Fêtons avec des bulles mon apport codynamique à ECOSYSTEMIX

Le groupe de travail est un contenant entouré d’une membrane invisible. Une frontière naturelle entre le dedans et le dehors, le connu et l’inconnu, le sûr et l’incertain. Elle héberge et calme les peurs, les incompréhensions, les angoisses de chacun. A la manière d’une galaxie, elle loge des alliances fraternelles et des oppositions « fréroces », des rivalités et des réassurances. Comme des satellites qui tourneraient parmi les membres.

A l’intérieur de cette enveloppe groupale, les enveloppes psychiques de chacun.

A l’extérieur, la Voie lactée des grandes membranes des organisations, des nations, de la planète, et désormais Mars et Pluton.

Pour certains d’entre nous, les structures contenantes, des plus externes aux plus internes, se sont effondrées : la menace climatique, sanitaire, du télétravail, de la vie en couple ou en famille sans d’autres dérivatifs, de la vie seul dans un nouvel univers scolaire ou professionnel, sans avoir pu tisser de liens, découvert des affinités électives par le contact direct et régulier.

Et certains parmi certains d’entre nous cristallisent les angoisses et se brisent : la vague psychiatrique est un big bang en puissance pour l’esprit humain.

L’espace de travail solidaire que peut être un établissement d’entreprise, un tiers-lieu d’indépendants, un parcours de formation et de compétences fragiles, les « soft skills », à distance ou en présence, pourvu que la continuité existe, tisse une membrane de protection autour des participants, sans qu’aucun ne soit le vide poches de celles et ceux qui y transitent : bouc émissaire ou laissé pour compte. Chacun peut se réapproprier ses angoisses et les différencier entre elles et d’avec celles des autres, en interne ou à l’approche. Les liens intimes et sociaux sont réinvestis. Les dissonances qui l’avaient emporté sur les résonances et le désir d’empathie en cette période meurtrie, s’atténuent. Et celui qui avait les défenses fragiles, la chair à vif, peut s’appuyer sur les enveloppes successives, du plus proche au plus lointain et du plus lointain aussi.

Winnicott l’avait bien souligné à l’aube de la psychanalyse devenue psychodynamique, reconnue comme telle : la peur de l’effondrement fait resurgir les effondrements primaires, le manque de contenance du maternel, d’étayage du paternel, la faillite de l’intime et de l’éducationnel premier. Mais aussi la fragilité du monde naturel.

L’accompagnement en groupe ne promet pas la fin de la peur : la défaillance et la mort restent probables et réelles, plus proches qu’on ne voudrait les penser. Mais la compagnie des autres, éventuellement encadrée par un écosystémicien éclairé et éclaireur de ce que cette compagnie implique comme temps long et espace proche, horizons et échéances, cette compagnie permet de vivre en responsabilité plutôt qu’en culpabilité. En lien plutôt que dans la violence, de soi, de l’autre ou de l’avenir humain.

Extrait, pages 62 et 63 de l’ouvrage de référence psychodynamique écosystémique ECOSYSTEMIX

 

Introduction à l’écosystemix

C’est en l’été 2018, alors que l’urgence climatique se pressait à nos portes -celles de nos entreprises mais celles de nos maisons aussi, en société et en famille, entreprises et foyers -que chacun d’entre nous prenait conscience de l’impossible ajournement dans le temps, et de la difficile discrimination des pratiques, créatrices et destructrices, c’est en cet été caniculaire, déboussolé, qu’il m’est venu la simple idée de réunir des personnes amies, du passé, du présent et de l’avenir, de différents métiers et âges de la vie, pour réfléchir et agir ensemble, être le reflet les uns des autres et de ce monde, rendre compte et se rendre compte de ce à quoi un groupe, une communauté, une humanité véritablement écosystémique pourrait ressembler. De comment se rassembler.

Au-delà de se rencontrer régulièrement et d’échanger, il s’est agi de recueillir les traces de nos idées et de nos expériences, par la voie de l’écriture, puis de la vidéo, lorsque l’urgence sanitaire a étendu le sentiment et l’idée de climat naturel en danger à celui de climat social contagieux. Et enfin en « Live » sur les réseaux sociaux professionnels.

Plusieurs thèmes ont émergé, qui se confirment dans la société d’après-covid et de déconfinement partiel : la globalisation n’est plus le progrès, la digitalisation permet l’instant mais ne soutient pas la durabilité de la rencontre humaine et de sa créativité, l’accélération a été inventée de toutes pièces par la fuite des idées en avant oubliant les sentiments derrière elles.

Trois axes les parcourent et ce sont ceux :

  • du corps en ville et au travail, de ses besoins physiques et affectifs, dits psychiques, mais bel et bien affectifs : nous sommes des espèces comme les autres, dont la matière peut être verte, à poils, à écailles ou de chair et d’âme, « innervée » serait-ce de sève, de sang, et en tout cas, d’impulsions énergétiques et de repos, au profit d’autres êtres vivants ;
  • du choix dans la liberté retrouvée, même si les restrictions récentes ne sont pas celles qui l’avaient vraiment nié : les dérives de la pensée unique ou fragmentaire, communautaire, se sourcent dans les idéaux plus ou moins mythiques qui caractérisent la pensée humaine, aussi libre que rationnelle ;
  • du lien dans toute sa complexité : à soi, à l’autre, au groupe social et à l’environnement aussi bien technique, issu de nos velléités instrumentales humaines, que naturel, sauvage, contexte mouvant, vivant enfin.

L’ouvrage ne fait que commencer…

Ecosystemix, par Eva Matesanz

Extrait de l’introduction ECOSYSTEMIX Une aventure humaine

Au cours de l’accompagnement en groupe

Le rôle de l’identification dans l’accompagnement individuel, exploré au titre du transfert en executive coaching universitaire, entre les deux protagonistes de la relation, devient prépondérant en situation de groupe, au sein du groupe lui-même ou de son impact extérieur. Encore une fois, bien au delà de la communication apparente, dans une articulation dynamique de progression humaine avant toute autre chose. Les résultats arrivent de surcroît et se renouvellent au fil du vivre ensemble.

L’identité et la singularité sont marquées par le prénom, l’allure physique et l’originalité de la pensée et des émotions. Elles alimentent le sentiment d’exister. Elles se renforcent avec celui de continuité : le sentiment de rester « égal à soi-même » à tout moment et en toutes circonstances. Ces sentiments façonnent à tel point la personne, l’individu, le sujet, qu’il se vit  » identique  » ou du moins reconnaissable à son  » style « , à sa façon d’être toute particulière tout au long des transformations qu’il  » subit  » au fil des années, dont celles de l’enfance, de l’adolescence, de la maternité pour les femmes, de la maturité et de la vieillesse. La rencontre avec un accompagnateur en est le révélateur.

Notre unicité, cependant, est liée à notre groupe d’appartenance : nous nous ressemblons, nous nous reconnaissons les uns les autres, nous nous percevons comme étant proches tout en étant conscients des différences qui aussi nous constituent. Nous retrouvons notre style d’appartenance à travers nos changements de lieu et dans le temps. Ce sont nos choix, conformes à l’appartenance d’origine, ou du moins, relatifs à elle. Avec des nuances ou en opposition. L’expérience du Soi, d’une apparence corporelle et non seulement psychique, le Moi, est présente dès la naissance. Cette expérience peut être envisagée comme la manifestation première et fondamentale de l’identité.

L’être au monde

Winnicott a été le premier en 1965 à formuler ce Soi, même si Freud avait bien insisté sur le caractère avant tout corporel du Moi, clairement manifeste dans l’hystérie. Winnicott l’a ancré dans l’expérience subjective de l’être au monde, et, à ce moment là, initial, de la relation à la mère. Si les ambiguïtés de la communication mère-enfant avaient fait souligner le lien paradoxal, squizophrénique, fait de persécution et de désespoir par George Bateson,

Winnicott se réfère aux liens les plus précoces, lorsque l’enfant rencontre son premier miroir dans le visage de la mère. Elle le réfléchit puis parvient à s’identifier du moins partiellement à lui et à apporter des réponses toutes personnelles à ses besoins et à ses désirs. L’enfant peut reconnaître dans ces réponses, quelles qu’elles soient, ses propres besoins et envies. Il s’y identifie et acquiert son identité. Le développement de l’enfant exige une autre psyché qui soit à même de penser et de ressentir ses sentiments et intentions, sans pour autant l’envahir d’angoisses ou de ses propres états affectifs négatifs. La manière dont la communication se déroule doit pouvoir permettre de reconnaître des sentiments distincts, qui seraient le reflet les uns des autres et non un sentiment pleinement partagé !

Si le sentiment d’identité a une origine très précoce dans la relation à la mère, qu’il se complète dans la relation au père sans que les désirs soient « satisfaits » de lui mais clairement reconnaissables comme étant « similaires », mimétiques et rivalitaires, ce sentiment se consolide et se détache de ces deux parts du moule, le noyau des origines, lors de la crise d’adolescence, avec la découverte d’une appartenance toute singulière : celle du groupe de pairs.

De faire la paire à faire avec les pairs

Le pubertaire représente un retour du pulsionnel originel, endormi pendant la période de latence, de 7 à 10 ans, le temps des apprentissages symboliques : lire, écrire, réfléchir, solutionner, questionner, patienter. L’adolescence s’étend sur toute une période de vie où les affects infantiles sont remis en question. Longuement mais aussi violemment.

L’adolescent doit chercher une nouvelle identité par rapport à l’identité infantile qui s’est construite dans un lien de dépendance aux parents, d’idéalisation ou de soumission auto-conservatrice. Cette épreuve de vérité toute personnelle provoque une restructuration brusque et très ambiguë de la personnalité, avec des prises de position extrêmes, en évolution rapide aussi, chargées de conflictualité de par la complexité qu’elles tentent d’embrasser.

La tempête relationnelle envers les figures de référence peut être d’une très grande violence, un « ravage » en particulier avec l’adulte du même genre, un affrontement implacable chez les adolescents les plus vifs qui savent pouvoir mettre en crise les rapports précédents sans perdre leur Soi, leur unité, pour autant.

En revanche, ceux dont le Soi est menacé ou fragile risquent de demeurer dans un rapport de soumission envers les figures d’autorité, de passivité auprès des pairs, victimaire ou dominant, empêcheur. La crise, préparée longtemps en amont, se caractérise par une dépression non reconnue comme telle, un état d’anxiété pouvant amener à somatiser ou à développer un « faux self », un semblant de personnalité, une identité de rôle. La place dans le groupe est figée et fige l’ensemble.

La dernière chance est celle de la maturité en milieu professionnel

La crise de milieu de vie est la dernière grande crise identitaire, celle qui se projette vers l’échéance mortelle plutôt qu’à partir des origines tout aussi inhabitées, le dernière chance pour l’affirmation de Soi et le dégagement des cuirasses. Pour la transmission et l’apport effectif au monde et au sens de l’histoire.

La consultation en groupe ou en individuel – souvent en groupe en milieu professionnel, un groupe de pairs ou bien les groupes tripartites et quadripartites du coaching professionnel, puisque des réunions ont lieu entre le coach, le coaché, la RH et le manager – cette consultation désormais normalisée doit permettre de distinguer le manque temporaire de cohésion interne, et c’est le groupe alors qui peut permettre de refléter un remembrement, ou bien révèle-t-elle des fractures plus profondes ? Ces dégâts identitaires, et asociaux alors, auront besoin d’un soutien suivi complètement à l’écart du milieu professionnel ou alors, en étant reconnus et acceptés au titre de la diversité désormais, dans une intégration dédiée, permettant des apports au groupe de travail qui ne seront plus performatifs, mais aussi modestes que réguliers et en cela, précieux.

La personne qui craint ses propres limites internes apporte des limites réelles aux autres. Elle apporte au groupe la réalité de sa propre discontinuité et la pertinence de l’effort collectif, du désir de groupe, en renouvellement continu.

L’interdépendance et l’hétérogénéité permet au collectif d’asseoir sa propre identité, complexe et forte. Et de renforcer celle de ses membres dont la projection est multiple, en diffraction sur l’ensemble des participants.

Le groupe et les sujets qui l’habitent dépassent aisément alors les écueils des groupes délirants, très répandus dans nos organisations formelles et dans nos écosystèmes digitaux : l’idéalisation ou l’illusion groupale, l’opposition binaire, en leur sein ou par rapport aux autres groupes, et le désengagement individuel, selon les hypothèses de Wilfred Bion, la référence de bout en bout dans cette étude de la relation psychodynamique et écosystémique à présent.

Le groupe vivant traverse les stades de son propre développement, la ronde de son identité et des identifications en son sein : forming, storming, performing, adjourning. La formation, la « tempête relationnelle », défensive de chacun et créative ensemble, de collaboration pour certains objectifs et d’ajournement pour bien d’autres aventures, tout naturellement. L’accompagner est un don, de ce groupe à ses accompagnants. Des accompagnants au pluriel et en groupe tout aussi vivant !

Au cours de la relation d’accompagnement

C’est à l’Université de Paris Cergy, en formation continue pour adultes, au titre du DU Executive Coaching que j’enseigne la psychodynamique écosystémique.

C’est à l’Université de Paris Cergy, en formation continue pour adultes, au titre du DU Executive Coaching que j’enseigne la psychodynamique écosystémique.

Les cours de Cergy au beau centre de Paris (La Trinité – Saint Lazare) sont reconnus comme étant l’école de la relation, un espace et un temps pour repenser et revitaliser nos rapports humains, ceux du management et ceux de tous ses supports : RH, Innovation, Psychologie et droit du travail, du commerce et du digital. Mon enseignement n’est pas celui stricte du coaching, comportemental en individuel et systémique en groupe. Mon enseignement reprend source dans nos origines, les mythes grecs et les mythes modernes qui restent ceux d’Oedipe et de Narcisse : « je selfie donc je suis » et « quand je serai grand je voudrais être une fille » et celle de papa implicitement. Mais ces origines, révélées définitivement à notre aveuglement, naturel, puisqu’il y a refoulement et que tout ceci reste inconscient, par Sigmund Freud, ces origines répétées, presque fatales, ont connu les efforts de tous ceux d’entre nous qui choisissons l’organisation humaine, le groupe social. Et l’Ecole de Palo Alto aux US, propulsée par Bateson, le successeur de Freud allant au fond de la schizophrénie, plutôt que du côté de la conformité névrotique, au coeur du double lien ou lien paradoxal qui anime la relation, l’Institut Tavistok Britannique, auteurs tous les deux de nombreuses interventions en entreprise (financées par Rockefeller lui-même : Procter and Gamble en est l’exemple le plus surprenant pour paradoxal, un lessivier, un rouleau compresseur marketing mondial), ces écoles de recherche et bien d’autres intervenants individuels en réseau d’affinités et de controverse, ont fait paraître la réalité d’un changement à plusieurs, deux au moins, point de psychanalyste en retrait, et des liens indéniables de nos relations entre nous, qui ne s’arrêtent pas aux structures légales ou personnes morales, avec la société humaine dans sa globalité et avec l’environnement naturel.

C’est à cette psychodynamique écosystémique que je dédie deux articles issus de mon enseignement 2021 : d’abord, sur l’accompagnement individuel, subjectif, ensuite sur l’accompagnement d’un collectif, créatif à souhait. Dans un cas comme dans l’autre, le désir plutôt que l’équilibre (l’autoconservation, l’homéostasie) est à trouver et retrouver : le désir demeure désir lorsqu’il ne se satisfait pas de la jouissance. L’équilibre retrouvé, le respect de chacun, la durabilité en sont les conséquences naturelles à la bonne heure, au vrai bonheur.

Au cours du coaching individuel

Dans toute relation, il existe, par delà la communication manifeste et consciente, verbale et corporelle, une communication inconsciente complètement silencieuse. Comment cette communication entre deux capacités psychiques a lieu ? Le mécanisme « de base », formulé par Wilfred Bion dans la deuxième moitié du XXème siècle, lorsque la psychodynamique et la systémique remplacent avantageusement la psychanalyse monadique de conservation pour libérer la créativité et l’innovation par les rencontres d’idées et de sentiments, le processus connu depuis Mélanie Klein, rivale d’Anna Freud dans les nouveaux développements de la connaissance de l’inconscient, est celui d l’identification projective.

Par définition, l’identification projective consiste à déplacer des parties de soi dans « l’objet », le récepteur, qui peut être capable de les reconnaître. Ses réactions dépendent de ses propres identifications avec ces parties internes de son partenaire. Il peut s’agir d’identifications complémentaires ou bien d’identifications concordantes : les idées et sentiments sont similaires ou bien ils sont différents et les complètent. En revanche, lorsque le récepteur ne comprend pas l’émetteur – et cela est susceptible d’arriver à bien d’endroits -, il s’angoisse, consciemment ou non, et cette angoisse vient inhiber durablement sa compréhension. Les émotions non examinées du récepteur, et a fortiori, de celui qui a le rôle d’accompagnateur, sont ré projetées vers le demandeur, risquant ainsi de mener le processus d’évolution vers une impasse. Seule une analyse attentive de ce transfert d’affects – prenant leur origine il est vrai dans l’histoire du sujet, dans ses identifications premières et celles qui les répètent ou les complètent -, seule une analyse à l’endroit du contre-transfert de l’accompagnateur, peut rétablir les conditions nécessaires à la poursuite de la relation et de son objectif.

Communiquer…

Si en lieu et place d’une compréhension rationnelle et directe de ce qui est confié l’accompagnateur est capable d’apporter sa contribution subjective et formuler une interprétation – jouer un rôle, imaginer un scénario partagé, dans un rêve éveillé, sans aucune prétention de vérité -, le professionnel élargit le champ du contre-transfert. Et il le fait en lien avec le demandeur. Il ne s’agit plus de compléments ou de confirmations mais de suppléances portées au processus d’identification comme autant d’options créatives, inédites. La capacité imaginative prévaut aux conformités professionnelles. On sait bien que Bion a parlé de rêverie pour évoquer la capacité maternelle de comprendre l’état d’âme de l’enfant et de pourvoir à ses désirs et à ses besoins en l’absence totale de communication organisée. Cela dit, la rêverie du professionnel n’est pas celle de la mère qui va former l’expérience de son descendant, mais plutôt celle de quelqu’un qui fait face à quelqu’un d’opérationnel mais sans illusions ; ou bien, de volontaire mais sans résultat et sans gratification émotionnelle.

L’accompagnement consiste en la capacité à rêver les rêves  » inrêvés  » par le demandeur, à partir de la subjectivité de l’accompagnant, sans jamais se substituer à l’accompagné. Aventuriers sur un chemin qu’ils foulent pour la première fois mais d’après des expériences différentes. L’inconscient de l’accompagnateur n’est pas un simple organe réceptif et productif, mais un organe créatif et respectueux. L’identification est une suppléance, ni un complément ni un renforcement, comme ceux mentionnés plus haut. Elle correspond au plus haut degré d’empathie : celui de ne pas se comprendre et pourtant… rester en lien, et cela nourrit le désir le vrai.

Un demandeur narcissique ou mélancolique laisse peu de place à cette co-construction. Les projections d’un sujet pathologique sont négatives. L’accompagnateur peut rester vivant et dynamique s’il n’est pas tenté lui-même de se donner de l’importance ou, au contraire, de s’inscrire dans la déchéance. Les choses ne sont pas plus faciles lorsque l’identification est positive, séductrice ou complice, rivale et stimulatrice. L’accompagnateur demeure responsable de sa propre perception des faits et de ses capacités limitées. Son partage est déterminant pour permettre au demandeur d’intégrer des réalités, plutôt que de se laisser aveugler par son propre transfert d’affects. De même, l’accompagnateur ne doit pas se fier à sa seule relation avec celle ou celui qui est engagé dans une évolution personnelle. En vertu du lien affectif ou de l’enjeu qui rend son accompagnateur de fait figure d’autorité, le demandeur est naturellement très attentif à la manière dont son accompagnant se positionne avec lui.

…pour entendre plutôt que s’entendre

La relation se forme et se maintient grâce à la capacité que doit avoir l’accompagnateur de repérer les éléments significatifs dans les communications, dans le cadre et autour du cadre (retards, oublis, changements). L’analyse du contre-transfert, la supervision de l’accompagnateur, est fondamentale pour entretenir la relation vivante dans la durée mais elle ne constitue pas la clé de l’évolution effective de l’accompagné.

L’accompagnateur ne doit pas se limiter à comprendre les seules projections qui le concernent. Il n’est pas dans le seul processus de communication. Il ne peut pas se fier aux seuls sous-titres des scènes partagées. Il est le modeste invité – plutôt que la guest star – d’une superproduction, d’une épopée, d’une saga héroique sans être tragique, et sa curiosité bien plus vaste que celle portée à son livret va permettre au demandeur de compléter son propre développement psychique : investir des souvenirs, réévaluer des connaissances, retrouver des sentiments, contradictoires et forts.

Cette expérience de vie pleinement partagée permettra au demandeur d’appréhender les émotions de la relation et de retrouver sa propre signification personnelle : le sens de l’histoire et le chapitre suivant. Celui où à nouveau seul, il s’engage sans angoisse, confiant, compréhensif davantage que compris, conquérant et responsable de ses choix, dans de nouvelles relations qu’il identifie sereinement. Et la vie va…

Post-Scriptum

Que reste au coach analyste que je suis ? La poésie… au sens premier : la création – recréation.

“ Ce qu’on met de soi dans l’autre est infiniment plus vaste que ce qu’on croit lui confier. Quelquefois c’est sa propre vie, d’autres fois c’est son âme, sa vocation, sa sauvagerie, sa misère, une dette ancestrale, c’est toujours exorbitant, une valeur passée en douce, clandestine, que l’on s’échange dès le premier regard. ”

Anne Dufourmantelle, En cas d’amour, 2009

Que l’on s’échange… Ce qui reste est là dès le premier instant. Et le temps de l’accompagnement n’est qu’un temps. La clôture laisse de part et d’autre de son enveloppe, tombée pour la métamorphose évidente, deux être libres et volages reliés profondément.

Sans odeur, sans saveur, sans y toucher ? S’en sortir aujourd’hui et demain

« À un moment donné, j’ai rejoint une équipe sans histoire. Je veux dire qu’on n’avait pas de liens entre nous, on ne se connaissait pas d’avant. C’était en plein confinement, on avait juste Zoom pour travailler ensemble. Et donc, il y avait une femme avec une voix très rauque. J’ai aussitôt pensé à une fumeuse. De longue date sans doute. Même si, bien sûr, il n’y avait pas les odeurs à distance. »

IL N’Y AVAIT POURTANT PAS D’ODEURS

C’était l’autre jour, lors d’un échange entre « télétravailleurs » d’actualité et pour longtemps peut-être dans le cadre de l’animation d’une nouvelle série « Les dossiers de l’écran » auprès de la fonction publique. Il s’agissait cette fois-ci d’un atelier en petit groupe et en libre parole pour déplier les histoires qu’on se raconte dans le travail sans contact, à distance.

André de Chateauvieux, porteur et réalisateur de cette initiative bien accueillie par le Lab de cette entité puissante, en transformation bien entamée avant la crise, accélérée par la situation, André ne s’est par porté sur ce que cela pouvait renvoyer cet univers du fumeur pour celle qui parlait. Ce n’était pas utile de savoir, c’est déjà beaucoup de mettre au jour cette dynamique de projections.

Et puis elle a continué : « Il faut dire aussi que l’univers de cette femme-là – en tout cas ce qu’on percevait de l’intérieur de chez elle, à travers l’écran – était plutôt sombre, comme embrumé. Et j’en ai parlé avec des collègues de l’équipe, ils avaient la même impression. Mais un jour, alors qu’on ne lui avait rien demandé, elle nous a dit qu’elle avait subi une opération chirurgicale au fond de la gorge. Et c’est pour ça qu’elle avait cette voix-là, très particulière. »

Ce « cinéma intérieur » n’est pas réservé au distanciel et aux équipes « sans histoire ». Oui, sans même le savoir, à chaque instant, on se fabrique plein de projections sur l’autre et de quiproquos alors. Avec plein d’effets sur nos manières d’être ensemble et de faire équipe. D’être avec soi au fond.

A LA MAISON DANS UN JOB SANS SAVEUR

 » Depuis le mois de mars nous sommes comme pestiférées.  » – Elle travaille au marketing d’un grand groupe industriel. –  » Après vingt ans d’entreprise et de missions de par le monde, je suis au rang de data scientist et le travail à distance totale m’a été imposé. Seuls les marketeurs en lien opérationnel avec le commercial, la fabrication, le marché sont admis en présence ou en réunion dans les bureaux parisiens. Pourtant l’activité est en forte mutation. Avec mes collègues, nous savons que des changements interviennent dans l’organisation. Nous avons l’impression d’en être éjectées, ou du moins mises de côté, comme les ingrédients d’un gâteau qui se ferait sans nous désormais. « 

Il y a dix ans j’accompagnais celle qui s’exprime ainsi aujourd’hui lors d’une nouvelle première séance sollicité à la volée, en visio et sans chichi.

A l’époque il s’agissait de développer une activité de loisir à loisir, en parallèle de son job prenant. Ses origines l’ont amenée naturellement à en faire une affaire de « cakes ». Délicieux et conviviaux. Avec d’autres comme elle. Cela a duré un temps. Aujourd’hui, elle est aux fourneaux à la maison. Pour son employeur et pour sa famille tout autant. Mais sans saveur, souvent.

Aujourd’hui, c’est l’appel de collectifs entiers qui s’exprime à travers elle. Le pouvoir se resserre autour de quelques uns. Et pas forcément pour changer en profondeur.

Le monde s’exprime de ces quelques explorateurs et penseurs de terrain, volontaires, en séance privée ou en atelier. Les groupes d’entraide se démultiplient. L’entreprise les favorise au mieux. Sans les ramener de suite au « brainstorming » créatif ou à la résolution de problèmes animés par des experts. Plus question d’avancer masqués. Les gens n’en veulent plus. Ils veulent respirer. Et manger sur l’herbe. La sentir à ses pieds. Aujourd’hui et demain.

SANS Y TOUCHER

Cette semaine enfin, j’intervenais lors d’une visioconférence à enjeu, sur les écosystèmes économiques et sociaux désormais. Les associations professionnelles qui ont servi traditionnellement de zone d’influence et de hub de rencontre se retrouvent débordées.

  • D’adhérents qui se cherchent une place à trouver.
  • De grands acteurs industriels et de services qui y puisent l’air du temps et le gaz et l’eau dans le gaz.

« A quoi bon bâtir un prévisionnel ? Faire émerger des idées innovantes ? Nous réfléchissons sur l’actuel, avec des états d’âme divers et nous nous confions sur ce que chacun peut ou pas engager à l’instant même. Et au lendemain, nous recommençons car ce n’est pas nous qui innovons pour nous targuer d’écosystème d’innovation, high-tech, nouvelle génération : c’est un mouvement de fond et un mouvement qui fédère les générations, les compétences, les incompétences, les risques et les conséquences. »

André et moi, nous animerons un parcours libre d’entraves institutionnelles et d’urgences écosystémiques, en petit groupe de praticiens de l’accompagnement sous toutes ses formes (formation, management, conseil, coaching, thérapie) sur toutes les questions que la transformation profonde de nos organisations et le travail à distance met en relief et amplifie. Sur toutes ces questions du travail en présence aussi. Et de la transformation voulue, menée de bout en bout. Au bout de soi. Au bout du monde, de lien en lien fondateurs de notre humanité.

S’EN SORTIR, LE COMING OUT AU NATUREL

Une série d’ateliers sur vos questions à vous par les temps qui courent, et les espaces qui bougent, sur vos histoires actuelles et d’avenir dans la participation et l’animation des équipes et des groupes, en présence, à distance et les formes hybrides entre les deux. C’est à la campagne près de Sens. À une heure de Paris-Bercy par le train. Les lundis 22 mars, 19 avril, 31 mai, 28 juin, 30 aout et le 20 septembre 2021 de 11h à 17h.

Et suivre la chaîne EvaTIPs du ComingOUT si vous aimez.

Illustration L’atelier des jardiniers au printemps, tel que ce sera pour vous accueillir en odeurs, en saveurs, sur l’herbe et en mouvement sans en douter.

Trois voeux

Les vœux de nouvelle année se confondent dans notre esprit peut-être avec la lettre au père noël de notre enfance. Ils se conjuguent alors avec le verbe avoir : de l’argent, de la santé, de l’amour. Et ce n’est que dans un sublime effort qu’ils s’expriment et se donnent à voir sous la forme de l’être : être heureux, être en bonne santé, être en sécurité, être amoureux, être parent, être professionnel, être en paix, être dans le succès, et même tout simplement, pour ceux en difficulté, selon les « objectifs » de développement personnel : être quelqu’un, être entier, être à la hauteur, être en progrès…

La distinction

En espagnol, nous faisons la distinction, – certains d’entre vous le savent pour s’y être buté en deuxième langue ou lors de vacances au soleil -, entre le verbe « ser » et le verbe « estar », entre le verbe « tener » et le verbe « haber ». Deux variantes à chaque fois pour les seuls verbes être et avoir en français.

Dans nos pays latins, nous ne sommes pas tristes au sens nous = tristes, nous traversons la tristesse : estar triste. Comme un séjour, una sala de estar, a living room.

« Estar » est aussi un auxiliaire. Accolé aux participes passé et présent il indique ce qui a été ou qui est en voie d’accomplissement.

« Haber » est un auxiliaire également. Il permet à tous les autres verbes d’action de vivre leurs temps.

« Tener » se destine aux seules possessions.

L’expression

Ces différences de ma prime enfance s’effacent dans le comportement de mes propres enfants, nées en France. Elevées pour être et pour avoir dans la culture du lieu et de leur temps. Je « me bats » avec elles, gentiment, corps à corps, comme je me bats avec mes patients, pour qu’elles et eux nuancent leurs états profonds et auxiliaires plutôt que de se confondre et de se perdre dans la quête de l’identité entière et parfaite « to be or not to be » et dans les tendances consuméristes ou du moins cumulatives de nos jours. La vie est un cycle. L’être est fait de manque, de perte et de désir.

Cette particularité expressive de la langue espagnole, reconnue par les lingüistes comme étant une exception notable aussi bien au latin classique qu’aux langues arabes et germaniques – son surgissement vient du latin populaire, parlé, échangé depuis des siècles sans jamais lâcher son utilité -, cet effort princeps et renouvelé de différenciation dans l’expression du langage contribue à l’expression des âmes et des corps.

Le rassemblement

En l’année 2020 ou vous êtes, comme nous tous, beaucoup resté chez vous, vous avez peut-être vécu dans tous vous états à l’intérieur d’une même et seule « salle de estar ». Toujours en voie d’être et avec peu de consommations, de fait. Etes-vous pour autant plus ou moins ? Certains se sont figés ou du moins immobilisés, dans une salle d’attente qui est souvent l’antichambre de l’absence, aux autres et à soi. 

Ce sont eux qui nous demandent un effort de lien, la variante d’un « être avec » qui résume aussi bien estar que ser, qui culmine dans « haber » : avoir le sentiment d’être humains. La diversité expressive se condense alors pour mieux nous rassembler et nous ressembler.

Et c’est ainsi qu’en 2021 je vous vœux.

Supervisée

Ça y est. Je suis à nouveau en supervision de ma pratique professionnelle. J’ai choisi le cadre du groupe pour la première fois. Et un superviseur formateur que l’on choisit « comme un melon » comme il est conseillé de le faire : parce qu’il fait le poids, qu’il sent bon et qu’il ouvre l’appétit plutôt que de clore le débat.
J’écoute les autres participants. Aujourd’hui nous sommes quatre à présenter des cas. Car il n’est pas question de participer au cycle annuel sans se montrer en difficulté soi-même et avoir une demande aussi bien adressée au superviseur qu’aux pairs.
J’apprends beaucoup des autres cas. Ne jamais tenter de résoudre selon les critères de réussite et de morale. Bien au contraire, rester et creuser làboù ça erre et s’y sentir bien. Le patient final appréciera, lui qui est au mieux de son désir et de son destin qui n’est pas final. 
Bien comprendre le groupe d’appartenance de ce patient. Ne pas chercher à se figurer les personnages. Ce serait cliver et prendre partie. Apprécier les relations. Les nommer. Les décrire. Offrir cette image, ce paysage, au demandeur. C’est à cette visite guidée qu’il aspire. C’est d’assister à l’oeuvre de sa vie. Il trouvera mille façons d’en améliorer l’intrigue. Et il aimera les acteurs et les techniciens qui la permettent, qui n’attendent que d’être dirigés vers d’autres jeux, sans autant d’enjeu, sans la souffrance comme couperet. Et sinon, au patient d’être patient à son tour avec eux.


C’est mon tour. C’est mon cas. Le superviseur m’apprend que je ne sais pas faire de présentation de cas. Je fais une présentation de situation. Cela me divertit de mon trac. Je me laisse diriger à mon tour et je découvre que j’aime ça. J’adopte la grille de présentation et je suis heureuse de susciter des questions dans le groupe de pairs. Les questions sont sans importance. Elles rejoignent les miennes. Moi non plus je n’arrive pas à retenir l’âge de ma patiente, moi aussi j’ai des hypothèses de maternité déçue et de vieillissement mal vécu. Mais cela ne me donne pas envie de prendre la parole. Je l’écoute dans ses affres professionnels. C’est alors que le superviseur peut les accueillir à son tour, comme s’il y était ou en était, à côté, discret et précieux :
– Elle semble travailler de façon trop scolaire. Et être de ce fait déçue des Aleas professionnels. Sans règle qui tienne. Au plus caractériel des supérieurs et des collègues.
– J’ai failli lui dire hier mais je me suis tue.
La parole ne sert à rien… Ne me sert à rien de ce que je veux…
– Ne seriez vous pas dans un élan inconscient de consolation ?
Je vois l’image d’une étreinte. Cette question fait effet de vérité et je me surprends à ne pas me surprendre.


– Alors c’est inconscient.

– Alors cela l’est puisque vous le reconnaissez.


Heureuse d’être reconnue dans ma pratique appliquée à moi-même, dans mes propres interdits, je n’ai pas besoin de plus. Sauf qu’il me faudra reconnaître l’art du lien de ma patiente si elle revient. Trouver les mots. Ne pas me figer et composer moi-même une image avec elle, de douloureuse. Il s’agit d’un de ces accompagnements si à propos qu’il en devient obscène, interdit, rejoué à chaque séance comme étant la dernière, et en même temps nous n’avons même pas commencé la représentation. Si elle revient je lui parlerai d’elle.
– Vous êtes dans un très bel attachement l’une et l’autre. C’est mignon. Si elle revient, passez aux aveux. Et nous, passons à un cas plus ardu…

Et ce sera le cas d’un attachement mère enfant très passionné, très violent, très difficile pour le thérapeute… 


– S’il s’interpose. Regardez les ensemble plutôt et dites leur ce que vous voyez, l’image et le scénario qui peut être fort, drôle, touchant… Le nous est une image sinon il n’est plus. 
Nos liens n’ont pas d’existence réelle.

J’aime être en groupe bellement imaginaire et bêtement opératoire, les yeux dans les yeux, main dans la main. Pairs aidants.  Relais choisi et mérité d’un grand chef opérateur. Mais chut, ça tourne. J’y vais pour la suite de la série que je chéris de mieux en mieux. Sans dépendance. Attachant. Libéré. Riche en points d’attache fonctionnelle que je peux remobiliser ailleurs. J’ai aussi commencé à le faire, à être encore davantage libre dans mon métier. Davantage ancrée. Solidement pensée et accompagnée. Supervisée qu’ils disent. Mais c’est un mot que je tairai aussi, sciemment, sans arrière pensée enfouie mais bel et bien assumée pour me représenter et ressentir l’image d’un nous, d’un métier partagé, discret et précieux, tout à côté de vous.

Entre deux

L’accompagnement des transitions est l’essentiel de notre métier de #coach #consultant #formateur
La méthode, sous différentes apparences prétendument libres et modèles protégés peut se résumer au constat d’un état actuel et d’un état désiré ou souhaitable suivi de l’évaluation des moyens ou des ressources mais aussi des manques et des pertes. Cet aspect émotionnel dit de deuil prend davantage de place dans les méthodes comportementales et cognitives qui jusque là se portaient vers l’avantage prétendu indiscutable du progrès et de l’efficacité. Le constat des petits pas effectués et de ceux faciles d’accès rythme ensuite l’accompagnement et valide sa réussite.

Pourtant, une transition naturelle nous est bien plus familière. Celle de nos apprentissages infantiles, celle de notre initiation à la vie adulte, celle de nos premiers choix professionnels et amoureux, celle de la paternité, celle de la prise de responsabilités ou d’initiatives créatives, celle de l’âge mûr, celle de la transmission accomplie. Nos clients et nous mêmes ne figeons pas d’une conception théorique et d’un suivi de projet ces véritables transitions.

Cassandre est maîtresse suppléante. Elle est appelée à remplacer la titulaire d’une classe double CM1 – CM2 dans la région toulousaine à l’issue du confinement. Elle prend de suite conscience de l’enjeu du passage au collège pour certains de ses étudiants. Pour les autres, après l’école à la maison, ces quelques semaines de classe sont l’occasion de retrouvailles et de quelques rappels des basiques de l’année en cours, pour se rassurer et partir en vacances en attendant le CM2, de retour dans le même établissement et les mêmes habitudes rassurantes.

Cassandre reconnaît la perte de repères des futurs collégiens, les doutes qui ont surgi pendant la période de crise sanitaire, les incompréhensions sur des sujets académiques rejoignent aisément les incompréhensions vitales et les incertitudes futures. L’enseignement varie peu mais cette reconnaissance et l’accueil de la parole, des questions, des représentations et des émotions aussi mouvants et divers, contradictoires et massifs soient-elles, modifie notablement sa mission.

Cassandre sait créer un espace et un temps transitionnels. L’école s’efface, le collège se dessine à grands traits, et ces enfants sont heureux de vivre au présent et non pas craintifs, colériques ou attristés dans cet entre-deux et peut-être à jamais.

entre les mains de Cassandre

Chacun dispose de ses propres « objets transitionnels » : ses rituels, ses besoins internes et relationnels, sa curiosité, son rythme. Imposer une méthode et un avancement collectifs nuit à l’intégration de ce passage. S’il n’est pas intégré, il n’a pas eu lieu et les prétendus retour arrière ou « élastiques » en langage coach ne sont que des fixations, intemporelles, d’aujourd’hui comme d’hier. De plus, il n’est pas de retour d’expérience mais une répétition de schémas installés sans esprit critique. Un nouvel environnement, d’autres outils, d’autres relations peuvent donner l’impression d’un changement. Mais en sixième à 11 ans ou à sa sixième mission à 41 ans tout en suivant à la lettre le programme, vous êtes malheureux au fond.

Avec André de Chateauvieux nous aimons nous saisir de cette période de transition généralisée, d’après covid, de prévision des effondrements successifs, économique, social, écologique et politique, dans le désordre, pour consacrer une journée atelier de vie et de formation à l’accompagnement de la transition, celle de nos métiers comme celle de ceux que nous accompagnons. Et si certains sont en CM1 ils peuvent toujours y assister. La transition est un état d’esprit qui bâtit une existence pleine, à chaque instant, avec nos proches, avec nos ressources et selon nos choix conscients et notre désir inconscient. Notre affectivité profonde s’exprime en continu sans tics et sans tocs, sans deuils insurmontables, sans choc. Chic alors ! Rejoindrez vous le mouvement ?

Le 31 août de 10h30 à 17h30 à une petite heure de Paris (50 minutes par le train de Bercy), en atelier de campagne buffet de midi compris. En duo d’animation masculin-féminin toujours. Participation financière individuelle de 240 euros.

L’été vivier

Plus que jamais cet été aura été celui de la pause et de la présence, du mouvement sur pied à la façon du vivant heureux. Fini les déplacements et la course au temps perdu. Fini le temps arrêté et le confinement forcé. Il ne reste que la crise. Et la crise est une opportunité dit-on pour se vanter.

Cette crise est un redevenir.

L’avez-vous emprunté ? C’est sans retour. Votre seul bien.

Mon bien

À l’endroit même de mon travail régulier, choisi au loin des civilités, proche des sollicitations qualifiées, au rythme de la nature, entre averses et canicule, idéer et rêvasser, un prochain décours de mon existence, des abandons d’activités : accompagner toujours mais sans me perdre avec eux. Qu’ils viennent à eux tels qu’ils se sont évités. Tels qu’ils peuvent se trouver. Chez moi.

NoS biEns communs

Chez moi la réalité est un régal. Je l’ai appris. Je l’ai compris. J’aime le partager. Ma réalité psychique et la réalité physique, j’en suis bien heureuse. Quelques estampes au hasard de ces jours de rien et de plein. De Paris à Sens. Du banal au sens premier : communal. Et nous, voisins, auprès des autres et de ces paysages, intimes et étendus à perte de vue. Et nous infimes particules d’un vivier. De terre et d’esprit.

L’île Olive sur la Seine
(nous sommes à 1 petite heure de Paris)
La vallée de l’Oreuse
(Nord de l’Yonne, Sud du bassin parisien)
Le couchant de ma fenêtre
(La Borde est le joli nom de l’asile choisi)
La mare de la maison
La forêt au bout de mon allée
Les poussins nés du confinement
Des fleurs et des fleurs sans cesse
Du cœur et de l’esprit
La vie

L’écran total sur la peau

Nous faisions jusqu’ici, encore pas mal d’entre-nous, la nette différence, ou en tout cas, nous marquions une séparation choisie entre une vie réelle et une vie virtuelle, entre notre quotidien professionnel et privé et notre présence plus ou moins assidue sur les réseaux.

Le mouvement inimaginable, impensable il y a quelques mois seulement, du confinement et du déconfinement semble avoir rassemblé, réunifié, nos états publics et privés, ainsi que nos relations avec nos proches et notre réseau.

Des analyses psychosociologiques confirment une acceptation naturelle des écrans comme d’une nouvelle peau. Ceci nous apporte un équilibre difficile à trouver en nous-mêmes, clivés, refoulés et même déniés souvent de nous-mêmes.

Les selfie traduisaient ce besoin de nous voir, de nous regarder et de nous trouver. C’est de nous penser dont nous avons besoin désormais. D’exister parmi, pour et contre l’humanité. Reprendre place, rejoindre le seul destin qui n’a pas pu être ôté : celui de l’être ensemble, se vivre, se parler, s’émouvoir, se toucher, se chanter, se donner rendez-vous demain.

Le we-me devient le « wiki » de nos existences en lien, ou nous ne sommes plus rien. Et nous en connaissons désormais la portée.