Épuisement professionnel ou choc post-traumatique ?

En temps normal, une structure du cerveau appelée hippocampe se charge d’intégrer les événements vécus et de transformer la mémoire émotionnelle en mémoire autobiographique, accessible et verbalisable. Mais lorsque le cerveau disjoncte face à un événement intense la mémoire émotionnelle n’est pas traitée par l’hippocampe. Elle devient traumatique. Enkystée, c’est une mémoire « fantôme » hypersensible et incontrôlable, une «  boîte noire » qui reste active au fond de l’esprit de chacun.

Sa réouverture peut être due à la disparition de la dissociation, du mécanisme de défense lui-même, du clivage et de la crypte, quand la victime est enfin sécurisée et peut enfin se repenser et se confier à un entourage de confiance.

Mais cette réouverture peut survenir aussi bien dans une déflagration comme dans un épuisement progressif et fatal.

Le problème survient quand la victime subit une violence de trop, qui dépasse ses capacités de dissociation. Ou quand une situation, une sensation, une lumière, une odeur, rappelle les violences ou lui fait craindre qu’elles ne se reproduisent.

Dans ce cas là le mécanisme de défense cède non pas de par son inadéquation à la réalité présente mais par effraction de cette réalité. Sur les plus sensibles d’un collectif humain.

La mémoire traumatique peut se révéler des mois, voire de nombreuses années après les violences. Elle fait alors revivre à l’identique, avec le même effroi et la même détresse, les événements, les émotions et les sensations qui y sont rattachées.

Pour s’en sortir, il faut que la mémoire traumatique soit retraitée en mémoire autobiographique. Il faut contenir et adoucir cette lave qui envahit l’esprit et les relations. Cela se fait en « revisitant » le vécu des violences, accompagné pas à pas par un « spéléologue professionnel » en mettant des mots sur chaque situation, sur chaque comportement, sur chaque émotion, en analysant avec justesse le contexte, ses réactions, le comportement de l’agresseur ou les circonstances de l’agression ce qui permet de sortir convenablement de la dissociation.

Il s’agit de remettre de la chronologie, de faire des liens, de partager le vécu, d’ouvrir des perspectives aussi, de remettre le monde à l’endroit, dans son ennui s’il le faut, que le chaos a recouvert d’excitation. Et réapprendre le vide qui permet la création.

Nul besoin de médicament, sauf pour diminuer la souffrance et le stress lorsqu’ils sont trop importants (anxiolytiques de façon ponctuelle, antalgiques et bétabloquants pour diminuer la sécrétion d’adrénaline). Peu à peu, les atteintes neurologiques sont réparées. Mais le plus important est que la personne impliquée retrouve et développe tous ses moyens, affectifs et intellectuels.

Tout cela prend du temps et doit se faire au rythme du patient, dans un accompagnement de fond. Il est dangereux aujourd’hui de se laisser tenter des thérapies « outils », comme l’hypnose, l’EMDR ou les TCC en individuel ou en groupe qui noie la singularité ou qui en fait l’exhibition de l’un – des béquilles de l’instant, en groupe des simples coups de projecteur davantage aveuglants -, sans véritable travail sur le corps et sur l’esprit, subtil, patient, au long cours.

Ce sont des bypass qui céderont à leur tour. Souvent bien plus vite que les praticiens ne le sauront. C’est après leur intervention que plusieurs professionnels sont venus discrètement dans un grand doute voire un profond sentiment d’incompréhension me consulter sur un an, sur un travail au naturel. Et ils ont retrouvé la vie vivante et le travail sans la contrainte démesurée que l’on se pose ou qu’on nous pose. Véritable bombe à retardement qui explose de part et d’autre de l’esprit humain, sensible et créatif bonheur.