L’entreprise réinventée

« Des conflits d’intérêt surgissant entre les hommes sont donc, en principe, résolus par la violence. Ainsi en est-il dans tout le règne animal dont l’homme ne saurait s’exclure ; pour l’homme s’y ajoute encore, bien entendu, des conflits d’opinion qui s’élèvent jusqu’aux plus hauts sommets de l’abstraction et dont la solution semble nécessiter une technique différente. Mais cette complication n’est apparue que plus tard. A l’origine dans une horde restreinte, c’est la supériorité de la force musculaire qui décidait ce qui devait appartenir à l’un ou quel était celui dont la volonté devait être appliquée. La force musculaire se trouve secondée et bientôt remplacée par l’usage des instruments ; la victoire revient à qui possède les meilleures armes ou en use avec le plus d’adresse.
L’intervention de l’arme marque le moment où déjà la suprématie intellectuelle commence à prendre la place de la force musculaire. Le but dernier de la lutte est le même : l’une des parties aux prises doit être contrainte, par le dommage qu’elle subit et par l’étranglement de ses forces, à abandonner ses revendications et son opposition. Ce résultat est acquis au maximum lorsque la violence élimine l’adversaire de façon durable – le tue par conséquent.
Ce procédé offre deux avantages : l’adversaire ne pourra pas reprendre la lutte à une nouvelle occasion et son sort dissuadera les autres de suivre son exemple… »

Sigmund Freud

 

Ce samedi 23 janvier nous animerons à l’ICF la conférence-atelier « Quel accompagnement des managers dans l’entreprise réinventée ? « , par André de Châteauvieux et Eva Matesanz, sans y toucher, sans outils, sans armes de coach. La pulsion ouî, animale, mais aussi le fantasme dont l’homme est seul créateur et peut être le sujet d’une élaboration partageable. Et peut être que l’exemple changera pour certains de camp…

 

Photographie Cure-dents Castor, aux arômes naturels de wasabi et raspberry

Destinationite : mal du coach, ou du coaching ?

Destinationite…

C’est ainsi qu’il nomme – du nom, populaire et savant, du mal des pilotes de ligne qui a l’arrivée à destination manquent de repères, bien davantage qu’en plein vol – son mal de coach qui aboutirait définitivement sa reconversion.

Il compte lâcher pleinement sa vie professionnelle d’avant, et ne « vivre » que des ressources financières générées par son accompagnement.

Et il ne s’inquiète pas tant de son marché, de son offre ou de son style d’accompagnement, que de n’avoir rien oublié des paramètres environnants.

– Il a envisagé une remplaçante à durée déterminée en sa fonction d’avant et pouvoir ainsi la reprendre en cas de mauvaises conditions d' »atterrissage ».

– Il a trouvé un associé « Indiana Jones » du temple auquel il s’attaque : l’entreprise et ses rapports.

– Il a soupesé les contraintes familiales, et les alliances possibles en son environnement affectif.

– Il nous a pris pour superviseurs, en groupe et en duo, pour une vision à 360 de sa situation.

Quelles serez les limites que tu mettrais entre être débordé par ton succès et être débordé par ton échec ?

– Pardon ?! Je ne comprends pas la question.

Je ne la modifie ni la répète. Je ne change rien. Nous aussi nous ne comprenons rien à ce mal qui ne nous est pas étranger : la  » destinationite « . Quand la piste apparaît, où se trouve le ciel ?

– Il arrive souvent, et surtout au premier abord, que les interventions d’Eva ne soient pas comprises. – André tenter de nous rassurer tous. Puis, il s’adresse à Christian. – Essaye peut-être d’y répondre toutefois de ce qui te vient à l’esprit.

Un court silence, puis, le début d’un fil :

– J’entends la proposition d’Eva comme un choix : entre être débordé par l’échec ou être débordé par le succès, et c’est la deuxième option que je préfère et qui en même temps, m’inquiète le plus. Pour ce qui est des limites je ne vois pas… Il sera toujours temps de mettre des limites au succès !

Mais quelles limites à l’échec n’y conduiraient pas ?

Et à André de me dire, en débriefing plus tard, enfin et à froid :

– Ce ne sont que des limites à l’échec qui entourent cet atterrissage là ! Une remplaçante, un soutien possible boulet, un quadrillage du vivant, et deux superviseurs décidés à ne jamais aider !

– Sur les limites au succès nous pourrions reprendre alors à la séance suivante. Et  » parl-être  » de lui-même rendre ce nouveau participant qui nous a appris le mal de terre…

Il n’est pas d’autre travail, que le travail sur soi, et à ciel ouvert.

*

Dans  » analyse sans fin et analyse avec fin « , Sigmund Freud explore, lors de ces dernières années, la butée du processus analytique, et son irrésolution manifeste.

De quoi relativiser l’essor ultérieur du coaching? à objectifs et échéances impossibles. Sauf à oublier « l’être » dans le « faire » de nos accompagnés, et notre « être coach » : être plutôt que faire du coaching. Et l’être ne se pose jamais vraiment… Sauf sous terre, à expiration.

*

Illustration

Adepte des prises de vues en fisheye et de la retouche numérique, l’artiste et photographe new-yorkais Randy Scott Slavin s’amuse à prendre des clichés de la planète terre en créant une distorsion de l’espace afin de ramener tout sur un seul et même plan.

En savoir plus: http://www.gentside.com/photographie/ces-paysages-sont-visibles-a-360-degres_art39876.html
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(C) Randy Scott Slavin
(C) Randy Scott Slavin

Je ne vous comprends pas, l’étrangeté

(C) Bill Gekas
(C) Bill Gekas
 
[Je ne vous comprends pas]

Chez elle chaque mot se fait manger par le suivant, et sur deux phrases trois idées font leur balade, chaque séance en matinée, sans se connaître ni se saluer. Et moi j’aime l’accompagner.

*

D’abord j’ai cru l’exaspérer, comme le faisait mon père quand trop brillante je me montrais. Aujourd’hui j’avoue que je ne le connais de rien, et que j’ai hâte que nous soyons présentés. Par nos inconscients respectifs qui eux s’entendent si bien.

**

Lorsque j’anime en duo avec André c’est la plainte qui revient : – Eva, je ne la comprends pas je crains. 

Et des fois par le truchement d’André, il ou elle dit comprendre mieux. Et si je n’étais pour eux qu’inquiétude étrange* et alors bienvenue sur la durée ?

Qu’est-ce d’autre que la peur mal connue du familier qui nous empêche d’être nous et d’être avec ?

En référence à « l’inquiétante étrangeté » : Sigmund Freud.

 

 

 

 

L’inconscient, un ami qui vous veut du bien

imageAvec Eva on aime bien, on aime beaucoup, phosphorer à foison, enrichir notre pratique à l’envi et expérimenter toujours. Et savoir ainsi que le bord de ciel ou de mare devient aussi un laboratoire de création pour ceux qui aiment et qui accompagnent.

Ainsi, après Mars & Vénus sur le divan, l’International Coach Federation France nous invite à nouveau pour sa prochaine journée d’études, en janvier et à Lille, sur le thème « Neuroscience et coaching. Science et conscience. »

 Et nous alors, on aime aller du côté de chez Freud pour découvrir les liens profonds entre les neurosciences et l’accompagnement. Et prendre soin alors de la faculté subtile et profonde de communiquer d’inconscient à inconscient avec chaque client et mettre à jour aussi ce qui, au fond de nous, freine ou inhibe cet instrument singulier et inné.

 

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L’inconscient, un ami qui vous veut du bien

André de Chateauvieux & Eva Matesanz

 

Perdre soudain en séance le fil de son intuition, faire un lapsus qui ne nous ressemble pas face au client, voir surgir en sa présence et en notre imaginaire des images incongrues, sentir des tensions soudaines ici ou là dans le corps… c’est l’inconscient du coach qui toujours et au fond s’invite en chaque accompagnement.

Ni pouvoir divin ni don chamanique, cet instrument-là, inné, vivant, vibre et s’accorde avec tout ce qui de nos clients s’empêche ou affleure, crie ou ne peut encore se dire.

Quelles sont les sources de cette part si créative de notre psyché ? Comment s’y connecter ? Quels barrages en nous, quelles inhibitions s’y opposent ? Comment accorder cet instrument aux variations singulières de chaque client ? Dans quel cadre partagé ?

Cet atelier expérientiel et didactique propose d’aller aux sources vives de notre métier : les associations libres, hasardeuses et éclairées ; les souvenirs jusqu’alors oubliés et les voyages inopinés en enfance ; le matériau si précieux des rêves ; les jeux inédits entre accompagné et accompagnant…

Et c’est parce que Freud était aussi neurologue que la psychanalyse nous offre des clés premières et utiles pour tisser des liens entre les neurosciences et l’art d’accompagner. Et que, même s’il fait peur à beaucoup, l’inconscient est toujours un ami bienveillant au fond.

 

 

7° journée d’études ICFF Nord

Neuroscience et Coaching

Science et conscience

 

 

Samedi 18 janvier 2014 – 9 h 30 à 17 h

Au Centre du Haumont

31, rue Mirabeau à Mouvaux (près de Lille)

 

 

En quoi les neurosciences peuvent-elles apporter une aide au coaching ?

Quel éclairage pour les comportements, les émotions et les raisonnements ?

Avec quelles limites ?

Quelle place reste-t-il pour l’irrationnel, l’imaginaire et le symbolique ?

Peut-on tout modéliser ?

 

Au programme :

  Conférence d’ouverture

  20 ateliers (méthodes, outils et pistes de réflexion)

  Cocktail de clôture

 

 

Contacts : contactje2014@coachfederation.fr

 

 

Photo : Chagall – La danse

La rencontre en espace analytique, ou l’étendue de la psyché…

      

Le premier rendez.
Nous sommes face à face.

J’interroge d’abord la présence, celle qui s’adresse à moi et dont j’apprécie tant l’impénétrabilité radieuse qu’il impose à mon regard.

J’écoute d’abord un corps, son inscription dans mon espace familier.

J’observe les effets qu’il suscite dans cet espace. Ici ou là, je soutiens mon regard pour mieux saisir le poids qu’il porte en son dedans.

 Au fil des premières minutes, l’oeuvre de sa présence vient à s’affirmer progressivement, elle s’érode, se creuse ou se disperse. Elle éclate en quelque sorte.

Freud« Il se peut que la spatialité soit la projection de l’extension de l’appareil psychique. Vraisemblablement aucune autre dérivation. Au lieu des conditions a priori de l’appareil psychique selon Kant. La psyché est étendue, n’en sait rien. »

Rare aphorisme de Sigmund Freud supposé être destiné à son Abrégé de psychanalyse, publié à titre posthume, en 1940.

*

 L’abstraction issue de la première fulgurance de mon regard sur ce corps se concrétise lentement: apparaissent des éclatements, territoires ou démembrements singuliers. Je perçois des contours ou des gestes insistants, des entrelacements de doigts, des noeuds, des érosions, peut-être même des vides, ici une pâleur, une couleur….

        J’observe simplement ce corps en ma présence, qui me regarde autant que le mien le regarde et s’ajuste – deux corps en exil que la parole de l’un et l’écoute de l’autre vont inexorablement rapprocher. C’est une première alliance tragique, un préalable qui doit nécessairement s’opérer pour assurer l’authenticité de mon écoute.

        Puis vient à moi le souffle et la voix, une buccalité d’abord avant qu’elle ne devienne une bouche, une substance avant qu’elle ne devienne une pensée. Bientôt surgit le travail de l’image dont la substance sonore s’adresse à moi.
        Une Psyché se déroule et s’étend bien avant que le sujet s’allonge.

 

image

 

« C’est de cette Psyché qui ne se sent pas, qui ne se sait pas, – le cerveau humain est système nerveux central sensible au corps, insensible à lui même en son abstraction -, dont il a été question ce jour à l’Atelier des Jardiniers.
Et dans la relation à l’autre, seulement, se sentir, humain. »

Eva Matesanz

Ainsi sois-je, pour vous permettre d’être

imageC’était aux balbutiements de mon métier de pur accompagnement et création. Sur mon tout premier blog. Lors de mes plus libres échanges sur les réseaux sociaux. Lorsque l’Autre était encore moi. Encore.

Il m’avait remarqué et trouvait courageux et tellement juste !… mon positionnement : d’artiste coach, sans méthodes ni outils, sans process certifié dans le fantasme d’un contrôle.

Juste. Analyste créatrice.

Il en avait fait lui même une longue psychanalyse :

C’était ça ou aujourd’hui je serais un délinquant, un banni, un paria. La violence est mon terreau.

Il a travaillé chez les plus grands, Big Five du Conseil en Organisation. Puis, il crée son Cabinet en Associé, et le Coaching prend la place du Conseil.

Mais même coaching est suggestion. Il n’y a que par l’analyse d’eux-mêmes que les Dirigeants dirigeront. Et en cela, à la pointe je vous sens.

Il a voulu me céder sa place au capital et aux commandes de son vaisseau. Ses Associés s’y opposeront…

La peste, nous leur apportons la peste encore et encore.*

 

C’était en Décembre 2010.

Une, deux, trois années de psychanalyse et de vie, de celles qui ne sont pas tièdes, se sont écoulées depuis, pour pouvoir être ce qu’ici je concède : un été sans miroir, et un envol à la rentrée. Peut être…

Et vous qui m’approchez, aujourd’hui, vous aussi, vous le pouvez peut être. Etre.

Et lui : Jean Louis Richard. Je le remercie d’avoir, de tout son être, accompagné, mon peut être à moi.

* Phrase mythique de Freud aux abords de l’Amérique.

 

Père-vers elle… Et elle va

parmi-les-galets-lachee

 

– Ma mère ne m’a pas aimée…

En tout récit de ses difficultés – présentes, à venir et passées – cette forte femme dirigeante les résume à cette analyse périmée.


Cailloux de Petit Poucet qui éclairent son chemin.

Et en supervision à mon tour j’analyse avec mon coach son défaitisme premier.

– Avez-vous sondé en elle son actuel désir sexuel ?
– Non. Mais elle n’en a aucun ! Et c’est mon choix de ne pas lui en parler : je ne veux pas qu’elle couche !

Drôle de chose est que mon inconscient lui barre à nouveau le chemin…

Parmi les galets, d’une mère à l’autre, lâchée.


Inconscient instrumental de coach désaccordé. Et c’est en supervision que je viens de le découvrir et que je vais pouvoir le réaligner.


Peut-être du désir du père la recouvrir. Et suspendre le geste.

Père-vers, c’est à elle de faire le pas. Et d’elle vers le monde, sans plus de gêne !

 

**

 

En journée étude ICF Nord Neurosciences & Coaching seront à l’honneur. Et des cas comme celui ci en seront, à partir de l’expérience même, comme Freud le fit et que les avancées le soutiennent, l’apprentissage vivant. En animation en duo entre Eva Matesanz & André de Chateauvieux.

**

Alafindu XIXe siècle, époque où l’on se penchait sur les problèmes de l’hystérie, tous les savants s’interrogeaient sur l’inconscient et la sexualité. Freud s’est donc longtemps cantonné à la physiologie, pensant  que  les  problèmes psychiques, particulièrement les névroses, ne relevaient pas de la folie, mais qu’elles avaient pour cause majeure un traumatisme réel d’enfance, autrement dit un abus sexuel commis par un adulte sur l’enfant. Bien que largement partagée, cette thèse trop systématique est fausse, et Freud y renonce, son coup de génie étant de sortir de la médecine. Lui qui est physiologiste et chercheur décide de ramener tous nos problèmes névrotiques aux tragédies grecques, et donc, au fond, à un pasglorieux. La sexualité humaine n’est plus la  description d’une activité fonctionnelle,  elle devient la libido,  l’éros !

L’instinct de vie qui nous manque, par Elisabeth Roudinesco, historienne, rappelé, en Figaro Magazine d’été.

Malaise dans la civilisation, et créative attitude

 

Aussi bien le maître de la raison, Kant, que Freud qui rend les armes à l’inconscient, tous deux observent le malaise de l’homme quand l’Homme règne. Et le déflorent. 
 
Chacun de nous est à la fois un « animal social » :
 
– seul,  l’enfant sauvage, stagne en son developpement ;
– adulte, placé en isolement, il perd l’usage de sa raison et de son affection ;
 
et jaloux de son individualité : 
 
– il repousse les limites de son périmètre, déterminé par ceux des autres et, en particulier, de son donneur d’ordre, client ou chef ;
– il conteste l’intérêt général et le bien public ; les goûts des autres et le sens que prend leur consommation, de ce qu’il offre.
 
Freud éclaire ce  paradoxe en rappelant que la civilisation est fondée sur la répression de nos instincts originels et vitaux, à savoir l’agressivité et la sexualité – instincts qui tous deux protègent la vie et ont pour but la perpétuation de l’espèce humaine. C’est la  raison pour laquelle nous haïssons et chérissons tour à tour la culture, ou la civilisation, car celle-ci constitue  une source constante de contrariété, de refoulement, de souffrances individuelles. Une source inépuisable de créativité assurément.
 
 
 
Créative attitude que ces deux maîtres partageraient.
 
 
VERBATIM
 
« Il est curieux que les êtres humains, bien qu’ils ne puissent guère subsister dans la solitude, ressentent néanmoins comme très oppressants les sacrifices que la culture leur impose pour rendre la vie commune possible. La culture doit donc être défendue contre l’individu et ce sont les organismes, les institutions et les prescriptions qui se mettent au service de cette tâche ; ils ne visent pas seulement à établir une certaine répartition des biens mais aussi à la maintenir ; ils doivent même protéger  des agissements hostiles des êtres humains tout ce qui est utile à la domination de la nature et à la production des biens. Il est facile de détruire les créations des hommes ; la science et la technique qui les ont  établies peuvent aussi servir à leur destruction. On est alors gagné par le sentiment que la culture est ce qu’une  minorité qui a su s’emparer du pouvoir et des moyens de coercition a imposé à une majorité récalcitrante ».
 
L’avenir d’une illusion, Sigmund Freud (1927) traduction Ole Hansen-Löve, coll. « Classiques et cie », Hatier, 2010.
 
« L’homme est un animal qui, lorsqu’il vit parmi d’autres membres de son espèce, a besoin d’un maître. Car il abuse à coup sûr de sa liberté à l’égard de ses semblables; et quoique en tant que créature raisonnable il souhaite une loi qui pose les limites de la liberté de tous, son inclination animale égoïste l’entraîne cependant à faire exception pour lui-même quand il le peut. Il lui faut donc un maître pour briser sa volonté particulière, et le forcer à obéir à une volonté universellement valable ; par là chacun peut être libre. Mais où prendra-t-il ce maître ? Nulle part ailleurs que dans l’espèce humaine. Or ce sera lui aussi un animal qui a besoin d’un maître. De quelque façon qu’il s’y prenne, on ne voit pas comment, pour établir la justice publique, il pourrait se trouver un chef qui soit lui-même juste, et cela qu’il le cherche dans une personne unique ou dans un groupe composé d’un certain nombre de personnes choisies à cet effet. Car chacune d’entre elles abusera toujours de sa liberté si elle n’a personne, au-dessus d’elle, qui exerce un pouvoir d’après les lois. Or le chef suprême doit être juste en lui-même et pourtant être un homme. Cette tâche est donc bien la plus difficile de toutes et même sa solution parfaite est impossible : dans un bois aussi courbe que celui dont est fait l’homme, on ne peut rien tailler de tout à fait droit. La nature ne nous impose que de nous rapprocher de cette idée. 
 
Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique, Prop. 6 par Emmanuel Kant (1784)

Libre interprétation

Quand Freud, simple homme au fond, allonge l’Autre – la femme hystérique, l’homme aux loups -, sur son divan, il part autant dans des contrées sauvages que les colons, de part et d’autre de l’océan. C’est pourquoi, s’il n’avait pas été neurologue il aurait fait de psychanalyse, moins une médecine, davantage un truchement. Entre vivants.

 
Deux découvertes en mes lectures et cinémas d’été :
 
– Rouge Brésil, Goncourt 2001 pour Jean Christophe Rufin. Je sais, je suis en retard de phase, mais pour moi, Le Poche est format de vacances, et Les Indes, évasion tant aimée.
 
– Jimmy P. ou « la psychothérapie d’un indien des plaines », de l’ouvrage fondateur, de l’ethnopsychiatrie par Georges Devereux, fidèlement inspiré. 
 
Jimmy P.  Avec Georges Devereux en son rêve
Jimmy P.
Avec Georges Devereux en son rêve
 
Je découvre que c’est dans l’Autre que nous nous libérons le mieux. Sa présumée différence nous protège d’être les mêmes. Sa lecture, notre page blanche elle hèle.
 
Rouge Brésil : criant de vérité sur le conquistador français de l’Histoire oublié, Villegagnon, l’est aussi sur ces primitifs qui retiennent leurs ennemis en leur compagnie, puis les mangent, et retenir à jamais leur esprit. Cette force opposée qui doit donc être un manque…
 
Jimmy P. : blessé de guerre en apparence, blessé de la vie ordinaire en profondeur. Le scientifique à l’identité tronquée a bien plus de ressemblances avec lui, prétendu sauvage, qu’avec lui-même, Docteur présumé.
 
L’un et l’autre, Devereux et Jean Christophe Rufin, re-interprètent l’âme humaine qui se dérobe à jamais.