Un Manager témoigne des bienfaits du coaching en entreprise, le coaching-analyse

imageJe sais bien que ça ne se fait pas mais, pendant que je l’accompagnais, je ne pouvais pas m’empêcher d’écrire. Irrésistiblement. Un, deux et trois billets. À la fois sur lui et sur moi, sur des histoires d’avant et d’aujourd’hui, sur le sale et le lait, sur le grognon et ce qui pue, sur la cruauté de l’enfance et les tondeuses à gazon…
Parce que ce n’est pas une excuse mais les jeux de transfert, ça entremêle toujours beaucoup de soi et de l’autre. Sur le coup. Alors je ne pouvais pas m’empêcher d’écrire. Et c’est souvent dans l’après-coup que ça se comprend.

J’ai caché les trois billets au fond de mon blog mais, un beau jour, il les a découverts.
– Vous écrivez sur moi, il m’a dit.
– Oui, c’est à vous d’écrire votre vie si vous voulez, j’ai répondu sans trop me démonter. Et il m’a raconté que sa mère aussi écrivait pour lui quand il était petit d’homme. Chaque dimanche soir, il lui demandait de faire ses rédactions. Alors il m’a pris au mot. Oui, il a essayé de changer un peu le sens de l’histoire.

Un, deux, trois. Trois premiers billets de son cru, comme un journal intime et sur le fil des associations libres. Et puis d’autres encore, au fil de nos séances. Et puis après aussi. Et tout ça aujourd’hui c’est devenu un livre. Ça s’appelle « Un manager à nu ». C’est publié chez Kawa et avec un pseudo parce que c’est intime toujours. Je n’ai jamais lu ça ailleurs.
Et depuis, j’ai arrêté d’écrire sur lui. Enfin juste quelques lignes, pour la préface.

Eva a aussi rencontré Yvon, c’était à un atelier de campagne, et alors elle a aussi écrit une page pour son livre. C’est là sur son blog : « Manager analysant »

Et ici, ce sera un large extrait du livre d’Yvon parce que c’est vraiment bien ce livre-là.

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« Dans le coaching-projet traditionnel, le patient (il est malade ?) a un mois pour travailler et digérer entre chaque séance et rapporter au coach ce qu’il s’est passé pendant ce mois.
André, lui, il préconise une autre méthode avec des séances en continu, toutes les semaines, une heure à chaque fois, vingt séances pour moi. Il paraît que ça bouscule plus, je veux bien le croire, j’ai testé. C’est court une heure, mais on part avec des devoirs pour l’inconscient. Moi, je réfléchis pendant ma semaine, plus ou moins consciemment et je fais mes devoirs au dernier moment sur ma moto quand je viens voir André, et puis aussi en gravissant les cent marches (oui, oui, cent tout rond) qui mènent à André, à son loft… et à mon inconscient.
Et puis il y a les associations libres, le voyage entre présent et passé, souvent dans l’enfance, le tissage des fils comme il dit, mais pas que. L’histoire, la construction de soi, c’est permanent. Il y a des grands voyages et des plus petits. Et donc il y a de l’inconscient, puisque tout y est classé, et des liens dans tout cela, entre tout cela. Et je crois bien que c’est ça qui est politiquement incorrect… que le coaching titille l’inconscient, donc pas d’états d’âmes, allons-y ! »

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« J’ai commencé un Coaching… enfin plutôt un accompagnement. Coaching ça renvoie au sport et si je dis psycho…, je vois déjà certains demander ce qui ne va pas dans ma tête, si je suis malade de la tête…
Et pourtant…
Pendant toutes mes études et même beaucoup plus tard, je n’aurais jamais imaginé cela. Peut-être le fait d’avoir vécu toute ma jeunesse à côté d’un hôpital psychiatrique ? Moi, pas besoin de ça, je suis normal.
Depuis quelques temps, c’est comme une évidence. L’approche des 50 ans peut être ? Oui, j’avais besoin d’un accompagnement, oui je le sentais depuis quelques temps que j’avais besoin de ce miroir pour m’aider à cheminer dans ma vie, oui je me rends compte que ça me fait du bien. Regarder derrière pour avancer… Quel chemin parcouru : j’avais banni de mon vocabulaire tout ce qui commence par psy ou psycho ou encore analyse ou dérivés. Je crois même me souvenir que je faisais un détour pour passer loin de la fac de psycho (ils sont quand même bizarre les psy, non ?), c’est tout dire ! Et maintenant, je vois André, l’homme qui m’aide à parler avec mon inconscient et qui me fait voyager dans ma jeunesse. […] »

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PSYCHO-VELO

Presque tous les Dimanches matin, je fais du vélo avec deux copains, en général 80 km en partant de la ville vers la campagne. C’est important ça, inconsciemment pour moi, de partir de la ville vers la campagne. Et comme je suis trop fatigué pour m’en rendre compte, on en profite pour revenir au point de départ, la ville.

On croise beaucoup de vélos, probablement un certain nombre de cadres stressés qui ont besoin de se détendre, beaucoup d’autres aussi.
Et puis il y a les automobilistes stressés, soit parce qu’ils vont déjeuner chez leur belle-mère, ou peut-être ont-ils raté la messe, qui sait ? Ils partent plus ou moins tôt, ce qui fait qu’ils sont présents sur presque tout le parcours, rendant dangereux notre plaisir dominical. Enfin, ce sont nos hypothèses, ça doit être important car ils préféreraient écraser un cycliste plutôt que de perdre quelques secondes à profiter de la vie. Et en plus c’est Dimanche, incompréhensible… Ils devraient plutôt se mettre au sport…

Un de mes compagnons de route est chirurgien. Dimanche dernier, il m’explique être allé voir un confrère en Alsace pour parler de chirurgie ambulatoire. Il m’explique face à mon air interrogatif (même en vélo, mes expressions se lisent sur mon visage…) que la chirurgie ambulatoire est un mode de prise en charge permettant de raccourcir votre hospitalisation pour une intervention chirurgicale à une seule journée. Vous rentrez donc le matin pour être opéré le jour même et ressortir le soir. La durée de séjour à l’hôpital est de quelques heures à moins de 12 heures.

C’est une tendance, ça existe déjà. Mais là, c’est pour une prothèse totale du genou. Âmes sensibles, sautez le paragraphe ! Il s’agit de couper les os en haut et en bas du genou et on remplace tout entre les deux : articulation, rotule, ligaments, tout ! Et le patient entre le matin à l’hôpital et sort après l’opération, un genou neuf en moins d’une journée. Incroyable. Et c’est possible, et d’ailleurs ça existe déjà.

Ma curiosité est tout excitée. Comment se fait-il qu’un chirurgien de Strasbourg le fasse et pas toi ? A la réflexion, c’est un peu direct comme question, mais bon, il faut gérer le souffle, l’effort de pédalage et le positionnement côte à côté, alors ça excuse les phrases courtes et concises.
Et là, il fait un parallèle avec les grandes entreprises et la motivation des équipes. Il m’explique que pour réussir cet exploit, il faut que toute l’équipe soit focalisée sur l’objectif, de l’amont à l’aval. Ça commence par les visites préliminaires où le chirurgien explique en détail au patient comment l’opération va se passer, avant, pendant et après, en détail. C’est une espèce de conditionnement, l’idée étant que l’inconscient du patient (et des opérateurs) intègre le processus. Très important me dit-il, il faut que toutes les équipes soient focalisées sur l’objectif, qu’elles aient tout anticipé, tout prévu, dans le sens de la rapidité et de l’efficacité, à tous les niveaux : anesthésie, infirmières, attelle réfrigérée… Il faut que tous les intervenants aient intégré que le patient doit et va sortir après l’opération. Il enfile ses vêtements, met ses chaussures et sort de l’hôpital. Certains se risquent à conduire pour rentrer chez eux !

Donc pour ce chirurgien, l’organisation, le partage de l’objectif et la motivation des équipes sont des valeurs de l’entreprise qu’il va rechercher pour mener à bien son projet. Intéressant !
Saviez-vous que le risque d’attraper des maladies en milieu hospitalier, en particulier des infections est proportionnel à la durée de séjour. Moins on y reste, moins il y a de risques.

Tiens au fait, moins on y reste, moins il y a de risques, ça s’applique aussi aux carriéristes. Vous avez remarqué que les high pot (hauts potentiels, prononcez « aïe pote »), restent assez peu longtemps dans les postes successifs, un an et demi à deux ans… Le temps de semer, mais pas forcément de récolter, partis avant la récolte, action (ou pas) et pas de réaction, et peu de risques de se planter. A l’inverse, celui qui occupe un poste dans la durée, il doit assumer les conséquences de ses décisions et de ses actions. Poète et Paysan, enfin, surtout Poète… pouet pouet !
Chez nous, on appelle la gestion des carrières le « Talent Development ». Les RH sont des « Talent Managers », même des « Talent Acquisition Director ». Dis si tu ne progresses pas, c’est que tu n’as pas de talent alors ? Et ça s’achète le talent… ? Mais dis-moi, c’est quoi le talent… ?

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UN MANAGER À NU – Les bienfaits du coaching en entreprise – Yvon ALAMER – Editions KAWA – Octobre 2016

Manager Analysant

J’ai aimé contribuer ces jours-ci à un ouvrage singulier, journal intime et esperons-le, rendu public pour que l’intime puisse encore une fois rejoindre l’universel, d’un Manager coaché par André, que j’ai rencontré en séance de groupe ad hoc, hors parcours d’entreprise, animée en duo. J’aime partager cette contribution ici pour les quelques initiés qui me lisez er qui partegez ce goût de la recherche et de la liberté.

L’entreprise est l’un de nos théâtres extimes privilégiés pour déplier ou déchainer nos passions et, en même temps, un espace possible d’analyse et d’accomplissement. Dès que l’on consent à s’en détacher autant que nous nous y impliquons, et l’entreprise le permet : par le coaching de ses managers et dirigeants. Ils peuvent alors y trouver des ressources aussi de pensée et de raison – en tout cas de raisons personnelles – auprès du coach dans la séance d’accompagnement individuel, ou encore mieux, auprès de tant d’autres acteurs comme il en est dans un groupe ad hoc, animé en duo, et acquérir le recul nécessaire au manager-analysant.

 

S’il est un espace naturel d’analyse en notre société économique et sociale, et durable aussi, depuis peu, côté nature – y compris la nature humaine, qui se double de la culture qui nous relie mieux que l’instinct –, s’il est un espace analytique naturel et culturel, c’est bien l’entreprise où se déroulent nos activités en commun.

Oui, c’est l’espace où peuvent tout à la fois s’exprimer et s’analyser nos singularités, et où elles peuvent librement converger, par instants, puis diverger à nouveau, pour des longs passages à vide individuels et collectifs. Des passages qui permettent les transformations. Et puis converger à nouveau, différents.

Et ces singularités sont celles manifestes de la classe d’âge, des études, des loisirs partagés, mais aussi celles latentes d’une trajectoire personnelle intime qui a structuré la vision du monde de chacun, son action et sa pensée. A partir de fantasmes originels, universels, de toute puissance, d’emprise et de néant, de dévoration, d’effondrement, de destruction, auto-infligée ou déplacée sur d’autres, chacun modèle depuis le plus jeune âge les rapports à l’autre : la mère, le chien, un jouet. Puis le père, la maîtresse, le grand frère, la petite sœur. Le prof de prépa, le maître artisan, l’entraîneur, le petit ou la petite amie. La promotion, l’équipe, la bande et le Codir.

Et lorsqu’un manager ou dirigeant choisit de se faire accompagner dans le cadre d’un travail individuel assumé par l’entreprise, alors dans ce couple qui se forme entre accompagné et accompagnant, « il y a beaucoup de monde sous la couette ! » comme on le dit de chaque couple. Oui, l’entreprise est le lieu de projection de notre théâtre intime à deux et, en même temps, un espace privilégié pour élaborer.

Mais point de psychanalyse possible dans ce cadre si restreint. Juste des prémices. Même si le coaching ouvert sur la psychanalyse laisse toute sa place aux processus inconscients – ceux qui, d’après les neurosciences, gouvernent plus de 90% de notre activité quotidienne, et sans doute près de 100% de notre projection dans l’avenir ! Ce coaching d’inspiration psychanalytique en pose seulement les préliminaires, comme les échanges en face à face qui précèdent un travail plus approfondi sur le divan.

Le groupe est aussi un espace analytique privilégié quand il est accompagné au naturel. Et c’est là que j’ai aimé rencontrer Jean-François en bout de son parcours individuel de coaching et en situation de groupe. Un groupe nouveau où tous étaient inconnus les uns des autres, sauf d’André. Et c’est alors depuis ce centre qu’était André mon co-animateur – car nous ne maîtrisons rien dans un groupe, nous nous observons nous-mêmes, intimement et au croisement, acteurs sensibles ainsi de sa transformation –, que j’ai ressenti la passion qui anime ce grand homme, volontaire par doux moments et aussi tendre enfant.

J’ai ensuite lu son ouvrage et je l’ai aimé sans plus de détours. Car celui qui voulait peut-être à l’origine faire un ouvrage choc se révèle, d’après moi, être plutôt le nouveau manager chic et authentique dont rêvent de plus en plus les institutions en mouvement, les entreprises libérées et les nouveaux collectifs en pure collaboration. Et que l’espace analytique se transforme de l’intérieur, sans plus de soignants et de consultants, mais avec quelques « coach-analystes » dont nous serons. Et des manager-analystes dont Jean-François écrit peut-être ici les prémices. Manager de soi d’abord.

Eva Matesanz