La maison de famille

– Quand je vois Eva et que je lui parle et qu’elle me parle je ne te vois plus toi André. Et les fois où c’est au contraire toi que je vois, je l’ignore elle, et comment !
– C’est ce qui s’est passé lors de nos dernières séances…
– Oui. C’est ça.
– Et aujourd’hui je suis venue retrouver le Lilian d’avant.
– Comment ça ?
– Celui d’il y a deux ans. Celui qui parlait sans savoir ce qu’il allait dire. Celui qui quittait la Banque, mais pour quoi… Ce n’était pas une question. Celui qui retrouvait le terrain vague de son enfance, et de sa punition ensuite, à rester enfermé un bon moment ! Serait-ce ta répétition ?
– Je ne veux plus retourner et me retrouver comme il y a deux ans.
– André n’existait pas à tes yeux alors.
– Peut-être est ce mon défenseur aujourd’hui comme alors.
– Peut-être suis-je la tentation.

**

– J’ai fait un black out. À la séance d’avant. Je ne sais pas où nous en étions dans mon échange avec André. Il ne m’en reste que la douleur au ventre et le vide au cerveau.
– Moi c’est mon fonctionnement. J’ai effacé des pans entier de mon histoire. Je n’ai par exemple aucun souvenir de mon temps d’enfant unique, avant l’arrivée de mon frère pour mes six ans.

Un coup dans le ventre de la mère assurément…

**

– Et toi tu es l’aînée alors ! Moi je suis un entre-deux. Devant moi mon grand frère et derrière moi une petite mère, ma sœur je veux dire alors.
– Moi – ajoute le tiers pas absent -, je ne veux rien savoir de tous ceux qui arrivent après moi, pas qu’une sœur mais des cousins tous abimés d’étranges mots : l’alcoolisme, la violence, la démence, l’abandon…

Et ici c’est en fratrie qu’ils s’entendent à merveille sur le thème des « défenses naturelles » et de l’identité remarquable qu’ils partagent.

– Dites, pourquoi ne feriez-vous pas un Atelier de campagne en hiver ?
– Sur quel thème ?
– Peu importe. Pourvu qu’il y ait le feu à la cheminée…

Mieux que les défenses naturelles, l’étincelle de la vie ils nous ont appris.

Merci Sidonie, Victor et Lilian. Et à bientôt alors. Et d’autres comme vous.

Bienvenue dans « la maison de famille » que deviennent peu à peu cette longère et son verger dans lesquels nous vous accueillons, Andre de Chateauvieux et Eva Matesanz, à Sens. A un court rail de Paris. Loin devant sur le chemin de l’accompagnement. Au naturel. Vivement.

Retour à soi

« Le moi n’est pas maître en sa propre maison », Sigmund Freud
Il est seulement pré-conscient. L’inconscient s’y dispute à la conscience, jamais pleine.

 

Retourner en ces murs d’habitude après l’été. Et ressentir : que les mètres de vie habitable se sont réduits.
 
Sentir aussi prestement que tout changement sera factice : de décor, de dialogues ou de distribution. 
 
Reste à se changer soi. En ce qui est déjà là. 
 
De ses mots à elle, qui sont justes de ce qu’en accompagnement elle vit :
 
 » – J’ai entassé dans ma tête et en mon coeur, par dessus de celle que j’étais, des strates de celle que je ne serai jamais. Perdre des centimètres m’ira bien. « 

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