Ouvreuse du transfert

[De là où le transfert se loge]

Permettre le transfert, sur l’accompagnateur d’un jour, de l’inconscient de toujours, et dont l’expression par la parole libère les nœuds, tient au plus apparent. Moi lisse et neutre, jamais. Vivants, d’eux mêmes, mes clients.

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Le jour où je portais la queue de cheval dans mes cheveux, elle a retrouvé dans sa mémoire ancienne l’instant ou elle s’était perdue. Et parce qu’elle était grande et fière et coiffée  » comme vous l’êtes aujourd’hui « , sa maman, parmi la foule d’une grande plage aussi, l’avait repêchée vivante, morte de la peur du père : – je pensais à sa colère me croyant partie.

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Le jour où je reçois en ce bureau aveugle puisque ma belle petite salle aux balcons haussmaniens m’a été ravie, c’est le rêve de la barrière qui lui revient, et son interprétation tout net : – je la protégeais de lui, mon père, mais c’était à elle de le faire ! Puis je m’isolais au fond du jardin dont la fragile clôture me séparait de la Nationale et des accidents de scooter. Qu’est-ce que j’en ai vu comme sang et corps broyés !

Et ses cils cèdent à des larmes trop longtemps suspendues au balcon de ses yeux.

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Le jour où la lumière n’est plus du jour, elle replonge dans la mer qui l’attire comme une destinée perdue : – être monitrice de plongée tel est mon rêve, et me retrouver nez à nez avec des pèlerins. Et plus tard elle reevoque son envie aujourd’hui nette d’enfants : – d’enfant, je veux dire, un seul, à moins que ce ne soit des jumeaux.

Son envie est gémellaire, d’elle avec l’autre sous l’océan, ou d’elle, la mère, les abritant. Et elle a pris ce rendez vous car elle rencontre deux associés qui souhaiteraient l’acquérir et fusionner dans leur activité. Et qu’elle a peur de ne pas s’y être préparée. D’être toujours prise aux rets de ses difficultés : – j’ai rêvé de mon père abattu de devoir fermer son affaire, et de ma mère qui sait toujours tout.

– Vous êtes prête, vous ne savez rien et vous êtes drôle comme jamais.

Sur le divan sans fil

Un corps allongé – il semble déformé. Les contours de son crâne et ceux de ses pieds se confondent dans la perspective. Sur mon divan, je devine un corps insecte, presque désarticulé.

Surgie de ce corps, comme un centre de gravité, sa parole… Et cette gravité trouve un instant refuge dans une émotion qui se préparait depuis le début de la séance – je n’entends rien, son émotion seule me parvient. Progressivement, sa couleur se précise, celle de la peur.

A l’instant, elle vient de se fixer. Je la devine, elle me traverse… une impression viscérale, informe et vadrouillante qui s’accroche un instant à l’image du ciel matinal et profond que mon regard explore.

Je reviens vers mon patient, comme pour retrouver le fil de son propos et reprendre pied dans mon écoute – mais je n’ai plus de mémoire.

Pour débrancher le porte-mental et ajouter des poissons au ciel, rendez vous en espace analytique à l’Atelier des Jardiniers.