La psychanalyse fait son « coming out »

La psychanalyse ne soigne plus, ni de surcroît ni de rébus. Le mal actuel n’est que trop bien.

À l’heure où nous ouvrons le premier cabinet de psychanalyse contemporaine sur rue, André de Chateauvieux et moi, pour de « l’accompagnement de projet » sans jamais le préempter et qu’il soit ciselé au détail près de vous, Elsa Godart publie son ouvrage le plus large d’audience et d’esprit, ouvert également à chacun et à tous.

La psychanalyse va-t-elle disparaître ? Editions Albin Michel

La psychanalyse ne se cache plus. Elle ne se tait plus. La psychanalyse s’affiche. Notre enseigne « Sens dessus dessous » s’ancre dans la ville qui l’accueille, dans la vie qui l’entoure.

Au pied de la Cathédrale de Sens, en se dirigeant vers la rue des métiers d’art qui ajoute à la Halle les nutriments de l’âme. La psychanalyse vous parle de vous. Nous sommes deux psychanalystes, femme et homme, à donner de la voix sur les réseaux et en institution (l’Université, HEC, les associations de professionnels de la relation).

Mais c’est à l’initiative privée que nous voulons nous adresser pour l’élan vital, le potentiel érotique – si nous reprenons la voie de notre aussi toute récente publication chez L’Harmattan, Erotiser l’entreprise – qu’elle porte en elle et qui la porte.

Elsa nous rapproche tous des lumières psychanalytiques. Cela reste éblouissant, en effet, depuis un peu plus d’un siècle, de découvrir non seulement l’inconscient qui sous d’autres formes a toujours été présent à l’Humanité consciente de sa condition mortelle, mais le conflit qui est en soi, la lutte permanente pour oublier la mort, la solitude, l’oubli lui-même auquel notre existence et ses quelques restes sont promis. Avec une certitude quasi parfaite cette fois-ci.

Au temps de la communication planétaire, du travail pour tous en écosystème, de la consommation possible de tout et surtout de l’autre, du sexuel, de la production sans entraves de la moindre idée – hop ! Une grosse levée de fonds, l’homme aime tant spéculer, ou même une cagnotte de proximité sur le web et l’illusion paraît, au moins le temps de l’émergence de celle d’après, serré sucré -, la femme et l’homme sont en quête de se rappeler à eux mêmes, de se percevoir finis.

L’époque n’est plus tellement aux névrosés, dont le conflit varie entre l’interdit et la pulsion, pour façonner leur désir ; la réalité et leur bon plaisir, ou alors le plus souffrant qu’ils ont aimé tout autant comme Freud nous l’apprend aussi dans Au delà du principe de plaisir ; le social et l’ego, qui se retrouvent parfaitement lorsqu’il y a Malaise dans la civilisation.

L’époque est aux mal nommés « états limites », sans limites fixes (SLF) ils vivent tout ceci tour à tour, et souvent « en même temps » comme nous le rappelle à souhait Emmanuel Macron, sans conflit finalement, et qui sont inconscients de ne rien vivre véritablement. En ces temps trop malaisés, plus viraux que sociaux, trop confortables du moins du côté de l’Occident, trop instantanés aussitôt.

Ce trop, ce « hyper » de l’hypermodernité mérite bien un peu plus de parole échangée, de façonnage d’un discours individuel et collectif.

Discourir n’est plus fuire. Discourir permet de vivre le lisse et le rugueux de chaque roche contournée, l’arrondi de chaque haut, la tranche de chaque bas, chaque crue et chaque embrasure.

Alors, psychanalystes de centre ville en hypermarché, petit hypermarché, city et citoyen, pourquoi pas vous et pourquoi ne pas assumer que nous ne soignons plus : le « mal » n’est que trop bien. Et accompagnons de notre rive le cours libre de chacun et leurs affluents par milliers. Et que tel est le projet : vivre la vie, l’ouvrager.

Libre association de pensées

elle prend le temps de contempler par la fenêtre on ne sait quelle autre pensée qu’elle aurait chassée trop vite

Paris, rue Eugène Flachat
Elle arrive sous la pluie ce matin, les cheveux pleins de pétales de rosée. Elle se désole, dit-elle, de ne pas y avoir pensé.

Elle se relève de son fauteuil en fin de séance et elle prend le temps de contempler par la fenêtre on ne sait quelle autre pensée qu’elle aurait chassée trop vite le temps passé ensemble.

Mais elle n’a pas encore une fois le temps d’y songer.

– Oh !

Elle s’exclame. Elle sourit. Elle me fait signe.

– Regardez. Les fleurs d’en face pleuvent des pétales que je n’aurais pas pu voir en passant. Vu d’ici le regard les recueille simplement.

Ici et en son cœur de toujours il y a de la place pour le désordre des sens.

Revenons à l’éros #eros #entreprise #rh #evolution

 

Université d’été du coaching clinique psychanalytique 3/5

I. Le symptôme psychique d’après Freud

Les présentations de Charcot à la Salpetriere développent une clinique du regard sur les symptômes de la main d’un praticien lui-même hystérique pris dans son propre symptôme de captation d’images voire de fascination.

Freud s’intéresse à cette nouvelle approche du symptôme, de ce que le symptôme donne à voir, en lieu et place d’un savoir du clinicien SUR le symptôme. Ce que le symptôme sait de celui qui le porte attire aussi son regard. Mais étant lui même de structure psychique obsessionnelle, et non hystérique comme c’était le cas de Charcot, il va développer très vite une autre clinique : ce que le symptôme donne à voir ne serait qu’un substitut de pensée et de parole, l’expression d’une force, d’une puissance à se dire, avec le support du corps pour s’y proférer.

Freud constate notamment dans l’hystérie de conversion, « la belle indifférence » de l’hystérique. Alors qu’elle souffre dans son corps, la mimique du sujet féminin reste sous contrôle. Freud constate que lorsqu’on touche à l’expression organique du symptôme il advient même une mimique de satisfaction, et non de douleur. Ce décalage constaté exprime un manquement quant à l’acte – la douleur n’entraîne pas une réaction de douleur -, et en même temps le triomphe du désir inconscient. Le symptôme est ici une forme de satisfaction libidinale. La localisation douloureuse sera à considérer comme une zone érogène. Trouver les liens entre ce désir et le symptôme développé est le programme dense de tout travail d’analyse.

Ainsi, dans le cas de cette belle indifférente, Elizabeth, c’est par une longue et patiente écoute, par une remémoration active, en lieu et place d’une hypnose passive et fulgurante, par des correspondances de sens, par la libération des affects bloqués (abréaction), qu’il va être possible d’aboutir à la scène qui condense l’origine du « mal », et du bien. Ce mal à la cuisse droite, point de contact avec la jambe du père posée sur elle pendant le travail de soin, de pansement, du géniteur âgé et malade, ce point de contact est chargé d’excitation.

Ce symptôme est le résultat d’un conflit : le désir érotique de la fille pour le père, interdit, et la charge protectrice et respectueuse du père en même temps assumée par la fille, légitime.

Quoiqu’il en soit, la signification d’un symptôme n’est jamais univoque. Il s’agit toujours d’un complexe en réseau. Le registre de la cause en psychanalyse n’est jamais saturé ; le désir sera déterminé plusieurs fois pendant l’accompagnement et lors d’une séance même. L’expression manifeste du symptôme marque le point de croisement de plusieurs lignes, de pensée, d’existence du sujet.

La constitution du symptôme échappe à la maîtrise consciente du sujet. Le symptôme c’est lui, sujet, il le définit et d’autant plus qu’il n’en a pas la maîtrise. C’est une formation de compromis entre son désir et ses défenses, réunion de deux forces contraires venant singulièrement se rejoindre et le rendant sujet.

Il produit la psychonévrose de défense qui caractérise tous ceux d’entre nous qui sommes rentrés, par l’Oedipe, par la frustration, mais par la force vitale aussi, dans la structure de la normalité : névrotique, hystérique pour le féminin, obsessionnelle dans son pôle masculin.

Le symptôme est en somme, une façon, la meilleure que chacun ait trouvé, de se défendre, de lutter, contre la représentation érotique qui est à notre origine même, et qui préfigure la fin, à partir de notre « absence » au moment d’être conçus. D’être déjà nous. Déjà plus.

Nous n’en tirerons pas, jamais, l’expression d’une satisfaction sexuelle pleine puisque nous nous en défendons tout autant. Le sujet arbore son symptôme comme ce qu’il a trouvé de mieux pour se défendre de son propre désir tout en le réalisant partiellement. Désirer c’est vivre alors.

À suivre le développé de la structure de la névrose, ou l’articulation du symptôme en trauma, angoisse ou refoulement.

II. La structure de la névrose selon Freud, dans le séminaire psychanalytique de Paris du 18 juin par Monsieur Pasani.

L’articulation du symptôme s’effectue en psychanalyse en effet sur trois axes conceptuels, qui restent relatifs : le trauma, le refoulement, l’angoisse. La clinique, chaque cas singulier, se dérobe toujours à la théorie. Le désir court toujours… C’est la vie.

Du désordre des sens aux multiples sens du lien, ou du moins à quelques uns

Elle aimerait rejoindre le groupe pour la toute première fois, et pouvoir  » se dire  » de vive voix. Seulement voilà : elle est aphone depuis hier soir.

– Viens toujours… Ce qui demande à être tu est l’objet de nos supervisions à nous. – André la rassure et elle assistera, dit-elle, à la séance, en auditrice libre et en observatrice impatiente. C’est ce qu’elle aime croire, mais la vie n’attend pas.

Elle a déjà un filet de voix quand l’heure du travail nous réunit. Il y a alors elle, et il y a aujourd’hui lui, coachs en supervision de leurs pratiques professionnelles tout deux. Ce qui l’interroge lui aujourd’hui est un tout autre désordre des sens : celui de rougir inopinément.

– Enfin, surtout quand je suis très attendu… – précise-t-il aussitôt. – Moi, qui n’était pas attendu de mes parents.

À lui d’attendre maintenant, puisque c’est Joséphine qui explore sa voi (x/e) à elle d’abord.

– Elle est sexy ta nouvelle voix ! – Je tente ce qui pulse en premier pour moi. Mais elle ne veut pas de ce lait. Pas si vite. Pas si imposé.

– C’est une mésentente avec une amie qui se voulait associée lors d’une mission que je devais accompagner qui m’a laissée sans voix. – Joséphine préfère érotiser sa pensée plutôt que son corps, comme voie d’élaboration. Elle découvre ainsi d’association d’idée en libre association qu’elle collabore souvent avec des amies femmes et que souvent le cordon se rompt :

– Elles ne donnent plus de signe de vie au bout d’un moment…

– C’est fort comme image. – Je pulse à nouveau, mais j’ai retenu la leçon et je pulse des pensées pour le moment. – Tu te disais désirée tout à l’heure, à la naissance, par tes parents, lorsque Christophe a évoqué son irruption au sein d’un couple très passionnel sans aucun désir de se transcender…

– Un enfant très désiré… Cela veut dire aussi, en mon cas, quinze années infructueuses de grossesses non viables ! Pour  » me garder  » moi, ma mère à du être alitée pendant des mois !

– Et avec tes amies associées, – complète André -, c’est plutôt à leurs désirs aussi que tu te plies…

Elle s’en défend. Elle a bien balisé – dit-elle -, chaque accord et c’est équilibré comme rapport.

– Nous allons nous arrêter ici avec toi pour aujourd’hui. – Propose André, et laisser aux résistances le temps de prendre et de céder.

– Car ici – je rajoute aussitôt – point de cordon entre nous, mais plutôt un nœud, des nœuds qui se respectent. Et chacun son ombilic. Et la possibilité de  » se dire « , de lien en lien.

L’enfant rougit aussi pour pousser son premier cri. Il est temps pour Christophe de dérouler son fil rouge de soi(e).

Et il le fait sur son blog à sa manière : le blog des rapports humains… Où pulse le sang qu’il y met. Sans plus attendre. Sponta-né :
 » Me voici de retour d’une séance de supervision. Et je suis inspiré. J’ai envie de dire « forcément ». Ces mises en lumières, ces prises de conscience, ces échos qui résonnent en moi plusieurs jours durant, génèrent une dynamique interne plus intense qu’à l’habitude. Et cette dynamique, aujourd’hui, je la ressens sous forme de « lien ». Ce terme, banal en apparence, est pourtant riche de sens à plusieurs niveaux. C’est sur ces niveaux que je partage avec vous mes pensées du moment.

Comme je le disais dans l’introduction, certaines situations sont propices à faire des liens en soi.

C’est mettre en rapport deux éléments à priori distincts et s’apercevoir qu’ils ont, en fait, du sens l’un pour l’autre. Ces éléments peuvent être des pensées entre-elles, des émotions entre-elles, des situations entre-elles, des émotions et des pensées, des situations et des émotions, des situations et des pensées, etc.

Bref, c’est faire un lien, un rapport, donner du sens « vu par soi » entre deux éléments.

Je parlais de situations propices à faire des liens en soi. Je pense bien sûr à toutes les formes d’accompagnements (dont la supervision fait partie), mais aussi la lecture d’un livre, l’observation d’un fait, le vécu d’une expérience inhabituelle, l’écoute d’une conférence inspirante, l’apprentissage de quelque chose de nouveau, un rêve nocturne, etc. Il y a en effet des tas de situations qui peuvent nous conduire à faire des liens.

D’ailleurs, toutes ces situations peuvent se cumuler entre elles. Par exemple, je peux avoir suivi une séance de supervision un jour, faire un rêve dont l’interprétation est liée de façon flagrante avec le sujet abordé le lendemain et lire un article ou vivre une expérience venant confirmer le tout quelques jours plus tard…  » Lire la suite : http://www.leblogdesrapportshumains.fr/faire-le-lien-partie-12/

 

 

Contretransfert & Interprétations, en groupe et quatrième

L'atelier des jardiniers à Sens
L’atelier des jardiniers à Sens

Nous devions nous réunir en cette journée séminaire psychanalytique pour coachs, du 28 mars à Sens, autour de Jean Marie Von Kaenel, animateur de groupes de supervision comme nous, psychanalyste bien sûr, de ceux rares ayant traversé l’épreuve de l’analyse quatrième. Et nous l’avons fait avec force riches apprentissages autour du thème, du contre-transfert de l’accompagnateur et de ses interprétations :

– Le contretransfert de l’accompagnateur lui-même est préalable au transfert.

Il est composé de tout ce qui se dégage de nous malgré nous-mêmes, et que nous « déplaçons » en premier dans la relation, le client n’étant que réactionnel. En tant que coachs nous nous surprenons à découvrir que tout ce qui pour nous fait partie du cadre que nous créons soi-disant en toute objectivité et de nos apprentissages légitimé, n’est que transfert de nos affects « sur la porte » entre le client et nous. Jean Marie faisait référence à la porte évoquée par Balint et son épouse pour expliquer comme la rage d’un couple finit par claquer la porte et s’y déplace de fait.

Nos choix de durée de séance, la fréquence, les outils mis en pratique, tout ceci est déjà interprétation du besoin du client issue de notre contre-transfert lancinant.

– Le contre-transfert de l’accompagnateur ne prend sens que dans l’après-coup.

Il est impossible à prévoir en session de préparation même en supervision, il est impossible à déceler et soi-disant mettre de côté sur le moment, il est impossible à saisir en toute sa subtilité même une fois le client parti et en supervision à nouveau. Le contre-transfert est inconscient. Jean-Marie utilise volontiers en abordant un cas récent le terme « j’en suis encore encombré ». Nous ne percevons que ses effets. Une déstabilisation. Une étranger été. Le contre-transfert relève de tout ce en quoi le client nous est étranger et surtout nous sommes étrangers à nous mêmes. Bien loin du communément admis « d’en quoi le client me met et que je connais si bien et dont je ne veux pas avec lui ! « 

– Les interprétations sont alors tout ce qui m’échappe malgré moi en présence du client, et surtout ce en quoi je ne me reconnais pas ! Jean Marie aborde le cas de ce client qu’il n’a pas attendu comme à son habitude le temps de la séance. Il l’a donc croisé aux abords du Cabinet et lui a dit de venir le lendemain, et ainsi de suite : puisque la séance n’était pas respectée il aurait d’eux rendez-vous à chaque fois à la place d’un seul. Le lendemain son client était bien là et à l’heure et à pu lui parler longuement de son frère jumeau et de oh combien il lui manquait…

À une autre cliente j’ai moi-même avoué un jour qu’avec elle « j’avais peur de faire des bêtises. » À mon superviseur je suis ensuite allée avouer ce dérapage certain. D’inspiration psychanalytique intégrative en sa pratique de coach lui-même, il m’a au contraire encouragée à partager, avec soin, ce qui d’étranger en la séance apparaît. En la séance même, ou comme le rajoutait Jean Marie avec encore plus de soin, laisser l’après-coup se faire, et ne pas hésiter plus tard à utiliser cette connaissance rétrospective pour une prospective… Certaine !

Ma client en effet à depuis bien bénéficié de mon aveu : dans un premier temps toutes ses « bêtises » d’enfant sont remontées. Puis des zones moins connues comme son intransigeance actuelle et ses peurs à elle se detricotent en douceur. Jusqu’à mes limites à moi, d’accompagnatrices surtout.

Car c’est cela le grand enseignement de cette journée séminaire : comment il restera malgré tout, et surtout dû au contre-transfert de l’accompagnateur même, qu’elle que soit la hardiesse de ses interprétations, des angles morts, des résidus transférentiels à détricoter éventuellement en Groupe Quatrième ! Surtout ceux qui accompagnons.

 » Ainsi est-iil apparu que le travail de l’analyse quatrième réactualisait, remettait en cause et en chantier le transfert de l’analyste, et incluait donc nécessairement —quoique évidemment in absentia — l’analyste de l’analyste. »

C’est en quoi il est quatrième : il remonte de l’accompagnateur (un) qui le rejoint et son client « rapporté » (deux), puis de l’analyse en groupe qui fait tiers, à une quatrième échelle : l’évocation de l’analyste premier et en quoi il est encore présent et empêcheur !

Avec André, nous qui vous accompagnons aussi en groupe et en superviseurs, nous sommes vigilants à votre relation à votre thérapeute, qui a précédé votre vocation de coach ou qui est encore agissant. Ici nous le rendons explicite et peut être pourrons nous le travailler davantage après cet atelier apprenant :

Transfert & Contretransfert, Interprétations & Identifications

Pour en savoir encore davantage et à la source voici un texte issu du Quatrième Groupe d’Analystes auquel il est fait référence et dont Jean Marie fait partie. Nous rejoindre en prochain séminaire du 13 juin est se former avec lui puis pratiquer avec nous, le duo de superviseurs est possible aussi. Vous serez les bienvenus.

« Le concept d’analyse quatrième, qui est passé dans l’usage et le langage courants au sein de notre groupe correspond à une façon nouvelle d’envisager le travail de formation analytique classiquement défini et admis, dans l’ensemble des Sociétés freudiennes du monde entier, sous le nom de contrôle ou d’analyse supervisée.

L’analyse quatrième est donc, d’abord, une théorie du contrôle, de la situation de supervision — théorie jamais esquissée jusque-là — et prenant en compte l’ensemble complet des figures et personnes qui y interviennent, ainsi que leurs interactions visibles ou cachées.

La reconsidération ainsi faite de cette partie essentielle de la formation, entraîne des modifications et des recentrages à la fois théoriques et pratiques, visant à mieux cerner la matière analytique elle-même, et surtout à prévenir son échappée potentielle à garantir autant qu’il se peut contre son éviction involontaire.

Le concept de processus, d’abord, c’est-à-dire de déroulement selon le temps (voisin des notions freudiennes de « travail » et d’ »élaboration », s’est progressivement avéré et continue d’être l’un des plus utilisés dans les apports de notre groupe aux problèmes de la formation, de l’habilitation, et jusqu’à ceux des relations de l’analyse et des analystes avec les institutions, à commencer par celles de leurs propres Sociétés.

La notion de processus, en effet, s’applique tout autant à l’analyse (celle du candidat en ce cas) ; à l’analyse quatrième ; aux cures psychanalytiques ou psychothérapiques concernées ; aux sessions inter-analytique ; à habilitation enfin. L’analyse quatrième repose essentiellement sur le repérage, puis le maniement : intervention, abstention suspensive, interprétation des données transférées c’est-à-dire du transfert non moins que de son homologue croisé, le contre-transfert. C’est pourquoi a été posé et défini le concept double de transfert-contre-transfert.

L’expérience montre que la totalité du processus d’une analyse, et les aléas de ses réussites comme de ses blocages, limites ou échecs, est sous la dépendance des appréhensions et des interférences—manifestes et plus encore latentes — d’expressions et de déguisements émanant d’un fonds transféro-contre-transférentiel permanent, c’est-à-dire présent dès avant le début de l’entreprise analytique et se maintenant jusqu’à son terme, et même au-delà. Ceci rend compte de la nature processuelle du phénomène.

Quant à la donnée plus spécifiquement contre-transférentielle celle-ci conditionne les capacités d’écoute et d’entendement non moins que leur contrepartie limites et surdités, écoute de soi-même (narcissique) et non plus d’autrui. L’inter-subjectivité, qui est aussi inter-objectivité et inter—objectalité définit le cadre optimum (setting) du processus analytique.

Or le versant contre-transférentiel renvoie toujours avec évidence —mais souvent aussi dans la méconnaissance — aux données analytiques propres de l’analyste, C’est-à-dire à l’analyse de l’analyste; et, parmi ces données. aux moins bien résolues d’entre elles, Ainsi est-il apparu que le travail de l’analyse quatrième réactualisait, remettait en cause et en chantier le transfert de l’analyste, et incluait donc nécessairement —quoique évidemment in absentia — l’analyste de l’analyste.

Il en résulte que faute d’un quantum suffisant d’appréhension de ces données, dimensions et voies régrèdientes, une part essentielle —puisqu’inconsciente — de la matière analytique se trouve tacitement évacuée, évitée ou hors d’atteinte.

Le but de l’analyse quatrième se définit de lui-même par cette approche théorico-clinique et tbéorico-technique du processus engagé. Il est de permettre, par voie de signalisation — plutôt que d’interprétation au sens spécifique du mot — la mise en lumière relative des données brièvement rappelées ci-dessus notamment selon les effets transféro-contre-transférentiels croisés et interférents, qui enferment des zones très aisément et fréquemment inaperçues, hors-limites, repoussées ou ignorées, lesquelles sont néanmoins des éléments constitutifs, agissants d’une analyse et doivent par conséquent, dans la mesure du possible, lui être réintégrées.

Ces notations expliquent aussi pourquoi un tel travail ne peut s’accomplir seul. L’auto-analyse ne saurait y suffire.

Il exige l’exposé et la discussion en présence d’un analyste qui occupe une position — non seulement tierce comme c’est le cas dans la situation analytique idéale — mais quatrième d’où le nom donné à ces sessions formatrices.

Ainsi menée, l’analyse quatrième, par la discussion et l’élaboration théorico-clinique contradictoire, et par le principe du pluralisme formateur qui la fonde permet de surcroît, d’atteindre deux résultats d’importance considérable :

A — Elle fait apparaître la pluralité des sens et des stratifications de la matière analytique. Elle éclaire les problèmes complexes du choix— délibéré ou, plus encore aveugle — choix du matériel et choix de l’interprétation. Elle aide à la formulation d’hypothèses interprétatives heuristiques, par la découverte des interprétations latentes. Elle en permet enfin la confirmation ou la réfutation, par le recours à une critériologie de recoupements et convergences.

B — Formation et communications pluralistes permettent de parer aux effets les plus aliénants de l’identification—non pas secondaire mais tertiaire — à analyste. Identification dont certains esprits égarés sont allés jusqu’à soutenir qu’elle était la fin idéale de l’ » analyse didactique » ; mais dont l’expérience montre qu’elle est au contraire stérilisante et aberrante. « 

QUATRIÈME GROUPE
FORMATION ET HABILITATION (1983)
Extrait prépare en collaboration par Piera Aulagnier, Nathalie Zaltzman et Jean-Paul Valabrega , lequel a assuré en outre la rédaction du texte. Le texte entier comprenant :

* Avertissement
* Quelques conditions minimales à l’entreprise de la formation
* Analyse Quatrième et la session inter-analytique
* Le processus d’Habilitation

 

 

 

 

La Fabrique des rêves

Je prends un bain et je dois me cacher. Car il n’y a pas vraiment de murs dans cet appartement sous les toits. Et ça s’agite autour de moi ; ou ça fait la fête, je crois. Et il y a deux femmes que je connais si bien et puis, dans l’appartement d’à-côté, sans cloison, un jeune homme ami.

Et l’une des deux femmes m’apporte un drap de bain.

Et elle là, derrière moi, une fois que j’ai fini de lui raconter ce rêve de la nuit d’avant qui ne m’évoque rien, elle prend soin d’évoquer un instant l’étrange mécanique des rêves : un pied toujours dans le passé et un autre dans le présent. La femme qui peut cacher un homme. Ou bien l’inverse. Et le jeune homme qui est peut-être un enfant… Et pourquoi j’ai choisi cet ami ? Et puis ce lieu ? Comme une algèbre intime et universelle de l’inconscient.

Alors moi, là, je commence à m’agiter et à m’inquiéter parce que le temps de la séance passe et c’est comme si elle m’embrouillait les pistes quand elle multiplie ainsi les chemins et les sens du rêve. Et, en plus, ce rêve-là je vois bien à présent qu’il s’emmêle avec un souvenir d’enfance, quand j’étais petit d’homme. Avec de la violence à l’entour. L’homme de l’autre côté de la salle de bain qui brandit un couteau et menace la femme.

Elle, elle dit que cette violence-là c’est aussi comme une scène sexuelle. Mais si elle continue comme ça à ajouter du sexe partout et puis le mélanger à la violence, il me faudra encore des plombes pour résoudre cette énigme-là.

– Vous semblez impatient, me lance-t-elle, d’accéder à l’un des sens de votre rêve.

Et moi qui souvent mets des mots de moi à la place de ses mots à elle à peine sortis de ses lèvres, j’entends ici « accéder à l’indécence de votre rêve ».

Et j’aimerais tellement trouver le sens de ce rêve-là avant qu’elle me mette à la porte.