L’Oedipe, ça marche, pour une transition humaine

L’Œdipe ramène à la difficulté majeure d’accepter la responsabilité du choix inconscient, à chaque pas, à chaque réorientation. Comme l’écrit le grand patron de notre temps, Emamnuel Faber, dans son ouvrage « Chemins de traverse » pourquoi nous plaignons nous de l’embouteillage alors que nous sommes en voiture ? Nous sommes l’embouteillage ! Nous sommes la l’entreprise et la famille éclatée, la planète exsangue, le manque de solidarité y compris avec les proches. L’EHPAD, la PMA et d’autres démissions créatives de notre actualité récente.

Si la naissance, la venue au vaste monde, ouvert et divers, à partir du corps unique et fermé de la mère, est vulgairement considéré comme le prototype de la séparation et d’un début d’existence humaine, singulière, les acquis du souffle propre, du cri et d’un début de motricité choisie ne suffisent pas à engager la séparation symbolique, l’individuation, la subjectivation. C’est l’épreuve de l’Œdipe, le traumatisme psychique, plutôt que celui de la séparation physique, qui permet à chacun de gagner son propre chemin. De se mettre debout en effet, tout pied bot qu’on est (le pied bot est l’étymologie vraie de l’Œdipe, ni violeur, ni meurtrier, ni aveuglé).

L’Œdipe est la réponse que trouve l’enfant, l’adolescent puis l’adulte, au sexuel étrange et source de sensation qu’il perçoit dans son corps. Car si c’est par le besoin que nous nous découvrons dans notre corporéité réelle – par la faim, le froid, la peur -, c’est par le plaisir et par le déplaisir que nous nous dirigeons vers la vitalité qui nous permet de pérenniser notre existence et déployer notre activité inaliénable et irremplaçable.

La réponse à ce sexuel étrange qui est d’abord vécu entre soi et soi sera en fait de sexualiser l’autre, le corps de l’autre, la mère, même pour la fille dans un premier temps.

L’Œdipe devient par la même occasion la figure de la rencontre, la figure du lien. Il s’agit d’une rencontre corporelle, sexuelle, sexualisée. La rencontre autistique, première, est celle que nous faisons avec notre propre corps et avec son éprouvé sexuel, l’un et l’autre sont perçus comme autres, avant d’être intégrés par l’autoérotisme, le narcissisme bien compris, l’amour de soi nécessaire à la vie. L’autisme, le trouble psychique le plus précoce s’installe lorsque l’aut(o-éro)isme s’avère difficile. Pour des raisons génétiques, toxiques ou/et relationnelles. L’hypersensibilité s’installe et rend difficile la suite du processus. Un accompagnement spécialisé peut soutenir l’éclosion. En effet, l’oisillon dans sa coquille est l’image d’un lien transitoire, entre mammifère et de couvaison.

Nos incubateurs, couveuses et autres dispositifs d’hébergement de nos transitions professionnelles dans l’écosystème ouvert qu’aujourd’hui nous fréquentons révèlent ce besoin qui resurgit de notre préhistoire. La psychanalyse de mes patients me donne à voir comment des troubles très précoces y trouvent un soutien complémentaire de la démarche d’accompagnement dans l’élucidation et la responsabilisation que j’offre.

Vient ensuite le temps de la rencontre du corps de la mère, du corps de tout autre, qui vient enfin réduire l’altérité de « l’étranger à l’intérieur » en le situant enfin à l’extérieur, chez un ou une autre. Ce mouvement communément désigné par le terme « projection » est un mouvement défensif.

Le névrosé, celui qui parvient à faire du complexe de l’Œdipe un symptôme, parvient à tisser une maladie imaginaire : en se représentant le mal que l’autre, tout autre,  peut faire sur son corps – c’est le cas de l’hystérie légendaire – ou bien dans sa pensée : c’est le cas de l’obsession qui a gagné du terrain depuis le siècle dernier, y compris du côté du féminin. La dépression et la manie occupent les esprits. Les accidents vasculaires et les poussées auto-immunes, qui s’attaquent littéralement au corps propre (cancers, multiples scléroses) remettent à l’intérieur ce qui a voulu être éjecté sans parfaire la rencontre. La misère sexuelle est la seule expression d’une quête œdipienne qui est effectivement errance, à l’image du mythe râté.

Car, plus que comme une réponse, Œdipe est à entendre comme une question, la question toujours ouverte. Il n’y a pas de disparition de l’Œdipe, il y a reconduction selon des modalités différentes.

L’Œdipe est la rencontre sexuelle avec l’autre inconscient, il est ouverture sur l’objet impossible, celui qui ne viendra jamais combler, assumer de l’extérieur, redonner paisiblement. La projection se complète d’une introjection tout aussi dévastatrice. L’autre est autre, il est sujet et non l’objet de nos besoins et nos envies. Il projette ses propres démons.

L’Œdipe en tant qu’interdit premier de confusion avec père et mère donne aussi bien l’élan vers l’autre, il est moteur, qu’il trace une frontière, qu’il met la limite. C’est aussi la ligne qui préserve l’intégrité du corps. Pour que la cohésion narcissique soit maintenue il est important d’établir un point d’impossible, un point d’exclusion. La « castration » évoquée en psychanalyse est avant tout une enveloppe psychique entre les corps et, de fait, entre les psychismes, chacun le sujet de sa pensée et de son action.

Les fantasmes légendaires de la psychanalyse – le viol de la mère, le meurtre du père et leurs correspondants introjectés, l’abus par la mère ou le père d’ailleurs, la mort qu’ils peuvent nous donner par négligence ou maltraitance,  – ne sont que des traversées imaginaires, très intenses, qui préservent le sens, la symbolique, d’une existence digne d’être vécue ; d’une transmission saine à notre tour.

Toutes les peurs de notre vie contemporaine – le harcèlement professionnel, le licenciement, le freelance, la faillite, le divorce, l’adolescence de nos enfants, les vraies maladies d’un corps fragile puis vieillissant, les conflits entre partenaires, les familles éclatées, les familles envahissantes, l’empoisonnement de la terre et de l’air et d’autres auxquelles vous ne pourrez pas échapper sauf à vivre dans le déni et dans l’illusion du pur consommateur – si elles ne sont pas moins ancrées dans le réel, ont des origines inconscientes.

L’Œdipe abordé dans la cure analytique ramène à la difficulté majeure d’accepter la responsabilité du choix inconscient, à chaque pas, à chaque réorientation. Comme l’écrit Emamnuel Faber, grand patron du géant Danone, dans son ouvrage préféré « Chemins de traverse » pourquoi nous plaignons nous de l’embouteillage alors que nous sommes en voiture ? Nous sommes l’embouteillage ! Nous sommes la famille et l’entreprise éclatée, la planète exsangue, le manque de solidarité y compris avec les proches. L’EHPAD et d’autres démissions créatives de notre actualité récente.

En lien avec personne, aliénés de nous-autres, l’autre ou les autres en nous.

Le psychanalyste confronte comme nul autre l’analysant. Avec lui-même.

« Curieuse libération qui ne se fait pas sans douleur et sans angoisse, d’aucuns se chargeront de le reprocher avec force à la psychanalyse. » – conclut Christian Pisani en Séminaire Psychanalytique mars 2019 m’ayant permis de revisiter l’Œdipe comme, peut-être, vous parviendrez à l’aimer. Sans folklore. Tel qu’il est. Tel que vous êtes : un seul, un autre et pourvu que vous fassiez avec, le temps d’une traversée. Avec d’autres. La vie, la vraie.

Mettre de « l’ambulatoire » en groupe dans votre ambition de changement « corporate »

Le propre des groupes « ambulatoires », ceux dont les participants ne sont pas réunis sur leur lieu du travail ou bien dans l’extension de ce lieu que peut être un séminaire de formation interne est d’adresser de front la difficulté de s’y engager, de se rendre effectivement au lieu et à la rencontre d’un intervenant extérieur ET de participants extérieurs, étrangers à soi-même. L’illusion du corps social partagé est abattue au profit du réel du monde, du réel en soi, l’incommensurable abîme et la fuyante trajectoire que cela engagera.
Déambuler jusqu’au groupe, aux abords du groupe, puis, marcher droit dans le « moi » faire « nous » et faire ensemble, là est tout le travail.
Il est donc bien naturel de nous former auprès de ceux qui analysent en profondeur aussi le sujet seul – irremplaçable, inaliénable et profondément aliéné dans le sens du manque de lien avec lui-même, de par l’ignorance ontologique que provoquent (1) le refoulement entre conscient et inconscient, (2) les clivages entre l’acceptable, pour narcissisant, et inacceptable pour asocial -, les mêmes qui permettent l’analyse du sujet en groupe, le sujet en lien sans que cela ne soit pas donné par le partage d’un temps et d’un lieu.

L’analyse en groupe

La psychanalyse en groupe en plein essor, colloque ASM13

Ce vendredi et samedi 1er et 2 février les psychanalystes de groupe de l’ASM 13 issus pour la plupart de la Société Psychanalytique de Paris dans une extension de la cure-type, individuelle stricte, le colloque singulier, vers le travail à plusieurs, la parole multi-personnelle qui dit tout de chacun, osaient poursuivre les travaux de Didier Anzieu, René Kaës, Bérajano jadis réunis dans une SPP-G pour groupe, des pionniers que furent Wilfred Bion en Angleterre et Serge Lebovici en France. Saint Alban s’est fait dépasser par la psychiatrie moderne en mal d’humanité flagrant actuellement. Tavistok par contre, poursuit son essor en Grande Bretagne et dans le monde.

En ce début de février Caroline Garland, psychanalyste et chercheuse de cet Institut majeur, présidait l’événement qui se dotait de l’intitulé ambitieux et à la fois réaliste : D’une psychanalyse de groupe en plein essor ? Avec le point d’interrogation.
50 ans après sa création, l’ASM 13 fleurit avec un développement sur tous les secteurs cliniques. Le Centre Alfred Binet est la suite des premières prises en charge des enfants. Les traitements psychanalytiques ont trouvé une solution originale avec la création du centre Evelyne et Jean Kestemberg, où les patients psychotiques bénéficient de traitements psychanalytiques appropriées (psychothérapies, psychodrame etc.). Dans les années 1970, l’ASM 13 crée aussi une clinique en ville. La Policlinique appelée aussi Centre Favereau redevient un modèle pour le développement des Centres d’accueil et de crise de la vie adulte.
Toutes ces activités étaient présentes au colloque de cette année. J’ai particulièrement apprécié la formation à la supervision d’intervenants en groupe par le grand groupe que nous formions, dans une dynamique d’animation « fish bowl » pour ceux qui connaissent cette technique de prise de parole libre et engagé parmi de nombreux participants, ici 150 inscrits, autour des deux cas présentés par leurs psychanalystes de groupe respectifs, discutés sous la forme de la controverse professionnelle par Caroline Garland. Ensuite place aux commentaires, questions, éléments de gêne et d’émerveillement de ceux qui à partir du cercle rejoignent la scène du partage. Sans jamais trouver de réponse, juste quelques nouvelles associations d’idées. Un régal de liberté et de justesse.
L’un des cas était un cas dit « lourd », institutionnel, d’anorexiques en accueil de jour que le groupe engage dans toute autre chose que de parler de leur maladie comme seule source identitaire. Elles se livrent par le jeu à leurs désirs véritables de croquer la vie et leurs proches en commençant par l’animateur tenu à l’écart du jeu mais clairement représenté dans le choix d’un des acteurs : guide, homme et étranger. La traversée du fantasme est possible lorsqu’on le vit chaque jour sans pouvoir le réaliser.
L’autre cas était a priori plus dans la norme sociale, avec des personnes prises en charge médicalement pour des symptômes dits morbides, envahissants, qui font vie dite « normale ». Le psychiatre les adresse à un psychanalyste pour pouvoir faire un travail d’élaboration de ce que ces symptômes recouvrent. Une personnalité prise en otage se découvre.
La conductrice du groupe exerce désormais en libéral. Il n’y a pas de prise en charge institutionnelle. Chacun règle la séance et revient chaque semaine comme dans une psychanalyse individuelle face à face. Ici, c’est « face à faces » : chacun avec ses multiples facettes, contradictoires, qu’il ou qu’elle a du mal à rassembler, fait face à de multiples faces qui lui reviennent plus ou moins. La séance soumise à supervision faisait cas d’une problématique de rejet, précisément, de la part d’une participante ayant engagé une psychanalyse individuelle en parallèle à l’occasion d’un événement toujours marquant : l’intégration d’un nouvel entrant dans le groupe. Les difficultés de la perte de place, avec la redistribution des rôles, des faces, étaient exacerbées. La responsable du groupe se trouvait elle même déstabilisée par la ligne de partage que la patiente impose entre un psychanalyste de l’ombre et celui de la lumière que jusqu’ici elle assumait sans rien « contrôler », dans confiance aveugle, comme le désir est aveugle, dans le processus groupal.
Et c’est cette dynamique de groupe, d’un autre groupe, celui mené par Anastasia Toliou, mon professeur du temps de ma formation en psychopathologie à Paris 8, que je retiens ici pour sujet que j’aime développer.
Les problématiques des participants ont peu d’importance et elles restent confidentielles. J’ai apprécié la partition d’Anastasia pour nous faire entendre cette dynamique subtile du groupe qui n’est pas, qui se forme de la venue de sujets libres et à la fois mutilés de leur essence. Etats limites on les nomme. A fleur de peau. Très réactifs. Porteurs d’un masque social. Comme tant de nous en somme sur la scène de l’entreprise. Nous sommes si peu nombreux à faire un travail autre qu’un coaching de circonstance ou une formation adaptative !
Déambuler à la rencontre d’un groupe d’analyse. Le désir tendu comme jamais : qu’on vienne me chercher ou que je disparaisse. C’est comme cela que beaucoup se vivent. Ou alors okay je viens et je viens pour vous détruire. Je disparais avec vous.
Celui-ci est le scénario latent et les choix sont fatals.
Personne est indispensable et pourtant, le groupe est le groupe formé par tous ses participants présents de corps un temps donné. Chacun doit finir par y arriver !
Celles-ci sont les règles posées par les conducteurs d’un tel groupe qui sont assimilées peu à peu : régularité, parole libre dans le temps alloué, libre association non seulement verbale, aussi gestuelle et comportementale, réintroduction dans le groupe des événements vécus ensemble ou personnellement hors réunion qui nécessitent d’être connus de tous.
Le groupe devient l’acteur de la transformation. Un organisme vivant à lui seul. Le groupe au complet.
La subjectivité est une solitude. La parole met en lien et déploie la subjectivité ! Ceci étant, les effets pervers de la parole sont de trois ordres :
– Créer le lien par la souffrance, par une forme de rivalité, de concurrence dans plus de souffrance. Tous ou certains.
– Banaliser, rationaliser, dénier, au contraire. Tous, certains ou un seul.
– Agir selon l’impulsivité pendant la séance ou autour de la séance au moyen d’absences, de retards ou de messages permis par la connexion à distance. Un seul ou plusieurs.
Les participants consentent à une interdépendance dans un objectif personnel d’aller bien, de penser bien, de créer bien.
Les tenants du cadre alors peuvent être « compris » :
Respecter la régularité pour la continuité.
Protéger la confidentialité pour la confiance.
Limiter les échanges interpersonnels hors groupe multi-personnel
Le premier écueil une fois le groupe rallié serait de croire que l’appartenance suffit à l’identification ; le lien, l’investissement affectif, doit être effectif. Il ne se commande pas. Mais il est possible de déplacer l’investissement formel vers l’investissement sur le fond, sur la compréhension de soi, de ce groupe et du monde.
Il s’agira d’apprendre par l’expérience davantage que par le simple fait d’assister ou même participer à des échanges.  Il y a là un laisser faire, vivre l’expérience sensible.
Ceci touche au deuxième terrain sensible du travail en groupe. Le premier était celui de l’approcher de soi-même, sans se dérober et en faisant cela se refuser la vie, ni être dans la polarité contraire : le saisir pleinement pour le dérober à sa vie et s’y perdre aussi en tant que composant du groupe.
Le deuxième est d’en dépendre profondément, de se savoir ignorer l’expérience tant qu’elle n’est pas partagée et de s’autoriser à l’attaquer par la même occasion, à infléchir l’expérience de sa propre violence d’exister en son sein, d’en faire partie, de prendre part et de prendre sa part de ce que le groupe est.
Comme il est si difficile de vivre en lien avec d’autres vies, il est une recherche de stabilisation dans des ajustements formels, dans des rappels extérieurs ou d’un autre temps. Les problèmes familiaux ou professionnels. Chut. Parlons d’ici et de maintenant.
Le ou les conducteurs rappellent la décision de chacun d’intégrer un groupe fondée sur un espoir. Le groupe est un troc d’espoir jamais perdu ou gâché. Chacun peut déposer ses espoirs, faibles ou surinvestis ; il reçoit les expériences qu’il y vit.
Le conducteur est lui même expérimenté dans l’expérience de groupe : un groupe contient et diffracte en même temps, qui permet le morcellement, la séparation nette et précise d’éléments les plus divers sans qu’ils ne se perdent. Il existe des limites partagées et il existe un vécu multi-expérientiel. Puis, le conducteur connaît l’ambivalence du désir :
–  Le désir de connaître attaque le processus de pensée, éviter de penser.
–  La connaissance est confondue avec la croyance et les certitudes.
–  Le besoin de contenance attaque la dépendance.
Le conducteur s’autorise la rêverie, l’imagination afin d’introduire et développer des éléments émotionnels qui complexifient les éléments en présence et qui amplifient les limites de la contenance et de la connaissance.
« To fill in the feeling » est le rôle du conducteur selon Bion, le pionnier de la psychodynamique de groupe.
Les échanges sont bêta. L’animateur les élève au rang Alpha. Celui de la sensibilité d’une mère pour son enfant qui lui permet de quitter les processus primaires de nourrissage, chaleur, réconfort ; les processus morbides de la seule mentalisation. Il atteint la satisfaction et le sens du lien.
Les participants souhaitent d’eux-mêmes créer et développer le groupe qu’ils forment. C’est d’eux-mêmes que dépend son existence et sa vie vivante. Ils font du groupe un objet contenant et un objet qui pense, qui produit quelque chose qui n’existerait pas sans lui.
Le « moi » ne s’appartient pas. Il a besoin d’appartenir à un groupe humain pour pouvoir s’appartenir pleinement. L’appartenance comme nous l’avons vu implique l’identification au groupe en premier et l’investissement ensuite auprès de chacun.
Le désinvestissement de soi et l’identification de quelque chose de différent en soi avec lequel on rentre enfin en lien. Le moi advient là où la destructivité dominait.Le « nous » devient créateur ensemble là où il était mal assemblé, fait de déroutes et d’abîmes personnels, rappelez-vous, au premier abord. Le choc est salutaire sans les électrochocs d’antan ni les shakers, hackers et crackers de nos jours absurdes. Bougez-vous, mélangez-vous, retrouvez-vous.
A suivre…

Conduire les hommes dans le cadre d’un projet

Le conducteur de projet travaille les idéaux qui l’animent mais aussi sa capacité de contenance pulsionnelle. Seul un chef de projet capable de connaître ses motions agressives et régressives et de les exprimer sans mal peut à son tour provoquer par sa direction de projet une mobilisation dont il saura accueillir et contenir les motions humaines qui l’émailleront fort heureusement.

Cela surprend encore certains que des psychanalystes puissent accompagner des processus d’entreprises comme cela l’a été dès l’origine de la psychanalyse dans des processus institutionnels plus proches du médical, cela est vrai, mais aussi dans le Big Business comme je l’ai déjà souligné à maintes reprises dans ce blog qui s’intéresse au coaching le plus noble, celui qui réfléchit l’organisation dans son ensemble.

A l’occasion du déploiement d’une formation en Université d’entreprise je viens aujourd’hui à partager le conducteur d’un module de formation destiné aux conducteurs d’équipes et de projets. Sa lecture ne permettra pas à des coachs, à des managers et à des consultants ne faisant pas de travail authentiquement réflexif, psycho-analytique, de proposer d’intervention aussi fine et surtout la possibilité de transmettre par l’exemple de leur conduite la conduite à tenir. Un exemple humain en lieu et place d’une modélisation trop souvent recherchée et qui s’avère stérile.

Ce partage a plutôt pour vocation d’inspirer, de provoquer au plus simple, la curiosité au encore mieux l’en-vie, le désir de s’humaniser en plus du besoin de se professionnaliser. Et rejoindre un groupe à votre tour qui avance sur le fil proposé qui est celui de la vie.

 

« Sans engagement, vous ne commencerez jamais.

Et sans régularité, vous ne finirez jamais. »

 Denzel Washington

 

 

 

Conduire (les hommes dans le cadre d’) un projet

Créer une dynamique autour d’un projet avec des outils simples (au naturel) et pratiques
Eva Matesanz & André de Châteauvieux

 

Norme AFNOR

Un projet est un système complexe d’intervenants, de moyens et d’actions constitué pour apporter une réponse à une demande élaborée pour satisfaire au besoin du maître d’ouvrage ; le projet implique un objet physique ou intellectuel, des actions à entreprendre avec des ressources données. 

La norme ISO est en cours d’actualisation

La version actuelle ne donne aucune information en ce qui concerne le management de projet.

 

« 98% des projets ne respectent pas les conditions de coûts, de délai et de qualité initialement prévues ; 85% des causes d’échec des projets sont imputables à l’absence d’accompagnement, (…) relève(nt) plus de facteurs humains et organisationnels que de facteurs purement techniques » 

Huguette Roussel, Directrice de l’Organisation, CNP Assurances, en préface de la synthèse produite par ses services et le cabinet d’Hugues Marchat « La conduite de projet », Eyrolles, Editions d’Organisation, 1997

 

C’est à cette variable humaine et organisationnelle que nous allons nous attacher comme étant le terrain meuble sur lequel la voie tendue pour soutenir le projet va se dérouler. Nous aurons un tracé, des opérations et des opérateurs qui seront mobilisés sur un temps donné. Les « outils de base » nous aident à nous les représenter individuellement et à partager nos représentations.

Le conducteur de projet qui assume pleinement le rôle humain de conduite de groupe et la responsabilité qu’il détient auprès de sujets différenciés fait un choix simple et pertinent de ces outils pour l’activité concernée. Il y ajoute des « outils évolués » qui sont ceux de nos capacités psychiques humaines lorsqu’elles sont mobilisées en conscience au lieu de laissées à leur force inconsciente au naturel.

Nous vous proposons à l’occasion de cette formation quelques « outils de progrès » pour conduire « ce que fabriquent les hommes dès qu’ils se retrouvent ensemble », ce qui relève à la fois du plaisir (y compris masochique) du sujet et d’un équilibre trouvé à plusieurs qui se définit comme étant du « evidence-based » management : le principe de réalité.

 

« Une communauté humaine crée toujours des problèmes qu’elle sait résoudre. »

La question est de les résoudre en créant quelque chose d’autre que la seule solution aux problèmes.

SESSION I

Les outils de management visuels pour répondre à l’objectif premier du conducteur de projet : CONSTRUIRE UN PROJET

 

  • Une ligne du temps
  • La représentation des entrées et des sorties, les moyens et les livrables, sur cette ligne.

 

Il s’agit de décomposer et de coordonner les éléments impliqués dans le projet.

La grille simple est celle de qui fait quoi quand, avec les personnes impliquées dans un même sous-processus bien disposés parallèlement et les passages de relais vers d’autres sous-processus et d’autres parties prenantes bien mis en évidence.

Chaque participant doit connaître l’objectif et la contrainte qui lui sont appliqués mais aussi l’objectif et la contrainte explicite du groupe. Le rôle du conducteur est de le lui communiquer. L’objectif comme la contrainte excite l’être humain que nous sommes dans le sens du dépassement ou du blocage mais à quel prix technique et humain ! Comment quitter le rôle préventif et curatif pour permettre au processus d’évoluer librement en toute sécurité comme en toute créativité ?

Le rôle fédérateur du conducteur implique de transmettre l’idéal qui l’anime : tout groupe se forme autour d’un idéal commun et c’est ensemble, au travers de renoncements bien conscientisés – aussi bien collectifs que spécialisés, concentrés dans la personne de l’un ou l’autre des collaborateurs -, c’est moyennant des efforts et des frustrations que cet idéal partagé et l’objectif vont se rejoindre et produire le résultat, la création partagée, la « sublimation » des forces contraires inhérentes à la psyché et à son expression dans les activités humaines.

Le conducteur de projet travaille ainsi en amont de son déroulement les idéaux qui l’animent mais aussi sa capacité de contenance pulsionnelle. Seul un chef de projet capable de connaître ses motions agressives et régressives et de les exprimer sans mal peut à son tour provoquer par sa direction de projet une mobilisation dont il saura accueillir et contenir les motions humaines qui l’émailleront fort heureusement.

 

Travail en sous-groupes pour reconnaître la part d’idéalisation et la part pulsionnelle des participants.

 

SESSION II

Les outils de progrès, visuels comme invisibles : l’accompagnement du processus constitue l’objectif en continu de PILOTER UN PROJET

 

Le présupposé est que le travail ne sera pas effectué une fois que chacun sait qui fait quoi quand même en mettant en place un suivi outil « de base » actualisé, d’où le besoin des outils dits avancés ou évolués, les outils en provenance de notre humanité.

Le groupe va s’ajuster « inconsciemment » ou plutôt chacun va s’ajuster « inconsciemment » selon le principe reconnu par la théorie socio-économique de la « rationalité limitée » qui recouvre d’un voile d’inhibition (régression) les pulsions engagées. Les idéaux se réduisent, chacun verra ce qu’il voudra voir, ce qu’il aime imaginer, de ce qu’il produit et de ce que le groupe acquiert. En toile de fond, des « inimitiés » se tissent plus ou moins explicitées : contre le conducteur, contre le collègue, contre le groupe, contre l’institution ou l’éco-système partenaire qui se regroupent en théorie du changement sous l’appelation de « outgroup ». Ce sont des projections de ce qui est contrarié profondément en soi et dans la dynamique collective.

Pour accompagner ce processus inconscient la démarche est aussi simple à exposer qu’elle est invisible et inintelligible de mise en œuvre. Le conducteur, ou les conducteurs car il est recommandé d’accompagner des groupes en binôme, prend appui sur son propre inconscient, accorde un cadre de confiance au groupe dans un phénomène qui n’est plus de projection mais de « transfert ».

Le transfert « remplace » les projections qui consistent à projeter sur les autres des sentiments personnels et spécialement ceux de peur, de haine et de déception. Le transfert est un cadre affectif favorable donné à ces projections. Ce transfert peut avoir une tonalité positive et négative selon les phases de vie du projet car il ne s’agit pas de plaquer une réponse positiviste ! Les vécus négatifs ne sont ainsi pas niés mais encadrés par ce climat d’analyse et de recul, de poursuite sans blocage et de confiance dans la suite du processus. Le mot qui est utilisé dans le cadre professionnel est celui de l’engagement.

Le dispositif de base à mettre en place est lui très simple comme nous l’avons souligné. Il soutient l’engagement dans la durée par la combination d’un partage en continu du management visuel « standard » et la tenue effective de sessions de parole, de séances régulières d’analyse de pratiques auto-gérées sans ordre du jour préempté.

Un support est remis aux participants de cette formation sur les principes de ces réunions qui sont seulement brièvement rappelés ici en termes de libre parole ou chat entre les participants aux sous-projets sans la présence du chef de projet puis relevé par le(s) conducteur(s) sur un temps court des apprentissages effectués ensemble et ou des blocages fabriqués ensemble – non intervention du pilote, renvoi vers les participants de ce que le conducteur perçoit comme étant à retravailler ensemble.

 

Faire travailler le pilotage en petits groupes tel qu’il s’effectue sur outils de base pour constater le fonctionnement naturel

En venir ensuite à l’outil avancé du transfert au moyen des « identifications » en lieu et place des « projections ». Les identifications sont précisément des projections que l’on parvient à identifier. Chacun retrouve en soi-même ce qu’il projetait dans le temps ou dans un ailleurs.

 

SESSION III

Le méta-outil du conducteur et des collaborateurs : retour sur sa propre réflexivité et sur celle de ses collaborateurs dans l’objectif dernier de d’aboutir et CLORE LE PROJET

 

Le fil conducteur de ce point clé est culminant de la formation (et du projet qu’elle représente) n’est volontairement pas détaillé dans l’agenda qui leur est livrée sur ce car nous ajusterons suite aux sessions I et II. Nous ferons élaborer aux participants eux-mêmes les composantes de cette véritable conduite de groupe bien au-delà de la construction théorique du projet et du suivi de type « flic et pompier », « tuer, périr ou sauver » qui résulte en constat général du groupe au naturel.

 

Résumé des enjeux que nous anticipons et qui seront mobilisées partiellement et dans le degré que pourront admettre les participants : 

 

L’idéal brouille le principe de réalité évoqué en intro ou la possibilité d’une evidence-based coopération.

Les limites que le projet impose à chacun éveille la recherche de satisfaction individuelle dite aussi de « rationalité limité ». L’intelligence est peut-être collective mais les ressources en profondeur de chacun dans le groupe sont négligées, et ce sont ces ressources qui font la différence, qui font que ce projet est bien différent de celui qui aurait été mené par d’autres et surtout qu’il est à l’image du « génie » créateur de l’homme éminemment singulier mais mis sous la contrainte sociale et en ce cas, de résultat.

Les « surfaces de projection » de l’activité fantasmatique (imaginaire) et de passage à l’acte en lieu et place d’une élaboration et un progrès commun sont aussi bien le conducteur, qu’un ou l’autre des participants, le groupe et l’outgroup (contraintes institutionnelles, marché etc.).

 

  • Le conducteur est une cible fantasmatique, imaginaire, inopérante pour binaire : bon ou mauvais conducteur. Prévoir deux conducteurs afin d’en laisser à moins un à chaque instant dégagé du fantasme et/ou des attaques. Trouver dans l’équipe un « second » dès le premier instant.
  • Responsabiliser chaque participant et non LE groupe qui est lui-même la cible, le déversoir ou la source des états d’âme de chacun. Régler les conflits en travaillant sur l’objet du projet et en sollicitant des engagements individuels quant à celui-ci seul.
  • Ouvrir au hors groupe (outgroup) qui est enfin la troisième cible fantasmée par chacun.

 

Fondements théoriques qui sont partagés en formation avancée :

Stratégies de base traditionnelles (source psychosociologie du XXème siècle)

 

L’idéalisation est une fuite dans les idées. Elle creuse l’écart avec le hors groupe, ne rentre pas dans le concret. Le groupe est au-dessus de son contexte et chacun tient à garder cette fierté. Un participant porte-rêve soutient cette démarche en particulier.

L’attaque-fuite (« la casse ») est une fuite dans l’espace. Un porte-voix prétexte ne pas trouver de place du fait du conducteur, du collaborateur, du groupe ou hors groupe et attaque par son absence, sa passivité ou des revendications le cadre.

Le consensus-fuite (« le couplage ») est une fuite dans le temps. Un porte-symptôme dit dans d’autres références comme la systémique « le patient désigné » ou le « bouc émissaire » concentre les espoirs puis les déçoit. Cela peut être aussi une attente dans une démission du conducteur ou une restructuration institutionnelle.

Entre guillemets les dénominations précises données à ces scénarii, en plus de celle directement intelligible de l’idéalisation, par le pionnier de l’analyse institutionnelle : Wilfred Bion lors de l’expérience inaugurale de Northfield, 1914-18

 

S’y ajoutent les :

Écueils modernes 

 

Nouvelles générations – des makers pressés d’agir rejoignent les détenteurs de pouvoirs traditionnels tout aussi « tranchés », dans une jouissance inconséquente.

Complexité de l’environnement VUCA – l’atomisation de l’idéal en fantasmes partiels apporte des solutions rapides et partielles ou une ultrasolution globale.

Clôture par l’idéal confronté à la formation avec lequel chacun repart et les « besoins » inassouvis qui pourraient faire l’objet d’un point individuel sur le projet personnel hors ce cadre collectif si le conducteur de projet est hiérarchique (et/ou prise de relais RH dans le cas de projets transverses où un RH est un co-conducteur de choix).

Lire La psychologie du collaboratif, du même auteur, pour approfondir ces fondements théoriques et approcher le traitement de cas réels.

 

Les nœuds institutionnels, quel dénouement qui ne serait pas de tomber dans les nœuds d’un autre ? D’une institution à l’autre il n’y a pas de singulier triomphant.

Bien enfoncer le ballon dans le but sans filet et sans cadre en même temps : – Je vous entends parler en tant que coachés et je veux saluer votre culture du coaching : vous en parlez comme nous le faisons.

On les a rassurés : – Vous pouvez parler comme cela vous vient. Les hésitations seront gommées au montage. Les blancs seront supprimés. S’il y a des incohérences dans le discours nous le réagencerons dans le bon ordre pour faire un Story telling parfait. D’abord nous allons filmer quelques plans d’ambiance de vous faire tous autour de la table. Vous pouvez parler de votre week end. La musique portera le message du travail décontracté. Ensuite chaque coach interviewera son coaché à propos des bénéfices du coaching. Nous viendrons aux plans serrés et aux plans croisés. Votre collaboration sera palpable dans cet échange de regards et de bons mots.

Ce sont des professionnels de l’audiovisuel. Jingle d’ouverture aux couleurs d’une grande association de coachs qui a dû les mandater pour l’occasion. Scènes de groupe où chacun apparaît hilare tout en baissant les yeux. Et cet enchaînement de feed-back que les coachs aiment tant alors que ce n’est pas l’objectif de résultats qui prévaut dans la profession, et que le seul moment de vérité peut être la supervision.

Le Président de l’antenne française de la Fédération ne peut pas s’empêcher de faire son Macron et il prend la parole au milieu de ces passes décisives pour bien enfoncer le ballon dans le but sans filet et sans cadre en même temps : – Je vous entends parler en tant que coachés et je veux saluer votre culture du coaching : vous en parlez comme nous le faisons.

Vous, nous, qu’est-ce que cette ségrégation dans l’univers de l’humain partagé qui culmine dans la confusion des places comme cela avait été bien préparé ?

Et je pense de suite à la même entreprise entre coach analystes et son groupe-analyse puisque jamais dans cette configuration on prendrait l’un pour le tout ni le tout pour un seul. Il n’y aurait pas de montage. Les blancs, les discours de traverse et les incompréhensions seraient le sel de la terre. Les participants se parleraient entre eux et nullement à l’adresse des analystes, au moins deux. Ils permettent cette parole libre. Ils respectent les soubassements difficiles pour chacun. Rien ne change. Tout paraît, et aussitôt disparaît. Chacun garde pour soi-même ce qui lui aura semblé être vrai. Et les analystes font de même, en ce qui les concerne, eux. La vidéo est sans intérêt. Il n’y a pas une longue liste de Name droping ni des félicitations par milliers, mais derrière son écran l’un ou l’autre envoie un message en privé à l’un ou l’autre des analystes « animateurs » de ce qui est un groupe suivi, engagé : – Je suis un peu comme vous tous et pour beaucoup je ne sais pas bien. Quelles sont les conditions pour vous rejoindre ?

Un fil de dates, un lieu de rendez-vous et un prix à payer pour ne pas rester en dette avec chacun comme les parents nous ont laissés. En vie. Vivants c’est moins sûr. Jamais coachés. Analysants.

– Vous vous trompez, me reprend l’un d’entre eux. L’analysante c’est vous.
– Vivant, analysant, c’est chacun. Mon métier est celui d’analyste. J’ai été et je suis analysante en ce qui me concerne. Jamais en ce qui concerne l’inaliénable autre. Promesse de ma liberté et de la vôtre.

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– Vous aussi vous êtes organisés en associations pourtant.

On ne m’y reprendra pas. Quinze années en multinationale m’ont appris davantage que tout coaching ou formation. Les associations de psychanalystes et de psychosociologues sont nombreuses. Diverses. Régionales. Locales. Au plus près des analysants. En échec permanent sur leurs lignes de défense. Aussi bien internes que sociétales. Instituantes plutôt qu’instituées. Le psychanalyste est celui qui ne peut compter que sur lui-même. Les nœuds institutionnels lui rappellent les siens. Et il tient par ce bout à l’une ou l’autre de ces communautés de chercheurs avant tout et pour un temps. Le dénouement est toujours proche pour chacun. Le singulier est alors une évidence de chaque instant.

La psychanalyse fait son « coming out »

La psychanalyse ne soigne plus, ni de surcroît ni de rébus. Le mal actuel n’est que trop bien.

À l’heure où nous ouvrons le premier cabinet de psychanalyse contemporaine sur rue, André de Chateauvieux et moi, pour de « l’accompagnement de projet » sans jamais le préempter et qu’il soit ciselé au détail près de vous, Elsa Godart publie son ouvrage le plus large d’audience et d’esprit, ouvert également à chacun et à tous.

La psychanalyse va-t-elle disparaître ? Editions Albin Michel

La psychanalyse ne se cache plus. Elle ne se tait plus. La psychanalyse s’affiche. Notre enseigne « Sens dessus dessous » s’ancre dans la ville qui l’accueille, dans la vie qui l’entoure.

Au pied de la Cathédrale de Sens, en se dirigeant vers la rue des métiers d’art qui ajoute à la Halle les nutriments de l’âme. La psychanalyse vous parle de vous. Nous sommes deux psychanalystes, femme et homme, à donner de la voix sur les réseaux et en institution (l’Université, HEC, les associations de professionnels de la relation).

Mais c’est à l’initiative privée que nous voulons nous adresser pour l’élan vital, le potentiel érotique – si nous reprenons la voie de notre aussi toute récente publication chez L’Harmattan, Erotiser l’entreprise – qu’elle porte en elle et qui la porte.

Elsa nous rapproche tous des lumières psychanalytiques. Cela reste éblouissant, en effet, depuis un peu plus d’un siècle, de découvrir non seulement l’inconscient qui sous d’autres formes a toujours été présent à l’Humanité consciente de sa condition mortelle, mais le conflit qui est en soi, la lutte permanente pour oublier la mort, la solitude, l’oubli lui-même auquel notre existence et ses quelques restes sont promis. Avec une certitude quasi parfaite cette fois-ci.

Au temps de la communication planétaire, du travail pour tous en écosystème, de la consommation possible de tout et surtout de l’autre, du sexuel, de la production sans entraves de la moindre idée – hop ! Une grosse levée de fonds, l’homme aime tant spéculer, ou même une cagnotte de proximité sur le web et l’illusion paraît, au moins le temps de l’émergence de celle d’après, serré sucré -, la femme et l’homme sont en quête de se rappeler à eux mêmes, de se percevoir finis.

L’époque n’est plus tellement aux névrosés, dont le conflit varie entre l’interdit et la pulsion, pour façonner leur désir ; la réalité et leur bon plaisir, ou alors le plus souffrant qu’ils ont aimé tout autant comme Freud nous l’apprend aussi dans Au delà du principe de plaisir ; le social et l’ego, qui se retrouvent parfaitement lorsqu’il y a Malaise dans la civilisation.

L’époque est aux mal nommés « états limites », sans limites fixes (SLF) ils vivent tout ceci tour à tour, et souvent « en même temps » comme nous le rappelle à souhait Emmanuel Macron, sans conflit finalement, et qui sont inconscients de ne rien vivre véritablement. En ces temps trop malaisés, plus viraux que sociaux, trop confortables du moins du côté de l’Occident, trop instantanés aussitôt.

Ce trop, ce « hyper » de l’hypermodernité mérite bien un peu plus de parole échangée, de façonnage d’un discours individuel et collectif.

Discourir n’est plus fuire. Discourir permet de vivre le lisse et le rugueux de chaque roche contournée, l’arrondi de chaque haut, la tranche de chaque bas, chaque crue et chaque embrasure.

Alors, psychanalystes de centre ville en hypermarché, petit hypermarché, city et citoyen, pourquoi pas vous et pourquoi ne pas assumer que nous ne soignons plus : le « mal » n’est que trop bien. Et accompagnons de notre rive le cours libre de chacun et leurs affluents par milliers. Et que tel est le projet : vivre la vie, l’ouvrager.

Inconscient, le retour

Elsa Godart signe, avec son ouvrage « La psychanalyse va-t-elle disparaître ? », le retour à l’inconscient de tous les jours, sans refouler la part de nous.

La psyché est l’ensemble des phénomènes psychiques, conscients et inconscients qui constituent la personnalité inaliénable de chaque individu. Le sujet selon Freud. L’irremplaçable, le courageux de  Cynthia Fleury depuis quelques années.

Le mot psyché vient du verbe grec psukhein qui signifie souffler, d’où le fait qu’il soit habituellement traduit par le mot âme et qu’on lui préfère le mot psychisme pour faire référence au fonctionnement psychique. L’esprit reste réservé à une forme d’élévation dans l’abstraction. Chez Aristote, nonobstant, le mot psyché désignait déjà le principe vital aussi bien que le principe pensant.

C’est de ce psychisme entier et incomplet, indivis et divisé, en conflit avec lui-même de par cette part d’inconnu, d’étranger en soi, l’inconscient; en fonctionnement mais aussi à l’arrêt, inhibé, ô combien inhibé de nos jours pour éviter l’angoisse de vivre – pour éviter la vie tout court – dont j’aime vous parler.

Non sans mal.

Puisque l’inconscient est fait du « refoulé », de ce que chacun de nous a préféré « oublier » de ce qu’il est, de ce qu’il a été, enfant, sans y penser. De ce dont la société ne veut point, et alors, elle entretient et elle astique le miroir lisse et parfait. Y compris ce Macron qui se trompe à encenser les efforts là où il n’y a que de la peine « à jouir » et de la soumission. Tout pouvoir ne peut rien pour chacun de nous. Il rhabille « ses » sujets de « réussite », de coups remportés  et de la montée du cours de la relaxation. Pleine conscience and consorts. Ou du cours de philosophie. Les grands penseurs de la blockchain endorment les foules aussi bien.

L’irremplaçable, le courage, trop grandiloquents ? L’idéal ne suffirait pas à rendre compte de l’inconscient. Il se confond avec l’ambition, C’est ainsi qu’une autre jeune femme s’avance, philosophe et psychanalyste également, et qu’elle n’exhorte à rien d’autre que de faire plus de ce que notre époque fait : se regarder, se parler, se relier.

Elsa Godart signe, avec son ouvrage « La psychanalyse va-t-elle disparaître ? », le retour  à l’inconscient de tous les jours, sans refouler la part de nous.

 

Je lis et vous en dis plus bientôt et sans trop de mal.

 

Les mots d’Elsa sont comme les yeux d’Elsa : un naufrage délicieux pour aller sur les sables blancs.

 

 

 

 

 

 

La psychanalyse a cours en coaching et plus particulièrement, la psychologie du collaboratif

La psychologie du collaboratif est mon enseignement à l’Université du Coaching, DU Executive Coaching individuel et collectif à l’Université du management : Cergy Pontoise. En ma quatrième année d’intervention. Merci aux courageux étudiants qui mobilisent leurs passions en session.

C’était il y a un an. Parution de la Psychologie du collaboratif chez L’Harmattan. Et c’est aujourd’hui mon enseignement à l’Université du Coaching, DU Executive Coaching individuel et collectif à l’Université du management : Cergy Pontoise. En ma quatrième année d’intervention.

Pour cette première phase de décollage nous approchons l’identification « simple », les transferts individuels au travers l’arbre de vie : quelles sont les figures de référence de votre vie, de l’enfance à nos jours, que vous les ayez connues ou pas ? Qu’elles aient valeur d’estime ou d’autorité. Nous allons en venir aux identifications croisées en groupe, aux appartenances multiples du sujet seul in fine. Et boucler la boucle enfin. A suivre si vous aimez.

Merci aux courageux étudiants qui mobilisent leurs passions en session.

❝ Un groupe rappelle chacun de ses participants à ses élans premiers de relation et aussi à ses préférences d’expression, violentes et sexuelles, ou alors en repli mélancolique de mise au lit ou de mise à mort. Les passions. […]
En groupe-analyse, ou groupe qui analyse, la règle primordiale est la même que celle de la psychanalyse individuelle : tout se dire tel que cela passe par la tête. Tout se partage quoi qu’il en soit, et la contagion émotionnelle est souveraine. Les apparences, même si elles gardent la face, au fond de chacun de nous, elles cèdent.
[…]
Oui. La chaîne associative est limpide car elle associe les paroles des uns et des autres plus qu’elle n’empile, ou même, n’oppose des discours individuels. Le plus proche à mon sens est la pratique dialogique que pratiquent les nouvelles générations : chacun ajoute, personne ne retire, n’efface ou déforme de ce que les autres mettent en commun. Et ce n’est pas le fil consensuel qui est retenu, mais tous ces apartés qui sont des graines à jamais déposées dans la tête et les cœurs des participants.

Le fil de la libre association d’idées se tisse entre les membres du groupe, la mal nommée association d’idées, car il y a dans ce processus libre associatif analytique autant de pensées que d’affects, d’émergences que de censures ou de travestissements du désir, lors des échanges d’un groupe qui se retrouve régulièrement avec ou sans tâche à accomplir, mais avec une volonté de vérité.

Chacun apprend au fil des séances de groupe-analyse que, comme dans la cure, la transformation est personnelle avant tout, et que tout est possible au groupe une fois les résistances internes de chacun contactées et possiblement dépassées.

Ce qui est particulier au groupe est que « ce n’est pas qui parle qui est ». Le groupe est un inconscient à lui seul. Il pratique sans le savoir, comme Monsieur Jourdain, la danse de l’inconscient, en deux mouvements : le déplacement et la condensation. C’est du pur désir, qui se déplace, qui prend un objet pour un autre, et qui se cristallise par instants, dans un « ça c’est tout-moi » avec tout l’absurde dedans. Et les peurs aussi, le moi n’est pas que ça mais un idéal posé sur lui, sur-moi, très tôt. ❞
La psychologie du collaboratif – Dessine-moi nous – Eva MatesanzEditions L’Harmattan. Pages 33-34

 

Le coaching comme l’adolescence n’ont rien de suspect lorsqu’ils sont pleinement traversés

préfère toujours engager des patients, pas des coachés, des sujets en voix active et qui s’assument en entier, qui patientent le temps d’une analyse, au lieu de quelques séances de résolution prescrite de la crise en coaching.

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« L’adolescence est un passage, une période d’un certain deuil de l’enfance, elle entame notre intégrité. De même, sans doute la bousculade des identifications (…), renvoient, selon S. Freud, et peut-être selon tout le monde aujourd’hui, à des imagos* mal définies, à une espèce d’effacement, de mise hors circuit de la constellation œdipienne, c’est-à-dire de tout son vécu propre. À partir du moment où ces identifications se détruisent ou sont remises en cause, nous allons faire le deuil du vert paradis des amours enfantines.

Car nous avons tous vécu sur le vert paradis des amours enfantines, tout en sachant, en psychanalystes, que cela peut être horrible, que cela peut être de la dévoration, que c’était de la confusion, il n’empêche, et c’est mon expérience, que dans les enfances les plus horribles, pour peu qu’on puisse parler avec les gens, pour peu qu’on puisse les entendre, on trouve un coin de vert paradis qui était celui où il ne fallait pas choisir. »

Evelyne Kestemberg
Dans son recueil posthume « L’adolescence à vif »

*En psychanalyse, l’imago désigne ce que représente inconsciemment une personne ou un objet pour le patient, sans rapport avec ce que cette personne ou cet objet est réellement. Il s’agit d’une représentation inconsciente qui donne lieu à un « transfert » vers d’autres personnes ou objets, pareillement irréel. Pour donner un exemple concret, prenons le cas d’un homme ayant eu le sentiment d’être abandonné par sa mère à la naissance de son petit frère. Une fois marié et sur le point d’avoir un enfant à son tour, il se montre soudain agressif envers sa femme enceinte, sans pouvoir lui-même se l’expliquer. L’imago maternel serait en fait à la source du problème : sa femme va devenir mère, l’homme transfère sur elle tous les sentiments négatifs qu’il a ressentis à la naissance de son petit frère. Dans son inconscient, il voit son futur enfant comme un rival. Lors des séances de psychanalyse, trouver l’imago à la source des croyances, des sentiments et des agissements est une étape importante vers une plus grande ouverture et souplesse d’esprit et de relation.

C’est depuis que notre ami Jean-Marie von Kaenel avait relevé lors d’un atelier de campagne à Sens les similitudes entre le coaching et la clinique des adolescents, pour être de fait face à un sujet qui n’a pas complété son détachement et sa désidentification de la famille ou de l’institution, que je me suis intéressée à la pratique des groupes, le milieu de fait de nos interventions en entreprise, avec le RH, le boss, le collègue, la collaboratrice et toute cette galerie de transferts latéraux qu’évoque le coaché à chaque séance ou que nous rencontrons effectivement en réunion tripartite, un peu comme ses parents, ses frères et ses sœurs, son amoureuse et le terrible de sa bande d’amis.

Je préfère toujours engager des patients, pas des coachés, des sujets en voix active et qui s’assument en entier, qui patientent le temps d’une analyse, au lieu de quelques séances de résolution de la crise.

J’ai découvert Evelyne Kestemberg lors d’une recommandation d’un de ses élèves pour une problématique effectivement adolescente et privée, et j’ai pu ainsi plonger pleinement dans la délicatesse de cette pratique. Je ne pouvais pas mieux tomber. Je suis debout et je jubile. Et je partage volontiers.

Il n’y a pas que les adolescents, ou les coachés, qui restent dans les limbes de leur venue à la vie. C’est d’ailleurs le cas du cas de clôture de ce recueil. La patiente n’est plus une adolescente et pourtant elle fait sa crise. Elle a enfin trouvé celle qui l’écoute et celle qui lui parle, qui la renvoie au vert paradis de son enfance. Et puis qui chemine sur la crête d’une psychanalyse.

Et je dis à dessein une, j’ai toujours insisté auprès des analysants qu’il ne s’agit pas de LA psychanalyse, ni de LEUR psychanalyse, mais d’UNE traversée commune comme leur venue au monde était UNE. Un père, une mère, une vie qui ne ressemble à nul autre. Et qui en même temps les rassemble.

Quitter définitivement ce coin de vert paradis qu’en psychanalyse enfin nous venons de trouver, qui (est) celui où il (n’y a pas à) choisir.

La plupart des psychanalyses « cassent » à ce stade. En cela elles rejoignent le coaching qui prévoit sa fin à peine on retrouve les esprits. Pour les meilleurs coaching. Beaucoup de ceux qui affirment avoir « fait psychanalyse » comme ils auraient fait la Grèce, ou du « travail sur soi » comme on désherbe, n’ont fait que retrouver leurs moyens, et c’est énorme. Mais n’est-ce pas un « qu’as-tu fait de ton talent » et un « qu’est-ce tout cela face à la mort » qui nous propulse ou nous ronge ?

J’ai la chance, et le courage dois-je dire aussi, mon talent à moi j’espère, la trace de mon humanité, d’accompagner par delà les près salés. Vous êtes nombreux à tenter la rupture pourtant. Mais je tiens à vous en toute liberté. Et cela semblerait vous aider à tenir sans vous attacher ni peser sur votre identité. C’est ce que vous découvrez lorsque vous persévérez.

L’étape du détachement et des désidentification prégnantes peut alors commencer, et elle peut être aussi longue que celle de raccorder et de reconnaître les sources inconscientes. Elle va à la source de votre désir comme on dit. De votre liberté… De renoncer.

Et elle commence, en effet, par « que choisir » dans un dernier détour vers ce qui n’a pas été choisi.

image« Choisir entre quoi et quoi ? Choisir entre être un homme, être une femme, cela veut dire : choisir entre les parents, mais cela veut dire ou bien être une femme qui serait un père en moins, ou être une femme qui serait un père en plus parce qu’elle aurait toute la puissance du père à l’intérieur de son ventre dans une vision mégalomaniaque. Est-ce choisir un père qui aurait un phallus d’acier inébranlable ? Est-ce choisir d’être un garçon comme un père constamment castrable ? (…) On voit très bien (dans chaque cas) la teinte, les rémanences, les permanences de ce(s) type(s) d’identification au père, (à la mère ou à leur relation comme le défendait Mélanie Klein très justement), qui est multiple.

Je crois qu’au bout du compte c’est arriver à faire coexister dans sa tête toutes ces variantes de chacune des images, d’accepter qu’elles existent pour chacun, de les retrouver mais aussi de ne pas y avoir constamment recours, de s’en servir selon l’usage sans être débordé par l’une d’elles qui viendrait effacer toutes les autres et remettre donc la continuité narcissique en danger. »

Permettre la continuité d’existence et la conquête (Œdipienne) d’un trait. Et ce « vert paradis d’enfance » sera le point de départ d’une destinée. Après le passage en adolescence enfin !

 

Illustration de couverture Kate Parker Photography

Le Masculin

Bruno Clavier à généreusement partagé sa clinique et je suis heureuse de m’en inspirer pour écrire au masculin !

Après la haine au féminin, destructrice autant que créatrice, j’ai aimé aborder la question du masculin : agressif, vivant, mortel. Transmetteur ou sinon rien.

C’était mon présupposé, moi qui m’intéresse à la psychanalyse comme tout autre chose que la communication à laquelle j’avais tellement tenu jusqu’alors : rédacteur et porte-voix en entreprise, puis coach. Et psychanalyste en devenir si j’ose.

J’en suis persuadée aujourd’hui qu’au delà des paroles et des outils qui les portent, la transmission opère. Que chacun la porte en soi, et alors l’homme qui ne fabrique pas d’enfant, en fabriquerait sa réalité et son devenir transcendant.

Le masculin alors.

C’était au programme des Séminaires Psychanalytiques de Paris ce mercredi 7 décembre. C’était idéal. L’intervenant : Bruno Clavier. Psychanalyste, passionné et pratiquant l’intergenerationnel justement, la transmission inconsciente. Souvent auprès d’enfants. Là où tout est visible sans fard. Il est l’auteur chez Payot de l’ouvrage « Les fantômes des familles ». L’illustration ici est celle d’un mage de la lumière, Sorolla, actuellement exposé sur le thème de son séjour à Paris au Musée du Prado de Madrid.

Monsieur Clavier nous a livré sa clinique d’un devenir un homme.

Il a cité Simone de Beauvoir pour qui la femme ne naît pas femme mais le devient. Pour l’homme pense-t-il c’est pareil. Et c’est surtout passionnant de voir grandir les petites filles et les petits garçons et les voir dessiner la maman comme une terre, une maison, le papa plutôt le tonnerre, le soleil, et le vent. C’est ici le langage de l’inconscient le plus primaire, celui des traits lâchés, bien avant les traits domptés des mots.

Puis, regarder bouger les enfants, déjà nourrissons, les vacillements circulaires du bassin des filles, les rythmes avant arrière, rectilignes, du garçon. En consultation un petit garçon qui se cognait la tête contre les murs vient au fil des séances à ce balancement. Il se saisit de son genre. Il se saisira de son sexe à l’adolescence alors.

Son grand père maternel avait dû faire un choix impossible jadis entre la mère et l’enfant qu’elle portait dans son ventre : de quoi se casser la tête. Il avait choisi son épouse et sacrifié l’enfant.

C’est cela la filiation du garçon en ce qui concerne le masculin, son père oui, son grand-père maternel beaucoup aussi.

Et son problème à résoudre ne serait pas tant l’angoisse de castration souligne Bruno Clavier mais l’identification à celui qui a des relations sexuelles avec celle qu’il convoite : la mère.

Cette identification est possible si le père est en relation avec l’enfant, s’il lui accorde sa parole, s’il lui transmet qui il est, sans s’absenter où se dérober, à lui-même souvent !

S’il n’y a pas de parole, le garçon mime, il ne s’identifie pas. Il répète dans le sens de il duplique. Il retombera dans les ornières dans lesquelles son père s’est pris les pieds, puisqu’il aura des comportements copiés collés. Pas tellement connus et compris, puis intériorisés mais intériorisés directement  sous la forme de l’introjection. Les comportements d’infidélité ou de sabotage en font partie. Le descendant peut avoir bâti une vie plus équilibrée. Il n’en sera pas heureux car il aura une compulsion à agir comme l’ascendant.

C’est le cas par exemple d’un homme qui après chaque relation sexuelle, parfaitement satisfaisante avec sa femme qu’il aime, a besoin d’aller sur Internet et poursuivre son activité sexuelle sur des sites pornographiques.

Ceci est le clivage culturel : pour l’homme il y a la maman et la putain. Pour la femme le mari et le prince charmant. La femme historiquement réduite au foyer, à la procréation et au soin des enfants, trouve une alternative à son époux, souvent non choisi par le passé, dans la rêverie, et dans des rencontres partielles, inspirantes d’un idéal masculin. L’homme lui a des occasions de rencontre à l’extérieur qu’il investit aussi naturellement, de par son rôle d’aller chercher de quoi vivre, et son rôle de représentation.

Les deux clivages se complètent parfaitement.

Homme est celui qui s’empêche, disait Camus.

L’homme qui n’est plus un enfant, ni une femme, a conscience du temps, de l’espace, il s’inscrit dans un territoire dans lequel il a un rôle qui le dépasse, il s’inscrit dans un temps qui a un début et une fin. L’homme qui s’empêche transmet ceci autour de lui. Cette conscience que son inconscient, son infantile, lui refuse. Cette conscience de la vie et de la mort.

Après s’être identifié aussi imparfaitement soit-il, mimétique au mauvais père, l’homme peut par la psychanalyse et/ou son chemin de vie, se désidentifier aux imagos qu’il a formé dans sa tête, du masculin et du féminin, du père et de la mère. Il modèle ces imagos à son image à lui. Il accueille le féminin aussi : sa mère, et sa grand-mère paternelle. Son désir d’elles autrement, prend forme auprès de sa femme, de ses partenaires professionnelles féminines, de ses enfants.

« Tu seras un homme mon fils. » – lui dit le père. Le père de parole.

« Tu es ma femme. »

« Tu es mon enfant. Ma fille. Mon garçon. Une femme. Un homme bientôt. »

Il peut leur dire à son tour alors.

Sa femme est femme, celle qui a un sexe de femme et non un rien, celui qui lui permet de désirer la pénétration. L’homme n’a lui plus peur de la castration, qui vient par la femme : vagin insondable et dévorant sinon.

Sa fille, son garçon, sont des futurs homme et femme, sexués, puisqu’ils auront reçu la parole du père, de l’homme, du garçon.

L’homosexuel est celui qui manque de son propre sexe. Comme le hétérosexuel manque du sexe opposé. L’homosexuel a manqué de père, de parole, de celui qui transmet et se sépare. Instantanément, l’homme se sépare de l’enfant par l’éjaculation. Il revient par la parole mais c’est pour lui dire son nom : séparation symboligène qui complète l’autre séparation qu’est la naissance de la mère.

En consultation, l’homme « estime qu il va vraiment mieux quand il est capable de contacter, d’accepter et de faire vivre en lui son féminin. Appréhender au mieux ses rapports avec les femmes, les enfants et les hommes. »

Ainsi conclut Bruno Clavier ses notes dactylographiés.

Transmetteur, et connecteur. Homme de lien. Le pénis comme virgule, j’aime moi l’imaginer.

Les destins de la haine

En clôture du thème posé de la haine au féminin lors de la Conférence du 19 novembre 2016 de l’Universite de Paris Diderot

Le destin de la haine

Tout ce qui va de la juste colère au meurtre du frère

Et vice-versa ?
Claire Gillie
Psychanalyste Chercheur

 

Il est un impératif de vengeance dans les lois divines du mythe.
S’y succèdent des scènes de meurtre et de vengeance. Ces scènes constituent la chaîne des signifiants indépendante du récit.

Comment la haine vengeresse entraîne le processus de la colère au passage à l’acte ?

De la saine colère à la colère pure.

Dans une déliaison pulsion de vie pulsion de mort.

Les déesses vengeresses endosseraient les surmoi.

Reprenons le mythe freudien de la construction du fantasme : « on bat un enfant », ou dans une traduction fidèle, on regarde un enfant se faire battre.
Cette scène met en relief la haine de la sœur envers le frère.
Des enfants morts dans les rêves des analysantes font référence à des frères morts.

Il est un élan vengeur entre les dieux primordiaux, entre dieux et demi dieux, puis les dieux et les hommes, qui finit par se porter sur les enfants, éclaboussures de sang avalées jusqu au bout dans la présentation d’Elisabeth au sujet des rites Cingalais.

De l’excitation de la colère jusqu’à l’acte meurtrier, quel chemin ? Quel destin !

La colère c’est une vive émotion se traduisant dans le physique et le psychique ; elle ouvre dans la violence sa part grandiose !

Juste, sainte colère. Manifestation violente de la justice divine.

Le devenir de l’excitation est abandonné au profit de la justice, l’éthique, la morale…

Et si c’est la vengeance, la justification est d’autant plus grande, acte de l’offensé envers l’offenseur !

L’agression comme mouvement allant percuter l’autre apparaît.

Dans la disposition à la névrose obsessionnelle, ceci explique la relation au monde extérieur étranger et fournisseur d’excitations selon Freud. Pourtant elle ne s’assouvit pas. Elle ne s’assoupit jamais. Elle cherche une nouvelle victime, elle passe de génération en génération.

L’acte s’inscrit et sinistre le lien social. Va jusqu à détruire son objet même et s’en détache.

Dans la post histoire du meurtre on trouve la recherche en loi, à rendre justice ou blanchir l’acte meurtrier refoulé.

Dans la haine pure, il n y a pas le temps de se construire un processus. C’est le cas de Moïse et de la lèpre sur le visage de sa sœur Myriam aussitôt qu’elle doute de la relation de son frère à Dieu.

Quand il n’y a pas de père qui tienne, la présence terrifiante de la mère est un surmoi féroce, impératif, oui, incomprise.

Le surmoi a un rapport avec la loi alors qu’il est lui même une loi insensée qui tend à la méconnaissance de la loi !

Impératif qui ne se discute pas.

Dispense de la culpabilité.

Dans le mythe la violence est prescrite et ne connaît pas le refoulement.

Le parricide (fratricide) freudien est de cet ordre : dans la bible l’épisode de Cain et Abel condamne la descendance à l’exode et à l’errance.

Dans le mythe antique les Erigny convoquent l’infanticide par le démantèlement et la dissolution.

Leur destinée est de venger l’homme assassiné.

Erinae : pourchasser

Les Eumenides sont les Erignyes mêmes, dans leur versant de bienveillance , de mener l’action à bien. Dans le Chœur Grec il est terreur de les voir et d’entendre leur nom, mais lorsqu’il surgit il fait loi. Elles instituent la loi.

Une loi du talion qui bien comprise rend haine pour haine, meurtre pour meurtre, « œil selon œil, dent selon dent ». Ceci est la juste traduction. Le poids, la mesure est à la hauteur de l’affront. Pas du même. De la réparation. Du rétablissement de la justice.

La loi du talion autorise une voix vengeresse à s’élever dans l’individu.

Surgissement de l’inconscient au centre de la psyché humaine.
Conrad Stein, dans « Les Erignyes d’une mère » s’intéresse aux souffrances déchaînées sur Oedipe – ce qui survit à la mère.

Il est un choix impossible dans le réel lacancien, entre les erigni du père et les erigni de la mère.

Discorde et amitié.

Comment cela cesse ?

Par le destin de la pulsion.

Les Erignyes doivent s’exprimer pour faire justice. Faire chuter la jouissance effrénée par la parole, mais leur haleine et leur salive même est du poison.

Les Trois temps de la vengeance comme les trois temps de la séance chers à Lacan :

1) Le destin, la prédiction invoquée.

2) Le temps de com-prendre, prendre-avec, tous les éléments, prendre les enfants, du père et de la mère alors.

3 ) Le temps de l’instauration de la loi, la parole selon la parole, le temps pour conclure.
« On bat un enfant » prenant le frère comme objet de la haine, produit le ciment du lien et de la discorde ; projette sur les murs l’interdit œdipien.

« On abat un enfant, on tue un enfant » reprend Serge Leclaire

Dans ce « bat » Il y a en effet le coup meurtrier dans la version originale allemande de Freud.

« On » représente le père.

« L’enfant » est passivé, battu par le père.

C’est un corps à corps dont l’enfant qui regarde est privé, une rencontre sexuelle.

Dans le déclin du complexe d’Œdipe, la fille aînée doit au moins une fois rencontrer le châtiment du père pour retrouver sa place.

Ou, si le meurtre s’accomplit c’est la sœur rivale qui est « choisie ».

Le cas de la mort subite est une clinique de ce fantasme. La mort du nourrisson provoque dans la famille un déchaînement fantasmatique, puisqu’aucune explication de santé ou de savoir faire ne s’y oppose : la mère est suspectée d’infanticide, la sœur de fratricide.

Chacun revoie ses gestes, chacun passe en revue les possibles coupables. L’idée d’infanticide excite la haine. Et la haine est contagieuse, épidémique, dans l’espace et dans le temps, familiale, clanique.

Là où était la haine, puisse la justice advenir, et retraduire tout le savoir culturel dans le savoir de l’inconscient. Le mythe partagé est un mi-dire, expression et déformation du savoir humain.

Les Erignyes déclenchent, expriment, c’est leur force !
Elles renvoient à un droit originel avant la symbolique.
À une poussée vers le haut des choses qui sont pulsionnelles.

La femme pourrait-elle développer une politique de la haine ? Il faudrait pouvoir dire, et bien dire… Comme les Erignyes qui empoisonnent, sans la mise à mort. Lorsqu’il n’est plus possible de dire.

Dire encore. Femme en corps.

Illustration Sorolla