Lampées originelles

Elle a embrassé un lampadaire, un soir de nouvelle lune où elle revenait joyeusement d’une virée en famille. Un de ces soirs où tout semble possible, où maman s’est fait belle, où papa est un peu gai avec ses cousins, ses collègues ou ses copains, mais pas colérique ivre comme à son habitude, à chaque fois qu’il boit seul et « pas tant que ça », face à la seule tablée enfantine composée de sa femme et ses rejetons soumis.

Il a bu aussi ce soir, mais avec ses voisins il a échangé sa rage en rires partagés, et la vue des dames un peu allumées l’a aussi comblé.

Et elle, sa fille qui grandit et qui le regarde de plus en plus dans les yeux, face à face enfin, elle a embrassé ce lampadaire dresse sur le chemin du retour. Un lampadaire qu’elle n’a pas vu venir comme il ne l’a pas vue devenir femme. Lui.

– J’étais déjà sonnée du bras de fer avec la nuit, et mon père m’a giflée en plus. Le visage rougi, les yeux exorbités, c’était moi, c’était lui, face à face obscène à deux.Et elle rêve d’un homme qui est tour à tour noir, laid, gros, vieux, agite, et qui au milieu de ses nuits, encore aujourd’hui, la réveille de son insouciance que la journée elle retrouve invariablement.

 

Des choix d’engagement, dans un projet personnel, dans une relation intime, dans une passion secrète jamais elle n’en aura fait. Elle est « bonne » commerciale pour le compte d’autrui, elle achète « bio », et souvent elle y déroge pour un petit caprice sans plus de conséquence, et elle suit toutes les séries sur son écran de nuit. Puis, elle se couche et le cauchemar resurgit.

A cette séance la, elle n’a plus grand chose à dire, elle ne changera pas sa vie, et ses rêves les plus récents semblent effilocher ses craintes, et elle s’en satisfait. Elle est contente. Je ne dis rien et elle ajoute ce qui la trompe :

– Mon rêve de cette nuit était simplement que j’allais autre part et puis je ne sais pas si j’y étais ou pas, si c’était bien ou mal, j’étais juste plus seule que jamais dans mes rêves.

C’est vrai que bien souvent l’homme qui l’a surprend arrive lorsqu’une foule se rompt : ses collègues, ses amis ou ses sœurs.

Nous sommes presqu’au bout de la séance, elle invoque tous ces autres souvenirs qui lui manquent et qui permettraient peut-être d’aller plus loin dans la liberté qu’elle se cherche.

– Mais puisque je ne vois rien d’autre… Je m’enrage au quotidien de ce dont je ne peux me départir, puis je me calme et je passe à quelque chose d’autre. Ce serait ça le bout du bout du conte.

Je n’y crois pas une seconde. Tant qu’il y a vie il y a tragédie : héroïcomique ou romantique.

– La colère du père… – Ce sont les mots que je m’entends dire. – C’est comme si vous deviez la jouer pour vous retrouver vivante. Et qu’à chaque fois elle vous ramenait à la même impasse vitale.

– Une scène me revient à vous entendre à laquelle je ne pensais plus mais qui finit d’eclairer mon rêve, mes rêves, et ces répétitions de vie : un été nous sommes allés en famille en vacances loin de notre Nord habituel, de nos amis et de nos ascendants tutélaires. C’était un de ces villages de vacances où l’on se mélange, où les enfants sont libres et les parents tombent les masques. Surtout, a nouveau, nuit tombante. Il y avait de la musique et il y avait de la danse. J’étais une Lolita éprise d’un gamin qui appréciait mes caresses maternantes. Et j’ai dansé un slow et j’ai embrassé sa bouche, gourmande. Mon père est sorti alors de je ne sais où et m’en a arraché avec violence. Ce n’était pas une gifle cette fois, ma chair était peut-être devenue moins tendre, plus tentante, mais cela a été dans mon souvenir à nouveau un bras de fer et de nuit qui m’a cette fois-ci voilée comme on bouche l’origine du monde. Ce jeune garçon que j’aimais n’a plus jamais osé me rapprocher…

– Et est-ce que vous vous êtes rapprochée vous même depuis de cette jeune fille qui ose ?

Elle pleure. Et elle embrasse ses larmes. Elles coulent jusqu’a sa bouche qui les accueille comme une douceur. Elle lèche leur saveur. Et j’en suis le témoin respectueux.

Car il est temps que cette femme que j’aime accompagner soit aimée d’autre que son père n’a cru l’aimer. Depuis qu’il a disparu et qu’elle m’a approchée, elle est encore davantage suspendue à son désir qui n’est plus, qui n’a jamais été, rien.

A cet instant, en cette fin de séance pour rien, elle s’aime, je l’aime et le jeune Denis a resurgi en son souvenir pour l’aimer comme elle est.

Pas comme un reflet du même. Elle est autre. Et elle est être libre et sensuel. Désir singulier. Qui embrasse la vie à pleine bouche debout face au ciel.

Au cœur d’être un homme, comment l’accompagner en profondeur ?

 » Ils échangent entre hommes en supervision, de leurs rêves les plus récents. L’un sur une planche de surf, l’autre en voiture amphibie qui perce l’eau comme un jet et l’autre sur le toit d’un train qui se trouve rouler sur une plaine inondée. Sur une ligne de partage des eaux je me les figure alors chacun d’eux. Et comme ils ne peuvent pas ignorer ma présence et leur transfert – le rêve n’est pas le même selon avec qui il est révélé – et comme ils semblent partager la figure d’un rêve masculin face à la femme regardée, je me dis que c’est leur peur du continent noir, de l’océan qu’est la mère qu’ils vivent un instant, qui émerge du refoulé.

Le plus hardi des trois serait peut être celui qui dit abandonner sa voiture pour ensuite nager dans l’élément redouté. Puis sans transition il se découvre dans la maison de l’enfance, en cuisine et percé du regard d’un drone, imaginaire de l’autre côté de la verrière qui surplomberait en hauteur.
Le saut de l’ange semble se confirmer. Et ce n’est pas tout. Il est lancé. Il poursuit d’un autre rêve survenu quelques jours plus tard, l’avant-veille même de cette réunion de supervision pour mieux se voir.

Dans son rêve il est seul cette fois, il est nu, et il creuse dans sa cuisse comme l’aurait fait Jupiter, jusqu’à découvrir ce qu’il pense être un « escarre », pris de son ancien métier. Ce qui me semble être, moi, un vagin. Dans mon interprétation irrépressible mais gardée.

C’est l’angoisse et il se réveille. C’est ce qu’il dit et que je reprends aussitôt, sans expliciter alors ma vision, juste pour le garder sur elle porté, et voir plus loin. Peu importe de quel mot il découvre et il recouvre en même temps ce qu’il découvre comme nous :

– C’est la vision de l’entaille qui t’aurait réveillé ? Le rêve est ce qui nous empêche la vie de jour la nuit pour mieux nous vivre tels que nous sommes au fond, sans refouler.
Il semble se raviser.

– Euh, non, je ne me suis pas réveillé vraiment à se moment là. Mais plus tard. Mais il est vrai que je me suis réveillé avec ça…

Cette confusion qui plane est celle qui dénie et qui délie à la fois le mystère qu’est chaque homme, né de la hardiesse d’un autre, effrayé en même temps.

Christian entame en ce moment même un virage important. Jusqu’alors associé à des femmes, continent noir mais dehors, il s’associe à des hommes et à la conquête du coaching d’organisation.

Ne pas faire de leurs génitalite une arme entre eux devient pressant. Jouer comme des enfants. Il évoque de lui même aisément un peu plus tard son attrait du jeu. Cela doit aussi le travailler et il a commencé à élaborer des figures libres et imposées.
Car il est autrement délicat pour des hommes d’accepter en eunuques collaborer. Et c’est encore plus difficile d’en séance et en tant qu’accompagnateur le leur faire accoucher. Tout ceci n’est qu’évoqué, mais évocations libres libèrent de fait.
Le coaching est de plus apparenté à une prise de puissance, le dit coaching de performance ; ce qu’un homme a bien au contraire à gagner, dans sa vie professionnelle et par delà, c’est d’apprendre à agir « en creux ». C’est un mot que Christian lui même pose, à la suite de celui du « jeu » dans le fil de ses associations parlées.
Si Christian part de cette séance plein de creux, de jeux, lâché, il y en aura au moins un des trois qui ouvrira la voie au féminin masculin.

Mais Louis contacterait déjà dans ses échanges très dirigées d’evaluateur des compétences la vertu de la « quiet influence ».

Et dans le cœur des hommes, il n’y a jamais deux sans trois.  »

*

Le passage de référence du côté de chez Freud se trouve dans Analyse finie et infinie. P. 267. Résultats, Idées, problèmes, volume II.

« A aucun moment du travail analytique on ne souffre davantage de sentir de manière oppressante la vanité d’efforts répétés […] que lorsqu’on veut inciter les femmes à abandonner leur envie de pénis comme irréalisable, et lorsqu’on voudrait convaincre les hommes qu’une position féminine passive envers l’homme n’a pas toujours la signification d’une castration et qu’elle est indispensable dans de nombreuses relations de l’existence. De la surcompensation arrogante de l’homme découle l’une des plus fortes résistances de transfert. L’homme ne veut pas se soumettre à un substitut paternel, ne vaut pas être son obligé, ne veut donc pas davantage accepter du médecin la guérison. »
.

Freud reprend ce thème dans un autre article, celui qui se trouve dans l’Abrégé de psychanalyse et qui a pour titre « Un exemple de travail psychanalytique » p. 67.

« Quand nous demandons à n’importe quel analyste de nous dire quelle structure psychique se montre chez ses patients le plus rebelle à son influence, il ne manque pas de répondre que c’est chez la femme le désir du pénis, et, chez l’homme une attitude féminine à l’égard de son propre sexe, attitude dont la condition nécessaire serait la perte du pénis ».

Si Freud parle du roc de la castration comme d’un fait biologique, ce roc est pour les hommes comme pour les femmes, dans les deux cas le même ! Un refus de la féminité. À ne plus oublier lorsque vous accompagnez.

C’est pourquoi, accompagnateur, il est important pour vous d’accompagner bien en creux, au féminin, à votre tour, et/ou d’opposer votre masculin à bon escient pour que le féminin de l’autre y trouve son goût. Le doux. Le creux. Le siège de la vie d’autrui.

Accompagner au naturel. Oui.

*

Les références de Freud auxquelles j’ai toujours grand bonheur de recourir comme une source de ce que je vis, psychanalysante d’un côté et psychanalyste en coaching, je les dois avec reconnaissance aux partages de Liliane Fainsilber dans ses cahiers bleus.

Coaching de rêve

imageLa terre à nos pieds est comme une demie lune, en pente douce, puis dressée, et que tombent les enfants qu’en mon rêve j’ai enfantés. Mais dans la lune de mes rêves les creux sont aussi en creux, de cette façade sombre qui lui donne l’air dressée.

Un enfant s’arrête alors, en sa chute, tout contre ce creux pierreux, qui devient alors muret. Une frontière et un garde fou intérieur.

Un homme, un fou ? Je vois qu’il se rapproche de lui. J’ai peur de l’homme mais j’ai peur aussi qu’il ne soit trop tard pour l’enfant. Qu’il ne soit pas sonné mais tu. Mais non. L’enfant est vivant. Sonné vivant. Et sa tête est transpercée de creux comme une lune dans la lune aurait poussé.

Je me dis que ce sont les coups que la vie en lui a portés. Je me dis que c’est le mur de pierres troué qu’il a traversé. Et c’est les deux. Ce sont des trous, des manques de chair, qui ne saignent pas. Comme si l’accident sur terrain accidenté avait eu lieu il y a longtemps mais que l’accident chaque nuit se répétait peut être parce que les séquelles y étaient toujours en journée.

Soudain, l’un de ces trous, ces clous qui rattachent à l’hier, tout au dessus de la tête se met à saigner. Fort. Épais. fort, Et à y regarder de plus près c’est qu’un coin de livre, mon livre de chevet entre mes draps oublié, s’acharne à lui rentrer dedans, ou plutôt c’est l’homme venu à son secours qui lui inflige la torture si connue.

Je pense à nouveau que l’enfant, un beau garçon blond, n’y survivra pas, mais la sensation du rêve est qu’il échappe comme je échappe à mon rêve en me réveillant sereine et heureuse de cette nouvelle avancée. Ma psyché libère ses liens.

Je me rendors.

J’ai oublié le rêve d’après dont je me rappelais au réveil nettement et qui me semblait clairement porter les mêmes symboles que le précédent. Avec des grandes peluches qui tombent de haut et s’endorment à terre sans plus et mollement.

J’ai souvenir d’une queue de rêve en sortie de la nuit, toujours le même, vous le saurez : nous faisons toujours le même rêve la même nuit.

Une longue dent, courbe comme une canine, ou c’est peut être un ongle, a poussé démesurément sur mon corps. Je vois que c’est assez fragile et que je peux simplement la briser en la pliant. Je le fais. La coupure n’est pas nette et cela m’inquiète. Elle pourrait blesser. Et désormais comme un fruit de mer la corne laisse apercevoir une langue de chair.

Dans le rêve j’ai confiance pour que la corne s’use avec le temps, et la chair délicieuse alors.

– Savez-vous que le sexe de l’homme peut ne pas vous être dur ? Peu à peu, même très doux. – Ce sont les mots de mon psychanalyste qui me reviennent d’un coup…

Et je pense aussi à ces femmes, que j’accompagne, et qui me disent c’est dur.

– Dur dur c’est de rêver…

– Tant que vous ne décachetez pas le rêve il vous pointe comme un fou. Jouissance de l’autre sur vous.

Et elles persévèrent en séances à lever tant de défenses comme elles ont dressées contre Lui. Tout contre Lui. Si Elle s’en écarte, Elle se retrouve. Et avec Lui.

Mon coaching de rêve est de cette nature. En référence à comment nous ne sommes, comme dans notre pire cauchemar, « que le lit de la jouissance de l’autre ». A la ville comme en business, dans nos draps et entre ses bras, entre nos jambes et dans nos têtes il est temps d’être soi….

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Retour savant et sensible sur ce que c’est Cauchemar

*

« Je ne songe pas un instant à en élu­der la dimension principale, l’angoisse de cauchemar est éprouvée à propre­ment parler comme celle de là jouissance de l’Autre. Le corrélatif du cau­chemar, c’est l’incube ou le succube, c’est cet être qui pèse de tout son poids opaque de jouissance étrangère sur votre poitrine, qui vous écrase sous sa jouissance. »

Lacan Séminaire L’angoisse 1962

Quant à la première partie de tous ces noms de Chasse-mare, de Cauche-mar, de Chauce-paille et de Chauche-vieille, elle peut se lire sans plus d’efforts de l’ancien mot français Chaucer, qui veut dire fouler. Ce malaise est appelé partout de son action de fouler, de peser, d’écraser en se couchant : c’est pourquoi les Grecs le nommaient Ephialtès, qui saute par dessus ; les Latins Incubus, qui se couche sur ; c’est aussi pourquoi les Espagnols lui donnent le nom de Pesadilla ; les Italiens celui de Pesaruolo ; les habitants de quelques provinces de France ceux d’Appesant, d’Appesard , de Foulon et peut-être de Follet.
Ainsi donc notre chauce-paille, c’est la fouleuse au pâle visage, et la chauche vieille, c’est la vieille qui foule.
Il est bon maintenant de dire un mot de ses prouesses.
A minuit de Noël, la vieille incube va méchamment se coucher sur ceux qui, au lieu d’assister à la messe de minuit, se permettent d’aller jouir des douceurs du sommeil dans leurs draps, peu soucieux de laisser la maison livrée à l’invasion des mauvais Esprits, qui s’y précipitent dans ce moment solennel.

Dans tout l’Occident, on prononce mar, mais dans tout l’Orient de l’Europe on prononce mor. Ainsi les élèves de Notogorod avaient une déesse des songes appelée Kikimora dont ils faisaient un spectre horrible, où l’on reconnaît aisément le cauchemar divinisé. Smora, Mory, Mora, Mor sont l’expression de la même angoisse dans l’Illyrie, la Croatie et la Hongrie.

Histoire de la folie

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Madame rêve

Elle a toujours cet énorme besoin de se retrouver seule en soirée. Ce n’est pas facile alors pour elle de partager sa vie.

Puis elle dort, ou elle ne dort pas. Puis elle rêve une nouvelle fois :

– De valises, ces valises, vous savez, qui apparaissent dans mes rêves comme une part de plus de moi.

Elle rêve de valises menottées à ses poignets, de lignes de crête, de houle de la mer en contrebas « sans trop pouvoir distinguer », ajoute-t-elle, « quel est le côté bleu nuit et lequel le vert la vie ».

Et sans trop savoir pourquoi elle évoque sans transition ce souvenir qu’elle n’a pas, jamais évoqué jusque-là :

– C’est ma mère qui garde ce souvenir pour moi. Car je n’étais que nouveau né et j’ai du être hospitalisée pendant six mois. D’abord j’ai été opérée d’une malformation gastrique et ensuite je suis restée en observation et aussi pour me nourrir au sérum par transfusion jusqu’à récupérer un poids normal.

Poches aux poignets, entre la vie et la mort et sous le regard impuissant de maman ?

– Maman, elle, elle a perdu beaucoup de poids.

– Et votre papa ?

– Maman venait tous les jours de loin ; elle confiait mon frère et ma sœur en très bas âge et qu’elle choyait par ailleurs, et elle se donnait tout autant à moi, son troisième bébé. Étrangement singulier déjà. Papa, lui, travaillait dur. Il passait avec moi ses week ends. Mais le soir… Il n’y avait plus personne le soir ça je sais. Le soir à l’hôpital, l’enfant laissé à ses rêves invente seul sa vie… Ou il meurt.

Je sors de cette séance en douce, laissant la grande dame, que je lui ai toujours reconnu être et qui là finit de crever le cadre d’un accompagnement de maître, bercer son enfant en elle.

Je sors de ce rêve à trois qui se dessine déjà : elle, l’amour qui l’aimera comme elle a aimé la vie, et l’enfant qu’elle enfantera avec lui.

Ouvreuse du transfert

[De là où le transfert se loge]

Permettre le transfert, sur l’accompagnateur d’un jour, de l’inconscient de toujours, et dont l’expression par la parole libère les nœuds, tient au plus apparent. Moi lisse et neutre, jamais. Vivants, d’eux mêmes, mes clients.

*

Le jour où je portais la queue de cheval dans mes cheveux, elle a retrouvé dans sa mémoire ancienne l’instant ou elle s’était perdue. Et parce qu’elle était grande et fière et coiffée  » comme vous l’êtes aujourd’hui « , sa maman, parmi la foule d’une grande plage aussi, l’avait repêchée vivante, morte de la peur du père : – je pensais à sa colère me croyant partie.

**

Le jour où je reçois en ce bureau aveugle puisque ma belle petite salle aux balcons haussmaniens m’a été ravie, c’est le rêve de la barrière qui lui revient, et son interprétation tout net : – je la protégeais de lui, mon père, mais c’était à elle de le faire ! Puis je m’isolais au fond du jardin dont la fragile clôture me séparait de la Nationale et des accidents de scooter. Qu’est-ce que j’en ai vu comme sang et corps broyés !

Et ses cils cèdent à des larmes trop longtemps suspendues au balcon de ses yeux.

***

Le jour où la lumière n’est plus du jour, elle replonge dans la mer qui l’attire comme une destinée perdue : – être monitrice de plongée tel est mon rêve, et me retrouver nez à nez avec des pèlerins. Et plus tard elle reevoque son envie aujourd’hui nette d’enfants : – d’enfant, je veux dire, un seul, à moins que ce ne soit des jumeaux.

Son envie est gémellaire, d’elle avec l’autre sous l’océan, ou d’elle, la mère, les abritant. Et elle a pris ce rendez vous car elle rencontre deux associés qui souhaiteraient l’acquérir et fusionner dans leur activité. Et qu’elle a peur de ne pas s’y être préparée. D’être toujours prise aux rets de ses difficultés : – j’ai rêvé de mon père abattu de devoir fermer son affaire, et de ma mère qui sait toujours tout.

– Vous êtes prête, vous ne savez rien et vous êtes drôle comme jamais.

De l’Art du lien : Confidences

Il est à la tête d’une institution de référence pour les dirigeants de son secteur : le digital et la communication. Il s’est intéressé à « l’Art du lien » lors d’un de mes nombreux partages sur les réseaux :

– Où trouver votre ouvrage ? Cette thématique de l’art du lien, d’un nouvel humanisme connecté est essentielle à nos métiers.

– Sur Amazon tout simplement.

– Je passe commande, et je reviendrai vers vous certainement.

Et il revient oui. Mais point pour débattre concepts ou avancées. Pour un partage sensible que j’aime à mon tour partager :

– J’ai commencé à vous lire et lorsque vous écrivez « à deux c’est encore mieux », me revient une chanson que j’avais composée, oh, il y a peu, à l’adolescence, du même refrain, et que je me prends à rêver de rejouer…

Si ce livre réouvre des voies communicantes et oubliées, qu’il bouscule courants d’air frais, rendant leur goût aux chaleureux, qu’il réveille les sources vives pour mieux les apaiser, qu’il nous porte à nous reconnaître et à mieux nous relier, peut être, tout doux peut être qu’il peut être ce qu’il est :

L’Art du lien

Les yeux fermés, il rêve

Il rêve tout haut. Il a encore vu un film de zombies et ça doit démembrer dans son crâne. Elle préférerait qu’il regarde un porno mais peut-être que ça ne ferait pas de beaux rêves. Peut-être qu’il lui mettrait la main dans les cheveux avant de se tourner et respirer les yeux fermés à fendre l’âme, comme un cheval écumant. Peut-être il s’allongerait sur elle murmurant , comme l’an dernier, quand ils étaient jeunes, tu es si profonde, si profonde. Elle sent qu’il est chaud à portée de main, à dix années-lumières. Elle est profonde, toujours si profonde. Des fois elle vérifie avec ses doigts, elle somnole, égarée dans sa grotte sous-marine. Puis un sursaut la ramène. Le réveil, sur la table de chevet avec ses yeux rouges dit qu’on est passé à demain. Mais elle sait qu’elle est déjà hier.

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Coulée d’enfance

Cela coule à nouveau dans ma gorge. L’eau de mer. Les larmes ravalées d’enfance. Cela coule de nuit, car, de jour, le défilé de mes dents rend la parade souriante.

Cela me réveille. Cela me rend somnambule, insomniaque, morte.

Je me ressaisis.

Lui, qui dort à côté de moi cette fois-ci – ma dérive survient en son absence, d’habitude – lui, il m’offre, de son souffle calme, un lien à la vie. Et je plonge dans un rêve qui m’ouvre les portes-fenêtres de l’inconscient. Et que ce que je garde au fond de moi ne s’empare plus de mon corps pour dire sa souffrance.

Nuit noire. Souvent. Nuit terrifiante. Sur la couche froide de l’enfant débordée par la vie que personne ne lui raconte. Rien que des images, des sensations, la-bas comme ici. En rêves comme dans l’hallucination d’enfance qu’elle a vécue.

Rien de bien grave, rien de bien nouveau : les cris des autres, le regard mauvais d’une maîtresse insensible, les carreaux et les lignes, y vomir la poésie qui est devenu devoir et ainsi perdu de sa vie. Sauf qu’elle aime se la dire tout doux. Comme personne ne la lira, autrement que par les fautes qu’elle fera.

Rien de grave, jour après jour : des leçons, des corrections, des punitions. Et la messe le mardi matin. Le carnet de chansons d’amour à la mode détournées au profit d’un dieu impossible à penser. Les feuillets sont coincées entre deux échantillons de lino, comme seules des bonnes-sœurs en auraient l’idée. Et défaire les pinces, et rajouter le tube du moment, si vous êtes en avance sur le prêtre venu d’on-ne-sais-où.

Car à l’école française des filles en banlieue désertique de Madrid, il n’en est que dévotes de Notre Dame de Vie expatriées pour la bonne cause et vivant sur place, au bout de la coursive interdite aux élèves.

D’où sort alors ce père Moïse à chaque fois qu’il vient retrouver sa Bible en français ? Personne ne lui a entendu jamais d’autres mots que le « Notre Père » et le « Te Deum’. Nous allions pourtant en confession avec lui. Intimité hardie. Rencontre ratée, une fois de plus, avec le verbe aimer.

Il souffle tout doux à mon oreille. J’avais presque oublié que je pleurais en dedans et que me hasarder en rêves était la tentative de mon évasion. Je suis réveillée et tout ce que j’ai revu ne m’éclaire pas beaucoup. Y poser des mots ? Lesquels aurai-je posé si j’avais pu, soir après soir, me dire à la maison. Je disais l’immondice de ce qui nous était servi au réfectoire. Cela irritait ma mère qui disait payer au prix fort ce régime demi-pensionnaire du point du jour à point de jour : transports en commun, double enseignement franco-espagnol jusqu’à saturation, sans aucun souci des rythmes scolaires et encore moins de l’enfant, resto universitaire avant l’heure, purée et semelle, et par centaines. – Et tes notes sinon ? Tu as baissé d’un demi point. Comment comptes-tu m’apporter la mention ? Et que je puisse te dire intelligente et belle à mes déçus parents ?

Il n’y a pas de quoi vraiment se sentir noyée de chagrin et d’abandon…

Il n’y a pas de quoi s’encombrer l’inconscient.

Et qu’il coule à nouveau.

 

 

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Elle(s) rêve(nt)

De rêve, de contre-transfert et d’interprétation… Oups ! Je suis coach.

Noyer de l'Atelier des Jardiniers à Sens, la veille de cette séance
Noyer de l’Atelier des Jardiniers à Sens, la veille de cette séance

Le noyer creuse le ciel de ses doigts en sang…

Et aujourd’hui c’est en la forêt qu’est, en rêves, son père mort, qu’elle s’est internée en séance et la nuit d’avant.

– C’était sombre. C’était beau. C’était… voyez-vous ces feuillages sous la lumière déclinante du zénith ? Comme emportés vers le haut. Et moi engluée dans son ombre. encore et encore.

– Il serait peut être temps de relever le gant…

– Pardon !?

– C’est une expression que vous avez utilisée à plusieurs reprises, sur plusieurs séances…

Elle ne relève pas plus, mais moi je me dis, et le garde à nouveau : que le gant cache, peut être, autre chose, que des doigts d’enfant.

Dou-dou-duo… Et tout un programme de printemps

Eva Matesanz & André de Châteauvieux
Eva Matesanz & André de Châteauvieux

André de Châteauvieux et Eva Matesanz préparent votre printemps – renouveau ! Prenons date si vous aimez.

– Le 19 mai à Sens en journée-atelier des rêves, ceux que vous faites la nuit, ceux dont le souvenir s’estompe comme des ajournements de toujours. Dans les deux cas, analyse de pratiques… En sommeil !

– Le 21 mai en soirée NLPNL-Paris autour d’Andrée Zerah, renouer avec l’art du lien, gagner, en groupe de managers, consultants et coachs, en intelligence relationnelle.

– Le 13 juin à Sens en journée-séminaire analytique de nos pratiques d’accompagnement : contre-transfert et interprétations, avec le psychanalyste, animateur de groupes de pratiques professionnelles et écrivain, Jean Marie Von Kaenel.

– Le 4 juillet en Think @ Action Tank du coaching de demain : réunion plénière à Sens et garden party assurée !

Honoraires de participation individuelle variables en fonction des événements. Plus d’informations et inscriptions en Contact.

 
Des interventions enrichies de leurs pratiques réflexives individuelles et en partage.
Viennent s’ajouter, en ce printemps du renouveau, à leurs publications passées deux ouvrages inédits !
 
Projet de couverture par un artiste de la pensée : psy et lieur
Projet de couverture par un artiste de la pensée : psy et lieur

« Le coaching en duo » sur la base d’un cas réel d’accompagnement de dirigeant, il s’agit d’un article, vécu et écrit à quatre mains, soumissionné à la revue Internationale Ouvertures, à propos des pratiques psychanalytiques du XXIème siècle.

« L’art du lien » ou comment puiser, chacun de nous, en notre riche palette de ressources personnelles et relationnelles, et tisser ensemble notre société. Par Eva Matesanz et avec des contributions du duo toujours. Aux Editions Kawa en Juin. Et en vos librairies Fnac, Amazon et tout bon spécialiste du marketing et du digital.