Psy choses d’humaine importance pour soutenir le narcissisme

normalement névrosés par opposition aux psychotiques. Les uns et les autres ont en partage le narcissisme. Pour eux, mon travail d’accompagnement. Pour vous, en partage, un brin de formation.

Je me forme à la psychiatrie car les cas référence sont une guidance dans l’accompagnement des égarements ponctuels mais de nos jours diablement persistants des bien-portants dits en langage médical normalement névrosés par opposition aux psychotiques. Les uns et les autres ont en partage le narcissisme. Pour eux, mon travail d’accompagnement. Pour vous, en partage, un brin de formation. À votre écoute pour des développements.

Journée étude auprès de

Didier Mion
Psychiatre

L’apport de la psychanalyse au traitement des psychoses
Séminaire Psychanalytique de Paris d’été 2018

Traits communs aux psychoses

Trois pour Freud

Le psychotique se défend d’une représentation inanalysable
Le délire est une tentative d’auto guérison
Le repli narcissique conduit à la perte de réalité

Une structure latente de forclusion pour Lacan

Repères psychiatriques :

Le terme est né en 1845
Pinel en 1800 parlait de manie
Esquirolle avançait une causalité : la monomanie
L’expression : le délire de persécution
En 1863 est répertoriée la catatonie comme étant une perte de contact global
Puis le Syndrome d’automatisme mental et l’erotomanie
Se précisent la Folie maniaco dépressive, démence précoce et paranoïa
Schizophrène esprit fendu dislocation Spaltun dissociation

Au niveau des théories psychanalytiques :

Pour Freud il n’y a pas de transfert d’où le traité paradigmatique que constituer le cas Schereber raconté par lui-même. Le récit détaillé de la paranoïa.
C’est la référence pour les Psychonévroses narcissiques différentes de celles habituelles de la phobie, l’hystérie et l’obsession.
Le moi s’est défendu d’une représentation insupportable et de son affect et se comporte comme si la représentation n’était jamais parvenue jusqu’à lui.
Cette défense est plus forte et efficace que la névrose car elle entraîne l’affect. La paranoïa projète le contenu de la représentation inconciliable dans le monde extérieur.

Schereber devient le President de la Cour d’appel de Dresde. Sa nomination le précipite dans l’asile psychiatrique.
« Mémoires d’un névropathe » est son témoignage écrit.
Il est écrivain mais pas poète, il n’y a pas de création d’un sujet.
Témoignage rédempteur selon Freud.
Témoignage nécessaire de ce qui le traverse.
8 années d internement aboutissent grâce à cet écrit à années 4 de liberté. Il sera ensuite interné jusque sa mort.

Il développe un vécu de persécution après une période de vénération du substitut paternel.
Il subit des accès d hypocondrie, de craintes corporelles.
Il vit un effondrement, il se voit mort, en cours de putréfaction.
Il se vit changée en femme qui se donne à Dieu.
L’esprit assassiné de Morton Schartzman rend compte de la personnalité et de l’œuvre du père a l’origine d’une méthode éducative incluant des instruments corporels pour interdire la masturbation.

Freud envisagé que Schereber se défend d’un désir homosexuel qui le rapproche de ce père qu’il idéalise. Les idées délirantes déversées dans ses écrits permettent de rester dans le lien de parole, cela évite la maladie.

Freud insiste sur le retrait libidinal de désinvestissement des objets extérieurs dans les psychoses, d’où l’impossibilité de prise en charge du transfert chez les patients psychotiques.

La question de l’homosexualité provoque une régression narcissique.

Description grammaticale du processus :

Je l’aime, un homme : le père puis le professeur vénèré qui déclenche la maladie.
De suite, je le hais : amour et haine sont imbriquées, mais comme cela est inacceptable…
C’est lui qui me hait : d’où le vécu de persécution et la peur.

Freud :

 » Le sentiment réprimé au dedans fut projetté.
Ce qui est aboli du dedans revient du dehors.  »

Ce qui n’a pas été symbolisé est agi.

Il ne s’agit pas vraiment d’un cas de paranoia mais d’une cascade de remaniement schizophrène. Par automatisme mental qqch de mécanique commande la pensée.

Le sujet psychotique n’est pas maître du cours de la pensée.

Elle débouche sur une impression de fin du monde, de son monde, projettée dans une fin du monde extérieur.

Dans les Psychonévroses narcissiques il y a un tel repli sur soi que le transfert se conçoit différemment.

Les éléments symboliques et imaginaires du fantasme du névrosé permettent de réaliser le monde interne. Chez le sujet psychotique ou dans le noyau psychotique du névrosé il s’agit d’intrusions.

Cas de l’homme aux loups

L’homme aux loups fait état d’une Hallucination du doigt coupé. Il s’agit d’une vision hallucinatoire fugace. Aussitôt il récupère la vision de son doigt complet.
Le patient avait observé un rapport sexuel entre ses parents et avait constaté l’absence de penis chez la mère alors que son père était situé derrière elle. Dans son rêve il retrouve un loup perché la queue arrachée.

Il se produit l’absence d’inscription dans le symbolique de l’image vécue ou fantasmée. Il y aura forclusion comme le nomme Lacan.
Dans la Névrose un thème comme cela peut se travailler dans le transfert qui produit la levée du refoulé et permet l’élaboration.
Dans la Psychose l’image fait retour sous forme hallucinatoire. Il y a déni sans refoulement.

La Phase squizoparanoide du tres jeune enfant fait clivage nous explique Mélanie Klein. Ce clivage constitue le noyau psychotique adulte.
Le patient peut intégrer ces clivages à travers le thérapeute.

Selon Winnicott la régression permet le retour à une situation de carence.
La première transition, la partie inséparable de l’enfant, qui n’est pas lui mais qui fait transition a échoué.
Le sujet psychotique n’accepte pas la transitionnalité : il présente le vécu brut ou son absence totale.

Winnicott développe un espace temps transitionnel de telle sorte que la séparation ne soit pas vécue comme un effondrement.
Agonie primitive : détresse oubliée
Squiggle dessin espace de transitionnalité partagé entre le patient et le psychanalyste.

Les Thérapies familiales systémiques rendent compte de cette difficulté à se séparer sous l’injonction paradoxale de le faire sans se quitter. Le film family Life de Ken Loach en donne la représentation fidèle.

Il n’y a pas de Lien entre partie et totalité chez le schizophrène, entre le sens et la vie.
Altération dans image du corps, de la structure familiale.

Trois générations pour que la psychose survienne – les non-dits transgenerationnels cristallisent à la troisième génération.

Lacan a apporté des outils de traitement : le non centrement.
D’abord via sa thèse écrite en 1932

Marguerite Anzieu – Aymée donne un Coup de couteau à une comédienne à la sortie de sa pièce « tout va bien ».
Elle est Internée à Saint Anne.
Elle se découvre être une enfantt de remplacement après le décès de sa sœur qui portait le même prénom. Une voisine aurait tué la première. Ceci est un délire à deux, entre la mère et la fille.

Dans le délire à deux un inducteur induit chez l autre des idées délirantes, ici la mère qui se défend d’avoir tué son enfant ou éventuellement négligé. Le sujet déplace l’hostilité primitive dans une autre tête. Le sujet agit en attaquant le mauvais objet qui n’est autre que la mauvaise image qu’il a de lui même.
La Cantatrice image de la femme libérée représente l’idéal de Marguerite. Le retournement dans la haine explique l’acte.

Pour ce qui est de l’Automatisme mental, des pensées dictées par une mécanique autonome, Lacan conteste ce phénomène élémentaire.
L’origine de la démence se trouve dans l’Histoire de la personne, dans la construction de la personnalité.
Aymée se sentait fautive vis à vis de sa mère.
Le Stade miroir est une mise à distance de l’autre, tu n’es pas moi, pour une réintroduction postérieure.
Le geste agressif est le stade du miroir qui revient dans une confusion où l’altérité mal discernée reste à établir. Le geste se comprend par rapport au milieu de vie.

Rayons divins parlent une langue de fond qui concerne le meurtre d’âme
Néologismes ritournelles cascades de remaniements des signifiants chez Schereber

Dans les discours non psychotiques le contexte et la fin du discours dans l’après coup donne le sens au propos. La stabilisation phallique est au service d’une intention première qui est de se faire entendre.
Il n’y a pas de remaniement constant, pas de déstructuration.

Séminaire de la Psychose de Lacan

La Forclusion est littéralement la déchéance d’un droit non exercé. Elle a valeur juridique. Pour Lacan il s’agit d’un défaut d’inscription dans l’inconscient d’un élément fondateur et symbolique.
Assumer son sexe : sexe et section.
Acception d’une réalité.

Le Danger du souvenir de la castration se solde par un phénomène psychique de :

Substitution dans la névrose : symptôme névrotique
Dissociation radicale du moi et de la représentation dans la psychose

Message du père qui lui revient sous forme hallucinatoire : putain pour femme de famille traditionnelle

Il y a Forclusion plutôt que projection utilisée abusivement

Le nom du père est la fonction paternelle intériorisée.
Toute expression symbolique produite par la mère ou l’enfant lui même faisant référence à une instance tierce (parents de la mère, etc) produit du nom du père.

Cette Fonction symboligène permet la coupure du lien mère enfant. L’enfant refuse d’être le phallus de sa mère et cela lui permet d’advenir en tant que sujet.

S’ensuit une confrontation avec le père et non une Relation de fraternité avec le père sans confrontation, néfaste pour l’achèvement du sujet.
– Schereber choisit père, professeur, objet d amour, relation narcissique à la réalité sans confrontation
Ceci marque l’arrêt de son développement au stade du complexe fraternel.

L’Identification imaginaire fusionnelle avec un parent forme la structure psychotique. L’introduction d’un tiers fait appel dans la structure. Dans le cas Schreber c’est la position idéale de masculinité du professeur vénèré qui fait appel. Son épouse avait disposé sa photo sur la table de chevet. Au moment de la décompensation le President Schereber pensait aussi à devenir père.

Le signifiant être père n’a pas de sens pour lui. Le sujet psychotique se sent aspiré par la femme toute. Les femmes dans leur diversité n’existent pas.

Le tiers vient couper ce lien fusionnel à l’autre : cela peut être l’enfant pour la femme, le beau père pour l’homme. Quelque chose de symbolique survient.

Ceci est le cas dans les débuts d’une analyse. Les entretiens préliminaires permettent de tester cet appel à la structure et ses possibilités d’engager un travail durable et en profondeur, de dépasser les blocages narcissiques de toute névrose souffrante faisant trop facilement appel à du coaching et tout autre dispositif de conseil ou d’accompagnement ponctuel qui fait de nos jours florès et qui s’intègre dans l’outplacement, nouveau placement en famille d’accueil d’enfants à nouveau négligés.

Un élément humain

Dans son ouvrage publié en 1994 « L’Elément Humain : Estime de soi, productivité et résultat d’exploitation», Will Schutz décrit les liens pouvant exister entre l’estime de soi, la confiance des salariés dans l’entreprise et la productivité de l’entreprise.

La thèse centrale du psychologue est que le niveau d’ouverture, d’humanité et de confiance entre les individus conditionne autant la santé mentale et physique des salariés, que le niveau de productivité de l’entreprise. Sa méthodologie est diffusée par des coaches certifiés dans de grands groupes internationaux séduits par la simplicité.

Deux concepts sous-tendent l’approche :

1) L’existence de besoins interpersonnels, d’inclusion, d’ouverture et d’influence au sein d’un groupe ; d’importance, de compétence et de sympathie dans la relation duale.

2) L’estime de soi ou la manière de se percevoir, de constater son épanouissement et de maintenir la motivation. Elle concerne selon Schutz trois actions individuelles: la présence, l’auto-contrôle et la prise de conscience.

Autant dire que tout ceci est très éloigné du travail de psychanalyse qui ne se berce pas d’illusions sur les relations, toujours ambivalentes, ni sur le pouvoir d’un seul dans le collectif.

Les déplacements et les inversions, dans le transfert de situations passées, sont les seuls maîtres en la demeure tribale, et c’est le groupe entier qui prend une enveloppe psychique commune capable d’œuvrer.

Nous sommes nous-mêmes, sans que l’organisation nous y accule, sujets à des pulsions contradictoires, violentes et sexuelles, et à des inhibitions plus ou moins féroces. Et notre propre estime dépend d’un surmoi plus ou moins à l’aise avec toutes ces forces.

Comme leviers alors, je préfère la présence… à l’inconscient, le lâcher prise et le courage, la volonté et l’acceptation, puis plutôt que la prise de conscience, la destinée du désir qui par moments s’ébauche.

Toujours est-il qu’elle est RH et qu’elle est venue me consulter en accompagnement individuel d’inspiration psychanalytique à la suite d’un stage résidentiel d’un week-end dans la pratique de l’Elément Humain.

– Cela a touché a quelque chose d’effrayant en moi. Je ne sais pas pourquoi j’ai pris conscience de la mort de mon petit frère. Je suis la deuxième de quatre enfants mais en fait nous avons été cinq. Le tout dernier est décédé de mort subite quinze jours après sa naissance. Je l’avais complétement oublié. D’ailleurs c’est la première fois je crois que je le nomme mon petit frère. Je savais que ma maman avait perdu son bébé mais je ne faisais pas de lien entre lui et moi ni entre lui et mon père. Car la seule chose que je sais sans aucun doute est que mon père lui aussi avait perdu son petit frère. C’est pourquoi a t-il tenté peut-être  de banaliser la perte. C’était courant lors des grandes familles nombreuses d’avant la contraception, c’est sa seule réaction. Je le trouve dur mon père. Serait-il blessé au fond ?

Elle revient chaque semaine. Elle tisse le récit de cette perte, et de sa vie actuelle de jeune maman.

– Mais pourquoi est-ce à l’occasion de cette formation que toutes ces réminiscences se sont mobilisées soudainement ?

– Ce qui est important ce sont vos reviviscences, c’est le temps que nous prenons à vivre ensemble ce que vous vivez et ce que vous viviez dans votre for intérieur enfant. Vos fantasmes de fratricide, de dévoration de maman et votre peur de votre père qui resurgit aussi à présent. Ce sont tous des sentiments humains, bruts, dont vous ne pourrez toucher la subtilité, la puissance de votre attachement, la richesse et la joie de votre transmission qu’en les retraversant par la parole échangée. Ce qui vous a manqué enfant. Ce qui vous a manqué à l’occasion de ce stage passe-partout, qui touche juste mais qui vous laisse bien seule une fois que le groupe se dissout et que la prestation est conclue. Je dirai que l’élément c’est bien trop simple. L’humanité nous l’acquerrons par les complexes.

Je tais qu’elle s’est longtemps regardée dans le miroir latéral de ses frères et de ses soeurs, et que le nouveau miroir tendu par le plus petit d’entre eux lui renvoie le dur portrait de Dorian Gray. Les identifications projectives sont les complexes archaïques. Narcissiques. Chimériques. Il est temps d’autres identifications plus hystériques, aux prises avec le réel, de désir de vie et de mort certaines.

Et aujourd’hui elle arrive avec un rêve, un rêve effroyable dit-elle.

– C’était devant moi, ce monceau de chair, ce je ne sais-quoi. – Je pense à son frère, elle n’y pense pas ? – C’était une ordure, du sang, des viscères. Enfin, je crois. Je ne l’ai pas bien vu. Je ne me souviens pas. – Elle ouvre grand les yeux devant elle pourtant, comme si c’était encore là. – Mais si, j’en suis sûre, c’était un élément humain, tu vois ?

Et elle me regarde et je lui dis que son crime est salutaire. Et elle me sourit carnassière. Il ne reste plus qu’à se tourner désormais vers le père pour mieux s’en retourner enfin. Pousser le premier cri de la femme en elle.

Et la productivité dans tout ça ? Entretemps, elle travaille sans plus de surinvestissement, ni de désinvestissement au final. L’entreprise, le travail sont à leur juste place. Quand la vie va, les messieurs Schutz n’ont plus de fond de commerce qui vaille. Cession du bail sur les murs est ce qui reste comme épitaphe.

Illustration de couverture Kate Parker Photography

Le narcissisme à propos, par Olivier de la Maisonneuve, psychiatre adolescent

Le narcissisme. C’est la mal-structure psychique et cela va être aussi la mal-clinique de la psyché, en recherchée, d’essai en erreur.

Le narcissisme ne peut pas être considéré comme un concept achevé. C’est la mal-structure psychique et cela va être aussi la mal-clinique de la psyché, une recherche, d’essai en erreur.

A suivre le récit de cet héritage de Freud par Olivier Bouvet de la Maisonneuve, en Séminaire psychanalytique de Paris du 16 juin 2016

Lorsque le déni du narcisse cède la place au refoulement dans la dynamique œdipienne, il est enfin un passage du traumatisme au fantasme, avec la déferlante de violence de son propre désir incestué, que l’on oubliera aussitôt, aussitôt que l’on s’en sera séparé, rapproché d’autre que soi et « les siens »

Pour Freud qui associe étroitement la réflexion, la pratique et l’implication personnelle, ce n’est pas tant dans les cas qu’il rencontre que dans ses correspondances à propos de lui même s’il perce le mystère de Narcisse à Œdipe.

Et notamment dans sa correspondance avec Fliess qui fait état d’une relation de rivalité fraternelle qui prend la place de l’inceste possible avec le père-vers.

Narcisse et Œdipe organisent notre vie psychique. Narcisse la fonde et Œdipe la structure.

8 propositions à propos de narcissisme

1. Le Narcissisme est un stade dans le développement psychique et désirant

En 1909 Freud passe de la dénomination de l’homosexuel, à la définition d’un stade dans le passage de l’auto érotisme à la relation d’objet.

L’amour de soi est une étape normale, il est développé dans son texte de 1915 « Le président Schreber », décrivant la paranoïa en tant que stade préobjectal et de délire de grandeur.

2. Le Narcissisme est un mythe agissant dans le psychisme

Dans le repli sur soi, dans la dégénérescence de l’autoérotisme, le schizophrène devient le prototype de la maladie. Pour Freud au contraire il n’y aurait pas aux stades précoces ou fixés, il n’y aurait pas de déficit mais d’excès de libido.

Freud s’accorde et nous accorde un paradigme consistant à l’emploi d’une méthode non scientifique, la mythologie, en tant que méthode connue pour explorer un domaine inconnu. Il invente ainsi de toutes pièces le mythe du père de la Horde pour signifier la psychogenèse.

« Pour introduire le narcissisme » est l’ouvrage qui place pour la première fois côte à côte les pulsions libidinales, d’objet, et les pulsions du moi, autoérotiques. La perte libère le désir attrapé dans la mère, l’investissement libidinal revient vers soi.

L’objet est idéalise, réduit à une idée, une image qui se réintroduit dans le moi ; c’est le narcissisme secondaire, celui de l’idéal du moi, qui est l’instance première permettant ensuite le refoulement et la sublimation.

Il n’y a pas de distinction fonctionnelle, la libido du moi et d’objet est la même, la distinction est topique (des lieux et des dynamiques 1914)

Le Moi moi devient l’organisateur des défenses et non, une simple image, il n’y a pas de objectivation claire, la représentation est illusoire, métaphorique.

C’est ainsi que surgit le Modèle de l hystérie, qui subit une impasse thérapeutique à partir de 1900.
3. Le Narcissisme organise le champ des névroses

Dès 1916, aux côtés des névroses de transfert, les névroses narcissiques mettent en échec la cure.

La résistance est insurmontable. Dans les névroses actuelles, celles traumatiques, sont reconnues à nouveau à les névroses narcissiques. Mais reste la différence du fantasme.

C’est là que se fait la distinction entre l’institution avec ses gestions narcissiques, et la pratique des psychanalystes libéraux plus adaptée aux névroses de transfert. Les dépressions et les états limite.

Les névroses narcissiques sont des pathologies de l’objet. L’objet est celui qui va fixer la pulsion. Il est un retour au Phallique. Une perte du but après la perte de l’objet. Le moi n’est pas pris comme un nouvel objet, de réinvestissement. Le but ne sera plus la sexualité mais l’identité, l’idéalisation des pulsions partielles de l enfant. La Pulsion génitale unifiante est perdue.

Il y a risque de décompensation dans le désir.

La réponse de Freud est son œuvre « Deuil et mélancolique » où il décrit l’éveil suite aux incidents de la vie du mécanisme pathologique qu’est la dépression et qui se substitue au mécanisme sain.
4. Le Narcissisme est une identité d’identification à un objet perdu, ce qui part comme une identification sexuelle revient.

L’Œdipe est le narcissisme réussi.
La mélancolie, un échec – lorsque le petit enfant remplace la mère bienveillante par la mère absente la psyché s’en défend par le clivage. Chez l adulte « l ombre de l objet tombé sur le moi »

Ambivalence du lien aux figures parentales, amour et haine dans le désir, la haine marque une distance. J’ai É contact, amour absence.

En 1917 Freud esquisse de la théorie du moi jusqu’en 1923 où il aborde le moi et le ça, le narcissisme et la sublimation qui est en soi une activité libidinale ne se réduisant pas à l’identification. Le ça est le vrai réservoir des pulsions moi. Le petit soi que forment le moi d’origine et le ça porte les traces des liens abandonnés, des résidus, l’identité, l’altérité, le sentiment être un autre, nous sommes des morceaux d autres…

5. La pathologie narcissique vient de la desintrication des pulsions

En 1920 avec « au delà du principe de plaisir » les pulsions sexuelles et du moi proviennent de la même source. Le moi est un objet comme les autres et il y a un peu de moi dans les objets, comme les objets sont en moi.

Freud aborde le Mythe de Eros et de la pulsion de mort avec la méthode scientifique.
Eros est l’amour réunification.
La Mort est le but ultime.
Eros un détour et sa fonction culmine dans la reproduction.

La Pulsion du moi et sexuelle sont réunies dans la pulsion libidinale. Eros dans le lien à l’objet qu’est la mort envahit le narcissisme. Alors que les pulsions de vie sont perturbatrices, celles de mort font leur travail sournoisement. Il en découle des bizarreries de fonctionnement, des mouvements sadiques, une libido de destruction de l objet associé à la conquête de l’objet.

Psychologie collective et analyse du moi phénomènes de foule et dépendance à un chef idéal du moi, 1921

Symptôme de dépendance dans les pathologies narcissique, hantise de l indépendance du névrosé. Hantise en dernier ressort du transfert massif !

L’angoisse de castration marque le retour du masochisme infantile dans le psychisme.

La forme ultime d’angoisse de mort est le désinvestissement. Le moi se rigidifie sur lui même. Il Renonce à l objet.

Distinction moi idéal première identification à la mère et idéal du moi composante sadique clivée, Les apports réguliers de Eros par la mère permettent de tenter d’apaiser cette instance. Et lorsque Œdipe survient, survient le surmoi qui intègre l amour dans la relation.

Névroses narcissiques sont alors la mélancolie, l’annihilation de la mère, un idéal du moi narcissique identifié à la culpabilité seule identité du mélancolique, sa méchanceté, sa défaillance. L’accusateur sur-moi prend toute la place.

6. Le déni est l’organisateur

Le Destin de la représentation devient le déni.
Le représentant de la représentation est refoulé.
Il y a surtout refoulé de l’affect.
C’est le symptôme de Freud décelé par Mélanie Klein. Son point aveugle.
Dans « Totem et tabou » Freud aborde le déni de la culpabilité.
Il renonce à la névrose narcissique en tant que névrose grave.

La Dissociation ou clivage prend la place du déni.

Il y a lutte contre le traumatisme, contre les perceptions externes qui lui rêvelent ses propres défaillances.

Dans le déni de réalité l’émotion prend la forme de représentations corporelles.

En 1938 , dans « clivage du moi », Freud fait la synthèse du déni de perception ou d’angoisse ; le succès n’ai atteint qu’au prix d’une déchirure dans le moi.

Les failles que nous nous reconnaissons nous permettent le plaisir, et nous annoncent la mort. Le déni en tant que mécanisme de petite enfance, cède la place au refoulement, confirme Mélanie Klein.

 

7. Le narcissisme est quelque chose d’indicible qui nous met entre la vie et la mort.

En 1939, avec « Moïse et le monothéisme », Freud redevenu hégélien, il est de retour à la pensée.
En faisant l’analyse du mythe, il décrit l’histoire du développement humain comme un passage du polythéisme au monothéisme avec le meurtre du père de la horde .
Avec l’acceptation de la mort, la vie prend son socle dans la mort.

Après le narcissisme réduit à la haine de « L’avenir d une illusion », en 1927, et « Malaise dans la culture », 1929, survient le dépassement du narcissisme des petites différences.
La réponse est le narcissisme de l’universalité.
8. Le narcissisme est universel.

Le Mythe du meurtre du père instaure une loi d’amour né de la culpabilité, de la perte, de la mort. Eros rassemble des individus qui partagent un désir haineux.
Le Bonheur individuel cède le pas sur intérêt collectif.
La Pulsion de mort s étend au groupe social.

C’est le retour de « psychologie des masses » (1921), où l’on amour narcissique mère enfant agit, à condition pas se faire déborder par le sexuel.

C’est le retour du masochisme créatif de la mère, de son dévouement, sa fantaisie, plutôt que le sadisme destructeur de l’enfant, le tyran.

Le sursaut d’Eros c’est la pensée, vient ainsi le triomphe du narcissisme organisé par le masochisme.

Le Surmoi réunion d’Eros et de la pullmsion de mort nous réconcilie avec nous mêmes et avec les autres.

 

Conclusion

Le narcissisme est un concept pour penser le psychisme
Il est à l’interface de l’individuel et le collectif.

Le narcissisme s’accomplit par l’amour
Narcisse et Oedipe sont inséparables dans la vie psychique. Œdipe donne des mots à Narcisse. Le Moi se différencie du ça. La haine qui colle se détache dans un surmoi transcendant, généreux.

Le narcissisme est la pathologie qui ne vient pas d’avant mais d’après, celle pour penser, panser l’avenir, celle de la créativité. L’amour restaure cet avenir. Difficiles, défaillants, les ados, si nous les aimons, ils sortent de leur dépression. Et vous et moi alors.

Olivier de Maisonneuve est psychiatre à Sainte Anne et sa spécialisation est la dépression adolescente.

Le narcissisme de vie d’Alice, de vous et de moi qui en ce conte aimons nous voir

Sophie Morgenstern, auteure d’une clinique de l’enfant en nous comme un miroir d’absolu. Narcissisme de vie une fois de plus.

« Alice » est sans nul doute la rêverie qui rend conte du narcissisme qui demeure dans l’inconscient d’un Œdipe jamais tout à fait au clair. Cette fille qui est la séductrice et la séduite de son auteur, qui entend des langages incompréhensibles, qui évolue dans le monde de la démesure et qui fait l’usage d’ustensiles bien plus grands qu’elle, et qui par moments les domine, ces langages, ces ustensiles, pourvu qu’elle le souhaite :

– Mange-moi et tu grandiras !
Vorace du sein et de soi. Narcisse d’avant et d’après le miroir.

Quel délice depuis que ce conte de faits existe de nous sentir bien moins fous que chapeliers de génie de nos pensées enfouies. La fondatrice en France de la psychanalyse infantile, d’origine Suisse, mentor de Dolto et de Lebovici, nous lègue une clinique de l’enfant en nous comme un miroir d’absolu. Et toutes ces pensées magiques rejaillissent en nous. Narcissisme de vie une fois de plus.

Sophie Morgenstern

La Pensée magique chez l’enfant

« Revue Française de Psychanalyse », (Paris), 1934, VII, 1, p.99-115

 » Il est souvent question de savoir de quel langage il faudrait se servir pour que l’enfant nous comprenne, et aussi comment il faut faire pour comprendre l’enfant, ses questions, ses réponses, son comportement.

(Et comment comprendre l’enfant en nous ? C’est mon incise car c’est cela que j’ai envie de demander à cette auteure et en partager les enseignements ici.)

Cette question est tout à fait légitime, surtout vu l’amnésie des quatre premières années de la vie dont il est si souvent question en psychanalyse.
La pensée et le comportement de l’enfant ont été caractérisés par Piaget comme analogues à celles d’un schizophrène, c’est-à-dire de l’aliéné qui se retire dans sa tour d’ivoire et n’emploie quelquefois qu’un langage dont la clé n’est déchiffrable qu’à l’aide d’une longue étude du malade même. Car l’enfant, malgré son affectivité très vive, en parlant aux autres, en racontant un événement, parle plutôt à lui-même et ne s’aperçoit même pas souvent que son entourage l’a mal compris ou ne l’a pas compris du tout.
Mais ce langage et cette attitude de l’enfant, en apparence autistes, proviennent de l’angle sous lequel il voit son entourage.
A l’enfant, les adultes, les objets dont se servent les grandes personnes, paraissent énormes.
Pour parler ct pour bien observer la figure de ses parents ou d’autres grandes personnes de son entourage, l’enfant est obligé de lever la tête, même par rapport à ses frères et sœurs, il est obligé d’appliquer la mesure du plus grand et du plus petit et de se comporter en conséquence.
Les objets dont se servent les adultes prennent des proportions gigantesques pour l’enfant, car lui-même n’est pas capable, jusqu’à un certain âge, de s’en servir du tout ou convenablement, malgré le grand effort qu’il fait. Il faut observer sa mine sérieuse quand il essaye d’aider sa mère ou son père dans leurs occupations et la peine qu’il éprouve pendant cette besogne.
C’est dans ce championnat de la vie quotidienne que l’enfant se [p. 99] crée ces notions mystérieuses des êtres humains et des choses, et que ses parents lui paraissent de grands magiciens qui savent manier sans effort ces objets gigantesques.
La connaissance du comportement de l’enfant, de sa pensée, et surtout de sa vie imaginative, nous fait comprendre l’intérêt qu’il a pour les contes de fées, ainsi que le rôle que cette littérature joue dans son évolution, quelquefois pour toute la vie. ‘
Lewis Caroll a décrit, dans les aventures de la petite Alice au pays des miracles, les besoins affectifs et imaginatifs de l’enfant. La question du « plus petit » et du « plus grand » y prend des formes symboliques très vivantes.
D’autre part Swift, dans le Voyage de Gulliver à Lilliput, a rendu admirablement bien la disproportion de taille entre les enfants et leur père.
Se sentir petit est très humiliant pour l’enfant, ainsi qu’entendre autour de soi des conversations et voir des actions dont le sens est souvent pour lui aussi incompréhensible que pour nous la conversation dans une langue que nous ne connaissons pas, car les mêmes mots peuvent avoir pour l’enfant un sens tout à fait autre que pour les adultes. .
Un de mes malades, qui était le plus petit de ses frères, me raconta qu’il souffrait beaucoup de cette différence de taille. Dès qu’il put le faire, il attachait pour la nuit ses pieds aux barres de son lit et mettait sa tête dans une serviette, qu’il avait attachée au chevet de son lit. Il a dormi pendant des années dans cette position de torture, dans l’espoir d’allonger sa taille en agissant ainsi.
Une petite fille intelligente de huit ans lisait avec grand intérêt, à l’époque où le mouvement révolutionnaire avait commencé dans son pays, un livre sur la politesse et les bonnes manières, espérant obtenir par cette lecture une explication des faits qui se passaient autour d’elle. Elle s’intéressait même à la description des précautions qu’il faut prendre pour manger un œuf à la coque, car elle croyait que les faits décrits dans ce livre cachaient un sens mystérieux des idées révolutionnaires défendues, et qu’à la fin il y aurait la clé de ce langage magique.
Elle confondait dans son esprit politesse avec politique, et le jour où elle comprit son erreur elle jeta, indignée, le livre qu’elle traita d’insipide et d’idiot.
La difficulté de comprendre l’enfant devient plus grande dès [p. 100] qu’il est dominé par l’idée de réalisation d’un désir et tâche de nous expliquer sa pensée par des paroles dont le sens est pour nous établi, mais qui prennent pour lui, grâce à la charge affective qu’il y ajoute, un autre sens,
L’exemple suivant nous en donne la confirmation.
Un garçon de six ans accuse sa mère d’avoir donné l’année dernière des arrhes dans un magasin pour un costume de marin commandé pour lui, et de n’être jamais allée chercher ce costume. La mère est épouvantée par cette accusation calomnieuse de l’enfant, prononcée par celui-ci souvent en présence d’autres personnes. La mère se rappelle avoir été il y a un an une seule fois dans un magasin très -éloigné de leur quartier, et d’y avoir acheté des chaussettes pour ses enfants ; il n’y a pas été du tout question d’un costume de marin pour l’enfant.
L’enfant même me raconta, au cours de l’examen, qu’il désirait ardemment avoir un costume de marin et qu’il avait vu dans ce magasin un costume pour lui. Il était persuadé que l’argent donné par sa mère au marchand représentait des arrhes pour sont costume, et quand sa mère lui avait acheté dernièrement le costume de velours qu’il portait, il crut qu’elle avait oublié l’autre.
La mère me confirma qu’il y avait dans ce magasin des costumes de marin tout faits.
Pour cet enfant, le désir de posséder un costume de marin était si fort qu’il crut que sa mère n’avait qu’à retourner dans ce magasin pour lui apporter le costume, car l’argent payé pour les chaussette s’était transformé dans son imagination en arrhes pour son costume.
Il croyait qu’en portant un costume de marin, il deviendrait un être plus important.
Le père de cet enfant avait délaissé sa mère pour une autre femme. L’enfant voulait jouer à la maison le rôle autoritaire et brutal du chef de famille et se sentait humilié de porter un costume qu’il considérait comme trop simple.
Le cas suivant nous montre un degré plus intense de la pensée magique chez l’enfant.
Une mère est venue me demander mon conseil pour sa fillette de quatre ans, qui s’imagine que tout ce qu’elle désire existe, et se comporte en conséquence.
Elle parle à sa mère des jouets qu’elle voudrait avoir et prétend en [p. 101] même temps les posséder ; elle appelle sa mère pour les lui montrer et fait des mouvements comme si elle maniait ces objets, arrange des jeux dans lesquels elle fait semblant de se servir de ces objets imaginaires.
Cette enfant se comporte comme si elle réalisait un conte de fées. Elle mime un jeu, mais y donne plus d’importance que d’autres enfants dans les mêmes conditions.
Le jeu est même, dans le cas où l’enfant possède les objets appropriés au jeu, un produit de son imagination, mais chez cette enfant il a un caractère presque hallucinatoire et nous rappelle le comportement d’une délirante qui change sa voix pour s’entretenir avec ses sept fils, qu’elle porte dans son gosier, ou d’une obsédée délirante qui remue son épaule gauche pour chasser le diable qui s’y pose, d’après elle, de temps en temps.
Le comportement de cette enfant et celui de ces malades sont basés sur la foi dans la toute-puissance de la pensée. Pour elle, l’absence réelle des objets désirés, l’impossibilité de les loucher ne sont pas un obstacle pour croire en leur existence, de même que pour nos malades aucune preuve matérielle n’est nécessaire pour prouver l’existence des êtres et des objets de leur délire. Il n’y a que la toute-puissance de la pensée qui leur permet de créer un monde dans lequel se réalisent leurs rêves et leurs désirs.
Le plus grand domaine de la pensée magique chez l’enfant est le jeu qui lui permet de réaliser tous ses désirs, de donner libre cours à ses instincts.
Seulement là, où l’enfant crée lui-même son jeu et même les objets dont il se sert dans son jeu, il manifeste une pleine satisfaction. Les jouets les plus ingénieux, mais tout faits, ne l’amusent que les premiers jours et restent après hors d’usage, car ils empêchent l’enfant de puiser dans son imagination et de jouer le rôle du grand magicien qui anime les objets, leur fait subir un tas d’épreuves, les élève à un grade qui correspond à ses besoins affectifs au moment donné.
C’est pourquoi l’enfant aime à jouer à la famille, à l’école et, selon ses dispositions sadiques ou masochistes, il choisit dans le jeu le rôle du père, de la mère, de l’enfant, du domestique, du professeur ou de l’élève.
L’enfant arrive même à se débarrasser de ses conflits familiaux ou seulement à mimer ces conflits dans son jeu. [p. 102]
L’exemple le plus frappant du sens symbolique et magique du jeu me paraît le suivant :
Un garçon de six ans, qui fut miss en pension à l’.âge de deux ans pour ne pas contaminer ses frères de ses mauvaises habitudes, organisa un jeu ingénieux avec une famille de lapins en porcelaine. Le plus petit des lapins enterra la mère lapine avec un grand cérémonial et la ressuscita après quelques minutes. L’enfant ne se lassait pas de répéter ce jeu toutes les fois qu’il se trouvait devant cette famille de lapins.
Par ce jeu, l’enfant mimait son conflit familial et l’ambivalance de ses sentiments pour sa mère. Il voulait punir sa mère en enterrant la mère lapine, mais il pourvoyait aussi le petit lapin de la force magique de ressusciter sa mère.
Ce jeu, à caractère magique tellement évident, nous rappelle le double sens du sacrifice du primitif. Hubert et Mauss, dans l’Essai sur la nature et la fonction du sacrifice, disent que « le sacrifice peut servir à deux fins aussi contraires que celles d’acquérir un état de sainteté et de supprimer un état de péché… » Pour s’expliquer comment un dieu pouvait être tué, on se l’est représenté sous les espèces d’un démon : c’est le démon qui est qui est mis à mort, et de lui sort le dieu ; de l’enveloppe mauvaise qui la retenait, se dégage l’essence excellente.
Si nous observons le comportement de l’enfant tout jeune qui s’est cogné ou brûlé, nous voyons qu’il traite les objets, qui ont causé sa blessure ou sa brûlure, connue des êtres vivants. Il tâche de les punir ou les évite ensuite comme un ennemi. L’enfant anime les objets en leur attribuant de bonnes ou de mauvaises intentions, comme le primitif qui peuple la nature d’esprits pour expliquer la pluie, l’orage et beaucoup d’autres phénomènes de la nature.

Nous retrouvons la pensée magique dans tous les pays et chez tous les peuples, dans la névrose, dans la pensée infantile et dans le rêve. En étudiant la mentalité du primitif, du névrosé, de l’enfant, et en étudiant les rêves, nous sommes de plus en plus frappés par les traits communs entre la pensée du primitif, du névrosé et de l’enfant, toutes les pensées sont caractérisées par la domination de l’élément affectif, de cet élément qui donne à la pensée son sens magique et toutes ces pensées possèdent une clé commune avec celle du langage du rêve. [p. 103]
Le champ limité de réalisation de ses désirs, les proportions démesurées de son imagination qui ne va nulle part de pair avec la vie réelle, pousse l’enfant à chercher dans le monde magique une réalisation qui lui donne une satisfaction immédiate et complète. Rien n’empêche l’enfant de vivre dans ce monde magique à côté de la vie réelle.
André Maurois décrit en Meïpe d’une manière ingénieuse le dédoublement d’une petite fille. Françoise trouve un moyen magique contre les observations agaçantes de son entourage, en se transportant dans le pays féerique de Meïpe où tout obéit à ses désirs et à sa volonté.
Pour l’enfant, la vie des adultes représente un monde mystérieux magique, dans lequel il voudrait pénétrer et qu’il voudrait s’approprier à tout prix.
Le cas suivant nous montre à quel point l’enfant peut être impressionné par la vie de ses parents qui sont pour lui les grands magiciens capables de faire la pluie et le beau temps et qui ont de longues conversations sur des sujets que l’enfant ne comprend pas, et qui choisissent la nuit quand l’enfant dort, pour tenir ces conversations.
Un garçon de dix ans, très autoritaire, désobéissant, ayant des angoisses nocturnes, ne s’endormait pas ayant minuit pour ne pas perdre un mot de la conversation entre ses parents.
Cet enfant voulait absolument imiter la profession de son père qui était représentant pour différentes maisons de commerce. Il se procura des carnets pareils à ceux de son père, dans lesquels il inscrivait les noms de ses clients imaginaires. Il s’occupait souvent jusqu’à minuit à confectionner ses listes de clients et à faire ses comptes.
Cet enfant créa tout un roman sur le sujet de ses affaires : il tenait un livre de comptes dans lequel il inscrivait des chiffres fantastiques. II s’imaginait posséder un château avec deux cents chambres, avec cinquante domestiques. Il organisait des réceptions fastueuses, il invitait ses clients chez lui, les logeait dans son château, leur donnait à chacun une femme de chambre, etc. Il inscrivait dans son livre de compte ses dépenses pour les réceptions où il était question de vin pour dix mille francs, de poulets et de fruits pour des milliers de francs, etc., Les étrennes qu’il donnait étaient en proportion : il notait des manteaux de fourrure et des bagues pour sa femme et sa mère s’élevant à des centaines de mille francs, des dons pour des hôpitaux, pour les pauvres dans les mêmes proportions. [p. 104]
Cet enfant réalisait, par ses livres de compte, un rêve dans lequel il était lui même le grand magicien, qui créait un monde infiniment plus riche et plus varié que celui de ses parents qui vivaient dans des conditions assez modestes.
Il obtena.it par cette pensée magique la plus grande satisfaction car il dépassait son père par son chiffre d’affaires, par le nombre de ses clients ; il avait de meilleurs clients que son père et se les attachait par des fêtes de contes de fées ; il faisait des cadeaux princiers à sa femme et à sa mère.
Cet enfant attribuait une telle valeur mystérieuse à ses carnets de compte qu’il était profondément indigné quand sa mère les apporta à la consultation. Il me les confia pour quelque temps à titre de grâce spéciale.
Cet ordre d’idées magiques correspond en partie aux idées magiques du délire lucide, mais aussi aux rites de la magie imitative des primitifs qui, en imitant par des moyens artificiels un phénomène réel désiré, espèrent obtenir sa réalisation, comme par exemple dans le rite magique de la pluie… »

La Pensée magique chez l’enfant. Par Sophie Morgenstern. 1934.

Le stade du miroir à l’origine de la fonction narcissique, premier détachement de soi

De ce qui est avant tout l’amorce d’un détachement de soi, et d’une capacité d’abstraction. Un début de socialisation et de courage. Le narcissisme de vie.

Dans cet extrait d’un cours professé à la Sorbonne, faisant partie des textes clés de l’apprentissage de la philosophie aux jeunes d’alors et d’aujourd’hui, Narcisses bienvenus, Merleau Ponty commente ce que le psychanalyste Jacques Lacan appelle « le stade du miroir ». Le narcissisme de vie.

Pourquoi la reconnaissance par le jeune enfant de son image dans le reflet du miroir  entraîne-t-elle un véritable bouleversement ?

« La compréhension de l’image spéculaire consiste, chez l’enfant, à reconnaître pour sienne cette apparence visuelle qui est dans le miroir. Jusqu’au moment où l’image spéculaire intervient, le corps pour l’enfant est une réalité fortement sentie, mais confuse.

Reconnaître son visage dans le miroir, c’est pour lui apprendre qu’il peut y avoir un spectacle de lui-même.

Jusque là il ne s’est jamais vu, ou il ne s’est qu’entrevu du coin de l’œil en regardant les parties de son corps qu’il peut voir. Par l’image dans le miroir il devient spectateur de lui-même. Par l’acquisition de l’image spéculaire l’enfant s’aperçoit qu’il est visible et pour soi et pour autrui. Le passage du moi interoceptif au  » je spéculaire « , comme dit encore Lacan, c’est le passage d’une forme ou d’un état de la personnalité à un autre.

La personnalité avant l’image spéculaire, c’est ce que les psychanalystes appellent chez l’adulte « le soi », c’est-à-dire l’ensemble des pulsions confusément senties. L’image du miroir, elle, va rendre possible une contemplation de soi-même, en termes psychanalytiques d’un début de « sur-moi », d’ailleurs que cette image soit explicitement posée, ou qu’elle soit simplement impliquée par tout ce que je vis à chaque minute.

On comprend alors que l’image spéculaire prenne pour les psychanalystes l’importance qu’elle a justement dans la vie de l’enfant. Ce n’est pas seulement l’acquisition d’un nouveau contenu, mais d’une nouvelle fonction, la fonction narcissique.

La fonction narcissique, nouvelle matrice du « Je »

Narcisse est cet être mythique qui, à force de regarder son image dans l’eau, a été attiré comme par un vertige et a rejoint dans le miroir de l’eau son image. L’image propre en même temps qu’elle rend possible la connaissance de soi, rend possible une sorte d’aliénation : je ne suis plus ce que je me sentais être immédiatement, je suis cette image de moi que m’offre le miroir. Il se produit, pour employer les termes du docteur Lacan, une  » captation » de moi par mon image spatiale.

Du coup je quitte la réalité de mon moi vécu pour me référer constamment à ce « moi idéal », fictif ou imaginaire, dont l’image spéculaire est la première ébauche. En ce sens je suis arraché à moi-même, et l’image du miroir me prépare à une autre aliénation encore plus grave, qui sera l’aliénation par autrui. Car de moi-même justement les autres n’ont que cette image extérieure analogue à celle qu’on voit dans le miroir, et par conséquent autrui m’arrachera à l’intimité immédiate bien plus sûrement que le miroir.

L’image spéculaire, c’est la matrice symbolique, dit Lacan, où le « je » se précipite en une forme primordiale avant qu’il ne s’objective dans la dialectique de l’identification à l’autre. »
M. Merleau-Ponty, Les relations à autrui chez l’enfant, éd. Les cours de la Sorbonne, pp.55-57.

 

Alors que le narcissisme est de nos jours banalisé, et restreint à une recherche esthétique et individualiste, les idéaux du moi plus parcellaires que jamais, il est bon d’en  retrouver l’originel sens, de ce qui est avant tout l’amorce d’un détachement de soi, et d’une capacité d’abstraction. Un début de socialisation et de courage au singulier.

Cette série sur Narcisse en nous qui se relèvera de sa flaque, de sa poche des eaux, pour se mettre en marche tel Œdipe, notre deuxième prénom, je la dédie à mes étudiants.

Narcisse demeure le regard d’Œdipe par delà ses tribulations, et même si boiteux de naissance, comme le dit son nom, Œdipe donne à Narcisse une trajectoire de vie autre que la mort.

Narcisse toi-même, pour un narcissisme de vie

Accompagnateur ? Accompagné ? Coach ? Coaché ? Libérez votre Narcisse. Le narcissisme de vie vous permet de marcher bien chaussé. Puis l’Oedipe, élargit vos horizons. Tout un monde en vous et au devant.

Le narcissisme correspond au clivage du moi précoce qui précède au mécanisme premier de protection psychique adulte qu’est le refoulement. Il pose les fondations, de soi, de la relation… Du métier d’accompagnant. Il préside à notre vocation, autant qu’aux refondations que nous menons auprès de ceux au en accompagnons. Confiance, constance et courage c’est ce que je souhaite alors à mes étudiants.

Le refoulement arrive avec L’Oedipe vers l’âge de six ans, lorsque la petite fille, le petit garçon, enfouissent à jamais leurs fantasmes de sexualité infantile, et le viol de la mère et le meurtre du père, la séduction du père et la trahison féminine, la visée d’enfanter rien que pour eux, qu’ils originent.

« Oubliés » dans l’inconscient, ils remontent à la conscience régulièrement, par poussées, par moments clés, et ils teintent d’une coloration violente et sexuelle toute autre relation postérieure, à l’homme, à la femme, à l’autorité, à l’enfant, descendant. Ce qui fut interdit devient le surmoi et le moi est social, le « self » dit-on aussi selon les psychologies, par opposition au « soi » profond qu’est le moi avec ses élans libidinaux (ça), cherchant satisfaction tantôt dans le plaisir, tantôt dans le déplaisir, au delà d’un principe que Freud démonta.

Le clivage du moi, lui, correspond à la période pré-oedipienne, infantile mais aussi adolescente, celle du narcissisme primaire, où l’enfant, le pubère ensuite, ne pouvant pas concevoir sa vulnérabilité et son impuissance d’être-dépendant bâtit en lieu et place de l’absence d’une réponse immédiate et pleinement satisfaisante (le sein, son réconfort mais aussi sa dévoration, sa possession destructrice, comme le sera plus tard le désir impossible d’une disponibilité totale de maman, de l’amant), il bâtit en lieu et place du « moi idéal » de sa conception, un « idéal du moi » ou plutôt, des idéaux du moi successifs, comblant de réponses partielles son existence séparée : le caca qui reste chaud et doux collé, ses doigts de main qu’il avale et qu’il mutile, l’auto-érotisme possible de tout ce qui lui tombe sous la main, un sucre volé, son sexe érigé et qu’il est si bon de frotter, pour la fille davantage l’air de rien « se frotter ».

Ces « idéaux » cohabitent au même niveau : le caca est plaisant et vite irritant, le doigt est un téton et le marteau piqueur d’une bouche déformée, le sucre est une claque aussi vite endossée, le sexe est sans fin. Plus tard, des relations extra conjugales et des coups tentés en marge des affaires courantes seront à la fois la jouissance et la peur retrouvées. Sans que cela ne trouble l’image pleine que de soit on se fait.

 » Maman ne peux pas être méchante alors si ce sucre me vaut une tape c’est que j’aime être tapé(é) et gourmand(e). C’est moi ça. Et c’est mon idéal du moi. Et ma maman reste idéalisée par la même occasion… »

L’identité devient le composite de toutes ces choses que l’on fait sans « jugement ». Anciennes d’un temps d’enfant.

Narcisse toi-même

Le narcissisme met en échec le travail psychanalytique. Là où le refoulement peut être appréhendé un instant par le transfert sur le thérapeute d’affects anciens, le clivage se passe d’affects. C’est surtout qu’il les dénie, leur trouvant une place dans ce composite pré-cité tout aussi clivée. Ils sont là mais pas en lien. Et le sadisme ou son complémentaire le masochisme morbide, primaire, sont les seuls émois, sur la base de sensations, plutôt que de ressentir des sentiments élaborés, sur la base de pensées, de libre association, de liens : Maman est belle et douce et monstrueuse et méchante.

Pour l’accompagnateur, c’est la bourse ou la vie. Ce qui veut dire la mort en face. L’amour au bord du gouffre. Bandit des chemins de l’inconscient :

  • soit, il persévère dans la recherche d’un sens, lourd d’affects dérobés, baluchon existentiel, juste consolable et donc à nouveau réduit à l’auto-érotisme et les dépendances,
  • soit sa persévérance présente le moindre défaut, et ils sont nombreux en écho de ce Narcisse d’un seul tenant qu’est le client peu patient.

Il risque la « décompensation » : les clivages cèdent, ils ne « compensent » plus tout ce qu’ils additionnent impunément, revient l’angoisse la plus primaire d’éclatement, de morcellement, d’effondrement. Le travail de déconstruction et de reconstruction demande du temps. Ce sont les enfants boiteux de l’Oedipe qui échappent au destin tragique de Narcisse, collé à sa propre peau. Ils remarchent à nouveau. Sur la base solide d’un narcissisme secondaire, d’un narcissisme de vie et non de mort.

Le narcissisme de vie

Le narcissisme ne peux pas être considéré comme un concept achevé, non plus. Freud l’a initié, les générations successives de psychanalystes tentent de le saisir comme je le fais. C’est notre travail premier. Narcisses comme je le disais. Car le narcissisme est fragile comme un miroir qu’on se tend. Au plus précoce de notre venue au monde, pas celle de l’accouchement, mais celle de nous face au monde, tentant de le percer de tout notre nouveau. Et nous perçons de notre monde celui de nos accompagnés, et réciproquément.

La mélancolie en est la pathologie type. La fabrique à « idéaux du moi » se grippe. La mère qui a tapé lorsque on a osé dépasser la limite est perdue à jamais et indéfiniment recherchée. La mère aimante, capable d’un « masochisme créatif », est réduite en morveux. Le traumatisme reste. Il ne cède pas la place au fantasme, qui exprime lui la violence propre à l’enfant. Et la transforme dans ses propres créations autres que faire à la mère un enfant et un affront.

Le narcissisme triomphant ce serait alors. Dit « secondaire » par évolution du « primaire » dont il était jusque là question. Et puis, comme avancé plus haut, l’Oedipe recouvre tout ceci de son refoulement. Les clivages restent enfouis. Ils resurgissent à propos. À chaque fois qu’une limite peut être dépassée à nouveau sans que ce soit un « se perdre » ou perdre l’amour.

Au contraire. L’amour est vainqueur. Freud en est mort et nous l’a laissé en enseignement. Et nous qui accompagnons, le réapprenons de notre propre métier à la vie à la mort. Narcisses accompagnants.

A suivre le récit de cet héritage de Freud par Olivier Bouvet de la Maisonneuve, en Séminaire psychanalytique de Paris du 16 juin 2016. Qui a largement inspiré mon dernier cours à l’Université de Cergy Pontoise en DU Executive Coaching du 17 juin alors. Ce papier en est la trace, amorce d’un cursus nouveau : le développement psychique et relationnel de stade en stade de développement. Narcisse et Œdipe structurants ensemble et tout autant.

Complément du cours de Roland Brunner « Diagnostic de Structures psychiques, psychopathologie, indications et contre-indications au coaching ». Ce tronc de formation constitue l’approche psychanalytique du coaching.

Ainsi sois-je, pour vous permettre d’être

imageC’était aux balbutiements de mon métier de pur accompagnement et création. Sur mon tout premier blog. Lors de mes plus libres échanges sur les réseaux sociaux. Lorsque l’Autre était encore moi. Encore.

Il m’avait remarqué et trouvait courageux et tellement juste !… mon positionnement : d’artiste coach, sans méthodes ni outils, sans process certifié dans le fantasme d’un contrôle.

Juste. Analyste créatrice.

Il en avait fait lui même une longue psychanalyse :

C’était ça ou aujourd’hui je serais un délinquant, un banni, un paria. La violence est mon terreau.

Il a travaillé chez les plus grands, Big Five du Conseil en Organisation. Puis, il crée son Cabinet en Associé, et le Coaching prend la place du Conseil.

Mais même coaching est suggestion. Il n’y a que par l’analyse d’eux-mêmes que les Dirigeants dirigeront. Et en cela, à la pointe je vous sens.

Il a voulu me céder sa place au capital et aux commandes de son vaisseau. Ses Associés s’y opposeront…

La peste, nous leur apportons la peste encore et encore.*

 

C’était en Décembre 2010.

Une, deux, trois années de psychanalyse et de vie, de celles qui ne sont pas tièdes, se sont écoulées depuis, pour pouvoir être ce qu’ici je concède : un été sans miroir, et un envol à la rentrée. Peut être…

Et vous qui m’approchez, aujourd’hui, vous aussi, vous le pouvez peut être. Etre.

Et lui : Jean Louis Richard. Je le remercie d’avoir, de tout son être, accompagné, mon peut être à moi.

* Phrase mythique de Freud aux abords de l’Amérique.