Vert comme je te veux

C’est un poème de Lorca qui dit le mieux comment j’aime, le vert.

Verde que te quiero verde / Vert je te veux vert…

Le coloris vert chez Lorca évoque l’exubérance de la nature, végétale et animale, sensuelle et sexuelle. Son poème est un bijou : écrit comme un romance traditionnel, il rappelle l’atmosphère de la chevalerie et de l’amour courtois. La dame est à sa fenêtre et attend son amant qui ne vient jamais. Elle la gitane, lui le riche chevalier au regard d’argent froid.
Lorca excelle a décrire une atmosphère. La scène se déroule comme dans un rêve éveillé, de l’attente obstinée, à la désespérance et à l’issue fatale. El duende. L’âme.

« Verde que te quiero verde. / Vert je te veux vert.
Verde viento. Verdes ramas. /Vert le vent. Vertes les branches .
El barco sobre la mar / Le bateau sur la mer
y el caballo en la montaña. / Et le cheval sur la montagne.
Con la sombra en la cintura / L’ombre à la ceinture
ella sueña en su baranda, /Elle rêve à sa balustrade,
verde carne, pelo verde, / verte chair, cheveux verts,
con ojos de fría plata. / avec ses yeux d’argent froid.
Verde que te quiero verde./ Vert je te veux vert.
Bajo la luna gitana, / Sous la lune gitane,
las cosas le están mirando / Les choses la regardent,
y ella no puede mirarlas./ Et elle ne peut les regarder.
Verde que te quiero verde./ Vert comme je te veux vert.
Grandes estrellas de escarcha, /De grandes étoiles de givre,
vienen con el pez de sombra / accompagnent le poisson d’ombre
que abre el camino del alba./ qui ouvre le chemin de l’aube.
La higuera frota su viento / Le figuier frotte l’air
con la lija de sus ramas, / avec la rape de ses branches,
y el monte, gato garduño,/ et le mont, chat sournois,
eriza sus pitas agrias./hérisse ses acides agaves
¿Pero quién vendrá? ¿Y por dónde…? / Mais qui viendra ? Et par quel chemin ?
Ella sigue en su baranda, / Elle reste à sa balustrade
verde carne, pelo verde, / verte la chair, cheveux verts
soñando en la mar amarga./ à rêver à la mer amère
 »Compadre, quiero cambiar / Ami, je veux échanger
mi caballo por su casa, / mon cheval pour votre maison,
mi montura por su espejo,/ ma monture pour votre miroir,
mi cuchillo por su manta. / mon couteau pour votre mante.
Compadre, vengo sangrando, / Ami, j’arrive en sang,
desde los montes de Cabra./ depuis les monts de Cabra.
 » Si yo pudiera, mocito, / Si je pouvais, jeune homme
ese trato se cerraba. / Le marché serait conclu
Pero yo ya no soy yo, / Mais je ne suis déjà plus moi
ni mi casa es ya mi casa./ Et ma maison n’est plus ma maison
 »Compadre, quiero morir /Ami, je veux mourir
decentemente en mi cama./ Décemment sur ma couche.
De acero, si puede ser, / d’acier, si possible,
con las sábanas de Holanda./ avec des draps de Hollande.
¿No ves la herida que tengo / Ne vois-tu pas ma blessure
desde el pecho a la garganta?/ Depuis la poitrine jusqu’à la gorge ?
 » Trescientas rosas morenas/ Trois cents roses brunes
lleva tu pechera blanca./ ornent ton jabot blanc.
Tu sangre rezuma y huele/ Ton sang suinte et s’exhale
alrededor de tu faja. / autour de ta ceinture.
Pero yo ya no soy yo,/ Mais je ne suis déjà plus moi,
ni mi casa es ya mi casa./ Et ma maison n’est plus ma maison.
 »Dejadme subir al menos/ Laissez-moi monter au moins
hasta las altas barandas,/ Jusqu’aux plus hautes balustrades,
dejadme subir, dejadme,/ Laissez-moi monter, laissez-moi,
hasta las verdes barandas./ jusqu’aux vertes balustrades
Barandales de la luna / Balustrades de la lune
por donde retumba el agua./d’où résonne l’eau
 » Ya suben los dos compadres / Les deux amis montent alors
hacia las altas barandas./ vers les hautes balustrades.
Dejando un rastro de sangre./ Laissant une trainée de sang.
Dejando un rastro de lágrimas./ Laissant une trainée de larmes.
Temblaban en los tejados / Sur les toits tremblaient
farolillos de hojalata./ les lanterneaux de fer-blanc.
. Mil panderos de cristal,/ Mille tambourins de cristal
herían la madrugada./ déchiraient l’aurore
Verde que te quiero verde,/Vert comme je te veux vert,
Verde viento, verdes ramas. / Vert le vent, vertes les branches.
Los dos compadres subieron./ les deux amis montèrent.
El largo viento, dejaba/Le vent ample, laissait
en la boca un raro gusto/ dans la bouche un goût bizarre
de hiel, de menta y de albahaca./ de fiel, de menthe et de basilic.
 »¡Compadre! ¿Dónde está, dime ? Ami ! Où est-elle, dis-moi ?
¿Dónde está mi niña amarga ? Où est ma fillette amère ? »
¡Cuántas veces te esperó! / Que de fois elle t’attendit !
¡Cuántas veces te esperara,/ Que de fois elle a dû t’attendre,
cara fresca, negro pelo,/ visage frais, cheveux noirs,
en esta verde baranda!/ sur cette verte balustrade !
Sobre el rostro del aljibe/ Sur la face de la citerne.
se mecía la gitana./ se balançait la gitane
Verde carne, pelo verde, / Verte la chair, cheveux verts
con ojos de fría plata./ Avec des yeux d’argent froid
Un carámbano de luna / Un glaçon de lune
la sostiene sobre el agua. / La maintient sur l’eau
La noche su puso íntima /La nuit se fit intime
como una pequeña plaza. / Comme une petite place
Guardias civiles borrachos,/ Des gardes civils ivres
en la puerta golpeaban. / frappaient à la porte.
Verde que te quiero verde. / Vert comme je te veux vert.
Verde viento. Verdes ramas./ Vert le vent . Vertes les branches.
El barco sobre la mar./ Le bateau sur la mer
Y el caballo en la montaña./ Et le cheval sur la montagne. »

2 de agosto de 1924
2 août 1924

Federico García Lorca
Trad. J. Gran Riquelme.

Dans le lit des rivières

 

– Se balader au bord du fleuve et ne pas se baigner, ce serait comme dormir ensemble et ne pas faire l’amour.

Et elle se déshabille là, au bout du jour, et puis elle se jette à l’eau.

 

– Allons plutôt là-bas au bout du chemin de halage, savourer une bière, je lui avais dit l’instant d’avant.

Mais maintenant j’ai envie de la suivre entre les algues et les nénuphars. Mais c’est toujours sur la pointe des pieds que moi j’entre dans le lit des rivières. Et alors ça prend un temps fou. Le soleil joue à cache-cache avec les tilleuls sur l’autre rive. J’ai de l’eau à peine jusqu’aux chevilles. Le chien vagabond qui nous suivait sur le chemin a plongé aussi et là, il fait des galipettes au milieu des nénuphars, comme pour me montrer le passage.

Et elle, elle revient sur la rive, elle s’approche et puis, d’un coup d’un seul, elle tire le drap de l’eau jusqu’à moi.

 

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