La névrose mise en musique aux Séminaires Psychanalytiques de Paris

Les trois musiques de la névrose
L’hystérie, la phobie, l’obsession
Quel névrosé êtes-vous ?
Par JD Nasio
Séminaire Psychanalytique de Paris du 21 juin

Dans la névrose, il est très difficile d établir une frontière entre la normalité et la pathologie.
Votre façon de penser d’agir, d’aimer tend vers la phobie, l’hystérie ou l’obsession.
Ce sont les trois grandes tendances, tonalités possibles, pour affronter et résoudre les inévitables conflits intérieurs et relationnels du névrosé.

Définition de la névrose

La névrose est une affection psychogène, dont la cause n’est pas organique mais psychique, plus précisément imaginaire, « imaginogène », générée par un imaginaire malsain, morbide, celui du fantasme. Le fantasme est une fabulation morbide qui a trouvé son origine dans l’enfance lors d’un psychotraumatisme. Il se manifeste à l âge adulte lors d un comportement en relation avec les proches.
Les troubles qui se manifestent sont la résultante de deux conflits internes, entre le corps et la tête, entre la tête et la tête. En reprenant les termes de Freud le premier conflit existé entre le corps pulsionnel, le ça, et le moi. Le second conflit a lieu entre notre juge intérieur, le surmoi, et le moi.

Origine de la névrose

Les quatre maillons de la genèse de la névrose

– L’impact du traumatisme sur l’enfant
– L’enfant réagit en s’inventant une fabulation malsaine
– Cet imaginaire morbide s’ installe dans le psychisme de l’enfant comme un foyer qui fomente les deux conflits intérieurs évoqués.
– L’apparition des troubles du comportement motive la consultation. Symptômes et troubles névrotiques faisant l’objet d’une psychanalyse.

1) Le traumatisme

Le traumatisme est un élément violent et soudain, consistant en une excitation sur un individu incapable de s’en protéger, qui n’a pas les moyens psychiques de le gérer (attaque-fuite, idéalisation, couplage en sont les moyens primaires).

L’événement traumatique peut être soudain et unique mais il peut être répété dans le temps, sous la forme d’une accumulation progressive d’effractions micro traumatiques dans la durée.

La tendresse soutenue d’une mère, insatisfaite dans sa vie de femme, rend l’enfant hystérique comme le fait une commotion unique. Il s’agit d’une relation traumatique durable avec la mère.

Il n’y a de traumatisme qu’à travers les effets du traumatisme ou des micro traumatismes. Un clinicien doit rechercher sans obstination avec l’aide du patient et parfois de sa famille l’événement ou les micro événements survenus à l’enfance ou à l’adolescence, qu’ils soient objectifs ou subjectifs, vécus dans la souffrance.

L’Oedipe est le noyau de la névrose parce qu’il n’est rien d’autre qu’une conjoncture traumatique. Ainsi un enfant entre trois et six ans peut vivre comme traumatique la tendresse ou la sévérité vécue avec l’un ou l’autre de ses parents. Le plaisir, la contrariété, la peur de la punition peuvent être vécus comme traumatiques.

Quel traumatisme a l origine de chaque névrose

S’agissant de la phobie l’enfant dirait :
Je suis abandonné
L’adulte dont je dépends m a quitté et m’a privé alors brutalement de l’amour sécurisant qu’il m’assurait

S agissant de l’hystérie l’enfant dirait :
Je suis sûr existez, l adulte dont je dépend m’affole d exit action sexuelle et sensuelle et me prive de l’amour sécurisant

S’agissant de l’obsession l’enfant dirait :
Je suis maltraité, l’adulte dont je dépend m’a mortifié et me priv alors brutalement de l’amour sécurisant qu’il m’assurait

2) Le fantasme
La formation d’une fabulation morbide est un effet immédiat du traumatisme. Il vient à la place de la réaction normale. Au lieu d éprouver de l angoisse et vouloir fuir, attaquer, parler, l’enfant développe un fantasme à contenu pervers.
La formation de ce fantasme pervers au moment même du traumatisme est le résultat d’une surexcitation. Il y a de la jouissance dans le trauma…

Tout fantasme est toujours animé par une pulsion. Le désir est l’énergie qui vivifie le fantasme. La pulsion définit mieux son origine : le corps. Dans le désir, c’est le but de la pulsion qui est primordial : le corps de l’autre. De l’auto-érotisme narcissique à l’éros du névrosé.

Une fois le foyer infectieux « décontaminé » par l’analyse.

Lors du traumatisme l’enfant réagit par un sursaut d’énergie, concentré sur une intériorisation de l’adulte protecteur, comme une surchauffe de l’ensemble des pulsions qui noue l’enfant à la mère. Les pulsions saines qui attachent l’enfant à l’adulte dont il dépend deviennent des pulsions malades.

L’impact traumatique surexcité et hypertrophie selon des cas les trois formes de pulsion qui assurent le lien entre une mère et son enfant :
– la pulsion de posséder l’aimé ou pulsion d’aimer,
– la pulsion de se faire posséder par l’aimer,
– et enfin, la pulsion agressive inhérente à tout lien d’amour.

Chacune de ces pulsions sera surchauffée différemment. Le traumatisme d’abandon surexcite la pulsion de posséder l’aimé. Celui de séduction hypertrophie la pulsion de se faire posséder par l’aimé. Et celui de l’humiliation hypertrophie la pulsion agressive de faire du mal à l’aimé. Ces surexcitations sont des réflexes désespérés de l’enfant pour se protéger d’une répétition.

– Pulsion du phobique de posséder l’aimé, n’en faire qu’un, dépendre du partenaire, dévorer l’aimé. L’enfant dirait tant que je le dévore, il ne m’abandonnera plus.

– Pulsion de se faire posséder, séduire et frustrer de l’hystérique. Tant que mon charme l’attire, je me refuse, j’arrive à l’assujettir, il n’abusera plus de moi.

– Envie de brutaliser, contrôler, soumettre du futur obsessionnel pour ne plus être maltraité.

Le traumatisme provoque chez l’enfant la névrose inverse à l’attaque subie. L’enfant victime devient dans le fantasme, dominateur, pour exclure une nouvelle occurrence.

De cette expérience traumatique va s imprime dans le psychisme un fantasme pervers qui va donner lieu à la névrose. Le traumatisme peut aller jusqu’à provoquer la destruction du surmoi. Aucune retenue de l’enfant.

Toute névrose est construite autour du fantasme pervers.

3) Quels deux conflits autour du noyau qu’est le fantasme pervers ?

Côté gauche

La perception de l’autre et de soi en est troublé. Le conflit entre le moi et le surmoi est actif.

J ai peur que mon partenaire m’abandonne, me force ou m’humilie. Et moi je me sens vulnérable, je me sens mal aimé, je me perçois nul. C’est la phobie, l’angoisse et l’obsession.

Le surmoi c’est toujours l’autre à l’intérieur de nous. Il accomplit des rôles : observe, juge, empêche. Lorsqu’il est troublé il organise une perception exagérément craintive de l’autre et négative de soi même. Il peut être projeté sur le partenaire.

Je fantasme que je suis la victime d’un monstre pervers.

Côté droit

Écrasé par son surmoi, le sujet a aussi par moments des accès pervers et compulsifs. De conflit entre le moi et le ça.

Je dévore mon aimé dans la phobie.
Je le frustre dans l’hystérie.
Je le tyrannise dans l’obsession.

Le problème n est pas l objet phobogène mais la pulsion dévoratrice de la mère.
Le problème de l’hystérie n’est pas d être forcée mais de ne rien vouloir de l’homme, ne pas vouloir être femme.
Le problème de l’obsession n’est pas d’être maltraité mais de jouir de maltraiter.

L’Insatisfaction, la culpabilité et le comportement réactionnel de façade (faux self) s’en suivent.

4) Les trois portraits cliniques de la Névrose

– Le phobique est une araignée. Il exige la présence de l’autre qui le sécurise. Névrosé, il affiche l’indifférence. Ce comportement auto-suffisant deviendra sa personnalité. Il cache l’inquiétude de l’enfant abandonné.

– L’hystérique tient son chien d’aimé pour s’assurer de sa fidélité. Il agite la muleta du torero. L’objet suprême est l’amour passion. Névrosée, l’hystérique elle se montre tendre et affectueuse. Le caractère de la personne vis à vis de tout autre sera malheureuse en amour, pourtant si féminine et vaillante, alors qu’elle reste enfant et ne souhaite se livrer.

– L’obsessionnel tient bien en main toutes les pensées, sentiments et décisions de sa compagne. L’objet suprême et merveilleux de l’obsession est la reconnaissance de l’autre. Névrosé, l’obsessionnel affiche l’envers de la brute pulsionnelle qu’il est. Il se montre exagérément tolérant et débonnaire. Avec le temps il deviendra doux, vieux joufflu, qui cache l’agressivité d’un enfant cruel qui attaque pour se défendre de toute effraction cruelle.

Et une seule question vers minuit : vous ne croyez pas Dr Nasio qu’il y en a qui cumulent ?
Excellente question permettant de dire l’oubli, et le vrai.
Les névroses sont toujours mixtes. Elles se combinent. Il en émerge une dominante. La vôtre. C’est la symphonie d’une vie, pleine, et vivante.image

L’Université d’été du coaching clinique psychanalytique 1/5

Tous des névrosés ! (Sauf quelques pervers)
Pourquoi présentons-nous des symptômes psychiques ? Quel est leur rôle ?

Le symptôme névrotique se présente sous forme de question ; c’est une question qui s’adresse à l’autre. C’est le lien même à l’autre.

Le psychanalyste est porteur de son propre symptôme.

Psychanalysants et psychanalysés, la névrose nous réunit. Cette « maladie » de la normalité n’est pas à distance de nous. La névrose c’est nous. C’est notre manière de vivre, de faire, de sentir, de penser. Le symptôme est notre style. Il ne suffit pas toutefois à rendre la radicalité du style. Seul le fantasme rend la radicalité du style. Le fantasme est plus difficile à approcher. La relation amoureuse et la relation autour du divan sont les deux formes majeures d’approche. Approcher ne veut pas dire passer à l’acte. Se laisser déborder par son symptôme d’aider ou de savoir faire.

L’objet de l’analyse est ainsi de remettre les symptômes débordants à leur juste place.

Pour prendre en compte le symptôme névrotique, le psychanalyste, névrosé lui même, doit être a l’écoute de ses propres « écarts ». Il est souhaitable d’éviter la posture défensive, qu’elle consiste à se raccrocher à un « supposé savoir », ou à se limiter à une écoute réparatrice et objectivante du symptôme.

Le « pas de côté » vis à vis de soi même est nécessaire pour pouvoir le susciter chez l’autre. Le contre-transfert est préalable au transfert. Son interprétation aussi.

L’analysant transfère des affects « anciens », ceux dirigés aux figures de référence de son enfance, sur l’analyste qu’il a choisi. L’analyste fait de même, et en premier. Il est choisi. Ceci est un processus inconscient, inévitable. C’est par l’interprétation, l’élaboration par la parole partagée, du transfert que ces processus inconscients, massifs, sont mis à jour et apaisés. Pour ce qui est du contre-transfert c’est dans la relation de supervision et non directement avec l’analysant que ces affects seront dégrossis. Ils peuvent ainsi ensuite être mis au service de la relation d’accompagnement. Comme un vaccin. Dépourvus de leur virulence initiale,

Les symptômes psychiques correspondent ainsi au fonctionnement psychique normal. Ils nous mettent en relation les uns aux autres, dans la difficulté ou dans l’enrichissement mutuel, et les deux à la fois ; dans l’expérience vivante de la relation qui nous ouvre autant au monde, incontrôlable et incommensurable, qu’a l’insondable et irréductible en nous-mêmes.

À suivre.

*En tout, quatre modules sur le symptôme objet ultime et premier de l’accompagnement, au singulier, et un module dédié a l’appareil psychique groupal

**Pour decouvrir le coaching clinique psychanalytique vient de sortir l’ouvrage de référence du meme nom co-écrit par Roland Brunner avec qui nous co-animons lors du DU Executive Coaching de l’Université de Cergy Pontoise : l’approche psychanalytique du coaching d’entreprise, ses équipes et ses dirigeants.

Le coaching clinique psychanalytique
Le coaching clinique psychanalytique

Extrait de la quatrième de couv

« Le coach n’est qu’un facilitateur, mais comment pourrait-il faciliter quoi que ce soit s’il ne connaît pas la nature humaine, sa psychologie, son fonctionnement, son métabolisme, son « temps » psychique qui n’est pas celui de l’organisation ? Comment pourrait-il aider ce client à accoucher de lui-même, s’il le traite comme n’importe qui ? C’est-à-dire s’il ne possède aucune connaissance en termes de structures psychiques, par exemple. Comment nous font-elles fonctionner ? S’il n’a aucune idée de la question du désir, s’il le confond avec le besoin […] «