La reprise

– De la répétition, de la répétition, vous ne provoquez en moi que de la répétition ! J’en ai assez de papa-maman. Est-ce que vous pourriez m’offrir autre chose que ce que j’ai déjà vécu, et dont je ne veux plus !

C’est la reprise des hostilités, pardon, la reprise des séances en cette rentrée. Elle pose sa visée pour les séances à venir peut-être. D’un « surprenez-moi » elle est sans surprise venant d’elle-même…

Et lui, c’est du pareil au même :

– J’ai bien réfléchi. Il est urgent que vous m’aidiez à trouver le comment et non plus le pourquoi.

– !?

– Vous voyez ? Par exemple, lorsqu’en réunion je perds le fil de ma pensée, trop occupé à rassembler les pensées des autres dans ma tête, ce n’est pas de savoir pourquoi je fais ça qui va changer ce que je fais. Vous pouvez me donner quelques astuces de recul et de présentation, afin que je puisse intervenir, reprendre place dans la réunion, et me retrouver peut-être…

– Vous voulez des séances de dressage ? -J’adoucis : – De training ou entraînement ?

– Non, oui, enfin vous comprenez. Je vais vous donner une autre image. J’écris mal et à part prendre des cours de calligraphie et d’orthographe je ne vois pas comment savoir pourquoi j’écris mal changerait quelque chose à l’affaire.

– …

– En plus je vois très bien la scène où ce travers s’est installé ! J’ai rendu un devoir, un vrai torchon à ma maîtresse, et à la remise des copies devant la classe entière elle m’a traité de nul. Depuis j’ai persisté. Mais la honte que j’ai vécu à cet instant précis je la sens encore monter aujourd’hui. Cela peut être cette scènes l’origine. Mais cela peut être toute autre.

– Oui, lorsque votre mère vous dictait votre devoir justement. – Il y a un blanc, je précise pour qu’il ne se vive pas soumis mais responsable de la tournure qu’il donne lui même à sa cure : – Vous l’aviez mentionné à la séance précédente, et de séance en séance le fil de l’inconscient se délie.

Entre la mère et la maîtresse c’est une position inconfortable, originelle, pour tout homme qui s’affirme dans son genre. C’est le pourquoi qui se répète et le comment se fige seulement… Il peut se figer sur un apprentissage nouveau mais jamais se vivre léger si le pourquoi est chargé affectivement. Ce n’est pas une cognition que l’on recherche, mais un état infantile persistant.

Il reprend se ailleurs.

– Vous voyez bien que je peux refaire l’histoire comme je vais, que c’est de la reconstitution de souvenirs qu’il peut s’agir !

– Il vaut mieux une reconstruction qu’un abîme avec ou sans les ruines. Et de toute façon la honte, cette honte qui remonte en vous, vous ne pouvez pas l’inventer. Elle est, et elle a été, et elle a quelque chose à vous dire pour la suite de vos jours.

Je ne vois pas. J’écoute. Je ne répète pas. Je vis. C’est toujours la première fois avec chacun d’entre vous. Même si vous vous agacez du chemin parcouru comme du chemin à venir. Agacez-vous. Empoignons-nous. Rions. Attendrissons-nous. Par delà l’unité retrouvée de votre moi – sans la rigidité d’une telle unité jusque là, par trop défensive, pas assez en lien -, c’est cette expérience de la relation qui nuancera les expériences passées.

La légende raconte que face au trauma et son évidence lors d’une séance, Lacan posa une caresse sur la joue de sa patiente : cela ne lui ôta pas le mal mais cela ajouta de la douceur là où il n’y pouvait avoir jusque là que la peur, la tristesse, la colère. La honte. Peut-être aussi la honte. Et peut-être qu’elle eut honte de cette caresse. C’est une répétition. Une avant-première j’aime à penser plutôt. Une reprise sur la béance secrète. Le reste de la vie peut se jouer avec, en plus, cette caresse. Et c’est une nouvelle pièce.

 

illustration de couverture Kate Parker Photography

Un Conte de Noël

Elle se retrouve là, face à moi, pour la dernière séance et être en vacance de Noël.
Elle a décoré le sapin et choisit avec soin et légèreté quelques présents pour ceux qu’elle aime.

– Jamais cela ne m’aura été aussi simple ! – s’étonne et s’émerveille-t-elle.

Et elle résiste particulièrement aujourd’hui à plonger dans ses ancrages d’enfance ou à projeter ses envies. Des souvenirs de fête « compliquée » ? Des vœux engages pour l’année à venir ? Vous ne m’y prendrez pas cette fois-ci… – Semble-t-elle opposer.

Elle libère ainsi sa parole en supposée « libre association » mais un tantinet convenue pour être vraiment pulsionnelle.

Au terme du flot – de préparation essentiellement de son entretien d’évaluation par les autres Dirigeants Associés de son Cabinet -, alors qu’elle reprend respiration, je l’interromps en douceur :

– Me permettriez-vous de poser quelques mots parmi les vôtres et de dire ce qui me vient à l’esprit ?…

Connaissez-vous « Un Conte de Noël » de Charles Dickens ? Car en vous parlant d’esprit, la première libre association qui me vient est, d’en effet, faire venir auprès de vous les esprits des Noël passé, présent et futur ?

Et elle rit déjà de ses résistances d’adulte. Et la petite fille en elle semble sourire du cadeau. Et je crois bien que la femme en elle, qui se dessine libre et entière, jubile.

 

 

L’accompagnement naturellement

– Non, non et non je ne veux pas d’associations libres ni de voyages en enfance, ni de souvenirs sensibles ou de répétitions familières !
– … ?
– Je ne veux pas de votre coaching analytique ! 
-… ?
– Euh ! Mais je reprendrais bien un peu du thé russe, là. 
– Un peu d’utérus ?! 
 
 
 
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Lui, aussi, il s’y met : 

– Je ne veux plus de voyages en enfance, d’analytiques liaisons. 
Que ce groupe devienne en 2014 un groupe de cas de management. 
Qu’entre consultants, formateurs, coachs et dirigeants nous travaillions ensemble sur du concret.

– Et nous, les animateurs, serions-nous sur les mêmes contenus ? – avec André de Châteauvieux, nous inquiétons-nous.

– Ah non. Contenants toujours. Sinon il y en a qui font des caprices et des coliques. Des rackets et les charmeurs.

Pourvu qu’ils ne grandissent pas trop vite ceux qui imagineront les métiers de la relation de demain…

 — avec André de Châteauvieux.