Mon cadre, votre parole

Pour vous, accompagnateurs, un rappel des éléments du cadre, et puis, chacun le sien. Bâtissez le votre plutôt que de démolir le mien.

Poser le cadre.

C’est l’attribution de l’accompagnateur.

L’accompagné se glisse dans ce cadre pour sa sécurité et dès qu’il se sent en confiance, il y apporte son transfert d’affects habituels, ceux issus de ces relations précoces avec papa-maman, ensuite plus ou moins subtilisés. Ce sont ces glissades singulières qui font la danse avec l’accompagnateur, dont c’est le métier de les lui révéler. L’analyse du transfert a lieu. Avec ou sans la parole de l’accompagnateur. Surtout par la parole de l’accompagné.

Lorsque l’accompagné est en supervision, qu’il est lui-même accompagnateur, plutôt que d’y insérer ses affects dans tous les coins, ça peut lui prendre de vouloir retourner ce terrain de rivalité, d’Oedipe mal fermé, qu’est le cadre partagé, puisqu’il est dans ses attributions ! Il fusionne. Le cadre posé ne fait plus tiers comme initialement accordé pour permettre à l’accompagnateur ici de s’oublier lui-même.

Pour vous, accompagnateurs, un rappel des éléments du cadre, et puis, chacun le sien. Mais lorsque vous venez vous faire accompagner de moi, c’est mon cadre qui prime. Le vôtre prime et sécurise vos accompagnements à vous. Il exprime votre propre désir d’accompagner.

Votre désir d’être accompagné je l’accueille dans mon cadre en grand et en profondeur. Soyez heureux.

LES ÉLÉMENTS DU CADRE

Le cadre pratique
Le lieu et le rythme des séances
L’espace psychique alloué dans une fenêtre horaire
Le règlement des séances

Le cadre conceptuel
Les références théoriques et cliniques de l’accompagnateur

Le cadre professionnel
La communauté ou les communautés de référence et d’échange de pratiques

Le cadre intériorisé
La « assez bonne » sécurité ontologique de l’accompagnateur
La « assez bonne » métabolisation de sa formation
L’intervention subjective qui fait le lien

Avec ceci, vraiment vraiment, quels que soient les demandes et les tournants, vous serez un accompagnateur heureux, et ce sera de même pour l’accompagné, vous-même, les vôtres, tous ceux qui le veulent, vraiment vraiment, bien.

🙂

Université d’été du coaching clinique psychanalytique 4/5

imageII. La structure de la névrose selon Freud

L’articulation du symptôme fournit une structure a la névrose des sujets qui sont dans la « normalité ». Ni pervers ni psychotiques. Cette articulation s’effectue en psychanalyse sur trois axes conceptuels, qui restent relatifs : le trauma, le refoulement, l’angoisse. La clinique, chaque cas singulier, se dérobe à la théorie, fait appel à la relation vivante.

A ) Le rapport du symptôme et du trauma

En termes d’économie psychique Freud décrit le trauma comme étant un afflux d excitation. Le sujet débordé par un tel afflux n’a pas la ressource psychique pour élaborer, se représenter ce qu’il vit. Le trauma c’est le sexuel qui ne peut pas s’intégrer à la vie psychique. Le sexuel déborde le registre de la sexualité. Le sexuel est l’effraction, l’intrusion qui a été conservée de l’impensable et cet impensable fait trauma. C’est le cas de la séduction sexuelle précoce de l’homme sur la petite fille. Cette séduction n’a pas pu être intégrée. L’expérience ne peut s’inscrire dans un réseau de représentations. Ses restes demeurent enkystés. L’abus sexuel est irréconciliable avec la vie psychique.

Enkyste. Protégé. L’impact traumatique ne s’opérera que dans l’après-coup.

Il s’agit d’un moment de séduction avant la maturité sexuelle. Ce premier temps n’est pas un trauma. C’est possiblement un événement vécu mais il ne provoque pas de symptôme. Le trauma ne peut exister que dans l’après, avec la survenue d’un second événement post pubertaire venant réveiller le premier événement (Lacan)

La jeune fille rentre dans une boutique. Les vendeurs sont moqueurs, blagueurs, grimaçants. C’est ce rictus grimaçant qui va réveiller le souvenir d’attouchements sexuels par un adulte lui même défiguré dans sa jouissance, dans son étrangeté vis à vis de la fillette qui en est l’objet.

Le trauma n’est donc pas l’événement lui-même mais la reconstruction de l événement. Le souvenir agit plus fort que l événement lui-même. C est le souvenir qui devient traumatique.

« L’hystérique souffre de réminiscences. » – conclut Sigmund Freud.

Le trauma trouvera son expression dans le symptôme. Le traumatisme présente un paradoxe ponctue J.D. Nasio. Il se situe aux limites du transfert. Il n’est pas transférable sur la personne de l’accompagnant. C’est le fantasme de séduction qui s’opère et non plus la scène, effective, ou pas. Ce fantasme est le fantasme de l’hystérique. C’est « la faute » de l’obsessionnel qui ressasse avoir été lui-même actif, agissant le fantasme et non pas le subissant comme l’hystérique s’en défend.

B ) Le refoulement

Lieu de séparation entre le conscient et l’inconscient. C’est le refoulement originel qui crée l’inconscient.

Le symptôme est lié au refoulement car il marque le retour du refoulé. Le symptôme ne correspond pas exactement au refoulement. Il marque son échec partiel. Il défend contre le refoulement. Le symptôme est la manifestation intempestive du désir qui marque l’échec partiel et déforme du refoulement. C’est la définition du bénéfice primaire du symptôme. Les conditions d’origine du symptôme. Le symptôme apaise les tensions en les satisfaisants partiellement.

Mais pourquoi une satisfaction libidinale comporterait-elle une souffrance ?

L’excitation sexuelle crée un déplaisir. Elle suscite un besoin de régulation. Mais pour Freud l’explication quantitative, de l’excès d’excitation ne suffit pas. Ce sont les forces refoulantes – la pesanteur morale, les codes sociaux rigides, la religion culpabilisante, – ce sont ces forces refoulantes même qui constituent des remparts trop faibles face à la puissance de la libido, de la force vitale.

Il doit se trouver d’après lui alors, dans la sexualité même, une source indépendante de déplaisir qui donnerait dans un second temps seulement toute sa force a une supériorité morale, éthique, spirituelle. Ceci est l’expérience même de l’obsessionnel. Il fabrique une opposition solide à ses désirs.

L’obsessionnel, le maître de la pensée, même pour lui le sexuel reste impensable, impossible d’élaborer. La limite doit donc venir du desir lui-même plutôt que d’instances extérieures, sociales. Dans le travail sur l’Oedipe le désir est associé à la peur de castration.

Le symptôme est la marque de l’embarras sans cesse reconduit de la sexualité, du mouvement vivant qui pousse l’homme à s’exposer. Le refoulement correspond au maintien à l écart de cette sexualité encombrante. Une sexualité perverse polymorphe de l’enfance.

Le symptôme est ici une formation de compromis entre le refoulement et le retour du refoulé.
Il vise à maintenir ensemble des forces opposées.

Il s’exprime dans le rêve le rêve : avec le relâchement défensif on assiste à un monde transposé du désir. Le rêve garde la marque du processus primaire, celui de l’inconscient. Il condense et déplacé seulement ses représentations.

C ) Symptôme et angoisse

Dans « Inhibition, symptôme et angoisse » qu’il publie en 1926, après sa deuxième topique surmoi-moi-ça, Freud tempère l’optimisme des premiers temps de la psychanalyse qui prévoyait que par la seule parole libre les symptômes viendraient à disparaître ou du moins à se réduire notablement. Il constate que dans la talking cure il existe des butées et qui relèvent notamment de ce passé, l’enfance, qui s’invite au présent dans ses réminiscences.
Le sujet créé lui-même les conditions pour revivre une souffrance ancienne au présent, pour répéter des modes relationnels et d’action.

Ce n’est plus qu’une logique d’après-coup. D’une répétition de la scène traumatique, ayant fait effraction dans le psychisme de l’enfant que ce soit par l’imagination ou par l’abus consommé, qu’il suffirait de relier à ce fantasme originel. Il y a un point dur, un noyau que la psychanalyse ne parvient pas à lever. Il s’agit d’une butée indépassable qui correspond à un « Au delà du principe de plaisir », que Freud publie de suite aussi. Ceci correspondra ensuite à toute la théorisation de la jouissance déployée par Lacan. Il n’y aurait ainsi plus de mauvaises rencontres à identifier et que l’on pourrait « corriger » et « éviter » mais une tendance humaine irréductible.

Le symptôme, dans ces circonstances, protège de l’angoisse qui est inexorablement associée à l’inconvénient d’être né et à un avenir qui est de mourir. Et entre les deux « moi » jamais irrésolu.
La où le trauma représente dans son ignorance de soi, l’intrusion, quelque chose d’extérieur qui s’impose à moi, l’angoisse c’est l’affect intime qui surgit lorsque je n arrive pas élaborer, a avoir la pensée de ce qui me dépasse.

L’affect dans sa radicalité c’est l’angoisse. Un affect désarrimé. Sans violence, sans tristesse sans rien de connu. Le signal d angoisse permet tout juste d’enclencher le symptôme.

L’affect angoisse sera lié pour Freud à la menace. Et une figure de menace est la castration pour Freud, le manque pour Lacan. On fait porter l’empêchement sur l’autre alors que c’est soi même qui se met sous la menace de la castration.

Le symptôme est ainsi le système défensif qui caractérise la névrose, la « normalité » psychique.
La forclusion ou déni, le clivage et le rejet sont les mécanismes anti-relationnels de la psychose.

L’attachement que le sujet porte à son symptôme est un attachement narcissique. Toucher au délire privé de l’individu révèle son identité singulière. Le névrosé tient au symptôme. Un remaniement est difficile. L’individu s’en arrange de la souffrance associée. L’aménagement relationnel qui en découle est son bénéfice secondaire.

Le bénéfice secondaire est celui qui n’est plus associé au symptôme lui même, mais lié aux conséquences du symptôme. Il constitue la Néoréalite qui enferme et protège le sujet.

Le bénéfice primaire permet de trouver du plaisir là où quelque chose est refusé. L’aboutissement du désir est impensable et c’est cela qui est réussi, de par le symptôme. Le symptôme c’est moi et ma continuité d’exister en dépend..

La bascule de Freud se fait autour du champ sexuel du symptôme. Dans la bascule de Lacan l’inconscient est un langage. Le symptôme apparait comme la métaphore de cette effraction du sexuel qui ne rentre pas dans le registre du langage. Pour Lacan c’est parce qu’il y a langage qu’il y a trauma. Il faut créer un champ d’appartenance pour repérer ce qui ne rentre pas dans le champ. C’est au croisement des champs réel, symbolique et imaginaire que se depose le symptôme, étant à la fois le signe, le signifiant et le signifié.

Symptôme et imaginaire

Ce que le symptôme donne à voir. Projection imaginaire de ce que l’autre y voit, entend de ce donne à voir à entendre. L hystérique cherche une définition d’elle même au regard d’un autre. Il existe ainsi une fuite d’images pour l’hystérique. L’imaginaire lui permet de s’accrocher par moments à certaines de ces images.

Le sujet s’accroche à son symptôme comme une définition de lui-même.

Le symptôme en même temps qu’il fait tache, étonne, fait image. Il permet de maintenir une satisfaction narcissique.

La dimension aveuglante du symptôme pour ne pas laisser voir et ne pas voir ce qui rentre dans l’image narcissique est sa réussite quant au désir.

Symptôme et symbolique

Pour désigner le plus intime de soi il est nécessaire d’avoir accès au plus autre. La langue même maternelle reste étrangère, toujours insuffisante.

Symptôme et réel

Le réel est la part irrépressible du symptôme. La réminiscence. La répétition. Ce qui ne rentre pas dans le registre du langage continue de se réaliser. La douleur du symptôme est aussi une façon de jouir, sans fin.

De ce symptôme qui s’impose et qui se refuse nous ferons une cinquième partie de cette université d’été du coaching clinique psychanalytique. En lui offrant la matrice reposante et dynamisante d’un appareil psychique groupal. Celui qui relie le patient – client à son analyste – coach, ou celui qui se déploie en groupe restreint de patients – clients autour de deux analystes comme cela a été théorisé en souplesse par Anzieu et Kaes.

Puisque la névrose est la maladie d’amour, et ses symptômes issus du trauma originel, du retour du refoulé, de l’angoisse qu’ils parent – s’en protègent et l’habillent du même tour de main – , seule la relation l’entretient, sans rémission définitive ni échéance fatale non plus.

Ici, ce dernier exposé conceptuel et aride du symptôme dans son rôle d’articulation de la vie psychique et de structuration névrotique est issu intégralement du Séminaire Psychanalytique de Paris du 18 juin 2015. Sur mes notes de la conférence de Pasani.

À suivre, à l’occasion de l’été indien de la rentrée, le retour expérientiel et alors amoureux de ma propre pratique d’instrument psychique au service de mes accompagnements individuels ; de tissu contre-transférentiel offert à partir du duo que je forme avec André de Châteauvieux en animation de groupes restreints, d’autres accompagnateurs, de consultants, de RH et de cadres dirigeants.
Très bel été !

Ah, et voici ici dévoilée l’armature qui sous-tend l’œuvre en mousse de latex plus vraie que nature du commencement. Et son créateur en signature. Et la photo, oeuvre de moi à l’occasion de son exposition à l’octroi de Villeneuve sur Yonne.

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Université d’été du coaching clinique psychanalytique 3/5

I. Le symptôme psychique d’après Freud

Les présentations de Charcot à la Salpetriere développent une clinique du regard sur les symptômes de la main d’un praticien lui-même hystérique pris dans son propre symptôme de captation d’images voire de fascination.

Freud s’intéresse à cette nouvelle approche du symptôme, de ce que le symptôme donne à voir, en lieu et place d’un savoir du clinicien SUR le symptôme. Ce que le symptôme sait de celui qui le porte attire aussi son regard. Mais étant lui même de structure psychique obsessionnelle, et non hystérique comme c’était le cas de Charcot, il va développer très vite une autre clinique : ce que le symptôme donne à voir ne serait qu’un substitut de pensée et de parole, l’expression d’une force, d’une puissance à se dire, avec le support du corps pour s’y proférer.

Freud constate notamment dans l’hystérie de conversion, « la belle indifférence » de l’hystérique. Alors qu’elle souffre dans son corps, la mimique du sujet féminin reste sous contrôle. Freud constate que lorsqu’on touche à l’expression organique du symptôme il advient même une mimique de satisfaction, et non de douleur. Ce décalage constaté exprime un manquement quant à l’acte – la douleur n’entraîne pas une réaction de douleur -, et en même temps le triomphe du désir inconscient. Le symptôme est ici une forme de satisfaction libidinale. La localisation douloureuse sera à considérer comme une zone érogène. Trouver les liens entre ce désir et le symptôme développé est le programme dense de tout travail d’analyse.

Ainsi, dans le cas de cette belle indifférente, Elizabeth, c’est par une longue et patiente écoute, par une remémoration active, en lieu et place d’une hypnose passive et fulgurante, par des correspondances de sens, par la libération des affects bloqués (abréaction), qu’il va être possible d’aboutir à la scène qui condense l’origine du « mal », et du bien. Ce mal à la cuisse droite, point de contact avec la jambe du père posée sur elle pendant le travail de soin, de pansement, du géniteur âgé et malade, ce point de contact est chargé d’excitation.

Ce symptôme est le résultat d’un conflit : le désir érotique de la fille pour le père, interdit, et la charge protectrice et respectueuse du père en même temps assumée par la fille, légitime.

Quoiqu’il en soit, la signification d’un symptôme n’est jamais univoque. Il s’agit toujours d’un complexe en réseau. Le registre de la cause en psychanalyse n’est jamais saturé ; le désir sera déterminé plusieurs fois pendant l’accompagnement et lors d’une séance même. L’expression manifeste du symptôme marque le point de croisement de plusieurs lignes, de pensée, d’existence du sujet.

La constitution du symptôme échappe à la maîtrise consciente du sujet. Le symptôme c’est lui, sujet, il le définit et d’autant plus qu’il n’en a pas la maîtrise. C’est une formation de compromis entre son désir et ses défenses, réunion de deux forces contraires venant singulièrement se rejoindre et le rendant sujet.

Il produit la psychonévrose de défense qui caractérise tous ceux d’entre nous qui sommes rentrés, par l’Oedipe, par la frustration, mais par la force vitale aussi, dans la structure de la normalité : névrotique, hystérique pour le féminin, obsessionnelle dans son pôle masculin.

Le symptôme est en somme, une façon, la meilleure que chacun ait trouvé, de se défendre, de lutter, contre la représentation érotique qui est à notre origine même, et qui préfigure la fin, à partir de notre « absence » au moment d’être conçus. D’être déjà nous. Déjà plus.

Nous n’en tirerons pas, jamais, l’expression d’une satisfaction sexuelle pleine puisque nous nous en défendons tout autant. Le sujet arbore son symptôme comme ce qu’il a trouvé de mieux pour se défendre de son propre désir tout en le réalisant partiellement. Désirer c’est vivre alors.

À suivre le développé de la structure de la névrose, ou l’articulation du symptôme en trauma, angoisse ou refoulement.

II. La structure de la névrose selon Freud, dans le séminaire psychanalytique de Paris du 18 juin par Monsieur Pasani.

L’articulation du symptôme s’effectue en psychanalyse en effet sur trois axes conceptuels, qui restent relatifs : le trauma, le refoulement, l’angoisse. La clinique, chaque cas singulier, se dérobe toujours à la théorie. Le désir court toujours… C’est la vie.

Ouvreuse du transfert

[De là où le transfert se loge]

Permettre le transfert, sur l’accompagnateur d’un jour, de l’inconscient de toujours, et dont l’expression par la parole libère les nœuds, tient au plus apparent. Moi lisse et neutre, jamais. Vivants, d’eux mêmes, mes clients.

*

Le jour où je portais la queue de cheval dans mes cheveux, elle a retrouvé dans sa mémoire ancienne l’instant ou elle s’était perdue. Et parce qu’elle était grande et fière et coiffée  » comme vous l’êtes aujourd’hui « , sa maman, parmi la foule d’une grande plage aussi, l’avait repêchée vivante, morte de la peur du père : – je pensais à sa colère me croyant partie.

**

Le jour où je reçois en ce bureau aveugle puisque ma belle petite salle aux balcons haussmaniens m’a été ravie, c’est le rêve de la barrière qui lui revient, et son interprétation tout net : – je la protégeais de lui, mon père, mais c’était à elle de le faire ! Puis je m’isolais au fond du jardin dont la fragile clôture me séparait de la Nationale et des accidents de scooter. Qu’est-ce que j’en ai vu comme sang et corps broyés !

Et ses cils cèdent à des larmes trop longtemps suspendues au balcon de ses yeux.

***

Le jour où la lumière n’est plus du jour, elle replonge dans la mer qui l’attire comme une destinée perdue : – être monitrice de plongée tel est mon rêve, et me retrouver nez à nez avec des pèlerins. Et plus tard elle reevoque son envie aujourd’hui nette d’enfants : – d’enfant, je veux dire, un seul, à moins que ce ne soit des jumeaux.

Son envie est gémellaire, d’elle avec l’autre sous l’océan, ou d’elle, la mère, les abritant. Et elle a pris ce rendez vous car elle rencontre deux associés qui souhaiteraient l’acquérir et fusionner dans leur activité. Et qu’elle a peur de ne pas s’y être préparée. D’être toujours prise aux rets de ses difficultés : – j’ai rêvé de mon père abattu de devoir fermer son affaire, et de ma mère qui sait toujours tout.

– Vous êtes prête, vous ne savez rien et vous êtes drôle comme jamais.

La parole derrière le tag

Il aime « hashtaguer » ses photos en partage d’un #paslesplusmalheureux.
Et lui, il scande « y a pire », à longueur de ses statuts publiés.
Et moi je me dis, au vu de ma ritournelle à moi « c’est pas si grave », qu’ils doivent en avoir en leurs besaces d’enfance quelques crapauds jamais princiers.

Et j’aime vous faire le vrai récit de mon tag à moi: la gravité, retrouvée et reperdue. Libérée.

– Je prends mon plaisir, mon tout petit plaisir, là où je peux, et le reste j’évite d’y penser…

– Vous n’y pensez peut être pas consciemment, mais votre inconscient déborde de ce qui est refoulé. – Elle ne me lâchera pas, pas elle, pas cette fois-ci, pas sur son divan.

Et j’ai depuis, petit à petit, fait le lien entre ce qui a été gravé jadis, ce qui fut grave et qui le reste aujourd’hui.

Ces petits plaisirs étaient, alors comme à présent. ceux de la table, des toilettes et du lit. Universels et intimes.

Les mauvais moments que j’aurais aimé « édulcorer » étaient ceux :

– de la colère du père, le mien, puis celui de mes enfants, celle des « pairs » de métier, à table souvent, de réfectoire ou de réunion ;

– du dégoût de la mère, la mienne, et de la mère dégoûtée que je suis, et aux toilettes et hors toilettes vomir et diarrhées ;

– du froid, de l’énorme froid qui entourait ma couche, et qui l’entoure quand tu pars, absence présente du couple parental, jamais enveloppant, toujours « hors de soi ». Occupé à du « ne pas »…

Tant mieux ! Pourrait-on dire. Pour l’enfant.

– Lui faire une place dans le lit des parents, des fois c’est oui, des fois c’est non.
– L’aider à reconnaître son besoin autour du pot et/ou répondre au désir de maman.
– Rencontrer l’autre différent, le père, s’en faire manger tout cru et recracher tout nouveau.

Sauf qu’ils n’y avait pas de mots. Pas de hashtags reconnaissants.

Le rêve, c’est le rêve qui m’a révélé la forme qu’avait pris « le mal » qui, moi, me ronge, qui, de ne pas se dire, s’était tapi dans mon inconscient. Le rêve de perdre les mains, d’en faire des lambeaux de mes dents, depuis les ongles et jusqu’au coude, comme m’y encourageait ma maman, avec bien peu d’écoute et de compréhension alors : – jusqu’au sang.

– Voyez vous que c’était gravé, très grave, votre abandon ? Aux plus essentiels instants – se nourrir, s’endormir, se délester du trop -, vous avez été privée de sérénité, de sécurisation. Se mutiler étant enfant est une des plus fortes angoisses possibles, une angoisse d’anéantissement.

– C’est de parler que je m’empêchais surtout ! D’hurler mon désarroi… De respirer aussi. C’est ce qui me vient face à vous et à l’instant…

En présence de l’analyste, la véritable pensée, inattendue, pas réfléchie du tout, reflet de nous, surgit de l’analysant même. La parole nue. Et l’analyste lui apporte les soins premiers enfin. Son regard et son accueil silencieux. Je poursuis :

– Et aujourd’hui je respire, mes ongles sont longs, mes mains aiment faire, du bien et du beau, ma bouche aime dire « ce qui est » pour moi, et ce qu’elle entend de toi, de ceux que j’ai choisis, pour les aiMer, pour les aiDer. Les premiers sont mes proches. Les deuxièmes sont mes clients. Et leur parole leur appartient.

– Aujourd’hui vous êtes vous. Rien de moins. Rien de plus. Sans étiquettes floues.

 

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En Mère du Nord

– Vous avais-je déjà dit que ma mère m’avait perdue à la plage ? Je n’en ai pas le moindre souvenir. Mais quand vous soulignez mes difficultés à me départir. C’est à cela que je pense. À ma mère encore aujourd’hui paniquée de sa négligence…

– C’était à quel âge ?

– Cinq ans.

– Vous étiez grande pourtant… Les souvenirs sont possibles.

Elle n’entend que la référence à sa taille, puisque c’est cela qu’elle tire comme un fil de soi.

– Oui. J’étais grande, très grande, très fine, et comme vous, une queue de cheval au vent qui me culmine.

Elle y est en me voyant. C’est mieux qu’un souvenir. C’est revenir, par le transfert soutenant le retour du refoulé entre elle et moi. Malgré elle qui s’en protège. Aux dépens de mon exigence à moi.

– C’est à cela d’ailleurs que je dois l’heureuse issue de ce moment perdue : je me détachais de la masse et elle a su me retrouver des yeux. Par contre je ne pense pas que moi j’ai pu me retrouver dans ses bras, vous savez ? Les manières présidaient…

– Et votre père ?

– Je ne pense pas qu’il était là. Et en même temps il était présent pour moi ! Je ne pouvais que penser à sa colère de m’être perdue. Oui. C’est bien la colère qui domine l’émotion que je retrouve enfin là… Pas un geste de ma mère. Pas un mot posé du père. La distance et l’effroi.

Comme moi quand elle se perd dans ses affres que je ne connais pas.

– Merci ! Merci Éva ! Je crois que nous touchons ici un instant décisif de ma vie et de mes vies : de femme, de professionnelle et d’amie.

L’analyste se retire comme marée au plus petit coefficient lorsque le retour du refoulé inonde tout de son désir enfin retrouvé.

– M’apporterez vous des hortensias de votre jardin une fois la saison terminée ? Qu’est-ce qu’elles sont belles à souhait !

L’accompagnateur reprend ses droits, et ses devoirs d’aimer mieux que cela :

– Oui, Nicole. Je vous cueillerai des hortensias par brassées. Comme un bonnet de bain en mer du Nord : chaleureux et éclatant.

– Merci vraiment…

 

Comme le chant d’une sirène enfant

Cette sensation d’enfant. Voir le ciel sur la tête. Ne respirer que l’eau. Chaque jour elle revient. Cette sensation. Je sais déjà que c’est de parole dont j’ai été privée. De parole échangée. Et en « cure par la parole » je tire le fil associatif de ce qui a pu être tu et de ce moi qui est tué. Mais en reflet de l’angoisse d’hier je crains que l’analyse ne soit à nouveau faite davantage de ce que je tais. De ce qu’elle à son tour ne me dira pas. Jamais.

Il n’est que l’art comme ici, par Samantha French. Qui m’écoute et qui me dit.

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Sur le divan sans fil

Un corps allongé – il semble déformé. Les contours de son crâne et ceux de ses pieds se confondent dans la perspective. Sur mon divan, je devine un corps insecte, presque désarticulé.

Surgie de ce corps, comme un centre de gravité, sa parole… Et cette gravité trouve un instant refuge dans une émotion qui se préparait depuis le début de la séance – je n’entends rien, son émotion seule me parvient. Progressivement, sa couleur se précise, celle de la peur.

A l’instant, elle vient de se fixer. Je la devine, elle me traverse… une impression viscérale, informe et vadrouillante qui s’accroche un instant à l’image du ciel matinal et profond que mon regard explore.

Je reviens vers mon patient, comme pour retrouver le fil de son propos et reprendre pied dans mon écoute – mais je n’ai plus de mémoire.

Pour débrancher le porte-mental et ajouter des poissons au ciel, rendez vous en espace analytique à l’Atelier des Jardiniers.