Le transfert en coaching ou l’approche psychodynamique de toute forme d’accompagnement humain, individuel et collectif

Longue vie à la promotion 9 du Diplôme Universitaire Executive Coaching de Paris Cergy auprès de laquelle j’ai mené l’enseignement ici résumé d’une approche psychodynamique incontournable.

Psychogėnèse du transfert d’affect,
génèse des transferts d’affects

« Le bébé, tel que Kohut le voit, est un être fort – jamais faible – qui naît dans une matrice psychologique d’objets-soi qui répondent aux besoins. Il existe simultanément à l’intérieur et à l’extérieur des objets-soi, tout comme l’oxygène qu’il respire existe simultanément à l’intérieur et à l’extérieur de son corps. Réfléchi dans les objets-soi (effet de miroir), capable de fusionner avec leur sérénité et avec leur puissance (idéalisation), ressentant la présence silencieuse de leur similitude (gémellité), le bébé est fort, sain et vigoureux. »

Reflets en miroir, facteur thérapeutique en groupe analyse, Malcolm Pines, psychanalyste de la Tavistock Clinic, présidentde l’Association Internationale de Psychothérapie de Groupe, 1983

Et le petit d’homme croît et la séparation s’organise entre le dedans et le dehors, entre le mauvais et le bon. Il devient « le sujet divisé » dont il nie la division, bien enfouie dans l’inconscient mais qui lui revient par en dessous et bien au-dessus de lui, dans ses rapports avec autrui.

La petite d’homme grandit aussi. Mais elle crie de tout son corps, de tout l’amour qui la traverse, le conflit qui l’habite. L’« hystérie » féminine a éclairé notre inconscient.

« Une femme possède deux images d’elle-même. Il y a la personne magique perçue ou rappelée par ceux qui l’aiment et dont les qualités suprêmes sont la chair et l’esprit éclairé. Elle connaît elle-même ce soit idéal ; elle le projette tant qu’elle reste confiante en elle-même ; ou elle le produit dans ses rêveries ; ou encore elle le perçoit avec reconnaissance dans le regard admiratif des autres.

Il existe en même temps une seconde image ; la femme telle qu’elle est perçue par ceux qui n’ont pas d’amour pour elle ou la craignent. Cette image cruelle trouve un miroir d’une puissance extrême dans sa propre idée négative d’elle-même. C’est avec crainte qu’elle voit ses propres pulsions ravageuses et, ce qui est encore plus pénible, une image disgracieuse, monstrueuse et indigne de tout amour sur son soi physique.

Tel était le miroir que ses parents avaient tendu devant Edith. Ses frères la voyaient avec amour. Quant à elle, elle connaissait les deux images. Sa vie et sa poésie constituaient une fuite devant la seconde. »

Extrait par Malcom Pines dans l’article cité précédemment qui est recueilli dans le no. 41 de la revue psychosociologie parue dans la collection Connexions EPI de « Edith Sitwell, une biographie » par Victoria Glendinning, Weidenfield and Nicholson, Londres 1981, p. 35

L’accompagnement, un processus de transferts successifs d’affects depuis l’angoisse jusqu’aux émotions

Le transfert narcissique dans un premier temps, un transfert de l’expérience la plus précoce de l’enfant ; un transfert de dépression comme transition vers un transfert dit « névrotique », de véritable mise en relation de deux personnalités structurées, différemment. En 4 étapes, cela donne un processus type comme suit, avec des itérations possibles sur le temps long.

1ère étape : nouer le transfert

L’accompagné transfère dans la relation d’accompagnement son mode relationnel habituel qui est basé sur son expérience de la vie et de la relation, depuis qu’il existe. Pour la part qu’il ne connaît pas, celle de la prime enfance, c’est un fantasme qu’il garde enfoui mais c’est un fantasme universel dont il perçoit mal comme il s’applique aussi à lui. Les nouveaux nés, tous les nouveaux nés, sont sur une position psychique squizo-paranoïde : ils séparent, comme cela les arrange, les images de leurs vécus multiples entre ce qui est de l’ordre du bon et qui est de l’ordre du mauvais. Ils ont des besoins et ils éprouvent autour d’eux une tension qui les stimule, une excitation qui est pulsion de vie, et un manque qui les abat, qui les fait percevoir le danger de mort imminente.

Dans leur représentation, purement imaginaire, ils dissocient des attaques et une vaillance. Les attaques correspondent à une issue paranoïde, qui isole le danger. La vaillance produit le narcissisme primaire. À partir de deux mois de vie la présence extérieure de la mère se fait enfin clairement sentir.

De deux mois à huit mois, l’âge où ils expriment pour la toute première fois leur angoisse de séparation, les nourrissons prennent pour objet la mère : les attaques et l’effort de soutien sont tous les deux « externalisés ». La mère qui n’est pas un objet psychique mais un sujet à son tour reçoit de l’enfant lui-même des attaques et des satisfactions. La relation est née et avec elle le quiproquo.

L’amour de la mère lui permet de faire un effort. De dépasser les inévitables des-accordages.

L’enfant lui-même, en grandissant, parvient à contrecarrer l’angoisse par d’autres moyens que son imaginaire tout-puissant. L’enfant joueur de un an à deux ans peut commencer à se représenter dans la manipulation d’objets extérieurs la disparition et la réapparition, la destruction et la reconstruction. Cet enfant peut prendre une part active dans le soutien d’une mère défaillante. L’amour lui est aussi possible, l’amour de lui, l’amour de la vie, l’amour de l’autre. Il garde en lui les traces d’une agressivité qu’il a pu exercer : soit avec la mère, soit avec les objets, soit au moins dans son imaginaire ce qui est notre privilège d’humains. Cette agressivité est intimement liée à l’angoisse de cette période, à l’insécurité nécessaire pour trouver le chemin de la dépendance qui nous est naturelle à l’indépendance, à l’individuation et à la subjectivité qui nous est tout autant naturelle, qui font notre humanité. L’accompagnateur reçoit, aussi et souvent, dans un premier temps, le transfert des restes affectifs de cette expérience précoce. Ainsi, le transfert initial peut être très positif parce qu’idéalisé, empreint d’un imaginaire très infantile, ou, de plus en plus souvent, dans les cas d’un accompagnement par prescription, un transfert négatif, celui d’une grande déception, d’une profonde colère contre soi-même avant tout.

Nous nous en voulons, sans le savoir, de cette agressivité que nous avons dû déployer quoi qu’il arrive, pour suppléer au maternel, pour nous séparer de ses bienfaits. Dans les deux cas, l’agressivité est nécessaire. Lorsqu’elle est transféré dans la relation aux autres et dans la relation d’accompagnement elle prend des formes sauvages puisqu’elle date d’un temps qui ne contient pas de traces verbales. L’agressivité est impensable, indicible et pourtant très présente.

Si la rencontre est désirante aussi bien l’accompagné que l’accompagnateur vont pouvoir mettre de côté leur narcissisme et leurs projections pour se parler, peu à peu, en faisant confiance au temps qu’ils s’accordent dans le cadre d’un accompagnement processuel, transformateur.

2ème temps : la rectification subjective

Lorsque le transfert s’installe, il prend ainsi d’abord une dimension essentiellement imaginaire qui touche davantage au personnage qu’incarne le thérapeute que à ce qui se met en scène dans la cure, à une capacité d’observation et de réflexion sereine en somme. Il est nécessaire de veiller à installer le contre-transfert sans qu’il soit une réponse massive au transfert de l’accompagné : l’accompagnateur se trouverait sous différentes formes d’emprise.

Il est nécessaire de greffer un savoir-faire d’accompagnateur, une réminiscence d’assez bonne mère, ni parfaite, pour permettre à l’autre de vivre son agressivité de la déplier, ni absente ou défaillante pour lui permettre de vivre aussi ses difficultés avec la confiance d’un soutien. Il n’y aura pas de réponse totale ni à la demande explicite, à l’objet de l’accompagnement, ni à la demande affective qui le sous-tend. Le transfert d’affects dans la relation a son propre objectif : rentrer dans une boucle relationnelle qui empêche le changement. Transfert et demande doivent rester séparés pour échapper à la fois à la toute-puissance et à l’impuissance. S’ils se superposent c’est une transformation impossible qui s’avance. La demande reste toujours du côté de l’accompagné, c’est la garantie de son existence en tant que sujet désirant. Le poids que le transfert donne à l’analyste lui sert à obtenir tout naturellement de l’accompagné qu’il redresse et qu’il assouplisse par la même occasion les jugements erronés qu’il porte sur lui-même ou sur l’analyste et qu’il renonce à la jouissance morbide, le reste d’une période périmée, qu’il entretient . Ce travail est un véritable sevrage qui impose au sujet de sortir de l’excitation sadomasochiste de ces premiers temps. D’une hyperactivité qui lutte contre la dépression nécessaire au lâcher prise de tout un imaginaire qui se réalise dans la relation.

3ème temps : la dépression de transfert

Lorsqu’il accepte de faire face à son angoisse, la réaction du sujet est une dépression qui le fait passer sur un plan différent et d’une manière originale par rapport à ce qu’il a pu vivre antérieurement lors d’épisodes d’épuisement et de suractivité. Le passage par la dépression de transfert est l’itinéraire le plus sûr, c’est celui du développement du nourrisson vers l’enfant, de l’enfant vers l’adolescent, d l’adolescent vers l’adulte. C’est un deuil qui a pu être une panne avec les autres sujets de l’environnement qui l’a vu grandir. Si le processus est maintenu, voire prolongé si davantage de temps est nécessaire et c’est la plupart du temps, que l’accompagnateur garde un désir d’accompagner cette personne sans la surprotéger ni la sur solliciter, il peut y avoir en effet une sortie de route ou une panne qu’on va pouvoir adresser. Attention aux arrêts maladie qu’il s’agit d’accompagner.

« C’est une expérience intense de travail psychique, un moment délicat au cours duquel le sujet doit pouvoir s’appuyer sur l’aide de son thérapeute pour élaborer les représentations qui lui permettront d’intégrer la violence des pulsions sadiques et masochique qui caractérisent la vie pré-oedipienne . » Olivier Bouvet de la Maisoneuve en Séminaire Psychanalytique du 21 juin 2019

La violence adressée à la mère est tempérée par la projection de cette figure sur l’analyste simple réceptacle du transfert imaginaire, tout en accueil et contenance. Son transfert à lui c’est cette construction qu’est l’amour, qu’est le savoir relatif et non tout-puissant.

4eme étape : le retour à l’équilibre névrotique, à une personnalité adulte structurée

L’efficacité de la réparation permet de sortir progressivement de la dimension imaginaire qui prévaut au départ pour introduire les deux autres dimensions de la vie humaine que sont le sens des réalités et le sens du symbole. L’accompagnateur peut trouver pleinement son rôle ; il n’est plus réduit à un support de projection. Un échange peut avoir lieu autour de ce qui fait l’objet de l’accompagnement, depuis les personnalités respectives des participants. Des scénarii de plainte plus précise, de colère motivée et de séduction reconnaissable parmi les arguties humaines vont pouvoir tourner et c’est dans un processus quaternaire et non triangulaire (bourreau, victime, sauveur) – le triangle reste fixé à l’Œdipe, au groupe d’origine – qu’ils vont pouvoir évoluer. La quatrième position est celle de l’effet de vérité (insight).

Le champ transférentiel

La vie sociale plonge chacun de nous dans des groupes dits secondaires pour les distinguer du groupe primaire qu’est la famille. Dans ces groupes il est un réseau d’identifications latérales. Les membres qui les composent peuvent aspirer à nouveau à un idéal qui peut être incarné par un leader ou bien attribué à l’intelligence collective de nos jours.

Le groupe va vivre dans ses échanges l’acceptation d’une dés-idéalisation et l’acceptation des différences qui les composent. Un « pacte dénégatif » en référence au terme employé par René Kaes, va s’employer dans un premier temps à nier leurs différences et les limites de leurs idéaux. Ce pacte permet la cohésion du groupe mais il fige son évolution et surtout sa production. Des effets de vérité vont surgir dans les rapports autres que la violence encore une fois et la séduction mutuelle, les deux formes du blocage d’un groupe, dans la complaisance et la fusion et l’adoration du ou des leaders ou dans l’opposition au contraire, et la destruction d’au moins l’un des membres, le bouc émissaire, ou du groupe entier sacrificiel.

Les groupes contenus dans une institution, ou encore mieux, dans un écosystème, permettent aux participants de vivre des appartenances multiples (métier, grade, statut, etc) et d’expérimenter directement les limites de leurs idéaux, la diversité des réalités et le caractère symbolique de leurs contributions. De leur impuissance individuelle naît un transfert vertueux d’affects et de parole échangée en continu et en action.

Le coaching d’équipe ou d’organisation permet à une équipe intervenante et même à une institution dans le cas d’un organisme de formation d’offrir des échanges nouveaux qui peuvent être d’abord sauvages et projectifs, plus ou moins explicités sous des contraintes techniques et sociales (modèle d’intervention, soumission des apprenants). Qui peuvent permettre ensuite, dans une reconnaissance sincère des difficultés, aussi bien matérielles qu’affectives, de venir à reconnaître ses propres difficultés et les adresser enfin. L’identification avancée ne fait pas une identité. Le transfert n’est pas direct. Comme à titre individuel, chacun peut se réattribuer ce qu’il cherchait à éviter : sa vérité disgracieuse, ou plutôt, belle de sa nudité. Sans les attributs et les honneurs.

Un écosystème vertueux forme une matrice psychologique d’objets-soi qui n’appartiennent à personne et c’est tant mieux. La vie y est forte, saine et pleine de vigueur.

Longue vie à la promotion 9 du Diplôme Universitaire Executive Coaching de Paris Cergy auprès de laquelle j’ai mené l’enseignement ici résumé d’une approche psychodynamique incontournable.

Le transfert pour seule réclame, et double des deux parents, moulin à vents contraires souvent

Elle a entrepris ce « travail sur soi » en prenant contact à travers blog. D’une simple phrase : « j’aimerais vous rencontrer pour envisager de me faire accompagner ». Et lors de cette rencontre elle m’annonce avoir déjà goûté à la thérapie, sans ne rien comprendre au silence de sa thérapeute ; elle me prévient aussi du fait qu’elle vient de résilier un contrat de coaching, sans ne rien comprendre à la logorrhée du consultant prescrit par l’entreprise, qui par contre rapportait assez précisément ses propos à elle à la hiérarchie.
– Qu’attendez-vous de moi ?
– Je m’attends et je m’ennuie.
Je lui parle de l’assiduité que j’attends moi d’elle. Et de sa persévérance, qu’elle s’ennuie ou qu’elle s’y croit. « Vous devrez être au moins aussi patiente que moi ». C’est la phrase de Dolto qui me guide lorsque l’autre, en travail sur soi, exige de moi. Je lui parle de l’argent, de la dette « paternelle », de ce que nous devons à nos parents si jamais nous ne nous émancipons pas, de par la vie qui s’ose et/ou de par la psychanalyse qui se paye. Elle me trouve bien chère. Elle hésite à faire du saute-mouton, une semaine oui l’autre non. Puis elle pleure.
Je passe en force ne me demandez pas le pourquoi – je m’en fous de l’argent moi, je ne réclame plus rien à mes parents, je crois, ou je me trompe – « je ne fais pas de compromis financier sur la souffrance, ce sera toutes les semaines, même jour, même heure ». Nous prenons nos agendas.
Elle s’affole : « le lundi soir comme là je ne peux pas, le mardi c’est impossible, le mercredi va savoir, le vendredi cela boucle là-bas, le matin c’est l’entreprise, et le soir je suis maman ».
Je temporise : « cela semble impossible de trouver sa place au départ. Revenons y jour par jour à nos agendas, heure par heure s’il le faut, lieu par lieu, maison ou bureau pour vous, ici ou à mon quartier général si cela vous est plus favorable. C’est juste que c’est un hall d’accueil très peu intimiste ». Je ne sais pas pourquoi je ne m’y vois pas avec elle qui vient en psychanalyse très certainement et peu sûrement comme c’est souvent le cas.
Et ce sera au hall d’accueil, au matin, le même jour, la même heure, que nous nous retrouvons ensemble avec une facilité qu’on dirait déconcertante si le transfert n’était pas à l’œuvre. Je suis apparentée aux plus proches amants. C’est cela le transfert, et l’approche insolvable. Et depuis elle va et elle vient, et elle rapporte ses urgences de manager de proximité, ses déceptions de la classe dirigeante, sa solitude de maman, ses efforts d’épouse et de fille proche de « nous tous ». Et je lui sers quelques liens comme je le lui annonçais en rencontre préalable : entre le pro et le privé, entre sa crise actuelle de mi-vie et celle de ses tentatives fréquentes de mises en vie singulière tout au long de son histoire et de ses déplacements sur la Terre, la naissance, la place dans la fratrie, le tout contre sa vieille mère, le tout pour ce que papa dit : de Pondichéri en passant par les honneurs de la Province et jusqu’à Paris.

Elle est fascinée par les répétitions, par les identifications successives et par la structure psychique en oignon dixit Lacan, que tout cela lui procure. Et moi je suis toute flattée d’avoir une nouvelle élève si attentive et avisée. Et j’en suis bien inquiétée ! Jusqu’au jour où, vers la cinquième séance sur les six programmées, car elle m’a tout de même comme son père le fait mise à l’essai, elle me lâche : « je ne me perdrai plus dans mes constructions si plaisantes, de liens entre les situations et les personnes ici absentes, j’ai l’intention de creuser la mère, dans le désordre le plus complet. » Comment cela pourrait être autrement ? Elle y est. Et c’est un vaste horizon et un proche découvert, le sien.
Et depuis nous avons un plan infini de séances toutes les semaines à la même heure où elle m’entame l’air de rien. Je suis assez impatiente de découvrir comment elle s’y prendra et s’y prend déjà, sans le dire aussi vertement, avec le père en moi. Si elle m’enterra longtemps comme jadis je le fis avec le mien, ou si le coup de pelle déjà parti, fait que je suis sonnée à cet endroit du transfert et que je n’en sais rien encore. Sujet supposé savoir bien ignorant d’autre que soi, et même de soi ! Quel métier faisons nous, que l’autre dit être « travail sur soi’, dont nous suspectons seulement en être le support bien tendre ! Plan infini, le temps seulement. Et nous, l’espace qu’un moulin à vents contraires retourne à chaque instant.

Transfert réussi

Plus aucun professionnel de la relation, et à fortiori de la relation d’aide (coach, consultant, thérapeute, manager) ne peut l’ignorer : c’est le transfert qui agit inconsciemment, qui touche à la souffrance et au désir, plus jamais ignorés en entreprise.

– Le transfert d’affects anciens sur la personne de l’accompagnateur par l’accompagné.

– Le transfert d’affects de l’accompagnateur sur l’accompagné aussi, et surtout !

C’est le mal nommé contre-transfert, puisque contrairement à ce que ce nom composé pourrait donner à penser, le contre-transfert n’est pas une réaction au transfert de l’accompagné, mais bel et bien notre façon singulière de l’accueillir.

Le contre-transfert de l’accompagnateur précède le transfert de l’accompagné. Et il est pré-determiné par la structure psychique de l’accompagnateur, qu’il se doit de connaître, puis, par la connaissance de sa « folie » privée : de sa névrose en fond, de ses points de psychose aussi.

Le transfert de l’accompagné parle aussi de ses risques pathologiques. Lorsqu’il n’existe pas c’est purement la psychose, ou le transfert blanc des états limites, pour résumer aussi ces cas impossibles d’accompagner, incapables de changement, d’assouplissement. Le transfert précède la décision d’accompagner ou pas. Ou de comment accompagner, après un diagnostic différentiel possible en trois ou quatre séances.

C’est alors un voyage d’approche du coaching, du management, de la thérapie, par la clinique psychanalytique que nous aimons vous proposer, Roland Brunner et moi-même, dans le cadre du Diplôme Universitaire Executive Coaching pour Dirigeants de Cergy Pontoise, mais aussi sur inscription libre, en petit groupe réuni au Cabinet de Roland, juxtant la Seine et Notre Dame de Paris.

Plusieurs promotions déjà, depuis cinq ans de collaboration entre nous, et une méthodologie bien assise : deux journées de formation et de supervision combinées avec une petite semaine de maturation entre les deux. De lecture des ouvrages de Roland, passionnants, pour les plus avisés.

Le programme le voici :

les 29 janvier et 4 février, à Paris Notre Dame, Cabinet de Roland Brunner

Formation et supervision des pathologies ordinaires, discernement des cas graves voire dangereux, discernement des affres de son propre contre-transfert… Tout un programme non ? Nous prenons les inscriptions via la rubrique Contact. Places très limitées. Vraiment. L’étude de cas est prioritaire. Et accompagner ensemble.

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Université d’été du coaching clinique psychanalytique : étude de cas

5 sur 5 sessions d’Université d’été ont précédé ce post. Ce post qui est, lui, récit de fil de séances d’un coaching effectué par mes soins il y a quelques années, et que je présente en septembre au Cercle National du Coaching pour mon accréditation singulière de coach analyste. Cette institution paritaire et ouverte aux accompagnateurs dans la réflexivité et la confrontation de leur pratique effective (courant de cas et courant d’affaires) depuis plus d’un an sous l’égide du Centre National des Arts et Métiers professionnalise sans les chichis, hontes ni peurs, effets de mode ou de clan, notre impossible métier.

Vous trouverez dans ce cas, je l’espère, le désire, entre ses lignes vivantes, les concepts abordés en Université, la pratique décrite en tout dernier chapitre, du jeu entre les acteurs au sens du « playing » winnicotien, d’enfant libre de jouer avec les règles, les inventer et les concerter ensemble en jouant – si vous observez les enfants ils passent plus de temps à jouer à ce jeu qu’à l’éventuel jeu pre-existant. Une pratique où il s’agit alors d’oser, en effet, accompagner de tout son « je », de se surprendre, surprendre et se laisser surprendre par l’autre… l’autre « je ». A deux comme à plusieurs.

Coaching individuel ici, et collectif aussi, vous verrez, puisque le cadre institutionnel, en coaching d’entreprise, fait qu’il y a souvent beaucoup de monde en compagnie d’un seul, au féminin manager. Une femme en somme. Une origine et une promesse d’un monde.

La photo en bande annonce de couverture, pour les besoins graphiques du blog, que non du dossier d’accréditation, est l’œuvre en Capture des parisiennes dans la foule du photographe et artiste Stéphane Schwarcz, que je suis à mon tour sur Facebook.

Nous sommes à la rentrée de septembre. Il y a eu une situation de crise dans une des principales agences bancaires de ce groupe rattaché à la Direction du Réseau Île de France. Il s’agit une agence éloignée du siège. Celle de Troyes. Un territoire qui habituellement «ne donne pas de problèmes» à la DRH. Le nouveau Directeur d’Agence s’est doté d’une toute nouvellement promue Second d’Agence. Entre eux cela a été à la fois une collaboration étroite et un désaccord profond. En peu de temps les personnels rattachés, sur place et dans les bureaux alentour, se sont alliés contre le Directeur l’accusant de harcèlement. Il a du être réaffecté à une autre agence bancaire et un coaching lui a été imposé. La Second d’Agence, véritable débutante en management, s’est retrouvée pendant plusieurs mois seule à la tête de ces mêmes équipes, puis, un nouveau Directeur est arrivé qu’elle a aussitôt «rejeté». Ni collaboration étroite ni désaccord profond. Pure et simplement un désaveu de principe. Originel.

Le nouveau Directeur craint que ce ne soit elle l’instigatrice de ce qui en est venu à être désigné comme «la fronde» contre son prédécesseur. Il craint de subir rapidement lui-même pareil sort. Il sollicite la DRH du groupe en ce sens, avec l’accord de sa hiérarchie. C’est le coach qui a accompagne le Directeur sortant qui est «naturellement» recontacte afin qu’il puisse «faire entendre raison» à la jeune manager et finaliser la résolution de conflit dont souffre l’organisation.

Ce coach est André de Châteauvieux. Il a effectué cinq ou six séances avec le Directeur d’Agence, des séances d’écoute et de parole libre, de prise de conscience assez prompte dans la tension du moment, premier grand écueil de carrière pour ce manager confirmé et performant, de ce qui dans son attitude peut agresser l’autre, et aussi de ce qui chez l’autre l’agresse. Par delà les rôles lisses, les places bien définies lorsque la fonction recouvre un peu trop la complexité du sujet, et les échanges sensés être «desaffectivés», «chargés» de la seule conscience professionnelle. Le «harceleur harcelé» a, depuis, repris ses fonctions pleinement, sans réaliser l’alternative qu’il avait envisagé d’une démission et d’une reconversion sur un de ses talents personnels. Et le coaching, et l’accompagnement, ont pris fin à ce moment.

André signale à son interlocutrice RH qu’il ne peut pas accompagner Cécile B;. s’il est ou a été en lien avec son supérieur. La nouvelle coachée ne pourrait pas se sentir en confiance, comme avec un accompagnateur choisi, dédié. La DRH souhaiterait pourtant boucler sans plus de difficulté et sans délai cette sortie de crise, qui lui échappe complètement de par la distance et de par la charge affective qui lui en parvient dans ses différents échanges avec les divers acteurs, comme une onde de choc. De plus, dans son esprit, une si jeune manager n’a pas à bénéficier d’un coaching. Le parcours de formation interne devrait lui suffire ! Elle est d’accord pour permettre une intervention extérieure, neutre, comme un rappel aux exigences du management, la solidarité entre pairs et une posture plus réservée vis à vis des collaborateurs. André insiste sur l’impossibilité déontologique et rassure la DRH en lui donnant mes coordonnées et en lui assurant que nous travaillons ensemble et que ce sera pour elle facile de travailler avec moi. Pour moi, aisée de prendre la mesure de la situation et avoir avec Céline une écoute ajustée et un langage de vérité.

André me prévient aussitôt par téléphone de ce «transfert de transfert», le transfert étant ce que notre client nous prétend pouvoir pour lui, et peu de temps après, effectivement, la donneuse d’ordre me contacte au téléphone. Elle s’intéresse peu à moi. Elle ne souhaite même pas dans un premier temps me rencontrer. Elle me prévient simplement de mon introduction auprès de Cécile, bénéficiaire du coaching, et de son appel imminent pour un premier rendez vous ou il s’agirait, en effet, de voir avec elle comment mieux s’organiser dans son quotidien de manager et dans ses relations hiérarchiques. Pour mettre fin à ses difficultés en l’agence de Provins elle a été réaffectée à un bureau qui le lui est rattaché ; elle en est la responsable avec une seule personne sous son management. Une deuxième agent se trouve aujourd’hui en congé maternité. J’aborde l’opportunité d’une rencontre en tripartite, ou même quadripartite, afin de rendre explicites les difficultés pour elle et pour son son supérieur actuel et d’ouvrir sur la perspective de son parcours de manager sous la coordination RH. « Ceci n’est pas une priorité. Il faut qu’elle retrouve vite les basiques de son métier : organiser, contrôler, animer les ventes et reporter des résultats commerciaux et de gestion de risque.»

Trois mois vont s’écouler avant que je ne rencontre Cécile en première séance. D’abord, la perspective d’une rencontre dans la seule agence disposant de bureaux pour une rencontre sans dérangements est celle de la Direction, et ceci me donne l’impression de l’effrayer car elle ne parvient pas à trouver de bureau disponible ni le temps d’y aller. «Maladroitement» je mentionne la possibilité de combiner ma rencontre avec elle avec une rencontre avec ses supérieurs, et rendre le tout plus naturel, moins «forcé». Elle refuse au téléphone et elle s’empresse d’appeler la DRH et elle souhaite tout suspendre prise de méfiance. Elle a entendu cette opportunité comme un lieu de formation personnelle en compensation des efforts fournis et ne souhaite avoir de «compte à rendre à personne». Je propose alors, pour vraiment marquer sa démarche personnelle, de la recevoir en mon Cabinet parisien. Elle laisse passer à nouveau le temps de trouver le bon train et le bon moment puis vient le jour… où mon précédent rendez vous se passe à l’extérieur. Elle est en avance. Je suis très légèrement en retard, et lorsque j’arrive elle est déjà repartie sans me prévenir d’un sms. Juste un appel rapide déjà en chemin vers le train comme quoi «puisque vous êtes absente je reviendrai une autre fois, ou pas d’ailleurs, parce que ce n’est pas facile de se retrouver ni pour l’une ni pour l’autre !»

Elle appelle la DRH et elle souhaite «a nouveau tout arrêter de ce qui n’a pas encore commencé puisque (je) ne serais même pas là pour (elle). Jamais.»

Patricia R. envisage cette fois ci de me désaisir de l’accompagnement. Elle rappelle André et insiste à nouveau pour qu’il rencontre Cécile, qu’il fasse une séance en recadrage sans plus, et « qu’on en finisse ». André la rassure en lui disant que l’accompagnement a commencé. Qu’il en est même superbement engagé, que la cliente déploie son «jeu» inconscient, et que je tiens sans doute ce cas, que c’est avec moi qu’il est important de s’ajuster, dans les limites de la confidentialité due à Cécile.

Mon hypothèse est bien celle là. Cécile B. est en proie a une «agitation» qu’elle «rejoue» avec moi, comme un «processus parallèle», comme une «répétition» dirions nous en psychanalyse. Le transfert est installé et Céline déploie un mode relationnel «jadis familier», qui trouve son origine dans son enfance et face aux figures d’autorité. Ce qui est important est de lui poser les limites de ce contrat de coaching qu’elle va effectuer avec moi quoi qu’il arrive et désormais sans plus tarder, de contenir par ce cadre des agissements qui me prennent pour cible moi, la DRH, son Directeur, de pouvoir parler à propos d’eux au lieu de les subir, de développer une pensée élaborée sur ces compulsions et sur les idées et les sentiments qui les fondent. Invasifs pour elle aussi.

La DRH me renouvelle sa confiance. J’ai déjà facturé deux séances qui n’auront pas eu lieu, celle à l’agence «mère» et celle à mon Cabinet. La DRH a également un doute sur ce procédé mais j’insiste comme André sur ce travail de l’ombre et sur sa valeur qu’il est important de reconnaître, institutionnelle ment, et aussi que Cécile en soit informée.

Bien entendu, de mon côté, le contre-transfert est ambivalent de suite. Autant positif, compréhensif de la souffrance que tout ceci donne à voir sans la montrer, que négatif, n’étant pas insensible à la froideur voire l’agressivité dont l’accompagnée fait preuve lors de nos échanges téléphoniques, et dans ses initiatives répétées de disqualification auprès des tiers. Je ressens un rejet, un refus physique à rencontrer cette femme «qui se met en danger et me met en danger».

A la fin de cette année, avec André nous avons concrétisé le projet d’un «atelier de campagne» pour des journées d’accompagnement en groupe et dans un espace temps réservé. Cet atelier se trouve à proximité de Sens, en Bourgogne, et telle est aussi la nouvelle affectation de Cécile B. Je reprends contact avec elle et lui propose de me rapprocher d’elle et qu’elle puisse aussi effectuer des séances rapprochées dans le temps pour bien «avancer ensemble» enfin.

C’est mon dispositif habituel dans le cadre de demandes privées, et je le pousse tout autant pour répondre aux demandes institutionnelles : une heure toutes les semaines ou tous les quinze jours au moins. Pour précéder toute montée d’excitation comme tout risque d’effondrement cycliques, ceux de la répétition, d’un espace temps où les prémisses sont au rendez-vous, et qu’elles peuvent affleurer de l’inconscient et du fantasme, à la conscience: au vécu partage avec moi. L’expérience psychique se trouve ainsi contenue et protégée, dépliée et régulée par la parole échangée. C’est ce qui a été convenu avec la DRH qui craignant seulement «l’emballement» me demande de facturer à l’avance toutes les trois séances et ainsi pouvoir poursuivre avec son accord implicite. Pour rappel le nombre habituel de séances de coach «standard» est de six à huit ; la DRH, a saisi pour la connaître, ma démarche psychanalytique, et souhaite la respecter tout en la balisant pour l’inscrire dans le cadre d’entreprise.

Lorsque je rencontre Cécile B. en janvier, je découvre une jeune femme aux yeux scrutateurs et au sourire triste. Dans son discours et dans son attitude c’est une professionnelle qui a un savoir faire et un savoir être indéniable et qui sait le déployer sans surveillance ni encouragement ni menace. Je lui demande alors de quoi cela servirait-il que je l’aide à être encore davantage performante ?
– Qu’allons nous faire alors ?
– Ce sera comme aujourd’hui, vous parlerez de tout et rien, vous parlerez de vous, de comment vous vous sentez, de ce que vous aimez, de ce qui vous est difficile, de ce qui vous est inadmissible, de ce dont vous manquez. Nous allons plutôt prendre les choses dans ce sens, et, vous allez voir, cela portera sur votre travail et sur vos relations, tout naturellement.

Cécile B. se sent visiblement bien en ma compagnie effective. Bien différente de celle au bout du fil qui parlait a ses fantômes avant de me rencontrer. Je rajoute aussi que ce parcours de séances est naturel et confidentiel, et que c’est pour cela que c’est à partir d’elle-même, a son rythme, et que rien n’en sortira, personne d’autre n’aura d’accès à ce qui s’échangera.

Dès cette première séance, elle aime reconnaître «qu’on (lui) doit bien ça, après (l’)avoir laissée si seule, (elle) qui étai(t) experte des montages financiers professionnels, revenue à des problèmes «particuliers» et avec tous ces gens, clients et employés, à (ses) crochets». Je laisse dire et attends que chacun de ces mots, qui est chargé de sens pour elle, puisse revenir, s’affiner de contenus, se densifier d’émotions au fil des séances, au fil du travail préconscient.

A la deuxième séance, Cécile fait un petit malaise. Nous avons pris place dans des chauffeuses face à la cheminée, l’atelier n’étant pas encore aménagé pour recevoir. La position inclinée de son siège lui fait un moment penser à la mort, et elle partage sur son père, chasseur, qui toute petite l’emmenait avec lui aux battues. Je m’intéresse à lui, à son métier, à son évolution, des éléments, souvent, d’identification au père, sous-tendant le parcours professionnel tant des «filles» que des «garçons». Elle se redresse tout à fait et elle balaye le sujet d’un : «il est mort il y a longtemps».

Le séances se poursuivent sous la forme entremêlée du roman professionnel et du récit de vie. La petite fille studieuse est la femme bosseuse d’aujourd’hui. Bricoler son intérieur et réfléchir aux données d’un cas client, prendre en charge sa maman seule et malade, ou sa subordonnée, toute seule au guichet et souvent au repos de par un «mi temps thérapeutique», elle se voit bien être qui elle est, au bénéfice du travail fourni, et de ceux qui l’entourent. Moins clairement à son propre profit. Cela lui amène la reconnaissance de sa hiérarchie, ses bonus, ses promotions et son parcours manager, bien mérités. Mais elle est insatisfaite aussi.

– Dans les réunions, je vois bien que je dérange de dire ce dont nous aurions besoin, nous, managers de terrain. Que j’y mets une certaine émotion qui est perçue comme une exigence voire une tyrannie. Et toute cette période, où mon chef était parti, réaffecté ailleurs et moi laissée à la tête de tout. Sans personne à qui parler ! Lui-même aurait dû me dire pourquoi et où il partait !

Nous y sommes. Je lui permets de mettre d’autres mots, les siens, sur ces équipes dont elle s’est trouvée seule responsable après d’en avoir été… Seconde ? Qu’est-ce qui a changé pour elle très concrètement ?

– Tant que le Directeur était là mon rôle était facile. Il « parlait mal » aux autres, et moi je leur disais de ne pas se laisser faire, que c’était important qu’ils communiquent leurs besoins et qu’ils se fassent respecter, qu’ils partagent leurs incompréhensions de l’activité demandée, leurs doutes. Je lui disais moi-même à lui ! Je l’intimais de les aider ! J’essayais de lui faire prendre conscience de la réalité de chacun.

Après, nous n’avons fait qu’attendre ensemble le retour du chef, et ils me faisaient confiance pour parer au quotidien. Les résultats ont été très bons malgré l’improvisation souvent, aux prises directes avec le siège, coupé de notre quotidien, simple pourvoyeur d’objectifs chiffrés et demandeur de résultats en continu.

Moi, j’ai très mal vécu de ne rien savoir de mon Directeur. Tout était entouré du plus grand secret.

– Savez-vous qu’il y a eu enquête et une procédure lourde de RPS ?

– Oui, je sais, mais ce n’est pas une raison ! Et puis l’autre quand il est arrivé il a fait comme si je n’existais pas aussi ! Que «cela ait tourné» sans lui et plutôt «sur mon dos», ça, personne ne l’a reconnu. Et on m’a proposé, pour me reposer disent-ils, de prendre la responsabilité d’un bureau éloigné. Je me trouve avec une collègue en difficulté à charge, et ce supérieur qui me regarde de loin et qui m’ignore au fond.

C’est au bout de six séances que le corps crie sa souffrance. C’est son dos précisément. Elle est arrêtée par son médecin et maintenue en position couchée. Elle évoquait souvent sa difficulté à rester en position allongée. Ses insomnies au lit. Elle finissait par s’endormir dans le sofa du séjour, épuisée. Je l’ai au téléphone, elle me dit qu’elle hésite à reprendre le travail, que son médecin lui parle de «burn out», de mesure de retrait. Je l’encourage à se reposer et à reprendre le travail comme cela est prévu par un point avec la médecine de travail et pouvoir ainsi être active dans la communication de ses besoins à l’entreprise comme elle aime l’encourager. C’est ce qu’elle fait, elle est reçue par la DRH et par son supérieur, elle peut dire bien plus simplement ses difficultés passées et actuelles, elle obtient une deuxième tête dans son agence, et, elle y tient, la poursuite de son coaching sur l’année en cours. Pour finir de consolider sa reconstruction à elle.

A son retour de maladie, je suis ainsi «témoin lucide» de ce parcours en «sujet». Témoin lucide, de la très belle expression d’Alice Miller, auteure et thérapeute des » violences douces, éducatives : c’est pour ton bien «. Le mieux qu’un accompagnateur puisse, de mon point de vue, offrir une fois que la personne accompagnée se relève de sa difficulté d’elle-même, c’est la reconnaissance de cette vitalité singulière et naturelle, sans le «il faut» culturel et social. Puis, sa présence ni poussive ni compassionnelle. Lucide. Qui voit clair en elle et lui permet de voir clair.

Et c’est ainsi qu’à la neuvième séance, sans transition – nous y sommes parvenues d’association d’idées en association d’affects depuis que nous nous sommes engagées toutes deux dans cet accompagnement -, Céline me confie la mort violente de son père dans son lit conjugal sous ses yeux à elle enfant, puisqu’elle partageait le studio cabine de ski en location avec ses parents. Et elle vide en larmes tout l’effroi de ses yeux, si fixes toujours, scrutateurs, de ce qu’ils avaient vu, d’impossible à concevoir ; et elle grimace ses mots de toute sa tristesse, de croire toujours que c’est pendant l’étreinte d’amour, sa mère sur son père, mais peut être tentait-elle seulement de le réanimer ? Que c’est pendant une étreinte à deux en tout cas que son coeur a lâché, la mère a crié, les secours sont arrivés et le corps du père recouvert d’un drap a quitté la pièce sans que personne à aucun moment ne pense à Cécile enfant, à sa peur, à sa peine, à sa colère. Les temps qui ont suivi elle a été déplacée et a vécu avec ses petits cousins toujours en grande fille. Ils étaient livrés à eux mêmes pendant que le drame retenait tous leurs parents dans des démarches et des regrets. Elle a animé la bande, ramené un peu de vie dans ce collectif d’enfants qui aujourd’hui, elle le regrette, distend ses rapports.

– C’est peut être parce que je n’ai pas voulu avoir moi-même d’enfants… Et qu’eux ils en ont.
Les autres liens avec qui elle est devenue – proche des équipes, en étreinte ambivalente avec ses supérieurs, en demande permanente insatisfaite de la RH mère etc etc – ce serait si réducteur d’en faire l’inventaire ! Son désir se libère de la levée de ses défenses et cela me semble une belle renaissance. Elle est si jeune et vaillante. C’est son histoire qui déroulera son caractère.

Ici pour bref décodage rappeler que c’est dans l’après coup que le trauma d’enfance (vécu ou imaginaire) se révèle. C’est dans la situation et les relations proches, similaires, transférentielles, de Céline avec son Chef et ses équipes, que l’affect impensable, et pour impensable enkysté de l’événement tragique vu ou visionné par l’enfant (infans veut dire sans les mots) a pu se libérer.

C’est souvent en entreprise, la deuxième matrice, celle qui nous fait naître professionnel, la deuxième famille, celle où notre rôle s’accorde à ceux des autres, mais aussi notre place et notre épanouissement, que cette grande souffrance surgit et demande l’accompagnement qui manqua alors. Demande le choc de la séance. Sur le fil sécurisant des séances régulières.

Un choc réveille un choc enfoui qui a besoin d’un nouveau choc, encadré, pour rétablir l’équilibre ontologique. C’est pourquoi l’accompagnateur d’un temps ne ménage pas. Le temps du coaching est compté comme dans la vie. Et ce qui doit se représenter par la force du transfert et se revivre dans la souffrance pour la laisser derrière arrive à mi parcours d’un cycle qu’on ignore.
Le cycle se complète alors par l’écoute, par le respect du temps psychique (j’irai dans ce cas jusqu’à quatorze séances), le temps que cela prend pour que tout le fantasmatique puisse s’inscrire dans une réalité, celle partagée avec moi, et se symboliser, retrouver les mots, adopter les codes du langage et avec eux les codes humains universels : la perte, le deuil, le manque, le renoncement, l’invincible amour.

Les relations de Cécile avec sa mère, son compagnon, son supérieur, ses collègues se sont apaisées. Elle fait de son côté mordant un atout qui sait plaire. Elle se dit et dit tout haut ce que peu n’osent dire mais elle le dit dans la joie dont elle jouit enfin. Et c’est un peu contagieux. De vivre. Sauf avec certains vaccinés pour se prémunir de la vie et promouvoir l’aliénation. Ceux-là elle sait les laisser derrière elle cette fois-ci. Coaching professionnel, coaching de vie, vous voyez, c’est au point de rencontre de l’intime et de l’universel, du social et du personnel, que cela accompagne assez bien, selon le « good enough » winnicotien.

Mon inspiration reste ainsi soutenue par celles et ceux qui ont traversé une psychanalyse et en ont retenue davantage que l’orthodoxie apprise le regain de leur humanité : Donald Winnicott, Alice Miller, André Green, Serge Tisseron. Deux d’entre eux sont ici cités, et bien d’autres, Lacan et de Freud aussi bien sûr, ont source mon premier ouvrage de coach publié aux éditions Kawa 2014 : L’Art du Lien.
J’en écris actuellement une suite : l’art du lien collectif. J’y revisite les processus de développement de l’enfant et de l’adolescent par la relation et qui se réactualisent et s’enrichissent de toutes nos relations, sauf à rester dans la répétition du traumatisme. Selon le socle conceptuel qui s’élève de :

– La théorie de l’attachement de Bowlby et de la violence fondamentale qui s’y lie selon le père de la psychiatrie enfantine Bergeret,
– Tout le travail de l’oedipe et donc de l’identification freudienne, incarné de la main d’un autre pédopsychiatre, Winnicott, et ouvert du divan vers les jeux avec les adultes comme avec les enfants que Freud s’était contenté d’observer hors cabinet (le Forda),
– Jusqu’à la rivalité paradoxale, riche de lien fort de la psychologie sociale, la réciprocité asynchrone et les plus récentes théories collaboratives, dialogiques et empathiques de Sennet aux U.S. et de Tisseron en France et en Europe.

Et mes cas en nourrissent les développés vivants de ces ouvrages. Merci ici de votre attention sur un récit dense et long comme un conte initiatique.

Il n’y a que par le récit que nous pouvons rendre compte, nous approcher, du vivant de nos séances. Tout sauf un acte clinique au sens d’un savoir doctoral. Clinique au sens du au chevet de celui, singulier, qui nous confie, vulnérable, tout ce qu’il contient à peine. Et dont nous ne saurons rien. Simples passeurs. Coachs du mot qui, comme management, cache et révèle son sens dépouillé premier. Ménage en chemin.

Merci au CNC de faire du récit de vie, de cas, de soi, la pierre angulaire de ce parcours d’accréditation.

 » Comme d’autres neurologues, je fus habitué à m’en référer aux diagnostics locaux et à établir des pronostics en me servant de l’électrothérapie, c’est pourquoi je m’étonne moi-même de constater que mes observations de malades se lisent comme des romans et qu’elles ne portent pour ainsi dire la marque de sérieux, propre aux écrits des savants. Je m’en console en me disant que cet état de choses est évidemment attribuable à la nature même du sujet traité et non à mon choix personnel. (…) Un exposé détaillé des processus psychiques, comme celui qu’on a coutume de trouver chez les romanciers, me permet en n’employant qu’un petit nombre de formules psychologiques, d’acquérir quelques notions du déroulement d’une hystérie (…) (ou de) l’histoire.  »

Sigmund Freud

Université d’été du coaching clinique psychanalytique 5/5

Le déroulé conceptuel de présentation du symptôme qui articule la psyché du sujet normalement névrosé, qu’il apparente à son identité, a fait l’objet de cette Université d’été pour un coaching clinique psychanalytique non aveuglé par les objectifs institutionnels, ou conventionnels auxquels chacun peut prétendre et son désir dérober. Il est issu, librement inspiré, du Séminaire Psychanalytique de Paris du 18 juin 2015. Sur mes notes de la conférence de Monsieur Pasani.

Cette dernière partie que j’y adjoins s’efforce d’y apporter le retour expérientiel de ma propre pratique d’instrument psychique « good enough » au service de mes accompagnements individuels ; du tissu contre-transférentiel offert à partir du duo que je forme avec André de Châteauvieux en animation de groupes restreints, d’accompagnateurs, de consultants, de RH et de cadres dirigeants. De tous ceux qui en viennent à y songer : qu’il n’y a pas de prêt-à-penser l’entreprise, aussi libérée qu’on la pense. Que tout se dérobe autour et qu’il ne tient qu’à soi même de reconnaître sa propre expérience psychique, de lien symptomatique au monde.

Dès l’appel téléphonique de prise de rendez-vous, comme un premier cri de nouveau né dit de lui sa vigueur, l’analyste peut entendre le symptôme. Dès le premier mail ou SMS échangé, le coach analyste lit entre les lignes des formules toutes faites d’autres lignes de faille et buissonnières. Celles qui vont le retenir auprès d’un autre, un temps contraint. Autant en faire le matériau vivant de son accompagnement, par delà la « commande » formelle ou même ouverte, trop ouverte.

Le symptôme s’exprime dans la relation à l’autre, dès qu’elle s’ébauche, et surtout à l’état d’ébauche ! Dans le langage courant nous disons de nous fier à la première impression. Elle ne peut porter en elle l’être entier. Mais elle porte bien en elle, dans cette sensation d’irréel qu’est la rencontre, comme un rêve éveillé, la radicalité du symptôme. Sauf que, attention, la première rencontre radicalise l’analyste autant que l’analysant qui y postule. La meilleure attitude à avoir n’est pas un rituel de l’accueil bien maîtrisé, inconditionnel, « neutre et bienveillant ». L’analyste sonnerait faux… Hein André ? Il en est qui nous quittent aussitôt tellement derrière cet écran de mire ils décèlent un « bruit de fond ».

L’accueil au naturel est celui du contre-transfert.

Le contre-transfert de l’accompagnant précède celui de l’accompagné. Celui qui choisit le métier d’accompagner possède, grâce à son propre travail sur lui auprès d’un tiers, une malléabilité psychique accrue, et une confiance dans sa capacité à se rassembler quel que soit le fil d’associations libres qui se présente spontanément dans sa psyché en présence de l’autre. Le « jadis familier », dépassé si sans histoire, refoule si l’impensable s’en ai mêlé, et qu’il se repense par bribes et qu’il s’agit de façon répété, ce familier d’enfance, l’inquiétante étrangeté des êtres chers, les propres pulsions violentes et sexuelles surtout et envers eux, c’est le contre-transfert qui trouve en chaque accompagné un nouveau droit de cité. Un devoir, professionnel.

C’est bien pour cela que la spontanéité de l’analyste combinée à son éthique lui offre une certaine lucidité au moins sur « la place où l’autre le met ». C’est l’ombre qui donne le relief. Une part aveugle doit être supportée.

Seule l’angoisse ressentie procure le ciment qui sature et relie l’espace de la séance. Et ce de séance en séance.

L’analyste, qui ne se protège pas assez de ses propres résistances, aide ainsi tout simplement à faire émerger quelque chose du symptôme de l’analysant pour lui-même. Cette question qu’il pose au monde. L’analyste lui-même questionne, soit dans les moindres détails de ce qui se donnerait à dire et à voir comme un tableau original, soit s’il est plus difficile d’accès en allant sur son versant d’angoisse justement : à quel moment est-ce difficile pour vous ? ou bien, vous semblez surpris du tour que prennent les choses, qu’est ce qui vous étonne ? Et il est d’autant légitime qu’il fait son propre examen de conscience, en recul clinique en séance, en supervision continue en inter-séance.

Rappelez vous toujours de la réclame : le symptome, ça t’étonne ! Qui devient vite : c’est tout moi, ça ! Entre la satisfaction narcissique et la culpabilité œdipienne chacun de nous se débat, ou en joue sa joie. C’est tout le travail d’analyse qui est fluide si entre le symptôme et l’angoisse il est possible de tenir ensemble.

Nous reparlons ici et de symptôme, et de refoule, et de trauma et d’angoisse, comme il fut question dans le chapitre précédent. Il est temps d’introduire la part de l’inhibition. Les plombs qui sautent ce ne sera pas tant un acte commis malgré soi, qu’une sécurité interne mais o combien pour rassurante contraire au risque de vivre et à ses joies

Mais prenons pour commencer le cas béni de ce patient qui, en effet, aime son symptôme. Qui n’a pas mis entre l’angoisse et lui l’inhibition, le renoncement. Le tact, l’élégance, la gouaille, l’humour de l’analyste selon son caractère, et sans jamais se prendre au sérieux, sont les meilleurs alliés. La clinique n’est pas la distance froide du professionnel mais bel et bien son implication affective et responsabilisante.

Ceci est tout simplement possible parce que le symptome n’est toujours qu’un déplacement du trauma, du refoulé, de l’angoisse, sur quelque chose d’acceptable, le compromis trouvé entre soi et soi, et la formation qui en résulte, une condensation de diverses forces en réseau. C’est pourquoi que d’ouvrir les réseaux associatifs par la curiosité, l’étonnement, la précaution, le sourire entendu, voire la franche rigolade partagée, cela libère toute la complexité que le symptôme tenait jusque là en « réduction », mais sans jamais se fermer complètement sur lui même, sans jamais en faire une construction qui se suffirait. La relation à l’autre et l’ouverture à ses apports, attendus dans le transfert, est prépondérante par rapport à la répétition pure et simple, passive, du transfert originel, parental ou de toute autre figure jadis d’autorité.

– Pour le névrosé obsessionnel il s’agirait ainsi de pouvoir revenir à un moment de la pensée à l’affect. Les pensées obsédantes ont pris toute la place, déplacé l’affect d’origine. Il pourrait être recontacte avec à la fois la distance d’aujourd’hui et tout sa force qui peut en toute confiance face à l’accompagnant se déployer.

– Pour l’hystérique c’est la condensation qui domine, et il est nécessaire de déplier toutes les subtilités des idées et des sentiments pris au « piège ».

– Avec le phobique enfin, le névrosé qui a déplacé et concentré son angoisse sur l’existence d’un objet extérieur, ce qui lui permet de vivre assez bien hors de la présence de cet objet, il s’agit de déplier affect par affect. Car un affect cache un autre, ce qui lui permet de délimiter l’espace de ses affects et d’en venir au surgissement de l’angoisse, tempérée par le cadre analytique, par la progression de la cure selon la chaîne associative du patient.

La phobie est une hystérie de l’angoisse selon Freud, comme une alternative à l’hystérie de conversion, de conversion du trouble psychique en trouble physique, de la tête vers le corps.

Et la névrose obsessionnelle, elle, se tapit en gigogne derrière la phobie qui enrobe l’hystérie. Tout ceci n’est qu’une question d’où le symptôme se place : à l’extérieur, dans le corps, dans la tête qui ne peut cesser de penser, à tout sauf à l’impensable encore une fois sexuel.

En tout dernier ressort, et au plus difficile de la cure bien avancée, il s’agirait de toucher le lien entre le symptôme et le fantasme qu’il masque. C’est pourquoi l’approche progressive et raisonnée de la pensée n’est pas adaptée. C’est une approche par l’affect, par la recherche aléatoire, chaotique, et par la surprise.

Et l’inhibition, l’absence de symptôme face à l’angoisse, en constitue l’écueil. Elle est alors renoncement, mécanisme d’évitement (par exemple l’enfant sait lire mais la lecture à voix haute lui est impossible) alors que le symptôme est une formation de compromis qui n’empêche pas la réalisation d’une fonction mais la modifie (l’enfant apprend à lire mais inverse les lettres, les confond, etc.). Dans le cas d’une phobie scolaire, l’inhibition provoque des absences, de corps ou d’esprit, des oublis, des manquements, des étourderies. Rien n’y fait. Rien d’autre que de manquer à l’obligation scolaire sans s’y opposer vraiment.

L’inhibition concerne les potentialités d’action d’un sujet, le symptôme traverse l’acte du sujet qui reste capable d’agir.

L’inhibition est une formation défensive du moi alors que le symptôme est une formation de l’inconscient, une construction d’ordre métaphorique qui s’articule au fantasme et suppose un savoir inconscient, donc déchiffrable. Le symptôme est et a une signification.

En situation d’inhibition, en entreprise souvent de par le cantonnement de l’humain a sa fonction de « ressource », nulle chaîne associative ne se libère, elle se contient bien au contraire. – A quoi pensez vous : à rien. Et ce rien est riche de vie tout en retenue.

Les salariés ont choisi de répéter la vie en famille plutôt qu’en indépendants. De ne pas avoir de désir avec la remise en cause constante que cela signifie. La vie inconsciente n’y a pas de place. Les processus primaires irrationnels et inconscients s’inhibent complètement.

L’inhibition là contient et retient le désir même qu’elle empêche, tendant à annihiler le sujet désirant. Ce qui donne toujours au sujet inhibé une tonalité dépressive. Une activité ne peut avoir lieu, l’inhibition est rétention de l’action car elle introduit « dans une fonction un autre désir que celui que la fonction satisfait habituellement […] il y a occultation du désir derrière l’inhibition.  »

Dans le cas de la phobie scolaire comme du signalement RPS, le seul but est de ne pas agir le désir du sujet bien trop porteur d’altérité !

Comment recréer un va et vient entre les processus psychique primaires et secondaires, inconscients et conscients, irrationnels et sensés ? En groupe secure et dynamique et par la mobilité psychique que procure à nouveau le jeu, un jeu encore plus riche que dans le tête à tête analysant-analyste. Ce sont les processus tertiaires promus par André Green et toute l’école française de la psychanalyse contemporaine (Pontalis, Anzieu, Kaes) jusqu’au cybernétique Serge Tisseron aujourd’hui.

Mais attention, puisque « le nous est une résistance du sujet », puisque le couple, la famille, l’entreprise nuisent à l’être désirant, et tel est le point de départ de cette école avec Jacques Lacan, des conditions doivent être réunies, et c’est le rôle des animateurs en duo de ces groupes dont je suis, avec André de Châteauvieux. Pour que l’inhibition des uns ou la toute-puissance des autres ; les jeux personnels de pouvoir, de séduction, de paralysie du tout, de fuite en avant, de ceux qui s’y retrouvent trop ; les fantasmes de morcellement, d’éclatement, de liquéfaction, d’effondrement de ceux qui ne s’y retrouvent pas, dans le groupe qui les reflétera, ne prennent pas toute la place. Que la place soit aux fondements de tout « ça ». Au questionnement des animateurs qui ponctuent les mini séquences de la séance de groupe autour de l’un de ses sujets… Qu’est-ce qui te fait dire ça ? Qu’est-ce qui te fait t’opposer à l’autre ? Qu’est ce que tu ressens lorsque tu t’effaces de cette séquence ? Etc etc Toujours en animateurs engagés, et à la fois capables de se décaler : par le rire, par l’audace, par la retenue, le respect, par le silence aussi.

Le silence de l’analyste, si pesant dans un tête à tête. Le silence a une place de choix dans le groupe dont la dynamique si bien décrite par Kurt Lewin est stérile sans ça. Sans le doute, sans l’éventail des possibles qu’ouvre de ne pas S’en tenir aux communications explicites, aux interactions manifestes. Et que le groupe évolue d’être une fin en soi, un idéal partagé, à être un espace transitionnel, imparfait, good enough, pour chacun, d’où chacun peut retirer des enseignements et des frustrations qui lui restent personnelles, et cela lui est respecté, et ensemble, en même temps, envers et contre tout, créer : le métier d’homme du moins.

Et ici conclure à la jonction, au cap horn, du coaching et l’analyse ; du symptôme qui est formation de compromis entre le désir et la défense, et l’œuvre qui est transgression autant qu’universel apport ; de la nature humaine et de la culture pas si malaisée, good enough again, en la assez bonne compagnie de l’humaniste : Carl Rogers.

 » La cause première de la créativité semble être cette même tendance que nous découvrons comme force curative en psychothérapie – la tendance de l’homme à s’actualiser et à devenir ce qui est potentiel en lui. Je veux parler de la tendance propre à toute vie humaine de s’étendre, de grandir, de se développer, de mûrir ; je veux parler du besoin de s’exprimer et d’actualiser ses capacités propres. Cette tendance peut être profondément enfouie dans la personne ; elle peut se cacher derrière des façades compliquées qui nient son existence ; je crois pourtant qu’elle existe en chaque individu et n’attend que l’occasion de se manifester. C’est cette tendance qui est la cause première de la créativité quand – dans son effort pour être pleinement lui-même – l’organisme entre dans de nouveaux rapports avec son entourage . « 

La passion d’accompagner que l’on dit transfert et qui est transport amoureux

– C’est fou ! – s’écrie-t-elle. Et elle le répète plusieurs fois pendant la séance.
C’est fou d’être croyant. Moi je suis athée et « Dieu sait » que j’y tiens ! (Oups) Ce n’est que « de mort d’évêque » (Re-oups) que je me trouve à l’église et à la synagogue tour à tour.
Selon que c’est la lignée de mon père ou celle de ma mère qui me rappelle à ce que je dénie !
C’est fou de trouver les enfants d’aujourd’hui hyperactifs. Il sont vivants c’est tout.
C’est vrai que si je garde mon filleul, comme c’était le cas il y a deux jours, je m’hyperactive moi-même à le faire se tenir… propre et doux !
Et c’est fou qu’il me dise je t’aime lorsque je l’embrasse sur son oreiller sur la joue.
Et c’est surtout fou que je ne trouve pas à lui dire o combien je l’aime à mon tour !
C’est fou que je sois ici face à vous depuis presque un an pour mieux aimer mon job, mon mari et cet enfant qui ne sera plus « mon » filleul mais la fille ou le fils à de « ma libération ».
– C’est fou tout ce que vous aurez eu à dire tout ce temps alors que chacune de vos séances y compris celle d’aujourd’hui s’est fait précéder d’un « je n’ai rien à dire » obstiné. – je trouve moi à dire enfin.
Et elle se dit plus que jamais, et elle me dit comme jamais je n’aurai osé entendre me dire de quelqu’un. De l’Autre. De moi-même…
– Cela doit être de dire ce « je t’aime » dont je me protège et je me protégeais.
Et je l’attends encore la semaine prochaine en essayant de me protéger un peu moins de ce qu’elle m’aime et de l’aimer.
Sacré transfert d’affect le seul agissant entre un accompagnateur et son accompagné. Mon chemin de progrès, je crois bien, jusqu’au bout du bout de mon métier d’accompagner. Tout le temps qu’il durera, tout ce temps où vous viendrez encore vers moi pour me demander ce que je n’ai pas.

Au cœur d’être un homme, comment l’accompagner en profondeur ?

 » Ils échangent entre hommes en supervision, de leurs rêves les plus récents. L’un sur une planche de surf, l’autre en voiture amphibie qui perce l’eau comme un jet et l’autre sur le toit d’un train qui se trouve rouler sur une plaine inondée. Sur une ligne de partage des eaux je me les figure alors chacun d’eux. Et comme ils ne peuvent pas ignorer ma présence et leur transfert – le rêve n’est pas le même selon avec qui il est révélé – et comme ils semblent partager la figure d’un rêve masculin face à la femme regardée, je me dis que c’est leur peur du continent noir, de l’océan qu’est la mère qu’ils vivent un instant, qui émerge du refoulé.

Le plus hardi des trois serait peut être celui qui dit abandonner sa voiture pour ensuite nager dans l’élément redouté. Puis sans transition il se découvre dans la maison de l’enfance, en cuisine et percé du regard d’un drone, imaginaire de l’autre côté de la verrière qui surplomberait en hauteur.
Le saut de l’ange semble se confirmer. Et ce n’est pas tout. Il est lancé. Il poursuit d’un autre rêve survenu quelques jours plus tard, l’avant-veille même de cette réunion de supervision pour mieux se voir.

Dans son rêve il est seul cette fois, il est nu, et il creuse dans sa cuisse comme l’aurait fait Jupiter, jusqu’à découvrir ce qu’il pense être un « escarre », pris de son ancien métier. Ce qui me semble être, moi, un vagin. Dans mon interprétation irrépressible mais gardée.

C’est l’angoisse et il se réveille. C’est ce qu’il dit et que je reprends aussitôt, sans expliciter alors ma vision, juste pour le garder sur elle porté, et voir plus loin. Peu importe de quel mot il découvre et il recouvre en même temps ce qu’il découvre comme nous :

– C’est la vision de l’entaille qui t’aurait réveillé ? Le rêve est ce qui nous empêche la vie de jour la nuit pour mieux nous vivre tels que nous sommes au fond, sans refouler.
Il semble se raviser.

– Euh, non, je ne me suis pas réveillé vraiment à se moment là. Mais plus tard. Mais il est vrai que je me suis réveillé avec ça…

Cette confusion qui plane est celle qui dénie et qui délie à la fois le mystère qu’est chaque homme, né de la hardiesse d’un autre, effrayé en même temps.

Christian entame en ce moment même un virage important. Jusqu’alors associé à des femmes, continent noir mais dehors, il s’associe à des hommes et à la conquête du coaching d’organisation.

Ne pas faire de leurs génitalite une arme entre eux devient pressant. Jouer comme des enfants. Il évoque de lui même aisément un peu plus tard son attrait du jeu. Cela doit aussi le travailler et il a commencé à élaborer des figures libres et imposées.
Car il est autrement délicat pour des hommes d’accepter en eunuques collaborer. Et c’est encore plus difficile d’en séance et en tant qu’accompagnateur le leur faire accoucher. Tout ceci n’est qu’évoqué, mais évocations libres libèrent de fait.
Le coaching est de plus apparenté à une prise de puissance, le dit coaching de performance ; ce qu’un homme a bien au contraire à gagner, dans sa vie professionnelle et par delà, c’est d’apprendre à agir « en creux ». C’est un mot que Christian lui même pose, à la suite de celui du « jeu » dans le fil de ses associations parlées.
Si Christian part de cette séance plein de creux, de jeux, lâché, il y en aura au moins un des trois qui ouvrira la voie au féminin masculin.

Mais Louis contacterait déjà dans ses échanges très dirigées d’evaluateur des compétences la vertu de la « quiet influence ».

Et dans le cœur des hommes, il n’y a jamais deux sans trois.  »

*

Le passage de référence du côté de chez Freud se trouve dans Analyse finie et infinie. P. 267. Résultats, Idées, problèmes, volume II.

« A aucun moment du travail analytique on ne souffre davantage de sentir de manière oppressante la vanité d’efforts répétés […] que lorsqu’on veut inciter les femmes à abandonner leur envie de pénis comme irréalisable, et lorsqu’on voudrait convaincre les hommes qu’une position féminine passive envers l’homme n’a pas toujours la signification d’une castration et qu’elle est indispensable dans de nombreuses relations de l’existence. De la surcompensation arrogante de l’homme découle l’une des plus fortes résistances de transfert. L’homme ne veut pas se soumettre à un substitut paternel, ne vaut pas être son obligé, ne veut donc pas davantage accepter du médecin la guérison. »
.

Freud reprend ce thème dans un autre article, celui qui se trouve dans l’Abrégé de psychanalyse et qui a pour titre « Un exemple de travail psychanalytique » p. 67.

« Quand nous demandons à n’importe quel analyste de nous dire quelle structure psychique se montre chez ses patients le plus rebelle à son influence, il ne manque pas de répondre que c’est chez la femme le désir du pénis, et, chez l’homme une attitude féminine à l’égard de son propre sexe, attitude dont la condition nécessaire serait la perte du pénis ».

Si Freud parle du roc de la castration comme d’un fait biologique, ce roc est pour les hommes comme pour les femmes, dans les deux cas le même ! Un refus de la féminité. À ne plus oublier lorsque vous accompagnez.

C’est pourquoi, accompagnateur, il est important pour vous d’accompagner bien en creux, au féminin, à votre tour, et/ou d’opposer votre masculin à bon escient pour que le féminin de l’autre y trouve son goût. Le doux. Le creux. Le siège de la vie d’autrui.

Accompagner au naturel. Oui.

*

Les références de Freud auxquelles j’ai toujours grand bonheur de recourir comme une source de ce que je vis, psychanalysante d’un côté et psychanalyste en coaching, je les dois avec reconnaissance aux partages de Liliane Fainsilber dans ses cahiers bleus.

Ouvreuse du transfert

[De là où le transfert se loge]

Permettre le transfert, sur l’accompagnateur d’un jour, de l’inconscient de toujours, et dont l’expression par la parole libère les nœuds, tient au plus apparent. Moi lisse et neutre, jamais. Vivants, d’eux mêmes, mes clients.

*

Le jour où je portais la queue de cheval dans mes cheveux, elle a retrouvé dans sa mémoire ancienne l’instant ou elle s’était perdue. Et parce qu’elle était grande et fière et coiffée  » comme vous l’êtes aujourd’hui « , sa maman, parmi la foule d’une grande plage aussi, l’avait repêchée vivante, morte de la peur du père : – je pensais à sa colère me croyant partie.

**

Le jour où je reçois en ce bureau aveugle puisque ma belle petite salle aux balcons haussmaniens m’a été ravie, c’est le rêve de la barrière qui lui revient, et son interprétation tout net : – je la protégeais de lui, mon père, mais c’était à elle de le faire ! Puis je m’isolais au fond du jardin dont la fragile clôture me séparait de la Nationale et des accidents de scooter. Qu’est-ce que j’en ai vu comme sang et corps broyés !

Et ses cils cèdent à des larmes trop longtemps suspendues au balcon de ses yeux.

***

Le jour où la lumière n’est plus du jour, elle replonge dans la mer qui l’attire comme une destinée perdue : – être monitrice de plongée tel est mon rêve, et me retrouver nez à nez avec des pèlerins. Et plus tard elle reevoque son envie aujourd’hui nette d’enfants : – d’enfant, je veux dire, un seul, à moins que ce ne soit des jumeaux.

Son envie est gémellaire, d’elle avec l’autre sous l’océan, ou d’elle, la mère, les abritant. Et elle a pris ce rendez vous car elle rencontre deux associés qui souhaiteraient l’acquérir et fusionner dans leur activité. Et qu’elle a peur de ne pas s’y être préparée. D’être toujours prise aux rets de ses difficultés : – j’ai rêvé de mon père abattu de devoir fermer son affaire, et de ma mère qui sait toujours tout.

– Vous êtes prête, vous ne savez rien et vous êtes drôle comme jamais.

En Mère du Nord

– Vous avais-je déjà dit que ma mère m’avait perdue à la plage ? Je n’en ai pas le moindre souvenir. Mais quand vous soulignez mes difficultés à me départir. C’est à cela que je pense. À ma mère encore aujourd’hui paniquée de sa négligence…

– C’était à quel âge ?

– Cinq ans.

– Vous étiez grande pourtant… Les souvenirs sont possibles.

Elle n’entend que la référence à sa taille, puisque c’est cela qu’elle tire comme un fil de soi.

– Oui. J’étais grande, très grande, très fine, et comme vous, une queue de cheval au vent qui me culmine.

Elle y est en me voyant. C’est mieux qu’un souvenir. C’est revenir, par le transfert soutenant le retour du refoulé entre elle et moi. Malgré elle qui s’en protège. Aux dépens de mon exigence à moi.

– C’est à cela d’ailleurs que je dois l’heureuse issue de ce moment perdue : je me détachais de la masse et elle a su me retrouver des yeux. Par contre je ne pense pas que moi j’ai pu me retrouver dans ses bras, vous savez ? Les manières présidaient…

– Et votre père ?

– Je ne pense pas qu’il était là. Et en même temps il était présent pour moi ! Je ne pouvais que penser à sa colère de m’être perdue. Oui. C’est bien la colère qui domine l’émotion que je retrouve enfin là… Pas un geste de ma mère. Pas un mot posé du père. La distance et l’effroi.

Comme moi quand elle se perd dans ses affres que je ne connais pas.

– Merci ! Merci Éva ! Je crois que nous touchons ici un instant décisif de ma vie et de mes vies : de femme, de professionnelle et d’amie.

L’analyste se retire comme marée au plus petit coefficient lorsque le retour du refoulé inonde tout de son désir enfin retrouvé.

– M’apporterez vous des hortensias de votre jardin une fois la saison terminée ? Qu’est-ce qu’elles sont belles à souhait !

L’accompagnateur reprend ses droits, et ses devoirs d’aimer mieux que cela :

– Oui, Nicole. Je vous cueillerai des hortensias par brassées. Comme un bonnet de bain en mer du Nord : chaleureux et éclatant.

– Merci vraiment…

 

Caresser l’ombre blanche avant qu’elle ne plane ailleurs : de transfert en transfert

Elle a choisi pour défense de plonger dans l’eau souvent. Je dois être père et mère de transfert, l’air et la terre qui lui manquent. Je suis feu, elle ombre blanche.

[ Caresser l’ombre blanche avant qu’elle ne plane ailleurs : de transfert en transfert ]

Elle rêve d’elle en vacances et avec l’amie qu’elle a choisie pour intime confidente. Et puis se joint à elles, on ne sait pas pourquoi, cette autre amie perdue qu’elle aimait, puis plus, puis flou…

Elle se tourne vers moi enfin, puisque pendant la séance elle me regarde à peine, prise par la visualisation de ce qu’elle évoque m’a-t’elle confié il y a peu. Mais là elle me regarde. Le transfert opère :

– Cette amie était grande et belle. Et telle était-elle en mon rêve, et je ne savais pas pourquoi je retrouvais cette envie irrépressible de la faire sortir de là. Je ne le voulais pas cette fois !

La semaine précédente nous avions évoqué la possibilité inconsciente de me rejeter. Et de ne pas vraiment faire le « travail » avec moi. De donner le change comme ailleurs et autrefois. Me rejeter sans que cela ne se voit…

Le change ment, mais le changement est là, puisque dans ses rêves elle ne me rejettera pas. Elle essaye malgré elle de rester arrimée à moi, pour se désarrimer du « mal de mère » qu’elle est ; pardon, qu’elle a.

Je n’interprète pas ce rêve. Je le laisse planer de son « ombre blanche » sur nous deux, et elle libre associe dans le sens de ce « mal » étrange, et familial.

– Je côtoie trop de personnes en ce moment, et même en nos séances, là où je visualisais deux, trois amis à la fois, mes quatre collègues, mon homme et moi, je vois apparaître des gens discordants au milieu de tout ça. Cela me donne le tournis.

Le roulis de maman manque pour lui donner le « la » : ce sont qui les aimants, les aimables et aimés dans tout ça ? Ce ne sera plus elle, la mère, qui fera la part belle et la part à part : – Ceux là tu les aimes parce que je les « aime » moi, parce que je joue avec toi, ceux là je les méprise et tu les oublieras.

Et le père dans tout ça ? C’est dans un autre rêve qu’elle l’a placé d’elle-même. Deux nuits plus tard. Il prend la forme d’un ancien « boss », comme elle dit, de ce mot qui évoque pour moi les hématomes.

Dans le rêve, le boss-père lui demande « pardon », comme moi, et elle accepte de revenir dans ses bras. Reste à savoir si c’est père-vers de sa part à elle de se laisser faire à lui, ou si c’est vers-elle qu’enfin elle prend le « cap » : devenir capable d’amour et de travail est ce qui la conçoit.

Tout ça je me le dis en moi. Je ne donne à Enora que les mots qui lui manquent pour poursuivre sa descente, en plongée qu’elle aime, tout vite tout droit, jusqu’au prochain palier et se poser là-bas. J’affermis le palier que je vois là. Je lui apporte l’oxygène aussi, je crois. Et je lui dis comme cela :

– Vous devez vous sentir en ce moment bien à nouveau seule au monde, comme nous le sommes tous à notre (re)naissance, face aux seules « formes » que sont les autres alors, familières et étrangères tour à tour, et les deux à la fois.
Bien nécessiteuse aussi de « pardon », de réparation, de ravitaillement de cet air qui vous a manqué, là où l’air devrait être naturel : à l’air libre (re)trouvé.

Elle reconnaît dans mes mots les sensations qu’elle éprouve.

Je ne lui dirais pas que « l’air » l’apporte le père, entre la mère et elle, et que « la terre » c’est la mère, qui la contient en elle. Et que toutes ces « formes » autour de l’une et des deux, à l’origine intimement imbriquées, puissent graviter sur terre ferme et solide. Chacune son orbite, et la terre le vigile.

Terre instable et friable, père enterré par « elle », elle semble avoir connu.

Je la laisse pour l’instant dans l’eau de sa protection.

Et que d’autres « ombres blanches » survolent notre union.

D’être tour à tour père et mère, j’en prends soin, cela oui. Moi qui suis  » le feu » ravageur si je tombe dans ma douleur. Qui disait il y a peu dans un de ces groupes coachs qu’avec André nous animons : le compost brûle, oui. Il prend l’air qui l’accompagne entre ses couches végétales, et en fait combustion, pour créer de la terre à nouveau ?
Ah oui, c’est lui, qui fait du « passage » son sujet de mémoire, et de nos mémoires le terreau de nous, sujets.

Je serai feu, puis terre, et la pluie ce sera elle, quand elle grandira bien plus libre que moi. Sortie, de mère, caresser l’ombre blanche avant qu’elle ne plane ailleurs. De transfert en transfert, je me trouve et je me perds. Et j’aime accompagner.