Leadership redditionnel

Une des demandes les plus fréquentes en conférence du coach formateur que je suis – qui ne rejoint pas jusqu’ici les FAQ « Frequently Answered Questions » de ce site image de marque – est celle des conditions du leadership au féminin.

Cette demande n’est pas suivie de commande lorsque j’avance la réalité inconsciente de la bisexualité psychique et d’une psychodynamique qui ne serait freinée que par la réalité systémique culturelle des humains. Le donneur d’ordre se trouve, bien exclu de l’intimité, bien concerné et responsable davantage qu’il ne le voudrait.

La réponse est plébiscitée lorsque je décline l’évolution écosystémique, d’un leadership descendant, défini par des théoriciens du management eux-mêmes hommes, clivants et contrôlants, au bénéfice de leur pouvoir, vers un leadership émergent, latéralisé, horizontal, qui repère et qui relie les ressources en présence, qu’elles soient de l’ordre des compétences ou des attitudes ou « soft skills ». Le leader de l’écosystème n’est que le hôte, souvent l’hôtesse, de celui-ci.

Mais c’est la présentation au singulier, commune aux deux, que je préfère avancer. Celle de notre singularité et de notre universalité d’humains, de notre développement commun depuis la complétude avec la mère et le système en passant par les divisions successives, les séparations avérées. Dans l’ordre, de 0 à 6 ans puis, à l’adolescence révisées :

  • La vie et la mort sont dès la naissance engagés tellement l’humain né prématuré et fragilisé.
  • Le dedans et le dehors, dans la dépendance des origines et de la socialité.
  • Le bon et le mauvais, selon des phases et selon les lieux, ou alors départagés entre les partenaires en présence ou avec les absents bouc-émissaires.
  • Le masculin et le féminin enfin.

PSYCHODYNAMIQUE INTERNE

Si ces traits unaires, les deux faces d’une même réalité, personnelle et extérieure à la fois, s’acquièrent lors du développement psycho-affectif, qu’elles se chevillent au corps et à l’esprit humains, les hommes et les femmes devenus adultes ont tendance à se départir de ce sens du progrès pour favoriser la régression et la domination de quelques-unes ou de quelques-uns.

  • Le masculin s’attribue le bon, le dehors et la mort et il rejette sur les femmes le mauvais, l’enfermé et la charge de la vie.
  • Le féminin se targue du meilleur, du dedans et ses secrets et de la vie qu’elle donne ou prend. Elle rejette sur les hommes la méchanceté, l’orgueil et la charge de la mort.

La réalité est bien plus complexe. L’une a besoin de l’autre et inversement.  Chacun d’eux réunit l’intériorité et la responsabilité, les bons et les mauvais rôles, l’expression de la vie ou du moins sa protection et la menace de la mort, sur lui ou elle-même et ses descendants et coétants.

Le corps qui est l’expression directe de l’inconscient fait toute la différence et celle-ci subsiste malgré les amputations chirurgicales ou les prothèses de la bionique avancée.

  • La femme est davantage vulnérable dans son trajet de vie intime, de par la complexité et la prépondérance de son organe reproducteur. Elle est la seule à intégrer la vie et la donner. Elle est forte de cet esprit davantage forte que de ses muscles et son corps entier. Pourvu qu’elle se pense plutôt que de se plaindre, se mettre en danger ou se surprotéger.
  • L’homme gagne a protéger et envisager le féminin, qu’il ne peut pas vivre, mais dont il peut devenir le penseur et le collaborateur.

Le leadership au féminin est celui de cette pensée et de  ce lien. Et cette pensée est sensible. Sans cesse renouvelée. Elle n’est pas logique ni maîtrisée. Le lien est aussi symbolique et universel.

C’est, je pense à mon tour, l’appel de Nona et ses filles, cette improbable grand-mère donneuse de vie en série, au chapitre 7 sur ARTE que j’aime reproduire ici. Comme une FAQ de bon sens sur le leadership redditionnel.

Une reddition des femmes pour que les hommes acceptent leur propre reddition. Et inversement. Et que les unes et les autres puissent vaincre leurs « différences » en les cultivant.

La voix de Valérie Donzelli a travers NONA

« Je ne vous parle pas, d’en haut, je vous parle d’en bas. Je vous parle d’un endroit où la peur, la responsabilité et la culpabilité s’entremêlent. D’un endroit, où l’on est seule pour affronter les hommes. D’un endroit, où l’on est, ni la maman, ni la putain.

Je vous parle d’un endroit que vous, les hommes, ne connaissez pas. Vous ne connaissez pas la douleur des règles ni celle de l’accouchement ! Vous ne connaissez pas l’injonction d’être mince, d’être belle, d’avaler des pilules pour ne pas avoir d’enfant, d’être épilée, bien habillée, pas trop long, pas trop court, pas trop surtout… Mais pas trop quoi ?

Être une femme, sans être une menace, être une femme en restant à sa place, mais laquelle ?

Celle donnée par les hommes dans un cadre restreint ?

Je vous parle d’un endroit qui n’existe pas. D’un endroit pour lequel je me suis battue : le droit d’avoir ou non des enfants, le droit d’avoir une sexualité libre.

Mais, je suis enceinte à un âge où ça n’arrive plus, je croyais pouvoir baisser la garde, jouir en toute liberté et rompre enfin avec la peur, la responsabilité et la culpabilité. Aujourd’hui, je ne peux pas faire autrement que d’avoir cet enfant. Je dois aller au bout et le mettre au monde. Je ne le connais pas, je ne le voulais pas, mais il vit en moi et commence à me charmer.

Je vous parle aussi de cet endroit, celui de l’ambivalence interdite : aimer ses enfants avant même qu’ils naissent et vouloir garder sa liberté. Allaiter et vouloir retrouver son corps, être mère et regretter sa vie d’avant. Dans cet endroit nous n’avons pas le droit de nous interroger, ni de douter, sans se sentir coupable.

Je vous parle d’un endroit que les hommes ne connaissent pas, c’est certes l’endroit de la peur, mais aussi celui de la puissance matricielle.

Cet endroit, vous pourriez y venir… Vous pourriez avoir la curiosité de voir ce que nous y voyons. 

De la liberté, de la sororité, de la solidarité, un endroit où l’on sait ce que c’est que risquer sa vie pour donner la vie. Un endroit où l’on n’est pas une mais plusieurs, un endroit de sédimentation, d’addition, où l’on doit se battre pour les mêmes salaires, les mêmes responsabilités, pour ne pas se faire tuer par un amant qu’on quitte ou un mari jaloux.

Je vais vous dire une chose, messieurs, vous perdrez. Vos avantages, vos privilèges, c’est dur, je vous comprends. Mais ne soyez pas immatures, vous avez été gâtés, et c’est fini.

N’ayez pas peur. Laissez-nous vous aimer comme des hommes et pas comme des enfants…

Cette infime perte pour vous est en réalité une immense avancée vers une société équilibrée  où la honte n’aura plus sa place Chaque pas sera une marche vers un peu plus de justice, d’égalité et de fraternité.

Je vous parle d’un endroit que je n’ai pas choisi, celui de mon sexe, c’est ainsi. Je suis née avec ce sexe et je me suis construite volontairement avec l’identité d’une femme, de zéro à soixante-dix ans.

Ce soir, j’aime être cette femme, plus ralentie, plus en retrait, mais pas moins humaine, pas moins mère, pas moins grand-mère, pas moins amoureuse. Je ne sais pas pourquoi vous êtes là, agglutinés en bas de chez moi, à mes pieds. Je ne sais pas à quoi vous serviront vos téléphones, vos caméras, vos papiers.

Mais je sais qu’il faut que je vous parle à toutes, à tous ! Alors courage, tenez ferme la barre. L’horizon est enfin dégagé. Voici permis à nouveau toute audace de la vie en commun !

Alors n’ayez pas peur, faîtes l’amour, faites des enfants ! Ayez de grands rêves. Construisez votre vie, comme vous voulez, soyez libre ! Vous ne serez pas parfaites, vous ne devez pas être parfaites, personne ne l’est ».

Une reddition implique autant de baisser les armes que d’assumer ses responsabilités, ses limites et ses besoins du même fait. Et venir à échanger. Le leadership est alors l’initiative à l’état pur, l’entreprise de soi et de l’autre, la faculté d’exister sans le leurre imposé.

De ce leadership-là je réponds volontiers : CQFD

 

 

 

Trois voeux

Les vœux de nouvelle année se confondent dans notre esprit peut-être avec la lettre au père noël de notre enfance. Ils se conjuguent alors avec le verbe avoir : de l’argent, de la santé, de l’amour. Et ce n’est que dans un sublime effort qu’ils s’expriment et se donnent à voir sous la forme de l’être : être heureux, être en bonne santé, être en sécurité, être amoureux, être parent, être professionnel, être en paix, être dans le succès, et même tout simplement, pour ceux en difficulté, selon les « objectifs » de développement personnel : être quelqu’un, être entier, être à la hauteur, être en progrès…

La distinction

En espagnol, nous faisons la distinction, – certains d’entre vous le savent pour s’y être buté en deuxième langue ou lors de vacances au soleil -, entre le verbe « ser » et le verbe « estar », entre le verbe « tener » et le verbe « haber ». Deux variantes à chaque fois pour les seuls verbes être et avoir en français.

Dans nos pays latins, nous ne sommes pas tristes au sens nous = tristes, nous traversons la tristesse : estar triste. Comme un séjour, una sala de estar, a living room.

« Estar » est aussi un auxiliaire. Accolé aux participes passé et présent il indique ce qui a été ou qui est en voie d’accomplissement.

« Haber » est un auxiliaire également. Il permet à tous les autres verbes d’action de vivre leurs temps.

« Tener » se destine aux seules possessions.

L’expression

Ces différences de ma prime enfance s’effacent dans le comportement de mes propres enfants, nées en France. Elevées pour être et pour avoir dans la culture du lieu et de leur temps. Je « me bats » avec elles, gentiment, corps à corps, comme je me bats avec mes patients, pour qu’elles et eux nuancent leurs états profonds et auxiliaires plutôt que de se confondre et de se perdre dans la quête de l’identité entière et parfaite « to be or not to be » et dans les tendances consuméristes ou du moins cumulatives de nos jours. La vie est un cycle. L’être est fait de manque, de perte et de désir.

Cette particularité expressive de la langue espagnole, reconnue par les lingüistes comme étant une exception notable aussi bien au latin classique qu’aux langues arabes et germaniques – son surgissement vient du latin populaire, parlé, échangé depuis des siècles sans jamais lâcher son utilité -, cet effort princeps et renouvelé de différenciation dans l’expression du langage contribue à l’expression des âmes et des corps.

Le rassemblement

En l’année 2020 ou vous êtes, comme nous tous, beaucoup resté chez vous, vous avez peut-être vécu dans tous vous états à l’intérieur d’une même et seule « salle de estar ». Toujours en voie d’être et avec peu de consommations, de fait. Etes-vous pour autant plus ou moins ? Certains se sont figés ou du moins immobilisés, dans une salle d’attente qui est souvent l’antichambre de l’absence, aux autres et à soi. 

Ce sont eux qui nous demandent un effort de lien, la variante d’un « être avec » qui résume aussi bien estar que ser, qui culmine dans « haber » : avoir le sentiment d’être humains. La diversité expressive se condense alors pour mieux nous rassembler et nous ressembler.

Et c’est ainsi qu’en 2021 je vous vœux.

Renouveler nos voeux de vie 2020 +1

Je ne laisserai pas passer 2020 sans exprimer la gratitude que je lui dois.

Malgré le consensus massif pour une mise rapide au débarras de cette année sans fin, voire son « annulation rétroactive », qui rejoindrait le recours inconscient de l’obsessionnel pour se déresponsabiliser de la part de jouissance qu’il a engrangé à penser et agir dans le sens de la vie. Sans en préempter le sens vers le bon, le juste, le vrai. 

La vie est à double sens souvent, à contresens de nos voeux, puisamment.

Une année hors de contrôle

Une année hors de contrôle est une année pleine de vie et à l’oeuvre vraie. Aurions-nous subi pour autant ? Nombre d’entre nous avons fait preuve d’adaptation sans que cela rime au fond avec soumission. Nous avons réinventé un métier, une relation, un projet, un horizon. Nous avons essayé et adopté ce qui semblait inapproprié, absurde ou fou il y a seulement quelques mois. Cela s’est révélé drôle à vivre, insouciant, libérateur souvent de nouvelles correspondances avec les autres et avec l’environnement.

Une année d’ensemble

Pour parler de ce que je connais bien, je vous ai accompagnés en tout moment, tels que vous êtes, sans les tensions des imprévus, des absences, des oublis. Au bout du fil, votre parole avec le souffle ressenti à quelques degrés de plus ; en fond d’écran, votre intimité ni jalouse ni obscène, belle du grain de lumière recherché pour être vu.

Pour parler de ce que j’ai (re)découvert, j’ai beau être loin des lieux de mes origines et de bien de périodes de ma vie, ce temps ne sont ni l’avant ni l’après ; ces lieux ne sont pas des non-lieu non plus. La vie, non seulement, continue, mais elle revient à chacun de nous, dans notre irreductibilité absolue.

Grâce aux actualités et aux réseaux investis comme jamais, j’ai suivi quasiment au jour le jour les péripéties des célébrités préférées et des anonymes de mon coeur en  France, Navarre, Castille, Guadeloupe et Saint Domingue. Java, L.A. et Norvège. Tous des lieux où des êtres chers demeurent. Et bien d’autres lieux me reviennent. J’ai pris attache et parole, visio par moments, avec tant de perdus de vue de toutes ces années d’éloignement factice qui ont précédé. Ensemble, je me sens rassemblée.

Une année dérangée

Pour parler de ce qui m’a échappé, je pense à ma maman et quelques autres belles âmes évaporées derrière le rideau du coronavirus, pour d’autres maux bien plus personnels, réduits à néant par l’épidémie planétaire, parties trop tôt, parties sans prendre le temps d’un merci, parties sans trop le savoir. Ni elles ni moi. Je continue de l’apprendre à chaque réveil, à chaque nouveau pas. Libres jusqu’à l’infini elles et moi. Cela ne m’arrange pas, et alors ? Dérangée, je suis libre une nouvelle fois.

Pablo fatal errorEt cette année aussi, j’ai choisi de relier ce blog et de le développer au sein de la plateforme Panodyssey pour égarer encore davantage mes esprits dans un lieu entièrement libre où il fait bon vivre : « Pablo fatal error » ici en rappel coloré est l’illustration que je préfère de ce site CHIC !

Deux mille vint, deux mille ne s’en va pas. Et un, s’y ajoute. Dans une « reconnaissance projective » qui nous engage dans le sens de la vie. A sa merci.

Eva Matesanz est psychanalyste, chargée d’enseignement universitaire dans le « monde des affaires » et auteure de quelques oeuvres dans le domaine de la psychodynamique humaine et de l’écosystémique naturelle. Elle travaille et réfléchit en groupe libre avec Jean-Louis Muller, Minh-Lan Nguyen, André de Chateauvieux, Stéphanie Flacher également présents sur Panodyssey, Loïc Deconche et Christophe Martel.