Des coulisses de la psyché à la scène de rue, enfin

Longtemps je me suis tu, j’avais coupé le son. J’étais assis dans mon coin de table, pendant les festivités, les apéros, les cérémonies sociales, les convenances de rue. Ca parlait politique, rock’n roll, football, région, patin, couffin.J’écoutais d’une oreille, l’autre écoutait ce truc qui me battait la poitrine et donnait des signes de faiblesse. Je tournais le dos à ma jeunesse, j’écrivais en moi comme dans un livre ouvert. Et personne ne le savait. Il se trouvait encore un moi dans la glace mais je voyais bien que certains oubliaient mon nom même s’ils savaient mon silence rempli d’encres sèches. Un jour je suis sorti de mon hiver j’avais mis le mot fin aux quelques tomes écrit sur l’intérieur de moi. Le monde n’avait pas changé, politique, rock’n roll, football, région, patin, couffin. Mais la rue était jonchée de ceux dont je m’étais défait.

La rencontre en espace analytique, ou l’étendue de la psyché…

      

Le premier rendez.
Nous sommes face à face.

J’interroge d’abord la présence, celle qui s’adresse à moi et dont j’apprécie tant l’impénétrabilité radieuse qu’il impose à mon regard.

J’écoute d’abord un corps, son inscription dans mon espace familier.

J’observe les effets qu’il suscite dans cet espace. Ici ou là, je soutiens mon regard pour mieux saisir le poids qu’il porte en son dedans.

 Au fil des premières minutes, l’oeuvre de sa présence vient à s’affirmer progressivement, elle s’érode, se creuse ou se disperse. Elle éclate en quelque sorte.

Freud« Il se peut que la spatialité soit la projection de l’extension de l’appareil psychique. Vraisemblablement aucune autre dérivation. Au lieu des conditions a priori de l’appareil psychique selon Kant. La psyché est étendue, n’en sait rien. »

Rare aphorisme de Sigmund Freud supposé être destiné à son Abrégé de psychanalyse, publié à titre posthume, en 1940.

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 L’abstraction issue de la première fulgurance de mon regard sur ce corps se concrétise lentement: apparaissent des éclatements, territoires ou démembrements singuliers. Je perçois des contours ou des gestes insistants, des entrelacements de doigts, des noeuds, des érosions, peut-être même des vides, ici une pâleur, une couleur….

        J’observe simplement ce corps en ma présence, qui me regarde autant que le mien le regarde et s’ajuste – deux corps en exil que la parole de l’un et l’écoute de l’autre vont inexorablement rapprocher. C’est une première alliance tragique, un préalable qui doit nécessairement s’opérer pour assurer l’authenticité de mon écoute.

        Puis vient à moi le souffle et la voix, une buccalité d’abord avant qu’elle ne devienne une bouche, une substance avant qu’elle ne devienne une pensée. Bientôt surgit le travail de l’image dont la substance sonore s’adresse à moi.
        Une Psyché se déroule et s’étend bien avant que le sujet s’allonge.

 

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« C’est de cette Psyché qui ne se sent pas, qui ne se sait pas, – le cerveau humain est système nerveux central sensible au corps, insensible à lui même en son abstraction -, dont il a été question ce jour à l’Atelier des Jardiniers.
Et dans la relation à l’autre, seulement, se sentir, humain. »

Eva Matesanz