Caresser l’ombre blanche avant qu’elle ne plane ailleurs : de transfert en transfert

Elle a choisi pour défense de plonger dans l’eau souvent. Je dois être père et mère de transfert, l’air et la terre qui lui manquent. Je suis feu, elle ombre blanche.

[ Caresser l’ombre blanche avant qu’elle ne plane ailleurs : de transfert en transfert ]

Elle rêve d’elle en vacances et avec l’amie qu’elle a choisie pour intime confidente. Et puis se joint à elles, on ne sait pas pourquoi, cette autre amie perdue qu’elle aimait, puis plus, puis flou…

Elle se tourne vers moi enfin, puisque pendant la séance elle me regarde à peine, prise par la visualisation de ce qu’elle évoque m’a-t’elle confié il y a peu. Mais là elle me regarde. Le transfert opère :

– Cette amie était grande et belle. Et telle était-elle en mon rêve, et je ne savais pas pourquoi je retrouvais cette envie irrépressible de la faire sortir de là. Je ne le voulais pas cette fois !

La semaine précédente nous avions évoqué la possibilité inconsciente de me rejeter. Et de ne pas vraiment faire le « travail » avec moi. De donner le change comme ailleurs et autrefois. Me rejeter sans que cela ne se voit…

Le change ment, mais le changement est là, puisque dans ses rêves elle ne me rejettera pas. Elle essaye malgré elle de rester arrimée à moi, pour se désarrimer du « mal de mère » qu’elle est ; pardon, qu’elle a.

Je n’interprète pas ce rêve. Je le laisse planer de son « ombre blanche » sur nous deux, et elle libre associe dans le sens de ce « mal » étrange, et familial.

– Je côtoie trop de personnes en ce moment, et même en nos séances, là où je visualisais deux, trois amis à la fois, mes quatre collègues, mon homme et moi, je vois apparaître des gens discordants au milieu de tout ça. Cela me donne le tournis.

Le roulis de maman manque pour lui donner le « la » : ce sont qui les aimants, les aimables et aimés dans tout ça ? Ce ne sera plus elle, la mère, qui fera la part belle et la part à part : – Ceux là tu les aimes parce que je les « aime » moi, parce que je joue avec toi, ceux là je les méprise et tu les oublieras.

Et le père dans tout ça ? C’est dans un autre rêve qu’elle l’a placé d’elle-même. Deux nuits plus tard. Il prend la forme d’un ancien « boss », comme elle dit, de ce mot qui évoque pour moi les hématomes.

Dans le rêve, le boss-père lui demande « pardon », comme moi, et elle accepte de revenir dans ses bras. Reste à savoir si c’est père-vers de sa part à elle de se laisser faire à lui, ou si c’est vers-elle qu’enfin elle prend le « cap » : devenir capable d’amour et de travail est ce qui la conçoit.

Tout ça je me le dis en moi. Je ne donne à Enora que les mots qui lui manquent pour poursuivre sa descente, en plongée qu’elle aime, tout vite tout droit, jusqu’au prochain palier et se poser là-bas. J’affermis le palier que je vois là. Je lui apporte l’oxygène aussi, je crois. Et je lui dis comme cela :

– Vous devez vous sentir en ce moment bien à nouveau seule au monde, comme nous le sommes tous à notre (re)naissance, face aux seules « formes » que sont les autres alors, familières et étrangères tour à tour, et les deux à la fois.
Bien nécessiteuse aussi de « pardon », de réparation, de ravitaillement de cet air qui vous a manqué, là où l’air devrait être naturel : à l’air libre (re)trouvé.

Elle reconnaît dans mes mots les sensations qu’elle éprouve.

Je ne lui dirais pas que « l’air » l’apporte le père, entre la mère et elle, et que « la terre » c’est la mère, qui la contient en elle. Et que toutes ces « formes » autour de l’une et des deux, à l’origine intimement imbriquées, puissent graviter sur terre ferme et solide. Chacune son orbite, et la terre le vigile.

Terre instable et friable, père enterré par « elle », elle semble avoir connu.

Je la laisse pour l’instant dans l’eau de sa protection.

Et que d’autres « ombres blanches » survolent notre union.

D’être tour à tour père et mère, j’en prends soin, cela oui. Moi qui suis  » le feu » ravageur si je tombe dans ma douleur. Qui disait il y a peu dans un de ces groupes coachs qu’avec André nous animons : le compost brûle, oui. Il prend l’air qui l’accompagne entre ses couches végétales, et en fait combustion, pour créer de la terre à nouveau ?
Ah oui, c’est lui, qui fait du « passage » son sujet de mémoire, et de nos mémoires le terreau de nous, sujets.

Je serai feu, puis terre, et la pluie ce sera elle, quand elle grandira bien plus libre que moi. Sortie, de mère, caresser l’ombre blanche avant qu’elle ne plane ailleurs. De transfert en transfert, je me trouve et je me perds. Et j’aime accompagner.

 

À l’ombre d’un coaching qui s’achève

Elle se sent « réengagée » par cet employeur qu’elle fantasmait de quitter. Et c’est comme si elle n’avait plus de quoi être accompagnée. Elle dresse alors le bilan du changement opéré. Puis, de ce qui ne changera… jamais.

Et comme légère de m’avoir fait comprendre que cela s’achève, elle partage sur ses vacances l’air d’un rien…

– J’étais entourée de mes sœurs et qu’est-ce qu’on a rit ! Et qu’est-ce que j’ai aussi souffert de les voir empêtrées, surtout mon frère, en leurs douleurs habituelles.

Puis, cette ancienne amie, qui m’écrit pour les vœux – très formelle -, avec toutefois un regret bien senti lâché et comme une invitation à renouer des liens familiers : « tu manques aux enfants, et après tout tu en es marraine ».

– Marraine…

– Je ne vous l’avais pas dit ? C’est Emmanuel-le cet enfant. Bizarre que je ne l’ai pas cité auparavant.

– Vous êtes marraine ? Deuxième mère… C’est très important.

Elle s’agite soudain.

– Enfin, bon, oui, c’est important. Mais pas pour moi. Je veux dire que moi aussi j’ai une marraine… Que je déteste ! Je veux dire… Que je détestais. Puis, que je détestais en fait sans raison. C’était moi qui la détestais. Elle ne faisait rien pour mérite ma détestation !

Il faut dire simplement qu’elle était seule, et triste et rigide, très rigide. Et je passais des vacances avec elle. Loin de ma mère. Sans mes sœurs dont elle n’était pas marraine. C’était cela le truc. Que nous passions du temps ensemble en relation privilégiée. Mais pour moi ce n’était pas un cadeau ! Je pleurais chaque soir…

– …

– Si j’en avais été consciente, de ce que je relie à ce mot et rôle de marraine je n’aurais peut être pas accepté ce garçon !

– Ah ! Parce qu’en plus, Emmanuel-le est un garçon !

– Oui. Emmanuel.

– Emmanuel, oui. À l’entendre entre Emmanuelle et Emmanuel ce n’était pas évident. Et je pensais à une fille… Vous m’étonnez d’être marraine et EN PLUS d’un garçon.

– Je ne vois pas quel peut en être le sens, mais j’accepte très bien votre réaction, car il me semble qu’il y aurait quelque chose derrière ce lien que je romps…

– Marraine à votre tour serait-ce devenir rigide, triste et seule ?

C’est quand coaching s’achève que commence naturel accompagnement.

Elle rejoint un groupe de supervision de pratiques professionnelles pour la réflexivité et la créativité au boulot. Que j’anime en duo. Et pour ce qui la travaille intimement nous prendrons le temps d’une psychanalyse en douceur, comme cela se relie chaotique ment en notre for intérieur.

Cet autre que je rejette n’est que l’ombre portée des multiples silhouettes dont je m’ignore porteuse.

 

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