reviennent à des liens aisés, de village, même si planétaire, d’auberge espagnole, même si c’est Babel.

– Pourquoi possèdent-ils si naturellement l’art du lien ces Yers nouveaux ?

C’est la question qui surgit là, en cette toute première occurrence d’une conférence auprès d’un collectif institué sur le thème de recherche et de l’ouvrage du même nom :

L’@rt du lien
Des gestes + naturels pour des relations + humaines
Par Eva Matesanz
Illustré des liens de l’art de Philippe Michelot
Aux Éditions Kawa (Juin 2014)

Ni André, avec qui je co-anime – l’ouvrage étant réceptacle de certaines de nos interventions en duo, aussi bien que de mon travail en individuel : scènes vécues en lien d’accompagnement sur bien d’autres liens qui se nouent ou qui se dérobent pour le patient-client dont la relation est au cœur du métier impossible* qu’il exerce, de gouvernance, de formation ou de soin -, ni André je disais, ni moi-même, ne savons apposer vérités aux vraies questions. Nous ne savons qu’explorer ce qui pose question, d’explorer ce QUI qui se pose la question, et qui se cherche lui-même ce faisant.

Elle, QUI nous questionne ici, elle a déjà assisté à d’autres de nos  » talk show « , qui depuis qu’ils évoluent vers la  » talking cure « , recueillent moins d’adhésion. Mais elle, elle nous revient – elle revient à elle – naturellement. Car elle aime comment nous nous effaçons, et elle aime se vivre en prenant place, auprès du groupe et de nous, de sa parole libérée :

– Ici je peux tout dire sans avoir l’air bête, ni immorale ni excessive !

Elle a tout compris à la règle, et au plaisir, de la libre association.

Notre silence, et celui du groupe, lui fait se retourner la question. Pour réduire la gêne du silence – dira-t-elle plus tard. – Mais le silence n’est pas dangereux, bien au contraire ! – comprendra-t-elle aussi ce soir.

La deuxième règle, complémentaire de la première – celle de la  » libre association  » des pensées et les verbaliser – concerne bien l’abstinence.

Pour seule réponse de l’accompagnant : ne pas répondre au… Patient. Par le silence ou par le questionnement de la question. Car c’est dans l’apprentissage de la patience qu’il trouvera de lui-même bien plus juste que le  » supposé savoir  » de l’analyste qu’il s’est choisi, jamais par hasard : par transfert d’affect inconscient.

Elle, alors, elle se retourne d’elle même la question :

– Je dis ça parce qu’une jeune stagiaire vient de rejoindre l’équipe, et elle y a pris place tout naturellement : un coin de table pas n’importe où, sur l’espace normalement réservé au chef en open space pour bien remplir son objectif d’apprentissage auprès de lui et  » parce que d’ici, je vous vois tous !  » – ajoute-t-elle à notre adresse aussi.

Silence encore.

– Je dis ça parce que moi j’en serais incapable ! Je ne l’ai vraiment pas naturellement en moi cet art du lien qu’elle semble avoir !

Nous sommes observés par ce groupe inquisiteur des mêmes questions : donnez-nous accès à vos sources ! Permettez nous le téléchargement libre de cet  » art du lien  » que vous prônez en vos livres ! Que vous vivez en vos blogs et sur les réseaux sociaux ! Incontournables  » influenceurs  » du nouveau métier de l’accompagnement ! Qui vous fait vivre visiblement des interventions passionnantes en organisation, et l’afflux tout naturel de nouveaux clients en ce marche difficile qui nous échappe, nous, de plus en plus !

André nomme ce qu’ici même tisse le lien au rang de l’art :

– Regarde, Annabelle, comment tu crées ici ta place auprès de nous, et tu cites, comme une mise en abime, l’art de ta brillante collègue : décomplexée entre ces échanges virtuels et réels, elle tisse sa toile à peine elle rejoint une nouvelle aire de jeu. Nous faisons toile pour toi. Tu t’y vis de fait.

Sensible peut-être à tous ces autres autour d’elle qui demeurent silencieux et intimement enragés des non-réponses,  » plug-in  » manqués, elle rajoute une question :

– J’avais une autre question alors : vous êtes deux, dites vous, pour créer  » de base  » une répétition ou transfert de LA relation originelle, toute faite de papa, maman et moi ? Serions-nous alors  » condamnés  » à répéter quelque chose d’aussi réducteur.

L’activité du groupe se réduit et se réduira long temps à sa seule interaction avec André et avec moi. Avec André et moi sans jouer l’un contre l’autre à aucun moment et prendre alors LA place comme jadis réduite à néant !

C’est moi alors de cette pensée qui m’avance vers elle et toujours de l’analyse de son cas singulier :

– Regarde, Annabelle, comment tu ne fais pas que rejouer  » la petite fille » que tu as peut-être été tour à tour avec André ou avec moi. Capricieuse ou boudeuse, enjôleuse ou colérique.

Tu nous rassembles au sein d’une constellation de famille nucléaire mais tu sembles nous regarder comme étant chacun de nous bien à part, entre nous et avec toi.

Et de l’espace aéré que nous prenons à notre tour bien soin de préserver entre nous deux, l’espace de nos différences et de nos existences individuelles assumées, tu sembles faire ta toile de projection de toi, immense !

Plutôt que de te réduire à un  » comme ou contre Eva « ,  » avec André ou pas « , tu explores peut être la relation subtile qui se tisse entre deux êtres, à chaque instant, et qui se dérobe aussitôt, riche de pensées et de sentiments comme le sont ceux qui se bousculent en ton for intérieur. Et chacun ici se retient mais je fais l’hypothèse qu’ils et elles prennent et donnent bien un bout, ou mêmes entiers, ces objets qui s’échangent  » d’inconscient à inconscient  » même à notre corps défendant.

Tu es un monde insondable, et autour de toi tu le génères à l’instant.

Elle viendra en aparté à l’issue de la session :

– Je travaille toujours pour cet employeur reconnu  » à risques psychosociaux « , et une collègue et amie s’est suicidée dans les semaines qui ont précédé cet événement. Ceci est très présent pour moi comme ultime question.

Elle n’est pas du côté de la vie à foison,  » geek  » et  » physik  » à la fois, cette interrogation. Je me laisse faire alors à une réponse qui n’est pas de moi mais d’elle, de ce qu’elle m’apprend :

– Tu as le goût de la vie Annabelle. Ton amie avait probablement le goût de la mort. Peut-être qu’en son enfance, ce moment décisif de construction psychique fragile mais solide où le petit d’homme découvre que, des fois, le petit animal qu’il aime ne se relèvera plus, que papy ne reviendra pas, ou que le bébé dans le ventre de maman n’arrivera finalement pas auprès de lui, pour jouer et grandir, ce moment là, il n’a pas été accompagné des liens vivants de ceux seulement en apparence  » restés  » du côté de la vie avec lui. Ils ont préféré  » partir  » en leurs têtes avec  » leurs morts  » : s’encombrer de la perte plutôt que du désir.

– Cela me touche. Merci…

Solitaire enfin, je repense à ce groupe qui l’entourait à l’instant, encombré de la perte de cette soirée  » perte de temps « , où la fracture numérique a donné le ton, ou la fracture psychique d’avec leur inconscient se tisse, peut-être, ou peut-être non.

André m’interpelle comme s’il avait suivi le fil de mes pensées extimes.

– Crois-tu que quelque chose « s’agit » en eux malgré leur manque d’élaboration ?

L’élaboration est la troisième règle : celle de ne pas seulement  » se dire  » mais de se dire aussi la pléthore de recoins qui surgissent comme des arabesques sur chacun de nos mots. C’est de se poser à chaque son la question de la question : Qu’est-ce que j’ai encore à dire, et qu’il me coûte de dire, de ce que je dis à cet instant ?

Par exemple en cet afterwork là :

– Si je n’aime pas la soirée, qu’est-ce que je n’aime pas, qu’est ce que je fais en n’aimant pas la soirée, qu’est-ce que je ne fais pas etcétéra etcétéra. Ce qui me vient est tout « moi ».

Et je m’entends lui répondre la question que moi même je me pose :

– Ils ont pris le  » virus  » Annabelle, le virus de la vie triomphante en elle, et pas que de papa-maman défaillants. On ne se remet pas de la vie, on se la traîne longtemps.

Elle aura un effet de longue traîne que cette soirée au bord de l’aliénation de chacun. Là où les liens entre les hommes prennent sens comme une œuvre d’art éphémère, chef d’œuvre par instants.

*

Et quand ma fille ado me demande – pourquoi existe-t-il autant de règles ? – cela m’évoque qu’il en est que des règles personnelles que la psychanalyse adopte naturellement en sa pratique – la liberté de pensée, la retenue de rassurer ou confronter trop vite, et l’honnêteté avec soi-même à chaque instant – qui nous permettent de vivre ensemble. Fractures du lien peuvent attendre…

 

 

 

 

 

La chaîne humaine du changement individuel

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Au bord de l’aliénation pour chacun, surgissent, en chaîne humaine, des nouveaux liens salvateurs : en groupe d’accompagnement analytique assumé. Le seul qui pour construire le changement touche aux fondations même de l’être, comme un archéologue le fait : en douceur. En psychodrame analytique parfois : un peu plus chahuté, mais une belle traversée des glaces de chacun !

– Ce n’est pas vrai que je ne veux pas l’admettre ! Tu m’as ôté le mot de la bouche, et ceci me blesse par deux fois : de ta méfiance et de ta prise de pouvoir. Ma mère n’aurait rien à t’envier…
– Toi, c’est mon souffle que tu confisques à me faire taire ce que j’avais à dire à celui dont la mort m’a privée trop tôt : mon père.
– Oui. C’est une querelle entre maman et papa qu’il nous a été donné à voir. Et je vous remercie de nous laisser en marge. Je n’y prendrai plus part…

Ils sont coaches ou superviseurs de managers et ils vivent ainsi, ici et maintenant, en dynamique libre de groupe de supervision de pratiques professionnelles, leurs aliénations singulières :

– Fille de sa mère elle resterait sinon, lorsque ses clients accompagnés qui ont trop souvent le premier et le dernier mot ?
– Responsable de ses équipes, et coupable des moindres erreurs de chacun des équipiers, et de ses propres managers ?
– Fin observateur figé, à l’arrêt dans l’entre-deux ?

Un temps pour chacun ensuite, et après le psychodrame : l’analyse.

– L’une explore sa vraie nature par libre association d’idées, bien plus posée ;
– L’autre trouve en elle-même son meilleur protecteur, père intériorisé, et qu’elle a aussi tout intérêt à ne pas trop écouter ;
– Et lui, enfin, il découvre, du passage, de l’entre-deux, sa propre place au cœur.

En coaching individuel en groupe et en duo d’animateurs : Eva & André.