Aperçu de ma fenêtre

Nous voilà côte à côte. Ce n’est ni le face à face ni le cercle en réunion thérapeutique comme en réunion de management. La visioconférence est un plan.

Nous ne sommes plus un contenant d’une part et un contenu de l’autre. Nous sommes peut-être deux vides qui se remplissent l’un de l’autre.

Qui se vident l’un de l’autre par instants. Et l’instant définitif à bien y réfléchir :

– L’image est figée.

– Je ne vous entends plus.

Ce vide apparaît, superflu. Puisque vous êtes là, et moi aussi, l’un et l’autre à nous attendre. Quelle plus belle résurgence de l’existence toute simple, débarrassée de se dire et de s’entendre !

De ma fenêtre : la vôtre. Le vrai début d’une rencontre. Et derrière nos fenêtres, nos vies se déroulent sans plus, non plus, attendre. Tout ceci n’est qu’existence.

– La connexion est rétablie !

– Dites-moi tout. 

– Je vous écris. J’avais ouvert dans le chat une fenêtre pour les mots qui, seuls, me restaient en tête et sur le coeur bien souvent lorsque vous n’êtiez plus là…

L’écrit, l’épitre, ces « conversations en absence » aussi reviennent en force. Côte à côte sur les chemins buissonniers, à dos de nos routeurs, ou d’un bout à l’autre lorsque l’image disparaît et que le son facétieux babélise notre échange, nous pouvons demeurer d’un message envoyé à l’autre plutôt que de rapporter un relevé de décisions sans substance.

L’expérience de la distance met à l’épreuve le thérapeute autant que le consultant, le manager autant que le collaborateur, les partenaires. Son approche sereine revitalise chacun et la relation. De ma fenêtre, j’ai cet aperçu d’un espace d’un temps ni confiné ni arrêté, redevenu à taille humaine et à la mesure de l’instant présent comme d’un devenir jamais imaginé avant. A percevoir doucement pour en acquérir le don.